Bovary Madame d’après Gustave Flaubert, texte et mise en scène de Christophe Honoré
Bovary Madame, d’après Gustave Flaubert, texte et mise en scène de Christophe Honoré
Ce metteur en scène s’inspire de ce chef-d’œuvre classique et nous en offre une nouvelle lecture. Devant cette piste de cirque, les spectateurs aussitôt étonnés et attentifs. Surpris aussi avec bonheur, par un nouveau personnag: Madame Loyale, interprétée magistralement par Marlène Saldana; coiffée d’un haut-de-forme, fouet et micro en mains, elle annonce: «Voici la scandaleuse carrière adultère de Madame Bovary!» Et se succéderont comme des numéros de cirque, les tableaux de la vie d’Emma avec Charles Bovary, son mari, ses amants et des scènes marquantes du roman, comme celles du fiacre, ou des comices agricoles. Sur un écran, au-dessus du sol couvert de sciure, on voit des images-vidéo d’une campagne aux couleurs saturées et des scènes, comme celle du bal, ou des moments plus intimes.
Mais la dramaturgie, moins convaincante pose vraiment question. Pourquoi avoir modifié le destin tragique d’Emma Bovary (Ludivine Sagnier), en supprimant son suicide à l’arsenic? Ici, elle nous invite seulement à prendre part à l’histoire de sa vie qui défile sous ses yeux. Elle a fui son village, puis a été recueillie par des saltimbanques. Mais, une fois sa mort exclue de la pièce, le personnage féminin, emblématique d’une certaine modernité, perd de sa magnificence et n’est alors plus tragique!
Nous sommes ici dans un autre univers et une autre histoire, avec du burlesque, du Grand-guignol et de la télé-réalité. Cela semble enchanter une partie des spectateurs mais laisse les autres, assez perplexes. Dans un climat de fête foraine, admirateurs et amants d’Emma Bovary ou notables provinciaux, deviennent un lanceur de couteaux- dont Emma Bovary en est la cible-, un acrobate ou unréjouissant vendeur de barbe à papa. C’est un bon moment du spectacle.
Mais là où le bât blesse, la jeune femme, comme livrée en pâture au public, est loin de la jeune Emma angoissée et assez naïve, déchirée entre son existence ennuyeuse avec Charles et ses rêves d’amour romantique qui la mèneront à l’adultère et à la mort. Toute sa sensibilité est comme atténuée. Et avoir supprimé le chapitre de sa disparition, change profondément la quintessence même de l’œuvre originale. Parti pris dramaturgique ou choix d’un autre visage plus contemporain pour Emma? Mais alors, quid, de la complexité du personnage?
Cette jeune femme rêveuse, telle que l’a vue Gustave Flaubert, lit en cachette des «romans de gare» et s’exalte, poursuivant un idéal impossible né de son imagination. Mais dans ce cirque, perdue et peu valorisée, elle devient une sorte d’attraction. « Flaubert l’a choisie, non pour représenter la Femme, dit Christophe Honoré, mais pour explorer ce décalage entre rêve et réel.» Il s’éloigne ici du roman, pour créer un autre monde et une autre Emma. A vous de voir !
Elisabeth Naud
Jusqu’au 16 avril, Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, 2 place du Châtelet, Paris (IV ème). T. : 01 42 74 22 77.

