Festival d’Avignon: Le Conte d’hiver, dramaturgie de Clément Camar-Mercier, mis en scène de Sandrine Anglade

Festival d’Avignon:

Le Conte d’hiver, dramaturgie de Clément Camar-Mercier, mise en scène de Sandrine Anglade

Une pièce d’un Shakespeare déjà âgé, où se mêlent  comique et tragique et qui est assez peu jouée.  Aussi poétique que truffée d’invraisemblances, elle a lieu  en deux temps , à seize années d’intervalle. Cela commence d’abord à un drame en Sicile et finit avec  à un  dénouement heureux dans une Bohème champêtre. Avec des thèmes souvent traités par le grand dramaturge comme le mal, la souffrance, l’exil, la guerre, la paix, la  la réconciliation….
Léonte, roi de Sicile, un peu comme Othello est envahi par une extrême et subite jalousie et accuse Hermione, son épouse d’être enceinte de son meilleur ami, Polixène, roi de Bohème… Polixène échappe de justesse à sa vengeance mais Léonte jette Hermione en prison, et elle y mourra. Perdita, sa fille qu’elle y met au monde est exilée. Son frère, le jeune Marmilius en meurt de tristesse.
Léonte ne tarde pas à se repentir et à pleurer. Quinze années ont passé et Apollon furieux, lui fait savoir par son oracle, consulté à Delphes, que «le roi vivra sans héritier, si ce qui est perdu n’est pas retrouvé. Et alors apparaît le personnage du Temps  : «Chers spectateurs,, imaginez que je m’en suis allé dans le belle Bohème, où vous n’oubliez pas que je vous ai parlé du fils de l’autre roi, Florizel.»

© Nadège Le Lezec

© Nadège Le Lezec

Il dit aussi au public que Perdita a été recueillie par un brave berger et est devenue  une belle jeune femme. Nous sommes  au palais de Polixène, roi de Bohème  puis  à la fête de la tonte des moutons, dans le village du berger qui a recueilli et élevé Perdita. Bien entendu, elle tombera amoureuse de Florizel  le fis du Roi et réciproquement. Puis nous sommes de nouveau  en Sicile pour un heureux dénouement.  » Tu as rencontré ce qui meurt, et moi, ce qui vient de naître. », avait dit le Berger à son fils, quand il avait trouvé Perdita abandonnée sur le rivage désert  de Bohème.

A la fin, Léonte se réconciliera avec lui-même, et tous les autres, entre eux. Pour traduire scéniquement ce conte, la metteuse en scène  a fait le choix de la rigueur, ce qui donne à ce travail une honnêteté indiscutable  et, en même temps, une certaine sécheresse, entre autres dans le décor, malgré de beaux moments. Et on aimerait qu’il y ait parfois plus d’émotion, même si la fête de la dernière partie est assez réussie avec, très émouvante, la musique d’une petite harpe. Et tous les acteurs (mention spéciale à  Sarah Jane Sauvegrain/Hermione) sont solides et font bien sonner les mots de William Shakespeare. Même si nous préférons et de loin, ses merveilleuses Peines d’amour perdues, ce Conte d’hiver est une pièce intéressante et le public, très attentif, la découvre avec plaisir, même traduite en français… 

Philippe du Vignal

Jusqu’au 25 juillet, Théâtre du Chêne noir,  rue Sainte Catherine Avignon ( Vaucluse).


Archive pour 10 juillet, 2026

Déclaration du Maire de Nanterre ( Hauts-de-Seine) ce 9 juillet.

Déclaration du Maire de Nanterre ( Hauts-de-Seine) ce 9 juillet

 

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Nous avons reçu cette lettre  de Raphaël Adam. « Le théâtre Nanterre-Amandiers doit avoir les moyens de vivre. Le Ministère de la Culture a annoncé amputer de 799. 755 € le budget du Centre Dramatique National, quelques mois seulement après sa réouverture et, alors que la saison 2026/2027 est entièrement programmée. Au total, vingt-huit établissements culturels à travers le pays sont concernés par ces coupes sombres. Une attaque sans précédent, par son ampleur et sa brutalité, à l’encontre du plus grand théâtre de banlieue en Europe qui nous inquiète profondément. Après une première coupe de 3,5% au mois de mai, le surgel annoncé est de 13%: soit une baisse totale du soutien de l’Etat de 799. 775 € en 2026.

