La S.N.C.F. La Honte…

La S.N.C.F. !La Honte…

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La ligne Paris-Clermont vers Aurillac comme celle via Brive, est devenue  célèbre pour ses dysfonctionnements répétés. En avril dernier, le  train Aurillac-Clermont avait été remplacé par un car à cause de travaux sur la voie. Bon.. le car est parti à l’heure exacte : 16 h 03 mais ensuite des travaux sur la route  près de Clermont, le car a dû ralentir et devinez quoi? Le car est arrivé une vingtaine de minutes après le départ du train. Bravo la S.N.C.F.
Bien entendu, aucun accueil en gare de Clermont. Un employé est enfin venu nous dire « attendez quelqu’un ». Quarante minutes à attendre… dans la salle d’attente. Un cadre très aimable nous a dit qu’il allait recevoir les ordres de Paris. Il a aussi regretté de ne pouvoir faire mieux et a précisé que la connexion entre la société de Ter et celle des trains Intercités n’était pas bonne. C’est le moins qu’on puisse dire!!!
Merci la S.C.N.F. C’était pourtant facile de faire partir le car plus tôt. Et dès qu’on ose réclamer, personne n’est jamais responsable. Pareille mésaventure nous était déjà arrivée il y a quelques années avec un TER Aurillac-Clermont qui avait pris du retard. Et nous avions dû dormir à l’Hôtel  des commerçants près de la gare, sans ascenseur et aux chambres  juste propres et sinistres. Et on nous avait servi un dîner chaud mais frugal, qui avait, au moins, le mérite d’exister. Pas de petit déjeuner: le service commençant après le départ du premier train pour Paris !

Alors pourquoi en 2026 se compliquer la vie: les voyageurs concernés se voient offrir un superbe dîner par le cadre en question: un carton avec salade composée  en boîte, bouteille de de 50 cl  marque Eau neuve, deux sablés de Retz,  (pas trois), petite galette au blé complet  et sachet de bonbons Haribo. Quelle générosité! Et l’hôtel? Le même…
Toujours pas d’ascenseur et visiblement, une fête en train de se préparer. A l’accueil, on nous reçoit de façon à peine polie… et on est étonné que nous ne  voulions pas monter nous-même nos valises. Après être allé boire un coup, nous nous sommes allés nous coucher.  Suite du feuilleton: un karaoké commença rapidement juste en dessous des chambres. Impossible de dormir… Réponse après réclamation auprès de la patronne: « Si vous appelez la police, je vous garantis qu’ils ne viendront pas et de toute façon, cela durera encore deux heures mais pas plus. » Vous avez dit élégant?
Devant ma colère, elle a enfin proposé une autre chambre au troisième étage et une employée y a rapporté la valise. Petit déjeuner minable avec  chocolat à peine chaud. Merci la S.N.C.F. .

Après récupération du nouveau billet à la gare, je m’étonnais auprès des employés de ces sacrés dysfonctionnements. Résignés, ils étaient étonnés que je me plaigne, puisque de toute façon, je pouvais regagner Paris avec ce train à l’heure!!! Sans commentaires!!!! Et on m’a fait comprendre que c’était peine perdue de faire une réclamation pour obtenir un dédommagement! Et quand j’ai raconté les conditions d’accueil et demandé pourquoi on n’avait pas droit à être hébergé à l’hôtel Ibis tout proche, nettement plus confortable la réponse a été d’un cynisme absolu: « De toute façon, vous auriez subi les mêmes inconvénients dus au bruit  de cette fête. « 
Pas mal, non? Merci la S.N.C.F. de s’occuper attentivement des naufragés de ses lignes, alors qu’ils n’y sont pour rien, et de faire ainsi de belles économies sur le dos de ce qu’elle appelle maintenant des clients et non plus des usagers.
Le feuilleton de la très basse qualité des voyages  sur ces trajets continue et a augmenté avec la canicule. Un train Paris-Brive annulé et impossible de changer le billet par Internet et trois quart d’heures d’attente au téléphone. Pour un Paris-Clermont le lendemain. Et de nouveau annulation et de nouveau attente de trois quarts d’heure au téléphone. Seule solution proposée prendre le train de nuit Paris-Aurillac. Douze heures mais après tout pourquoi pas?
C’était trop beau et après deux heures de trajet, la charmante contrôleuse vient nous prévenir que la locomotive à Brive était en panne. Et qu’il n’y aurait jamais assez de taxis à Aurillac pour aller nous chercher à la Roquebrou qui sera le terminus à quinze minutes environ! Donc, seule solution possible: comme nos wagons  iront à Rodez, et on nous réveillera vers cinq heures à Figeac (Lot) et là, nous reprendrons un TER pour rejoindre Aurillac. Mais elle nous annonce sans rire que l’heure d’arrivée ( sept heures et demi) sera respectée. Pas mal! Merci la S.N.C.F.
Allez encore une pour la route, un ami a reçu un SMS pour lui annoncer que son voyage Aurillac-Paris deux jours plus tard était annulé pour cause de « défaut de matériel » ( sic). Rebelote Internet inaccessible et trois quarts d’heure au téléphone…
M.Faradou, prédécesseur de M. Castex, a systématiquement privilégié les lignes TGV? Quel intérêt représente en effet la population d’Aurillac? Et les réclamations des maires et députés sont restées lettres mortes. Vous avez dit lamentable?  Et comment font les gens pas très au fait du numérique. Téléphoner? Oui, mais à condition de ne pas être pressé?Aller se faire aider à l’antenne de France-Services? A condition de ne pas être loin! Une situation lamentable et indigne d’un pays comme la France. Qu’en pense M. Castex?  Quelles mesures compte-t-il prendre pour qu’au moins les clients, puisque, clients, il y a, soient traités correctement et vite quand il y a un pépin. Nous attendons sa réponse avec impatience. Et que M. Macron ne s’étonne pas ensuite que les électeurs des campagnes se tournent alors vers le F.N.  (Nous savons ce dont nous parlons) quand il y a une telle défaillance de l’État! Bizarre, on n’ jamais vu M. Castex sur ces lignes défavorisées… Il y a quelques années, au moment des retours de vacances, un train n’avait pu partir d’Aurillac à cause d’un conducteur manquant à l’appel. Impossible de loger autant de monde y compris des enfants et la Préfecture avait alors mis en place un car pour rejoindre Paris de nuit.  Quel mépris, quelle inintelligence  de la part de la S.C.N.F  qui avait commis une faute très grave et sans aucune excuse.
En tout cas, si vous allez au festival d’Aurillac, privilégiez n’importe quel autre moyen de transport et évitez absolument de prendre le train . N’ayez aucune confiance dans les horaires de la S.N.C.F. ! A méditer: Avec la S.N.C.F., j’ai la sensation de me faire rouler dans la farine.  Une phrase de Xavier Bertrand qui se définit comme « un gaulliste social, d’une droite sociale et populaire ».

