Nage libre texte et mise en scène d’Elsa Wurmser

Nage libre,  texte et mise en scène d’Elsa Wurmser

Après quelque vingt réalisations dont Explosif ( 2024) d’Elise Wilk (voir Le Théâtre du Blog), cette autrice  a écrit et mis en scène les retrouvailles de trois anciennes sportives, autrichiennes à Vienne en 1995. Après avoir été forcées de s’exiler en 39, elles ont vécu cinquante-neuf ans à l’étranger!  Elles faisaient partie du légendaire club Kakoah fondé en 1909 parce que les juifs n’étaient pas acceptés dans les autres clubs sportifs viennois. Quelques jours après l’Anschluss, il fut dissous par les nazis, ses installations confisquées, son palmarès effacé et le nom même d’Hakoah, interdit en 41. Dirigeants, joueurs et salariés furent assassinés ou déportés.
Ces championnes, elles, ne s’étaient jamais revues. Ici, dans la pièce d’Elsa Wurmser, Rachel, la plus âgée, a vécu aux États-Unis et revient pour récupérer ses prix. Hannah, elle, pour voter,  et Esther pour transmettre son histoire à sa petite-fille Lou. Elles sont aussi venues aussi nager dans « leur » piscine. Lisa Wurmser s’est inspirée  du documentaire israélien Watermarks ( 2004) de Yaron Zilberman qu’il faut voir ou revoir: Ruth Langer, Luci Goldner et Judith Deutsch, championnes du Hakoah, résistèrent au troisième Reich, en refusant de participer aux Jeux Olympiques de 1936. Elles seront interdites de compétition et leurs records furent effacés. 
Nous sommes à Vienne en 95 quand enfin! leurs prix furent remis aux sportifs juifs de la capitale… La même année où l’Autriche entra dans l’Europe. Kurt Waldheim (1918-2007) ancien officier de la Wehrmacht, a été secrétaire général des Nations unies de 72 à 81 et Président fédéral de la République d’Autriche de 86 à 92!

« A l’heure où l’Europe ferme ses portes aux étrangers, dit Lisa Wurmser, il est bon de rappeler l’histoire de ces femmes qui, à l’époque, avaient pour seule arme de résistance, la natation. L’extrême-droite arrive au pouvoir dans de nombreux pays européens et même si leur discours se veut rassurant et onctueux, il n’en reste pas moins proche des idéaux totalitaires et antidémocratiques des années 30. »
Hannah, soixante-quinze  ans, championne de natation  a émigré à Buenos Aires. Elle était amoureuse de Matthias Sindelar, champion de football autrichien sans doute assassiné en 39 avec son amie juive italienne, Camilla Castagnola.

© Ludo Leleu

© Ludo Leleu

Ici, Rachel, quatre-vingt ans, partit pour New-York. Championne de natation, elle était mariée à Max, l’entraîneur du club Hakoah. Esther, soixante-quinze ans, championne de plongeon, mariée à un champion d’escrime a émigré à Tel-Aviv… Hannah est revenue pour voter et que son vote compte. Destituées de leurs titres, quand elles refusèrent de participer aux Jeux Olympiques de 1936, elle avaient été interdites de compétition à vie. Il y a aussi Lust, à la fois directeur et chanteur du cabaret L’Enfer et aussi conseiller municipal de Vienne qui accompagne leurs retrouvailles et leur offre le champagne. Cela commence plutôt bien avec ces retrouvailles, un demi-siècle après la tragique histoire de ces  femmes déjà âgées, heureuses de se retrouver  après tant d’années dans cette Vienne qui avait consacré leur réussite.

Et à la fin, on les verra dans leur piscine d’Amalienbad. Pour les incarner, des actrices d’exception à la présence fabuleuse: Francine Bergé (quatre-vingt sept printemps), Bernadette Le Saché (soixante-quinze) et Flore Lefebre des Noettes, la plus jeune. Toutes absolument crédibles, avec une gestuelle et une diction impeccables. Et Nicolas Struve- habit queue de pie et chapeau claque noirs- est aussi drôle que précis dans ce rôle de maître d’hôtel obséquieux et s’efforçant d’être gentil…
Des interprètes bien dirigés par Elsa Wurmser. La scénographie, sobre et efficace, de Floriane Benetti pour suggérer ce cabaret: juste deux tables rondes, quelques chaises, un paravent et un rideau leur permet d’évoluer facilement. Il y aussi des chansons en anglais, yiddish, espagnol et allemand. Tout serait donc dans l’axe. Et pourtant cela ne fonctionne pas! Le texte, assez faible, part dans tous les sens et on se demande ce qui se passerait si ces interprètes exceptionnelles n’étaient pas là… Elles arrivent quand même à être crédibles et nous assistons en une heure quinze à un exercice de haute-voltige auquel les élèves d’école de théâtre devraient assister: comment réussir à intéresser un public quand il y a juste un semblant de dialogue qui n’arrive jamais à prendre corps, faute d’une véritable dramaturgie. Même quand Nicolas Struve arrive à l’aérer…
« Un fait est comme un sac, disait Luigi Pirandello : vide, il ne tient pas debout. Pour qu’il tienne debout, il faut d’abord y faire entrer la raison et les sentiments qui l’ont déterminé. » Mais ici, rien à faire, le fait: ici l’argument, est sans doute un faux bon argument. Dommage! Mais vous pouvez toujours aller voir jouer ensemble et avec une belle unité: Francine Bergé, Bernadette Le Saché, Flore Lefebre des Noettes et Nicolas Struve-une distribution exceptionnelle et rare dans le théâtre actuel! C’est vraiment un grand plaisir! Voilà, à vous de choisir…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 31 mai, Studio Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, Paris (XVII ème)

      


