Révolte – Revolt, she said, revolt again, de Alice Birch, mise en scène et scénographie de Sophie Langevin.

 

Révolte – Revolt, she said, revolt again, d’Alice Birch, traduction de Sarah Vermande, mise en scène de Sophie Langevin.

Crédit photo : Boshua.

Crédit photo : Boshua.

 Ce manifeste féministe de désobéissance civile, fait écho aussi au texte de Valérie Solanas SCUM, Manifesto : même révolte furieuse, sarcastique et drôle, contre l’oppression symbolique et réelle du genre féminin – corps et statut.

 Une incitation à réévaluer nos rapports privés, professionnels et politiques entre hommes et femmes, dans une société exactement contemporaine du XXI ème siècle.

 La jeune dramaturge britannique explore sans relâche les façons dont le langage, l’attitude et les comportements ont défini radicalement et réduit les rôles des sexes à des confinements obligés, prétendument naturels, mais en fait commandés.Les signes extérieurs qu’on croyait implicites mais qui restent manifestes et faussement intuitifs, sont d’autant plus révélateurs du pouvoir arrogant -et forcément illicite- des hommes sur les femmes dans une société organisée. Ici, sont des données qu’on croyait acquises à tort : rôles, sexualité, corps et modes de fonctionnement.

 Manifeste de rébellion et d’opposition assumées, ce texte ne doit pas être  sage selon l’adjectif qualificatif consacré, qui caractérise le comportement féminin global et auquel on pourrait tout autant substituer celui d’opprimée.Dans le monde professionnel, qui pourrait concerner de même la vie de couple, l’employée dit à l’employeur : «Je ne veux plus faire ça. Je ne veux plus cuisiner pendant des heures. Je ne veux plus inviter des gens à dîner parce que je veux dormir plus et je veux promener plus souvent mes chiens dans les bois. »

 L’homme lui répond, étonné, qu’on a installé des distributeurs dans les couloirs, et qu’on est en train de construire une salle de sports au sous-sol. La femme lui répond que ces beaux aménagements ne correspondent pas à ce qu’elle désire réellement.Et le patron, généreux, insiste, tentant de mieux cerner ses requêtes. Attend-elle un enfant ? Veut-elle accéder à une formation ou bien encore aller plus loin dans ses études ? Pense-t-elle à sa carrière avant tout ? Est-elle enceinte ? « Les femmes veulent ça, tu as le droit », ajoute l’homme, adepte des distinguos.

 Autre situation : un couple sort d’un dîner entre amis et l’homme avoue à sa femme qu’il n’a cessé de la désirer tout le long de la soirée. Elle, choquée, ne comprend pas : «  Comment as-tu pu ainsi jouer double jeu, alors que nous étions tous pendus à tes propos sincères sur la situation désastreuse des réfugiés ?Vêtus de blanc -tenue anti-amiante, panoplie de cosmonaute ou uniforme infirmier – les comédiens évoluent sur la scène comme s’ils étaient sur une table de dissection, placés, tels des insectes accrochés sur un plan de laboratoire.

Agnès Guignard, Denis Jousselin, Francesco Mormino et Leila Schaus jouent l’homme et la femme: soit autant de probabilités de couples qui alternent régulièrement, selon les tableaux. Quand l’un est sur le plateau, l’autre observe assis, à vue en coulisses. Les comédiens sont investis d’une mission à la fois morale et artistique – celle de donner à voir les comportements caricaturaux et grotesques des uns et des autres -, sont engagés sur la scène, comme le feraient des militants organisés, sûrs du matériau de leur démonstration et des témoignages accordés.

 Un spectacle dynamique, enlevé et rafraîchissant.

 Véronique Hotte

 La Caserne, 116 rue de la Carreterie à Avignon. T. : 04 90 39 57 63, jusqu’au 22 juillet à 13 h 15.


Archive de l'auteur

Joie, conception, texte et jeu de Anna Bouguereau, mise en scène de Jean-Baptiste Tur.

Crédit photo : Karim

Crédit photo : Karim

 Joie, conception, texte et jeu d’ Anna Bouguereau, mise en scène de Jean-Baptiste Tur

 On a tous, hélas et heureusement, des souvenirs d’enterrement de proches… Ces disparus, alors bien vivants et éloignés de perspectives les plus sombres, nous hantent à jamais.

Des images fiévreuses de conversations infinies, auréolées de silences paisibles. Un paysage de paix en effet, une sérénité existentielle où les conflits ne semblent pas avoir leur place, sauf quand surgit la mort. Anna Bouguereau, l’auteure et interprète, a voulu évoquer les états d’âme et sentiments de ceux qui restent, quand les êtres chers les  quittent.

 Une manière bien personnelle de lutter contre une société où la peur de la mort a remplacé le bonheur tangible et sensible d’exister. Pour Anne Bouguereau, combattre la mort, c’est déjà la regarder en face, puis apprendre à vivre après. La faille viendrait de de nos sociétés industrialisées, vidées de leur sens, de leurs rêves et croyances. Mais il y a aussi l’absence de vrais rites mortuaires consentis, au profit d’une fuite en avant  et sans se retourner sur son passé et sur soi.