Philippe du Vignal


Archive pour juin, 2026

La Vie parisienne de Jacques Offenbach, livret de Henri Meilhac et de Ludovic Halévy, mise en scène de Valérie Lesort avec la troupe de la Comédie-Française

 

La Vie parisienne de Jacques Offenbach, mise en scène de Valérie Lesort avec la troupe de la Comédie-Française

Même en soirée, les températures caniculaires soumettent les corps à rude épreuve, malgré la climatisation du théâtre: les comédiens, danseurs et chanteurs, ont des costumes et des prothèses d’une richesse et d’une exubérance rarement observées dans les récentes créations de ce chef d’œuvre. « Comment dépeindre ces hommes qui n’ont pour objectif que le pouvoir et le sexe ? dit Valérie Lesort. Et ces femmes prêtes à se vendre entièrement et joyeusement, mues par le seul appât du gain ? Plutôt que d’édulcorer le propos, je l’ai exagéré et j’ai  suivi l’exemple de Jean  de la Fontaine, du dessinateur Grandville : assumer le non-assumable en poussant le trait, dénoncer en riant, aller vers le côté primitif de l’humain, vers son animalité. « 

Et, dès le premier acte, Bobinet (Benjamin Lavernhe) et Gardefeu (Baptiste Chabauty), vont, chacun, voir Métella, leur maîtresse commune (Elsa Lepoivre), et  s’interpellent, Nous étions copains comme cochons » et disent d’elle,: « C’est une pintade, une petite dinde, elle nous trompait .» L’axe de cette mise en scène: les hommes seront des porcs et les femmes, des poules!  « Les interprètes de la Comédie-Française ne sont pas des chanteurs lyriques, souligne la directrice  musicale Alexandra Cravero. Ce sont des acteurs qui chantent. Et on a osé la transposition, parce que les airs de La Vie parisienne avaient justement été créés pour des comédiens. »

© Thomas Amouroux

© Thomas Amouroux

Cette pièce est donc jouée dansée et chantée par la troupe. L’harmonie vocale n’est sans doute pas parfaite, qu’ importe… Mais la performance vocale de Marie Oppert (Gabrielle, la gantière) a été très remarquée. Nous connaissions déjà le beau timbre de voix de Véronique Vella ( excellente Pauline). Et Benjamin Lavernhe- Jérémy Lopez et Elsa Lepoivre s’en sortent très bien; sa voix, à elle, ressemble à celle des chanteuses à texte des années soixante.
Le couple: la baronne de Gondremark (Yoann Gasiorowski) et le baron (Christian Hecq) fonctionne parfaitement. Lui, comme à son habitude a un corps qui parle et il le transforme en personnage farcesque, absolument ridicule. Il accompagne ses mots qui le traduisent ce fêtard libidineux!  « Les petites poulettes, comment sont-elles? »
La mise en scène à un rythme rapide et la folie jubilatoire des acteurs, emportent le public. Eric Ruf a imaginé un scénographie qui nous fait voyager de la gare des Chemins de fer de l’Ouest, à plusieurs lieux parisiens. Les costumes de Vanessa Sannino sont des chefs-d’œuvre de haute couture. Les prothèses, volumes et marionnettes conçue par Valérie Lesort et Carole Allemand  -une belle  réussite- accentuent le côté caricatural des personnages. Tout ici est réalisé jusqu’au détail près, entre autres, les faux-culs et jabots des poulettes et les petites queues de nos semblables, les porcs masculins.
Nous reconnaissons tous les airs de La Vie parisienne, véritable standards de l’opéra-bouffe, “Je suis Brésilien, j’ai de l’or » (…)   » Je suis veuve d’un colon… , Il est gris tout à fait gris, … , je vais m’en fourrer jusque là” . « Tout tourne tout danse” à la fin de l’acte III et à celle de l’acte IV avec « Par nos chansons et par nos cris, célébrons Paris …. Et voilà la vie parisienne  ». Et Valérie Lesort a conçu des images proches d’orgies romaines. Ce spectacle est aussi une formidable réussite collective et. viendront saluer tous les personnages, ensuite celles des techniciens-plateau, puis celles des danseurs et chanteurs.

Jean Couturier.

Jusqu’au 11 juillet, Théâtre du Châtelet, 1 place du Châtelet Paris ( Ier). T: 0140 28 28 40.

Les deux Frères et les Lions d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, mise en scène de Vincent Debost et de l’auteur

Les deux Frères et les Lions d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, mise en scène de Vincent Debost et de l’auteur

Une reprise de cette pièce jouée des centaines de fois depuis douze ans (voir Le Théâtre du Blog). C’est l’histoire exceptionnelle de jumeaux écossais: David (1934-2021) et Frederick Barclay, lui, encore vivant. Nés dans une famille très pauvre, ils ont douze ans quand leur père meurt et, pour vivre, ils vendent The Daily Telegaph dans la rue… Ils travailleront ensuite comme aide-comptables à la General Electric. Puis, ils trouveront des boulots de peinture et, en 62, ils achètent d’anciens bureaux, les transforment en appartements, les revendent puis font de juteux placements immobiliers. Ils acquièrent aussi l’Howard Hotel.

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Vingt ans plus tard, insatiables, ils rachètent des entreprises, entre autres,  le groupe de transports et de brasserie Ellerman. En 92, ils s’emparent du groupe du Telegraph... Ce journal  que gamins, ils vendaient. Une belle revanche: «Nous étions pauvres. Alors, nous avons décidé de devenir riches. Très riches. Suffisamment riches, pour que plus personne ne nous regarde de haut. «  En 95, ils achètent l’hôtel Ritz et seront anoblis par la Reine cinq ans plus tard, pour leur soutien aux plus démunis et à la recherche médicale.

 Deux années avant, ils avaient acheté la petite île anglo-normande de Brecqhou, dépendant de Sercq, un autre île proche. Et ils y feront construire un château style néo-gothique, et même planter à côté, quelques vignes! Mais, retour de manivelle pour ces hommes d’affaires pourtant rodés, le droit normand, toujours en vigueur, survivance du système féodal hérité de Guillaume le Conquérant… qu’ils ignoraient, interdit la transmission par héritage aux femmes. Et, comme ils ont chacun une fille, leur immense fortune et ce château risquent de tomber aux mains de l’Etat qu’ils détestent. Ce qu’ils ne veulent à aucun prix.

Sous la pression des Barclay, Sercq veut se mettre en conformité, avec la Convention européenne des droits de l’homme. En 2008, première élection dans l’île! Les vingt-huit membres du conseil législatif dont certains soutenus par les frères Barclay, veulent supprimer cette mesure féodale… Mais ils ne remportent que cinq sièges à cette élection! Alors, tombe la première mesure de rétorsion contre la centaine d’habitants qui ont voté contre le changement de loi: les frères Barclay, propriétaires de la majorité des hôtels et restaurants, vont sans aucun état d’âme, les fermer et donc mettre environ cent-quarante habitants au chômage… Ces hommes d’affaires expérimentés mèneront une lutte acharnée avec leurs avocats grassement payés, pour trouver la faille et réussiront à faire modifier le Droit. Après avoir porté l’affaire devant la Cour européenne, ils finissent donc par gagner…

