A notre place d’Arne Lygre, traduction de Stéphane Braunschweig et Astrid Schenka, mise en scène de Stéphane Braunschweig

A notre place d’Arne Lygre, traduction de Stéphane Braunschweig et Astrid Schenka, mise en scène de Stéphane Braunschweig

Le metteur en scène connait très bien l’œuvre du grand dramaturge norvégien Arne Lygre et a réalisé ( voir Le Théâtre du Blog),  Je disparais (2011), Tage unter (Jours souterrains, 2012), Rien de moi (2014). Ici, dans A notre place, nous sommes chez Astrid:  grand lit, canapé et fauteuils blanc crème, murs et sol blancs. Elle a soixante ans ou un peu plus  et va céder à son fils qui en a besoin, la plus grande partie de  sa maison et se réfugiera au sous-sol. Sara, à peu près la cinquantaine est mariée et a un frère plus jeune qu’elle. Elle a rencontré Astrid au cours d’une promenade il y a un mois et devenues très amies, se voient tous les les jours. Et elles parlent de leur amitié parfois récente  mais aussi  d’un fils, d’un père, ou d’un frère, d’une mère déjà âgée, d’un mari … soit une dizaine de personnages que nous ne verrons jamais mais qui sont bien présents.

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Eva, la plus jeune, trente-cinq/quarante ans,  les rejoindra un peu plus tard. La rencontre  entre Astrid et Sara a-t-elle été le facteur déclenchant? Mais Eva avoue avoir besoin de prendre un peu de distance avec Astrid avec laquelle elle reste pourtant très intime. Aucun déchirement ni brouille véritable mais comme l’ombre de l’ombre d’une certaine jalousie? Ici, ces femmes affrontent le terrain des non-dits, confidences, besoins inavoués, mots qu’on lâche trop vite… pour les regretter aussitôt. Bref, de tout ce qui fait aussi une amitié, jamais impeccable mais toujours aussi solide malgré les années qui passent. Et Eva arrivera dans ce salon sur un terrain qu’elle sent, à raison ou non, un peu miné par Sara.

 

Dans le second volet, cela se passe au sous-sol  de sa maison où Astrid a trouvé refuge. Elle ira faire une course- vieux truc dramaturgique- Sara et Eva qui se connaissent peu, se retrouveront seules et on ne reverra pas Astrid. Le metteur en scène sait créer un climat fermé qu’aèrent juste quelques notes au piano. Il y a au commencement comme un léger retard à l’allumage dans le texte mais il dirige à la perfection ses trois actrices. Diction et gestuelle remarquables: Chloé Réjon et Cécile Coustillac sont tout de suite crédibles mais mention spéciale à Clotilde Mollet (Astrid) qui avec un jeu d’une grande subtilité, arrive à créer un personnage  moins simple qu’on n’aurait cru. »C’est si fragile, dit Arne Lygre, c’est si difficile de trouver l’adéquation entre ce qu’on veut dire et ce qui parvient à l’autre. Ce que l’autre peut en comprendre. » Mais pourquoi dans cette petite salle, Stéphane Braunschwseig -il a sûrement ses raisons- utilise-t-il des micros H.F. qui uniformisent les voix? Seul bémol à cet impeccable spectacle que le public savoure en deux heures, dans un silence aussi rare  qu’impressionnant… 

Philippe du Vignal

Jusqu’au 17 avril, Théâtre de la Colline, 15 rue Malte- Brun, Paris (XX ème). T. : 01 44 62 52 52.

 

 

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