Amadeus de Peter Shaffer, adaptation et mise en scène d’Olivier Solivérès

Amadeus de Peter Shaffer, adaptation et mise en scène d’Olivier Solivérès

Crée en 1979 et inspirée d’une courte pièce de Pouchkine, Mozart et Salieri (1830), cet Amadeus a été immortalisé par  l’adaptation  au cinéma de Milos Forman qui remporta en 84 huit Oscars. Cela se passe à Vienne en 1823 où le vieux Antonio Salieri prétend avoir tué Mozart, compositeur officiel de l’Empereur François Joseph II et selon son lui « serviteur de Dieu ». Jusqu’au jour où il rencontre un génie insolent, obscène, incontrôlable… (selon la pièce) mais traversé par  la musique d’une pureté divine, Wolfgang Amadeus Mozart !
Entre jalousie et admiration, Peter Schafer nous raconte le conflit entre ces personnages que tout oppose. La scénographie sobre de Roland Fontaine, les costumes « d’époque » de David Belugou et les perruques poudrées nous emmènent  dans les salons de la capitale autrichienne où tout était apparence dans les relations sociales. Jérôme Kircher (Salieri) et Thomas Solivérès, (Wolfgang Amadeus Mozart), succèdent à François Périer et Roman Polanski qui avaient joué la pièce dans ce même théâtre en 82.
La critique de Michel Cournot dans Le Monde avait été assez violente: «La pièce de Peter Schaffer, telle qu’elle est présentée au Théâtre Marigny, mise en scène par Roman Polanski, se révèle une œuvre d’une telle inexistence, d’une vacuité si flagrante, que six à huit lignes suffiraient amplement à rendre compte de l’événement, du non-événement. »

© David Delaplace

© David Delaplace

Mais dans cette mise en scène, Jérôme Kircher est exceptionnel dans le rôle de ce musicien  obligé de côtoyer un jeune génie. Salieri a trente-et-un ans, quand il rencontre  un Mozart  de vingt-cinq. Devant ce phénomène, il dit: «Quel est ma faute, j’ai travaillé ! Mozart le méprisant, l’infantile ! La bonté n’est rien dans l’art, moi, j’étais un homme bon, à quoi cela m’a servi à rien ».
A l’avant-scène, Salieri prend souvent le public  à témoin de son désarroi. Comme il ne peut empêcher ce génie de créer des œuvres toutes passées à la postérité, Salieri va alors essayer de séduire la femme de Mozart mais c’est un échec. Puis il aidera Mozart dans sa démarche  créative. « Je dois me concentrer sur l’homme, le voir le plus souvent possible ».
Thomas Solivérès (Wolfgang Amadeus Mozart) est convaincant dans sa forme d’autisme du personnage, non révélée à l’époque. Salieri s’accusant de la mort de Mozart est une légende entretenue par la pièce. En fait, Salieri aurait plutôt aidé Mozart et était présent à ses obsèques.
La veuve du compositeur, Constance Mozart, avait d’ailleurs confié à Salieri, son fils Franz-Xaver, pour le former. Et restera avant tout la musique d’un génie qui sera enterré dans la fosse commune au cimetière Saint-Marx de Vienne.
Ici, les chants des artistes sont aussi d’une grande beauté et cette œuvre qui a fait polémique sur le plan historique, mérite d’être découverte.

Jean Couturier

Théâtre Marigny, Carré Marigny,  Paris ( VIII ème). T. : 01 86 47 72 77.


Archive pour 15 avril, 2026

Amadeus de Peter Shaffer, adaptation et mise en scène d’Olivier Solivérès

Amadeus de Peter Shaffer, adaptation et mise en scène d’Olivier Solivérès

Crée en 1979 et inspirée d’une courte pièce de Pouchkine, Mozart et Salieri (1830), cet Amadeus a été immortalisé par  l’adaptation  au cinéma de Milos Forman qui remporta en 84 huit Oscars. Cela se passe à Vienne en 1823 où le vieux Antonio Salieri prétend avoir tué Mozart, compositeur officiel de l’Empereur François Joseph II et selon son lui « serviteur de Dieu ». Jusqu’au jour où il rencontre un génie insolent, obscène, incontrôlable… (selon la pièce) mais traversé par  la musique d’une pureté divine, Wolfgang Amadeus Mozart !
Entre jalousie et admiration, Peter Schafer nous raconte le conflit entre ces personnages que tout oppose. La scénographie sobre de Roland Fontaine, les costumes « d’époque » de David Belugou et les perruques poudrées nous emmènent  dans les salons de la capitale autrichienne où tout était apparence dans les relations sociales. Jérôme Kircher (Salieri) et Thomas Solivérès, (Wolfgang Amadeus Mozart), succèdent à François Périer et Roman Polanski qui avaient joué la pièce dans ce même théâtre en 82.
La critique de Michel Cournot dans Le Monde avait été assez violente: «La pièce de Peter Schaffer, telle qu’elle est présentée au Théâtre Marigny, mise en scène par Roman Polanski, se révèle une œuvre d’une telle inexistence, d’une vacuité si flagrante, que six à huit lignes suffiraient amplement à rendre compte de l’événement, du non-événement. »

© David Delaplace

© David Delaplace

Mais dans cette mise en scène, Jérôme Kircher est exceptionnel dans le rôle de ce musicien  obligé de côtoyer un jeune génie. Salieri a trente-et-un ans, quand il rencontre  un Mozart  de vingt-cinq. Devant ce phénomène, il dit: «Quel est ma faute, j’ai travaillé ! Mozart le méprisant, l’infantile ! La bonté n’est rien dans l’art, moi, j’étais un homme bon, à quoi cela m’a servi à rien ».
A l’avant-scène, Salieri prend souvent le public  à témoin de son désarroi. Comme il ne peut empêcher ce génie de créer des œuvres toutes passées à la postérité, Salieri va alors essayer de séduire la femme de Mozart mais c’est un échec. Puis il aidera Mozart dans sa démarche  créative. « Je dois me concentrer sur l’homme, le voir le plus souvent possible ».
Thomas Solivérès (Wolfgang Amadeus Mozart) est convaincant dans sa forme d’autisme du personnage, non révélée à l’époque. Salieri s’accusant de la mort de Mozart est une légende entretenue par la pièce. En fait, Salieri aurait plutôt aidé Mozart et était présent à ses obsèques.
La veuve du compositeur, Constance Mozart, avait d’ailleurs confié à Salieri, son fils Franz-Xaver, pour le former. Et restera avant tout la musique d’un génie qui sera enterré dans la fosse commune au cimetière Saint-Marx de Vienne.
Ici, les chants des artistes sont aussi d’une grande beauté et cette œuvre qui a fait polémique sur le plan historique, mérite d’être découverte.

Jean Couturier

Théâtre Marigny, Carré Marigny,  Paris ( VIII ème). T. : 01 86 47 72 77.

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