Paris l’été en toute liberté

Paris l’été en toute liberté : Instable et Renverse

 Deux cents  artistes français et étrangers devaient se produire au festival Paris l’été. Mais, après avoir dédommagé les compagnies, les organisateurs ont imaginé une manifestation restreinte de cinq jours qui s’est déroulé principalement au lycée Jacques-Decour, en extérieur. Tous les spectacles (une dizaine), gratuits, ont affiché complet et le public, heureux, s’est déployé dans les larges coursives à colonnades et les cours ombragées de ce bau lycée construit au XlX ème siècle sur l‘emplacement de l’ancien abattoir de Montmartre. Avec un bar ouvert pour l’occasion, le lieu avait des airs festifs. La soirée d’ouverture fut consacrée à la danse (voir Le Théâtre du Blog). Pour cette journée de clôture, nous avons pu voir (entre autres) deux spectacles de cirque. 

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Nicolas Fraiseau © Jean-Paul Bajard

Instable de et avec Nicolas Fraiseau, mise en scène de Christophe Huysman

Des planches disjointes, sommairement clouées, constituent le plateau de fortune où se produit l’acrobate qui tente de stabiliser cette assise avec des pneus, avant d’entreprendre l’installation d’un grand mât. Constitué de plusieurs tronçons emboîtés les uns dans les autres, cet agrès aura du mal à être dressé pour accueillir in fine les circonvolutions de l’artiste. Installés dans nos transats, nous assistons à ce montage périlleux.

Rien n’est gagné pour Nicolas Fraiseau et, pour lui, mieux vaut savoir tomber, souvent de haut, car son entreprise a tout pour échouer. De l’emboîtage des tronçons du mât, à la fixation de l’agrès au sol, tout part à vau-l’eau : câbles pas assez longs, colonne qui  se démantibule. Lui garde le sourire et recommence. Heureusement, le bonhomme est obstiné, souple, et finalement habile.

« Échoue encore. Échoue mieux », écrivait Samuel Beckett. Nicolas Fraiseau s’y emploie, avec un fatalisme amusé. Instable est une fable sur l’endurance dans un milieu hostile d’un homme qui lutte contre les éléments…  Combat dérisoire : les objets résistent, voire s’animent d’une vie propre, comme ces planches qui se disloquent en émettant des sons inquiétants, téléguidées par une force obscure…  La narration flirte avec l’absurde et Christophe Huysman ménage des rebondissements dans ce spectacle d‘une heure, poétique et plein d’humour. L’auteur-metteur en scène a rencontré Nicolas Fraiseau à sa  sortie du Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne et l’a aidé à développer son projet au mât chinois, un essai de travail sur l’échec et l’accident, d’où est né Instable en 2017.

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Johanne Humblet @ La Strada Graz/ Nikola Milatovic

 Renverse par Les Filles du renard pâle

Féline, dans un collant imitation panthère, Johanne Humblet grimpe le long d’une perche et s’immobilise à mi-chemin. On entend la voix d’Emmanuel Macron s’en prendre aux féministes qui demandent le renvoi de Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, accusé de viol. Il ne cèdera pas à la pression de la rue, dit-il. En contrepoint,  celle de l’actrice Delphine Seyrig )…  lui donne la réplique : le calme des hommes, selon elle,  n’est pas plus sympathique. Puis la funambule vient, à son corps défendant, démentir cette accusation d’agressivité attribuée aux mouvements de femmes. Avec grâce et souplesse, elle attaque son numéro sur le fil. Sa longue perche, de balancier d’horloge, rythmant une danse sinueuse, devient facteur d’équilibre… Attirée par la grande hauteur, l’artiste teste toutes les possibilités qu’offre son partenaire métallique. Elle s’y tient sur la tête, s’y love, y défie les lois de la gravité … 4,5 mètres de vide sous ses pieds. Accompagnée de deux musiciens qui ont accordé leurs compositions à ses mouvements. Enfin elle se retrouve à la renverse….

Cette forme est créée in situ et adaptée à chaque espace. Imaginée par cette compagnie fondée par Virginie Frémaux et Johanne Humblet à leur sortie de l’Académie Fratellini. Nous avions eu le plaisir d’applaudir la funambule lors de la Grande Balade d’Annecy (voir Le Théâtre du blog) et espérons la retrouver bientôt.

 Mireille Davidovici

 Instable vu le 2 août au Lycée Jacques Decour, Paris (XIX ème) ; Le 9 août, Domaine départemental de Chamarande et  du 21 au 23 avril, Théâtre du Briançonnais, Briançon

Renverse le 19 août, Quelque P’Arts, Annonay (Ardèche) ; le 20 août, Epinouze (Drôme).
Le 3 septembre,  Festival Onze Bouge, Paris (XIème) ; le 18 septembre,  en ouverture de saison du Théâtre Au Fil de l’Eau, Pantin (Seine-Saint-Denis) ; les 25 et 26 septembre, CIAM, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).
Le  3 octobre,  C’est presque encore l’été, Théâtre de l’ECAM, Kremlin-Bicêtre (Hauts-de-Seine)…

 Paris l’été a eu lieu du 29 juillet au 2 août au lycée Jacques Decour, 12 avenue Trudaine Paris (XIX ème). T. : 01 44 94 98  00.

