La Lettre, spectacle de Milo Rau

La Lettre, spectacle de Milo Rau

Tout commence par une lettre d’adieu. Ce n’est pas la fin, mais le début d’une longue, mystérieuse et inévitable transmission. Le garçon : Arne de Tremerie, a un rêve : jouer dans La Mouette d’Anton Tchekhov. Ce rêve, il le tient de sa grand-mère qui rêvait de jouer Nina ou Arkadina… Elle n’aura été qu’une star de la radio… mais dans  la Flandre entière.
La fille: Olga Mouak (les comédiens donnent non seulement leur corps, mais aussi leur prénom aux personnages), est traversée par un souvenir, peut-être même simplement un mythe familial: sa grand-mère camerounaise entendait des voix, dit-on, et un jour a péri dans l’incendie de sa maison. De plus, Olga a habité Orléans et a assisté au pénible défilé annuel où une jeune fille en armure, censée être «irréprochable», parade à cheval  suivie par la moitié de la ville «ès qualités» sous les yeux de l’autre moitié. Olga, en toute logique, ne rêve que d’être Jeanne d’Arc. Mais les rêves s’entremêlent et elle sera, de plus en plus, Nina, celle de La Mouette, la jeune provinciale attirée par ses paillettes, qui voulait faire du théâtre…

©  Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage


Ici, à Montreuil, pas de paillettes. Le spectacle créé au dernier festival d’Avignon comme « petite forme en itinérance», a repris son chemin. Embarqué par le Théâtre Public de Montreuil avec son TP Mob: un vélo-cargo avec le minimum nécessaire (un bureau pliant d’accueil du public, un affichage signalant le lieu et le strict nécessaire technique… et quelques gradins ultra-pliants pour n’importe quel sol plat, et voilà…
Le théâtre vient dans les centres sociaux, associations et à tous les lieux portes ouvertes au pied de chez vous. Aucun effet coûteux mais des trésors théâtraux : le jeu des interprètes, l’échange avec le public et le  thème : de quoi s’agit-il, sinon des rêves, projets, difficultés, espoirs de jeunes artistes en devenir…

Le spectacle est souvent drôle, aidé en cela par la connivence créée avec le public : chacun retrouve ses propres fragilités, espoirs immenses et fluctuants. Arne «aspire» Olga dans son rêve de La Mouette, avec sa pièce apocalyptique, peut songer à Nina et à sa future vie d’actrice : finalement, brûler les planches, plutôt que sur une place à Rouen… Arne et Olga deviennent très vite nos amis, comme nos voisins de banc, sans la moindre mièvrerie. Et s’il y a là, de « bons sentiments », c’est qu’ils sont vrais. On ne vous dévoilera rien de plus, parce que vous irez voir vos futurs amis…

Christine Friedel

Les 26 et 27 mai à 20 h, Théâtre des Roches, 18, rue Antoinette Montreuil (Seine-Saint-Denis) le 28 à 20 h, Fondation Fiminco, 43 rue de la Commune de Paris, Romainville (Seine-Saint-Denis) et le 30 mai à 18 h, Théâtre Public de Montreuil, salle Maria Casarès, 63 rue Victor Hugo.  T. : 01 48 70 48 90.


Archive pour 25 mai, 2026

Mosaïque par le Ballet de l’Ouest parisien, direction artistique, chorégraphie et mis en scène d’Alice Psaroudaki, création lumières de Jonathan Oléon

Mosaïque par le Ballet de l’Ouest parisiendirection artistique, chorégraphie et mise en scène d’Alice Psaroudaki 

Cette compagnie fondée par Alice Psaroudaki en 2015 à Boulogne-Billancourt, développe les échanges entre danseurs, acteurs, auteurs, musiciens, artistes, photographes…. Et pour ses créations, elle recourt volontiers aux systèmes de notation du mouvement l’un inventé par le chorégraphe hongrois Rudolf Laban et publié en 1928 et l’autre par les Anglais Rudolf et Joan Benesh en 1956.
Danseuse formée en Allemagne, chorégraphe, maîtresse de ballet et pédagogue, Alice Psaroudaki revisite le répertoire classique au sens large du terme: danses traditionnelles, baroques, danses académiques, voire néo-classiques. Elle se réfère à la fois à Michel Fokine, George Balanchine, Hans van Manen, Rudi van Dantz
ig, Maurice Béjart, Roland Petit, Jiří Kylián, Bertrand d’Ath… Nous avions vu deux pièces courtes et variées du Ballet de l’Ouest parisien et ces morceaux choisis relevant de l’esprit du collage, sont signées Alice Psaroudaki, sauf Delibes Suite (2003) de José Martínez.