Respecter la mort, quand on en parle librement et non de façon honteuse, sans la masquer, revient alors à faire l’éloge de la vie. Et paradoxalement, se sentir exister dans l’œil de la tempête des événements tragiques qui jalonnent notre présence au monde. La locutrice assiste donc aux obsèques de sa tante Catherine qu’elle aime toujours en nièce affectueuse, reconnaissant sa belle capacité humaine. «Jean-Michel a fait un discours, Jean-Michel, c’est le mari de ma tante Catherine et c’était déchirant parce qu’il pleurait pas du tout. Il était digne. C’est nul comme mot, mais c’est ça, il était digne, ça m’a donné envie d’être digne… Et il avait toujours un petit sourire intérieur derrière ses mots, l’air de dire, oui, c’est terrible, mais non, c’est pas triste, c’est beau, je vous regarde, vous êtes tous là, vous êtes vivants. »

 Celle qui s’exprime, un peu coincée au départ, comme bridée par la situation pathétique quand on met le cercueil en terre, se laisse aller peu à peu à l’évocation des rêves enfouis qui l’habitent: le désir d’aimer et d’être aimée, le souvenir d’une chanson écoutée, du premier slow dansé avec un garçon qu’elle avait elle-même sollicité. Son cousin pour lequel elle éprouve un attachement peu avouable, la reconduira en voiture à la gare mais elle ne lui en dira jamais davantage, consciente de sa folie. Au-delà d’un fort sentiment de solitude, elle prend progressivement conscience de cette vie pleine qui l’envahit malgré elle et avec joie.

Anna Bouguereau  est là, sur un plateau envahi d’ombre que, seule, éclaire une longue table lumineuse à nappe blanche avec de multiples bouquets de fleurs colorées. Métaphore d’une convivialité festive déjà vécue et à revivre encore, métaphore de la tombe au cimetière, de l’habitacle fermé de la voiture du cousin mais aussi de son bureau où elle écrit une lettre au mari de la défunte. La jeune femme éplorée lutte contre sa peine et sa tristesse intérieure, signifiant en échange les désirs qui l’assaillent et qui la font tenir debout, radieuse de vie et sourire aux lèvres, quand elle s’adresse au public proche d’elle…

 Véronique Hotte

Théâtre du Train Bleu, 40 rue Paul Sain, Avignon, T. : 04 90 82 39 06, jusqu’au 24 juillet à 16 h 40.

 

Vilain !, conception, écriture et mise en scène de Alexis Armengol

Vilain !, conception, écriture et mise en scène de Alexis Armengol (spectacle tout public à partir de neuf ans)

©Florian Jarrigeon

©Florian Jarrigeon

Zoé est orpheline, abandonnée de tous, et Le vilain petit Canard, ce conte d’Andersen si prisé des enfants,  semble lui plaire. Aussi se jette-t-elle dans ce récit, les yeux fermés, et s’associe aussitôt à la destinée houleuse du caneton si controversé. Zoé se sent aspirée par une bourrasque dont elle ne se départit pas.

La lecture de l’ouvrage de Boris Cyrulnik consacré à la résilience donne le ton. La fille marche, tourne, erre, tergiverse, isolée et esseulée, citoyenne volontaire en pleine terre de solitude et surdité revendiquée.

Nelly Pulicani  performeuse hors-pair, déclame, vocifère, argumente auprès du public qu’elle regarde droit dans les yeux. Dansant, courant en rond sur le plateau, sans se lasser.

Toujours d’attaque, toujours partante, enfant turbulente et attachante qu’on peine à cadrer et faire accepter codes et règles, elle impulse ici une vigueur et une énergie rares,  Au cours de cette épopée personnelle, elle fait une halte dans une cabane en forêt ou dans une tente de la Z.A.D.  un squat à vocation politique dans un sous-bois, l’antre d’un musicien qui sait raison garder et propose un refuge à la belle égarée. Cet ami va jusqu’à préparer des goûters d’anniversaire pour celle qu’on n’a jamais fêtée, ignorante des us et coutumes des petits bourgeois ou bobos de nos temps.

Dans le rôle de l’artiste, conscient de sa mission pédagogique et citoyenne, Romain Tiriakian est excellent; musicien talentueux, compositeur de chansons mais aussi  comédien accompli, il a une belle sérénité. A partir de ce hasard heureux, Zoé est invitée à grandir et à ne pas s’appesantir outre-mesure dans l’abri de ce nouvel ami véritable. Apte à renaître, elle le sait, elle le sent, elle se bat encore et se retrouvera elle-même avec sa voix et dans sa voie.

La métamorphose de l’enfant à renaître s’accomplit à travers la rencontre des êtres et des arts. Shih Han Shaw réalise des dessins avec ses doigts de fée et il y a aussi des bribes d’un film d’animation co-réalisé avec Félix Blondel.

