T’es pas né! Histoire de frangins

T’es pas né de Philippe Maymat,  mise en scène de Laurent Fraunié

 

t'es pa néC’est une histoire de grand frère et de petit frère, mais surtout de petit frère. L’ auteur/acteur incarne le difficile vécu des fratries et s’adresse à la fois aux enfants en train de vivre ces temps difficiles, et aux parents avec leur passé des années 70 et 80, des programmes télé de l’époque, de la culture BD (mais Mandrake le magicien dit-il quelque chose aux enfants d’aujourd’hui?) du  football etc.
La plupart du public se sent donc concerné (davantage peut-être les hommes que les femmes) car dans T’es pas né, la grande sœur ne fait que passer.
A travers les passages obligés: vécu dans la famille, camp de scouts, vacances chez pépé et mémé, sports, premier amour,  Philippe Maymat, supposé petit-fils d’Hans-Christian Andersen, revit son enfance avec une belle énergie, dans un monologue où il a quelques morceaux épatants.
Il évite le piège du spectacle banal pour enfants, en particulier grâce à la qualité de son écriture
(le passage sur « la bobinette cherra » est un morceau d’anthologie), grâce aussi à son interprétation du petit frère, à qui son aîné refuse l’existence (t’es pas né)  jusqu’à leur réconciliation réparatrice.
Des réserves?  Juste parfois vers la fin, quelques trous d’air dans le monologue mais le spectacle a trouvé un très bon écho chez les jeunes spectateurs.

Claudine Chaigneau

Théâtre de Belleville, Paris XXème jusqu’au 1er juillet.
Relâche les 29 mai, 9 et 11 juin


Archive de l'auteur

L’Etranger

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L’Etranger, d’après Albert Camus, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta

  «Aujourd’hui ma mère est morte». Cette pièce, comme le roman, débute par cette phrase et le chorégraphe- qui est aussi le narrateur-nous fait entrer d’emblée dans l’intimité du récit où il va mêler ses propres souvenirs au texte d’Albert Camus.
Sa voix off, calme et rassurante, va nous captiver jusqu’à la fin. «Et puis, suite au décès de ma mère, dit Jean-Claude Gallotta, j’ai retrouvé des archives qui concernaient la vie de mes parents en Algérie, la jeunesse de ma mère à Oran. J’ai repensé au livre d’Albert  Camus et au film que Luchino Visconti a réalisé à partir de L’Etranger. J’ai vu l’occasion d’écrire un spectacle intime, de voir comment l’écriture littéraire peut provoquer les mouvements dans les corps.»

Ainsi vont alterner avec une belle fluidité: récit, photos, extraits de films et danse. Les trois interprètes collaborent avec le chorégraphe depuis plusieurs années, ce qui lui apporte un réel confort car ses gestes s’inscrivent naturellement dans leurs corps.
Les images présentées sont d’une grande beauté, riches en références cinématographiques (Andreï Tarkovski ou Federico Fellini) ; le visage d’Albert Camus apparait aussi de façon furtive. Projetées dans la pénombre, elles prennent un caractère onirique, ce qui atténue la dureté des souvenirs et du récit.
Les titres des séquences : La Mère, Marie, Le Chien, La Mort, donnent au spectacle une grande lisibilité. Les danseurs évoquent par leurs gestes, ces différentes étapes. Nous pensons alors à Racheter la mort des gestes, titre d’un précédent spectacle de Jean-Claude Gallotta (voir Le Théâtre du Blog).

Ximena Figueroa, Thierry Verger et Béatrice Warrand étaient les seuls danseurs permanents associés à la MC2 : Grenoble mais son nouveau directeur n’engage plus que des intermittents. Ils ont donc quitté le centre chorégraphique national en décembre dernier,  avec Jean-Claude Gallotta.
Cette nouvelle aventure les sublime et cela se ressent sur le plateau. Aux saluts de cette première, une réelle émotion était perceptible dans la salle et sur scène.  L’éternel «jeune homme de la danse française» nous a, à nouveau, touchés, et c’est tant mieux.

