La Plaidoirie des forêts, texte et mise en scène de Françoise Cadol et Rémi Bichet, Illustrations et animation d’Amaury Brumauld
La Plaidoirie des forêts, texte et mise en scène de Françoise Cadol et Rémi Bichet, Illustrations et animation d’Amaury Brumauld
Quelque part en Bretagne, un chêne vieux de quatre siècles est menacé d’être coupé sans état d’âme par un promoteur immobilier qu’il gêne: il veut construire un grand ensemble de logements, ce qui représente un intérêt économique évident pour la ville… Mais un comité de défense de la Nature s’y oppose et a pénétré dans les bureaux de la société en cassant quelques vitres. Bien entendu, elle a porté plainte et ils sont poursuivis en justice.
Au cours du procès, deux avocats de la Défense (François Cadol et Rémi Bichet) et un seul, plus âgé pour la Partie civile (Bernard Lanneau) vont s’affronter en un peu plus d’une heure. L’avocate, elle, racontera l’histoire façon conte poétique de cet arbre qui a vu passer une dizaine de générations et qui est un être vivant.
Son confrère de la partie adverse a, lui, de solides arguments: l’intérêt économique primordial et ce chêne serait malade de l’encre (grave attaque de micro-organismes filamenteux) et donc condamné à brève échéance. Aucun traitement efficace! Ce fléau nommé ainsi à cause des suintements de liquide noirâtre sur le tronc et les branches, avait atteint les châtaigniers, chênes, noyers, il y a une trentaine d’années en Corrèze, au sud du Cantal et au nord de l’Aveyron. Mais ils semblent depuis s’en être remis.
Entre rigueur judiciaire et conte poétique, cette Plaidoirie des Forêts, inspirée de faits réels, a lieu à la fois dans un tribunal évoqué par deux curieux bureaux avec des branches à l’intérieur et sur une toile tendue en fond de scène, sont projetées l’image d’une salle d’audience classique ou la façade d’un Tribunal (remarquables dessins d’Amaury Brumauld) devant laquelle le journaliste d’une radio (seulement dessiné) fera le point sur ce procès. L’avocate, elle, retrace la vie de cet arbre et de personnages apparaissant sous une forme dessinée à l’écran. Et on entendra, en voix off, la Présidente et le Procureur diriger les débats. L’avocat de la société marque des points: il y a bien eu intrusion dans un lieu privé et dégradation des locaux.
Son confrère de la partie adverse ne le nie pas mais, en ce qui touche à la maladie de l’encre, il a sous la main, un dossier d’expertise béton. Aïe! Tout bascule! Il y a eu tromperie et maquillage du tronc de l’arbre pour faire croire qu’il était atteint de la maladie de l’encre. Même après quatre siècles, il est encore en très bon état. L’avocat de la société immobilière botte en touche et réplique qu’il n’a pas eu connaissance de cette pièce versée récemment au dossier…
Jugement du tribunal? On ne vous le dévoilera pas! L’avocat de la société dont c’est la dernière plaidoirie va prendre sa retraite et serrera chaleureusement la main de son confrère… qu’il avait autrefois formé. C’est un spectacle encore un peu brut de décoffrage mais sans prétention et attachant. Et comme, il y a une très vieille parenté (vingt-cinq siècles!) entre le monde la justice et le théâtre que ce soit sur le monde tragique ou comique, ici cela fonctionne particulièrement bien.
Diction et gestuelle impeccables, bon rythme, mise en scène précise et sans prétention, thème: protection de la Nature -hélas! encore actuel-, bien traité, dialogues écrits avec précision (conseils de maître Jonathan El Kaïm), remarquables dessins animés, costumes bien conçus d’Alice Touvet, lumières efficaces de Denis Schlepp… Cela fait beaucoup de qualités mais le récit de la vie du chêne est trop long et la toute fin, un poil pleurnicharde, mériterait d’être revue. A ces réserves près, le spectacle déjà rodé, devrait faire le plein à Avignon…
Philippe du Vignal
Spectacle vu le 1 er juin au Théâtre Michel, 38 rue des Mathurins, Paris ( IX ème) .
Théâtre Buffon, rue Buffon, Avignon, du 4 au 25 juillet à 14 h 45.