Le Souffle du printemps (2020), lui a été inspiré par un tableau non figuratif de la peintre boulognaise Sylvette Mageux. L’image agrandie fait office de toile de fond. Sur le Concerto pour piano n° 2 de Sergueï Rachmaninov, la chorégraphe propose des correspondances entre l’agencement des couleurs, «le souffle vivifiant de la nature », les éléments : terre, eau, air, feu, et l’énergie du mouvement. La moitié des interprètes s’y exprime à tour de rôle avec variations, pas de deux et travail d’ensemble. Et ils portent beau les magnifiques costumes dessinés  comme habituellement par Alice Psadouraki et réalisés par Natalia Maciel.

 

© Patrick Herrera

Sérénade (2025-2026), clin d’œil à George Balanchine, qui en donna une version dès 1935, est une œuvre d’envergure et de longue haleine, avec de nombreuses entrées et sorties des interprètes. Malgré les thèmes abordés par Alice Psaroudaki : « recherche de l’âme sœur, joie d’être ensemble, absence, douleur du vide »,

 Rêverie (2019), musique de la Méditation de Thaïs de Jules Massenet- un court solo d’Olga Totukova- est inspirée par une œuvre figurative de la sculptrice autodidacte Cris Pereby. Les notes au piano de l’introduction sont graves et le tempo de l’orchestre, relativement lent. La pièce sert de bande-annonce au programme à venir,  et alterne poses et accélérés, nombreux portés, échappées solitaires et travail de groupe à l’unisson.

Delibes suite (2003), une chorégraphie de José Martínez, médaillé d’or au Concours international de ballet à Varna (Bulgarie). Danseur-étoile à l’Opéra de Paris, avant d’en être nommé en 2022, directeur de la danse, il exige de ses interprètes un très haut niveau technique et des qualités artistiques au-dessus de la moyenne.  Comme Lidya Kovalenko et Vassiliy Evlachev: à juste titre, ils se sont taillé un beau succès à l’applaudimètre. Lui, aligne une série de sauts de haut vol. Elle, fluide, extrêmement vive, toujours juste, nous révèle un talent comique. Et ils portent beau les magnifiques costumes dessinés par Agnès Letestu et réalisés par Natalia Maciel. Torse nu, Vassiliy Evlachev est en pantalon rouge et Serge Mouawad en pantalon beige. Hania Fourneau, en jaune, Daniela Giannuzzi, en bleu, Lidya Kovalenko, en blanc et Olga Totukhova, en brun.

George Balanchine innovait en prolongeant les scénographies lumineuses du siècle qui l’avait précédé (on pense aux panoramas et dioramas d’Eugène Cicéri, Louis Daguerre pour les ballets romantiques du XIX ème  siècle comme Giselle ou La Sylphide donnés à l’Opéra de Paris et les Rundhorizont chers aux Allemands. Ici, la chorégraphe utilise systématiquement le cyclorama éclairé par les lumières de Jonathan Oléon. Le couple Lidya Kovalenko-Serge Mouawad est perturbé par les incessantes incursions d’Hania Fourneau sur la musique de Piotr Ilitch Tchaïkovski.
Nous retrouvons Olga Totukhova que nous avions remarquée en 2018 dans
Aperto libro: style intense, retenue, mouvements déliés, nets et précis. Ici, elle nous propose une version de La Mort du cygne, suivant à sa façon la chorégraphie que Michel Fokine avait créée en 1907 pour Anna Pavlova sur le dernier thème du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns. Olga Totukhova a un beau port de bras, sans aucun effet pathétique. La  musique de piano -enregistrée- est heureusement enrichie par les lignes de violoncelle jouées en direct par le talentueux Enguerrand Bontoux.
Pour conclure ce gala, dans 
Look!, quatre interprètes, interviennent en alternance sur les mouvements du Concerto pour violon et orchestre en la mineur de Jean-Sébastien Bach. Lidya Kovalenko et Serge Mouawad, remarquables dans le pas de deux de la seconde section avec, pour tout accessoire, un foulard qui les unit, les retient, les contraint. Hania Fourneau et Daniela Giannuzzi font des entrées et sorties sur les premier et dernier mouvements. Au final, ces couples créent un splendide pas de quatre.

 Nicolas Villodre

Récital de danses vu le 23 mai, au Sel de Sèvres (Hauts-de-Seine).

