Les cinq femmes qui ont changé ma vie

Les cinq femmes qui ont changé ma vie….

 

 Génia Livchine, épouse Kobilinsky
 
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Ma grand-mère maternelle russe avait une autorité naturelle et voulait que je présente bien. Quand je suis allé vers le théâtre, elle me disait son admiration pour Jean-Louis Barrault et m’a donné 3.000 francs  (environ 450 €). Grâce à elle, j’ai compris le théâtre d’Anton Tchekhov, mieux que personne.

 

 

 

 

Raïssa, ma mère

 
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Fière de son fils aîné, elle l’emmenait chez le coiffeur et l’ophtalmo. Quand j’ai raté mon bac, elle est allé se plaindre auprès des examinateurs qu’elle trouvait antisémites. Elle me trouvait doué en piano: une fois, je devais jouer devant Anatole Fistoulari, chef d’orchestre anglais d’origine russe. Il était passé à la maison et j’entends encore ma mère lui dire: n’est-ce pas Anatole, qu’il est doué? Elle parlait quatre langues à la fois dans la même phrase! Son cosmopolitisme était splendide et elle était folle de culture, musiques, livres, théâtre. Mais, pour moi, cette dévotion était superficielle. J’ai été dur avec elle quand j’ai découvert qu’elle avait un amant et j’ai voulu des explications sur son divorce Pour son anniversaire, j’écrivais des chansons, du genre: Jacques veux-tu mettre tes pantoufles, etc.
Elle avait un sens incroyable des relations sociales et cimentait  toute la famille: déjeuner chaque dimanche, fêtes de famille… En 58, elle a quitté son domicile rue Nungesser et Coli à Paris, pour s’installer à Londres et vivre avec un vieil ami anglais qu’elle avait secrètement épousé. J’étais resté en France avec mon père et lui écrivais tous les jours.
Elle m’a laissé les trois kilos de lettres où je lui racontais tout, absolument tout. Et voilà comment je continue à raconter le quotidien de ma vie chaque semaine à celles et ceux qui veulent bien m’écouter. Je ne vis que pour cela: une maladie pas très dangereuse…

 


Lydie Dattas

 
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Elle avait quinze ans et j’en avais vingt. J’étais prêt à mourir pour elle. Au lycée français à Londres, on faisait du théâtre et dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, j’étais Figaro et elle, Suzanne. Notre relation fut éphémère, chaste, littéraire mais je suis devenu fou! Elle était Rimbaud, et moi Verlaine! Nous avons fugué vers le nord de l’Angleterre. Puis, j’ai voulu revenir en France, caché avec elle dans des sacs à linge d’un bateau reliant Folkestone à Boulogne. Mais les gendarmes nous ont découverts et séparés! Et elle a été rapatriée chez son père. Mais, dans ma tête, je ne l’ai jamais quittée et j’ai suivi toute sa carrière. Ses poèmes ont été édités chez Gallimard dans la collection blanche. Elle a été l’égérie de Jean Genet et Georges Brassens. En 94, elle crée avec son mari, le cirque Lydia Bouglione qui deviendra le cirque Romanès. En 2000, elle divorce et épouse le poète Christian Bobin, mort il y a quatre ans. Je lui ai apporté des orchidées pour son soixante-dix septième anniversaire: elle n’avait pas changé…

 
Edith Rappoport, née Lebettre
 
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Elle a été tout pour moi et m’a recueilli dans ses bras, après l’épisode ravageur de Lydie. Très belle, très fine et très entreprenante en amour, pour un ballot comme moi. Ma sœur Ketty, pour calmer son frère malheureux, m’avait emmené à Amsterdam avec sa copine Edith qui avait une 2 CV bleue. En conduisant, je récitais à tue-tête des poèmes de Blaise Cendrars  et le reste a suivi. J’ai senti sa main dans le creux de mon bras, en traversant une rue: cela m’a bouleversé.  Au retour, elle est venue m’offrir quatre livres qu’elle aimait et le 25 mars 65 au pays de son enfance sur le haut d’une colline à  Nesles-la-Vallée, elle s’est emparée de mon corps. Je lui ai dit: attention! Il y a un avion qui nous regarde….

Elle m’a aidé à fonder le Théâtre de l’Unité, puis a été directrice des Théâtres de Choisy-le-Roi et de Malakoff. Enfin, elle a été conseillère-théâtre à la D.R.A.C. Ile-de-France et allait voir environ trois cent spectacles par an. Elle écrivait des articles sur certains d’entre eux. Maintenant,nous attaquons ensemble le dernier acte de notre vie… Edith a ce qu’on appelle, pudiquement, un déclin cognitif prononcé!
 
Hervée de Lafond 
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En 72, je lui avais demandé de jouer un rôle muet dans L’Avare and co  d’après Molière… Cinquante trois ans plus tard, un constat: nous avons signé ensemble toute une œuvre théâtrale… Nous étions gravement complémentaires: j’étais toujours coupable et elle, fière comme les joueurs de rugby qui foncent dans le tas. Rien ne lui faisait peur et Hervée disait que cela lui venait de son éducation aristocrate.
Sans elle, le Théâtre de l’Unité n’aurait même pas tenu trois ans! Il en a duré cinquante-trois… Pas question pour elle que notre compagnie ne soit plus subventionnée! Aux rendez-vous avec les instances officielles, je restais liquéfié par la force de résistance qu’elle dégageait. Restée célibataire toute sa vie, elle a avoué avoir eu dix-huit amants. A quatre-vingt deux ans, le 23 février, elle a quitté Montbéliard et vit maintenant dans une belle maison en Ariège. Chaque matin, nous nous téléphonons…

 

Jacques Livchine, ancien co-directeur, avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité à Audincourt (Doubs).
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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