Il faut refonder la Culture

Il faut refonder la culture 
 
« Tais-toi, tais-toi. » Mais je n’ai plus besoin de me taire. Cela fait des dizaines d’années que j’assiste sans rien dire, à un scandale généralisé qui commence à coûter cher à la société. J’ai en connu des Hélène: l’une avait son bus, l’autre pas. Mais elles montaient  dans les quartiers et, aux côtés des animateurs et médiateurs, elles montaient des projets et des projets, elles étaient aimées et reconnues par les familles…
Un auteur, Armand Gatti (1924-2017) pestait contre les théâtres d’abonnements et contre leurs programmations. Il disait que ce n’était pas là qu’il fallait mettre l’argent public mais sur les quartiers, les jeunes, les loubards, les voyous et qu’il fallait enrichir leur vocabulaire, ne serait-ce que de cent mots: quand tu n’as pas la langue, tu deviens violent. Dans notre Théâtre de l’Unité, Claude Acquart ne cessait de transmettre les métiers de constructeur à des jeunes éligibles au deal ou à la prison. Et, avec Hervée de Lafond, dans nos Ruches: des ateliers-théâtre, nous avons appris à des centaines de jeunes, des poèmes et l’expression verbale. J’avais dit aux gens du Ministère de la Culture: venez évaluer combien nous en avons sauvé de la délinquance, voire du suicide.
Le capitaine des pompiers à Saint-Quentin-en-Yvelines le disait : donnez des moyens au Théâtre de l’Unité! Nous, nous ramassons les morts dans les cages d’escalier. Mais eux, empêchent les jeunes de se suicider.
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©x A Saint-Quentin en 82

Et souviens-toi du Plus bel âge de la vie dans un dépôt de locomotives à Trappes, avec quatre-vingt jeunes, délinquants ou non, dans une fresque épique. Avec Jean Djemad,  nous nous étions emparés des toxicomanes black/blanc/beur: Jean et Christine en avaient fait le premier groupe de danse hip-hop en France. Et  avec Jean Jourdan,  Daniel Motta  et Alain Degois, dit Papy, nous montions des matches d’impro dans les collèges de Trappes. Un certain Djamel Debouze ne l’a pas oublié…

 Un jour, j’ai vu dans une favéla d Rio de Janeiro ( Brésil) Les Nos del Morro, une compagnie de théâtre insensée qui proposait aux jeunes, un autre chemin que celui la drogue et qui avait pris l’avantage sur le marché de la coke. Je ne cessais de répéter comme un idiot : l’art est une arme de construction massive. Mais pendant ce temps, les municipalités françaises ne cessaient de priver de moyens, les fêtes de quartier et empêchaient toutes les compagnies théâtrales de s’exprimer. Et, quand  celle de Montbéliard a fermé celles des Bains-douches de Claude Acquart, c’était quasiment un crime, puisqu’elle était un lieu de réinsertion fabuleux. Même Jacques Chirac était venu le visiter!
 Et, quand les friches-théâtre sont nées sous l’impulsion de notre ami Philippe Foulquié décédé en mai, c’était le moment de se précipiter sur une nouvelle forme de Culture, en prise sur la ville. Alors;  voilà, au lieu de miser sur un tiers-théâtre; on préfère mettre l’argent sur la répressions du narco-trafic. Il y a eu, en partie sous notre impulsion, la naissance du théâtre de rue, de nouvelles formes, celle de centaines de petits festivals qui s’adressent directement aux populations, et non au public restreint des théâtres subventionnés.
A Calais, Nathacha Bouchart, la maire s’est acharnée contre Francis Peduzzi, l’emblématique directeur de la Scène nationale du Channel qu’il a co‐fondée, il y a trente‐deux ans. Il a fini par jeter l’éponge en 2023. Le Channel était, des soixante-dix sept Scènes nationales, la plus exemplaire. Un modèle absolu, comme notre feu Centre d’art et de Plaisanterie-Scène nationale de Montbéliard.
Des concepteurs géniaux, Patrick Bouchain et François Delarozière, ont réhabilité les anciens abattoirs de Calais. Entre leurs murs, un superbe restaurant: Les grandes Tables, avec un super-chef Alain Moitel, une librairie Actes Sud, des espaces ouverts pour s’asseoir, un chapiteau de cirque, une grande halle, un théâtre, une cour, des lieux de répétition, des espaces ouverts… Le prix des places était, on ne peut plus populaire: 7 €.
Mais le plus exceptionnel: le Channel était arrivé à s’adresser à la population toute entière.
J’ai assisté à de moments extraordinaires où toute la ville était dehors, pour un événement comme Le Royal de Luxe, bien sûr et Le Dragon de François Delarozière mais aussi Zingaro. En plus d’une programmation originale, le Channel a aussi multiplié des événements hors-les murs avec Feux d’hiver et tout Calais était touché.
Va ensuite t’étonner si les jeunes des banlieues viennent à Paris mettre le souk pour la victoire du P. S.G. ! Pour moi, c’est simple, il faut refonder la Culture et autrement.

Jacques Livchine, ancien co-directeur avec Hervée de Lafond du Théâtre de l’Unité à Audincourt (Doubs).

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

  

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Archive pour juin, 2026

Pedro Lacerda Machado

Pedro Lacerda Machado 

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Son père était officier dans l’armée portugaise mais avait la magie pour sa passion. Pedro avait sept ans, quand il est mort et il n’a gardé que de vagues souvenirs de lui. Mais sa mère avait conservé tous ses livres et accessoires. Puis, un jour, vers à treize ans, il les a découverts et a été immédiatement séduit.
Cette mère avait aussi gardé le contact avec les amis de son père et elle l’a mis en relation avec Saiur, un illusionniste réputé et qui est devenu son premier maître.
Grâce à cela, sous l’influence d’Arturo de Ascanio, il s’est intéressé à la magie des cartes qui est devenue sa spécialité. A seize ans, il s’est été ensuite engagé dans la création de l’Associação Portuguesa de Ilusionismo.
Aujourd’hui, l’A.P.I. est l’association nationale qui compte le plus grand nombre de membres et est affiliée à la Fédération Internationale. Et Pedro Lacerda Machado a été un des organisateurs de la F.I.S.M. 2000 à Lisbonne.


« Après que cette l’organisation de la F.ISM 2000 ait été votée trois ans auparavant à Dresde, dit-il, des membres de l’A.P.I. ont préparé ce congrès. Trois personnes ont été chargées de concrétiser cet événement mondial et j’étais responsable du secteur commercial, Luis de Matos, du secteur artistique et Fernando Marques Vidal est devenu président de cette F.I.S.M. » Pedro Lacerda Machado a souvent fait partie du jury des principaux concours organisés au Portugal; selon lui, ils ont joué un rôle majeur dans le développement de la magie: l’innovation étant un élément-clé de son progrès.

