Théâtres documentaires. Des scènes pour la santé et la recherche historique

Théâtres documentaires.  Des scènes pour la santé et la recherche historique

 
Le marathon #aidelesmedecins (#pomogivratcham en russe) est un beau moment dans l’activité des théâtres russes pendant le confinement (voir theatredublog XXXX). Les témoignages des principaux acteurs de l’actuelle pandémie venus des hôpitaux, étaient repris par des acteurs parfois célèbres dans la Russie toute entière. Ils devenaient ainsi des porte-parole émouvants et suscitaient l’empathie ou le débat politique.

Des lectures filmées diffusées sur le site de chaque théâtre qui se passaient le relai l’un après l’autre et soir après soir, incitaient d’autres médecins ou membres du personnel soignant, à écrire à leur tour, anonymement ou sous leur nom, ce qui se passait ou ce qu’ils ressentaient. Toutes ces prises de parole, tous ces actes d’une grande saga tragique encore inachevée constituent des archives pour le futur,  ce « temps d’après » comme on dit. Ils sont déjà consultables sur les sites des théâtres. Un immense chœur d’acteurs unis se retrouve ainsi au service d’un peuple souffrant.

Ce grand documentaire en numérique, diffusé en direct,  est aussi destiné aussi à favoriser la récolte des fonds pour des hôpitaux qui manquent de tout. Au service de ceux qui se dévouent pour soulager les souffrances, soigner, et guérir,  mais aussi de ceux qui, peu confiants en la parole officielle, veulent être informés. Cela nous semble être un exemple digne d’être étudié et suivi. Donner la parole aux médecins, infirmières, témoins, parents des malades ou de morts à qui ils n’ont pu faire un dernier adieu, peut être un sujet brûlant pour les théâtres publics. Des médecins ont  été invités sur les plateaux  de télévision et  d’autres…s’y  sont invités. D’autres encore qui se disaient experts sans rien savoir du tout, y ont péroré.  

Le centre hospitalier se situe dans le village de Golokhvastovo, à 60 kilomètres au sud-ouest du centre de Moscou. AFP/Andrey Borodulin

Un centre hospitalier rapidement construit dans le village de Golokhvastovo, à 60 kilomètres au sud-ouest de Moscou. ©AFP/Andrey Borodulin

Ce n’est pas à ceux-là qu’il faut donner la parole sur la scène -elle n’est pas un plateau de télévision- mais aux  médecins qui ont écrit ou continuent de le faire. En notant ou reformulant ce qu’ils ont vu et vécu avec leurs patients. Les corps n’étaient pas les seuls touchés mais aussi les esprits, les âmes et les inconscients. Ecrire aide aussi à mieux traiter les patients du  lendemain. Un ami médecin auquel nous avions parlé du phénomène russe, a lu sur son ordinateur deux petits chapitres, magnifiques, qui parlent de situations que nous avons tous plus ou moins partagées et qui nous aident à réfléchir à ce qu’on a appelé une  guerre mais qui n’en est pas une. Les mémoires des hôpitaux et cabinets médicaux sont des sources vives pour nous aider à dépasser les traumatismes que nous avons tous vécus mais souvent de façon solitaire.

Un chercheur  en histoire vient de lancer un grand projet sur un autre thème brûlant aujourd’hui, l’esclavage. Il s’agit  de construire un nouveau récit de l’abolition de l’esclavage en Afrique du Nord. « Si la fin de l’esclavage et son abolition ont fait l’objet de nombreuses recherches, son histoire est si diverse et si complexe que nombre de ses dimensions n’ont pas encore été étudiées. » M’hamed Oualdi, historien du Maghreb au Centre d’histoire de Sciences Po, consacre un projet. Il vise notamment à en révéler les dimensions transnationales à travers l’examen des écrits d’esclaves au Maghreb. Ce projet novateur a été retenu et financé par le Conseil européen de la recherche ».(1)

N. Murad expliquant à Trump pourqu-ui elle a reçu le Prix Nobel Donald Trump écoute la nobel de la paix 2018, i  © Alex Brandon/  AP / SIPA

Nadia Murad expliquant à Trump visiblement peu au courant pourquoi elle a reçu le Prix Nobel de la Paix en 2018  © Alex Brandon/ AP / SIPA

Un épisode récent a convaincu ce chercheur  de la nécessité de partir de témoignages d’esclaves : il a assisté à celui de Nadia Murad, une femme yazidie, esclave sexuelle de l’État Islamique en Irak, au Security Council Meeting en décembre 2015 (2).  Il va donc travailler sur des témoignages écrits de captifs dans le monde musulman depuis le XVIII ème siècle jusqu’à l’entre-deux guerres : «Pour un premier groupe d’esclaves, ceux venus du sud de l’Europe et se retrouvant au captivité au Maghreb, jusqu’au début du XIX ème siècle, les archives européennes débordent de pétitions et suppliques adressées par ces captifs en Europe à une autorité espagnole, italienne ou française pour obtenir leur libération. Parallèlement, des esclaves maghrébins parvenaient eux aussi à transmettre à leurs souverains et à leurs parents, des suppliques rédigées en langue arabe. »

Les publications relatives à ce projet seront bien sûr autant d’interventions scientifiques sur l’histoire de la Méditerranée, du Maghreb, de l’esclavage et de son abolition. Mais dit M’hamed Oualdi « Nous espérons aussi qu’à terme, des hommes et femmes de théâtre se saisiront des voix d’esclaves que nous aurons mises au jour, pour les ranimer et les faire revivre sur les planches en diverses langues. » Et il a envisagé dès le début de ses recherches,  que la plateau théâtral soit comme un écho incarné de ses recherches scientifiques. La scène documentaire se faisant souvent l’écho des voix oubliées (3). Il demande lui-même l’aide, la collaboration des  metteurs en scène de théâtre.

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Au festival d’Aix-en-Provence 2008, Peter Sellars avait monté, en mettant l’accent sur la question de l’esclavage,  Zaïde, un opéra inachevé de Mozart. Et il avait aussi organisé parallèlement un colloque de deux jours: Pour en finir avec l’esclavage … Dont l’histoire ne se limite pas en effet à la colonisation européenne ou à la traite des noirs vers l‘Amérique, mais elle est beaucoup plus longue, complexe, et toujours pas terminée… Ce qui apparaissait avec brutalité dans ce colloque avec des témoignages de victimes d’esclavage sous une forme actuelle et qui avaient été recueillis par l’association marseillaise Esclavage Tolérance Zéro. Opéra et projet documentaire étaient associés  sur scène et en dehors de la scène, dans un acte d’une radicalité très peu vue à Aix-en-Provence. Peter Sellars affirmait alors, lors d’un entretien où il s’expliquait sur ses choix : «La culture n’est pas une distraction. Elle aide à affronter nos gouffres comme nos petites lâchetés. Elle cicatrise le tissu blessé, celui de l’individu comme celui d’une société tout entière ».  
Cette phrase toute simple, où art et recherche définissent la culture, incite à approfondir ces chemins dans une époque inédite où la maladie rôde, où les blessures saignent partout et où tous les repères semblent disparaître.

Béatrice Picon-Vallin

 Dans une précédente recherche – exposée dans notre ouvrage Esclaves et maîtres, Les Mamelouks des Beys de Tunis du 17ème siècle siècle aux années 1880 (Publications de la Sorbonne, consultable en ligne), nous avons étudié un corps particulier d’esclaves et de serviteurs: les mamelouks qui servaient les gouverneurs de la province ottomane de Tunis, en occupant de hautes positions administratives et militaires. Venus des rives nord de la Méditerranée (Italie, Grèce) et du Caucase, ils sont fascinants car ils témoignaient de leurs sentiments, de leurs vies de serviteurs dans des écrits en langue arabe qu’ils ont le plus souvent dicté à leurs secrétaires arabophones, voire rédigé eux-mêmes.

Par la suite, lors d’un cours sur l’esclavage dans le monde musulman nous avons donné à Princeton, nous nous sommes familiarisé avec un champ d’études majeur aux États-Unis, portant sur les récits d’esclaves (« slave narratives » ) relatant les vies et souffrances de ces femmes et hommes  d’origine africaine, souvent dans une visée abolitionniste. L’un de ces récits, celui d’un Africain de l’Ouest, Umar Ibn Said, est frappant: il se définissait comme Maghrébin. Et ce texte nous a poussé à élargir notre conception du Maghreb à un ensemble géographique plus vaste.

