Les Demoiselles de Rochefort adaptation du film de Jacques Demy, mise en scène de Gilles Rico, musique de Michel Legrand
Les Demoiselles de Rochefort, adaptation du film de Jacques Demy, mise en scène de Gilles Rico, musique de Michel Legrand
Pourquoi et comment une œuvre devient-elle mythique? Les Parapluies de Cherbourg (1964) est récompensé par la Palme d’or au festival de Cannes, un film chanté entre autres par Catherine Deneuve qui avait été entièrement doublée par Christiane Legrand, la sœur du compositeur.
Les Demoiselles de Rochefort (1967), une comédie musicale jouée, chantée et dansée, est le cinquième long métrage de Jacques Demy mais aussi sa cinquième collaboration avec Michel Legrand. Et, en 2016, la scène d’ouverture du film La La Land rend hommage à celle des Demoiselles de Rochefort. A sa sortie, les critiques étaient assez élogieux. « Pour parler des Demoiselles de Rochefort, il faudrait recourir au délicieux vocabulaire des confiseurs, écrivait un Jean-Louis Bory enthousiaste dans Le Nouvel Observateur. C’est un film devant lequel on se lèche les doigts. Moi qui suis gourmand comme un vieux matou, je me régale. » Mais d’autres émettaient des réserves… Ainsi, les « sœurs Dorléac» (Catherine Deneuve et Françoise Dorléac) sont juste citées par les critiques du Masque et la Plume qui minimisent leur performance. Ils trouvent aussi que « Gene Kelly est un peu vieux», et que « Michel Piccoli ne danse pas très bien ». Certains pensent même que le film est « trop sucré, trop bien fait »Tous les interprètes sont doublés quand ils chantent, sauf Danielle Darrieux, actrice française célèbre comme Gene Kelly et George Chakiris, grandes vedettes aux Etats-Unis. Le film qui avait été doublé en anglais, devait y faire carrière mais n’eut pas grand succès..
Cette adaptation pour la scène est un véritable défi: ici les artistes doivent chanter, danser , jouer et surtout, le temps d’un soir, essayer de faire oublier les acteurs mythiques du film. Le plateau du Théâtre Lido 2 n’est pas celui du Châtelet… La chorégraphe Joanna Goodwin a du s’adapter à un plateau mobile vertical et à un autre tournant horizontal. Sans doute, un point faible de cette création…
Dans la deuxième partie, il y a une meilleure occupation de l’espace. L’intelligente scénographie de Bruno de Lavenère est fondée sur ce dispositif scénique et des projections d’images qui aident à nous transporter dans les lieux même du film qui avait été entièrement tourné en extérieurs. Les quatorze musiques sont là, avec de belles performances vocales et un orchestre bien dirigé par Patrice Peyriéras, même si, en fonction des distributions, il y a certaines inégalités. Alexis Mabille a créé des costumes années soixante-dix aux couleurs acidulées du film.
Jean-Luc Choplin, président et directeur artistique, ne voulait pas de stars pour cette création mais les auditions ont été efficaces: on sort avec plusieurs airs mythiques dans la tête et la joie demeure devant ces multiples chassés-croisés amoureux. » On peut, dit le metteur en scène Gilles Rico, la faire naître au théâtre sous une autre forme, en utilisant notamment la lumière et une vidéo immersive, tout en accentuant les contrastes entre les scènes. Les forains apportent le soleil et l’insouciance de la jeunesse. Il en sera de même au Théâtre du Lido, ils entraîneront le spectateur dans le monde de la comédie musicale, transmettront à tous les personnages scène après scène, leur joie de vivre qui envahira le plateau. »
Un spectacle à découvrir en cette période morose. «Ou on est adulte, ou on est enfant, disait Michel Legrand. Tout ce qui m’a marqué, est tout ce qui est important pour un enfant et tout ce que j’ai oublié, est tout ce qui n’intéresse pas un enfant. »
Jean Couturier
Théâtre Lido 2, 116 B avenue des Champs-Élysées, Paris ( VIII ème). T. : 01 89 97 09 58.