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L’auteur, acteur et co-metteur en scène Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre a écrit une pièce sur cette incroyable histoire pour, au delà de l’anecdote, dénoncer les méfaits du capitalisme et du libéralisme. Oui, Mais le frère Barclay, encore vivant, porte plainte pour atteinte au respect de la vie privée et diffamation. Il essayera de faire interdire cette satire socio-politique, coproduite suite à une commande de Mona Guichard, directrice de la Scène Nationale de Cherbourg. Ecrite par Heidi Tillette de Clermont-Tonnerre, avec l’aide de Sophie Poirey, maître de conférences, spécialisée en droit coutumier normand à l’Université de Caen-Normandie.
« La pièce est une fable satirique sur le capitalisme, dit leur avocat Olivier Morice, et rien ne peut justifier les accusations d’atteinte au respect de la vie privée et de diffamation. 
On exige l’interdiction de la pièce, de la vente et des dommages et intérêts de 100. 000 € !  »
On a voulu nous faire taire, dit aussi l’auteur. Mais c’est une œuvre de fiction. Je me suis inspiré de personnages réels  et tout est inventé. » Aucune attaque n’a jamais été portée contre la famille Barclay dont la plainte sera heureusement rejetée en 2019 par le tribunal civil de Caen… Sinon, cela aurait été toute la liberté d’expression sur une scène et ailleurs qui était mise en cause. 

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En une heure et quelque, Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre et Lisa Pajon racontent avec le panache et la distance nécessaires, cette réussite financière exceptionnelle aux multiples rebondissements, fruit du travail et de la ténacité des Barclay, mais qui a aussi des zones d’ombre et  de scandales. Une fable très caustique mais pleine d’humour comme on les aime, genre théâtre d’agit-prop, aux dialogues étincelants, d’une incomparable drôlerie et remarquablement jouée.
Il y a juste deux fauteuils en cuir vaguement Louis XIII, une table basse couverte de marbre avec théière, tasses, boîte à sucre, et derrière, un écran où sera projeté une fragment de la très fameuse tapisserie La Dame à la licorne qu’on voit parfois ironiquement hocher la tête, quelques photos noir et blanc d’un groupe d’enfants pauvres vendeurs de journaux,  et des enfilades de rues à Londres vers les années cinquante… Les frères, en survêtement ridicule d’un bleu-vert électrique (rien à voir avec les costumes/cravate violette des vrais Barclay!) servent le thé au public, avec scones, et confiture après avoir accueilli le public, en chantant dans le hall du Théâtre de l’Oeuvre
Un spectacle simple, magistralement interprété et sans aucune prétention. Et tout à fait réjouissant. Nous aurons une pensée pour Lugné-Poé, fondateur de ce théâtre. En 1896, il y avait créé Ubu-Roi d’Alfred Jarry… Les deux Frères et les Lions lui auraient sûrement plu. 

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Oeuvre,  55 rue de Clichy, Paris (IX ème). T. : 01 44 53 88 88.

Anne Baquet chante au Paradis, accompagnée au piano par Damien Nédonchelel ou Gwendal Giguelay, mise en scène de Gérard Rauber

Anne Baquet chante au Paradis, accompagnée au piano par Damien Nédonchelel ou Gwendal Giguelay, mise en scène de Gérard Rauber

L’excellente soprano Anne Baquet revient au Lucernaire, après ABC d’airs et Come Bach (voir Le Théâtre du Blog) avec un nouveau récital à base de rencontres poétiques entre des auteurs actuels: René de Obaldia (Dans la marmite,  çà ronronne),  Victor Haïm (Le Chant d’Anna), François Morel (Je vous ai reconnu), Juliette, Isabelle Mayerau, Jean-Jacques Sempé (Les Prunes) … Et des compositeurs célèbres: Jean-Sébastien Bach, Frédéric Chopin, Charles Gounod, Sergueï Rachmaninov, mais aussi actuels comme François Rauber, Reinhardt Wagner, Thierry Asacaich, Isabelle Aboulker, Georges Moustaki, Claude Bolling, Juliette, Marie-Paule Belle… Elle dit aussi: Il faut passer le temps, un beau poème de son cher Jacques Prévert.

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Au piano, ce soir-là Damien Nédonchelle accompagnait Anne Baquet, visage espiègle, regard pétillant de malice… qui rappelle celui de son père, Maurice Baquet, très bon violoncelliste et acteur comique qui avait appartenu, jeune, au fameux Groupe Octobre…La chanteuse réussit à emmener son public là où elle veut, avec un solide métier et, en même temps, une vraie générosité et une profonde envie de partager ce qu’elle aime. De temps en temps, elle se permet de faire la clown et d’esquisser quelques pas de danse…
Cela fait du bien et fonctionne tout de suite, avec applaudissements, à chaque chanson. Le spectacle est encore un peu brut de décoffrage et on ne comprend pas pourquoi, au début, Gérard Rauber la fait chanter debout sur le piano enrobée d’un grand tissu blanc. Ce qui la grandit d’un mètre cinquante… un vieux truc facile qu’on a vu, un partout , entre autres chez  Jérôme Savary, Bob Wilson… Ce même grand tissu blanc est ensuite suspendu et éclairé dessous  par une lumière rouge: comprenne qui pourra…

La balance piano/voix n’était pas encore au point: le son du piano parasitait donc trop souvent même la voix soprano d’Anne Baquet et empêchait de bien entendre les paroles des chansons. Cela pourrait être évité  si on déplaçait seulement le piano côté jardin, de façon à laisser plus d’espace à la chanteuse sur la petite scène du Paradis au Lucernaire. A ces réserves près, c’est vraiment un spectacle réjouissant, à déguster même pendant l’été. Ce qui n’est pas si fréquent à Paris.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 23 août, Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des champs, Paris (VI ème). T . : 01 45 44 57 34. 

 

Romance de Catherine Benhamou, mis en scène d’Heidi-Eva Clavier

 Romance de Catherine Benhamou, mise en scène d’Heidi-Eva Clavier (à partir de treize ans)

C’est en France, l’histoire, somme toute banale, d’Imène, une jeune étudiante intelligente à laquelle est promis un brillant avenir. Sa vie va changer, quand elle essayera de comprendre comment, à la suite d’une rencontre via les réseaux sociaux, sa meilleure amie, Jasmine (dix-huit ans) va s’enfoncer dans une redoutable et irrésistible spirale.  Elle a été séduite et manipulée par un terroriste dangereux -de son âge- Et elle va même se marier avec lui- alors qu’elle le connait seulement en ligne. Leur nuit de noces? Ils feront juste l’amour sur un matelas dans une cave d’immeuble. Il y a des rêves plus exaltants… quand on a des appétits révolutionnaires et qu’on veut changer l’ordre mondial, en faisant basculer la Tour Eiffel. Jasmine, issu d’une famille  de banlieue et ayant toujours vécu dans un H.L.M. ira vers ce qu’on appelle la « radicalisation »: elle préparera un attentat, après avoir acheté les produits explosifs nécessaires sur Internet… Y-a-t-il des raisons intimes pour qu’elle en arrive à cette extrémité? A-t-elle résisté à celui qui est devenu son mari? A-t-elle hésité avant de se lancer dans une telle connerie?
Catherine Benhamou, avec ce monologue superbement écrit, laisse le flou s’installer. Comment a pu naître une tragédie à la fois personnelle et politique, dans un pays qui se veut civilisé? Quels rouages quels gardes-fou dans la société actuelle, n’ont pas fonctionné? Les trop fameux réseaux sociaux n’étant finalement que son reflet Imène ne pourra rien faire pour que son amie sorte de cette descente aux enfers programmée. Heureusement, si on peut dire, elle sera repérée et mise en taule, avant que sa ceinture d’explosifs ne fasse un carnage.
Ainsi, finit le rêve d’une fille intelligente qui a dérapé et succombé, même à distance, aux charmes d’un apprenti-terroriste: 
« Et c’était devenu un projet qui deviendrait pour finir une réalité terrible qui la ferait entrer dans l’Histoire avec un grand H, et elle qui n’a jamais réussi à s’y intéresser, qui ne l’a même jamais ouvert son manuel d’Histoire, elle pourrait bien être dedans un de ces jours, avoir son nom dedans et peut- être même sa photo et en attendant elle fera la une de tous les journaux enfin ça c’est ce qu’elle pense Jasmine à cet instant précis. « 