-Vous couvrez une période qui s’étend du milieu du 18ème siècle à l’entre deux-guerres, à savoir une période bien plus étendue que celle que l De fait, un aspect innovant de ce projet est de vous appuyer sur des témoignages écrits de captifs. Or, on imagine mal des esclaves alphabètes prenant la plume, on conçoit mal aussi que de tels documents aient été conservés…

-Oui c’est le défi majeur et l’un des questionnements essentiels qui me passionne dans ce projet : en fonction de l’âge, du genre des origines sociales et géographiques des esclaves mais aussi des types d’institutions administratives de leurs pays d’origine, l’accès des esclaves à l’écrit était tout à fait inégal. Et cela se ressent dans les premières archives que nous avons pu consulter. Une finalité centrale de cette recherche – qui consiste à retrouver et faire entendre des voix de dominés – est de pouvoir s’adresser à des publics différents.

 

[1]  Voir Cogito le magazine de la recherche , 15 juin 2020 https://www.sciencespo.fr/research/cogito/home/la-longue-fin-de-lesclavage-au-maghreb/?fbclid=IwAR2kQrT9U5-bvSdApGXdSjuWeryzWfW2dM7fFcIb_JDIhPAyU4geSHMhw0o

[2] Elle a  par la suite obtenu le prix Nobel de la paix.

[3] Voir Les Théâtres documentaires, deuxième époque (2019).


Archive de l'auteur

Que voir maintenant et ensuite cet été? (suite)

Que voir maintenant et ensuite cet été? (suite)

 

Le Théâtre du Peuple à Bussang

Suite à l’annulation de la saison d’été, Simon Délétang, son directeur n’a pas voulu faire à sa place un mini Bussang.  Au lieu de  huit cent spectateurs par date dans la grande salle, il y en aura  cinquante maximum par séance et en extérieur. Pour la première fois dans l’histoire de ce théâtre, le public sera placé du côté forêt,  face aux portes ouvertes. Ce dispositif scénographique -peu de lieux en disposent- est une forte idée de son créateur Maurice Pottecher  qui créa le Théâtre du Peuple en 1895 : il ouvrira, au début du XX ème siècle, le fond de scène grâce à deux grandes portes coulissantes afin « d’assainir l’art au contact de la nature… Simon Delétang l’utilisera « à l’envers » comme l’avait fait Emmanuel Demarcy Mota à l’Espace Cardin  et cela rappellera au public la situation exceptionnelle, puisqu’il verra derrière le groupe Fergussen  des centaines de sièges vides.

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«Nous défendons principalement le théâtre de texte, dit Simon Délétang, mais cet été nous allons croiser les disciplines en proposant une rencontre entre un texte et un univers musical électro-rock.

 Et nous avons demandé au groupe Fergessen installé dans les hauteurs de Saint-Dié (Vosges) de venir à Busssang. Avec un seul technicien pour les accompagner. Nous aimons les décors, effets et  costumes mais cette fois, il y aura juste des micros et des synthétiseurs, peut-être un tapis…. «   (…)  « J’ai repensé à la notion de consolation. Face aux mesures sanitaires drastiques imposées au milieu culturel et à l’impossibilité de présenter le programme ambitieux dont nous rêvions depuis deux ans, nous avons eu envie de réagir et d’apporter à notre manière, une consolation sous la forme de petit spectacle en fin d’été.

Et j’ai tout de suite imaginé quelque chose à partir d’un texte court et définitif de Stig Dagerman que j’ai lu, il y a plus de vingt ans.  Et d’une beauté philosophique sidérante : un hymne à la vie et à la liberté. J’ai rencontré Michaela et David du groupe Fergessen en arrivant dans les Vosges, en 2016  dans une émission de télé locale et leur univers m’a tout de suite touché. Leur douce mélancolie teintée de rock, de voix sublimes s’unissant à la perfection et leur capacité à proposer des univers très différents aux rythmes électro-rock.

 Je leur ai donc proposé de créer cette forme avec moi » (…). « Je dirai le texte au micro mais soutenu par leur création musicale, face au public et à cette forêt mythique. C’est une ode à la liberté, au libre arbitre, à la prise de conscience qu’être soi peut être déjà une force considérable. Et selon Heiner Müller : « Ce dont on ne peut pas parler,  il faut le chanter ».

Théâtre du Peuple, 40 Rue du Théâtre du Peuple, Bussang (Vosges). T. : 03 29 61 50 48.


Instable par Les Hommes penchés

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C’est un solo où Nicolas Fraiseau est aux prises avec un mât instable, relié à deux câbles, qui est toujours en équilibre instable. penche. L’équipe n’a cessé de travailler pour reprendre au plus vite l’échange capital avec le public. Elle  se remet en route avec le mât, les pneus et les planches d’Instable. » Nous avons tous pu estimer intimement combien nous sommes farouchement attachés à nos libertés fondamentales et sommes impatients de retrouver un public. Instable se jouera en juillet et août en Ile-de-France puis à l’automne en France, à travers l’Europe et le Canada.

En partenariat avec le Festival Paris l’été, le samedi 25 juillet, en extérieur, au Square du Théâtre du Garde-Chasse, Les Lilas (Hauts-de-Seine).
Festival Paris l’été, dimanche 2 août à 17 h, en extérieur au Lycée Jacques Decour, Paris XVII ème) e
t le dimanche 9 août, dans le parc du Domaine départemental, 38 rue du commandant Arnoux, Chamarande (Essonne). T. : 01 60 82 52 01.


Les Tempos d’été du Métronum à Toulouse

 

Claudia et Sylvain de Supamoon © Radio France - Sébastien Giraud

Claudia et Sylvain de Supamoon © Radio France – Sébastien Giraud

 

Le 8 juillet, Ouverture avec Supamoon, un concert en transat (RnB alternatif/Pop)

Le 16 juillet: Ciné sous les étoiles: Sherlock Junior de Buster Keaton  États-Unis, 1924, Comédie, 43 min, un film muet en ciné-concert avec Arthur Guyard au piano et Rémy Gouffault à la batterie 
Le 18 juillet Supamoon – Concert en Transa (RnB alternatif/Pop)
Le 23 juillet, Ciné sous les étoiles: Sugar Man, un documentaire ( 2012)  1h 25  de Malik Bendjelloul.
Le 25 juillet, Concert en Transat avec Moonlight Benjamin. 
Le 30 juillet, Ciné sous les étoiles : Les Chats Persans de Bahman Ghobadi, film iranien (2009 )  en v.o sous titrée en français.

Les 24 et 31 juillet à 15h, La Fabrique de la musique avec des conférences participatives,  en partenariat avec la Bibliothèque de Toulouse : Les chansons des Beatles.

Le Métronum, scène des musiques actuelles, 2 Rond-Point Madame de Mondeville, Toulouse. 
Philippe du Vignal

 

Littoral, écriture et mise en scène de Wajdi Mouawad

©Tuong-Vi Nguyen

©Tuong-Vi Nguyen

Littoral, écriture et mise en scène de Wajdi Mouawad

L’auteur et metteur en scène a réouvert hier avec émotion le théâtre de la Colline devant un public qui lui a très chaleureusement manifesté son soutien. Créée en 1997 au Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal, dans le cadre du Festival des Théâtres des Amériques, l’oeuvre marqua ses premiers spectateurs, malgré -et peut-être grâce à- une durée peu banale pour l’époque (presque cinq heures). Explosait à la scène un talent littéraire évident et l’œuvre était portée par une équipe de jeunes acteurs qui osait tout. Mention spéciale à Steve Laplante dont l’interprétation restera dans les mémoires.

Wajdi Mouawad reprit Littoral à diverses périodes de sa vie : au Festival d’Avignon puis à celui des Francophonies en 1999. Ensuite à Rome, Bruxelles, Beyrouth, Chambéry… Dix ans plus tard, artiste associé au Festival d’Avignon, il fut invité à y présenter l’ensemble des quatre pièces du Sang des promesses dont Littoral constituait le texte inaugural : un fleuve émotionnel à qui il fit subir une cure d’amaigrissement. Aujourd’hui, vingt-trois ans après sa création, le directeur de La Colline propose une nouvelle approche de son histoire et oriente le miroir vers le monde féminin. Wilfrid, interrompu au moment d’un coït mémorable par l’annonce de la mort brutale de son père, devient Nour, un soir sur deux. Une belle idée qui permet de rassembler deux distributions en alternance et de regrouper la plupart des jeunes acteurs de Notre innocence à sa création. Ce qui redonne à l’effet de génération 97, le souffle de la jeunesse d’aujourd’hui.