 


Archive de l'auteur

Niebo Hôtel, conception et chorégraphie de Christophe Garcia

Niebo Hôtel, conception et chorégraphie de Christophe Garcia

Belle découverte estivale, dans une période difficile…Pendant le confinement, le chorégraphe a imaginé un spectacle dans un hôtel : «Pour jouer et danser quand même. Pour transformer des contraintes en nouvelles règles de jeu. Pour savourer l’intimité d’un lieu singulier, son odeur sa lumière. Pour raconter des petites et grandes histoires. Et en filigrane, pour parler de Magda. »  

©lLucie Baudinaud

©lLucie Baudinaud

Fictif ou réel, le personnage de cette aide-soignante de nuit est logée dans un hôtel dans le cadre des mesures de soutien aux soignants. Première fois de sa vie qu’elle y séjourne.  D’origine polonaise, elle a écrit une lettre destinée à chaque spectateur qu’elle distribue à l’issue de son parcours dans cinq chambres occupées par des couples ou des femmes, des hommes seuls, tous portés par des histoires singulières que leurs danses révèlent.

Pendant cinquante minutes, les artistes nous entraînent dans l’intimité de ces vies. Fragments d’existence entre parenthèses où les corps s’expriment en toute liberté, uniquement rythmés par des variations de lumières : un remarquable travail de Marion Bucher et Simon Rutten ; Mais aussi par des textes et chansons projetés en vidéo, et des extraits de La Mort sans exagérer, un recueil de poésie de Wislawa Szymborska, écrivaine polonaise prix Nobel de littérature 1996.

 Nous nous souviendrons longtemps de ces instants suspendus : un violoncelliste  accompagne les rituels intimes d’une danseuse ; un couple apparaît enlacé sous les lattes du sommier où nous sommes assis… Et de bien d’autres belles images qu’il ne faut pas révéler. Ce spectacle très réussi est au départ une autoproduction soutenue par la Ville et le Centre National de Danse Contemporaine d’Angers. Pendant ce moment unique, l’hôtel continue de recevoir des clients et quand ils croisent les spectateurs, la situation semble d’autant plus étrange.  Dans sa lettre, Magda écrit : «M’allonger seule. Occuper tout l’espace du lit. Avoir le temps de répondre à rien. Inventer des histoires avec mes voisins de chambre. De simples inconnus croisés dans les couloirs sont devenus les membres de ma nouvelle famille. Exit les vrais».

Jean Couturier

Spectacle créé du 28 au 30 juillet à l’Hôtel Saint-Julien, 9 Place du Ralliement, à Angers.

Au festival Le Temps d’Aimer la danse à Biarritz ( Pyrénées Atlantiques ) :  L’Ambition d’être tendre de Christophe Garcia avec sa compagnie La Parenthèse  jeudi 17 septembre à 21 heures au Colisée.

       

 

 

 

 

 

Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Laurent Auzet

 

DANS LA SOLITUDE DES CHAMPS DE COTON -

© Christophe Reynaud-de-Lage

Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Laurent Auzet

 Le théâtre prend l’air cet été avec de nombreux événements dont, à Paris, ce Mois d’août de la Culture lancé par la Ville de Paris, dans ses parcs, places et jardins. Quinze millions d’euros ont été mis sur la table par Christophe Girard, alors encore directeur des Affaires culturelles et l’entrée est gratuite. Plusieurs théâtres municipaux ont répondu à un appel à projets dont le Théâtre de la Ville, le Cent-Quatre et le Théâtre 14…

 Laurent Auzet a eu la bonne idée de reprendre son spectacle, joué au Théâtre des Célestins à Lyon en 2015 puis aux Bouffes du Nord à Paris l’année suivante pour l’adapter à des espaces urbains (voir Le Théâtre du blog). Le casque y était déjà de rigueur, pour distiller aux oreilles du public les nuances d’un texte à la rhétorique implacable, porté par deux voix féminines. Une bande-son discrète les accompagne parfois, pour marquer des variations dans la progression dramatique.

 La rue est le décor du marchandage entre Le Dealer et son Client et Dans la solitude des champs de coton trouve naturellement sa place au pied des immeubles du XlV ème arrondissement qui bordent le stade Didot. Quand la nuit s’installe, on devine la silhouette noire d’Anne Alvaro. Elle arpente l’espace, mince dans son blouson Perfecto, dealer obstiné et prédateur qui n’existe que dans le désir de l’autre. Audrey Bonnet, en tenue de jogging, hésitante et fragile, joue l’évitement. Comme un animal flairant le piège, elle court aux quatre coins du stade, pour éviter un projecteur qui l’épingle parfois dans sa fuite : un client bien méfiant, au désir incertain face à une offre tout aussi trouble.

 Dans cette vaste étendue en fausse pelouse, éclairée par la lune, la solitude des personnages parait d’autant plus grande… Et l’entente entre le client et le dealer restera en suspens après un marchandage sans fin auquel seule la violence mettra un coup d’arrêt.  Ici, chacun est prisonnier de la rhétorique de l’autre et se met à nu, pour mieux le posséder. S’imposent, à l’évidence dans ces deux monologues croisés, leur  isolement existentiel et leur souffrance.