 

© Laurent Delisle

© Laurent Delisle

« Imène ne parle jamais d’idéologie ou religion, dit la metteuse en scène, elle raconte les dangers pour l’adolescence prise dans les réseaux sociaux, emmêlée dans la recherche de soi et le besoin d’être écoutée, hors de portée du soutien des adultes. La mise en scène a été pensée pour donner vie à la narration d’Imène, sur tout type de plateau et pour tous les publics. (…) Le spectacle a été joué dans les milieux scolaires et pénitentiaires des Yvelines, depuis quatre ans, avec plus de quatre cent-cinquante représentations! Il peut se jouer sur les plateaux, dits conventionnels, avec la même force de narration et la même intensité que celle d’une adolescente qu’on n’a pas su rattraper, et qui a plongé. »

Une table, une chaise et quelques micros. Marion Trémontels- diction et gestuelle absolument impeccables- a une étonnante présence et donne à ce texte remarquablement ciselé, sa puissance et sa vérité: « Non, elle n’y était pas prête, pas comme ça en tout cas sur le matelas, entre deux petits tas de mort aux rats, avec le gargouillement des tuyaux en bande-son et l’odeur de moisissure, elle avait rêvé mieux pour une première fois, et, là encore, c’est la réalité qui s’imposait parce que vous le savez bien, ce genre de gars quand il a ça en tête et qu’il en a la possibilité parce qu’on a été assez bête ou naïve pour penser qu’au dernier moment on serait deux à décider si on le fait ou pas, la réalité c’est qu’on est là avec 80 kilos sur le corps à se demander comment arrêter ça, puisque même si on dit non ils ne comprennent pas, ou ils font semblant.  » Des monologues, nous commençons à en être saturés et nous en aurons encore une bonne dose au prochain Avignon off. Ici, c’est beaucoup plus convaincant et cette jeune actrice qui possède un solide métier, s’impose vite, toujours aussi formidablement juste et émouvante, en jouant plusieurs rôles derrière un micro, bien dirigée par Heidi-Eva Clavier.
Un spectacle simple et court mais d’une rigueur exceptionnelle: on n’a pas tous les jours l’occasion d’entendre un texte aussi fort et aussi bien joué. Alors, profitez-en! Il y a, au moins, plus de mille pièces dans le Off mais allez-y en priorité.  Attention, n’y emmenez quand même pas un ou une adolescente, un peu fragile. C’est souvent dur et bouleversant. Tiens, encore une étonnante petite phrase pour la route:
« Alors, maintenant que j’ai écrit la fin, je peux vous le dire que ce qu’elle voulait dans le fond, Jasmine, ce n’était pas tout faire sauter, ce n’était pas la détruire complètement, la tour Eiffel, ce qu’elle voulait, c’était juste la faire pencher. » 

Philippe du Vignal 

Spectacle vu  le  15 juin au Cromot, 9 rue Cadet, Paris (IX ème). 
Festival d’Avignon, Théâtre du Train bleu, 40 rue Paul Sain+navette pour aller à la salle Étoile-MAIF.
Le texte est paru aux éditions Koiné.

Passeport, texte et mise en scène d’Alexis Michalik, un spectacle censuré

Passeport, texte et mise en scène d’Alexis Michalik, un spectacle censuré 

 

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Florian Azéma, le nouveau maire Rassemblement National de Castres (Tarn), ville natale (42.550 habitants) de Jean Jaurès, fondateur du Parti socialiste et du journal L’Humanité, a annulé la représentation au Théâtre municipal de ce spectacle programmé le 27 février prochain. Validé par l’ancienne municipalité et annoncé dans la brochure de saison, Passeport a pour thème, l’histoire d’Issa, un jeune émigré érythréen qui a perdu la mémoire, après avoir été laissé pour mort dans la jungle de Calais et qui cherche à obtenir un titre de séjour français.
Alexis Michalik (quarante-trois ans) a réussi en une vingtaine d’années à écrire des  pièces qui ont obtenu un indéniable succès public avec Les ProducteursLe Cercle des illusionnistes,  Une Histoire d’amour… et surtout Edmond, d’après Cyrano de Bergerac


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Passeport n’est sans doute pas un chef-d’œuvre  et dégouline de bons sentiments (voir Le Théâtre du Blog). Mais qu’importe, ses thèmes: l’immigration, la misère, l’identité nationale, le racisme, l’intégration, les démarches administratives épuisantes… touchent le public. « Ce n’est pas un théâtre militant ou documentaire, dit Alexis Michalik, mais une histoire humaine qui s’adresse à tous. Problème: ce spectacle qui a été beaucoup joué, entre autres, l’an passé au musée de l’Immigration à Paris, ne satisfait pas du tout le nouvel édile. « Il ne correspond pas, dit-il, à ce que, moi, j’avais défendu dans la campagne municipale et je ne souhaite pas que l’argent public soit dépensé dans ce qui fait la promotion de l’immigration illégale. » (…) « J’ai été élu pour faire des choix politiques. Je suis en fonction, j’applique mon programme. Je ne suis pas lié à ce qui a été décidé sous la précédente municipalité. »

Ce nouveau maire (vingt-neuf ans) oublie de signaler qu’il a été élu avec 29,85 % des voix, et que sa liste devançant les quatre autres de gauche et du centre, a obtenu vingt-huit des quarante-trois sièges. Il y a eu 18. 249 votants et une importante abstention de 40,40 % soit 12. 370 d’inscrits mais qui n’ont pas voté. Ce qui n’est tout de même pas glorieux et ne représente guère la population… Ancien collaborateur parlementaire, Florian Azéma a souvent dit qu’il voulait en priorité « redresser Castres » et il sait bien qu’il est dans cette triste affaire, être dans son droit: le contrat avec Alexis Michalik n’avait pas encore été signé et le théâtre -municipal-  se trouve donc sous la tutelle du maire.

