C’est si simple l’amour de Lars Norén, traduction d’Aino Höglund et Amélie Wendling, adaptation d’Alain Fromager et Amélie Wendling,
C’est si simple l’amour de Lars Norén, traduction d’Aino Höglund et Amélie Wendling, adaptation d’Alain Fromager et Amélie Wendling, mise en scène de Charles Berling
C’est une des quatorze Pièces de mort que le dramaturge suédois Lars Norén, né en 1944 et mort du covid il y a cinq ans, a écrites entre 89 et 95. On entend derrière un voilage dissimulant à peine des loges d’acteurs: « Une putain de bonne représentation, une foutrement bonne. On a adoré. » En fait, cette première représentation n’a pas été fameuse et ce non-dit restera en filigrane quand Robert (Charles Berling) et Alma (Bérengère Warluzel) un couple d’acteurs invitent alors chez eux pour finir la soirée Hedda (Caroline Proust), une amie, elle aussi actrice mais qui ne joue pas souvent et son mari Jonas (Alain Fromager), un psychologue, guère bavard.
Le quatuor boit beaucoup et, in vino veritas, la parole devient vite agressive. Comme dans Démons, cela tourne vite au psychodrame, avec grand déballage de trahisons, rancunes, secrets bien gardés, ambitions, jalousies… Une pièce sans doute inspirée par la fameuse Qui a peur de Virginia Woolf d’Edward Albee où George et Martha, sérieusement alcoolisés, s’affrontent, comme dans un spectacle, devant les jeunes Nick et Honey, fascinés et apeurés par cet homme et cette femme qu’ils pourraient devenir un jour.
Chez Lars Norén, ces couples ont à peu près le même âge. Mais Robert et Alma, très ambitieux, ont choisi de ne pas avoir d’enfant, ce qui aurait nui, selon eux, à leur carrière artistique. Hedda et Jonas, eux, n’ont sans doute pas réussi une union impeccable mais ont fondé une famille… Mais cette nuit-là, révélés à eux-même l’un par l’autre, ils font tous les quatre face à un constat d’échec. Et Jonas, sans y toucher, manipule ce petit jeu cruel. Ici les mots sont crus et les insultent fleurissent: ta chatte, putain, conne, con, ta gueule… Lars Norén met ici le doigt où cela fait mal: comment concilier une vie d’acteur, une vie sexuelle et de couple. Existe-il de possibles concessions?
En filigrane, règne ici l’inquiétude au moins au début sur l’accueil fait par la presse et le public à cette création, même si on reste discret. Mais c’en est déjà trop pour Alma qui va aussi avouer à son mari qu’elle a eu un amant, un poète homosexuel, ce qui rendra fou de colère et jalousie ce Robert qui le déteste. Alma, anéantie par ce qu’elle considère être un échec à la fois social, artistique et personnel, essaye en vain de se faire pardonner mais se suicidera au petit matin.
Pièce assez bavarde, répétitive -pas la meilleure du célèbre auteur suédois!- dialogues joués beaucoup trop vite, mise en scène inodore, sans rythme et trop statique, scénographie maladroite ! Cela fait quand même beaucoup d’erreurs! Sur le plateau nu, un rideau blanc transparent où on voit des loges pour les acteurs… Une vingtaine de spectateurs sont assis côté jardin et côté cour sur des chaises et fauteuils drapés de blanc, comme pour casser la relation scène/salle. Bien entendu, cela ne fonctionne pas. Ou alors, il aurait fallu mettre tout le public avec les acteurs dans un salle modulable. Et encore?
Au centre du plateau, une table roulante en plastique transparent avec boissons alcoolisées et deux canapés, eux aussi drapés de blanc, curieusement un peu orientés vers le fond où, très souvent assis, les acteurs jouent alors de trois quarts. On les voit et les entend donc parfois difficilement. Résultat : un irrésistible ennui arrive et ces deux heures sont interminables. Chose rare dans le théâtre privé, une vingtaine de spectateurs sur à peine cent! se sont enfuis…
Charles Berling qui a aussi fait la mise en scène, ne pouvait pas ne pas voir cette évasion dans cette salle peu remplie et c’est toujours difficile à supporter quand on joue ! Il ne semblait donc pas très à l’aise comme Bérengère Warluzel, alors que c’est un très bon acteur, notamment dans Vu du pont, mise en scène d’Ivo Van Hove ( voir Le Théâtre du Blog Sauf à la fin, où il y a une belle scène entre lui et Alma où il crie son désespoir d’avoir été aussi naïf… Caroline Proust (Hedda) -en mini-robe bouffante assez laide- peine à rendre crédible son personnage d’actrice peu employée.
Seul, Alain Fromager est bien ce psychologue un peu détaché (mais assez manipulateur) devant cette violence intime qui va incendier la soirée et la faire basculer dans l’horreur avec le suicide d’Alma. Nous n’avons peut-être pas assisté une bonne représentation mais actuellement, C’est si simple l’amour n’a rien d’un bon spectacle. Cela irait-il déjà mieux, si Charles Berling pouvait raboter ce texte trop long et s’il revoyait sa direction d’acteurs. Espérons que Lost and found, une autre pièce de Lars Norén, aussi mise en scène par lui, et qui va commencer dans ce même théâtre, soit plus convaincante.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 1 er juillet, Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, Paris ( XVIII ème),
T. : 01 46 06 49 24.
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