Nous ou le Paradoxe du hérisson, mise en scène et direction artistique de Muriel Imbach
Festival d’Avignon
Nous ou le Paradoxe du hérisson, mise en scène et direction artistique de Muriel Imbach ( tout public à partir de sept ans)
Trois hommes et deux femmes avancent reliées par une corde. Tous habillés de grandes robes loufoques multicolores. Parents? Amis? Enfin sans doute assez proches et réunis dans une communauté instable à l’image de celles que crée un voyage. Des personnages proches de ceux de Samuel Beckett. Arrive une troisième femme qui va rebattre les cartes. Et va naître une réflexion joyeuse et autour de la famille: Avec sa compagnie La Bocca della Luna, Muriel Imbach a créé des spectacles à la fois théâtraux et philosophiques pour tout public.
« J’ai grandi avec un père philosophe qui m’a transmis très tôt le goût du questionnement et du doute. En 2014, je suis tombée par hasard sur un article consacré à la philosophie pour enfants. Il mentionnait notamment l’université de Laval (Canada) l’une des seules facultés au monde à proposer une formation spécifique dans ce domaine. Le principe est simple et profondément puissant : dès lors qu’un enfant est capable de formuler des phrases, il peut développer une pensée complexe. (…) Dans Les Tactiques du Tic Tac, nous explorons le temps. Dans Bleu pour les oranges, rose pour les éléphants, il est question de genre. Dans Le Nom des choses, nous traitons du langage. Et dans Nous ou le paradoxe du hérisson :qu’est-ce qui fait famille ? Qu’est-ce qu’être en famille ? Qu’est-ce qui m’arrive quand tout autre arrive ? Quand nous disons « nous », que mettons-nous derrière ce « nous » ? Qu’est-ce qui nous réunit ?
Rien ne se passe vraiment ici que des choses banales ou dues au hasard. Mais bien sûr avec un art théâtro-philosophique d’une extrême acuité. Quel objet appartient à qui, si on choisit de vivre en communauté. Y-a-t-il une limite entre sphère privée et famille entendu au sens large du mot. Comment peut-on arriver à partager entre six une seule orange posée en équilibre instable sur un tabouret pliant. Etre lié aux autres suppose-t-il d’accepter une possible modification de nos choix de vie? Que signifie: naître dans une famille unie grâce par les » liens du sang » ou pas, quand on a été adopté, ou que la mère naturelle est morte. Que veut dire être parent quand on vit dans une famille dite « normale » ou monoparentale, homoparentale, recomposée, ou dans un lieu avec des gens que seul le hasard et la nécessité ont réunis. Avoir des liens biologiques ne veut pas nécessairement dire qu’ils sont plus profonds et solides…. même si on fait semblant de le croire! C’est tout cela que dit le spectacle avec beaucoup de tendresse et de couleurs burlesques sous une tente faite de cordages aux petites lumières signée Antoine Friderici. Pour dire l’abri, la maison-mère (scénographie de Neda Loncarevic et costumes d’Isa Boucharlat très réussis)
Parmi les sources de l’autrice et metteuse en scène: Accueillir. Venu(e)s d’un ventre ou d’un pays de Marie-José Mondzain : « Naître biologiquement ne suffit pas. Encore faut-il être adopté. À cet égard, tout nourrisson est un enfant adopté. C’est une autre façon de penser nos liens et d’orienter notre regard. » Lors de nos discussions avec les enfants, nous nous sommes rendu compte qu’ils avaient une vision très fermée de l’adoption. Pour elles et eux, être adopté, c’est avoir été abandonné par ses parents. L’essai de Marie-José Mondzain nous invite à imaginer nos relations, non pas comme des évidences naturelles, mais comme des actes d’accueil. »
Coline Bardin, Pierre-Isaïe Duc, Linna Ibrahim, Cédric Leproust, Fred Ozier et Selvi Pürro racontent sans insister et avec un solide métier,: gestuelle et diction impeccable cette courte fable qui ne peut laisser indifférent, même si la première partie a du mal à décoller… Oui, vous pouvez y emmener votre vieille tata mais aussi et surtout vos enfants Un spectacle qui aurait bien plus à Zouc ( soixante-seize ans) autrefois formidable actrice et conteuse, elle, aussi, de. nationalité helvétique.
Philippe du Vignal
Jusqu’au 11 juillet, Théâtre Benoît XII, Avignon