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L’auteur-metteur en scène dit avoir été averti par une amie qui avait assisté à la programmation de la saison où on n’avait pas évoqué Passeport... Comme image de marque, on fait sans doute mieux, pour un nouvel élu et son équipe!
D’une rare élégance, cela donne un échantillon de ce qui se passerait, si le R.N. accédait à la Présidence de la République! C’est une affaire grave et la liste longue des pièces françaises ou étrangères, anciennes, modernes ou actuelles, qui pourraient ainsi déplaire à des élus d’extrême-droite. Le monde du théâtre -pas toujours vraiment solidaire!- a commencé à bouger. Mais on attend encore que les directeurs d’institutions importantes s’expriment… Les pièces d’Alexis Michalik sont surtout jouées dans le privé… et non dans le théâtre public. Mais Tiago Rodrigues, directeur du festival d’Avignon, a déclaré, hier, lui apporter son soutien. 


Et il y a un semaine, quatre organisations de réalisateurs de cinéma, ont  parlé, elles, d’une nouvelle atteinte de l’extrême droite, à la liberté de création. « Elles dénoncent avec la plus grande fermeté, la décision du maire de Castres, Florian Azéma, élu du Rassemblement national, de déprogrammer Passeport d’Alexis Michalik. Cette décision constitue une mesure de nature idéologique. Elle repose, de façon assumée, sur le sujet de cette pièce et porte atteinte à l’un des droits les plus essentiels, qu’est la liberté d’expression et de diffusion des œuvres.

La liberté de création, de programmation et l’accès de tous à la diversité des œuvres sont le fondement de notre démocratie. Aucun élu, qui en est le garant, ne devrait s’arroger le droit de censurer une œuvre, au motif qu’elle ne correspond pas à sa vision du monde. Nous appelons le maire de Castres à revenir sur cette décision dans les plus brefs délais et à permettre la représentation de Passeport aux conditions initialement prévues. » Tout est ici clairement dit.

Alexis Michalik a, lui aussi, réagi sur France Inter: « C’est la première fois alors qu’on avait une date qui était clairement confirmée en phase de contractualisation, qui était annoncée dans le programme: il n’y a vraiment aucun doute sur le fait que c’est un choix politique. » (…)  C’est évident que ça fait un peu froid dans le dos de se dire que la municipalité influe sur la direction artistique d’un théâtre et sur sa liberté de programmer ce qu’il veut voir. Dès qu’on va vers l’extrême droite, forcément, ça n’est jamais bon signe pour la Culture et pour la liberté d’expression. Je constate que, même à un niveau municipal, ça commence déjà, et c’est un signal d’alerte dont il faut tenir compte, je pense. »
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Il  y a bien longtemps -mais le passé éclaire le présent- un certain Jacques Debû-Bridel, sénateur et président de la commission Éducation et des Beaux-Arts du conseil général de la Seine, avait mis en cause la programmation du T.N.P que dirigeait alors Jean Vilar à Chaillot… Ce sénateur s’en était pris en 52  à Nucléa d’Henri Pichette mais il était bien entendu, était favorable, histoire de se dédouaner! aux créations d’auteurs classiques…
La politique et le théâtre, une vieille affaire, n’est souvent guère reluisante pour le Pouvoir. Enfin -et c’est rassurant- l’œuvre d’un dramaturge et metteur en scène contemporain, quelle que soit sa valeur artistique, suscite un débat politique…     

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Lors des Questions au Gouvernement à l’Assemblée nationale, Catherine Pégard, ministre de la Culture, a condamné «cette annulation d’un spectacle, au seul motif que son sujet n’était pas en phase avec les choix politiques du maire de Castres ». Elle a aussi clairement dit que « la liberté de création artistique est protégée et consacrée sur le plan national. » On veut bien la croire mais, sur le plan juridique, comment lutter? Les maires,surtout ceux des villes moyennes, ont un réel pouvoir sur les programmations de spectacles et la Ministre de la Culture le sait très bien.

Alexis Michalik a donc raison de s’inquiéter: « Pas seulement pour Passeport. Je m’inquiète pour toutes les œuvres, tous les artistes et programmateurs qui pourraient demain subir le même sort.» Déjà, à La Flèche (Sarthe), une ville de quinze mille habitants, Le Carroi, association d’Education Populaire et lieu d’animation d’activités socio-culturelles, a vu sa subvention municipale baissée de 50. 000 euros soit environ  10%.
Depuis, Passeport a été heureusement programmé ailleurs. Mais il faudra rester très vigilant… 

 Philippe du Vignal

Passeport est repris au Théâtre de la Renaissance, Paris (X ème), du 19 juin au 16 août.

Lomme (Nord), le 19 décembre.

 

 

Une Cerisaie, texte d’Anton Tchekhov, traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan, mise en scène d’Aurélie Van Den Daele

Une Cerisaie, texte d’Anton Tchekhov, traduction d’André Markowicz et Françoise Morvan, mise en scène d’Aurélie Van Den Daele

La dernière pièce (1904) du grand dramaturge mort la même année en Allemagne et devenue mythique au XX ème siècle. Nous en avons vu une dizaine de mises en scène, dont celle autrefois en 54 de Jean-Louis Barrault  et plus tard, parmi les plus réussies: celle de Matthias Langoff et Manfred Karge, celle de Giorgio Strehler avec son merveilleux petit train, cent fois copié ensuite. Celle, aussi formidable, de Peter Brook (1981) avec, entre autres, Niels Arestrup, Catherine Frot, Claude Evrard, Natasha Parry, Anne Consigny,  Michel Piccoli, Jacques Debary, Maurice Bénichou… Celle de Peter Stein (95) , étonnante de vérité, comme celle d’Alain Françon (2009) avec Irina Dalle, Philippe Duquesne, Jérôme Kircher, Guillaume Lévêque, Agathe L’Huillier, Didier Sandre, Dominique Valadié… Et  Jean-Paul Roussillon (merveilleux Firs !) Quelle émotion… Très malade, ce grand acteur est mort peu de temps après. 

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Rappelons l’histoire: cela se passe en mai, dans la chambre des enfants.d’une grande maison appartenant à un domaine rural avec une vaste cerisaie. Lioubov Andréïevna Ranevskaïa, sa propriétaire, l’a quitté, il y a cinq ans, après que son jeune Gricha se soit accidentellement noyé.Son frère Gaiev exploite le domaune tant bien que ma.l Et elle vit à Paris avec son amant mais elle revient: la maison fait partie d’elle-même et elle va retrouver toute la tribu:  Yacha, son valet, sa fille Ania (dix-sept ans ans), Varia, sa fille adoptive (vingt-quatre ans), la gouvernante allemande Charlotta Ivanovna,  Gaïev, son frère,  Douniacha , sa femme de chambre.

