Mondes possibles, te,xte de Rachel Collignon mise en scène de Christophe Montenez

Mondes possibles, texte de Rachel Collignon, mise en scène de Christophe Montenez

L’autrice qui est aussi actrice de sa pièce et Fany Barthold font partie de l’Académie de la Comédie-Française et cette pièce a déjà été présentée dans le cadre de Cartes Blanches offertes à ces stagiaires. Cela se passe dans une église désaffectée où arrivent Diane (Fanny Barthold), une avocate issue d’une famille d’agriculteurs. Droguée, elle est actuellement en sevrage. Et Céleste, institutrice gravement dépressive (Rachel Collignon). Ces jeunes femmes sont plus ou moins habillées en religieuses: l’une a les cheveux gris (visiblement une perruque) et un faux-cul. Pour mieux passer inaperçue (?) car elles doivent « commettre un attentat éco- terroriste » mais être kamikazes. Céleste, ou Diane?  dit qu’elle ne veut pas mourir.  Au programme: hésitations et maladresses, peur de l’échec et de la mort… A la fin, Céleste dit qu’elle a fait l’amour avec un jeune prêtre qui arrivera et se lancera dans un  sermon.
 » C’est un conte sur la méritocratie à la Française, la peur du vide, la rage féminine sacrée et destructrice. » Du moins, à ce que nous dit l’autrice, sans aucun état d’âme.  Sur ce petit plateau, un large prie-Dieu noir où est posé un chandelier avec une bougie allumée et il y a une sorte de chaire avec une statue de la Vierge Marie et derrière, un vitrail, fait de quelques gélatines colorées. Côté cour, des matelas où elles s’allongeront un moment mais elles seront juste visibles par les huit spectateurs du premier rang. Une scénographie simple te qui fonctionne. Il y a un peu de fumée quand les actrices entrent en scène, sans doute pour imiter l’encens de cette église (pourtant désaffectée!) et on se demande bien aussi pourquoi il y  un prêtre. Mais bon…

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© Stéphane Lavoué

Et cela donne quoi? Le texte bavard, et pas très bien écrit, est vaguement influencé par King Kong Théorie de Virginie Despentes (mais sans jamais en avoir la virulence) et ne tient pas la route plus de trois minutes. Il faudrait que Rachel Collignon apprenne à écrire un scénario et surtout de vrais dialogues: a-t-elle eu droit à une véritable culture théâtrale au cours Florent? On peut en douter! Qu’elle lise ou relise Beaumarchais, Georges Feydeau, Samuel Beckett, Eugène Ionesco ou encore Valère Novarina… Par ailleurs, la direction de ces jeunes actrices sympathiques est faiblarde. Pourtant, acteur de la Comédie-Française, Christophe Montenez qui ose signer cette « mise en scène », sait dire un texte et aurait du veiller à leur diction, trop souvent approximative et elles boulent leur texte!

Et il aurait pu nous épargner le jeu avec des spectateurs dans la salle (vieux truc usé!) et, comme partout, une invasion de fumigène, avec, cerise sur le pudding, un éclairage rouge, puis bleu, jaune, vert…  Tous aux abris! L’ensemble, assez incompréhensible, est un monument d’ennui et il s’agit d’une « version courte » (sic!!!). On tremble à l’idée de voir  une version longue de ces Mondes possibles! Gérer le temps scénique s’apprend aussi.  Cela dure soixante-dix minutes, soit en temps ressenti:  deux bonnes heures.
Que sauver? Le début du sermon par Anthony Moudir qui a une remarquable présence et une excellente diction. Une bouffée d’air frais bienvenue mais ce monologue est trop long et l’autrice nous inflige en plus un inutile morceau de théâtre dans le théâtre! Là, aussi, un vieux truc usé: l’acteur se plaint d’avoir attendu si longtemps derrière le rideau!
Ce travail qui manque aussi de rythme aurait du rester à l’Académie et ne jamais, être présenté devant un public. Ici, ses interprètes, le metteur en scène et le théâtre qui reçoit Mondes possibles! n’ont rien à gagner. Que faire pour améliorer un peu les choses avant le festival d’Avignon? D’abord élaguer drastiquement et éclaircir ce texte, et en revoir aussi drastiquement, la mise en scène et surtout la direction d’acteurs. Cela irait déjà mieux et commencerait peut-être à ressembler à un spectacle… Mais pour le moment, on est loin du compte et on aimerait revoir ces jeunes actrices dans un vrai texte et cette fois, réellement mis en scène.

Philippe du Vignal 

Jusqu’au 24 mai, Théâtre du Chariot, 77 rue de Montreuil, Paris ( XI ème) . 
 

Et à Présence Pasteur du 4 au 25 juillet, Avignon.

 


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