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Christophe Rauck, directeur du Centre Dramatique National Nanterre-Amandiers, a annoncé que cette saignée l’obligerait sans délai à mettre au chômage partiel une grande partie de l’équipe salariée, voire à fermer purement et simplement ses portes la saison suivante. Une catastrophe artistique, sociale et humaine s’annonce pour une équipe pleinement engagée dans la Ville de Nanterre. Ce désengagement sans précédent de l’Etat touche aussi vingt-huit autres établissements culturels, tous ébranlés par cette annonce du Ministère. Si cette décision se confirme, nous assisterions à un renoncement pur et simple de la politique de décentralisation dramatique initiée par André Malraux.

Malgré une pression budgétaire qui ne fait qu’accroître sur les finances de la Ville, le soutien de la municipalité aux Centre Dramatique National Nanterre-Amandiers ne s’est, lui, jamais démenti. Mais il est bien évident que nous ne serions pas en capacité de compenser ces nouveaux désengagements successifs de l’Etat. Avec le Théâtre Nanterre-Amandiers, la Maison de la Musique de Nanterre, le Conservatoire et les compagnies culturelles de la ville, nous affirmons que l’art et la culture sont des facteurs essentiels d’émancipation et épanouissement. A rebours de cette cure austéritaire qui frappe les Amandiers, la municipalité vient de mettre en place le Pass’ Solidaire afin de soutenir les familles qui veulent inscrire leur enfant à une activité culturelle et sportive. Ce sont des choix diamétralement opposés.
Alors que le festival d’Avignon s’ouvre sur un fond de colère, ces annonces dramatiques provoquent une onde de choc à Nanterre. J’en appelle solennellement au Président de la République et à son Premier Ministre : renoncez à ces mesures iniques et jamais-vues dans notre pays !

Déclaration du Maire de Nanterre ( Hauts-de-Seine) ce 9 juillet. dans actualites

 Raphaël Adam, maire de Nanterre.

Oui, il y a bien une orientation politique clairement affichée et Emmanuel Macron  ni non premier ministre  ne répondront sûrement pas au maire de Nanterre! Ce Centre Dramatique National dispose d’un budget important mais normal pour une institution de ce type. Une grande partie du bâtiment vient d’être refaite après des années de travaux mais restera inutilisable, faute de  personnel. Vous avez dit gribouille? Pourtant gouverner c’est prévoir! Bien entendu, Catherine Pégard, ministre de la Culture venue il y a quelques jours en Avignon  ne s’est pas exprimée là-dessus! Reste à savoir comment les metteurs en scène invités cette année au festival réagiront et ce que dira Tiago Rodrigues,  son directeur. Pourtant: « L’attention, écrivait Simone Weil en 49, est la fore la plus rare de la générosité. »
Il y a en tout cas urgence: on sait par expérience que les mauvais coups au Ministère de la Culture se préparent toujours vers la fin du festival d’Avignon. Mais là, cette fois-ci, cela a été plus rapide, comme si le Macron voulait avoir un pion d’avance. Et nous ne sommes qu’au début d’une nouvelle ère où les budgets seront contraints, même si les candidats à l’élection présidentielle viennent tous à Avignon se faire adouber…
En tout cas, ce serait le bon moment que le monde de la Culture et en particulier, celui du théâtre français, fasse preuve de solidarité mais là, aucune illusion… Mais il faudrait aussi qu’il engage une profonde réflexion sur la gestion de ces grosses machines budgétivores dotées d’une administration parfois tentaculaire…  Au fait, combien gagne un directeur de Centre Dramatique  National  important? Souvent 8.000 €! Et un attaché de direction: environ 3.500 €. Combien coûte une réalisation comme Maldoror, nécessitant une armée de techniciens spécialisés? Quelque 900.000 €?  Soyons lucides, on ne peut plus faire de théâtre comme au temps de Jean Vilar mais les dispositifs électroniques super-sophistiqués exigeant achat ou location,  et maintenance à un haut niveau, cela se paye cher! Et il  y a déjà une glissade inquiétante vers toujours plus de technologie, quelle que soit la nature  du spectacle. Mais déjà les ex-élèves ou encore élèves des grandes écoles de théâtre contestent ce mode de fonctionnement ultra-coûteux. Ecoutons-les: ce sont eux qui feront le spectacle de demain.
Une chose est au moins sûre: d’ici à 2027, aucun des Centres Dramatiques Nationaux ni aucune des Scènes nationales  n’échapperont  à une remise en question radicale de leur fonctionnement. Et le théâtre va devoir se réinventer ou laisser la place aux formes sonores et vidéo de spectacle. Il est bon de relire Jean Vilar qui avait déjà tiré la sonnette d’alarme il y a quelque soixante ans: « Cette société est triste et sans esprit, parce qu’on ne lui donne qu’à penser « fric ».

Philippe du Vignal

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