George sans S, un spectacle de Camille Trouvé, Brice Berthoud et Jonas Coutancier

George sans S, un spectacle de Camille Trouvé, Brice Berthoud et Jonas Coutancier

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Qui c’est, celui-là? Celle-là? Une écrivaine prolixe et quelquefois prodigieuse, un  curieux mélange d’aristocratie (la famille de Saxe, quand même) et de peuple, une femme engagée, une mère parfois empêtrée avec ses enfants, qu’elle admire et adore (surtout son fils), entre deux amours forcément romantiques: cela se passe autour vers 1830. Cette épouse a su se dépêtrer dès qu’elle l’a pu -il a fallu un procès en séparation- de la tutelle d’un mari, chasseur, buveur et autres marques d’un virilisme pesant. L’audacieuse a obtenu de la Préfecture, le droit exceptionnel de porter le pantalon, et malgré cela, elle est vue comme une scandaleuse… Bref, une femme, un écrivaine, qui a dû inventer son nom et son genre pour pouvoir vivre librement de son travail. « Une chambre à soi » : elle s’en est donné les moyens et le temps qu’il faut. Petite scène de nuit : -G.: « J’ai besoin de la nuit pour écrire ».-C. (le mari) : «J’ai besoin de toi pour dormir. » Simple malentendu, à l’origine d’une œuvre et d’un combat : en examinant sa situation et en y trouvant remède, Aurore Dupin devient objectivement féministe.

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© xLes Anges au plafond

Quatre actrices portent cette histoire avec vivacité et grâce: Camille Trouvé, Christelle Ferreira, Gaelle Grassin, et, à la traduction en langue des signes qu’on envierait presque, nous autres, favorisés de l’ouïe , Angela Ibanez Castano. Le spectacle est bilingue, inclusif et surtout interdisciplinaire. Les marionnettes, figures humaines ou animales, sont très belles, parfaites dans leur manipulation, aussi vivantes et présentes, que celles qui les animent, leur donnent la réplique et discutent avec elles.
Hommage au petit castelet-théâtre de Maurice Sand: le fils de George a choisi le côté maternel, et non celui de la baronnie Dudevant: les petites marionnettes à gaine s’invitent sur le plateau, sous le regard de la grande marionnette, belle et mélancolique de George Sand pour de brefs intermèdes hilarants et politiques: «La République, c’est pas gagné. »


Cette rencontre entre différents formats, matières, articulations -un cerf grandeur nature en bois léger, des silhouettes humaines en simple carton, un chien articulé qui sait dormir en rond, un lion féroce. à la taille d’un chat mais à la crinière cruelle, des arbres en tenue d’hiver-, donne un charme particulier au spectacle. Et encore, on ne vous dit pas tout et il y a de belles surprises. S
amedi, la représentation était précédée d’une visite tactile du décor et objets: Le spectacle est proposé aux non-voyants, équipés d’un appareil d’audio-description pour la représentation. La rencontre avec la matière est un « plus » : toucher ce qu’on va entendre jouer, en sentir la réalité, même les voyants y prendraient plaisir, comme avec un magicien qui vous démonterait ses tours : vous croiriez quand même à la magie, et peut-être plus encore.
George sans S nous a enchanté,  à un bémol près: le statut du texte: dialogues et récit sont en retrait  des autres arts scéniques. Les marionnettes et accessoires nous emmènent vers le conte… qu’on aimerait aussi entendre. Restent les fées: les actrices, les constructrices des objets,  la costumière, les régisseurs, les auteurs du spectacle: soit une équipe de presque quarante personnes. Et nous gardons avec bonheur en mémoire, le beau texte final de George Sand elle-même (enfin !) sur son amour des arbres et de la forêt.

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Ensuite, le mieux serait d’aller visiter la belle maison de George Sand à Nohant (Indre). Peut-être aurez-vous la chance de voir la pièce en petit format dans le théâtre familial, ou sur le castelet de Maurice Sand. Et avoir le temps de lire quelques-uns des romans de notre George.

 Christine Friedel


George sans S, spectacle des Anges au plafond-Centre Dramatique National de Normandie, Rouen (Seine- Maritime)

 Les 7, 8 et 9 juin au Théâtre Jean Lurçat-Scène nationale d’Aubusson (Creuse).

Puis, en tournée : plus de cinquante dates en France, de novembre prochain à mai 2027. (voir  le  site du C.D.N. de Normandie).

 

 

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