L’Astrologue ou les faux Présages, Comédie Meslee de musique et chant, de danse, de Mickaël Bouffard, Pierre Fautrel, Coraline Renaux, et Gauthier Vernier, avec la collaboration de l’I.A. sollicitée par le groupe Obvious
L’Astrologue ou les faux Présages, comédie meslee de musique & de danse, de Mickaël Bouffard, Pierre Fautrel, Coraline Renau et Gauthier Vernier, avec la collaboration de l’I.A. sollicitée par le groupe Obvious
Molière ex machina: une ambition, «faire se rencontrer les expérimentations autour de l’I.A. et les savoirs historiques, dramaturgiques et scéniques du théâtre classique». Un projet du Théâtre Molière-Sorbonne : « Imaginer la pièce que Molière aurait pu écrire, s’il avait vécu plus longtemps » (nous aurions plus modestement imaginé une pièce que Molière aurait pu écrire…).
Au-delà du pastiche, il s’agit sérieusement d’en apprendre plus sur la diction, les costumes et décors, la mise en scène, le jeu… par les archives et surtout, ici, par la pratique : une sorte d’archéologie expérimentale. « Le Rrrroué, c’est moué… », aurait proclamé vers 1.810, le dernier perroquet survivant à l’Ancien Régime, confirmant par ce précieux indice ce que l’on savait par transmission humaine sur la prononciation à l’âge classique… Il s’agira donc -l’expérience a déjà été tentée par d’autres avec succès- de travailler sur cette diction particulière, avec tous les outils existants.
L’Astrologue ou les Faux Présages a été présenté au délicieux Opéra Royal de Louis XV du château de Versailles, à la lumière électrique -les chandelles historiques n’étant plus admises dans les lieux recevant du public. Le décor signé Antoine Fontaine, maquettes de Mickaël Bouffard est parfaitement réussi: c’est une machine à jouer d’esthétique classique et on ne s’est pas soucié de représenter la « salle basse » du bourgeois enrichi que serait ce nouveau -et dernier- Géronte.
Les chapeaux (importants en ces temps-là !) comme les costumes sont réinventés, couleurs comprises, avec l’aide de l’I. A. A partir d’illustrations d’époque. Et quatre violonistes jouent la musique de Marc-Antoine Charpentier et de l’I.A. compositrice. Reste le texte: un immense travail d’équipe à partir d’une première version -trop pauvre selon ses responsables- fournie par l’I.A. Celle-ci (et surtout les auteurs) a parfois de l’esprit, des trouvailles mais la pièce piétine. Les concepteurs l’auraient-ils trop nourrie? Certes, le travail est bien fait et on trouve ici ce que l’on doit y trouver: une fille destinée par son père et contre son cœur, à un homme qui le sert, ici, sous l’influence intéressée d’un astrologue. Il y a aussi une fidèle Dorine «un peu trop forte en gueule » qui remonte le moral des jeunes gens (voir Le Malade imaginaire, Tartuffe …), un déguisement (le jeune Premier en astrologue concurrent de celui qui tient le père sous sa griffe : il faut guérir le mal par le mal…), une intronisation du père en mascarade (Le Malade imaginaire, toujours et encore). Certes, on est enchanté de retrouver la comédie-ballet, avec intermèdes charmants de deux interprètes de danse baroque.
Mais le jeu est décevant. On ne peut qu’approuver l’idée d’une « école de théâtre historiquement informée » avec des spectacles «au plus proche des conditions de représentation à l’époque de Molière, Corneille et Racine » pour « retrouver les sons, les images et les gestes que Molière et ses contemporains avaient en tête au moment de composer leurs œuvres ». Rendre l’auteur de L’Avare à son siècle, en somme, après de longues et profondes recherches in vivo, en amont des textes (dont ne nous possédons aucun exemplaire de sa main) est un beau travail… Mais le théâtre y perd, comme le public d’aujourd’hui. Comme si les acteurs et actrices, appliqués à cette langue ancienne, ne donnaient pas au jeu l’espace nécessaire.
Faut-il croire que le public du XVII ème siècle ne se souciait pas d’être touché? Les sur-titrages projetés au-dessus du manteau d’Arlequin seraient inutiles (sauf pour les non-francophones) si le jeu était là; même en langage secret -mais la langue du XVII ème siècle, même avec sa prononciation restituée, n’est pas si lointaine de la nôtre – et le public saisit immédiatement les drames, partage les sentiments, s’approprie ce qui se passe sur scène, pourvu que les rôles ne soient pas seulement tenus, mais investis, respirés.
Le public, a priori bienveillant (surtout celui qui venu soutenir cette équipe), a admiré mais n’a pas été emporté par ce spectacle à la fois familier -on reconnaît Molière, ou son clone encore un peu boiteux et exotique – sans être surprenant. On a déjà vu d’autres reconstitutions…
Le savoir historique sur le spectacle au siècle de Louis XIV, l’expérimentation des dernières technologies et l’articulation entre les deux, y gagnent… mais l’art du jeu reste à la porte. On dira que c’était une première (pour ce spectacle, pas pour la troupe), que la recherche passe avant tout, quand il s’agit de l’Université. Mais le théâtre réclame sa part.
Christine Friedel
Spectacle vu le 5 mai à l’Opéra Royal du château de Versailles (Yvelines).
Théâtre de la Cité Internationale en juin.


