Santa Park, conception, texte et mis en scène d’Ambre Kahan (à partir de huit ans)

Santa Park , conception, texte et mis en scène d’Ambre Kahan (à partir de huit ans)

Cela se passe dans une forêt brumeuse avec côté jardin, l’enseigne lumineuse d’un « Santa Park » et, côté cour, une petite et merveilleuse  maison ronde avec une fenêtre toute de guingois,  qu’on voit d’abord depuis l’extérieur. Puis le toit et les murs s’ouvriront pour laisser apparaître une habitation avec lit pliant aux pieds zigzag en bois et remplie d’objets précieux comme on en voit chez les brocanteurs- ne valant rien en valeur d’usage mais vendus très chers (le prix de l’étrangeté poétique..)  et dans le fond, un grand réfrigérateur blanc et pansu des années cinquante. Vous savez, ceux devenus culte -parois épaisses et consommant peu d’électricité-  de la marque Frigidaire.  Ici, vers la fin, en sortira un vampire. Une scénographie réussie de Jean-Luc Malavasi à laquelle Santa Park doit beaucoup…

 

© Christophe Raynau de Lage

© Christophe Raynau de Lage

Ambre Kahan a créé à Lyon son premier spectacle pour  enfants; après une quarantaine de représentations, il arrive à Paris très bien rodé. Les acteurs -masqués- font ici un travail solide et d’une grande précision. Il y a ici, en slip blanc et chapeau rouge cylindrique un certain  Gardien. Dans le coma après un accident, il erre, inquiet pour les enfants qu’il a laissés dans sa maison.
Il y a aussi le jeune
Arthur, son cousin pas très courageux et sa cousine capricieuse, Hécate, qui a le nom de la déesse grecque, celle de la nouvelle lune (ou lune noire), symbolisant la mort.  Cette jeune fille capricieuse (Elise Martin) ira jouer au ballon avec la tête de son frère. Il y aussi Arthur et un gros fantôme tout blanc impressionnant avec de gros yeux d’un rouge lumineux. Et Pépé, une sorte de chauve-souris aux ailes très noires, montée sur deux pattes.
Vers la fin, ils jouent à un jeu curieux : se couper la tête et il y a du sang sur une toile blanche et ils parlent – beaucoup trop- sur fond d’angoisse et absurdité : maladie, hôpital, coma… et le public attrape des mots comme: 
Playmobil, Margaret Thatcher, intermittent du spectacle... sans trop comprendre le sens du texte. Si on a bien compris, il y a ici comme un passage de relais: les enfants ne pourront le rester longtemps et devront accepter d’être adultes. Avec un nouveau corps, un nouveau langage et de nouvelles relations entre eux. Il leur faudra accepter qu’« apprendre est tout ce dont vous avez besoin. » Ainsi, va la vie et malheureusement, aucun moyen de faire autrement. Tout cela assez angoissant (enfin juste la doe qu’il faut pour des enfants…)

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

En fait, le spectacle -trop long: une heure trente- tient beaucoup à la très grande qualité d’un univers sonore impressionnant: grondement d’un orage avec éclairs, bruit de la pluie, et celui fabuleux d’un train qui passe deux fois dans la nuit. Et à toute une série d’images proches de l’univers visuel de B.D. Comme, entre autres, la lumière des fenêtres des wagons qui défilent, ou, en fond de scène, la forêt de hauts sapins, les objets mystérieux de la petite maison, le gros fantôme blanc… Mais on ne voit pas bien la relation qui existe avec ce Santa Park qui semble abandonné et dont l’enseigne lumineuse changera plusieurs fois de couleur. Dans le coma après un accident, l’âme de Gardien erre, inquiète pour les enfants qu’il a laissés seuls dans sa maison.

Mais Ambre Kahan aurait pu nous épargner la série de poncifs actuels: les très faciles fumigènes à gogo (dont les enfants comme les adultes n’ont guère besoin de respirer le glycol), lumières stroboscopiques, et rouges quand cela va mal, tubes fluo clignotants, voix par moments amplifiées… Et elle maîtrise mal son projet: concilier un tissu narratif inspiré de films d’horreur, celui justement qui fait la matière d’un conte pour enfants où on joue à se faire peur- et un dialogue véritablement théâtral. Même si, encore une fois, Hicham Boutahar, George Cizeron, Élise Martin et Tristan Rothhutf font un travail remarquable de précision, et que nombre d’images sont d’une grande beauté, ce Santa Park, réflexion sur la mort destinée aux enfants  mais dont la fable reste assez confuse, ne nous a pas vraiment séduit…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 15 mars, Théâtre de la Ville-Théâtre des Abbesses,  31 rue des Abbesses, Paris (XVIII ème). T. : 01 42 74 22 77.

 


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