Psicofonia Silences d’Espagne, texte, mise en scène et interprétation de Faustine Noguès

Festival d’Avignon

Psicofonia Silences d’Espagne, texte, mise en scène et interprétation de Faustine Noguès

Que peuvent nous apprendre les fantômes ? La question n’est pas d’y croire ou non, mais de les écouter. L’autrice-actrice est allée les chercher, y compris dans sa propre amnésie. Elle a eu beau lire des livres sur la guerre civile espagnole, regarder des documentaires mais rien ne reste. En plus, on l’étudie à la fin du programme d’Histoire, donc jamais à fond. Alors,  va au fond de l’oubli, au fond du traumatisme qui se transmet en silence, de génération en génération,  chercher ce silence pour qu’il parle.  Philippe du Vignal vous avait dit tout le bien de ce solo créé en février dernier au théâtre de la Cité internationale à Paris (voir Le Théâtre du Blog) qui se joue dans la chapelle au Théâtre des Halles

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Avec un dispositif sonore d’un raffinement exceptionnel, composé par Colombine Jacquemont, elle nous fait écouter au casque, les pierres d’un village rasé par les troupes franquistes. On vous le jure: on entend les fantômes. Derrière le «bruit blanc», nous percevons une infime note chantante. La pierre reste là, bloc de mémoire enfermé, tandis que les souliers du grand-père, émigré en Corrèze, se mettent à chanter l’Espagne. Mais l’oubli? Le texte et le spectacle le cherchent patiemment là où il est et le trouvent.
Une loi d’amnistie adoptée deux ans après la mort de Franco par le Parlement espagnol a libéré les derniers condamnés républicains encore en prison. Mais les crimes du franquisme ont été effacés. Nada. Il ne s’est rien passé. Sauf pour ceux qui, aujourd’hui, ouvrent les fosses communes, cherchent les ossements de leurs martyrs.
En une heure et quart, Faustine Noguès prend le temps de venir doucement à cette loi de l’oubli forcé, à ses effets sur sa vie de jeune Française. Simplement, elle nous fait écouter les émotions qui nous sortent ensemble du labyrinthe et nous mènent à un savoir historico-politique. On le sait, l’intime et le politique sont liés: c’est l’objet même du théâtre. Mais rarement -jamais- on ne l’a vu analysé, étudié, avec autant de finesse et de profondeur, respect de son objet et du public, avec le sourire et la grâce. Faustine Noguès joue encore les 18 et  20 juillet. Essayez de trouver une place…

 Christine Friedel

Spectacle vu au Théâtre des Halles,  rue du Roi René, Avignon ( Vaucluse).


Archive pour 17 juillet, 2026

Festival d’Avignon Le Deuil sied à Electre, d’après Eugene O’Neill, adaptation, mise en scène et scénographie de Gwenaël Morin

Festival d’Avignon

Le Deuil sied à Electre, d’après Eugene O’Neill, adaptation, mise en scène et scénographie de Gwenaël Morin

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Demandez-le aux Atrides…La famille et le lieu le plus dangereux et meurtrier qui soit. Chez les Mannon, à la fin de la Guerre de Sécession (moment fondateur des Etats-Unis d’Amérique), les liens se nouent et se jouent par couples, en une ronde fatale. Fils et père, père et fille, fille et mère, mère et fils, voilà tissé un filet de passions et de haines. Sans oublier le catalyseur du drame: l’amant, convoité à la fois par la mère et la fille, au paroxysme de la rivalité féminine. Scandale fascinant que cette figure d’Electre, image d’une vengeance sacrilège qui se veut juste, paradoxe (pas tant que cela), d’une fille choisissant le parti du père dominateur assassiné.

Gwenaël Morin ne s’est guère soucié de psychologie… Eugene O’Neill (1888-1953) s’en est chargé, échantillonnant les pistes incestueuses révélées par la psychanalyse, travaillant sur la culpabilité à partir de Crime et Châtiment.  Le metteur  en scène donne en spectacle (cela ne fait pas pour autant de nous, des voyeurs, quoique…)  les pulsions d’attraction et de haine, les énergies qui dynamisent et foudroient les personnages. Auxquels les six comédiens ne s’identifient pas. Ils « portent » les figures de cette famille, leur nom et  extraient à vif, devant nous, la quintessence de leurs passions.

© Christophe Raynau de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Le jardin de l’Hôtel de Mons offre plus qu’une scénographie: un cadre idéal à la représentation de cette pièce. Au fond, la belle façade évoque une demeure de grande famille, les arbres ombragent l’aire de jeu et l’éloignent, la protègent de la ville toute proche…
Tout est prêt pour l’harmonie mais une harmonie menteuse. Y compris  dans la dernière partie du spectacle, quand nous sommes invités à partager l’espace avec les comédiens. Mensonge : le meilleur point de vue reste celui qu’on a, des gradins (terriblement inconfortables), le regard orienté vers la mise en scène.

