Notre humble avis, texte et mise en scène d’Igor Mendjisky

Notre humble avis, texte et mise en scène d’Igor Mendjisky

 « Depuis que je fais du théâtre, j’ai toujours été très atteint par les critiques sur mes spectacles. Un mauvais papier me met dans un état de souffrance que j’ai du mal à m’expliquer, sachant qu’il n’est que le reflet de la pensée d’une personne, dit Igor Mendijsky. Alors que j’ai pu être davantage indifférent à des réactions de spectateurs qui sont pourtant ceux pour qui un artiste crée… En choisissant pour protagonistes, des personnes dont la critique n’est pas le métier, je souhaitais interroger profondément cette pratique et la hiérarchie qui la place au sommet de toutes les paroles que suscite une œuvre. »
Rassurons cet auteur et metteur en scène: la critique théâtrale n’est jamais « au sommet de la parole »: c’est une des paroles et de nombreux spectacles à succès n’ont guère eu besoin des critiques… Même si en général les articles sont -en général- écrits par des gens qui ont un jugement fondé, entre autres, sur une solide culture théâtrale, une sensibilité artistique et une expérience réelle du théâtre. Et une analyse argumentée peut avoir une influence. Il y avait eu un commentaire sur un papier guère encourageant dans Le Théâtre du Blog: « Grand merci. Ma sœur n’avait pas trouvé ce spectacle bien fameux et, comme j’ai confiance en vous, après avoir lu cet article, je n’y suis pas allée. » D’un autre côté, les articles favorables dans la presse papier, ou électronique, jouent aussi un rôle d’expertise et peuvent favoriser la venue du public, aider les compagnies encore inconnues à pouvoir faire une tournée… et à obtenir des subventions, entre autres, auprès des D.R.A.C.  Mais le travail  d’Igor Mendijsky est maintenant bien connu  et apprécié (voir Le Théâtre du Blog

©x

©Rebecka Oftedal 


Ici, face public, cinq critique amateurs sont alignés à un longue table devant un micro pour chacun. Avec tous des masques truculents, un physicien à la retraite, costume cravate,visage tout rouge et cheveux gris en bataille. Passionné d’art, il va mener les débats, il y a aussi  un réparateur-vendeur de vélos aux deux dents en avant qui a une grande collection de DVD…un patron d’un petit restaurant cassé par une mauvaise critique dans Le Guide du routard. Pourtant, répète-t-il, tous les clients trouvent que son soufflé est une réussite absolue.
Il y aussi la jeune Joséphine, pas très rassurée devant un micro mais qui parle très finement d’art et Nadine, une ancienne fleuriste, dirigeant une petite galerie…


Tous les cinq participent chaque semaine à l’enregistrement d’une émission sur la radio-amateur d’un village du Sud. Heureux d’être là chaque semaine… ce qui n’empêche pas les engueulades. Cette fois, doivent être traités un célèbre roman: Madame Bovary de Gustave Flaubert, un film très connu Le Grand Bleu de Luc Besson et un courant pictural: le Pop Art.

Bien entendu, on pense au Masque et la Plume. Ce soir, nous aurons seulement droit à Madame Bovary et au pop art qui s’inspire surtout de la publicité, et à ses « conséquences » , comme ils disent, avec des artistes comme Jeff Koons qui utilise le kitsch et le second degré mais qui n’hésite pas à plagier, ce pourquoi il a été condamné! Ou l’Anglais Damien Hirst, connu pour ses  animaux plongés dans le formol. Il y aura quelques photos d’œuvres  projetées.
L’animateur et petit producteur (Igor Mendjisky) est dans la salle mais, guère plus adroit qu’eux, essaye que tout se passe au mieux entre gens ravis d’être là mais qui… ne s’entendent pas toujours  bien: ils ont tendance à mélanger critique d’art et vie personnelle et leurs interventions laissent souvent apparaître frustrations, blessures, intimes, « regrets sur quoi l’enfer se fonde » comme l’écrivait Guillaume Apollinaire?  Tout cela  assez foldingue, sonne pourtant juste et vrai…
L’animateur rassure un David parfois dépassé par les évènements et qui a un mal fou pour qu’il y ait de véritables échanges. Il doit gérer les rapports de force entre patron du restaurant et réparateur de vélos! Et il essaye de les calmer, quand le ton monte et qu’il commencent à en venir aux mains. Mais ils se réconcilieront. Heureusement, l’émission n’est pas en direct…

