Après nous les ruines de Pierre Koestel, mise en scène de Lena Paugam
Après nous les ruines de Pierre Koestel, mise en scène de Lena Paugam
En 2025, avec la poétesse autiste non verbale Babouillec et en collaboration artistique avec le chorégraphe Thierry Thieû Niang, Lena Paugam crée Ovni rêveur, le corps éparpillé dans la tête au Théâtre de Lorient-Centre dramatique national. Le processus de création en est filmé par Julie Bertuccelli qui avait déjà signé un documentaire sur Babouillec, Dernières nouvelles du cosmos, nommé aux Césars en 2017: catégorie meilleur documentaire.
Ici, tout commence ici par un dimanche de printemps. Deux jeunes femmes et deux jeunes hommes sont allés pique-niquer dans un parc: soleil, champagne, gâteaux… une vraie joie de vivre. Et cela se répètera de saison en saison jusqu’à l’hiver où ils se retrouvent dans le même parc. Au fond, un grand tableau lumineux vertical indique: température et force du vent. Mais le bonheur d’être ensemble et de vivre un moment joyeux comme les personnages d’Auguste Renoir au moulin de la Galette ne va pas résister à quelque chose ressemblant à une catastrophe nucléaire.
Et il y a un grondement souterrain très inquiétant… Et plane l’ombre d’une catastrophe nucléaire; l’existence de chacun des personnages et du groupe lui-même va s’en trouver modifiée. Le langage du tableau lumineux lui aussi se dérègle.. Y-a-t-il encore un avenir pour les humains? Et ce qui a eu lieu en Ukraine ou au Japon a ébranlé les certitudes. La preuve en est : des champignons de certaines forêts de notre douce France en gardent encore les traces…
«Cette pièce s’inspire des accidents nucléaires de Fukushima (2011) et de Tchernobyl (1986), dit Pierre Koestel, pour interroger notre rapport à la catastrophe et à ses représentations. En l’écrivant, j’ai voulu éviter toute dimension spectaculaire (ne pas raconter l’explosion de la centrale et la gestion directe de la crise) et me suis plutôt intéressé à la manière dont ces événements s’inscrivent dans nos intimités et nous bouleversent, quand bien même nous n’en sommes pas directement victimes. (…) La catastrophe nucléaire s’inscrit dans la durée, car certains rejets mettent plusieurs siècles à disparaître, et nous demande de nous projeter dans une temporalité qui nous dépasse. Et, d’autre part, les particules radioactives sont imperceptibles à l’œil nu, lors- qu’elles se répandent dans l’atmosphère, et troublent ainsi les frontières entre danger et sécurité, visible et invisible, réel et fiction. Comment représenter ce qui ne se voit pas ? (…) La pièce prend la forme d’une répétition/variation où des situations similaires se rejouent avant et après l’irruption d’un accident nucléaire fictif.
Il y a ici en effet la même image répétée avec quelques variantes du pic-nique original au printemps, puis en été, automne et hiver. Arrive un certain dérèglement des relations entre les personnages. Les indications de température, force du vent données sur un écran numérique vertical en fond de scène, elles aussi, se détraquent. A la fin, les amitiés semblent en prendre un coup, il y a un changement de partenaires un enfant attendu ne naîtra jamais et le désespoir envahit le plateau que les acteurs recouvrent d’un grande bâche plastique noire…
Mais, passées les premières images assez réussies où tout se déroule avec lenteur comme dans un cauchemar, les quatre personnages manquent de crédibilité et cette répétition constante de situations, a quelque chose de redondant. Bref, n’est pas Samuel Beckett qui veut. Et malgré quelques bonnes idées, comme ce selfie assez drôle du groupe, cette mise en scène entre réalisme prononcé et imagerie délirante, peine à convaincre…
Et Léna Paugam aurait pu s’abstenir de ces jets incessants de fumigène (comme sans exception dans les quatre spectacles, vus la même semaine! ). Cela n’a jamais réussi à créer un climat mais cette mode persiste, voire même progresse. Comme celles des micros H.F. et des ronflements de basse électroniques auxquels ici, nous n’échapperons pas non plus! Il y a en ce moment un certain académisme qui s’insinue chez les jeunes metteurs en scène. Même si le travail de Léna Paugam est honnête et si Esther Armengol Touzi, Ramo Jalilyan, Charlotte Leroy, Paolo Malassis font le boulot, le texte n’est pas à la hauteur de l’immense désastre écologique dont voudrait parler Pierre Koestel et l’ennui arrive assez vite… Dommage.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 11 avril, Théâtre Ouvert, Centre National des Dramaturgies Contemporaines, 159 avenue Gambetta, Paris ( XX ème). T. : 01 42 55 74 40.
Le 28 avril, La Lucarne, Arradon (Morbihan) avec les Scènes du Golfe.
Du 24 au 28 novembre, festival du Théâtre National de Bretagne-Centre Dramatique National de Rennes (Ile-et Vilaine).
Le 15 décembre (tout public) et le 16 décembre (scolaire), Théâtre du Pays de Morlaix (Finistère)
Après nous, les ruines est publié aux éditions Théâtre Ouvert/ Tapuscrit.