La soi-disant laideur du canard n’était que la beauté non encore éclose du cygne. Les moqueries se trompaient de cible; pas l’exclusion mais la reconnaissance. Rebondir et se réinventer, l’enjeu artistique et philosophique est tendu. Tapissant le plateau, des lais de papier que l’interprète froisse, déchire et réutilisera, transformant sans finir l’accessoire en possibilités multiples. Cassures, heurts… Des dissonances finalement harmonieuses : les chuchotis et sifflements de Romain Tiriakian et Camille Trophème éveillent chez le public une jolie attention.

Un spectacle-performance, une niaque dont la prouesse tient aussi à son cadrage.

Véronique Hotte

Le 11. Gilgamesh-Belleville, 11 boulevard Raspail, Avignon. T. : 04 90 89 82 63, jusqu’au 23 juillet à 10 h 15, (relâche le 17 juillet)

Points de non-retour (Quais de Seine), texte et mise en scène de Alexandra Badea.

 Points de non-retour (Quais de Seine), texte (L’Arche Editeur) et mise en scène de Alexandra Badea.

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Avec la trilogie Points de non-retour, l’auteure et metteuse en scène française d’origine roumaine, Alexandra Badea, interroge la manière dont l’Histoire politique imprègne les êtres au plus profond d’eux-mêmes et détermine leur existence.

 Les textes de Badea témoignent avec détermination de notre monde actuel et professionnel, imprégné d’une violence néo-libérale et prétendument dépolitisée.

 Le premier volet de Points de non-retour concernait le sort tragique des tirailleurs sénégalais de Thiaroye, et le destin imposé à certains de leurs descendants, spectacle créé à La Colline en septembre 2018, qui alternait les récits d’Histoire, leur commentaire, et l’intériorité sensible des êtres concernés par ces événements précis.

 Le second volet créé au Festival d’Avignon 2019, Quais de Seine, poursuit cette réflexion en révélant le poids conséquent des non-dits dans les sphères familiales.

 Nora, jeune femme contemporaine, journaliste radio, est hospitalisée, la raison en est une tentative de suicide. Elle rencontre régulièrement un psychiatre qui l’aide à se reconstruire, recomposant un récit alors que son passé est terriblement défaillant.

 Accompagnée de son thérapeute, elle accède peu à peu à une mémoire familiale interdite – bribes de souvenirs et rêves d’histoire de ses grands-parents tombés dans l’insoutenable tragédie de cette nuit si cruelle du 17 octobre 1961 où on tira sur des Algériens qui furent pour certains jetés dans la Seine, n’ayant pas respecté le couvre-feu imposé aux Nord-Africains par le préfet de Paris de l’époque, un certain Maurice Papon, que l’Histoire qui exige justice, rendra tristement célèbre encore.

 La grand-mère pied-noir Irène, que nous voyons, jeune, au-dessus de la scène évoluer avec son compagnon algérien Younès, originaires de Sétif, dans un intérieur parisien dont le mur de scène est recouvert d’un voile – tel un rêve vaporeux surgi du passé -, est une jeune fille alors enthousiaste et volontaire qui survivra, tandis que son compagnon et père de leur enfant ne pourra poursuivre la route.

 Les parents de la jeune fille en Algérie rejettent son idylle avec un Algérien. Les jeunes gens ont voulu vivre leur amour à Paris mais la capitale – Police et Harkis – considère les Algériens selon le contexte de la guerre coloniale

 Pourtant, Irène paraissait s’inquiéter davantage que Younes, en lui affirmant qu’elle serait toujours à regret la fille des colons, la fille de la conquête de l’Algérie. Et alors que son compagnon s’étonnait de tels propos si peu prometteurs d’avenir, elle précisait qu’elle aurait voulu oublier ces fausses racines qu’on lui avait collées :

 « Je n’ai pas choisi de naître là-bas. Je voudrais pouvoir parler sans que ça soit tout le temps vu comme la parole de l’oppresseur. » 

Selon Irène, tous deux ont bien fait de quitter la terre algérienne, car tous là-bas et même ici, ont goûté à cette haine, même ceux qui ne sont pas encore nés, mais Younes rétorque : « Fuir encore ? Etre un exilé à vie. Se battre toujours pour une place que personne n’a envie de te donner. Avaler les humiliations, le mépris, avaler toujours, faire semblant… »

 Sur le plateau, Alexandra Badea écrit en début de représentation sur son écran d’ordinateur, des lignes projetées sur l’écran nocturne du lointain.

Que comprendre et recueillir de l’Histoire qui nous a plus ou moins précédés ?

 Sur la scène – en bas et en haut – des comédiens talentueux, une équipe multiculturelle d’artistes, pour la plupart binationaux, venus de différents pays à l’image de la France et de la richesse de ses métissages : Madalina Constantin Franco-Roumaine (Irène), Sophie Verbeeck Franco-Belge (Nora), Amine Adjina Franco-Algérien (Younes), Kader Lassina Touré Franco-Ivoirien (le thérapeute).