Avec la même économie : trois chaises, deux seaux et un balai, il retrouve l’état de nécessité qui a baigné la création de cette pièce, avec à la fois l’urgence de prendre la parole et une pauvreté totale des moyens. Ironiquement il fait descendre des cintres, en ouverture, une centaine d’accessoires et de costumes disponibles, sur le très grand plateau de La Colline, pour retourner ensuite à ces modestes accessoires et à un trait sur le sol aux dimensions initiales de la scène de Montréal. Retour aux sources affirmé…

 Le voyage de Wilfrid/Nour pour aller enterrer son Père, est une sorte d’Odyssée du temps présent, depuis le monde occidental vers le monde oriental. Il accostera aux rivages dévastés, familiers de nos écrans : guerre civile, villages détruits, assassinats sauvages, disparition de familles entières. « Dans les villages, les morts ont pris toute la place » et tous les jeunes sont orphelins. Le père mort de Wilfrid/Nour devient le père de chacun. A mesure des rencontres, les patronymes de ceux qui ont été vaincus, sont criés à la face du ciel. Partis  ou morts ? L’appel de ces noms, simplement énoncés, devient le monument aux morts virtuel d’une génération perdue. Et nous sommes glacés devant ces presque encore enfants qui cherchent à rester vivants avec tout ce qui est mort en eux. Wajdi Mouawad ne donne aucune précision géographique sur ces univers traversés qui sont autant ceux de la mémoire que du rêve. Mais comment garder la puissance de sa mémoire et de ses rêves d’il y a vingt ans ? Il réussit à mettre à distance toute nostalgie et fait confiance à cette bande de jeunes gens auxquels il a remis sa jeunesse.

Des décalages se font pourtant sentir, le temps et l’espace diffèrent… Wajdi Mouawad lui-même a opéré sa propre translation géographique :  il n’est plus au Québec mais en France. Et les rivages où accoste Wilfrid/Nour sont plus connus du public français, que de celui de Montréal, une ville qui n’a pas connu la guerre et qui fut peu concernée par l’actualité du Moyen-Orient.
Cette œuvre, reçue au Québec comme la recherche identitaire du personnage central assimilé à l’auteur, devient à Paris une forme de confrontation politique avec une partie du monde en décomposition. La violence n’est plus tant celle du malheur familial de Wilfrid/Nour (mère morte à la naissance, père enfui)  que celle d’une innocence tranquille, brutalement sommée de se confronter aux effets de la guerre.

 Ces glissements sensibles n’entament pas l’intérêt  que l’on porte au spectacle et il y a la verdeur audacieuse des moyens employés et la fantaisie débridée des acteurs. Wilfrid est encore un peu dans les rêves de l’enfance et se croit accompagné d’un « Chevalier » protecteur, grandiloquent et bagarreur (une « Chevaleresse » pour Nour) tout comme il s’imagine héros d’un film en train de se tourner. Sans souci des conventions habituelles du théâtre, Wajdi Mouawad use des champ et contre-champ du cinéma. Citation des temps héroïques de son théâtre, retour aux fondamentaux du théâtre de tréteaux : l’imagination est au pouvoir. Reste la question de l’exil qui traverse encore et encore la vie et les créations de Wajdi Mouawad. Ici, au tout premier plan, celui volontaire de Wilfrid/Nour vers des racines familiales pour enterrer enfin le corps du Père. Au bout du voyage, la découverte que la guerre pouvait être aussi parfois, le temps de l’enfance et de l’amour.

 Et alors la figure du Père, toujours présent et loquace, même mort, prend toute sa place poétique : il ne veut pas être emmené par les flots, il ne veut pas disparaître. Il aime encore trop les femmes, la vie, le hasard et les souvenirs de son enfance. Il faudra bien pourtant que cette jeunesse se décide à le faire couler au fond de la mer pour espérer construire autre chose…

Wajdi Mouawad sera-t-il un jour le Père qui accepte enfin de disparaître ? A la cinquantaine, il est au milieu du gué et son théâtre porte, tout en délicatesse, la marque du temps qui passe.

 Marie-Agnès Sevestre

 Jusqu’au 18 juillet, Théâtre National de la Colline, 15 rue Malte-Brun Paris (XX ème).

Ca va, ça va le monde ! Un cycle de lectures proposé par Radio France Internationale

 Un cycle de lectures proposé par Radio France Internationale :  Ca va, ça va le monde !

 Le festival d’Avignon, annulé, devient cette année Un rêve d’Avignon. Tout au long du mois de juillet, des créations uniques (podcasts, documentaires, fictions), et des pièces qui ont marqué l’esprit des spectateurs,  seront diffusées sur les stations et plateformes de l’audiovisuel public partenaires du festival, dont Radio France Internationale.

Le programme de lectures publiques d’auteurs francophones, accueilli rituellement au Jardin de Mons, avec le chant des cigales et parfois l’irruption intempestive des cloches des églises voisines, se transporte cette semaine à la Cartoucherie de Vincennes, avec la complicité du Théâtre de la Tempête.  La décision a été prise dans l’urgence, alors même que la réouverture des théâtres n’était pas actée, dit Pascal Paradou en charge et à l’initiative du cycle de ces lectures.  Sans les trompettes de Maurice Jarre annonçant le début des spectacles mais « avec la ferveur d’une aventure radiophonique sans cesse réinventée ». 

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Photo Pierre RENE-WORMS

 Les enregistrements publics, en très petit comité, permettront à R.F.I. d’être au rendez-vous de son auditoire, présent sur les cinq continents. Les lectures sont dirigées alternativement par François Rancillac et Catherine Boskowitz, deux familiers des territoires lointains de langue française, deux voyageurs du théâtre contemporain. En ce début juillet, dans la fraîcheur d’une soirée en plein air légèrement venteuse et un quasi huis-clos de plein air, imposé par les conditions sanitaires, François Rancillac a lancé la première lecture du cycle avec Zone franc(h)e du jeune auteur camerounais Edouard Elvis Bvouma.  Lauréat du prix S.A.C.D. de la dramaturgie francophone 2016 pour A la Guerre comme à la game boy, puis du prix R.F.I. théâtre 2017 avec La Poupée barbue, il est très souvent accueilli en résidence d’écriture, entre autres aux Francophonies de Limoges. Ses œuvres sont publiées par les éditions Lansman. Donc ce n’est pas un inconnu pour qui a un œil attentif aux écritures venues d’Afrique et assurément c’est une voix originale.

 Le texte est porté par Ibrahima Bah, Fatima Soualhia-Manet et Claude Guyonnet. Cela se passe dans un centre de rétention : zone pas très claire entre ailleurs et ici, hier et aujourd’hui, pour qui essaye d’obtenir le droit d’asile. Histoire malheureusement bien connue à laquelle l’auteur ajoute le piquant d’un demandeur obstiné, un peu poète et très roublard, qui déclare sa flamme à Madame la France…

« L’Inspecteur de la brigade des refoulements » joue son rôle, un peu pervers, de débusqueur de fausses motivations tandis que  l’Avocate commise d’office finit, elle, par tomber amoureuse de son drôle de client et voit en lui l’opportunité de changer de vie et, pourquoi pas, de filer… en Afrique ! Savoir où vivre, quelle mémoire trimballer avec soi et quelles ruses employer pour être au rendez-vous de ses désirs, tels sont les talents que doivent déployer tous les candidats à l’exil européen…  Le texte n’est sans doute pas le plus original d’Edouard Elvis Bvouma, dont on avait apprécié l’implacable vision des déchirements dus aux guerres civiles africaines. Ici, il laisse un peu traîner des situations tristement bien connues et mobilise plus que nécessaire les explications de son candidat au visa. Mais on se laisse prendre par le personnage le plus original : L’Avocate, qui trouve chez son client une possible pirogue pour ses désirs refoulés.

 Edouard Elvis Bvouma reste un auteur à suivre. On aimerait que les metteurs en scène français, assez frileux quand il s’agit de monter des textes africains contemporains, fassent voyager son théâtre au-delà des cercles habituels du réseau dit francophone.

 Marie-Agnès Sevestre

 Diffusion vidéo sur Facebook mercredi 15 juillet à 11 h : Un Rêve d’Avignon et sur R.F.I. samedi 8 août à 17h 10.

