La Vie rêvée, de et avec Kelly Rivière
Sa première création dans Avignon off en 2017 An irish Story, que nous avions beaucoup aimée ( voir Le Théâtre du Blog) avait été un beau succès et Kelly Rivière l’a ensuite longtemps jouée. Celle-ci, créée aux Plateaux sauvages l’an passé, commence par des rafales d’applaudissements enregistrés: une danseuse sur pointes et en tutu blanc- salue le public… Une certaine Kelly Ruisseau, actrice de quarante ans, avait rêvé d’être danseuse-étoile puis elle se dirigea vers le théâtre mais le parcours est bien loin justement d’une vie rêvée… La jeune artiste subit sans résultat de nombreux castings. Dont l’un où une certaine Aurélie se fait plaisir à l’humilier plus bas que terre.
Elle participe aussi à des jeux de rôles en entreprise où elle doit jouer une femme de chambre, sans aucun autre espoir que de se faire quelques cachets… Elle a aussi la tristesse de voir la seule scène d’un film où elle joue, coupée au montage, alors qu’elle espérait tant se faire connaître.
Bref, le quotidien des actrices et acteurs débutants, ou pas toujours… Il nous souvient de Jérôme Savary, alors directeur du Théâtre national de Chaillot, avertissant les élèves de l’Ecole: « Les filles, il faut vous bouger et ne pas attendre derrière votre téléphone. Et quand vous monterez sur scène, cela sera la cerise sur le gâteau; le reste du temps: enregistrements radio, animations, pubs, « voix » et au mieux, petits rôles au cinéma… Vous avez bien compris? » Mais en douze ans, il avait quand même pris une quarantaine d’élèves dans ses distributions et deux pour rôles importants, ce n’est déjà pas si mal…
Kelly Rivière incarne avec facilité, de nombreux personnages vivants ou morts, dont sa mère irlandaise qui ne l’aime pas – une très bonne scène- et dont les phrases blessantes ressemblent à des gifles, son fils Liam, sa grand-mère adorée à l’accent du Sud mamie Nana qui la poussait à ne jamais abandonner. Et aussi Max, son grand ami au cours de théâtre, disparu à trente ans d’un cancer foudroyant et dont la mort la laisse à jamais inconsolable. Ou encore Pépé, machiniste à la retraite, devenu acteur de petits rôles. Plus vrai que dans la réalité: le critique d’un grand quotidien avait, longuement encensé dans un article… son beau-père, inconnu au bataillon et qui avait eu ce même parcours! Tout ce que dit Kelly Rivière sur la dure réalité d’un métier, sonne juste et vrai, même si cette histoire d’illusions perdues est bien connue et n’a souvent rien de très passionnant. Il y a de très bons moments mais le spectacle souffre d’une auto-direction et d’une mise en scène parfois approximatives… Kelly Rivière a une excellente gestuelle et passe avec facilité d’un personnage à l’autre mais il y des longueurs, elle boule souvent son texte -et le micro H.F. ne peut rien arranger- la balance piano-chant n’est pas encore au point et les lumières LED, même pas dissimulées, font mal aux yeux du public. Bref, comme dans toute reprise, il y a encore du travail.
Au fond du plateau, un rideau de fils noirs et dorés et, à jardin, un piano droit dont un côté est couvert de photos. Kelly Rivière y joue et chante des artistes connus ou oubliés comme Jacques Debronckart, auteur et interprète de chansons (1934-1983), avec Je suis comédien, je dors le matin. Et ce solo finit sur la célébrissime musique (1817) de La Pie Voleuse de Rossini dans un cercle de plumes grises et noires.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 27 mai, le vendredi à 19 h et le samedi à 18 h 30, Théâtre actuel La Bruyère, 5 rue La Bruyère, Paris ( IX ème). T. : 01 48 74 76 99.