Son livre The Finest Magic of Pedro Lacerda est aussi un hommage à Arturo de Ascanio. « Au fil du temps, dit-il, j’ai disséminé ma magie à travers des articles, notes de cours… J’ai eu le privilège de me rapprocher aussi de Francisco Mousinho, l’un des jeunes artistes les plus talentueux du Portugal. Il savait que mes écrits étaient éparpillés mais il a entrepris d’écrire « mon livre »,  et, en plus des informations sur mon parcours, il a rassemblé la quasi-totalité de l’historique de mon répertoire et de mes techniques. A cette époque, cela faisait vingt-cinq ans qu’Ascanio était décédé. Il m’avait cité comme l’un de ses fils spirituels et avait été d’une grande générosité envers moi. Alors, aux côtés de Roberto Giobbi, Aurelio Paviato, Joaquin Navajas et Carlos Vaquera, Francisco Mousinho a jugé que le moment était venu d’écrire ce livre, en hommage à mon maître. »

Ce magicien a donc aussi écrit des articles et cours qui ont étayé les nombreuses conférences qu’il a données, notamment pendant l’Euro tour organisé par son ami Jean-Yves Prost: un voyage en Amérique du Sud, au Japon… Et plus tard, au Magic Castle, à Hollywood. Les  artistes qui l’ont le plus marqué sont Ascanio et ceux de la Spanish magic School, comme Tamariz, Camilo Vasquez, Antonio Ferragut, Toni Cachadiña. Et le Suisse Roberto Giobbi et le Néerlandais Tommy Wonder.
Il aime toutes les formes de magie: grandes illusions, manipulation, mentalisme… Que recommanderait-il à une débutante ou à un débutant? « Dans un premier temps, dit-il, apprenez et assimilez un maximum d’informations. Puis, vous rejetterez ce qui ne vous convient pas et adopterez les techniques qui vous ont mis en confiance. Cela vous permettra d’atteindre un art plus abouti. En maîtrisant la présentation et en allant vers une performance technique « naturelle », vous créerez ce qu’Ascanio appelait «l’atmosphère magique» et vous serez aux frontières de l’Art.
Quant à la magie actuelle, on voit que des illusionnistes talentueux émergent de nombreuses régions du monde et je suis convaincu que nous avons un avenir radieux. Et, si vous enrichissez votre culture générale et développez d’autres centres d’intérêt personnels, vous deviendrez bien meilleur dans votre spécialité. Ceci est, bien sûr, valable pour tous les arts. »

Sébastien Bazou

Interview réalisée le 11 juin à Dijon (Côte-d’Or).

L’Intranquillité de Fernando Pessoa, mise en scène et adaptation : Jean-Paul Sermadiras

L’Intranquillité, traduction de Thomas Resendes, adaptation du Livre de l’Intranquillité de Fernando Pessoa et mise en scène de Jean-Paul Sermadiras

Longtemps méconnu du grand public, cet écrivain et poète portugais né à Lisbonne en 1888, mais d’éducation anglaise  (il a vécu une partie de son enfance à Durban ,Afrique du Sud),  meurt assez pauvre à quarante-sept ans ans dans sa ville natale en 1935.
Après sa mort, on découvre dans une malle 27.543 textes! Le Livre de l’Intranquillité ,œuvre posthume, n’a été publié qu’en 82. Attribué par l’auteur à son « semi-hétéronyme» Bernardo Soares, ce recueil inachevé de réflexions, pensées, aphorismes et poèmes en prose écrit entre 1913 et 1935 sur des feuilles avec l’indication: O Livro do desassossego, a été traduit en français en 88 puis à nouveau en 92.

© Damien Journée

© Damien Journée


Prouesse remarquable de Jean-Paul Sermadiras quant au choix des textes, quand on pense à ce livre colossal et multiple, à l’écriture fragmentaire. Le metteur en scène a tout de suite vu qu’il « était écrit comme une pièce de théâtre, et bien qu’écrit, il y a donc un siècle, il nous parlait de questions d’actualité.»
Le spectacle évoque aussi le passage du vieux monde vers la modernité.
Les anciennes convictions et croyances: foi, identité, utopie… ne font plus autorité. Comment vivre dans ce nouveau paysage où les certitudes religieuses, politiques, morales, esthétiques, s’écroulent? «Tout sentir de toutes les manières…»
Un extrait du poème Le Passage des heures (1916) paru  dans la revue Orpheu codirigée par Fernand Pessoa lui-même, illustre bien la création poétique et littéraire de l’écrivain aux voix multiples qui s’entremêlent, se répondent. Et de ses contradictions intimes et/ou intellectuelles, il a fait l’essence même de son œuvre.

Pour mettre en vie cet univers pluriel et cette mutation d’un monde à l’autre, des voix se révèlent sous diverses formes esthétiques : classique, baroque, lyrique. «Fernando Pessoa, dit Christian Bourgois, son éditeur, a laissé dialoguer entre elles les différentes personnalités qui existaient virtuellement en lui et leur a donné une réalité fictive par l’écriture. »
Une démarche esthétique et spirituelle, presque mystique et qu’il entreprend de façon géniale avec de nombreux hétéronymes, entre autres: Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Alvaro de Campos et un « demi-hétéronyme » : Bernardo Soares qui a choisi, comme Fernando Pessoa, de rêver sa vie plutôt que de la vivre: « Je m’apaise avec une vague lenteur. Je m’engourdis. Je fluctue dans l’air, moitié veillant, moitié dormant, et voici que surgit une autre sorte de réalité, et moi, au beau milieu, surgie de je ne sais quel ailleurs… »

Un ciel étoilé, et côté cour, juste une malle posée à la verticale d’où sortira un des personnages, bientôt rejoint par son double. Mais, petit à petit, le décor se métamorphosera façon guinguette. Sous les lampions, au son de l’accordéon et l’alcool aidant, l’un en smoking, l’autre, un peu débraillé, ont un charme et un esprit rappelant Vladimir et Estragon, les célèbres personnages d’En attendant Godot de Samuel Beckett. Thierry Gibault et Olivier Ythier (Fernando Pessoa et Bernado Soares) ont un jeu tout en complicité, malice, ironie, dérision mais aussi mélancolie profonde. Les lumières réussies de Jean-Luc Chanonat, renforcent le climat étrange, émouvant et poétique du récit.

Le spectacle nous révèle l’existence, ou plutôt la non-existence, de Bernardo Soares, modeste employé de bureau à Lisbonne.  Sous nos yeux éblouis, se construit un univers sensible: « vertigineusement irréel, et pourtant plus vrai en un sens que le monde réel »: il conçoit sa vie comme un spectacle. «Je suis bien au balcon de la vie, mais pas vraiment de cette vie-ci. Je suis au-dessus d’elle et la contemple, de l’endroit d’où je regarde. »
La rêver et la méditer, ainsi prend forme la possibilité pour l’auteur, d’un dialogue avec soi-même. Ce Livre de l’Intranquilité a été ici adapté avec intelligence et subtilité. Bernardo Soares/Fernando Pessoa nous invite à entrer dans son rapport au monde, si mystérieux et si contradictoire: «Deux voix traversent les doutes, les rêves et les contradictions d’un homme qui observe sa propre vie comme un étranger. »  dit le metteur en scène.

