La prochaine fois que tu mordras la poussière, adaptation du roman éponyme de Panayotis Pascot et mise en scène de Paul Pascot

Festival d’Avignon

La prochaine fois que tu mordras la poussière, adaptation du roman éponyme de Panayotis Pascot et mise en scène de Paul Pascot

 Le fils dans une salle d’attente d’hôpital, à se ronger les pouces, à vider des canettes et le père aux urgences, on ne sait pas trop -ou on ne sait que trop- comment ça va finir… L’un est sur scène, l’autre lui répond des gradins, parfois  coup pour coup, et parfois, ils s’expliquent, ils savent ce qui les relie et leur permettra peut-être de se rejoindre. Pas facile. Le père ne cherche plus rien, sinon quelques souvenirs,  la force et l’écho de son autorité perdue. Le fils, lui, recherche tout ce qui a fait de lui le presque adulte que nous voyons ici. Il fouille dans les souvenirs vrais et faux,  et il essaie d’y voir plus clair.

 

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Ce qui fait plaisir: dans cette pièce, le banal est traité comme tel mais sérieusement, dans la chair à vif des sentiments. Il s’agit de la vie de tout un chacun, mais dramatisée -le théâtre est là pour ça, pour cette concentration «en vrai» du réel. Grandir devient l’objet du récit : le garçon découvre en se racontant ce qui l’a formé, ce qui a fait de lui ce qu’il est. Dire, c’est devenir. La prochaine fois que tu mordras la poussière pourrait n’être que le théâtre «mignon » de la difficile rencontre d’homme à homme, entre père et fils. Mais le jeu, les gestes et le rythme du jeu nous attachent, nous ficèlent : eux, c’est nous. Le jeune Romeo Mariani, déjà expérimenté mais encore capable d’aller chercher en lui-même l’enfance, vulnérable, intraitable, tout entière à la détresse ou aux joies du corps, fait le hold-up. On ne vous dira pas comment la pièce se termine, et si, ou comment, le père (Yann Pradal) reprend sa place.

 Christine Friedel
 
Théâtre des Halles, rue du Roi René, Avignon. T. : 04 32 76 24 51

 


Archive pour 15 juillet, 2026

Raúl, clown brésilien

Festival d’Avignon

Raúl, clown brésilien

© Jean Couturier

© Jean Couturier

Le 6 juillet dernier, Raúl, clown de rue brésilien implanté en France depuis plusieurs années, a écrit cette lettre à Monsieur le Maire d’Avignon. « Je m’adresse à vous aujourd’hui, non seulement comme artiste mais comme citoyen et artisan d’une tradition qui fait l’âme de notre pays et de votre ville : l’art de la rue. Cela fait très longtemps que je viens en Avignon pour le partager.  Et il y a plus de vingt-huit ans que je parcours le monde, pour apporter rire, poésie et spectacle, là où les théâtres fermés ne vont pas toujours… « Mon engagement a toujours été le même: offrir un moment d’inclusion, gratuit et une cohésion sociale à tous sans distinction de moyens. Ces derniers jours, la pression des contrôles policiers à répétition, place du Palais des Papes, est devenue étouffante: menaces de verbalisation, menaces de saisie de matériel… On traite les artistes de rue comme des fauteurs de troubles. »

