Brundibár, opéra en deux actes de Hans Krása, livret d’Adolf Hoffmeister, direction musicale de Louis Langrée, mise en scène de Muriel Mayette-Holtz et Jean-Claude Berutti
Brundibár, opéra d’Hans Krása, livret d’Adolf Hoffmeister, direction musicale de Louis Langrée, mise en scène de Muriel Mayette-Holtz et Jean-Claude Berutti
Le 28 mars 1995, première représentation de Terezín au Théâtre de l’Unité et est publié Le Cahier de Terezin, fruit de nos recherches sur cette ville tchèque devenue Théresienstadt, sous l’occupation nazie: « Ce ghetto, vu comme un camp « privilégié », élément primordial de l’entreprise de propagande nazie était en réalité, un véritable masque d’Auschwitz et, pour la plupart des juifs déportés, un lieu de transit…
Mais la vie culturelle y tenait une place essentielle: à la fois soutien de vie et d’espoir.. Mais aussi paradoxalement, c’était un travestissement de la réalité et d’un avenir meurtri. À travers la création, le théâtre restait par essence, l’art de la mémoire et ici, plus qu’ailleurs, l’éphémère de la vie y était inscrit. »
Les nazis, quand a été construit ce camp, réussirent à donner aux détenus, l’illusion qu’ils seraient protégés et ils essayèrent de lui donner l’aspect d’un ville « normale ». Les activités culturelles étaient favorisées mais… aussi exploitées à des fins de propagande. Et cela n’empêchait pas les déportations régulières vers les camps d’extermination en Pologne. La partition de Brundibár, une œuvre pour enfants, a été retrouvée en 69 au mémorial de Terezín. Cet opéra a été créé à Prague en 42, puis l’année suivante, à Terezín.
Il sera joué le 20 août 1944 pour faire un film de propagande quand passerait la commission de contrôle de la Croix Rouge venu constater les (hypothétiques) bonnes conditions de vie au camp! Quatre mois après son passage, Krása est déporté à Auschwitz avec une partie de l’équipe de Brundibár et sera exécuté en octobre 1944.
C’est une œuvre courte et principalement vocale. Y a été ajouté ici, en première partie, un conte de Noël de Jean-Claude Grumberg. Pour cette création, Louis Langrée dirige, pour la première fois et avec une belle réussite, la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique. Et les cintriers manipuleront encore manuellement les décors: la fin d’une époque… Brundibár raconte les aventures de deux enfants quittant leur campagne et allant chercher du lait pasteurisé pour soigner leur mère malade. En ville, ils rencontrent Brundibár, un bonimenteur et musicien de rue qui les oblige à chanter pour gagner l’argent nécessaire à l’achat de ce lait. En réalité, cet argent profite au seul Brundibár. Les enfants seront sauvés par trois animaux, de l’emprise totalitaire de ce bonimenteur qui leur dit: « Disparaissez ou je vous envoie travailler dans un camp. C’est moi qui donne le ton. »
La fable est explicite! Pourtant, cet opéra a une fin heureuse et pleine d’espoir: « Si nous formons un seul chœur, Nous vaincrons le dictateur. Chantons partout à la ronde. Et donnons l’exemple au monde!” Le spectacle est joué icidans une salle de classe. Les metteurs en scène ont développé la dimension du conte, grâce, entre autres, à des masques géants pour les protagonistes, sauf les enfants: Pepiček et Aninka.
«La construction du spectacle, dit Jean-Claude Berutti, va de l’allusion, jusqu’à un moment de bascule: la chanson Ich wandre durch Theresienstadt et un film de propagande nazie. Les enfants de la Maîtrise Populaire se déshabillent alors, enlèvent leurs chaussures et leur blouse pour apparaître en vêtement de prisonnier. »
La découverte d’un extrait de ce film a lieu dans un silence pesant! C’est un des moments les plus forts de cette création et il restera définitivement inscrit dans notre mémoire.
Jean Couturier
Ce spectacle a été joué du 3 au 8 juin à l’Opéra-Comique, 1 place Boieldieu, Paris (II ème) T. : 01 70 23 01 31.