Un spectacle dont la finesse rigoureuse, trop fidèle à sa mission pédagogique et mémorielle, entrave les possibilités de liberté et d’inventivité du jeu dramaturgique.

 Véronique Hotte

 

Festival Avignon IN, Théâtre Benoît XII, du 5 au 11 juillet à 22h, le 12 juillet à 15h.

La Colline – Théâtre national, petit Théâtre, du mercredi au samedi à 20h, le mardi à 19h et le dimanche à 16h.

 

Histoire de l’imposture, chorégraphie de Patrick Bonté en collaboration avec Nicole Mossoux

photo Thibault Gregoire

photo Thibault Gregoire

Avignon Off

Danse

Histoire de l’imposture, chorégraphie de Patrick Bonté en collaboration avec Nicole Mossoux

 Que cachent nos vêtements? Si l’habit fait le moine, la vérité est-elle nue ?

Dans le plus simple appareil, cinq personnages s’avancent timidement: difficile, dans cette tenue, de se faire des civilités comme l’ordonne une voix de robot impérative. Pour obéir, hommes et femmes vont devoir se vêtir : de plus en plus guindés ils s’adonneront aux cérémoniaux d’usage. Du costard cravate aux atours d’un autre âge, le temps ne fait rien à l’affaire, l’imposture est éternelle.

 Dans imposture, on entend posture et la chorégraphie joue sur ces mots en bâtissant la pièce sur des glissements successifs d’une posture à l’autre : « L’enjeu était de s’interroger sur l’artifice des postures sociales, des jeux de rôles, des normes conformistes qui nous façonnent », note Patrick Bonté. L’imposteur, selon Jean-Bertrand Pontalis, est « celui qui usurpe une identité, s’invente une histoire qui n’est pas la sienne, se fait passer pour un autre, et ça marche. »

 Ici point de psychologie, ni de volonté démonstrative : les corps nous raconteront mieux que les livres cette histoire de l’imposture. Les deux danseurs et les trois danseuses évoluent dans un carré violemment éclairé, raides comme des mannequins de vitrine. Dans imposture, il y a aussi pose, et ils nous feront rire en prenant des poses sous les flashs répétés d’un hypothétique appareil photographique, et toujours pilotés par la voix off. Ils adoptent des personnalités d’emprunt, des poses grotesques, des mimiques grimaçantes, ou au contraire des airs compassés… Se transformant à vue, ces figures se mettent dans des situations stéréotypées, selon une typologie sociale repérable : hommes et femmes d’affaire pressés, mondaines et mondains évaporés, dragueurs de boite de nuit ou encore courtisans étriqués dans des redingotes et courtisanes en corsets et robes à panier… On oublie progressivement leurs anatomies, découvertes avant qu’ils n’apparaissent dans la lumière crue de la scène. Et l’on en vient à s’interroger soi-même sur le “look“ que l’on se donne, le matin, devant son miroir, avant de sortir se joindre à la comédie humaine…

 Mais à la fin, le factice finit par se fissurer, quand la musique appelle les interprètes à libérer leur énergie dans une danse sauvage inspirée de rituels tribaux. Hors d’eux et de la petite imposture du théâtre… Cette transe signe le retour du naturel contre la norme sociale…

 Patrick Bonté est metteur en scène et dramaturge, Nicole Mossoux danseuse et chorégraphe ; depuis 1985, ce tandem bruxellois pilote alternativement ses créations. Lors de cette dernière représentation estivale, nous avons découvert avec plaisir leur travail raffiné, au Château de Saint-Chamand, salle hors-les-murs de la Manufacture. Espérons que ce spectacle, qui tourne depuis 2013, sera, après le succès rencontré à Avignon, de nouveau programmé.

 

Mireille Davidovici

 

Vu le 14 juillet La Manufacture, 2, rue des Ecoles, Avignon T.04 90 85 12 71

 Compagnie Mossoux -Bonté Rue des Tanneurs 87, Bruxelles, Belgique T. +32 2 538 90 77 ;

http://mossoux-bonte.be

 

Macadam Animal, d’Olivia Rosenthal et Eryck Abecassis

Macadam Animal, d’Olivia Rosenthal et Eryck Abecassis

 

261DD365-ADF2-4C46-9B40-4CD4DECBA1DDIls sont là, dans le villes, furtifs et effrayants : rats, parasites, corbeaux de mauvaise augure. On les chasse, on dératise, on éradique. Pourtant, ils sont utiles à la  communauté urbaine : les rats tolérés, car l’équilibre de l’espèce est préservé, assureraient une grande part de l’élimination des ordures organiques. Du travail silencieux, mais efficace. Et les termites ? Toujours au pluriel : c’est leur vertigineuse organisation qui fait peur, et leur silence : ils (car Termite est masculin…) sapent nos maisons, rendent fragiles nos refuges, au lieu de travailler à leur tâche naturelle, qui est d’aérer la terre. Mais quelle terre en ville ? 