A suivre :
Victoria K, Delphine Seyrig et moi et la petite chaise jaune de Valérie Cachard, texte lauréat du Prix R.F.I. Théâtre 2019 (Liban), mise en voix de Catherine Boskowitz.

Diffusion vidéo sur Facebook lundi 13 juillet à 11 h et sur RFI samedi 25 juillet à 17 h 10.

Traces, discours aux Nations africaines de Felwine Sarr (Sénégal), mise en jeu d’Aristide Tarnagda.Diffusion vidéo sur Facebook mardi 14 juillet à 11 h. et sur R.F.I. samedi 1er août à 17 h 10.

Entre deux souffles, le silence… de Pierrette Mondako (République du Congo), mise en voix de François Rancillac. Diffusion vidéo sur Facebook jeudi 16 juillet à 11h. Et  sur R.F.I. samedi 15 août à 17 h 10.

Démocratie chez les grenouilles de Jérôme Tossavi (Bénin, mise en voix de Catherine Boskowitz. Diffusion vidéo sur Facebook vendredi 17 juillet à 11 h. Et sur R.F.I. samedi 22 août à 17 h10.

 Les Filles de Salimata Togora (Mali), mise en voix de François Rancillac. Diffusion vidéo sur Facebook samedi 18 juillet à 11 h. Et sur R.F.I. samedi 29 août à 17 h 10.

Ersatz de et par Julien Mellano

 

Ersatz de et par Julien Mellano

Dans le cadre de Retrouvailles au Nouveau théâtre de Montreuil

Ersatz de Julien Mellano création 2018

©Julien Guizard

Le spectacle proposé pour cette réouverture de quelques jours, malgré son titre, n’a rien d’un ersatz (en allemand : objet de remplacement). On redécouvre ici un talentueux manipulateur d’objets et membre du collectif d’artistes rennois AÏE AÏE AÏE. Nous avions déjà apprécié son Nosferatu au théâtre Mouffetard, il y a deux ans (voir Le Théâtre du blog)

 Seul devant une table lumineuse, avec, pour tout compagnon, un fémur humain, Julien Mellano a l’air d’un conférencier guindé mais ne prononcera pas une parole. A peine bouge-t-il que le moindre de ses gestes résonne étrangement, à la manière d’un robot mal lubrifié. Amplifiés par un dispositif sonore, sa mâchoire grince, ses vertèbres et poignets craquent, ses déglutitions deviennent des cataractes stomacales…

 De son pupitre, il extirpe des objets qu’il assemble méticuleusement: une boîte de carton devient un ordinateur ;  un cerveau en ficelle, une souris. A partir de découpes en carton, d’autres savants dispositifs prennent forme sous ses doigts habiles, clignotent et mêmes fument… Dérisoires copies d’objets virtuels de notre quotidien… ou de notre futur.

 Metteur en scène et scénographe, cet astucieux bricoleur, dont les créations s’inscrivent au croisement du théâtre et des arts plastiques, dit s’inspirer « des questions que soulèvent l’idéologie transhumaniste, la cybernétique, l’intelligence artificielle ». Quel avenir nous réservent les techno-sciences,  aventure à la fois fascinante et angoissante ? Face à ces inquiétudes, il se penche sur les racines de notre humanité. Le masque qui le téléporte sur une autre planète aura tôt fait,  grâce à quelques manipulations, de se transformer en tête de singe. Qu’il coiffera… Ainsi revenu à nos premiers ancêtres, il allume un petit feu et brandit son fémur. Image finale émouvante qui rejoint l’épilogue de 2001 Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick.

Ersatz met gentiment en boîte nos angoisses devant une déshumanisation programmée. Ce solo à la fois rigoureux et réjouissant, après son succès dans le Off d’Avignon l’an dernier poursuivra une tournée au long cours. Les retrouvailles avec le Nouveau Théâtre de Montreuil, histoire de se dé-confiner, se poursuivront du 3 au 11 juillet avec quelques concerts sur le parvis du théâtre.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu le  27 juin  au Nouveau Théâtre de Montreuil, 10 place Jean Jaurès, Montreuil (Seine-Saint-Denis) T. : 01 48 70 48 90.

Les 8 et 19 septembre, La Halle aux Grains-Scène Nationale de Blois  et du  22 au 24 septembre,  Festival Titirimundi de Ségovie (Espagne).

Du 14 au 18 octobre, Théâtre de la Marionnette à Genève (Suisse).

Le 8 décembre, Le Lux-Scène Nationale de Valence (Drôme) et du 10 au12 décembre, Théâtre Nouvelle génération, Lyon  (VIII ème).

 

 

La Carotte fête ses vingt ans avec Trainfernal

 Trainfernalun cabaret musical explosif par la compagnie de la Carotte…

 Cette compagnie qui a fêté ses vingt ans avec ce spectacle, crée des spectacles accessibles à tous qu’elle joue dans le Jura Nord où elle s’est installée en 2002 mais aussi ailleurs en France. Dans les théâtres et salles des fêtes, sous les chapiteaux, dans les festivals de rue, granges, voire même les champs… Des spectacles écrits et mis en scène à partir de la parole des habitants, aux répétitions ouvertes.

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La célébration de cet anniversaire s’est passé à Gendrey, un village du Jura de 450 habitants mais, raisons sanitaires obligent, en plein air, dans le parc intercommunal. On pouvait voir d’abord une exposition, avec remise des prix d’un grand concours de faux gâteaux d’anniversaire géants. Puis on a retrouvé sur scène l’ensemble des douze anciens et nouveaux acteurs de la Carotte avec ce spectacle musical de 90 minutes qui eut un grand succès à ses débuts et ensuite…
On est dans une gare mais aucun décor, juste une guitare, deux bancs et un parapluie. Embarcation immédiate à bord du train en direction de Noulpart. Le train s’arrête toujours à la même gare et tourne en rond. Mais ses passagers vont, comme dans un polar, disparaître les uns après les autres! Avec chansons, humour, mime et  bruitages ! 

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On entend: «Le train 8.704 va entrer en gare. » Une femme suivie de quatre enfants marche à la recherche d’une valise. Valentina, une  jeune fille, chante: «Excusez moi, laissez-moi passer, je me suis trompée d’escalier !» Un homme (Seb Dec), bouquet à la main, ramasse un gant perdu et court après Valentina: « Je devais me rendre à Moscou, j’étais mort de faim !» Puis, on entend une annonce pour un train italien en correspondance pour Milan. Encore une autre annonce: «La personne ayant abandonné ses bagages est priée de se rendre quai n° 3. » Un employé présente plusieurs valises et deux femmes se prosternent sur la table  où on les a posées…

Un chef dirige les chansons accompagnées à l’accordéon dont Love me tender du compositeur américain Poulton d’après une vieille mélodie et chantée en 1956 par Elvis Presley, puis chez nous par Eddy Mitchell et aussi par Johny Hallyday… Une des femmes ouvre la valise et on jette des confettis. Puis les  chanteurs qui rugissent et aboient ! Enième annonce:  «Le train à destination de là où il va, va partir. On est à la gare de Noullepart !» Danses à six personnages avec mouvements ridicules et déséquilibrés puis  en rond. Et ils chanterontnt Sometimes, I feel like a motherless child, ce negro spiritual mythique, composé aux États-Unis avant l’abolition de l’esclavage en 1865 et interprété entre autres par Louis Armstrong en 1956. Une jeune fille, percutée, titube et tombe.« Nous arrivons en gare de nulle part, il faut détourner le train.» Avec quelques acteurs et musiciens, ce train infernal réjouit un public enthousiaste…

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Et en fin de soirée, a eu lieu le concert tout à fait comique de trois musiciens cévenols, les frères Jaccard. Merci pour ce spectacle chaleureux et bon anniversaire à la Carotte…


Edith Rappoport

Ce cabaret musical explosif a été joué à Gendrey,  les 3 et 4 juillet.