Il y a dans l’air, une pincée de Roland Barthes et de Pierre Bourdieu cité plusieurs fois par David. Igor Mendijsky -cela se voit- a travaillé sur le rôle de la critique en littérature, théâtre, cinéma ou arts plastiques… En alternance, Sylvain Debry, Quentin Raymond, Gauthier Wahl (en alternance avec Ophélia Kolb) Thomas Roy, Adèle Royné,  Igor Mendjisky et Angélique Flaugère, incarnent en soixante-dix minutes avec virtuosité et vraisemblance… ces invraisemblables villageois… Avec une gestuelle, un jeu masqué et une diction impeccables, ils arrivent ainsi à créer une belle poésie, grandement aidés par les masques truculents signés Étienne Champion.
Igor Mendjisky aurait pu aller encore plus loin… C’est parfois un peu facile, brut de décoffrage et il y a quelques longueurs. Mais quelle unité de jeu, quelle drôlerie! Ce n’est pas tous les jours qu’on rit dans le théâtre contemporain et il faut espérer qu’il y aura une autre série. Et le lieu est bien adapté à ce ype de spectacle. Créée vers 1978 par Pierre Bergé, alors directeur de l’Athénée et baptisée Christian Bérard, le scénographe* de Louis Jouvet, cette petite salle accueillit, entre autres, de acteurs comme Jean Marais, Delphine Seyrig, Pierre Dux et  Samy Frey, le seul encore de ce monde.
Vous ne pourrez pas y emmener votre vieille tata: il y a soixante-seize marches à monter pour arriver à cette petite salle.  Notre humble avis sera joué au renommé Train Bleu pendant le festival d’Avignon mais, attention, le lieu est petit et convoité et il faudra donc essayer d’entrer…

 Philippe du Vignal

Jusqu’au  6 juin, Athénée-Théâtre Louis Jouvet, 4 square de l’Opéra-Louis Jouvet, Paris ( IX ème). T. : 01 53 05 19 19.
*Ne ratez pas en bas dans le hall du théâtre, la maquette de sa célèbre scénographie de L’Ecole des femmes. Et appuyez sur le bouton, à droite, pour voir successivement le jardin fermé par deux murs monté sur roulettes de la maison qui, ensuite, s’ouvre sur la rue: une merveille d’intelligence et de sensibilité…


Du 4 au 23 juillet, Théâtre du Train Bleu, festival d’Avignon.

Le 20 novembre, Théâtre Roger Barat, Herblay (Val-d’Oise).


Archive pour 22 mai, 2026

Notre humble avis, texte et mise en scène d’Igor Mendjisky

Notre humble avis, texte et mise en scène d’Igor Mendjisky

 « Depuis que je fais du théâtre, j’ai toujours été très atteint par les critiques sur mes spectacles. Un mauvais papier me met dans un état de souffrance que j’ai du mal à m’expliquer, sachant qu’il n’est que le reflet de la pensée d’une personne, dit Igor Mendijsky. Alors que j’ai pu être davantage indifférent à des réactions de spectateurs qui sont pourtant ceux pour qui un artiste crée… En choisissant pour protagonistes, des personnes dont la critique n’est pas le métier, je souhaitais interroger profondément cette pratique et la hiérarchie qui la place au sommet de toutes les paroles que suscite une œuvre. »
Rassurons cet auteur et metteur en scène: la critique théâtrale n’est jamais « au sommet de la parole »: c’est une des paroles et de nombreux spectacles à succès n’ont guère eu besoin des critiques… Même si en général les articles sont -en général- écrits par des gens qui ont un jugement fondé, entre autres, sur une solide culture théâtrale, une sensibilité artistique et une expérience réelle du théâtre. Et une analyse argumentée peut avoir une influence. Il y avait eu un commentaire sur un papier guère encourageant dans Le Théâtre du Blog: « Grand merci. Ma sœur n’avait pas trouvé ce spectacle bien fameux et, comme j’ai confiance en vous, après avoir lu cet article, je n’y suis pas allée. » D’un autre côté, les articles favorables dans la presse papier, ou électronique, jouent aussi un rôle d’expertise et peuvent favoriser la venue du public, aider les compagnies encore inconnues à pouvoir faire une tournée… et à obtenir des subventions, entre autres, auprès des D.R.A.C.  Mais le travail  d’Igor Mendijsky est maintenant bien connu  et apprécié (voir Le Théâtre du Blog

©x

©Rebecka Oftedal 


Ici, face public, cinq critique amateurs sont alignés à un longue table devant un micro pour chacun. Avec tous des masques truculents, un physicien à la retraite, costume cravate,visage tout rouge et cheveux gris en bataille. Passionné d’art, il va mener les débats, il y a aussi  un réparateur-vendeur de vélos aux deux dents en avant qui a une grande collection de DVD…un patron d’un petit restaurant cassé par une mauvaise critique dans Le Guide du routard. Pourtant, répète-t-il, tous les clients trouvent que son soufflé est une réussite absolue.
Il y aussi la jeune Joséphine, pas très rassurée devant un micro mais qui parle très finement d’art et Nadine, une ancienne fleuriste, dirigeant une petite galerie…