Olivia Rosenthal a choisi de réhabiliter les «nuisibles», ou du moins d’inviter à jeter un autre regard sur eux, et sur ce que la mondialisation du commerce déverse sur nous d’ «invasifs». Frelon d’Asie, crabes bleus du Mexique : leur exotisme fait peur, on n’est pas loin des fantasmes du «péril jaune» ou du “grand remplacemet“. Bien sûr, le propos d’Olivia Rosenthalest politique, mettant en images cette peur de l’autre qui gangrène le monde, l’animal étant le premier «autre», le plus proche. Elle insiste, dans une très belle et trop longue séquence vidéo, sur les énormes échanges de marchandises dans un port de containers. À peine quelques fourmis humaines : on assiste à un ballet de portiques et d’énormes tracteurs déplaçant les richesses cachées de la mondialisation. Mais les larves des crabes prennent aussi les cargos… On empêche le passage des hommes, mais les espèces sauvages se glissent où elles veulent. L‘argent et le profit aussi, déduisons-nous « en creux » de ces images. 

Macadam Animal  n’est pas à proprement parler un spectacle, mais plutôt une performance à trois avec un écran, une conteuse-conférencière et un musicien. Eryck Abecassis joue -on aurait envie d’écrire: jouit- de toutes les possibilités de son instrument électronique. Il peut le faire rugir, frissonner, chanter, siffler, évoquer et feutrer le cri du corbeau. Le foisonnement même des fils électriques, projetés en ombre sur l’écran, évoque une jungle. Même si l’on regrette qu’Olivia Rosenthal n’ait pas demandé un “regard extérieur“ qui ait fait “monter“ encore la performance, on ne peut qu’y être sensible, charmé et interrogé par son caractère poétique, politique et gentiment pédagogique. On n’oubliera pas les jolies images vidéo de l’introspection du corbeau : dois-je piquer du bec cette fraise, ou en ramasser trois ? Ni les réponses des enfants de Bobigny (Olivia Rosenthal y était en résidence) aux questions sur les animaux qu’ils connaissent : « j’ai vu un écureuil en vrai ! ». Bref, on a rarement l’occasion d’évoquer la mondialisation, les questions écologiques et même les questions philosophiques avec autant de poésie et d’humour.

Christine Friedel

MC 93 à Bobigny (93) jusqu’au 8/12 18h30 – T. 01 41 60 72 72 .

A lire, entre autres : Olivia Rosenthal Que font les Rennes après Noël (folio), prix du livre Inter 2011

Tristesse animal noir, de Anja Hilling

Tristesse animal noir, de Anja Hilling, mise en scène Grégory Fernandes

 

(C)Julien Dubuc

©Julien Dubuc

Une belle soirée : on ira en forêt, on fera un bon barbecue, et puis on dormira à la belle étoile, régénérés par la Nature. Les trois couples jouissent de la douceur du soir, autour du feu, l’enfant dort dans le combi. On boit un peu, les paroles tournent à l’aigre ou au vide, finalement on s’enroule dans les sacs de couchages. Cela, c’est le premier acte: la fête. Le second, c’est l’incendie, et le troisième ses conséquences. La charpente solide et classique de la pièce lui permet de se déployer de la « comédie dramatique », au récit halluciné et littéralement flamboyant de l’incendie, et du désastre à la reconstruction, petit à petit, de ce qui peut être reconstruit. Anja Hilling n’a pas peur de la psychologie, mais surtout elle trouve dans l’horreur et la délicatesse de son regard une extraordinaire poésie du désastre. L’incendie révèle une autre nature, les animaux morts, blanchis de cendre, prennent un caractère sacré, le bébé carbonisé hante quelques-uns de survivants et des sauveteurs. Un monde rural, inconnu, dur et poétique, et touché lui aussi par la mort des bêtes, s’ouvre à l’homme des villes… Les amours sont bouleversées, recomposées, quelque chose de nouveau entre en force dans la vie des personnages. Et il y aura eu des moments d’une beauté unique.

Anja Hilling pose la question de la responsabilité et de la culpabilité : nos “bobos“ n’avouent pas qu’ils ont allumé un feu. En tant que victimes de l’incendie, peuvent-ils être coupables ? Mais elle le fait en moraliste, non en moralisatrice. Elle sonde avec humanité ces cœurs humains,comme elle effleure les corps brûlés. 

On avait pu voir la pièce au Théâtre National de la Colline et au théâtre de l’Aquarium. Pour sa première mise en scène, Grégory Fernandes, avec le groupe M7, en donne une très belle version. Les comédiens portent le texte à sa place exacte, tantôt incarnant un personnage, tantôt eux-mêmes aux prises avec le récit, tantôt puisant à une troisième source difficile à définir, et s’adressant directement au public quand il le faut.Nous sommes aussi ces “bobos“ à la morale moyenne. La scénographie, juste assez présente sans être pauvre, réunit et distingue les différents lieux de l’action ou du récit, suivant les cassures ou les retrouvailles des personnages. Bref, c’est un travail très intelligent, et très beau dans sa simplicité. Et plus que cela : la pièce, qu’Anja Hilling voit comme un « tragédie moderne », nous émeut profondément. À voir d’urgence.