La Carotte, 37 rue de la République, 39700 Orchamps. T. : 03 84 81 36 77.  contact@lacarotte.org

Festival Rallumons les lumières, ouverture de la saison 20/21 au Granit de Belfort

Festival Rallumons les lumières ouverture de la saison 20/21  au Granit de Belfort

La directrice du Granit et Fabienne Cardot présidente de la Région Photo X

La directrice du Granit et Fabienne Cardot présidente de la Région
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Cette Scène Nationale vient de changer de direction et Eleonora Rossi succède à Yannick Marzin. Pour commencer: un étrange festival du 1er au 11 juillet de midi à minuit, avec dix spectacles accessibles seulement à une ou deux personnes.On nous installe dans un transat avec un casque sur les oreilles pour un message sonore de la compagnie S F de Dijon. Elle a commencé ses expérimentations théâtrales en 2009 avec Le Petit Cirque des Tribuns, « une épopée décentralisée à mobylettes » et elle passera l’été à traverser la région grâce au soutien du Centre Dramatique National de Dijon. Cette troupe s’autoproclame alors compagnie de théâtre tout-terrain  et crée des  formes légères et autonomes  pour atteindre les publics les plus éloignés du théâtre (géographiquement ou socialement). Ses créations  parlent  toutes de  la condition de l’être humain, avec sa fragilité, sa laideur et sa beauté.

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  Sébastien Foutoyet acteur et directeur de la compagnie et un musicien nous entraînent dans une courte rêverie: « Je te prête le souffle de la vie, ce qui touche au ciel! Je ferai naître un soleil entre tes lèvres. J’écris ce poème pour que tu dormes. Je formerai un langage entre ton sommeil pour ôter la pierre sur ton souffle » (Jean Tardieu) « Et déjà les arbres nous tendent leurs bras, arracher tous les drapeaux de toutes les nations. (…) « Passant la porte en toi, je suis entré. Chaque jour l’homme apprend des nouvelles de sa mort prochaine ! »

This is… Phil Darwin de Phil Darwin

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Cet humoriste de quarante deux ans né au Congo, fils de diplomate, a passé une grande partie de sa jeunesse en Algérie, ce qui lui  inspirera de nombreux personnages : despote et jeune femme africaine, vieil homme algérien… Après des études de management, il se lance dans des solos, et participa en 2007 à la soirée: Rire contre le racisme  à l’Olympia puis créera avec succès Made in Africa, la même année au Théâtre de Dix heures à Paris.  Il joue depuis 2010,  This is… Phil Darwin, un monologue mis en scène par Philippe Sohier, en tournée en France et au Maghreb. Mais il a  aussi présenté en 2012, un autre monologue plus poétique Des Ruines à la Maison de la Poésie à Paris. Phil Darwin, est aussi chroniqueur à la Radio Africa n°1. Assis derrière un bureau, il semble ici avoir pris possession du nouveau Granit. « J’ai peur de ma petite taille, j’ai trouvé l’amour dans la bras d’une blanche ! » et réussit à s’imposer avec une belle ironie. En particulier quand il critique les abus de pouvoir:  » Clairement tout le monde en abuse un peu, que ce soit en Occident ou dans le Tiers-monde, autant dans le Nord que dans le Sud. Ayant vécu et en Afrique et en Europe j’illustre la différence d’abus de pouvoir entre ces deux continents. C’est beaucoup plus flagrant en Afrique. C’est tellement flagrant que c’est indécent vis-à-vis du peuple. En Europe aussi, cela arrive mais généralement on l’apprend dix ans après : »Ah! Oui quand il était au pouvoir il avait fait ça ! » Chez nous le dirigeant le fait aujourd’hui. Le lendemain tout le monde le sait. Mais personne ne peut rien dire. Ceux qui parlent le soir, le lendemain l’armée est là : « C’est toi qui as dit ça ! Non non, c’est pas moi !«  Je voulais dénoncer ça.

Edith Rappoport

Granit de Belfort jusqu’au 11 juillet. Spectacles gratuits.  T.  03 84 58 67 67. Réservation obligatoire : mail reservation@granit.eu

Les 3000, textes de Hakim Djaziri, mise en scène de Quentin Defalt et Hakim Djaziri

 Les 3000, textes de Hakim Djaziri, mise en scène de Quentin Defalt et Hakim Djaziri

Photo Benoît Pouvreau © Département de la Seine-Saint-Denis

Photo Benoît Pouvreau © Département de la Seine-Saint-Denis

Une lecture d’une série théâtrale en dix épisodes d’un homme qui a grandi dans un quartier difficile: la Rose des Vents à Aulnay-sous-Bois, dit  aussi Les 3000. 
Adolescent, il  éprouvera, et plus que de raison, la violence, le reniement, le communautarisme et l’embrigadement religieux. Puis il aura des problèmes avec la Justice et finalement, se dégoûtera de de la France.  Un malaise social dû à l’isolement, à la frustration, mais aussi à la peur, à l’impuissance : cause de ruptures identitaires observables et observées…

Désaxé au Théâtre du Train bleu  Photo F. Vila

Désaxé au Théâtre du Train bleu
Photo F. Vila

Hakim Djaziri est depuis dix-sept ans, comédien, auteur et metteur en scène. Il a fondé la compagnie Teknaï, un collectif d’artistes à Aulnay-sous- Bois. En pratiquant le théâtre celui qui ne « se trouvait » pas, a  découvert le trésor des différences culturelles  et celui de l’expression des sentiments. Il a créé Désaxés, un spectacle mis  en scène par Quentin Defalt qui a  marqué les esprits.  Créé en février l’an passé au Festival Oui ! de Barcelone, il a été repris au festival d’Avignon  au Théâtre du Train Bleu. L’auteur y fait le récit de sa jeunesse : rupture identitaire, quête de sens et attrait pour le djihadisme,  avec des parcours hasardeux qui auraient pu être évités. Au-delà d’un bel éloge rendu à la famille, ce témoignage sur une communauté pose la question de l’identité des jeunes qui s’engagent.

Comme l’a écrit Kamal Daoud, dans Le Peintre dévorant la femme : « L’Occident est donc un nu, il est nu. Abdellah voudra le convertir à la voie juste et à la volonté de son dieu, le rendre décent, lui faire avouer le crime d’avoir voulu convertir ceux qu’il a dominés par ses modes sanguinaires durant les colonisations. C’est le mouvement inverse des trois derniers siècles : le missionnaire n’est plus l’Occidental qui veut convertir les barbares, les « autres » ; mais l’Autre qui débarque chez l’Occidental et veut le convertir au nouveau Dieu colérique. L’Occident n’est plus une expansion mais une rétraction. Il n’est plus ordonnateur mais sommé. »

Cette série théâtrale  approfondit le travail sur cette jeunesse, « dévoilant » franco de port : le racisme, la place des femmes dans les quartiers populaires, l’homophobie, les dérives islamistes… Une expérience amère… quand on a la sensation de ne plus appartenir à la société…  et advient une cristallisation maudite des tensions et blessures ! Auteur et metteur en scène se sont immergés dans le quartier des 3000  en janvier dernier pour  se confronter à sa réalité socio-économique et culturelle. Cela donnera naissance à une série théâtrale en dix épisodes de vrais destins, dix portraits, dix histoires vraies : une occasion de cerner les mécanismes qui subvertissent et dénaturent les liens.

Ainsi est mise en lumière la parole de ces «oubliés de la France » dont le parcours est peint sans manichéisme, sans moralisation, ni partialité, après un travail de cinq ans.  Ces « oubliés » ont tous un point commun : ils se rencontrés au moins une fois. Deux épisodes seront créés par an et en même temps. Mis en scène par Quentin Defalt et l’autre par Hakim Djaziri:  chacun pour cinq épisodes. La cité des 3000 est le territoire commun où chacun des protagonistes passera un jour ou l’autre. Les acteurs joueront au moins deux épisodes et ceux qui seront créés chaque année seront présentés au public en exclusivité au Théâtre Jacques Prévert d’Aulnay-Sous-Bois  (Seine-Saint-Denis). 

