Lost and found
Lost and found de Lars Norén, traduction de Johan Härstein et Amélie Wendling, adaptation d’Alain Fromager et Amélie Wendling, mise en scène de Charles Berling
Cette pièce inédite du grand dramaturge suédois, mort du covid en 2921, est ici jouée avec C’est si simple l’amour (voir Le Théâtre du Blog). Chez Erik, professeur de fac (Charles Berling) et Marie, journaliste de radio (Bérangère Warluzel), ce dimanche pluvieux égale ennui. Comme pour essayer d’y échapper, ce couple un peu usé, la cinquantaine, essaye de jouer les prolongations.
Lui n’a pas envie de sortir mais finira par aller faire quelques courses, histoire de ne pas rester seul avec Marie. Elle aussi, ira travailler à sa radio. En attendant, le ton monte vite entre eux: le divorce plane sournoisement, même si chacun doit se répéter le refrain connu: plus jamais avec toi et plus jamais sans toi. Pourtant, sitôt sa femme sortie, Erik téléphonera à une amie et il lui répètera qu’il l’aime. mais on n’en saura guère plus.
Leurs enfants sont ,eux aussi, assez paumés… Peter, seize ans (Pierrick Grillet) passe son temps à regarder des films sur son portable et veut aller dans une université en Angleterre. Anna, dix-neuf ans (Louise Arcangioli) dit qu’elle ira vivre en Italie et que, même sans argent, elle se débrouillera. En tout cas, elle ne supporte plus de rester ici et de voir sa mère se mêler de sa vie intime et elle l’accuse de l’avoir obligée à se faire avorter, alors qu’avec son copain, dit-elle, ils voulaient absolument avoir un enfant…
A la fin, après une n ième discussion où Erik lui jure qu’il l’aime, Marie enlève sa robe… Mais lui, n’a pas envie d’elle. Après une autre discussion, celle-là violente, ils finiront par s’embrasser. Et les enfants reviendront s’asseoir sur le canapé, un de chaque côté des parents. Essuyez vos larmes! Cette variation de plus sur le couple chère à Lars Norén, n’a rien de convaincant.
On l’aura connu mieux inspiré et même, si elle est plus courte (quatre-vingt cinq minutes), cette pièce a des longueurs: entre autres, au début, un quasi-monologue de Marie où elle parle des ses angoisses mais ce n’est guère passionnant. On retrouvera ensuite aussi les injures du genre qui fleurissent aussi souvent que dans C’est si simple l’Amour , »Va te faire foutre. » « Putain de merde. » Mais les dialogues restent pâlichons, même s’il y en a quelques-uns vraiment forts entre Marie et chacun de ses enfants.
Cela se passe dans le salon d’une famille suédoise: le même que dans C’est si simple l’Amour. Table roulante en plexiglas avec bouteilles de vin et apéritif, grand canapé crème, cette fois disposé face public. C’est déjà un progrès: on voit mieux le visage des interprètes et surtout, on les entend mieux. Mais les spectateurs assis aux premier rangs côté cour, remercieront Charles Berling -crédité de la scénographie- d’avoir posé juste en bord de scène, un gros pouf-poire où Peter ira se lover. Une belle idée! On voit très mal ce qui se passe sur le côté droit du canapé…
Il y a encore aussi sur les côtés de la scène, du public assis sur des chaises couvertes de tissu blanc comme dans l’autre pièce: un dispositif d’une efficacité mystérieuse. Dans le fond, un grand châssis noir sur lequel glisse parfois un rideau d’eau (une œuvre d’art contemporain?) et côté jardin, un miroir rectangulaire suspendu obliquement. Au fond, derrière un rideau blanc, les mêmes miroirs avec lumières comme on voit dans les loges d’acteurs et dans C’est si simple l’Amour. Comprenne qui pourra…
La mise en scène de Charles Berling manque de rigueur et de rythme, comme la direction d’acteurs. Bérangère Warluzel, par ailleurs assez crédible, a tendance comme Louise Arcangioli, à bouler son texte, alors que les répliques chez Lars Norén ont besoin d’une diction ciselée. D’autant plus dommage qu’elle et Pierrick Grillet sont de jeunes comédiens tout à fait intéressants et qui ont une belle présence.
La salle n’était mais guère plus remplie que pour Lost and found… Cette fois au moins, très peu de spectateurs sont sortis. Bref, cette opération redécouverte de Lars Norén n’aura pas été une réussite.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 28 juin, mardi et mercredi à 21 h, samedi 27 juin à 17 h et dimanche 28 juin à 15 h, Théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dullin, Paris (XVIII ème). T. : 01 46 06 49 24.