La scénographie simple et, en voix off, le chant de Madeleine de Meideros donnent toute leur dimension à cet ailleurs si vrai, et pourtant issu de l’imaginaire du poète. Nous sommes saisis par ce monde de perceptions et pensées existentielles, aussi contemporaines. L’âme de la vie et ses rêves deviennent réalité.
Le metteur en scène donne corps à cet univers onirique, si singulier, à la fois gigantesque comme le cosmos, et dense, à l’image de notre conscience intérieure. L’émotion s’empare de nous, fascinés par la force poétique, l’humour, l’ironie, le pessimisme de ces pensées existentielles ou politiques.
Nait ainsi un moment de grâce où réflexions, visions, rêves, monde intérieur d’un homme «pris dans le vertige de la conscience humaine» nous interrogent autrement sur notre existence. Peut-être le simple fait de vivre, dit Jean-Paul Sermadiras, consiste à regarder passer la vie et tenter d’en comprendre le mystère.»

 Elisabeth Naud

 Spectacle vu au100 ECS, 100 rue de Charenton, Paris (XII ème) T. : 01 46 28 80 94.

Festival d’Avignon, du 4 au 25 juillet, Théâtre du Petit Chien.

Le petit Prince d’après Antoine de Saint-Exupéry, mise en scène de Jean Bellorini

Le petit Prince,d’après Antoine de Saint-Exupéry, mise en scène de Jean Bellorini  (spectacle en français et mandarin, surtitré en français)

 Le célèbre conte illustré d’aquarelles de l’écrivain, mort avec son avion en mer; un an après, est dédié à son ami Léon Werth «quand il était petit garçon »: « A toutes les grandes personnes qui ont d’abord été des enfants… Mais peu d’entre elles s’en souviennent. »  D’abord publié en 43 à New York en anglais, puis à Paris quelques jours après, il continue à être édité et a été vendu à plus de deux cents millions d’exemplaires sur la planète. Il l’est encore  avec deux millions chaque année en Chine!  Un phénomène jamais vu:  le livre a été traduit en six cent langues et dialectes, juste après la Bible…

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Bien des metteurs en scène ont essayé de l’adapter mais les images et mots de l’auteur restent imprimés dans une sorte de mémoire collective et quand il faut faire incarner ces personnages par des acteurs,  c’est presque mission impossible (voir le récent Petit Prince  à la Scala dans Le Théâtre du Blog).
Plus intelligemment, Jean Bellorini  a pris un chemin de traverse en s’en écartant et en y ajoutant des extraits d’œuvres de grands poètes chinois  comme Du Fu ( VIII ème siècle) pour mieux retrouver ce qui en fait la substantifique moelle… Il a travaillé avec son fidèle François Deblok (Saint-Exupéry), seul interprète français et avec de remarquables chanteurs-acteurs chinois du Yang Hua Theatre, dont  Jin Zhenhe (cinq ans) et Li Yichen (treize ans) qui a bien conscience d’être la vedette très professionnelle du spectacle… Gestuelle impeccable, belles voix,  texte bien dit, il sait déjà comment arriver à séduire un public.

Jean Bellorini avait déjà adapté Les Misérables, le célèbre roman de Victor Hugo avec l’équipe du Yang Hua Theatre à Pékin.  Cela commence par le bien connu: « Dessine-moi un mouton… demande un enfant à l’aviateur dont l’appareil est tombé dans un désert.  Puis Ne me quitte pas, la chanson de Jacques Brel, en chinois et en français .
Cela tient d’un petit opéra avec, pour l’essentiel, chansons, dialogues et récit.  Il y aussi, à l’accordéon Chan Minhua qu’on avait vue dans Les Misérables, mise en scène de Jean Bellorini. Au piano et au synthé, Clément Griffaut qui a coécrit les musiques. Et  Zhong Lifeng, auteur compositeur  folk,  Liu Fanquing et Xiaoliu, chanteuses électro-pop. Sur une grande surface ronde de neige blanche, l’acteur-conteur Xue Fei dit aussi des poèmes chinois des grands écrivains Du Fu et Li Baï (VIII ème siècle).  

C’est une mise en scène très solide et parfaitement rodée: le spectacle a été longtemps joué en Chine et va y être repris. Même si on entre parfois avec difficulté dans l’univers de Saint-Exupéry, le public du T.N.P. avec de nombreux jeunes et enfants, ce qui est rare à Paris, lui, est vite séduit par l’unité de jeu et les images: entre autres, une voiturette tournant cinq ou six fois avec les acteurs dessus qui ont visiblement grand plaisir à jouer. Et ces deux heures, malgré quelques longueurs, passent vite. Très impressionnant, ce public entièrement debout, a longtemps ovationné toute la troupe  et en particulier le le petit acteur-vedette. Il faut espérer que  ce spectacle vraiment populaire soit repris. 

Philippe du Vignal

Spectacle vu au T.N.P. à Villeurbanne (Rhône).

Théorie vérifiée: les quatrorze obstacles

Théorie vérifiée: les quatorze  obstacles… 

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 Obstacle. Synonyme: accroc, complication, difficulté, embarras, empêchement, entrave, gêne, objection, opposition, pierre d’achoppement, résistance, anicroche, écueil, frein… Pour réussir à jouer un spectacle dans une des soixante-seize Scènes nationales, une des cent-vingt Scènes conventionnées d’intérêt national, un des trente-huit Centres Dramatiques Nationaux et Régionaux, ou encore un des trois-cent cinquante théâtres municipaux, une compagnie doit franchir une série d’obstacles. Description sommaire; il n’y a aucune fiction là-dedans.

1er obstacle

Au standard, réponse habituelle: le directeur ou programmateur est, soit en réunion, soit en rendez vous, soit en déplacement.

2 ème obstacle

Vous avez enfin le directeur au téléphone (comptez environ quinze appels). Il faut qu’il ait remarqué votre dossiers parmi les soixante-dix qu’il reçoit chaque semaine. En principe, il veut voir le spectacle mais son calendrier est archi-plein aux dates où vous jouez!  De toute façon, il estime que c’est trop loin pour y aller…

 3 ème obstacle

Le directeur s’intéresse à votre spectacle et vous accorde un rendez-vous ou vient le voir. Mais la plupart du temps, il ne « correspond pas à son type de public » ou aux priorités de sa programmation. Et ce directeur a quelques réserves malgré de « très belles choses ».

 4 ème obstacle

Séduit, il a bien envie de vous programmer. Malheureusement, vous n’êtes pas dans sa fourchette de prix: il trouve votre équipe trop nombreuse.

5 ème obstacle

Formidable! Le spectacle lui plaît et le prix lui semble convenable… Mais le directeur technique met son veto! la pièce n’entre pas dans le lieu qui manque de profondeur et/ou de dégagements, ouverture, hauteur sous grill…

6 ème obstacle

Techniquement, le spectacle, cette fois, entre dans le lieu: tout est impeccable mais le directeur a un calendrier rempli un an à l’avance et n’arrive absolument pas à trouver trois dates possibles…

7 ème obstacle

Vous avez envie de signer le contrat au plus vite. Tout baigne mais… un de vos acteurs a été engagé ailleurs: ce que vous lui proposiez, l’immobilisait trop longtemps pour peu de cachets. Le remplacer?  Oui,  il faudrait alors ajouter quinze jours de répétitions….Impossible et tout s’écroule! L’horreur!