Les 3.000 – épisode 1 : Ammar, la transmission sacrifiée, texte et mise en scène d’Hakim Djaziri

FF77FC99-FC93-4CCA-AF40-ED590A7DF78CAmmar a grandi en Algérie dans une famille traditionaliste comme toutes les communautés qui y vivent. Adulte, il s’émancipera en devenant haut fonctionnaire. Il rencontre sa femme Zohra avec laquelle il a une relation heureuse. Ils auront deux enfants mais la guerre civile algérienne des années 90, les forcera à s’exiler en France : « On ne peut plus vivre ici. On observe le monde tel qu’il est, dur, âpre ». Fini l’insouciance, le bien-être et les paysages oranais ! La famille emménage en plein cœur de la cité des 3.000 à Aulnay-sous-Bois. Une bascule sociale difficile : Ammar sera obligé d’aller vendre des vêtements sur les marchés… Il a subi la guerre civile et a fui la violence mais il la  retrouvera dans les banlieues-ghettos : un « territoire oublié de la République où s’entasse la misère du monde ». Et Malik « a la haine » quand il voit son père écouler ses stocks sur un marché du Blanc-Mesnil : il estime qu’il se dégrade et se mésestime…

Alors commence pour la famille, un long et difficile chemin vers l’intégration. Les sacrifices consentis par Ammar pour offrir un avenir heureux aux siens, ne seront pas récompensés : son aîné sombrera dans l’extrémisme religieux que lui et sa femme ont tant rejeté… La vie d’Ammar va basculer et il se lance alors à corps perdu dans la bataille la plus difficile de sa vie : sauver son fils du radicalisme…

Hakim, le fils, pourrait être l’un de ces jeunes gens qui, rejetés, préfèrent s’opposer : « Vaniteux et se cherchant de nouvelles parentés. Tout le problème de son genre est qu’il n’a pas une histoire. Une histoire à laquelle s’adosser, dans laquelle il pourrait puiser des variantes, un mythe pour sa vie, une croyance. Il n’a aucun récit valable pour sa vie et sa mort et son corps. Il ne peut pas s’insérer dans un conte ou une narration, un roman, un feuilleton. Il ira donc se proposer à la théo-fiction de son époque. Se prétendre porteur d’u ordre ou d’une mission pour corriger le monde autour de lui, s’offrir un suicide collectif qui atténuera le sien propre. » (Kamel Daoud, Le peintre dévorant la femme.)

Donner un sens à sa mort,  à défaut de pouvoir  donner un sens à sa vie. Hassam Ghancy et Leïla Guérémy forment un couple parental apaisé, des référents à la dignité émouvante, qui se soucient des leurs et des autres. Eliott Lerner joue les compagnons de jeu et les conseillers pédagogiques. Joël Ravon incarne plutôt les figures tutélaires d’autorité. Hakim Djaziri lui entre à plaisir dans un rôle de jeune subversif, et Vanessa Callhol apparaît à la fin, ponctuant l’épisode avant d’initier le second. Un récit mis en lumière par une lecture incisive et une parole engagée, avec une volonté d’en découdre  pour convaincre le public.

Les 3000 – épisode 2 Audrey, le carnet d’abîmes d’une convertie, d’Hakim Djaziri, mise en scène de Quentin Defait.

©REUTERS/Benoit Tessier

©REUTERS/Benoit Tessier


A la maison d’arrêt de Versailles, Audrey est assaillie par ses pensées. Elle revoit son enfance à Ambeyrac, un petit village aveyronnais de 180 habitants, dans une  grande maison familiale où elle a grandi entourée de ses parents et ses dix «frères et sœurs » de la D.A.S.S. Elle revoit leur divorce, son déménagement à Lyon, son incapacité à s’accoutumer à une nouvelle vie, son mal-être et sa rencontre avec l’islam qui lui offre, un temps, la paix qu’elle cherchait.

Le château d'Ambyerac Photo X

Le château d’Ambyerac
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Audrey va finalement basculer dans la radicalisation après avoir rencontré Maeva, une « marieuse » pour la cause de Daesh. Ce qui la fera embrasser l’idéologie mortifère portée par l’extrémisme islamiste. A la croisée des chemins, Audrey va céder à la haine et devient djihadiste mais ne peut se résoudre à être une de ces « houris », ces très belles femmes destinées par le Coran aux musulmans fidèles qui accéderont aux Paradis.

Citons encore Kamal Daoud, (Le Peintre dévorant la femme). « La maladie, la pathologie, c’est quand on inverse l’ordre de la quête dans les récits. C’est alors que l’amant, pour pouvoir jouir, tue la femme, détruit le château, se transforme en monstre, casse la couronne de l’homme et défenestre ses enfants, juste pour accélérer le temps, encourager le néant à faire table rase et à précipiter le Jugement dernier. Ainsi, assouvi, il ira jouir non de l’amour, mais de son émiettement en butins et esclaves dans le Paradis. Ce n’est plus une quête, c’est un mercenariat ! L’érotisme retombe dans l’ordre de l’obéissance à un Dieu et perd son panache… »

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Le public voudrait en savoir plus mais devra attendre la suite de cette série…Vanessa Cailhol est une Audrey lumineuse, jeune fille de son temps, paradoxalement décidée et insatisfaite, énergique, habitée par sa foi authentique, pour la vie d’abord, malgré son incapacité à en cerner les contours. Vanessa Bettanne joue la mère et les amies- musulmanes modérées ou extrémistes – de sa fille, avec justesse. Florian Chauvet incarne tous les jeunes gens :  ami, époux, ennemi…  avec élan, et assurance. Ces deux premiers épisodes des 3000 ont un rythme tendu, et dialogues et commentaires acérés font mouche.

 Véronique Hotte

Spectacle vu au Théâtre 13/ Seine, rue du Chevaleret, Paris (XIII ème)  le 2 juillet.

Création des autres épisodes :

Le n°3 : Souleymane – 2005, au cœur des émeutes,  texte et mise en scène d’Hakim Djaziri  et le n° 4 : Safiah – l’émancipation d’Hakim Djaziri, mise en scène de  Quentin Defalt : juin 2022.

Le n°5 : Nassim – l’engendrant égaré d’Hakim Djaziri, mise en scène de Quentin Defalt et le n°6 : Karina-première imam de France , texte et mise en scène d’Hakim Djaziri : juin 2023.

Le n°7 : Honoré – De la rue au soufisme, texte et mise en scène d’Hakim Djaziri et le n° 8 : Sarah – le dernier combat d’une boxeuse d’Hakim Djaziri, mise en scène de Quentin Defalt : juin 2024.

Le n°9 : Yahia – l’héritage d’une éducation genrée d’Hakim Djaziri, mise en scène de Quentin Defalt  et le n°10 : Zohra -l’histoire de mère courage, texte et mise en scène d’Hakim Djaziri : juin 2025.

 

 

 

Ionesco Suite, mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota

Ionesco Suite, mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota

 

Parole tenue : au studio de l’Espace Pierre Cardin réouvert (voir Le Théâtre du Blog), Emmanuel Demarcy-Mota et toute  l’équipe du Théâtre de la Ville ont invité le public, après quarante huit heures de folle veillée poétique, à trois soirées Ionesco. Un auteur qui ne lâche pas ce metteur en scène depuis le lycée et depuis 2004 quand il a adapté et mis en scène Rhinocéros: inanité du langage, vide des relations sociales, le tout sur fond de férocité et drôlerie… Et Ionesco n’y va pas avec le dos de la cuiller! Emmanuel Demarcy-Mota, non plus et il a raison. Ses neuf fidèles comédiens de différentes générations, se donnent tout entiers à ce montage de textes, lui-même acrobatique qu’il avait brillamment réalisé au Théâtre des Abbesses il y a quelques années (voir Le Théâtre du Blog). Dans une mise en scène simple et efficace : de leurs chaises, au « lointain » de la scène mais proche de nous :on est au Studio de l’Espace Pierre Cardin dans  un dispositif tri-frontal , les acteurs s’élancent pour jouer une scène de Jacques ou la soumission, de Délire à deux qu’ils interprètent à six, ou des extraits de La Cantatrice chauve  et bien sûr, de La Leçon  mais aussi des succulents Exercices de conversation et de diction française pour étudiants américains. Avec même peut-être une peu de l’Avenir est dans les œufs, le tout lié par une fête de mariage forcément parodique et catastrophique avec gâteau à la crème comme arme de guerre. Des gens affreux, sales et méchants.

 

Ionesco suite Photo X

Ionesco suite
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On imagine ce qu’aurait pu donner une mise en scène à la Harold Pinter, digne, propre sur soi mais tout aussi drôle et cruelle. Mais ici, le choix du trop est le bon. Ça bouscule, ça secoue et le théâtre est là pour ça, dans un entrelacement subtil entre bonne soirée, franche rigolade et dérangement. Un trouble propre au théâtre d’Eugène Ionesco ! Tout d’un coup, on se souvient de Tsilla Chelton qui a tellement de fois joué Les Chaises ou du tout jeune Jean-Louis Trintignant dans Jacques ou la Soumission. Nous, les enfants d’alors, avions rapporté à la maison la chanson d’après boire, retrouvée avec délice : « Un ivrogne charmant/ chantait, à l’agonie/Je n’ai plus dix-huit ans/Mais tant pis, i, i, e. » Où l’on voit qu’il est bon d’emmener les enfants au théâtre.