Le passé éclaire souvent le présent:  c’était il y a cinquante ans! Et Jules Cordières, ancien élève de Normale Sup et remarquable funambule de corde molle, mort cette année (voir Le Théâtre du Blog) se faisait déjà verbaliser boulevard Saint-Germain à Paris! Mais il régnait avec sa petite troupe à Aix, ville ouverte aux saltimbanques,une remarquable opération  imaginée par Jean Digne*. La mairie d’Aix-en-Provence était plus intelligente et généreuse que celle de la Capitale.
Devant les pressions quotidiennes qu’il subissait, Raúl est entré en résistance; aidé par les réseaux sociaux et par un avocat, il a fini par avoir gain de cause et a enfin reçu une autorisation de la préfecture du Vaucluse. Dans mes souvenirs- bientôt quarante ans de festival- les représentations de petites troupes devant le Palais des Papes ont toujours fait, et font encore partie de mon quotidien.  Il est important que cela puisse continuer, surtout quand certains artistes du In témoignent d’une hypertrophie du moi…
Quels que soient les numéros de Raúl, (il ne cherche pas à rivaliser avec le Cirque du Soleil!), son engagement auprès d’un public non captif et authentiquement populaire, est tout à fait remarquable. Il défend ainsi un art de la rue non institutionnel qui existe depuis des siècles.  Raúl termine ses jongleries loufoques en crachant le feu, par deux fois, ce qui illumine les hauts murs du Palais des Papes… Ce n’est rien et c’est pourtant d’une rare beauté…

Jean Couturier

Raúl le clown brésilien sur Facebook et Instagram, et le clown brésilien.com.
* Vous pouvez demander une photo gratuite de Jules Cordières à Philippe du Vignal, via les commentaires du Théâtre du Blog.

Haribo Kimchi, conception, texte, mise en scène, musique, son et vidéo de Jaha Koo

Festival d’Avignon 

Haribo Kimchi, conception, texte, mise en scène, musique, son et vidéo de Jaha Koo

Ce spectacle qui avait été joué il y a quatre ans au Théâtre de la Bastille à Paris (voir Le Théâtre du Blog)  n’a rien perdu de sa fraîcheur. « Je crée, dit cet artiste, des performances qui intègrent la vidéo, le son mais aussi le goût, l’odorat et le toucher, notamment dans Haribo Kimchi. Le titre de cette pièce?  Le nom  de la célèbre marque de bonbons allemands et celui d’un plat traditionnel coréen. »
Jaha Koo vit depuis quinze ans à Gand (Belgique) et parle ici avec délicatesse et poésie, du déracinement. Sans aucun doute, une des plus belles découvertes de ce festival. Une petite échoppe au toit rouge, au milieu du plateau couvert de voiles, avec un écran pour une vidéo: nous sommes plongés dans la mégapole qu’est Séoul: appartements de luxe, bureaux, petites ruelles commerçantes… pour arriver à cette échoppe où  comme au Japon, les employés de grandes entreprises vont se détendre.

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Le créateur d’Haribo Kimchi invite deux spectateurs à déguster une soupe froide aux algues et des galettes de kimchi qu’ il a préparées devant nous et qu’il offrira aussi à tous à la fin du spectacle. Une voix off va raconter le passé de Jaha Koo, soutenue par des vidéos qui nous font vivre son parcours d’exilé.
Il nous parle avec tendresse de sa grand-mère qui lui avait préparé dix kgs de kimchi! avant qu’il s’installe d’abord à Berlin. Cette même voix nous conte le racisme ordinaire auquel il a été confronté à la gare de Bruxelles: le guichetier lui avait dit qu’il sent l’ail!
Jaha Koo évoque ici le déracinement et la solitude dans un texte dit en voix off et des chansons. Il donne ainsi la parole à ses amis de son quotidien: un escargot, un petit ours gélifié Haribo, une anguille télécommandée qui se promène sur le plateau (un animal symbolique en Corée ). Une manière de se sentir moins seul…
Et la chanson finale est pleine d’espoir, « Je suis en transit, je migre… Les routes sont plus importantes que les racines.On peut avoir plusieurs chez soi.» A la sortie de cette pièce d’une heure dix, un spectateur heureux d’avoir vécu un moment hors-cadre et poétique, a eu cette phrase magnifique: « Ce spectacle est un véritable contre-poison aux méga-créations que nous avons subies dans ce festival! »

Jean Couturier

Jusqu’au 15 juillet à 18 h,  Gymnase du lycée Mistral, Avignon (Vaucluse). 

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