Jean Couturier

Théâtre des Abbesses, Paris jusqu’au 5 mars. 

Les Francophonies en Limousin 2015

Les Francophonies en Limousin 2015

 

Opus 14 , chorégraphie de Kader Attou

 

opus14_site2Il s’agit de la quatorzième création du chorégraphe, directeur du Centre chorégraphique national  de La Rochelle. Sa nomination, en 2008, marque un tournant dans le statut du hip hop en France auquel Kader Attou a largement contribué, comme le prouve une fois de plus cet opus.
La pièce rassemble seize danseurs, tous de haut niveau qui occupent progressivement le plateau, d’abord individuellement, chacun donnant un aperçu de son style, puis ils se fondent dans la masse, emportés dans un mouvement d’ensemble cadencé par la musique de Régis Baillet.
Le ballet procède d’une construction rigoureuse alternant solos, duos, trios, quatuors, sextuors et toutes autres combinatoires. Formations en carré ou déploiements circulaires se succèdent mais aussi des ensembles plus flous où le corps de ballet devient compact, pieuvre à bras multiples, avec des grouillements reptiliens au sol ou des ascensions acrobatiques.
Le chorégraphe sait croiser l’horizontal et le vertical. Il sait aussi calmer le jeu, avec des moments plus doux, où les interprètes se recueillent collectivement comme aspirés par les volutes qui se dessinent en fond de scène. De temps à autre, un individu se sépare de la foule, solitaire, pour quelques évolutions virtuoses, bientôt rejoint par sa tribu.
La bande-son accompagne toutes ces variations d’humeur, passant de l’hyperpulsé, avec force percussions, à des accents plus nostalgiques, diffusant  un vieux chant arménien, un air de valse emprunté à Pina Bausch ou, au final, le fameux air des Pêcheurs de perles de  Georges Bizet, interprété par Enrico Caruso.Ce brillant spectacle a mérité l’ovation debout du public et ce fut un coup d’envoi prometteur dans la programmation des Francophonies en Limousin. À suivre…

 Mireille Davidovici

 

 Spectacle vu le 24 septembre et jusqu’au 3 octobre à l’Opéra-Théâtre de Limoges. Les Francophonies en Limousin T. 05 44 23 93 51 www.lesfrancophonies.fr
Les 1er et 2 octobre, à l’Hippodrome de Douai, ; le 6 octobre,  L’Onyx/La Carrière Saint Herblain;. Les 2 et 3 novembre, à la Maison de la Culture d’Amiens; les 24 et 25 novembre, au  Corum de Montpellier; le 12 décembre, au Théâtre Paul Eluard de Bezons; et du 16 au 19 décembre, au Théâtre National de Chaillot, Paris.

Freesteps

Festival d’Avignon:

Freesteps, chorégraphie de Wei-Chia Su

imageC’est plusieurs représentations du corps dans tous ses états que nous offre le Centre Culturel de Taïwan à Paris. Ici, le corps de la femme asiatique est sublimé. Mais, comme pour éviter une trop grande érotisation, le chorégraphe a habillé ses danseuses d’un curieux body noir épais avec reflets de couleurs, et avec des chaussettes!
Plusieurs séquences se succèdent en solo, en duo ou en groupe de six danseuses. Certaines parties sont d’une grande beauté comme cette avancée en diagonale, où toutes les interprètes forment une gorgone fascinante et hypnotique.
La danse plutôt dominée par des mouvements lents, est accompagnée d’une création lumière minimaliste remarquable. Ce qu’une simple douche de lumière peut révéler d’harmonie corporelle !  Avec un assemblage de musiques très variées, entre autres:  Steve Reich, John Luther Adams….
Ce travail très professionnel a été présenté au Centre de développement Chorégraphique Les Hivernales, toujours très juste dans sa programmation.  Mais menacé, il risque à nouveau, de se trouver à la rue prochainement. Nous soutenons son combat pour exister.