 

Christine Friedel

 

Théâtre de l’Atalante, jusqu’au 2 octobre. T.01 46 06 11 90

 

Les fourberies de Scapin

 

©Christophe Raynaud de Lage

©Christophe Raynaud de Lage

 

Les Fourberies de Scapin de Molière, mise en scène de Denis Podalydès

Un Quai Ouest koltésien universel, avec ses échafaudages pour travaux à n’en plus finir, ses palissades élevées qui cachent un peu la précieusevista maritime napolitaine – fresque de navires aux filets et voiles blanches dans un ciel à la fois lumineux et tourmenté -, la scénographie d’Eric Ruf, tendance bas-fonds de jadis ou zone de Calais réactualisée, dialogue au plus près avec l’esprit canaille du Molière des Fourberies de Scapin livrées et libérées sur le plateau, mais  avec celui de Denis Podalydès dont la mise en scène espiègle traduit le vœu de laisser claquer au vent le spectateur bousculé, enthousiaste et ravi.

1671:  deux années à vivre à Molière, installé au Théâtre du Palais-Royal en travaux, avec sa troupe qui partage les lieux avec l’acteur napolitain, Tiberio Fiorilli dit Scaramouche au passé de brigand, rénovateur du jeu italien, apprécié du roi. Molière, fasciné par la liberté de ce comédien, s’en inspire pour croquer le portrait de son valet.

Léandre et Octave, freluquets de famille, ont engagé leur foi en l’absence parentale et du coup, contre l’avis impérieux des pères. Octave, marié à Hyacinte, et Léandre, épris de Zerbinette, diseuse de bonne aventure, n’ont qu’une idée en tête, faire intervenir le valet Scapin, joli fourbe reconnu, repris de justice, complice des jeunes gens, afin de soutirer l’argent des pères avant que le destin n’arrange l’affaire.

Pour Denis Podalydès, (Scapin),  en habile manœuvrier, un statut dont il se réclame haut et fort, met à nu l’ingratitude de la jeunesse envers les aînés et le ridicule de ces pères prêts à tout pour imposer un ordre déjà arrangé par le désir des fils. Le heurt des générations est net, mais les barbons sont d’anciens freluquets et les plus jeunes deviendront tôt ou tard les vieux pères indignes et honteux d’aujourd’hui. Le comique des Fourberies puise ses sources dans les œuvres de Térence, Plaute, Tabarin, Rotrou et Cyrano de Bergerac. La situation est démesurément grave pour les jeunes gens qui voient dans leur valet roué la dernière chance possible  pour résoudre leurs problèmes.

Benjamin Lavernhe, négociateur impénitent, se fait prier pour aider les jeunes maîtres sans tête.  Scapin bavard et d’allure élancée, satisfait de sa personne, un grand poète des petits arrangements… Les autres, jeunes gens et valets, figures moliéresques privilégiées et choyées, n’en sont pas moins les spectateurs du théâtre de Scapin,admiratifs, ébahis, impressionnés, fiers d’être aussi bien représentés.

Bakary Sangaré est un Sylvestre heureux et épanoui, et les juvéniles Julien Frison (Octave), Gaël Kamilindi (Léandre) , Pauline Clément (Hyacinte) et Adeline d’Hermy (Zerbinette) sont allègres. Les barbons sont minables, comme il se doit – Gilles David pour Argante et Didier Sandre pour Géronte-, étonnés et éberlués mais cramponnés avec force à leurs biens et à leur argent en avares qui ne se renient pas.

La scène savoureuse de vengeance de Scapin pour l’affront subi par Géronte est farcesque à souhait. La grande mécanique conviée sur le plateau avec treuil, roue et chaîne métallique grinçante et bruyante  qui soulève un sac, véritable punching ball de salle de sport, à l’intérieur duquel se trouve le maudit père roué de coups de bâton. Le valet invite dans ses excès de folie un jeune spectateur à jouer du bâton à sa place.

Didier Sandre dont on connaît la belle fibre tragique, est  très convaincant dans le personnage du barbon. Avec un jeu inventif de figure obtuse et têtue, il sait donner d’égal à égal la réplique à Scapin ; il ne s’avoue jamais vaincu et résiste.Dans cette rivalité soutenue sans relâche s’intensifie le plaisir du public… De belles Fourberies excessives et vertigineuses à couper le souffle.

