Crise dans la Culture !

 Crise dans la Culture !

Une fois de plus c’est reparti, crise dans la Culture ! Je m’appelle Jacques Livchine, artiste français qui peut prétendre avoir une certaine bouteille: notre Théâtre de l’Unité, né en mars 1968, a connu vingt-huit ministres de la Culture!!! Mais il n’a jamais cessé d’être subventionné depuis 71. Alors, c’est indéniable, les tensions avec le pouvoir politique ont toujours été d’actualité, souvenez-vous de Molière: cela ça n’a jamais été facile pour lui… Mais d’une habileté diabolique, il n’avait pas honte de s’agenouiller devant le Roi, tout en continuant à ridiculiser les courtisans.

Et puis Bertolt Brecht, notre maître à penser, nous a appris à être malin. Exilé aux Etats unis, il a été accusé en 47 d’être marxiste et communiste, par la Commission des activités antiaméricaines de la Chambre des représentants. Il réussira à prouver que ses pièces étaient chrétiennes! Ambigu, il esquivait les questions et évitait la confrontation directe. Quelques anecdotes éclairantes: en 78, nous allons être nommés à Saint-Quentin en Yvelines, comme compagnie associée au Centre d’Action Culturelle.

 © Estelle Chardon Passation de pouvoir au Théâtre de l'Unité le 31 décembre 2025

© Estelle Chardon Passation de pouvoir au Théâtre de l’Unité le 31 décembre 2025

Lors de l’entretien d’embauche, Elie Le Port, président de l’A.P.A.S.C. nous dit en aparté : il faudra renoncer à avoir votre carte du Parti Communiste, nous sommes bien d’accord?
Et en 91, Louis Souvet, alors maire de Montbéliard, U.M.P. grande tradition, veut bien nous nommer à la Scène Nationale, à  condition de ne pas monter une section du Parti Socialiste. Nous avons été d’accord mais nous lui avons alors aussi dit qu’aux prochaines  élections municipales, nous n’appellerons jamais à voter pour lui. Nous avons pourtant cohabité neuf ans, chacun avec nos idées. Parfois, ce fut chaud mais toujours dans un climat de loyauté.
Louis Souvet, mort il y a six ans, avait demandé à ma codirectrice Hervée de Lafond de prononcer son oraison funèbre. La droite montbéliardaise s’en est étranglée… Toute notre vie, champions du “dire sans dire”, nous avons réussi à ne jamais vendre notre âme!  

 Il faudrait être malin et dire à Vincent Bolloré, industriel, propriétaire de médias et milliardaire, qu’on le comprend bien: il paie, donc il décide. On n’est pas d’accord avec ses idées mais il faut le jouer à la Brecht. Quand nous avons récemment annoncé que nous quittions le Théâtre de l’Unité, notre députée (du Rassemblement national) nous a envoyé une lettre et je ne résiste pas au plaisir de vous en offrir un extrait: « Vous avez toujours été pour moi les «stars du théâtre de rue», des «monstres sacrés» qui, en son époque, m’ont sauvé la vie. Mon enfance n’a pas été malheureuse, mais enfermée dans un carcan religieux et autoritaire qui n’était pas fait pour moi…Alors, si la lecture a comblé durant plusieurs années ma soif d’évasion, c’est la créativité qui s’est imposée à l’adolescence et m’a sauvée.
Mais ce que j’aimais par-dessus tout, à dix-sept ans, c’était traîner mes doc martens au Centre d’Art et de Plaisanterie à l’hôtel Sponek pour y écrire des vers et rêver à mes prochaines créations picturales. Avec mes amis pseudo-artistes, on découvrait un monde : l’art contemporain, l’art fantasque, l’art innovant, pétillant à l’image d Champagne une chanson de  Jacques Higelin…Un univers jusque-là inconnu pour des enfants de salariés Peugeot arrivés à Montbéliard après avoir quitté un monde rural, traditionnel et moralisateur, hermétique aux bouleversements de 68. Alors, oui, si l’art a toujours fait partie de moi (il suffit de voir mes tatouages), c’est aussi grâce à vous, grâce à deux Parisiens aux noms impossibles à orthographier, qui, un jour, sont arrivés à Montbéliard et qui, par le théâtre de rue, ont impulsé une force de vie chez tous qui cherchaient un « ailleurs ». Alors merci.
Géraldine Grangier, députée du Rassemblement National.
Je décidais, en accord avec Hervée de Lafond, de suivre le précepte d’un vieux rabbin de Marseille à un mariage. « Se parler, il faut se parler, il ne faut jamais arrêter de se parler.” Il y a eu nombre de migrations de la gauche vers l’extrême droite donc le contraire doit être aussi possible…

Jacques Livchine, ancien codirecteur avec Hervée Lafond, du Théâtre de l’Unité à Audincourt ( Doubs).

