Lumières, lumières, lumières texte d’Evelyne de la Chenelière librement inspiré de Vers le phare de Virginia Woolf, mise en scène Florent Siaud.

Lumières, lumières, lumières d’Evelyne de la Chenelière, inspiré de Vers le phare de Virginia Woolf, mise en scène de Florent Siaud

Cette création franco-québécoise fait la part belle à la langue française et le Québec défend avec ferveur notre langue. Cette adaptation de Vers le phare, en séquences: la fenêtre, le repas, le phare qui ont chacune en sous-titre un nom de conjugaison et pourrait devenir une énigme chez la plupart des élèves ! C’est l’histoire de deux femmes qui se sont aimées, chacune à leur manière.
« Écrire ce texte, dit Evelyne de la Chenelière, a été pour moi, une façon de m’approcher de cette matière mouvante: les glissements de la pensée, la circulation invisible entre les êtres, les objets, les paysages. J’y ai déployé une parole demeurée en puissance dans le roman: la joute entre deux femmes que tout semble séparer, et qui, pourtant, partagent la même quête de sens, la même mise en doute de nos perceptions, la même lucidité devant nos vanités, la même recherche d’une parole fiable. Peu à peu, il m’est apparu que Madame Ramsay et Lily Briscoe pouvaient incarner à elles seules, les déchirements intérieurs qui traversent non seulement le roman mais peut-être aussi Virginia Woolf elle-même. »

© Agathe Poupeney

© Agathe Poupeney

Cette œuvre est sans doute la plus autobiographique de Virginia Woolf, écrivaine bipolaire qui a rempli de cailloux, les poches de son manteau de fourrure et est allée se noyer dans une rivière. Une mort  évoquée dans une confession de madame Ramsay. Florence Viala interprète avec justesse cette femme qui, à l’époque victorienne, a pour seul but, le bonheur de son mari. Il lui a fait huit enfants ! «Un enfant naît, dit-elle et vous voilà indispensable à sa survie. Pourquoi faut-il que les enfants grandissent?» Mère de famille assumée, elle émet pourtant quelques doutes sur la domination du patriarcat: « Je déteste me sentir supérieure aux hommes mais ils ne me laissent pas le choix. Ils tueront pour cela, pour qu’on les écoute, pour qu’on les acclame. »
Cette rébellion intérieure est un élément d’attraction pour Lily Briscoe,artiste peintre indépendant et secrètement amoureuse de madame Ramsay que joue Aymeline Alix. Elle évoque cette histoire d’amour et fait revivre ce fantôme en revenant sur les lieux d’un lointain passé. La maison de la famille Ramsay  a été  abandonnée après la disparition de cette mère avec ses enfants, dans des circonstances troubles. Seuls, quelques objets et ses tableaux témoignent de ce qui a pu ressembler à des moments de bonheur.
«En segmentant la pièce en de nombreuses miniatures, dit Florent Siaud, je la fais entrer  dans un mouvement kaléidoscopique où l’existence humaine apparaît comme un télescopage continu de sensations, paroles et images. Avec ces comédiennes, le spectacle fait penser aux Trois Sœurs d’Anton Tchekhov ou à Eugène Onéguine, le célèbre roman en vers d’Alexandre Pouchkine. »
Le public ressent bien l’évocation douce-amère d’une époque révolue…avec cette délicate bulle du passé qui ressurgit et nous prend à témoin.

Jean Couturier

Jusqu’au 28 juin, Studio-Théâtre de la Comédie-Française, galerie du Carrousel du Louvre, 99 rue de Rivoli, Paris (I er). T : 01 44 58 15 15.

 

 


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