Véronique Hotte

Théâtre de la Comédie Française, salle Richelieu, du 20 septembre au 11 février 2018. Tél : 01 44 58 15 15

 

 

 

La vie est un songe

 

©Antonia Bozzi

©Antonia Bozzi

La Vie est un songe de Pedro Calderon de la Barca, mise en scène de Clément Poirée

 

Indiscutablement, même si elle est difficile à monter, même si nous n’en comprenons pas tous les enjeux théologiques et métaphysiques, La Vie est un songe fait partie des pièces fondatrices de la culture européenne. Que les grands mots ne fassent pas peur : c’est une pièce populaire, grave et drôle, et ce pas uniquement du fait de la présence d’un valet bouffon, le «fou du roi» de cette bande de princes tous aussi fous les uns que les autres.

Le roi Basile (pléonasme de : roi) est fou d’astrologie et de prudence : les astres ont prévu pour lui un héritier tyrannique, il fait élever le bébé dans une tour, loin du monde. Rosaura, séduite et abandonnée par Astolfe a la folie de son honneur, et, déguisée en garçon, cherche sa soumission de femme. Clothalde, gardien loyal de la tour, a, lui aussi, la folie de la soumission, mais à son roi ; c’est de famille, il est , sans qu’elle le sache, le père de Rosaura. Astolfe et Etoile, les cousins héritiers indirects du trône, n’ont pour folie que d’être très contents d’eux-mêmes. Et Sigismond, le prisonnier ? Sa folie : il ignore et qu’il désire de toute ses forces, la liberté.

Donc, Basile teste son fils, qui, brusquement sorti de geôle, se voit remettre tous les pouvoirs, dont il abuse évidemment. Retour à la prison, et subterfuge : cette journée royale, il l’a rêvée, lui répète Clothalde. Mais Sigismond sait qu’il n’a pas rêvé : il a vu Rosaura, il a vu Etoile, révéré l’une, en des termes d’un poésie incroyablement raffinée pour un «sauvage», et tenté de violer l’autre…

Il sait que l’amour existe, et donc que tout cela était vrai. Délivré par une émeute populaire, il conquiert son royaume, jusqu’à comprendre, en exerçant le pouvoir, les limites et les contradictions du pouvoir. Et surtout, il finit par une sorte de pari pascalien : si la vie est un songe, parions que nos actes sont pourtant réels, et que nous devons en rendre compte. Supportons la frustration au nom d’un intérêt supérieur et d’un ordre réconciliateur. Régnons sur nous-mêmes : c’est aussi cela, devenir adulte.

La mise en scène de Clément Poirée permet d’entendre tout cela : la dimension politique et l’enjeu psychologique de la pièce. Il souligne surtout son humour : John Arnold joue un savoureux Basile dont les prévisions partent en débandade et Laurent Ménoret, un Clothalde bien mélancolique, empêtré dans ses calculs. Les jeunes premiers en restent à de plaisantes silhouettes (Louise Clodefy et Pierre Duprat). On regrettera que Rosaura (Morgane Nairaud) s’épuise dans le surjeu, même juste, et que le bouffon (Thibaut Corrion) soit en retrait. Reste Sigismond : Makita Samba ne cesse de l’approfondir, lui donnant une intériorité qui manque au reste de la distribution.

Pourquoi vouloir faire rire à tout prix ? Il faut faire confiance au public : il sait trouver le sel des situations et écouter l’ironie de l’auteur à l’égard de ses personnages. D’autre part  le grand plateau de la Tempête n’est sans doute pas un cadeau, pour cette pièce : après tout, il est question d’espaces confinés, de la tour à la cour, et même dans les entrevues secrètes de la guerre, et ce vaste espace fait traîner les choses, dans un scénographie hétéroclite.

Bref, on salue le choix nécessaire de La vie est un songe, on lui souhaite un public nombreux, mais on attend plus et mieux du nouveau directeur du théâtre de la Tempête.

Christine Friedel

Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 22 octobre. T.: 01 43 28 36 36

Francophonies en Limousin 2017/Violence(s) de Jalila Baccar / Body Revolution de Mokhallad Rasem

 

 violence

Violence(s) de Jalila Baccar, mise en scène de Fadhel Jaïbi (en arabe, surtitré en français)

« Un terrible constat : la révolution tunisienne, par beaucoup d’aspects, au lieu de porter l’espoir, a engendré peurs inédites, angoisses, dépressions, gestes désespérés, violences multiples au quotidien, voire crimes atroces. Pourquoi, par milliers, des jeunes gens se sont-ils jetés dans la mer pour gagner «le monde libre» ? Pourquoi tant de suicidés ( … ) Pourquoi tant de vols,  braquages,  saccages, viols, meurtres, homicides, et en progression exponentielle? » Violences s’annonce sous ces sombres auspices.

En prise directe sur la société tunisienne, la compagnie Familia Prod s’est faite le sismographe, spectacle après spectacle, des soubresauts qui agitent son pays. Amnesia (2011) anticipait la chute d’un dictateur. Et dans Tsunami, en 2013 (voir Le Théâtre du blog ), Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi craignaient la montée en puissance  d’une «théocratie fascisante» ; il n’en fut rien mais, pour eux, l’après « printemps tunisien » n’annonce pas forcément  des lendemains qui chantent. Plutôt un monde chaotique traversé par une violence sous-jacente qui explose dans une série d’actes, passés au crible de la plume habile et labile de l’auteure.

