Posté dans 4 juin, 2026 dans actualites, critique.
Paris Globe Festival artistique international
The last play in Gaza, textes d’ Hossam Al-Madhoun, Einat Weizman, Slawomir Mrozek, Shahir Kabaha, mise en scène d’Einat Weizman, (spectacle en arabe et en anglais, surtitré en français)
Les Emigrants, une pièce-culte de l’artiste et écrivain polonais Slawomir Mrożek (1930-2013) qui a été souvent mise en scène, notamment par Chafik Shimi, avec la troupe du Théâtre municipal de Tunis. Et elle a été créée en 2021-2022 au Theater for everybody de Gaza. Quand il y a eu la guerre, le spectacle s’est arrêté puis le théâtre a été détruit par les bombes! Mais la metteuse en scène israélienne Einat Weizman a choisi de reprendre le spectacle, à l’identique, tout le temps que durera la guerre. Un acte de résistance contre l’effacement de la culture palestinienne et pour essayer de recréer, par le théâtre, ce qui a été détruit. Sur le plateau, juste une table, deux chaises et au fond, un écran. Shahir Kabha et Rami Salman, acteurs palestiniens ayant la citoyenneté israélienne, jouent donc par moments les rôles des acteurs gazaouis à l’identique de la mise en scène originale qu’on voit sur écran en fond de scène.. Mais entrecoupée par le témoignage d’Hossam Al-Madhoun où il raconte ce que peut être encore la vie sous les bombardements incessants, avant qu’il arrive à quitter Gaza pour l’Égypte: recherche quotidienne de pain ou même de simple farine, hôpitaux débordés, médicaments introuvables pour sa vieille maman malade… Et dit par Shahir Kabha, c’est bouleversant.

© David Kaplan
On sait tout cela et nous avons été couverts d’images (il n’y en a aucune image de cette guerre sur scène), cette survie est rendue encore plus plus forte, grâce à la remarquable présence et au jeu d’une rigueur absolue de Shahir Kabha et Rami Salman. Et, à la fin, leur essai pour danser, même maladroitement le sirtaki sur la célèbre musique de Míkis Theodorákis est émouvant. Ce sont vraiment de grands acteurs. Tout ce spectacle d’une heure sonne juste et vrai et l’entrelacement des images du spectacle initial/acteurs sur scène est d’une grande précision. Jouer The last Play in Gaza constitue aussi un acte politique pour Einat Weisman, la dramaturge et metteuse en scène israélienne: « A travers cette production, nous assumons la responsabilité de soutenir une culture menacée en insistant pour que la mémoire, l’art et l’identité de la Palestine perdurent malgré les tentatives visant à l’anéantir. »Ce spectacle ne s’est joué que deux jours au Théâtre 14..Il serait tout à fait souhaitable que cet acte de résistance, proche d’un théâtre d’agit-prop et qui a été chaleureusement applaudi par une salle pleine- ce qui n’est pas si fréquent- soit joué en France.
Philippe du Vignal
Spectacle vu au Théâtre 14, 20 avenue Marc Sangnier, Paris ( XIV ème). T. : 01 45 45 49 77.