Gratte Gratte, écriture de Margaux Lebrun, par la compagnie 22h 22
Gratte-Gratte écriture de Margaux Lebrun, par la compagnie 22 h 22
Cela se passe à Reignac (1.650 habitants), proche de Blaye (Gironde) où, comme dans plus de 26.000 bars-tabac P.M.U. français, chaque jour, un million de joueurs, la plupart souvent démunis gratte une carte et espère le temps de quelques secondes, d’avoir la chance quasi inexistante de gagner: le miracle n’arrive que très exceptionnellement. Mais l’Etat français engrange des millions d’euros, sans aucun état d’âme et les gouvernements, toutes tendances politiques confondues, n’ont jamais voulu remettre en question cette drogue nationale… Et c’est un thème rarement traité au théâtre.
Un brave homme, figure locale de Reignac, dit Gratte-Gratte, s’est affaissé, un ticket gagnant à la main et ne s’est plus jamais relevé. Des amis d’enfance se retrouvent pour organiser un enterrement digne de lui. Et pour Nina qui, justement, a fait une thèse sur l’addiction aux jeux d’argent, c’est aussi l’occasion de retrouver ses racines…
Ces jeunes gens: Nono, Momo, Tiff et Nina, un garçon et trois filles, se connaissent depuis toujours et parlent de l’amitié, de la vie un peu terne dans ce bourg rural mais aussi de l’addiction à ce jeu stupide -qui n’est même pas un jeu- il suffit d’acheter et gratter de l’ongle un ticket! Et même pas besoin de réfléchir: il n’y a aucun choix possible. Incarnation de la pure bêtise et symbole d’une minuscule espérance de rêves pendant quelques secondes mais aussi d’addiction, surtout quand on est pauvre. « Gratte Gratte, dit Margaux Lebrun, c’est le théâtre du quotidien: brut, drôle et profondément humain. » Bien joli de s’envoyer des fleurs mais les dialogues sont ici assez pauvrets et même si les chiffres qui s’affichent sur un écran font froid dans le dos, on aurait aimé, qu’il y ait une véritable réflexion politique.
Sur le petit plateau de La Flèche, une longue table pliante grise comme on voit dans les salles de fêtes, aussi laide que pratique, des chaises rouges pliantes et sur les murs, quelques petites affiches pour un loto… Hugo Samperiz, Clara Navarro, Zoé Lignac et Emmanuelle Taton sont crédibles mais le texte, souvent bavard, n’a rien de convaincant. Quant à la mise en scène -non créditée- elle n’est pas au rendez-vous: il y a des longueurs et trop de criailleries et on aurait pu nous épargner une double dose de fumigènes avec lumière rouge: cette manie actuelle (trois spectacles sur quatre, la semaine dernière!) et le premier hier mais il va y en avoir d’autres les jours qui viennent!
Bref, le texte doit être retravaillé d’urgence comme la mise en scène. Mais il faudra revoir ces jeunes acteurs dans un autre spectacle. Donc à suivre.
Philippe du Vignal
Chaque samedi d’avril et mai, et le 6 juin, Théâtre La Flèche, 77 rue de Charonne, Paris (XI ème). T. : 01 40 09 70 40.

