La Lettre, spectacle de Milo Rau
La Lettre, spectacle de Milo Rau
Tout commence par une lettre d’adieu. Ce n’est pas la fin, mais le début d’une longue, mystérieuse et inévitable transmission. Le garçon : Arne de Tremerie, a un rêve : jouer dans La Mouette d’Anton Tchekhov. Ce rêve, il le tient de sa grand-mère qui rêvait de jouer Nina ou Arkadina… Elle n’aura été qu’une star de la radio… mais dans la Flandre entière.
La fille: Olga Mouak (les comédiens donnent non seulement leur corps, mais aussi leur prénom aux personnages), est traversée par un souvenir, peut-être même simplement un mythe familial: sa grand-mère camerounaise entendait des voix, dit-on, et un jour a péri dans l’incendie de sa maison. De plus, Olga a habité Orléans et a assisté au pénible défilé annuel où une jeune fille en armure, censée être «irréprochable», parade à cheval suivie par la moitié de la ville «ès qualités» sous les yeux de l’autre moitié. Olga, en toute logique, ne rêve que d’être Jeanne d’Arc. Mais les rêves s’entremêlent et elle sera, de plus en plus, Nina, celle de La Mouette, la jeune provinciale attirée par ses paillettes, qui voulait faire du théâtre…
Ici, à Montreuil, pas de paillettes. Le spectacle créé au dernier festival d’Avignon comme « petite forme en itinérance», a repris son chemin. Embarqué par le Théâtre Public de Montreuil avec son TP Mob: un vélo-cargo avec le minimum nécessaire (un bureau pliant d’accueil du public, un affichage signalant le lieu et le strict nécessaire technique… et quelques gradins ultra-pliants pour n’importe quel sol plat, et voilà…
Le théâtre vient dans les centres sociaux, associations et à tous les lieux portes ouvertes au pied de chez vous. Aucun effet coûteux mais des trésors théâtraux : le jeu des interprètes, l’échange avec le public et le thème : de quoi s’agit-il, sinon des rêves, projets, difficultés, espoirs de jeunes artistes en devenir…
Le spectacle est souvent drôle, aidé en cela par la connivence créée avec le public : chacun retrouve ses propres fragilités, espoirs immenses et fluctuants. Arne «aspire» Olga dans son rêve de La Mouette, avec sa pièce apocalyptique, peut songer à Nina et à sa future vie d’actrice : finalement, brûler les planches, plutôt que sur une place à Rouen… Arne et Olga deviennent très vite nos amis, comme nos voisins de banc, sans la moindre mièvrerie. Et s’il y a là, de « bons sentiments », c’est qu’ils sont vrais. On ne vous dévoilera rien de plus, parce que vous irez voir vos futurs amis…
Christine Friedel
Les 26 et 27 mai à 20 h, Théâtre des Roches, 18, rue Antoinette Montreuil (Seine-Saint-Denis) le 28 à 20 h, Fondation Fiminco, 43 rue de la Commune de Paris, Romainville (Seine-Saint-Denis) et le 30 mai à 18 h, Théâtre Public de Montreuil, salle Maria Casarès, 63 rue Victor Hugo. T. : 01 48 70 48 90.