Et Lopakhine, un jeune et riche marchand, lui, issu d’une famille très pauvre; Boris, un propriétaire ruiné, Épikhodov, le comptable du domaine qui voudrait bien se marier avec Douniacha (mais elle est amoureuse de Yacha) et Trofimov, un éternel étudiant de vingt-sept ans qui a été le précepteur de Gricha et il aime Ania. Mais aussi Firs, le vieux valet, depuis toujours dans la famille.
Lopakhine signale à Lioubov et Gaïev que le domaine tout entier avec sa cerisaie, devra être vendu aux enchères en août prochain pour effacer leurs dettes. Il n’y a aucun autre choix mais lui a une solution: raser la grande cerisaie et y construire des datchas pour les estivants. Bien entendu, Lioubov, bouleversée par ce cynisme, refuse de voir les choses en face: « Moi, je suis née ici, c’est ici qu’ont vécu mon père et ma mère, mon grand-père, j’aime cette maison, je ne comprends pas ma vie sans la cerisaie et s’il faut décidément vendre, eh! bien, qu’on me vende avec la cerisaie. »

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Puis, on est en août dans une prairie. Charlotta, Iacha et Douniacha sont assis sur un banc. Mais à part, Lioubov, Gaïev et Lopakhine vont encore parler de l’avenir de cette cerisaie et arriveront Ania, Varia, et Trofimov. Un vagabond ivre passe et mendie une trentaine de kopecks. Lioubov, n’a pas de monnaie mais toujours généreuse, lui donne une pièce d’or! Soit environ cent cinquante fois plus: Ania, exaspérée, lui rappelle que les gens de la maison n’ont même pas assez de quoi manger! Et Lopakhine lui redira, une fois de plus, qu’elle va devoir être vendue

Dans le grand salon, Lioubov organise une fête avec des musiciens… Mais c’est le jour de la vente aux enchères de la cerisaie! Charlotta fait des tours de magie. Lioubov dit à Varia d’épouser Lopakhine mais elle refuse. Trofimov insiste pour que Lioubov regarde enfin la réalité: la cerisaie sera vendue. Mais elle  reçoit un télégramme: son amant est malade et,même s’il l’a ruinée! elle veut aller le voir à Paris,  Lopakhine et Gaïev, rentrent épuisés par le voyage et la vente du domaine.  Et  Lopakhine l’avoue quand Lioubov demande qui l’a acheté,: c’est lui et il va faire raser la cerisaie. Ania essaie de calmer sa mère qui est très secouée et en colère et lui dit que maintenant, enfin, les choses seront plus claires…

Quelques  semaines plus tard, à nouveau dans la chambre d’enfants. Mais octobre est là, il fait déjà froid dans la maison qu’on n’a plus chauffée: à quoi bon… puisque tous vont donc être obligés de partir. Il y a quelques meubles entassés, plus de rideaux aux fenêtres, ni tableaux aux murs. Dans le vestibule, des malles avec les vêtements.. Lopakhine offre du champagne mais personne n’en veut. L’heure n’est pas à la fête…
Et Lioubov dit adieu à sa maison. Tous s’en vont prendre le train. Silence total. Le vieux Firs entre et voit qu’on l’a oublié et enfermé dans la maison: « Je vais m’étendre un moment… C’est que tu n’as plus de force, il n’en reste plus, plus du tout… Eh! Va donc… empoté!  Et la didascalie comme toujours chez Anton Tchekhov est précise: « Le silence s’installe et on n’entend plus que le bruit de lointains coups de hache sur le bois au fond du jardin. « 

Quelle pièce! Quelle richesse de thèmes qu’on aurait aimé voir vraiment traités par la metteuse en scène! L’enfance heureuse -mais à jamais disparue- chez Lioubov et Charlotta. Ou terrible pour Lopakhine que son père battait. L’amour de Lioubov pour ses enfants: « Mon Gricha, mes chéries. » Sa passion pour un homme qui ne la mérite sans doute pas et la désillusion. L’amour enraciné pour une maison familiale..
L’argent essentiel, comme dans plusieurs pièces d’Anton Tchekhov. Celui qu’on dépense follement, même quand on sait en avoir très peu comme Lioubov! Et celui qu’on cherche en vain pour survivre (Boris Siméonov). La richesse qu’on est enfin heureux de posséder: une belle revanche, quand on vient d’une famille de moujiks (Lopakhine). Ou la misère absolue d’un vagabond réduit à la mendicité.
Et les dettes -la terreur de Lioubov- et que lui rappelle Trofimov dans la prairie! « Votre mère, vous, votre oncle, vous ne voyez même plus que vous vivez de dettes, sur le compte des autres, de ces gens que vous laissez à peine entrer dans votre vestibule… Nous sommes en retard d’au moins deux siècles, nous n’avons rien de rien, pas de rapport défini avec notre passé, nous ne faisons que philosopher, nous plaindre de l’ennui ou boire de la vodka. »
Il y a aussi les emprunts que Lioubov voudrait faire, tout en sachant que cela ne règlera rien mais aussi les inégalités sociales: la famille bourgeoise de Lioubov, ses filles Ania et Varia, l’oncle Gaiev, ses amis propriétaires fonciers comme Lopakhine ou pas, comme Trofimov, éternel étudiant de vingt-sept ans, Epikhodov, le comptable, et les domestiques de tout âge: Firs, Yacha, Douniacha, Charlotta… Mais ils ont tous aussi le sentiment d’appartenir à une communauté: propriétaires bourgeois et domestiques se connaissent depuis toujours et vivent entre eux, reclus et isolés pendant les longs hivers russes.  Ce qu’on ne ressent pas ici!
 Et un thème récurrent parcourt cette pièce qu’Anton Tchekhov aura eu le bonheur de voir triomphalement saluée, peu avant de quitter ce monde: la mort qui frappe… Lioubov évoque la noyade de son petit garçon, la mort de son mari et père d’Ania, celle des parents de Charlotta. Et on sait bien que  le vieux Firs, malade, n’en a plus pour très longtemps… « Ce que tu peux être fatigant, grand-père, dit Yacha, tu devrais te dépêcher de crever. »
Le poids du passé et la crainte de l’avenir proche, autre thème récurrent. » Le passé me tourmente et je crains l’avenir », disait déjà Chimène. Il y a aussi le sentiment du temps qui passe,  et l’arrivée de la modernité avec des changements irréversibles dans un pays encore très rural mais en mutation: les trains vont traverser les campagnes (Les Trois sœurs) comme ici les réseaux télégraphiques dont on voit les poteaux au bout du jardin… Mais aussi l’amour et le profond respect de la nature, souci écologique avant la lettre, et permanent chez le dramaturge.