On vous raconte cela pour que vous ayez envie d’aller voir Ionesco suite, mais on ne sait encore où les représentations auront lieu… Le spectacle conçu pour être joué partout, le sera effectivement. Cet exercice collectif où les acteurs vont au bout d’une clownerie féroce, a été, après sa Veillée, un premier cadeau du Théâtre de la Ville au public dé-confiné. Ce  travail dit l’importance du public. Pas en nombre puisque assis dans une petite salle, et «distancié » (enfin, pas trop…) mais regardant des acteurs bien présents, au jeu intensifié par la proximité du plateau. À théâtre vivant, public vivant. Tout le public était invité, ce que ne permet pas en général l’économie d’un lieu. Mais compte ici cette façon de dire en actes « Vous êtes chez vous ». Une façon, aussi, pour les gens de théâtre de laisser un peu de côté la tentation de l’arrogance. Et de (se) donner le plaisir des reprises, comme ce dernier week-end de juin consacré à Albert Camus.

Main tendue aux spectateurs privés de spectacle pendant trois mois : durant la première semaine de juillet, il y aura, pour tous et en famille, de belles reprises de pièces au tarif de dix euros seulement , dans le prolongement de cette première ouverture…

Christine Friedel

Théâtre de la Ville, Espace Pierre Cardin, avenue Gabriel, Paris (VIII ème). T. : 01 42 74 22 77. theatredelaville-paris.com

Que voir maintenant et cet été ?

Que voir maintenant et cet été ? (A suivre)

 Une interrogation que nous entendons souvent chez nos amis mais nous n’en savons guère plus qu’eux et chacun attend plutôt la rentrée. Comme vous le savez, tous les grands festivals pour des raisons sanitaires évidentes, ont été annulés. Restent quand même quelques autres manifestations… Vous trouverez bien à grappiller quelques spectacles et Le Théâtre du Blog vous tiendra régulièrement informés de l’actualité des spectacles dans toute la France et même, ce qui est exceptionnel, à Paris. On peut toujours rêver -surtout en ces temps de restrictions budgétaires)- mais il serait en effet grand temps que la capitale ait quelques grands théâtres ouverts pendant la période estivale. C’était le projet auquel tenait beaucoup Jérôme Savary quand il avait été nommé directeur du Théâtre National de Chaillot il y a déjà trente-deux ans mais il avait vite rétro-pédalé, vu le coût en termes d’emplois !

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Il y aura d’abord la vingtième édition du festival de Figeac dont Marcel Maréchal, récemment décédé, fut le directeur… Dans cette charmante petite ville du Lot, est né le grand Champollion et où vous pouvez y voir une œuvre de l’artiste américain conceptuel américain Joseph Kosuth (soixante-quinze ans) à qui on l’avait commandée pour célébrer le bicentenaire en 1991 de la naissance du grand égyptologue. La célébrissime pierre de Rosette (112 cms x 75 cms) exposée au British Museum à Londres comporte trois versions: en hiéroglyphes, en langue démotique égyptienne et en grec ancien d’un décret de Ptolémée V en 196 av. J. C. Ce qui a donné la clé pour déchiffrer les fameux hiéroglyphes… Et Joseph Kossuth a eu l’idée d’en faire un agrandissement en pierre noire et de l’encastrer dans le sol pavé d’une petite place moyenâgeuse. Sur le mur d’une maison, juste le titre de l’œuvre et de l’artiste… Une œuvre d’une rigueur absolue et de toute beauté. La vingtième édition de ce festival dirigé par Véronique Do aura bien lieu du 24 au 28 juillet mais avec un programme plus léger qui va être publié. Représentations seulement en plein air et avec certains des artistes invités. Reste, si on a bien compris, à obtenir l’autorisation définitive de la Préfecture du Lot…Mais alors, pourquoi Le Puy du Fou et pas Figeac? Informations et réservations:  : 05 65 38 28 08

 

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 Théâtre de la Ville-Espace Cardin à Paris: cinq spectacles tout public: une reprise des  Séparables (voir Le Théâtre du Blog) et d’Alice traverse le miroir de Fabrice Melquiot, Venavi ou pourquoi ma soeur ne va pas bien de Catherine Verlaguet, Udo complètement à l’Est de et par La Cordonnerie. Et une création de David Lescot J’ai trop d’amis. Tarif unique:  10 € et gratuité pour les moins de quatorze ans et le personnel soignant. Et aussi en juillet, des concerts dans le jardin, des consultations poétiques, musicales et dansées. Et en août, une académie Santé-Culture.

 

Le Festival Paris l’été aura lieu du  29 juillet au 2 août, des spectacles au lycée Jacques Decour (XVIII ème)

« Avec d’abord, A game of you de la compagnie flamande Ontroerend Goed dirigée par Alexander Devriendt et qu’on avait pu voir au festival d’Avignon. Une pièce de théâtre  sans public mais avec un jeu-promenade dans un labyrinthe… Gouâl, un spectacle de danse par la compagnie Filipe Lourenço où le chorégraphe veut sortir les danses traditionnelles maghrébines du folklore commercial. Mais aussi des lectures : Une lecture de Nos rues par Thomas Quillardet  et de Je ne serais pas arrivée  là si… par Judith Henry et Julie Gayet. Puis un spectacle du magicien Yann Frisch et J’ai trop peur de David Lescot.

Les Filles du Renard Pâle Photo X

Les Filles du Renard Pâle
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Du cirque en famille avec Clownstrum de Louis Arène et Lionel Lingelser ou avec  Instable de Nicolas Fraiseau. Cet acrobate joue avec un mât chinois auquel il réussit à donner une vie propre. Sans chercher à triompher de la gravité… Et il y aura aussi des équilibristes avec la compagnie des Filles du Renard Pâle. Il y a aura aussi des Concerts flottants, du Pont de l’Alma, jusqu’au pied de la BNF avec Dakhabrakha et Djazia Satour Programme détaillé en ligne à partir du 1er juillet; entrée libre mais sur réservation en ligne à partir du 8 juillet.

Le Théâtre de la Colline: reprise de Littoral, texte et mise en scène devenus rapidement cultes de Wajdi Mouawad.  « On a tous besoin d’un miracle. Vous, les vieux, vous l’avez eu votre miracle, il y a longtemps, puisque vous avez connu le pays avant la guerre, mais moi, je suis née dans les bombes, mais je suis sûre que la vie, c’est autre chose que des bombes, que ça peut être autre chose, mais je ne sais pas quoi…

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Du 7 au 18 juillet mais relâche les 12 et 14 juillet.Innovation! tarif unique à 15 € et 10 € pour les moins de trente ans, gratuité pour les lycéens. Billets à réserver avec le Pass culture à invitations@colline.fr sur présentation de la carte de scolarité.

  Paris OFF Festival au Théâtre 14

 Avec quinze propositions  du 13 au 18 juillet au Théâtre 14 et au Gymnase Auguste Renoir…dans le XIV ème. « L’annulation du Festival d’Avignon notamment va avoir des conséquences redoutables pour de nombreuses compagnies, disent  Mathieu Touzé et Édouard Chapot, les directeurs du Théâtre 14. Ce temps d’exposition est en effet primordial en terme de diffusion et de rencontres professionnelles. Devant cette situation,  nous avons proposé une solution concrète aux compagnies et aux équipes qui les accompagnent et nous avons voulons faire renaitre l’envie du public de retourner dans les salles. Ces spectacles qui étaient initialement programmés en Avignon: au Train bleu, à Artéphile, au Théâtre de l’Oulle, au 11, au Théâtre Transversal, et au Théâtre des Brunes, auront ainsi l’occasion d’être présentés plusieurs fois.  » Nous travaillons aussi à tout mettre en œuvre pour organiser la rencontre entre les artistes et les programmateurs. Avec des partenaires comme l’ADAMI, la Ville de Paris, la S.A.C.D. et des soutiens comme la Mairie du 14ème et l’ O.N.D.A. Sont, entre autres, programmés: La Cicatrice d’après La Cicatrice de Bruce Lowery, mise en scène de  Vincent Menjou-Cortes , avec Vincent Menjou-Cortès,  (à partir de douze  ans), Un seul en  scène-acte de contrition où sont convoqués  nos monstres du passé.