 8 ème obstacle

Problème de sécurité: le directeur technique doit réunir la commission qui émet un avis négatif. Le maire ne peut donc aller contre. Pourtant, vous avez joué dans dix villes et tout s’est très bien passé.  Il n’y a rien à faire!

9 ème obstacle

Vous êtes sur le point de signer. Arrive alors un message: la salle n’est absolument plus conforme aux normes de sécurité! Le directeur vous prie de l’excuser mais en a pour huit mois de travaux: la saison est donc annulée! Il y aura juste des petites formes…

 10 ème obstacle

Un collectif budgétaire frappe le lieu de plein fouet. Son directeur doit faire des choix… et c’est justement votre spectacle qui saute.

11 ème obstacle

Tout va bien: le contrat est enfin signé mais trois semaines avant les représentations, le directeur avertit: vu le faible nombre de locations, il faut annuler! Au moins, il n’aura pas à payer transports et défraiements et vous toucherez quand même les cachets.

12 ème obstacle

Le spectacle tombe un jour de grève générale, deuil national ou cas de force majeure: il faudra encore aussi annuler.

 13 ème obstacle

Horreur: le directeur, sûr d’avoir son contrat renouvelé, a été licencié! Et le successeur refuse ses choix. Votre spectacle passe donc à la trappe…

 14 ème et dernier obstacle

Vous avez joué votre spectacle et cela s’est bien passé! Heureux, vous attendez le chèque- un contrat important!- mais le directeur annonce être en cessation de paiement (ou en liquidation) depuis la veille. L’affaire a été mise entre les mains d’un syndic et les comédiens seront heureusement payés par les A.S.S.E.D.I.C. Mais, pour la compagnie, rien! Vous mettez donc la clé sous la porte, changez de métier et êtes candidat à la direction d’une Scène nationale…

Jacques Livchine 


Rien de nouveau sous le soleil! Cet article a été publié en 90 dans la revue Cassandre, il y a donc trente-six ans (sic!). Un savoureux bilan que nous avons retrouvé par hasard il y a deux jours, a été écrit par  Jacques Livchine, alors codirecteur avec Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité au Centre d’Art et de Plaisanterie-Scène Nationale de Montbéliard. Après neuf ans, ils seront invités à installer leur compagnie juste à côté; à Audincourt (Doubs).

 Jacques Livchine précise aujourd’hui même: « Maintenant, il y a en plus le contenu! Déjà, à l’époque, mieux valait aussi éviter de monter du Brecht  dans une ville tenue par une municipalité de droite. »
90, l’année de la mort brutale d’Antoine Vitez. Disparaissaient aussi cette même année: Ava Gardner, Philippe Soupault, Jacques Soustelle, Michel Leiris, Léonard Bernstein, Alberto Moravia,  Louis Althusser, Jacques Demy  et Laurence Durrell.
L’Organisation Mondiale de la Santé retirait l’homosexualité de la liste des maladies mentales; le gouvernement israélien annonçait accepter l’ouverture de négociations avec les Palestiniens. Saddam Hussein accusait les États-Unis et la Grande-Bretagne qui, selon lui, soutiendraient Israël qui voudrait intervenir contre l’Irak, lequel annexera officiellement le Koweït…

Ph. du V.

L’indiscipline,L’indiscipline par le Three Penny Collective, texte de Michal Vojtech, Pierre-Albert Ollivier, Ariel de la Garza Davidoff, mise en scène d’Ariel de la Garza Davidoff

L’indiscipline  par le Three Penny Collective, texte de Michal Vojtech, Pierre-Albert Ollivier, Ariel de la Garza Davidoff, mise en scène d’Ariel de la Garza DavidoffJean-Martin Charcot (1825-1893) était professeur de clinique des maladies nerveuses à la faculté de médecine de Paris et a découvert en 1868 la sclérose en plaques, et celle dite: « latérale amyotrophique », une maladie neurodégénérative. Ses travaux sur l’hypnose et l’hystérie, à l’origine de l’École de la Salpêtrière à Paris, ont inspiré Sigmund Freud qui a été son élève.
Mais il n’a jamais trouvé de corrélation anatomique entre l’hystérie, la dépression avec le fonctionnement du cerveau.
Gilles de la Tourette, interne et assistant en 1884 de Jean-Martin Charcot à la Salpêtrière, y devint son chef de clinique  de 87 à 89. Quelques années après, il a été blessé à la tête par un coup de revolver tiré par Anne Kamper, une de ses anciennes patientes à Sainte-Anne qui prétend avoir été hypnotisée contre son gré.
«C’est toute la question, dit le collectif franco-britannique Threepenny, de savoir ce qu’est la maladie, et particulièrement l’hystérie. C’est une maladie  très dure à définir et largement contestée aujourd’hui. C’est justement cela qui nous a beaucoup intéressé: essayer de représenter ce qui est dû, dans le comportement des patientes à l’époque, au conditionnement médical de l’asile, quelle est l’influence que peuvent avoir ces médecins sur toutes ces patientes, et montrer aussi un peu le basculement que cela représente dans l’histoire des idées et de la médecine aussi, puisque, c’est très important pour la psychanalyse qui arrive juste après. Sigmund Freud admirait Charcot, et s’en est beaucoup inspiré. »

 

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Sur la petite scène, un fauteuil en bois, et au milieu, une sorte d’alcôve rectangulaire fermée par un rideau de velours coulissant sur une grosse bar en cuivre.
Nous allons assister à un de ces cours-démonstrations avec ses malades que faisait Charcot pour ses étudiants en médecine et un public assez mondain.
Ce soir-là, Louise, la patiente-vedette, est introuvable et cela perturbe la séance. Avec  l’aide de Gilles de la Tourette, Charcot doit alors improviser…
Le thème est intéressant: l’hystérie, les traitements violents, la manipulation psychologique des patients… Mais le texte -paraissant vite écrit- et la mise en scène ne sont pas tout à fait à la hauteur.
Pourquoi ces boucles musicales répétitives composées par Nathan Saudek avec quatre chanteurs et piano surlignant très souvent des dialogues assez bavards et manquant d’unité? Pourquoi faire crier aussi souvent les acteurs (qui, par ailleurs,ont tous une bonne diction et une bonne gestuelle), surtout Raphaël Ruiz (Jean-Martin Charcot) dans un quasi-monologue au début? Cela devient vite assez pénible. Distribution inégale. Sacha Augeard  (Anne Kamper) est tout à fait remarquable, comme Clément Jarrige (Men, un Patient). Daniela Hirsh (Marie-Blanche Wittman et Fabio Goutet (Gilles de la Tourette) font le boulot très correctement mais sont moins convaincants. Au moins, pour une fois, il n’y a pas ni micros H.F., ni fumigènes mais, malgré quelques bons moments, nous sommes restés sur notre faim… 

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 10 juin au Studio Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, Paris  (IX ème); les 15 et 17 juin. Paris ( XVII ème. T : 01 42 93 13 04.