 Jean Couturier

Au C. D. C. Les Hivernales jusqu’au 20 juillet www.horse.orgt www.hivernales-avignon.com

Les Idiots

Festival d’Avignon:
Les Idiots d’après Lars Von Trier, mise en scène de Kirill Serebrennikov, en russe surtitré en français

 

 
IMG_2341En 1998, Lars Von Trier parlait ainsi de son film : «L’idée est de faire semblant d’être idiot, de trouver son idiot intérieur de l’accepter comme une part de soi-même.»
Fondé sur sur un travail d’improvisation avec une communauté d’acteurs dans une mise en danger permanente, ce film, sélectionné au festival de Cannes avait confirmé le caractère provocateur du cinéaste.
Ce n’est donc pas un hasard si Kirill Serebrennikov, l’enfant sauvage de la scène russe actuelle, adapte ce film au théâtre. Il a fondé en 2012 le Gogol-Center à Moscou, dont les créations sont sous l’étroite surveillance du Ministère de la culture russe, alors qu’il rencontre ici une importante reconnaissance médiatique.
«Le théâtre, dit-il,  a été inventé pour éviter la révolution dans la rue. C’est une sorte de soupape de sûreté. » Que va- t- il advenir du théâtre et de la société, ici comme ailleurs, si cette soupape est détruite. La Russie semble vouloir contrôler certaines créations artistiques et la France, ce grand pays d’hypocrisie, n’est pas plus claire dans ses objectifs vis-à-vis des théâtres, puisque c’est sous des prétextes de bonne gestion économique que le Ministère de la Culture laisse fermer progressivement les siens!

Le metteur en scène, avec intelligence et humour, semble vouloir s’autocensurer puisqu’ avant le début du spectacle, il affiche sur deux écrans, son vœu de chasteté: «Je jure de respecter un corps de règles suivant le dogme 95 pour le cinéma.»
Citons, parmi ces règles, celles qu’il va appliquer à sa création scénique : «Tout équipement technique qui crée l’illusion sur le plateau est interdit» ou :«L’esclavage artistique n’est pas autorisé.» La pièce s’ouvre sur un simulacre de procès exhibant un drapeau russe sur chaque écran. Ces écrans vont permettre la projection de photos et de vidéos prises pendant la représentation, ainsi qu’une réplique de ces images sur le site Facebook. «Être idiot c’est si bon, c’est comme une grasse matinée en hivers», les comédiens, exceptionnels d’engagement personnel, vont durant deux heures quarante, nous montrer les «idiots intérieurs» qu’ils se sont inventés. Cependant quelques longueurs auraient pu être évitées. Ce spectacle qui s’en prend à la Russie actuelle reste malgré tout très russe par la qualité du travail scénographique et par la présence incroyable de ces acteurs. Aucune allusion aux mythes russes ne nous est épargnée: le lac de Cygnes symbole de l’excellence artistique russe, ou la maquette du Kremlin qui s’embrase brièvement d’une ceinture de feu!. Le spectacle est avant tout une éloge de la différence, quelle qu’elle soit, ce qui explique qu’au final des acteurs trisomiques du Theatre Open-Hearted viennent saluer. Le message est clair, peut-être un peu trop souligné. L’énergie de jeu et les propos iconoclastes de ce soir, nous rappellent le travail théâtral de Krzysztof Warlikowski présenté dans ce même lieu il y a plusieurs années. Espérons que cette création agira de la même façon dans notre mémoire collective de spectateur.