Mais vrai et malin! L’inconfort visuel où sont plongés ceux qui ont osé occuper l’espace de jeu, lumière d’un projecteur dans l’œil, arbre cachant la forêt – leur fait vivre quelque chose de cette impossible réconciliation. Même le théâtre ne peut rétablir l’harmonie. Pourtant, on sort regonflé du spectacle. Gwenaël Morin clôt avec Le Deuil sied à Electre son cycle avignonnais: « Démonter les remparts pour finir le pont» et opère un grand nettoyage dans la façon de jouer et de lancer les comédiens dans le texte. Des brèches partout ! Une belle catharsis! Le pont ne sera jamais achevé -et c’est tant mieux- et il y a encore de l’espoir pour le théâtre.

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Jean Giraudoux avait bien éclairé la fin de son ElectreLa femme Narsès : «Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève? Electre : «Demande au mendiant. Il le sait.» Le Mendiant: «Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore. »

Christine Friedel

Jusqu’au 23 juillet (relâche le 19) à 22 h,  Jardin de la rue de Mons, Maison Jean Vilar, Avignon (Vaucluse).

Du 13 au 15 octobre, Théâtre Olympia-Centre Dramatique National de Tours ( Indre-et-Loire).

Du 4 au 10 décembre, Théâtre de la Commune-Centre Dramatique National d’Aubervilliers. ( Seine-Saint-Denis).

Du 19 au 22, puis du 26 au 29 janvier, Théâtre-Centre Dramatique National de Bordeaux-Nouvelle Aquitaine (Gironde).

 

 

 

 

 

 

Festival d’Avignon The History of Korean Western Theatre concept, texte, mise en scène, musique et vidéo de Jaha Koo

Festival d’Avignon

The History of Korean Western Theatre, concept, texte, mise en scène, musique et vidéo de Jaha Koo

 

 Christophe Raynaud de Lage

Christophe Raynaud de Lage

Cet artiste coréen présente ce volet d’une trilogie où il nous parle de l’histoire socio-politique et culturelle de son pays et de sa vie à lui.  Et il joue aussi Haribo Kimchi ( voir (Le Théâtre du Blog) . Ici, rien sur la scène qu’un cuiseur à riz, un grand écran, un enregistreur à cassettes- en passe de devenir un objet-culte et grâce auquel ont été enregistrés et aujourd’hui conservés nombre d’interviews de tous ceux qui ont fait le théâtre contemporain entre autres : Peter Schumann, Ariane Mnouchkine, Luca Ronconi, Peter Brook, Judith Malina et Julian Beck du Living Theatre, Tadeuz Kantor, Jérôme Savary…

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Cet artiste coréen, qui vit en Europe, monte  en silence un origami, ou plus exactement une sorte d’origami, dont les formes rappellent celle d’un très gros crapaud, lequel ensuite fera quelques pas sur la scène. Puis il  va nous raconter avec nombre d’images sur écran ce qu’a été l’histoire du théâtre dans son pays depuis un siècle environ et qu’on connait très mal, voire pas du tout en France… Mais il annonce tout de suite la couleur: « « En Occident, vous avez une conception très étroite de ce que peut être un acteur. »
Aux  images en noir et blanc déjà anciennes, se succèdent d’autres en couleur. Jaha Koo va essayer de nous montrer comment l’Etat coréen a en quelques décennies imposé une japonisation  et une occidentalisation, colonisant ainsi  la culture de son pays. En particulier du théâtre avec, entre autres, un auteur comme William Shakespeare. Cela ressemble à une conférence mais n’en est pas une et pas vraiment non plus du théâtre « documentaire ».
En fait, ce spectacle a à voir avec la mémoire collective d’un pays comme le sien mais Jaha Koo nous raconte qu »il a appris le théâtre avec nos grand auteurs : Shakespeare, Molière, Sophocle et… Arthur Miller.  Et il nous entrer dans son intimité avec la vie de  sa chère grand-mère, nous parle des relations sociales en Corée du Sud, des failles du confucianisme, tout cela en dialoguant avec son auto-cuiseur… qui lui parle. Avec, en filigrane, une remontée dans le temps, comme pour arriver à mieux maîtriser celui qui est le sien mais aussi celui des générations qui lui succéderont.  Il se demande aussi quel artiste il aurait pu être, sans  cette colonisation culturelle. A la fin,  Bibisae, apparait un démon, à la fois oiseau et dragon, mangeur de mauvais souvenirs, un personnage du théâtre traditionnel coréen …
Ce court spectacle  (soixante minutes) créé en 2020 a souvent été joué et est d’une rare perfection artistique. Jaha Koo réussit à  rendre universel ce parcours et c’est un des grands mérites de son  The History of Korean Western  Theatre.  Mais il y a eu juste quatre représentations en Avignon. Dommage…

Philippe du Vignal

Spectacle joué  les 6,7, 8 et 9 juillet au gymnase du lycée Mistral, Avignon ( Vaucluse). 

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