Tous les cinq participent chaque semaine à l’enregistrement d’une émission sur la radio-amateur d’un village du Sud. Heureux d’être là chaque semaine… ce qui n’empêche pas les engueulades. Cette fois, doivent être traités un célèbre roman: Madame Bovary de Gustave Flaubert, un film très connu Le Grand Bleu de Luc Besson et un courant pictural: le Pop Art.

Bien entendu, on pense au Masque et la Plume. Ce soir, nous aurons seulement droit à Madame Bovary et au pop art qui s’inspire surtout de la publicité, et à ses « conséquences » , comme ils disent, avec des artistes comme Jeff Koons qui utilise le kitsch et le second degré mais qui n’hésite pas à plagier, ce pourquoi il a été condamné! Ou l’Anglais Damien Hirst, connu pour ses  animaux plongés dans le formol. Il y aura quelques photos d’œuvres  projetées.
L’animateur et petit producteur (Igor Mendjisky) est dans la salle mais, guère plus adroit qu’eux, essaye que tout se passe au mieux entre gens ravis d’être là mais qui… ne s’entendent pas toujours  bien: ils ont tendance à mélanger critique d’art et vie personnelle et leurs interventions laissent souvent apparaître frustrations, blessures, intimes, « regrets sur quoi l’enfer se fonde » comme l’écrivait Guillaume Apollinaire?  Tout cela  assez foldingue, sonne pourtant juste et vrai…
L’animateur rassure un David parfois dépassé par les évènements et qui a un mal fou pour qu’il y ait de véritables échanges. Il doit gérer les rapports de force entre patron du restaurant et réparateur de vélos! Et il essaye de les calmer, quand le ton monte et qu’il commencent à en venir aux mains. Mais ils se réconcilieront. Heureusement, l’émission n’est pas en direct…

Il y a dans l’air, une pincée de Roland Barthes et de Pierre Bourdieu cité plusieurs fois par David. Igor Mendijsky -cela se voit- a travaillé sur le rôle de la critique en littérature, théâtre, cinéma ou arts plastiques… En alternance, Sylvain Debry, Quentin Raymond, Gauthier Wahl (en alternance avec Ophélia Kolb) Thomas Roy, Adèle Royné,  Igor Mendjisky et Angélique Flaugère, incarnent en soixante-dix minutes avec virtuosité et vraisemblance… ces invraisemblables villageois… Avec une gestuelle, un jeu masqué et une diction impeccables, ils arrivent ainsi à créer une belle poésie, grandement aidés par les masques truculents signés Étienne Champion.
Igor Mendjisky aurait pu aller encore plus loin… C’est parfois un peu facile, brut de décoffrage et il y a quelques longueurs. Mais quelle unité de jeu, quelle drôlerie! Ce n’est pas tous les jours qu’on rit dans le théâtre contemporain et il faut espérer qu’il y aura une autre série. Et le lieu est bien adapté à ce ype de spectacle. Créée vers 1978 par Pierre Bergé, alors directeur de l’Athénée et baptisée Christian Bérard, le scénographe* de Louis Jouvet, cette petite salle accueillit, entre autres, de acteurs comme Jean Marais, Delphine Seyrig, Pierre Dux et  Samy Frey, le seul encore de ce monde.
Vous ne pourrez pas y emmener votre vieille tata: il y a soixante-seize marches à monter pour arriver à cette petite salle.  Notre humble avis sera joué au renommé Train Bleu pendant le festival d’Avignon mais, attention, le lieu est petit et convoité et il faudra donc essayer d’entrer…

 Philippe du Vignal

Jusqu’au  6 juin, Athénée-Théâtre Louis Jouvet, 4 square de l’Opéra-Louis Jouvet, Paris ( IX ème). T. : 01 53 05 19 19.
*Ne ratez pas en bas dans le hall du théâtre, la maquette de sa célèbre scénographie de L’Ecole des femmes. Et appuyez sur le bouton, à droite, pour voir successivement le jardin fermé par deux murs monté sur roulettes de la maison qui, ensuite, s’ouvre sur la rue: une merveille d’intelligence et de sensibilité…


Du 4 au 23 juillet, Théâtre du Train Bleu, festival d’Avignon.

Le 20 novembre, Théâtre Roger Barat, Herblay (Val-d’Oise).

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