Jean Couturier
Joué à la cour du lycée Saint-Joseph du 6 au 11 juillet

On achève bien les anges (élégies), de Bartabas

On achève bien les anges (élégies), conception et mise en scène de Bartabas avec le théâtre Zingaro.

imageBartabas présente, dans le cadre du Festival des Nuits de Fourvière, à Lyon, la création mondiale de son treizième opus, avec dix cavaliers, une trentaine de chevaux et six musiciens. L’organisation Zingaro est toujours parfaite d’efficacité ; un «village» a été installé autour du vaste chapiteau, à l’intérieur du parc de Parilly, au sud de Lyon, là où se trouve l’hippodrome (un clin d’œil ?)Des bancs rouges entourent la scène (peut- on dire, l’arène ou même la piste ?), qui, creusée en son centre, ressemble à un vaste cratère. Les animaux devront donc trouver un élan pour en sortir, ce qui fait naître de beaux mouvements.
Au premier tableau, des chevaux dits argentins sont seuls au centre du cratère ; en attente. Descendus des cintres, tête en bas, huit anges aux ailes blanches vont les enfourcher, à cru, et partir au galop. Durant tout le spectacle, on retrouvera ces anges, impressionnants écuyers,  qui tenteront, à la fin, de regagner leur ciel, en émergeant du cratère débordant de mousse. Ils abandonneront le monde d’en bas à un cheval blanc fendant fougueusement ce brouillard d’écume.
La pièce est, comme d’habitude, une juxtaposition de scènes, d’images et de visions,  où  chevaux et hommes se livrent à des figures étonnantes sur des musiques omniprésentes. On ne sent pas les heures de répétition ni le travail incessant, qu’on n’ose qualifier de dressage, tant les animaux font corps avec les humains. Il y a une scène exceptionnelle, où le cheval se couche devant son ange/cavalier et  accepte qu’il lui étire les pattes jusqu’à dessiner dans l’espace une surprenante sculpture. Du grand art !
Cette pièce marque aussi le retour de Bartabas qui jusqu’ici se contentait d’une courte apparition, pour «faire le zèbre à dos d’âne». Face aux anges blancs, il est l’ange déchu, les ailes en berne, tout de noir vêtu, sauf quelques détails rouges dont ses favoris. Avec des  interventions réglées sur les chansons mélancoliques de Tom Waits dont la voix éraillée de bluesman évoque les grands espaces du Far-West, traversés par des cavaliers solitaires à la recherche d’un paradis accueillant. Il fait exécuter par ses chevaux du nom du Caravage, Tintoret ou encore à Soutine, des déplacements à l’opposé de ce que l’animal accomplit naturellement, créant ainsi une tension extrême dans ces figures, où bête et homme sont en symbiose.
Achève-t-on réellement ces anges ? Baigne-t-on vraiment dans le climat de l’élégie, cette poésie plaintive ? Nos y avons vu  une énergie vitale, et une ode à la beauté des corps, celle des animaux et des cavaliers.

Elyane Gérôme

Jusqu’au 18 juillet  www. nuitsdefourvière.com T: 04 72 32 00 00. Et à partir du 23 octobre au Fort d’Aubervilliers (92).

 

Rhapsodie démente /François Verret

Rhapsodie démente, mise en scène François Verret

 