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Le Cas J © Simon Gosselin

Le cas Lucia J. (Un Feu dans sa tête) d’Eugène Durif, mise en scène d’Eric Lacascade (à partir de seize ans au Gymnase. Une pièce avec Karelle Prugnaud et Eugène Durif sur la relation entre l‘écrivain James Joyce et sa fille Lucia qui apprend la danse auprès de chorégraphes importants de son époque puis abandonne et tombe amoureuse du jeune Beckett, assistant de son père, qui la rejette. Elle sera soignée par de nombreux médecins dont Jung, puis internée définitivement. LE 32, Cabaret de curiosités, conception : La Big Bertha, Philippe d’Avilla et Ariane Carmin (à partir de dix  ans), musiques de Philippe d’Avilla et Ariane Carmin. Entre humour, danse, effeuillage burlesque, drag-queen, et chansons. Théâtre 14 avenue Marc Sangnier Paris ( XIV ème). T. : 01.45.45.49.77 contact@theatre14.fr

Prix libre et solidaire Réservation obligatoire www.theatre14.fr / 01.45.45.49.77 / billetterie@theatre14.fr Gymnase Auguste Renoir 207 rue Raymond Losserand 75014 Paris Métro Porte de Vanves Bus 59 / 85 Tram 3 – Porte de Vanves Velib : 14024 / 14122 / 14122et le Théâtre 14 20 avenue Marc Sangnier 75014 Paris Métro Porte de Vanves Bus 59/95 Tram 3 – Didot Velib: 14106 / 14122.

Le  Kiosque photo X

Le Kiosque photo X

Le Théâtre National de Nice, dirigé maintenant par Muriel Mayette-Holt, ancienne administratrice de la Comédie-Française, restera ouvert comme celui de Marseille, avec quelque trente-cinq lectures et spectacles en plein air et gratuits…  Un rendez-vous quotidien Promenade des Arts entre le 1er juillet et le 22 août, avec des artistes du territoire niçois qui viendront jouer avec le public et lui faire entendre de grands textes ou des mélodies connues ou à découvrir… Création le 1er juillet à 19 h de: Contes d’apéro avec Bande-annonce Goldoni, texte et mise en espace d’Édouard Signolet avec quatre des six comédiens de la troupe, d’après la trilogie des Aventures de Zelinda et Lindoro de Carlo Goldoni.

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L’abbaye vue d’avion ©studio-john-leroux

La Mousson d’été-Rencontres théâtrales internationales et Université d’été européenne aura aussi bien lieu à l’abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson du 21 au 27 août. La Mousson a inclus dans son dispositif une structure universitaire  des ateliers de recherche, ce qui permet à des étudiants, des enseignants et des professionnels d’échanger réflexions et d’expérimenter leurs intuitions sur un texte sous un angle théorique et pratique à la fois. Le matin de 9h 30 à 12h 30 et avec  cinq groupes de quinze  à vingt  personnes dirigés  respectivement par Jean-Pierre Ryngaert, responsable du programme pédagogique de l’Université d’été, Joseph Danan, Nathalie Fillion, Pascale Henry et Helena Tornero.

A partir de 14h, chaque jour, six auteurs et des espaces de rencontres entre les auteurs, leur traducteur, le public et les stagiaires de l’Université. Et de 16h à 17h 30 ont aussi lieu conférences, tables rondes et chaque jour à 13h, déjeuner informel avec un auteur.

Abbaye des Prémontrés, 9 rue Saint- Martin, 54700 Pont-à-Mousson du  21 au  27 août. T. : +33 0)3 83 81 20 22. festivaldelamousson@gmail.com www.meec.org/la-mousson-dete/universite-dete/

 

La Criée  photo X

Théâtre de La Criée photo X

 La Criée à Marseille, Théâtre National  restera donc lui aussi ouvert. Macha Makeieff avec le soutien de mécènes comme la compagnie maritime Marfret, offre déjà depuis le 8 juin et pendant l’été, des ateliers artistiques aux jeunes marseillais.Tous gratuits et proposés aux associations, aux écoles et collèges. «La fragilisation qui guette, dit Macha Makeieff,  ne sera pas seulement celle des institutions, compagnies, artistes et des techniciens du spectacle, elle aura été comme un trou noir pour les habitants en situation de précarité. Les enfants les plus pauvres de Marseille auront été coupés de toute approche de culture, littérature et art, et pour certains, aussi de langue. Cela aura été un coup d’arrêt et un douloureux abandon, un risque de décrochage scolaire et social. Le Théâtre doit être ce lieu républicain de la Culture dans la cité : il entrera dans leur vie, sera un repère, ils en sauront le chemin. »

Les enfants, adolescents et jeunes adultes pourront découvrir la Criée où auront lieu des ateliers de théâtre, poésie, langue, conte, danse, arts plastiques, éducation du goût… mais  aussi la machinerie scénique, les lumières, le jeu théâtral. « Un atelier philo permettra à chacun d’avoir une réflexion sur le sens de l’existence ». Mais il y aura aussi des échanges avec des artistes au parcours de fidélité et d’excellence dans ce théâtre comme Laurent Daycard, Lamine Diagne, Valérie Dufayet, Julie Villeneuve, Francis Coulaud, Geoffroy Rondeau, Marie-Jo Ordener… Le but: que ces jeunes s’approprient davantage la Criée comme lieu poétique et avec cette opération inédite, sera aussi offert un travail rémunéré aux artistes et régisseurs intermittents, au jeune personnel d’accueil. Ce qui,  actuellement et surtout à Marseille, n’est pas un luxe…

Service des Relations avec le Public: Julie Nancy-Ayache pour les associations, centres sociaux: 04 96 17 80 30 j.nancy-ayache@theatre-lacriee.com et Laura Abécassis pour les établissements scolaires: 04 96 17 80 21 l.abecassis@theatre-lacriee.com.

Fake © Christophe Raynaud de Lage

Fake © Christophe Raynaud de Lage

Festival Musica à Strasbourg du 17 septembre au 3 octobre dirigé par Stéphane Roth avec des créations musicales: Fake, adaptation d’Henrik Ibsen par Wilfried Wendling avec les percussions d’Abbi Patrix, et Anne Alvaro, Parvis de l’Opéra du Rhin, les 18, 19 et 20 septembre. Solveig (L’Attente), création mondiale d’après Peer Gynt d’Ibsen,mise en scène de Calixto Bieito, texte de Karl Ove Knausgaard, du 19 au 23 septembre, Opéra National du Rhin. Puis Encyclopédie de la parole, Suite n°4, création mondiale d’Ictus conçu et mis en scène par Joris Lacoste, musique de Pierre-Yves Mace, le 25 septembre et Aria da Capo, création de Séverine Chavrier du 30 septembre au 4 octobre, au Théâtre National de Strasbourg.

Festival Musica 1 place Dauphine 67100 Strasbourg, contact@festivalmusica.fr. T. : +33 (0)3 88 23 46 46 https://festivalmusica.fr

alpinisme-horizontal Photo X

Alpinisme-horizontal sur la plage en 2019: reconstruction de Notre-Dame
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Et petit rappel, Le festival Humour et Eau salée à Saint-Georges-de-Didonne (Charente-Maritime) sous la houlette de Denis Lecat dont nous vous avions déjà parlé en mai dernier. Il aura bien lieu mais dehors, du 1er au 7 août, sur le thème Musique et Bricolage. Avec entre autres, l’excellente Emma la clown (voir Le Théâtre du Blog),  Jazzigitos, etc. Mais aussi La Fanfare d’occasion, une troupe protéiforme réunissant musiciens, danseurs, comédiens…

136 boulevard de la Côte de Beauté, Saint-Georges de Didonne. T. : 05.46.06.87.98. (nombreux spectacles gratuits).crea@crea-sgd.org www.crea-sgd.org

Chapelle du Verbe Incarné Photo X

Chapelle du Verbe Incarné
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Radio TOMA Et enfin une dernière pour la route… Si le confinement ne vous pas rendu allergique aux écrans, vous pourrez, faute d’aller cette année à la Chapelle du Verbe Incarné haut lieu du Off à Avignon, vous connecter à Toma  20 :   » Si les Outremers ne peuvent venir à la Chapelle du Verbe Incarné, La Chapelle du Verbe Incarné ira aux Outremers ! » Un festival entièrement numérique (voir le Theâtre du blog)Nous vivons une époque moderne!  comme  Philippe Meyer concluait autrefois ses chroniques à France-Inter…

Programme complet et accès à Radio TOMA et à TOMA TV dès le 3 juillet.  www.verbeincarne.fr  

Philippe du Vignal

 

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