 


Archive pour 1 juin, 2026

Crise dans la Culture !

 Crise dans la Culture !

Une fois de plus c’est reparti, crise dans la Culture ! Je m’appelle Jacques Livchine, artiste français qui peut prétendre avoir une certaine bouteille: notre Théâtre de l’Unité, né en mars 1968, a connu vingt-huit ministres de la Culture!!! Mais il n’a jamais cessé d’être subventionné depuis 71. Alors, c’est indéniable, les tensions avec le pouvoir politique ont toujours été d’actualité, souvenez-vous de Molière: cela ça n’a jamais été facile pour lui… Mais d’une habileté diabolique, il n’avait pas honte de s’agenouiller devant le Roi, tout en continuant à ridiculiser les courtisans.

Et puis Bertolt Brecht, notre maître à penser, nous a appris à être malin. Exilé aux Etats unis, il a été accusé en 47 d’être marxiste et communiste, par la Commission des activités antiaméricaines de la Chambre des représentants. Il réussira à prouver que ses pièces étaient chrétiennes! Ambigu, il esquivait les questions et évitait la confrontation directe. Quelques anecdotes éclairantes: en 78, nous allons être nommés à Saint-Quentin en Yvelines, comme compagnie associée au Centre d’Action Culturelle.

 © Estelle Chardon Passation de pouvoir au Théâtre de l'Unité le 31 décembre 2025

© Estelle Chardon Passation de pouvoir au Théâtre de l’Unité le 31 décembre 2025

Lors de l’entretien d’embauche, Elie Le Port, président de l’A.P.A.S.C. nous dit en aparté : il faudra renoncer à avoir votre carte du Parti Communiste, nous sommes bien d’accord?
Et en 91, Louis Souvet, alors maire de Montbéliard, U.M.P. grande tradition, veut bien nous nommer à la Scène Nationale, à  condition de ne pas monter une section du Parti Socialiste. Nous avons été d’accord mais nous lui avons alors aussi dit qu’aux prochaines  élections municipales, nous n’appellerons jamais à voter pour lui. Nous avons pourtant cohabité neuf ans, chacun avec nos idées. Parfois, ce fut chaud mais toujours dans un climat de loyauté.
Louis Souvet, mort il y a six ans, avait demandé à ma codirectrice Hervée de Lafond de prononcer son oraison funèbre. La droite montbéliardaise s’en est étranglée… Toute notre vie, champions du “dire sans dire”, nous avons réussi à ne jamais vendre notre âme!  

 Il faudrait être malin et dire à Vincent Bolloré, industriel, propriétaire de médias et milliardaire, qu’on le comprend bien: il paie, donc il décide. On n’est pas d’accord avec ses idées mais il faut le jouer à la Brecht. Quand nous avons récemment annoncé que nous quittions le Théâtre de l’Unité, notre députée (du Rassemblement national) nous a envoyé une lettre et je ne résiste pas au plaisir de vous en offrir un extrait: « Vous avez toujours été pour moi les «stars du théâtre de rue», des «monstres sacrés» qui, en son époque, m’ont sauvé la vie. Mon enfance n’a pas été malheureuse, mais enfermée dans un carcan religieux et autoritaire qui n’était pas fait pour moi…Alors, si la lecture a comblé durant plusieurs années ma soif d’évasion, c’est la créativité qui s’est imposée à l’adolescence et m’a sauvée.
Mais ce que j’aimais par-dessus tout, à dix-sept ans, c’était traîner mes doc martens au Centre d’Art et de Plaisanterie à l’hôtel Sponek pour y écrire des vers et rêver à mes prochaines créations picturales. Avec mes amis pseudo-artistes, on découvrait un monde : l’art contemporain, l’art fantasque, l’art innovant, pétillant à l’image d Champagne une chanson de  Jacques Higelin…Un univers jusque-là inconnu pour des enfants de salariés Peugeot arrivés à Montbéliard après avoir quitté un monde rural, traditionnel et moralisateur, hermétique aux bouleversements de 68. Alors, oui, si l’art a toujours fait partie de moi (il suffit de voir mes tatouages), c’est aussi grâce à vous, grâce à deux Parisiens aux noms impossibles à orthographier, qui, un jour, sont arrivés à Montbéliard et qui, par le théâtre de rue, ont impulsé une force de vie chez tous qui cherchaient un « ailleurs ». Alors merci.
Géraldine Grangier, députée du Rassemblement National.
Je décidais, en accord avec Hervée de Lafond, de suivre le précepte d’un vieux rabbin de Marseille à un mariage. « Se parler, il faut se parler, il ne faut jamais arrêter de se parler.” Il y a eu nombre de migrations de la gauche vers l’extrême droite donc le contraire doit être aussi possible…

Jacques Livchine, ancien codirecteur avec Hervée Lafond, du Théâtre de l’Unité à Audincourt ( Doubs).

 

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