Festival d’Avignon, du 5 au 25 juillet  à 21 h 35 à la Luna.

Vente de costumes de l’Opéra National de Paris

 Vente de costumes de l’Opéra National de Paris

La Dame de Pique, mise en scène de Lev Dodine (2016), costumes de Chloé Obolinski. Trompe-La-Mort, mise en scène de Guy Cassiers (2017), costumes de Tim Van Steenbergen.
Capulet et Montaigu, mise en scène de Robert Carsen (1995), costumes de Michael Levine.

Hippolyte et Aricie, mise en scène de Jean-Marie Villegier (1996), costumes de Patrice Cauchetier. Siddartha, chorégraphie d’Angelin Preljocaj (2010),  costumes d’Olivier Beriot. Walkaround Time,  chorégraphie de Merce Cunningham ( 2017),  costumes d’après Jasper Johns, etc.

© Jean Couturier

© Jean Couturier


Soit quelque cinq mille costumes de créations à l’Opéra de Paris, ont été mis en vente les  29, 30 et 31 mai,  avec un énorme succès. Pas besoin d’être un abonné à l’Opéra, il suffisait de s’inscrire par internet.
Pour tout passionné de spectacles, un véritable rêve éveillé… 
Les 2.500 heureux élus pour cette découverte, avaient une heure trente pour choisir et essayer un ou plusieurs costumes des créations lyriques et ballets.On pouvait aussi se perdre dans des costumes non achevés et de nombreux accessoires qui étaient aussi à vendre.

Une organisation parfaite… Christine Neumeister directrice des costumes et ses collaborateurs étaient tous là pour nous renseigner sur telle où telle production. Les prix? De deux à huit cent euros. On se souvient peut-être qu’en 99, une première grande vente -désastreuse- avait tourné à l’émeute. Sous de grandes tentes devant l’Opéra-Bastille, il y avait à l’ouverture, des centaines de gens se précipitant dans la confusion la plus totale. Des fripiers achetaient des portants entiers et les mettaient aussitôt dans leur camion.
A l’époque, les prix allaient d’environ trois, à trois cent-vingt euros. Certains arrachaient les costumes, des mains d’autres personnes. Ces fantômes mais bienveillants et réels auront une nouvelle vie et de nombreux passionnés étaient là. Mais, comme toujours, les plus belles pièces réalisées par les ateliers de l’Opéra National de Paris, sont gardées au musée du Costume à Moulins… Le titre de la nouvelle saison: Un monde se révèle à nos yeux est ici parfaitement illustré.

Jean Couturier.

Vente du 29 mai à l’Opéra-Bastille Paris (XI ème).

Le samedi 28 juin de 14 h à 18 h 30, l’Opéra National du Rhin organise au Grenier d’abondance, place du Petit Broglie à Strasbourg, une vente d’environ mille pièces: costumes de personnages bourgeois ou non, de soldats, animaux mais aussi chaussures, chaussons de danse classique, coupons de tissu, perruques, chapeaux, masques, accessoires…  L’intégralité des recettes sera versée à la médiation culturelle.

Le festival d’Avignon va fêter ses quatre-vingt ans… Souvenirs, souvenirs des critiques du Théâtre du Blog

Le festival d’Avignon va fêter ses quatre-vingt ans… Souvenirs, souvenirs des critiques du Théâtre du Blog

Trente-neuf ans, cela commence à compter! Je n’ai pas connu Jean Vilar et le T.N.P.  à Chaillot mais ma grand-mère et ma mère en évoquaient les spectacles. Après avoir été reçu interne des hôpitaux de Paris, je découvre enfin ce festival en 87. Quelques années après, je suis le cursus Etudes théâtrales dirigé par Robert Abirached (1930-2021)  à l’Université de Nanterre. Puis, j’écris un master sur le travail de Philippe Genty, ensuite un D.E.A. sur le Théâtre de l’Unité dirigé par Hervée de Lafond et Jacques Livchine. 

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©x Robert Abirached

Mes souvenirs marquants sont surtout liés à une union parfaite entre un lieu et un spectacle. Ainsi, en 87 la Cour d’honneur et Le Soulier de Satin de Paul Claudel, mise en scène d’Antoine Vitez… Une nuit inoubliable sur laquelle tout a été écrit. Mais je me rappelle les pages centrales de Paris-Match avec les photos et le titre: Les Forçats de la Culture! Je commence alors à faire une revue de presse de mes découvertes théâtrales, ce qui me sera ensuite bien utile. Le Cabaret équestre de Zingaro, déjà venu à Avignon, est pour la première fois dans le In. D’abord spectateur, puis spectateur et médecin de garde, je devins enfin et aussi critique de théâtre et danse. J’avais commencé à écrire dans les revues Cassandre, Théâtre Public, Rue de L’Université. Et en 2008, commencera l’aventure du Théâtre du Blog et je rejoins alors Philippe du Vignal qui vient de le créer avec Edith Rappoport.

1988: moment exceptionnel, Patrice Chéreau met en scène Hamlet dans la Cour d’honneur. Maurice Bénichou, lui, présente Les trois Sœurs d’Anton Tchekhov, devant une maison sur l’île de la Barthelasse.

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©x Hamlet


1989: médecin de service pour Le Cabaret équestre, mise en scène de Bartabas, avec ses acteurs, cavaliers et chevaux, musiciens,  ânes, mules, bœufs, oies et dindons, à la carrière de Boulbon… un endroit magique mais plein de dangers.
En 90, à la fois, spectacle iconoclaste et choc visuel: La véritable histoire de France que le Royal de Luxe crée devant le Palais des papes.

1991: je me souviens de la frêle silhouette de Maria Casarès (1922-1996).  Secouée par le mistral dans la Cour d’honneur où elle jouait Les Comédies Barbares de Ramón María del Valle-Inclán, mise en scène de Jorge Lavelli.  William Forsythe, lui, refuse l’esthétique des hauts murs pour Enemy in the figure et ses artistes danseront à l’intérieur d’une vaste boîte.