rhapsodie_demente_1«Pour ceux et celles né(e)es en l’an 2000 qui auront entre 14 et 18 ans dans les prochaines années, que reste-t-il de ce XXe siècle qu’on qualifie souvent d’ «âge des extrêmes» ? Quelles images en ont-ils ? Quel est notre héritage ? se demande François Verret, Qu’avons nous appris ? Lutter contre l’amnésie des générations futures, tel est le propos du Chantier 2014-2018 « .
Ce laboratoire nomade, passant par Paris, Grenoble et Strasbourg nous livre, dans le cadre du Manifeste 2015  de l’ I.R.CA.M. un spectacle déroutant. Pour composer cette Rhapsodie démente, le metteur en scène a réuni musiciens, chanteurs, danseurs et comédiens,en leur demandant d’improviser à partir de souvenirs personnels.
Ils s’inspirent aussi d’univers aussi différents que ceux de Robert Antelme, Angélica Lidell, Bernard Noël, Pierre Guyotat, le sous-commandant Marcos, le Comité invisible, Jean-Luc Godard… Ou encore du Radeau de la Méduse de Géricault. «Les artistes fonctionnent en roue libre, s’autorisant le libre jeu des dérives associatives » : en déployant chacun leur propre grammaire vocale et corporelle, ils créent une succession de tableaux vivants, ponctués de chants ou de vociférations. Frisant parfois l’hystérie. Leurs paroles nous parviennent souvent distordues par le truchement de micros, comme si plusieurs voix habitaient les corps.
Dans un paysage sonore et visuel composite, François Verret tente de re-capturer des bribes du siècle dernier jusqu’à saturation. Au milieu de ce maelström, la musique très présente du compositeur Jean-Pierre Drouet et du guitariste Marc Sens donne une certaine cohérence à ces mini-drames disséminés au quatre coins du plateau parmi les croix, quelques ossements, et un élégant labyrinthe constitué de plaques métalliques.
Cependant, au-delà de cet enfer où se débattent les protagonistes, s’annoncent des temps meilleurs, comme le laissent entrevoir les figures féminines qui, à la fin de la  pièce, semblent courir inéluctablement vers l’avenir. D’ailleurs, la prochaine tranche du Chantier s’intitule Le Pari : «Le pari de s’en sortir, ce qui n’est pas le moindre des paris »,  précise le maître d’œuvre.
Devant un spectacle fourmillant d’images, de bruit et de fureur, on perd parfois le fil, jusqu’à être dérouté. Mais ne sommes nous pas au milieu d’un chantier ? François Verret présente ici un travail expérimental et convie le public à le suivre dans son exploration.  Au sortir de la salle, on repense à ces mots d‘Ossip Mandelstam, entendus pendant le spectacle, et qui résument bien la pièce : « Par où commencer ? Tout craque, tangue et se disloque. Le ciel bourdonne de métaphores.»

 Mireille Davidovici

  Spectacle vu au Nouveau Théâtre de Montreuil le 5 juin. 

 

Aringa rossa

Aringa rossa  chorégraphie d’Ambra Senatore

©VBerlanda2014_ARR_MG_5671«Le titre, Aringa rossa, dit Ambra Senatore, est la traduction en italien d’une expression anglaise traduite en français par « hareng rouge », qui désigne dans le cinéma un élément introduit dans un scénario pour ouvrir une fausse piste.»
Ainsi, durant cette heure de spectacle, elle nous emmène sur de fausses pistes entre danse, pantomime et théâtre.
La légèreté et l’humour sont les fondements de cette chorégraphie qui met en avant le jeu du groupe. C’est la première fois qu’Ambra Senatore travaille avec neuf danseurs sur le grand plateau du Théâtre de la Ville, et l’on sent chez elle une réelle préoccupation d’occuper l’espace, celui de la scène mais aussi de la salle, avec quelque interventions parmi le public.
La bande sonore d’Igor Sciavalino, qui génère des sons du quotidien est entrecoupée de très beaux extraits de Claudio Monteverdi et d’Igor Stravinsky. Cette chorégraphie utilise joliment les mouvements des mains des interprètes, réalisant une surprenante calligraphie dans l’espace.
Les danseurs excellent dans le travail de groupe, tous à l’écoute les uns des autres, et génèrent de curieuses figures poétiques, dont la chorégraphie,  constamment retravaillée par Ambra Senatore, au gré des improvisations de ses artistes, ressemble à des jeux d’enfants induits par des objets tels que des clefs, un balai, un téléphone…
Le public, le soir de la première, a accueilli favorablement ce spectacle léger et ludique : en ces temps difficiles, il en a sans doute besoin. La chorégraphe  a œuvré dans cet esprit: «Entre légèreté et gravité,écrit-elle, un sens aiguisé de l’absurdité fait basculer l’ordinaire de la vie dans une bouffée de surréel».

Jean Couturier

 Théâtre de la Ville à Paris du 11 au 14 février.