Archive pour 27 avril, 2026

Nage libre texte et mise en scène d’Elsa Wurmser

Nage libre,  texte et mise en scène d’Elsa Wurmser

Après quelque vingt réalisations dont Explosif ( 2024) d’Elise Wilk (voir Le Théâtre du Blog), cette autrice  a écrit et mis en scène les retrouvailles de trois anciennes sportives, autrichiennes à Vienne en 1995. Après avoir été forcées de s’exiler en 39, elles ont vécu cinquante-neuf ans à l’étranger!  Elles faisaient partie du légendaire club Kakoah fondé en 1909 parce que les juifs n’étaient pas acceptés dans les autres clubs sportifs viennois. Quelques jours après l’Anschluss, il fut dissous par les nazis, ses installations confisquées, son palmarès effacé et le nom même d’Hakoah, interdit en 41. Dirigeants, joueurs et salariés furent assassinés ou déportés.
Ces championnes, elles, ne s’étaient jamais revues. Ici, dans la pièce d’Elsa Wurmser, Rachel, la plus âgée, a vécu aux États-Unis et revient pour récupérer ses prix. Hannah, elle, pour voter,  et Esther pour transmettre son histoire à sa petite-fille Lou. Elles sont aussi venues aussi nager dans « leur » piscine. Lisa Wurmser s’est inspirée  du documentaire israélien Watermarks ( 2004) de Yaron Zilberman qu’il faut voir ou revoir: Ruth Langer, Luci Goldner et Judith Deutsch, championnes du Hakoah, résistèrent au troisième Reich, en refusant de participer aux Jeux Olympiques de 1936. Elles seront interdites de compétition et leurs records furent effacés. 
Nous sommes à Vienne en 95 quand enfin! leurs prix furent remis aux sportifs juifs de la capitale… La même année où l’Autriche entra dans l’Europe. Kurt Waldheim (1918-2007) ancien officier de la Wehrmacht, a été secrétaire général des Nations unies de 72 à 81 et Président fédéral de la République d’Autriche de 86 à 92!

« A l’heure où l’Europe ferme ses portes aux étrangers, dit Lisa Wurmser, il est bon de rappeler l’histoire de ces femmes qui, à l’époque, avaient pour seule arme de résistance, la natation. L’extrême-droite arrive au pouvoir dans de nombreux pays européens et même si leur discours se veut rassurant et onctueux, il n’en reste pas moins proche des idéaux totalitaires et antidémocratiques des années 30. »
Hannah, soixante-quinze  ans, championne de natation  a émigré à Buenos Aires. Elle était amoureuse de Matthias Sindelar, champion de football autrichien sans doute assassiné en 39 avec son amie juive italienne, Camilla Castagnola.

© Ludo Leleu

© Ludo Leleu

Ici, Rachel, quatre-vingt ans, partit pour New-York. Championne de natation, elle était mariée à Max, l’entraîneur du club Hakoah. Esther, soixante-quinze ans, championne de plongeon, mariée à un champion d’escrime a émigré à Tel-Aviv… Hannah est revenue pour voter et que son vote compte. Destituées de leurs titres, quand elles refusèrent de participer aux Jeux Olympiques de 1936, elle avaient été interdites de compétition à vie. Il y a aussi Lust, à la fois directeur et chanteur du cabaret L’Enfer et aussi conseiller municipal de Vienne qui accompagne leurs retrouvailles et leur offre le champagne. Cela commence plutôt bien avec ces retrouvailles, un demi-siècle après la tragique histoire de ces  femmes déjà âgées, heureuses de se retrouver  après tant d’années dans cette Vienne qui avait consacré leur réussite.

Et à la fin, on les verra dans leur piscine d’Amalienbad. Pour les incarner, des actrices d’exception à la présence fabuleuse: Francine Bergé (quatre-vingt sept printemps), Bernadette Le Saché (soixante-quinze) et Flore Lefebre des Noettes, la plus jeune. Toutes absolument crédibles, avec une gestuelle et une diction impeccables. Et Nicolas Struve- habit queue de pie et chapeau claque noirs- est aussi drôle que précis dans ce rôle de maître d’hôtel obséquieux et s’efforçant d’être gentil…
Des interprètes bien dirigés par Elsa Wurmser. La scénographie, sobre et efficace, de Floriane Benetti pour suggérer ce cabaret: juste deux tables rondes, quelques chaises, un paravent et un rideau leur permet d’évoluer facilement. Il y aussi des chansons en anglais, yiddish, espagnol et allemand. Tout serait donc dans l’axe. Et pourtant cela ne fonctionne pas! Le texte, assez faible, part dans tous les sens et on se demande ce qui se passerait si ces interprètes exceptionnelles n’étaient pas là… Elles arrivent quand même à être crédibles et nous assistons en une heure quinze à un exercice de haute-voltige auquel les élèves d’école de théâtre devraient assister: comment réussir à intéresser un public quand il y a juste un semblant de dialogue qui n’arrive jamais à prendre corps, faute d’une véritable dramaturgie. Même quand Nicolas Struve arrive à l’aérer…
« Un fait est comme un sac, disait Luigi Pirandello : vide, il ne tient pas debout. Pour qu’il tienne debout, il faut d’abord y faire entrer la raison et les sentiments qui l’ont déterminé. » Mais ici, rien à faire, le fait: ici l’argument, est sans doute un faux bon argument. Dommage! Mais vous pouvez toujours aller voir jouer ensemble et avec une belle unité: Francine Bergé, Bernadette Le Saché, Flore Lefebre des Noettes et Nicolas Struve-une distribution exceptionnelle et rare dans le théâtre actuel! C’est vraiment un grand plaisir! Voilà, à vous de choisir…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 31 mai, Studio Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, Paris (XVII ème)

      

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