©x Alain Crombecque

©x Alain Crombecque

1992: dernière année pour Alain Crombecque (1939-2009) à la direction du festival.
LAvion du Théâtre de l’Unité, place du Palais des Papes, surprend les spectateurs qui deviennent les passagers d’un vol funeste, sous la direction d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine.
1993: Philippe Caubère, déjà venu dans le off, se lance dans un marathon théâtral :Roman d’un acteur au cloître des Carmes. Mais Champs d’expérience, un premier spectacle -déambulatoire dans un H.L.M.- de la compagnie Îlotopie me marquera à vie. L’année suivante, je ne peux voir Pièces de Guerre d’Edward Bond, mise en scène par Alain Françon. En 95,  je rate aussi La Servante d’Olivier Py. Mais je vois la brillante Odyssée du Footsbarn Travelling Theatre à Montfavet. Quel plaisir…

©x L'Odyssée

©x L’Odyssée


1996: Le Cid, adapté par Emilie Valentin pour ses fragiles marionnettes en glace, un  souvenir marquant, comme la belle affiche du festival dessinée par Ernest Pignon-Ernest…
1997: Année douloureuse! Notre ami Philippe Genty crée Dédale à la Cour d’honneur. René Solis dans Libération écrit: « Il n’est ni chorégraphe, ni metteur en scène! »
1998: le public peine à se mobiliser après la Coupe du monde de foot mais il y a Giolo Cesare de Romeo Castellucci au gymnase du lycée Aubanel.
1999: Le Royal de Luxe, à nouveau devant le Palais des papes, avec une création, Petits nègres. Un souvenir mitigé. Mais les roses qui s’envolent dans la Cour d’honneur sous le mistral, dans Le Laveur de vitres de Pina Bausch avec ses interprètes du Tanztheater de Wuppertal… Une merveille

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©x Le Laveur de vitres


2001: médecin de service, à la Cour d’honneur, je dois gérer de nombreux malaises à Je suis sang de Jan Fabre, un spectacle intense qui fait polémique. Un an après -encore un grand souvenir- Éric Lacascade met en scène Platonov d’Anton Tchekhov.
L’année suivante, festival annulé pour cause des grèves dans le spectacle en France.
2004: Nora (Maison de poupée) d’Henrik Ibsen est créée par Thomas Ostermeier. Sinon aucun grand souvenir. En 2005 L’Histoire des larmes de Jan Fabre à la Cour d’honneur dérange à nouveau le public.  2006, Paso doble de Miquel Barceló et Joseph Nadj, d’une esthétique inédite. L’année suivante
Angels in America I & II de Krzysztof Warlikowski,  à la cour du lycée Saint-Joseph, est imprimé à vie dans nos mémoires.

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©x Angels in America


2008: Hamlet, mise en scène de Thomas Ostermeier, un souvenir aussi inoubliable. Ses  interprètes, juste avant d’entrer en scène, ont voulu remplacer les ouvreurs dans la Cour d’honneur…
2009: La trilogie Littoral, Incendies, Forêts de Wajdi Mouawad nous emporte dans une longue épopée. L’année suivante, la danse est très présente avec, en tête, Out of context for Pina et Gardenia d’Alain Platel: de l’émotion à l’état pur. Et arrive la Madrilène Angélica Liddell, – un véritable choc et qui le reste dix-sept ans après…

2011:au cloître des Carmes, Au moins j’aurai laissé un beau cadavre, une adaptation d’Hamlet de William Shakespeare, mise en scène par Vincent Macaigne,  »pleine de bruit et de fureur » et très controversée…
2012: pas de souvenirs! Et l’année suivante, adapté et mis en scène par Julien Gosselin Les Particules élémentaires de Michel Houellebecq fait sensation. 

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©x Le Mahabarata


2014: Olivier Py succède à Hortense Archambaut et Vincent Baudrier à la direction du festival. Intempéries et grèves n’effraient pas Satoshi Miyagi qui présente un magnifique Mahabharata-Nalacharitam à Boulbon. 2015: Richard III de William Shakespeare, mise en scène de Thomas Ostermeier, électrise le public comme Barbarians d’Hofesh Schechter à la FabricA.
2016: grand retour de la Comédie-Française! Impossible d’oublier l’adaptation et la mise en scène d’Ivo Van Hove des Damnés de Luchino Visconti, Nicola Badalucco et Enrico Medioli. Les rafales de kalachnikov résonnent encore dans la Cour d’honneur.
2017: Caroline Guiela Nguyen crée Saïgon au gymnase du lycée Aubanel. Et un an aprèsStory Water d’Emanuel Gat laisse un souvenir marquant… mais négatif.

2019: Akram Khan nous avoue qu’il a mis neuf ans avant d’accepter de créer une œuvre à la Cour d’honneur. Son Outwitting the Devil est sans doute le plus beau spectacle de danse du XXI ème siècle!

©x Outwitting the de devil

©x Outwitting the de devil

2020: seul souvenir, je suis atteint du covid 19 qui bouleversera nos vies: une « visite inopportune » pour reprendre le titre de la pièce de Copi mais qui ne finit pas mal pour moi.  
2021: La Cerisaie d’Anton Tchekhov à la Cour d’honneur. La mise en scène de Tiago Rodrigues et le jeu très décalé d’Isabelle Huppert ne fonctionnent vraiment pas!
2022: Le Nid de Cendres à la FabricA, un défi en treize heures du jeune Simon Falguières qui, avec ses comédiens, nous entraîne dans une remarquable épopée.
2023: nomination du nouveau directeur: Tiago Rodrigues, auteur et metteur en scène. Le Jardin des délices de Philippe Quesne enchante une partie du public à Boulbon.
2024: Angélica Liddell crée à la Cour d’honneur DÄMON /El funeral de Bergman. L’autrice-metteuse en scène et actrice, un long moment seule en scène, injurie en espagnol trois de nos confrères et cite des extraits de leurs articles qui lui avaient déplu! Le public s’aperçoit alors que les critiques existent et jouent un rôle! Il l’avait sans doute un peu oublié… depuis que fleurissent les commentaires sur les réseaux sociaux. Cette même année, à la cour du lycée Saint-Joseph Qui som? de la compagnie Baro d’evel, est étonnant de  joie, folie et liberté…
2025: à la FabricA, Le Sommet de Christophe Marthaler nous fait sourire, chose rare dans ce festival, et au gymnase Aubanel, nous découvrons Mami de 
Mario Banushi, un jeune metteur en scène albano-grec.
Vous pouvez retrouver les compte-rendus de la plupart des spectacles créés à Avignon et ensuite repris en France depuis dix-sept ans- dans Le Théâtre du Blog. Arrive bientôt l’édition 2026 du festival! Chaque jour, Christine Friedel, Elisabeth Naud, Philippe du Vignal et moi-même, nous vous dirons nos admirations, coups de cœur… et parfois déceptions.
L’an prochain, j’espère fêter mon quarantième festival d’Avignon…

Jean Couturier

Seppuku d’Angelica Liddell

Le Printemps des comédiens  à Montpellier

Seppuku, El funeral de Mishima O el Placel de morir, texte et mise en scène d’Angélica Liddell (spectacle en espagnol et en japonais, surtitré en français, à partir de dix-huit ans)

Après Vudú (3318) Blixen  et Damon (voir Le Théâtre du Blog), ce troisième opus de Funérailles adapté du Manteau de plumes, un nô japonais du XIV ème siècle est aussi un hommage à Yuko Mishima que l’autrice et metteuse en scène a lu depuis l’adolescence et qui aurait eu cent ans cette année. Il s’est suicidé en 1970 d’un coup d’épée dans le ventre: un seppuku, rituel bien connu chez les samouraïs.
« Il m’a enseigné, dit Angélica Liddell, une trinité indissoluble: l’érotisme, la beauté et la mort. » (…) Ces funérailles sont un éloge du suicide car la mort naît d’un désir démesuré de vivre, d’un sensibilité extraordinaire hors de tout jugement et de toute pénalisation. » (…) Le suicide est toujours un acte avant-gardiste comportant une dimension esthétique brutale. »  Mishima nous légué à jamais un dilemme insoluble: la lutte acharnée entre la vie et l’art, entre le corps et l’esprit, entre le rêve et la chair. La mort était son obsession. »
Nous voilà, prévenus! Angélica Liddell a imaginé la scénographie de ce Seppuku: un tapis rouge avec dessus une scène carrée au sol blanc, reliée côté cour par une étroite passerelle -pas très réussie!-qu’empruntent  les acteurs pour entrer avant d’apparaître face public . La même que celle du nô japonais et Et il y a aussi trois pins dans des pots sur le côté mais ici presque morts,  (une référence ironique?)

