Cirk Court le petit festival des arts de la rue (quatrième édition)
Cirk Court,le petit festival des arts de la rue à Romainville (quatrième édition)
Garçon, un kir par la compagnie Les Encombrants, conception de Didier Guyon, nouvelle mise en scène d’Etienne Grebot
Cela se passe dans la cour d’une école à Romainville (Seine-Saint-Denis) une ville jouxtant Paris, devant quelque deux cent spectateurs assis sur des gradins en bois (les enfants sur une moquette). A la lumière du jour, cinq maîtres d’hôtel (pantalon, chaussures, nœud-papillon noirs et chemise blanche immaculée) préparent l’installation d’un apéritif sur une grande table nappée de papier blanc devant de grands châssis noirs. Les ordres du chef de rang, muet, très autoritaire, les font filer doux et bien entendu, il y a de la révolte dans l’air. Dans ce spectacle comique et muet à part quelques mots et borborygmes, les gags s’enchaînent devant et sur cette table-scène.
Ici, aucune logique et les objets mènent souvent leur vie propre avec de beaux trucages, d’où une cascade de gags, à partir de situations réalistes de la vie quotidienne, avec dérapages inattendus à la clé. Les Encombrants montrent ici la domination au travail, vieux thème de films mais moins au théâtre. Comment résister face à ceux qui dominent ? On se souvient dans 7 minutes de Stefano Massini qui s’était inspiré du combat des femmes à l’usine Lejaby à Yssingeaux en 2012 ( voir Le Théâtre du Blog). On pense au célèbre Lapin-Chasseur (1989) de Macha Makeieff et Jérôme Deschamps où jouaient, entre autres, François Morel, Yolande Moreau, Olivier Saladin, Lorella Cravotta… Et pas loin de Buster Keaton et des Monthy Python.
Personnages simples et crédibles, grande précision gestuelle, sens de l’espace, fluidité des enchaînements, effets inattendus, poursuites, chutes collectives ou individuelles sur la table à la nappe blanche et disparition subite, main qui réussit à attraper enfin un verre de vin à deux mètres, incroyable saut d’un serveur (Benjamin Mba) par dessus le chef de rang impassible (Julien Barbazin) ou lancer de couteaux d’une dangerosité absolue (bien entendu, remarquablement truqué!).
Emile Faure, Etienne Grebot, Julien Jobert et Matthieu Verbeke (les autres serveurs) sont aussi très justes. Et il y a ici un remarquable sens de l’image aux meilleurs moments de ce spectacle qui a été beaucoup joué dans le monde entier et ici recréé avec une nouvelle équipe. Cela a un peu de mal à prendre son envol (le plein air n’est pas idéal pour une pièce comique) et on est un peu loin du jeu des acteurs. Mais quel bonheur de voir un public qui ne va sans doute jamais au théâtre, autant rire à un spectacle… de théâtre.
Philippe du Vignal
Spectacle vu le 22 mai dans la cour de l’école Langevin-Wallon, quartier des Bas-Pays, Romainville (Seine-Saint-Denis).
Le 31 mai, Mai en Anjou (Maine-et Loire.)
Les 10 et 11 juillet, festival Les Rugissantes au Creusot (Saône-et Loire). Le 12 juillet, Crépy-en-Valois (Somme). Les 13 et 14 juillet, Rouen (Seine-Maritime). Le 25 juillet, Vaujany (Isère).
Le 23 août, Le Grand-Bornand (Haute-Savoie).
Le 5 septembre, Quétigny (Côte-d’Or). Le 26 septembre Romagnat (Puy-de-Dôme).
Le 17 octobre, Roanne (Loire).

