Adieu Philippe Foulquié

Adieu Philippe Foulquié

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Nous apprenons la nouvelle à une terrasse de café place du Palais-Royal, des larmes tombent dans mon gin-fizz. Philippe Foulquié, ah! non, on ne peut l’imaginer mort. Quoiqu’il en coûte, j’irai à son enterrement même à Marseille. Il a été le premier à programmer notre théâtre de l’Unité, une compagnie sans passé aucun,à Argenteuil en 1972. Dans une salle de mille places, servant surtout aux congrès du Parti Communiste Français, nous allons  jouer L’Avare and Co et il nous envoie faire une parade devant la gare… Une horreur, nous n’attirons personne.  Pourtant, cela va être le commencement du théâtre de rue en France: juste après, nous allons réitérer à Aix-en-Provence où Jean Digne, directeur du Centre Culturel, avait pressenti tout un futur…


Philippe travaillera trois ans à nos côtés  et sa 2CV sera la scène du petit spectacle de rue La 2CV-Théâtre que nous allons jouer  vingt ans. 
Nous le retrouverons plus tard à Marseille, où il a cofondé la Friche de la Belle de mai, un nouveau concept… Philippe était un administrateur mais aussi un inventeur, un poète. Grâce à lui, en marge des institutions, une nouvelle forme de culture était en train de naître.
Des enterrements comme celui-ci, j’en voudrais tous les jours. Lundi 27 avril à 15 heures, place des Horizons au cœur de la Friche, on dépose son cercueil sous les applaudissements de cinq cent personnes. Puis il y a des  prises de paroles,  la famille, Benoît son fils, ses ses proches  les institutionnels sont là.

Julien Blaine, poète et maire-adjoint à l’époque, écarte les bras et dit juste: « Voilà nous y sommes, vous êtes là.  » Il avait écouté Philippe qui avait eu l’idée de faire racheter l’immense site de la SEITA à la Belle de mai (III ème)  par la Ville de Marseille. Ce qui fut fait pour 1 € symbolique…
Les artistes nous font le magnifique portrait d’un véritable homme de gauche, humaniste et gourmand…  Et les voisins de son cabanon au grand Méjean, la calanque d’Ensuès-la-Redonne (6.000 habitants) près de Marseille, prennent la parole… Aucun besoin de curé pour le rituel: les cinq cent personnes sont là, bien ensemble, unies: une vraie religiosité, tout est digne: pas de bla-bla et nous rions à travers  nos larmes.

Maylis de Kérangal, prix Médicis  pour La Corniche Kennedy, un roman qui se passe à Marseille  et ex-résidente à la Belle de mai, nous rappelle l’optimisme de Philippe et ses «vachement bien». Et même, quand cela ne l’était pas, il disait : « Ce sera vachement bien ».
Marie-Josée Ordener et Fabrice Lextrait, les restaurateurs des grandes tables une idée exportée au Chanel-Scène nationale de Calais et autres lieux, sont aussi là. Fabrice, cet homme de l’ombre, a théorisé l’art des friches avec sa femme Béa.

L’inhumation a lieu à Ensuès-la-Redonne. Philippe Illac, le maire, est fier de son mort illustre. Et, magie totale, au bord de la calanque, une table est dressée par Marie-Josée.  Pieds-paquets, mets préféré de Philippe avec du vin frais,. Il y a aussi la mer, la douceur de vivre, loin des horribles crémations du père Lachaise en   trente ou soixante minutes maximum, au choix,! L’art des funérailles dégénère! Mais des enterrements comme celui-ci,  j’en redemande.

Jacques Livchine, ex-directeur  avec Hervée de Lafond du Théâtre de l’Unité à Audincourt ( Doubs). 

 


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