Et, ici cela donne quoi? Malheureusement, pas grand chose de fameux! Aurélie Van Den Daele veut faire actuel et djeune mais en vain: cent vingt ans après, Anton Tchekhov résiste! Il y a d’abord ce qu’on pourrait appeler tromperie sur la marchandise. Est indiqué sur la feuille de salle: texte d’Anton Tchekhov. Faux: il y a ici des rajouts qui ne servent strictement à rien et des modifications- sans que cela soit jamais mentionné, au début, au milieu et à la fin ( ce qui la casse complètement).. Et la metteuse en scène rallonge sans aucun état d’âme la pièce qui, dans sa version à elle, dure deux heures trois quarts sans entracte, comme annoncé au début !
Elle accumule les stéréotypes: micros H.F., musique omniprésente de basses électronique sous le texte (un truc  que dans n’importe quelle école de théâtre, on apprend à surtout éviter), neige qui tombe à la fin, jeu avec la salle au moment des tours de cartes et de mentalisme, lumières-gadgets parfois rouges de club au moment du bal, ou blanches-clignotantes, au rythme de la musique! Pour faire djeune? Tous aux abris… C’est juste d’une facilité consternante!
Il y a aussi, bien sûr et comme partout! de légers fumigènes blancs sur scène et une torche de fumigène rouge que tient le mendiant dans la prairie -on se demande bien pourquoi? Quant aux costumes, ils veulent être actuels mais sont assez laids, la direction d’acteurs reste plate et le jeu manque d’unité et précision. Mathias Bentahar, Claire Chastel, Marie-Sohna Condé, Océane Court-Mallaroni, Alexandre Le Nours, Sidney Ali Mehelleb, Inès Musial, Rémi Rauzier, Noémie Rimbert, Gurshad Shaheman font ce qu’ils peuvent mais aucun, sauf à de rares moments, ceux entre Lioubov et Lopakhine, n’est vraiment crédible.
Cette mise en scène n’a aucune envergure et on ne perçoit aucune émotion: ni tristesse, ni nostalgie, ni parfois joie. « Les délices du présent et le passé renaissant en lui se fondait : tout cela se bousculait dans son âme mais en y laissant une impression de bien-être écrivait Anton Tchekhov dans sa célèbre nouvelle Le Moine Noir. Ce qui imprègne aussi La Cerisaie et ses autres pièces.
Mais ici tout reste est sec: Aurélie Van Den Daele fait joujou avec la pièce mais sans jamais l’emmener à son niveau: le plus haut du théâtre moderne. Et il y a une certaine prétention dans l’air!  Alors que Peter Brook, entre autres, savait faire preuve d’humilité, ce qui n’est pas le cas ici
La metteuse en scène aura quand même eu une formidable idée: jouer l’acte II dans une belle prairie, à côté du Théâtre de la Tempête… Soit, en ressenti comme on dit à la météo, dans la campagne russe ou polonaise ! Il y a de beaux arbres, les oiseaux passent en chantant, les acteurs, visiblement plus à l’aise au soleil, courent dans l’herbe qui vient d’être coupée. Cela sonne juste, malgré ces foutus micros H.F. Et là, nous sommes vraiment dans la campagne russe et dans La Cerisaie. On entend même les silences, si importants dans les remarquables dialogues d’Anton Tchekhov.
Mais il faut revenir dans la salle et les premiers arrivés raflent sans scrupule les places -non numérotées- des autres (les meilleures!). Donc, nous nous sommes retrouvés en haut dans une chaleur étouffante… Faire une mise en scène, c’est aussi prendre soin du public, comme le fait toujours Ariane Mnouchkine dans son tout proche Théâtre du Soleil!
Quelle tristesse! La mis en scène de ce spectacle est médiocre, et jamais digne d’AntonTchekhov, ni de l’excellente traduction, signée André Markowicz et Françoise Morvan. Ni du Centre Dramatique National de Limoges où Jean Lambert-wild qui avait précédé comme directeur, Aurélie Van Den Daele, nous avait habitué à un autre niveau artistique… Qu’en pense le Ministère de la Culture?
Une Cerisaie a été mollement applaudie et le spectacle aussitôt finiune partie du public, sans doute excédée, est parti, sans applaudir une seule fois… Nous nous réjouissions d’aller voir cette pièce formidable, mais quelle déception! Inutile d’aller à la Cartoucherie, malgré à l’acte II, les arbres en fleurs, le grand calme, l’herbe verte d’une prairie et ses beaux arbres. Que vu les dates, nos amis de banlieue parisienne ou de province, n’auront même pas la chance de voir…                                                            

Philippe du Vignal

Jusqu’au 21 juin, Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre, Vincennes (Val-de-Marne). Métro: Château de Vincennes + navette gratuite. T. : 01 4328 36 36

Théâtre des Quartiers d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) du 23 au 27 février. 

L’Empreinte, Brive-Tulle  (Corrèze) les 3 et 4 mars.

Scène nationale du Sud-Aquitain, Bayonne  (Pyrénées-Atlantiques), les 9 et 10 mars.

Comète de Châlons-en-Champagne (Haute-Marne) le 6 avril.

 Comédie de Colmar ( Haut-Rhin) les 9 et 10 avril.

Corbeil-Essonnes  le 4 mai,

Villefranche (Rhône) le 12 mai.

Partition publique, texte et mise en scène d’Elsa Granat

Partition publique, texte et mise en scène d’Elsa Granat

Elsa Granat est une metteuse en scène reconnue (voir Le Théâtre du Blog) Avec sa collaboratrice artistique Laure Grisinger, la metteuse en scène s’est inspirée à la fois de sa propre expérience mais aussi de témoignages. Il y a sur le plateau, des soignants et futurs soignants en formation à Saint-Denis et deux étudiants en carrières sociales qui jouent à la fois patients, infirmiers, médecins, comme Karen Rencurel, Antony Cochin et David Seigneur, tout à fait remarquables. L’hôpital public et ses défaillances, l’hôpital public et ses services d’urgence à bout de souffle, l’hôpital public avec un corps médical qui, faute de temps, c’est à dire de véritables moyens, fait avec qu’il a, le plus souvent, au moins mal… Refrain connu! Cela fait des dizaines d’années que les rapports s’accumulent, que les ministres de la Santé défilent, que les Présidents de la République font des promesses… Mais que, rien ou pas grand chose ne change.

Sur la scène, un lit médicalisé, des pupitres, quelques  chaises pliantes, une table ronde avec à la fois un repas dans une boîte, à côté d’un plateau de médicaments- un beau symbole du mélange régnant ici… Et tout un monde en blouse blanche qui s’occupe de patients gravement atteints.  Côté cour, un vieil homme cancéreux en fin de vie, allongé sur lit médicalisé, se met à crier: il ne veut être lavé que par des Européens! Impressionnant de vérité…

© Luc Maréchaux

© Luc Maréchaux

La toilette quotidienne des malades, un travail souvent pénible et dont on parle jamais, mais sur lequel Elsa Granat insiste, elle-même, présente au début du spectacle, comme pour montrer avec colère et lucidité, qu’il y a un abime entre ce qu’on apprend dans les écoles… et le terrain. Sans ces armées d’infirmières et aides-soignantes, mal rémunérées, mal considérées, souvent étrangères ou d’origine étrangère et qui ont de longues journées de travail à un rythme épuisant, tout s’écroulerait! Sur un grand écran, les chiffres des heures et statistiques sur les hôpitaux s’alignent, témoins froids mais impitoyables, d’une situation qui frise la catastrophe… Saint-Denis a deux hôpitaux mais c’est une ville pas bien riche et qui souffre d’une insécurité au quotidien et de délinquance…
En filigrane, on peut lire ici qu’en dix ans de macronisme, rien ou si peu n’a changé dans le domaine hospitalier.. Il y a toujours une médecine pour les riches (peu d’attente pour un rendez-vous dans le secteur privé mais très souvent plusieurs semaines, dans un hôpital public!). Et cela sonne juste auprès du public de Saint-Denis où il y a deux hôpitaux pour 149.000 habitants, une ville encore industrielle dans la première moitié du XX ème siècle puis soumise à une politique gaulliste de désindustrialisation. Elle perdra au moins quatorze mille emplois entre 58 et 68. Et le lycée Paul-Éluard, le premier en banlieue, a été inauguré en 1965! Il y en a maintenant et heureusement: neuf collèges, cinq lycées, trente-cinq écoles primaires. Et l’Université Paris VIII…

