Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Rose Noël

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, mise en scène  de Rose Noël

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C’est la dernière pièce de ce grand écrivain mort jeune (quarante-et-un ans!) en 89  des suites du sida.  Son œuvre a été traduite en une trentaine de langues et jouée dans le monde entier. Mais Bernard-Marie Koltès n’avait pas voulu que Patrice Chéreau monte Roberto Zucco. La pièce sera  finalement créée  à la Schaubühne de Berlin en 90, dans une mise en scène de Peter Stein. Et en France, par Bruno Boëglin. Le dramaturge ne l’aura donc jamais vue…
 Robert Zucco a pour thème, l’histoire d’un criminel italien Robert Succo. Ici racontée en  quinze scènes, avec trente personnages. Poursuivi par deux gardiens de prison, il s’évade et arrive chez sa mère qui lui dit ne plus le supporter depuis qu’il a tué son père. Il l’étrangle et enfile un treillis. Puis il séduit une Gamine, jeune fille d’un milieu pauvre. Elle s’enfuira mais finira par le dénoncer  pour le retrouver… Mais il tuera ensuite un inspecteur de police, rencontrera un vieil homme, provoquera des bagarres… Et il prend une femme et son enfant en otage et, sans raison, le tue. Il s’enfuit avec la femme mais des policiers l’ arrêteront et il avouera ses crimes. Puis il cherchera à s’enfuir par les toits de la prison mais se suicidera en tombant. 

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Ici, cela commence mal! Fumigènes à gogo, projos éblouisseurs diffusant une lumière rouge, avant même que le public n’entre dans la salle, musique assourdissante jouée pendant une dizaine de minutes à la batterie et aux cordes par Natalia Bacalov et Martin Sevrin. Puis jeu dans la salle- un procédé qui ne fonctionne plus- avec les gardiens de prison brandissant leurs torches sur le public….
Le dramaturge qui a toujours défendu la primauté du texte et du langage dans ses pièces, ne serait pas d’accord. Et sans doute se méfiait-il à juste raison surtout à la fin de sa vie, des mises en scène qu’on pouvait en faire. Ici, les interprètes ne cessent de s’agiter à la fois sur scène et dans la salle. Et il y a souvent de la musique sous les répliques, le pire des surlignages! Cela peut servir dans un travail d’école mais jamais pour une représentation devant un vrai public. 

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L’obscurité est ici presque permanente… Même si la nuit est, avec le manque de communication, la peur de l’inconnu et/ou du marginal, un des thèmes préférés du dramaturge, ce n’était pas la peine d’en rajouter! Et pourquoi ces jets permanents de fumigène sur la scène qui envahissent la salle? Comme partout en ce moment…Le nouvel académisme est arrivé…  et cette « mise en scène » rassemble les poncifs actuels ou déjà anciens comme ces acteurs assis sur des chaises qui attendent leur tour pour jouer… Un procédé cher à Bertolt Brecht (dont Bernard-Marie Koltès se méfiait). Donc plus tout jeune et si usé, que plus un metteur en scène n’ose l’utiliser! Et ici, pas la moindre émotion et les scènes  n’ont pas  de véritable lien.
Plus grave, il y a tromperie sur la marchandise: Rose Noël n’indique pas que c’est une adaptation du texte original, ici assez charcuté. Et dans une note d’intention écrite à la va-vite, elle affirme avec une certaine prétention: « Qu’il était de notre devoir de dire et surtout donner la parole. A toutes et à tous. Nous faisons ce métier pour déclamer ce que d’autres n’ont pas la possibilité de s’exprimer. (sic) Il est de notre de voir  d’être les héros le la liberté d’expression. les sauveurs du Verbe. (resic) Trouver un endroit de liberté et de risque, non pas pour raconter Roberto Zucco, mais pour créer une œuvre scénique qui parle de la rage de Koltès. » Tous aux abris!
Et cela ne peut fonctionner: ces images superficielles de colère et violence ne traduisent en rien ce qui fait la beauté de la langue puissante de l’écrivain. Et la direction d’acteurs n’est jamais à la hauteur: entre autres, des criailleries souvent sans raison! Que sauver de cette heure et demi d’ennui? Sans doute, l’interprétation très juste de Suzanne Dauthieux (la Gamine) et de Lola Blanchard  la Grande Sœur): on aimerait revoir ces jeunes actrices dans une mise en scène plus convaincante. Pour le reste, autant en emporte le vent mouillé d’avril…
Mais restent trois questions: y-a-t-il eu des cours de dramaturgie dans les écoles qu’a fréquentées Rose Noël?  Les ayant-droits de l’œuvre de Bernard-Marie Koltès qui avaient donné le feu vert à la mise en scène de 2019, ont-ils lu la note d’intention de cette reprise? Et surtout, pourquoi le Théâtre 14 a-t-il programmé ce Roberto Zucco qui fait davantage penser à une exercice d’école, qu’à un spectacle programmé dans un théâtre subventionné  par la ville de Paris ? En tout cas une soirée perdue…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 18 avril, Théâtre 14,  20 avenue Marc Sangnier Paris (XIV ème). T. :  01 45 45 44 77.

Du 4 au 26 juillet, au festival off Avignon, Théâtre du Girasole. 