Je suis

Je suis par le Théâtre KNAM, spectacle en russe surtitré en français, texte et mise en scène de Tatiana Frolova,

je_suis_deuxNous avions pu découvrir cette troupe étonnante, venue de Komsomolsk-sur-Amour, en 2012 avec Une guerre personnelle au festival lyonnais Sens Interdits. Inspiré par la bouleversante chronique d’Arkadi Babtchenko,  correspondant de guerre en Tchétchénie, Je suis avait déjà été invité au festival Passages de Nancy, par Jean-Pierre Thibaudat, grand arpenteur de la Russie.
Le KNAM, créé en 1985 sous le régime soviétique, est un théâtre indépendant doté d’une salle de trente places dans «une petite ville de 300.000 habitants! »… La perestroïka lui permit de monter ses premiers spectacles, comme La Métamorphose de Franz Kafka, Quai Ouest de Bernard-Marie Koltès et Hedda Gabler d’Henrik Ibsen.
Puis, en 2006, la compagnie se tourne vers le théâtre documentaire avec Endroit sec et sans eau,  et Une guerre personnelle, qui furent invités en France. Le KNAM travaille sans aucune subvention, (ses cinq membres vivent de petits boulot), et n’a donc pas de dates précises pour présenter des créations abouties, «des conditions extrêmement favorables pour tout artiste » !
Nous avions déjà assisté  à ce spectacle au Théâtre de Poche de Genève en 2013  (voir Le Théâtre du Blog) mais  il est ici beaucoup plus clair. Comme souvent, lors d’une deuxième vision, on peut croire, mais à tort, que le spectacle a été modifié; Elena Besserova nous a assuré que rien n’avait changé. Comme les autres personnages joués par Elena Bessenova, Dmitry Bocharov, Wladimir Dmitriev, elle  interprète son propre rôle, celui d’une fille qui assiste à la déchéance mentale de sa mère atteinte par un Alzeimer,

Construit sur une superposition irréelle d’images audiovisuelles, sur le plateau et dans la salle, Je suis retrace la généalogie de ces grands-pères et grands-mères, arrêtés, exilés et dépouillés de leurs biens, et dont beaucoup ont disparu. Au centre, la mère d’Elena, chez elle, aux côtés de sa fille qu’elle ne reconnaît plus, et qui s’obstine  à vouloir retourner  dans son appartement…
Les souvenirs anciens remontent, comme cette robe qu’elle a eu le droit de se coudre, pour tout salaire, après des mois de travail,et  les efforts pour élever les enfants, envers et contre tout : »J’ai fait ce que j’ai pu, pour que ton frère et toi ne soient pas des mauviettes ! ». Des vidéos de petits portraits dessinés  offrent une dimension ludique et émouvante à ce terrible massacre qui connaît encore des résurgences.
Ce cauchemar n’a pas été oublié à Komsomolsk-sur-Amour et ce n’est pas le régime actuel qui parviendra à le résorber! On voit aussi  Wladimir Poutine salué par des acclamations à plusieurs reprises. Une belle émotion…
Je suis se jouera prochainement à la Chaux-de-Fond (Suisse). Un spectacle à ne pas manquer…

Edith  Rappoport

Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, à Paris, le 16 janvier.