 Nous voici plongés dans un monde en noir et gris: le décor dépouillé de Fadhel Jaïbi. En ouverture, une jeune femme se glisse, hésitante sur le plateau nu. Seule. Un silence interminable s’installe quand elle avance prudemment, recule, puis sort et revient. Un mouchoir sur le nez, Lobna Mlika qui joue son propre personnage, suffoque : elle vient de pénétrer-on le comprend bientôt-dans les geôles de la République tunisienne, pour rendre visite à Fatma, détenue pour le meurtre de son mari.

 Sous le regard muet de Jalila Baccar  (ou plutôt de son double cauchemardé, ébouriffé et livide), Fatma Ben Saidane  (c’est aussi le nom de l’actrice), hagarde et en haillons, dialogue avec sa visiteuse: elle ne se souvient plus de rien.

Séquence après séquence, les détenus, hommes et femmes, errent comme des ombres devant le haut mur gris en fond de scène où, au milieu, un couloir s’enfonce au cœur des ténèbres. Quelques bancs, une table meublent ce lieu tour à tour parloir, cave de torture ou salle d’audience. S’y énoncent des crimes plus atroces les uns que les autres. L’un a tué son amant, l’autre, sa mère, un autre encore a violé une voisine…

 La structure fragmentée de la pièce où les drames s’accumulent et se mêlent, reflète la confusion d’êtres déboussolés qui avouent leur crime, sans en élucider le pourquoi et, souvent, sans avoir les mots pour le dire. Où est leur humanité dans cette avalanche de faits divers ?

Ces lycéens, qui ont défenestré leur enseignante puis se sont acharnés sauvagement sur elle, ont oublié les mots d’Albert Camus : «Un homme, ça s’empêche».  La violence qui s’exerce dans la sphère privée et familiale trouve son apogée dans les attentats terroristes. «Un homme, ça s’empêche de laisser surgir la bêtes immonde en lui» : la phrase revient comme un leitmotiv en contrepoint de ces horreurs.

 Créé au Piccolo Teatro de Milan, en septembre 2015, ce spectacle courageux va à l’encontre de la bonne parole et explore une société en pleine dépression, à l’instar de la nôtre. «Mais, au-delà de l’explication culturelle, sociale, économique, politique, psychiatrique…, n’y a-t-il pas un grand mystère, un trou noir insondable lié au « passage à l’acte » ? », s’interrogent Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi  qui dirige, depuis 2014, le Théâtre National Tunisien et son école.

Une question brûlante qu’ils portent à la scène de façon magistrale, servis par la troupe du Jeune Théâtre national tunisien. Les comédiens, très expressifs, engagent leur corps entier. D’autant qu’ils ont donné leur nom aux personnages qu’ils incarnent et se projettent en quelque sorte en leur double criminel. L’auteure elle-même, jongle avec cette double identité, et compose sur scène une figure étrange et singulière.

La pièce s’est élaborée à partir d’improvisations mais, une fois de plus, l’écriture de Jalila Baccar, tantôt puissante et incantatoire, tantôt laconique, nous emporte, relayée par la mise en scène, au-delà du réalisme, dans un théâtre de la cruauté. Un spectacle étouffant mais où des pointes d’humour (noir) apportent quelques respirations salutaires. Les quelques rires s’étouffent. Mais  on n’en sort pas indemne… car, ne nous voilons pas la face, réfléchir à la violence est devenu, partout, une nécessité.

Mireille Davidovici

Spectacle vu à Bonlieu/Scène nationale d’Annecy le 19 octobre.

 le 29 septembre aux Francophonies en Limousin à Limoges . T: 05 55 32 44 20.

La Révolution des corps  ( Body Revolution)  de Mokhallad Rasem

Le jeune metteur en scène venu d’Irak où il ne peut plus exercer son métier, s’est installé à Anvers, accueilli par le théâtre Toneelhuis, dirigé par Guy Cassiers. Un espace pour créer et diffuser ses spectacles.

Il nous offre ici une courte pièce, utilisant la vidéo avec talent et créant un univers plastique original. Elle a déjà parcouru le monde, mais n’a jamais été présentée en France.
Trois hommes sortent d’un grand rideau blanc tendu en travers du plateau, où sont projetées images de guerre, ruines, chaos, et livres réduits en cendres…
Les personnages surgissent de ces images dans une chorégraphie soigneusement réglée, tombent puis se relèvent en silence devant nous, tandis que leurs doubles, sous forme de photos ou de films  incrustés dans les images, parcourent maisons écroulées et rues désertes, comme des fantômes surréels. La bande-son diffuse le souffle d’un vent mauvais.
Les images parlent, les corps aussi mais sans commentaires et tout en pudeur, nous touchent profondément.

M.D.

le 29 septembre aux Francophonies en Limousin ✆0555324420

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