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Sur le grand plateau de la salle Jean-Claude Carrière, au fond, un châssis rectangulaire doré et un grand écran où seront projetées quelques images et un sur-titrage permanent.
Côté cour, deux petites statues, une théière blanche, quelques accessoires et coupelles où Angélica Liddell fera brûler des  morceaux d’encens.
D’abord, une voix off avertit: «En 2010, j’ai entrepris de préparer mon suicide, dit-elle calmement.
J’ai choisi un endroit approprié chez moi, un endroit capable de supporter le poids de mon corps, les coups de pied dans les airs et les convulsions avant la mort. »

Et elle précise bien: « J’ai pris des photos du simulacre pour savoir ce que les gens verraient, quand ils me trouveraient morte.» Suivent deux images, l’une en rouge, puis une autre en vert: le visage masqué, une femme est nue debout sur un tabouret, un foulard noué autour du cou dans une salle de bains: «Quand Yuko Mishima a sorti son film Yūkoku, rites d’amour et de mort, la représentation filmée de son propre suicide rituel, j’étais dans le ventre de ma mère. Je suis hantée par l’idée que j’étais dans le ventre de ma mère, pendant qu’il songeait à son éventration. »
Et, à la base de ce rituel qui tient d’un exorcisme très étudié, une image obsessionnelle: en 2024, à Madrid où Angélica Liddell habite et travaille, elle a vu une femme se jeter d’une terrasse de la Grand Vía. Elle est encore traumatisée par cette image et surtout, par « le bruit de son corps quand il a heurté le sol. » Un bruit qui la «poursuit depuis comme un acouphène assourdissant».
Nous avons vécu cette même expérience dans la cour de mon immeuble à quelques mètres de ma fenêtre au rez-de-chaussée. Mais entendu de loin ce même bruit sans en savoir la cause ni voir tomber le corps de cet homme qui s’était jeté du sixième étage.
Comme souvent, elle enlève sa grande robe blanche et reste absolument nue devant des centaines de spectateurs, bientôt rejointe par une jeune actrice et un jeune acteur japonais eux aussi nus, la plupart du temps qui iront faire l’amour dans l’ombre sur le tapis rouge. Enfin, on a le droit d’y croire… 

© Ximena Y Sergio

© Ximena Y Sergio

Puis ils apporteront avec lenteur et le plus grand soin comme dans le nô et certaines cérémonies catholiques, une chemise, une robe, un manteau… ceux de Thomas (1995-2019), Maria Luisa 1959-2018) Trevor ( 1952-2025),etc.  récemment décédés ou il y a quelque temps.
Angélica Liddell enfilera ces vêtements que les familles ont offerts et lira sur un papier glissé dans une poche, leur nom, prénom et la raison précise, subite ou non, de leur mort: suicides, un infarctus, une hémorragie après un couteau planté dans le cœur d’un lycéen après une bagarre, deux cancers…. Le reflet d’une société?
Ici, pas vraiment de transgression et ce rituel, comme elle sait en imaginer, est à la fois simple et émouvant et il y a une émotion palpable dans le public.
Arriveront une infirmière et une infirmier avec une table roulante  et le nécessaire pour une prise de sang qu’ils feront sur un bras de l’acteur japonais et sur le bras d’Angélica Liddell qui versera les prélèvements dans un bol, puis sur un carré de tissu blanc… formant ainsi une tache rouge symbolisant la mort violente de Mishima mais aussi l’idée de sacrifice. Et ensuite présentée au public, comme une œuvre d’art, ce qu’elle pourrait finalement être.
Le sang, souvent représenté dans les arts plastiques jusqu’au XX ème siècle ou imité au théâtre, entre autres, dans la sublime mise en scène d’Electre de Sophocle par Antoine Vitez, où on voyait à la fin, sur un air d’accordéon, le sang d’Egisthe tué par Oreste qui coulait sous une porte. Dans Titus Andronicus, William Shakespeare  accumule quatorze meurtres, mutilations, cannibalisme… Et Les artistes en ont versé des hectolitres dans la peinture classique. « Mais aucun tableau, écrivait André Malraux, ne tient en face de taches de sang. »
Angélica Liddell est en fait ici plus proche d’artistes du XX ème siècle entre autres, Michel Journiac (1930-1995) ex-séminariste, donc de la « boutique ». Dans sa Messe pour un corps (1969) à la galerie Daniel Templon, il célébrait Catherine Millet à ses côtés en enfant de chœur, la communion avec une hostie-boudin fabriquée, nous avait-il dit, -en partie- avec son propre sang… Comme Schüttebild, une toile peinte par Hermann Nistch (1998). Peinture/sang ou sang/peinture…Une vieille histoire…Il y eut aussi Gina Pane en 73, avec Une semaine de mon sang menstruel. Andy Warhol demandait à ses assistants d’uriner et éjaculer sur des toiles déjà prêtes.
Et Rubens comme Le Titien dont on verra à la toute fin, une image très grand format de son célèbre nu La Vénus d’Urbin (1538), auraient ajouté du sang à leurs pots de peinture rouge. Puis, entre sur le plateau, un « bodybuylder » en slip rouge, à l’impressionnante musculature rappelant- curieusement-celle du personnage central du Laocoon des sculpteurs grecs Agésandros, Athanadoros et Polydore. Un hymne à un corps parfaitement viril?  Ou plutôt un antidote au culte de cette  beauté qu’elle exècre, comme elle ne cesse de le répéter mais qui la fascine? Peut-être les deux?