Ce constat-cri d’alarme sonne juste mais sans aucun misérabilisme. Partition publique n’est pas vraiment un théâtre documentaire mais, au meilleur sens du terme, un spectacle-témoignage où Elsa Granat met le doigt là où cela fait mal, avec une rare énergie et une impeccable direction. La metteuse en scène fait aussi jouer les soignants par ces trois remarquables acteurs professionnels -histoire de brouiller intelligemment les cartes- et par des amateurs qui se débrouillent bien… Cela  donne à l’ensemble de la distribution, solidité et fluidité: les Dieux du théâtre savent comme c’est difficile à obtenir! On oubliera quelques longueurs et images retransmises sur grand écran et une petite chorégraphie peu utile.
A la fin, une magnifique image clôt le spectacle: une mère pas très jeune ( Karen Rencurel) qui a perdu son fils,  a le visage et le corps rongés de poussière grise. Elle est lavée avec lenteur et douceur par trois aide-soignantes. Le théâtre ne peut tout résoudre, des problèmes d’une société mais Elsa Granat aura, au moins, mis l’accent sur une situation qui nous concerne tous, quel que soit notre âge… Ce n’est pas si fréquent dans le spectacle contemporain et le public, jeune et comme on dit, souvent issu de la diversité, a applaudi chaleureusement.

Philippe du Vignal

Le spectacle a été joué du 12 au 14 juin au Théâtre Gérard Philippe-Centre Dramatique National de Saint-Denis. 

Adieu Christiane Cohendy

Adieu Christiane Cohendy

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La grande actrice est morte à quatre-vingt six ans des suites d’un cancer. A Clermont-Ferrand, elle avait été élève au Conservatoire d’art dramatique et elle nous avait raconté qu’on avait demandé à tous d’apporter des fleurs pour les travaux de fin d’année. Sa mère voulant bien faire les choses, avait apporté une dizaine de bouquets…
Christiane Cohendy a fait ensuite des études de littérature allemande. Puis, elle travailla avec Alain Françon qui créa en 71 le Théâtre Éclaté avec Évelyne Didi, André Marcon…  Puis, de 75 à 79, avec Jean-Pierre Vincent qui dirigeait le Théâtre national de Strasbourg. Artiste exemplaire d’une rare intelligence, elle joua avec les plus grands: Patrice Chéreau (Phèdre), Georges Lavaudant (L’Orestie), Matthias Langhoff (La CerisaieLes Trois Sœurs), Klaus-Michael Grüber, André Engel (Baal), Jean-Louis Martinelli, Jorge Lavelli (KvetchDécadence).
Au cinéma, elle joue dans Un mauvais fils (1980) de Claude Sautet, Le Hussard sur le toit (1995) de Jean-Paul Rappeneau,  Le Créateur (1999) d’Albert Dupontel et Sur mes lèvres (2001) de Jacques Audiard.
Comme l’a dit justement Charles Berling, acteur et metteur en scène:  » Nous pleurons une belle dame généreuse et une artiste incomparable qui a marqué profondément le théâtre public français pendant des décennies. »

Philippe du Vignal 

 

Brundibár, opéra en deux actes de Hans Krása, livret d’Adolf Hoffmeister, direction musicale de Louis Langrée, mise en scène de Muriel Mayette-Holtz et Jean-Claude Berutti

 

Brundibár, opéra d’Hans Krása, livret d’Adolf Hoffmeister, direction musicale de Louis Langrée, mise en scène de Muriel Mayette-Holtz et Jean-Claude Berutti

Le 28 mars 1995, première représentation de Terezín au Théâtre de l’Unité et est publié Le Cahier de Terezin, fruit de nos recherches sur cette ville tchèque devenue Théresienstadt, sous l’occupation nazie: « Ce ghetto, vu comme un camp « privilégié », élément primordial de l’entreprise de propagande nazie était en réalité, un véritable masque d’Auschwitz  et, pour la plupart des juifs déportés, un lieu de transit…
Mais la vie culturelle y tenait une place essentielle: à la fois soutien de vie et d’espoir.. Mais aussi paradoxalement, c’était un travestissement de la réalité et d’un avenir meurtri. À travers  la création, le théâtre restait par essence, l’art de la mémoire et ici, plus qu’ailleurs, l’éphémère de la vie y était inscrit. »

© Brion

© Brion

Les nazis, quand a été construit ce camp, réussirent à donner aux détenus, l’illusion qu’ils seraient protégés et ils essayèrent de lui donner  l’aspect d’un ville « normale ». Les activités culturelles étaient favorisées mais… aussi exploitées à des fins de propagande. Et cela n’empêchait pas les déportations régulières vers les camps d’extermination en Pologne. La partition de Brundibár, une œuvre pour enfants, a été retrouvée en 69 au mémorial de Terezín. Cet opéra a été créé à Prague en 42, puis l’année suivante, à Terezín.
Il sera joué le 20 août 1944 pour faire un film de propagande quand passerait la commission de contrôle de la Croix Rouge venu constater les (hypothétiques) bonnes conditions de vie au camp! Quatre mois après son passage,  Krása est déporté à Auschwitz avec une partie de l’équipe de Brundibár et sera exécuté en octobre 1944.

C’est une œuvre courte et principalement vocale. Y a été ajouté ici, en première partie, un conte de Noël de Jean-Claude Grumberg. 
Pour cette création, Louis Langrée dirige, pour la première fois et avec une belle réussite, la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique. Et les cintriers manipuleront encore  manuellement les décors: la fin d’une époque… Brundibár raconte les aventures de deux enfants quittant leur campagne et allant chercher du lait pasteurisé pour soigner leur mère malade. En ville, ils rencontrent Brundibár, un bonimenteur et musicien de rue qui les oblige à chanter pour gagner l’argent nécessaire à l’achat de ce lait. En réalité, cet argent profite au seul Brundibár. Les enfants seront sauvés par trois animaux, de l’emprise totalitaire de ce bonimenteur qui leur dit: « Disparaissez ou je vous envoie travailler dans un camp. C’est moi qui donne le ton. »

La fable est explicite! Pourtant, cet opéra a une fin heureuse et pleine d’espoir: « Si nous formons un seul chœur, Nous vaincrons le dictateur. Chantons partout à la ronde. Et donnons l’exemple au monde!” Le spectacle est joué icidans une salle de classe. Les metteurs en scène ont développé la dimension du conte, grâce, entre autres, à des masques géants pour les protagonistes, sauf les enfants: Pepiček et Aninka.
«La construction du spectacle, dit Jean-Claude Berutti, va de l’allusion, jusqu’à un moment de bascule: la chanson Ich wandre durch Theresienstadt et un film de propagande nazie. Les enfants de la Maîtrise Populaire se déshabillent alors, enlèvent leurs chaussures et leur blouse pour apparaître en vêtement de prisonnier. »
La découverte d’un extrait de ce film a lieu dans un silence pesant! C’est un des moments les plus forts de cette création et il restera définitivement inscrit dans notre mémoire.

Jean Couturier

Ce spectacle a été joué du 3 au 8 juin à l’Opéra-Comique, 1 place Boieldieu, Paris (II ème) T. : 01 70 23 01 31.

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