Entretien avec Aurélie Dupont à Tokyo

Entretien avec Aurélie Dupont à Tokyo
 À propos de sa dernière création, Sleep, chorégraphie de Saburo Teshigawara.Aurélie Dupont, danseuse-étoile à l’Opéra de Paris, sera maître de ballet de l’Opéra de Paris à partir de novembre prochain.
photoJ. C: Comment avez vous rencontré Saburo Teshigawara pour ce projet?
A.D. : En 2006, j’ai vu pour la première fois son travail à l’Opéra de Paris, avec Air ; j’ai trouvé cela très beau.
En septembre dernier, Brigitte Lefèvre m’a dit qu’il  allait  faire une création à l’Opéra, et qu’il aimerait travailler avec moi, j’ai répondu : « Bien sûr,  on y va ! »
Je savais qu’il demandait pas mal d’improvisation, c’était quelque chose qui pouvait m’effrayer un peu mais, comme je suis attirée par ce que je ne sais pas faire, j’ai eu très envie de collaborer avec lui.
Nous nous sommes vus l’hiver dernier et nous avons créé Darkness is hiding black Horses. J’ai adoré sa façon de m’amener très doucement à improviser et je me suis sentie à l’aise. En mars, il m’a parlé d’un nouveau projet pour cet été, au Japon, avec sa compagnie ; j’ai dit oui, tout de suite.
Humainement, c’est quelqu’un de très généreux, nous avons eu de longues discussions et j’ai aimé son travail chorégraphique.
- On sent dans ce spectacle une véritable volonté de constituer un groupe cohérent sans «stars» qui se différencieraient les unes des autres. Cela vous a-t-il plu?
- A. D. : En danse contemporaine, on rencontre moins cette différentiation, cette question de premier rôle ou de second rôle ; il suffit de voir les spectacles de Pina Bausch, par exemple. Dans Sleep, personne n’a la vedette, même pas Saburo en tant que chorégraphe : il y a des solos, pour moi comme pour lui ou pour Rihoko. Il s’agit surtout de former un groupe, d’être ensemble, plutôt que de se mettre en avant, et cela me va très bien : si je m’étais sentie superstar, cela m’aurait mise mal à l’aise, je pense. C’était intéressant pour lui ce mariage entre le classique et le contemporain, mais ce n’était pas l’objet principal de notre cohabitation.
- Il existe un moment étonnant dans Sleep, qui est la déconstruction d’un  ballet classique, Casse-Noisette. Cela vous a-t-il étonné?
A. D. : Saburo Teshigawara est quelqu’un qui a beaucoup d’humour. Il a la sagesse des hommes qui ont cent cinquante ans et, en même temps, il a l’humour d’un enfant. Il a une grande rigueur et, à l’intérieur de cette rigueur, beaucoup d’improvisation.

-: C’est un créateur complet : chorégraphe, danseur, costumier et  scénographe. Vous êtes danseuse étoile et vous allez devenir prochainement maître de Ballet  à l’Opéra de Paris . Avez-vous le projet de faire une chorégraphie?
 

AD: Non, pas du tout. Je pense que ce sont deux métiers différents. Je n’ai jamais rencontré d’excellents danseurs-étoiles qui réalisaient d’excellentes chorégraphies. Pina était une très bonne  danseuse dans ses  créations, mais c’est un cas rare. Je serais capable de créer un solo ou un duo, mais pas une pièce pour , plusieurs danseurs.

- Au Japon, vous êtes une icône, comme tous les danseurs de l’Opéra de Paris (on ne se rend pas compte, en France, de cette dimension!). Danser du contemporain ici, était-il aussi pour vous une volonté de casser cette image?
 

A.D. : Non pas du tout. Cette image, je l’ai déjà cassée dans la maison-mère. En ce qui concerne l’ouverture de ce pays à la danse contemporaine, je suis déjà venue au Japon, danser au Festival des meilleurs danseurs du monde, qui a lieu tous les trois ans, et j’y ai souvent apporté des pièces contemporaines, pour former le public japonais à cette danse.
- : Ce spectacle japonais aurait-il un avenir en France?
 AD: Je pense que cela se fera. Saburo en a envie, moi également. Et Saburo est très connu en Europe.
-: Une dernière question, à propos de la critique de danse qui est de moins en moins assurée   dans la presse écrite,  et de plus en plus, par des sites individuels ou des collectifs de critiques, qu’en pensez vous?
A.D. : Pour moi,  il est difficile d’être un bon critique de danse. Je me suis souvent trouvée en conflit avec des critiques de danse classique, car je n’étais pas d’accord sur le fait qu’ils parlaient d’un ballet, sans en connaître l’histoire!
A la limite, comme je vous le disais, je ne crois pas qu’un danseur-étoile puisse devenir chorégraphe, mais je pense qu’un bon-danseur étoile peut devenir un bon critique.
 
Jean Couturier
 Tokyo Metropolitan Theater le 15 août.

 

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