Ce rituel est mis en scène avec un soin extrême. Puis, elle dit aussi quelques beaux extraits de Patriotisme et du Marin rejeté par la mer de Yuko Mishima. Et elle se lancera à deux reprises avec la force et la violence  (on n’ose pas dire la virulence!) dans un plaidoyer pour ce refus systématique de la beauté. Selon elle, un refuge contre notre médiocrité personnelle. Et Angélica Liddell qui aura soixante ans en octobre prochain, répétera régulièrement: «Je demande la fin de la vie. » comme un exorcisme personnel qu’elle a envie de partager.
Absolument nue, à part son harnais à micro H.F. dans le dos, elle fait ensuite l’amour à un gros foie de porc, à même le sol.Une façon peut-être de nous rappeler que cet animal est anatomiquement le plus proche de nous? Utilisé depuis longtemps en chirurgie: remplacement de veines et valves d’aortes abimées, production d’héparine, un anticoagulant. Puis, elle éparpillera, comme souvent, des brassées de roses rouges en plastique : dommage, cela fait du bruit qui gâche cette minute…

Comment ne pas être partagé? D’un côté, des images très fortes, un texte bien écrit et qu’elle dit avec une force incontestable. Et, rien à dire, cette réalisation, accompagnée de musiques: classique, un extrait de la Sonate pour piano no 14 de Beethoven, ou contemporaines: japonaise et pop espagnole, est dirigée avec une extrême précision, sous les superbes lumières de Maxi Gibert. Même si nous risquons d’être insulté comme nos confrères par Angélica Liddell, la dramaturgie de ce spectacle avec une succession de courtes scènes, manque vite de lisibilité. Pourquoi a-t-elle cassé son magnifique solo en plusieurs moments? Pourquoi ses personnages sont-ils parfois mal définis, comme ce monsieur Muscle ou ces cinq jeunes gens qui arrivent à la fin? Le spectacle commence bien, ensuite cahote avec  longueurs et deux fausses fins!

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Au bout du bout, seront projetés sur fond musical, l’image de cette Vénus d’Urbin (1538) que le Titien a peinte à l’âge actuel d’Angélica Liddell. Hasard ou intention? Et comme dans un générique de film, apparaîtront les titres des œuvres de Yuko Mishima. Mais on se demande bien ce qu’ils viennent faire là…
Nous avons souvent l’impression que cette autrice et metteuse en scène qui gère remarquablement l’espace, maîtrise mal le temps. Et ces deux heures ont semblé longuettes au public… qui a frileusement salué. A la sortie, il ne cachait pas un certaine déception.
Sans doute y-a-t-il des moments d’une qualité artistique exceptionnelle et Le Printemps des comédiens a bien fait d’accueillir ce spectacle. Mais ce format -trop long- semble mal adapté à cette apologie du suicide et tout se passe, comme si la chaîne texte/image, avait cette fois échappé à Angélica Liddell. « Notre relation à l’image, et aux images, écrit Marie-José Mondzain, est indiscutablement liée, dans la pensée occidentale, à ce qui fonde notre liberté. (…) Une liberté que cette artiste a toujours revendiquée mais cette réflexion sur l’érotisme, la beauté et la mort, nous a paru moins bien construite.
Sappuku peut-il évoluer? Sans doute et la pièce qui ne peut laisser indifférent, gagnerait quand même beaucoup à être resserrée… Faudrait-il que sa créatrice veuille bien en revoir la dramaturgie. Ceux qui connaissent ses spectacles, auront peut-être une impression de déjà vu et d’essoufflement: ils retrouveront  ses thèmes et images favoris, notamment son corps, celui de ses interprètes. Ceux qui y assistent pour la première fois peuvent être surpris, voire choqués. Mais ce  Suppuku ne peut laisser indifférent.

Philippe du Vignal


Spectacle joué les 6 et 7 juin au Printemps des comédiens, Domaine d’Ô, Montpellier (Hérault).

Wiener Festwochen, Vienne (Autriche), du 11 au 13 juin.

Festival GREC, Barcelone (Espagne) du 24 au 26 juillet.

Odéon-Théâtre de l’Europe, Paris (VIème)  du 19 janvier au 5 février.

 

L’Amant d’Harold Pinter, traduction d’Eic Kahane, mise en scène de Thierry Harcourt

L’Amant d’Harold Pinter, mise en scène de Thierry Harcourt

Le dramaturge  britannique (1935-2008) avait écrit cette pièce en 62 pour la télévision. Puis elle a été créée à l’Art Theatres à Londres l’année suivante. Nous nous souvenons -mais mal- l’avoir vue au théâtre Hébertot à Paris en 65 dans une brillante mise en scène de Claude Régy.
Comme chaque matin, Richard part travailler dans une entreprise de la City et laisse Sarah, sa femme dans leur maison en banlieue. Un couple heureux et sans histoires, marié depuis dix ans. Pourtant, avant de partir, il lui demande assez curieusement: «Ton amant vient cet après-midi? Et elle répond à l’aise: « Oui. Comme d’habitude. » Et elle lui demande aussi à quelle heure, il rentrera… Sous-entendu: pas la peine que tu me  trouves faisant l’amour avec mon amant.
Le matin, on sonne à la porte: c’est le livreur de lait qui se rapproche d’elle, sans qu’elle ne dise rien. Et dans l’après-midi, arrivera l’amant de Sarah. En fait, son mari joue l’amant et elle, une jeune pute en courte robe noire. Un jeu dangereux où le couple semble pourtant trouver son compte: cela le change de la vie bourgeoise où il est enfermé.
Le whisky aidant… il y a comme un savoureux parfum d’interdit à ces rencontres. Mais Richard voudrait mettre fin à cette prétendue liaison cachée. Sarah, elle, se verrait bien continuer à vivre ces après-midi insolites.

 

© Emilie Brouchon

© Emilie Brouchon

La Collection et L’Amant, des pièces aux  dialogues ciselés avec un cocktail de non-dit, de vrai/faux, de franchise/mensonge, érotisme/perversité mais aussi parfois de véritable tendresse, ont été un tsunami et feront vite d’Harold Pinter, un auteur célèbre en Europe. Mais cette pièce est difficile à mettre en scène.  Créée au Théâtre du Chêne noir à Avignon en juillet dernier, elle est ici reprise avec Pierre Rochefort qui joue ici le rôle tenu à la création par son père, Jean. Sarah Biasini, celui de Delphine Seyrig et Hugo Jasienski, celui de Bernard Fresson.
Mais le résultat n’est pas à la hauteur. D’abord, il y a un mauvais rapport entre ce plateau trop haut et la salle trop large et plate. Et on ne comprend pas comment on a pu concevoir une scénographie comme celle-ci, avec un gros pouf rond et une table ronde nappée d’un tissu façon années soixante d’une rare laideur, reprenant les sinusoïdes colorées du mur percé d’une fenêtre ronde: cela fait quand même beaucoup de ronds!
Et ces meubles encombrants gênent la circulation des acteurs. Sarah Biasini a une belle présence mais Pierre Rochefort n’est vraiment pas à l’aise dans ce rôle difficile qui ne lui convient pas. Et il y a des intermèdes musicaux qui, même courts, freinent le rythme. L’ensemble ne fonctionne pas bien, malgré quelques bons moments au début et l’ennui guette.
Nous avons connu Thierry Harcourt mieux inspiré, entre autres, avec ces remarquables Liaisons dangereuses d’après Choderlos de Laclos (voir Le Théâtre du Blog). Dommage, Harold Pinter mérite autre chose que cette direction d’acteurs approximative et quand on relit L’Amant, soixante-trois ans après sa création, le texte garde toute sa force. Ce n’est pas si fréquent dans le théâtre contemporain… 

Philippe du Vignal

 Jusqu’au 4 juillet, Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, Paris (IX ème). T. :  01 86 47 72 49.

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