Archive pour 5 avril, 2026

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Rose Noël

Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, mise en scène  de Rose Noël

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C’est la dernière pièce de ce grand écrivain mort jeune (quarante-et-un ans!) en 89  des suites du sida.  Son œuvre a été traduite en une trentaine de langues et jouée dans le monde entier. Mais Bernard-Marie Koltès n’avait pas voulu que Patrice Chéreau monte Roberto Zucco. La pièce sera  finalement créée  à la Schaubühne de Berlin en 90, dans une mise en scène de Peter Stein. Et en France, par Bruno Boëglin. Le dramaturge ne l’aura donc jamais vue…
 Robert Zucco a pour thème, l’histoire d’un criminel italien Robert Succo. Ici racontée en  quinze scènes, avec trente personnages. Poursuivi par deux gardiens de prison, il s’évade et arrive chez sa mère qui lui dit ne plus le supporter depuis qu’il a tué son père. Il l’étrangle et enfile un treillis. Puis il séduit une Gamine, jeune fille d’un milieu pauvre. Elle s’enfuira mais finira par le dénoncer  pour le retrouver… Mais il tuera ensuite un inspecteur de police, rencontrera un vieil homme, provoquera des bagarres… Et il prend une femme et son enfant en otage et, sans raison, le tue. Il s’enfuit avec la femme mais des policiers l’ arrêteront et il avouera ses crimes. Puis il cherchera à s’enfuir par les toits de la prison mais se suicidera en tombant. 

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Ici, cela commence mal! Fumigènes à gogo, projos éblouisseurs diffusant une lumière rouge, avant même que le public n’entre dans la salle, musique assourdissante jouée pendant une dizaine de minutes à la batterie et aux cordes par Natalia Bacalov et Martin Sevrin. Puis jeu dans la salle- un procédé qui ne fonctionne plus- avec les gardiens de prison brandissant leurs torches sur le public….
Le dramaturge qui a toujours défendu la primauté du texte et du langage dans ses pièces, ne serait pas d’accord. Et sans doute se méfiait-il à juste raison surtout à la fin de sa vie, des mises en scène qu’on pouvait en faire. Ici, les interprètes ne cessent de s’agiter à la fois sur scène et dans la salle. Et il y a souvent de la musique sous les répliques, le pire des surlignages! Cela peut servir dans un travail d’école mais jamais pour une représentation devant un vrai public. 

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L’obscurité est ici presque permanente… Même si la nuit est, avec le manque de communication, la peur de l’inconnu et/ou du marginal, un des thèmes préférés du dramaturge, ce n’était pas la peine d’en rajouter! Et pourquoi ces jets permanents de fumigène sur la scène qui envahissent la salle? Comme partout en ce moment…Le nouvel académisme est arrivé…  et cette « mise en scène » rassemble les poncifs actuels ou déjà anciens comme ces acteurs assis sur des chaises qui attendent leur tour pour jouer… Un procédé cher à Bertolt Brecht (dont Bernard-Marie Koltès se méfiait). Donc plus tout jeune et si usé, que plus un metteur en scène n’ose l’utiliser! Et ici, pas la moindre émotion et les scènes  n’ont pas  de véritable lien.
Plus grave, il y a tromperie sur la marchandise: Rose Noël n’indique pas que c’est une adaptation du texte original, ici assez charcuté. Et dans une note d’intention écrite à la va-vite, elle affirme avec une certaine prétention: « Qu’il était de notre devoir de dire et surtout donner la parole. A toutes et à tous. Nous faisons ce métier pour déclamer ce que d’autres n’ont pas la possibilité de s’exprimer. (sic) Il est de notre de voir  d’être les héros le la liberté d’expression. les sauveurs du Verbe. (resic) Trouver un endroit de liberté et de risque, non pas pour raconter Roberto Zucco, mais pour créer une œuvre scénique qui parle de la rage de Koltès. » Tous aux abris!
Et cela ne peut fonctionner: ces images superficielles de colère et violence ne traduisent en rien ce qui fait la beauté de la langue puissante de l’écrivain. Et la direction d’acteurs n’est jamais à la hauteur: entre autres, des criailleries souvent sans raison! Que sauver de cette heure et demi d’ennui? Sans doute, l’interprétation très juste de Suzanne Dauthieux (la Gamine) et de Lola Blanchard  la Grande Sœur): on aimerait revoir ces jeunes actrices dans une mise en scène plus convaincante. Pour le reste, autant en emporte le vent mouillé d’avril…
Mais restent trois questions: y-a-t-il eu des cours de dramaturgie dans les écoles qu’a fréquentées Rose Noël?  Les ayant-droits de l’œuvre de Bernard-Marie Koltès qui avaient donné le feu vert à la mise en scène de 2019, ont-ils lu la note d’intention de cette reprise? Et surtout, pourquoi le Théâtre 14 a-t-il programmé ce Roberto Zucco qui fait davantage penser à une exercice d’école, qu’à un spectacle programmé dans un théâtre subventionné  par la ville de Paris ? En tout cas une soirée perdue…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 18 avril, Théâtre 14,  20 avenue Marc Sangnier Paris (XIV ème). T. :  01 45 45 44 77.

Du 4 au 26 juillet, au festival off Avignon, Théâtre du Girasole. 

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