 Le texte ne se perd pas dans les quelque six mille m2 de la pelouse et les coursives du stade que les comédiennes investissent grâce à leur capacité vocale, finement relayée par les casques et qui l’emporte sur une présence corporelle évanescente. Le dispositif leur permet de parler de façon naturelle, mais leur face-à-face est dilué et la tension dramatique distendue… Le poids des désirs cumulés du Dealer et du Client nous échappe….

Reste la beauté poétique du texte.  Anne Alvaro a des inflexions agressives, avant de se trouver désarçonnée par le refus de sa partenaire qui répond toujours à côté de son offre et l’attaque à son tour. La métaphore du commerce pour parler du désir trouve ici un écho particulier, d’autant qu’elle est filée par des femmes. Cette transposition nous fait entendre autrement la violence de la sexualité masculine si bien décrite par Bernard-Marie Koltès lui-même : «L’échange des mots ne sert qu’à gagner du temps avant l’échange de coups, parce que personne n’aime recevoir des coups, et que tout le monde veut gagner du temps.»

 Émane de cette mise à distance, un certain humour, surtout dans la partition d’Anne Alvaro. Patrice Chéreau qui connaissait si bien l’homme et son œuvre pour l’avoir montée in extenso, écrivait dans Le  Monde du 19 avril 1989, trois jours après la mort de son ami : «Il ne supportait pas que l’on qualifie ses pièces de sombres ou désespérées, ou sordides. » (…) « Elles ne sont ni sombres ni sordides, elles ne connaissent pas le désespoir ordinaire, mais autre chose de plus dur, de plus calmement cruel. »  Et, dans le même article,  à propos de Dans la Solitude dans les champs de coton qu’il avait créé en 1987 (initialement avec Laurent Malet et Isaac de Bankolé, puis repris fin 1987- début 1988 avec Laurent Malet et lui-même dans le rôle du Dealer) :  » “Il n’y a pas d’amour il n’y a pas d’amour ”,  Bernard demandait qu’on ne coupe surtout pas cette phrase qui le faisait sourire de sa façon si incroyablement lumineuse. » (…) « Il voulait qu’on la regarde, cette phrase, bien en face sans faire trop de sentiments. »

Et quelques soient les réserves de certains, ce spectacle rend un fidèle hommage à un grand poète dramatique.

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 1er août au Stade Didot, Paris (XV ème)
Le 2 septembre, Parvis de la B.N.F. Paris ( XIII ème)
Les 3 et 4 septembre : lieu surprise !

https://www.billetweb.fr/dans-la-solitude-des-champs-de-coton-roland-auzet&src=agenda

 Le mois d’août de la Culture à Paris se poursuit jusqu’au 15 septembre

 

 

Festival Paris l’été en toute liberté

(C) Gestuelle

(C) Gestuelle

Festival Paris l’été en toute liberté

François Alu a reçu carte blanche pour la soirée d’ouverture  de  ce festival réduit à une semaine. Nous le suivons depuis qu’il a intégré le ballet de l’Opéra de Paris jusqu’à ses propres créations dont Hors-Cadre en 2017, (voir Le Théâtre du blog). Il sera rejoint par Sébastien Barrier, associé à cette soirée d’ouverture et par Luna Peigné, Nicolas Sannier et Elena Ramos.

La salle ressemblait à une bruyante colonie de vacances avec ensemble des responsables culturels et le « grand public ». Dans la première partie, Sébastien Barrier, artiste atypique souvent programmé au Montfort, a essayé de capter l’attention sans y réussir vraiment : « Je ne vais pas mendier le silence mais j’en ai besoin. » ( … ) « Je ne suis pas venu vous évangéliser en terme de politesse mais respecter au moins les spectateurs qui essayent d’écouter.» Les gens de danse ne sont pas les plus drôles et ils peuvent partir. »  Certains l’ont aussitôt pris au mot et ont quitté la salle… Après une heure trente, le public a été invité à suivre le spectacle dans une autre cour, debout autour d’une scène surélevée, ont pu enfin voir de près ces artistes souvent inaccessibles. Luna Peigné, du ballet de l’Opéra, a révélé sa beauté dans un extrait de La Mort du cygne. François Alu l’a rejoint pour interpréter Sylphide à sa manière.

Après une pause, nous avons découvert Cher Parents, une pièce humoristique écrite par  François Alu en l’honneur de ses parents confinés avec lui. Nicolas Sannier jouait François Alu et Elena Ramos, sa mère. Enfin, moment très attendu et réussi, Les Bourgeois de Ben Van Cauwenbergh, musique de Jacques Brel, qui a permis au danseur de montrer sa agilité habituelle. Mais Sauf peut-être dans la dernière partie, ces trois longues heures n’ont pas réussi à captiver les professionnels et le public affidé, venus applaudir le premier danseur de l’Opéra de Paris. Ils semblaient encore confinés dans leur tête. Les uns heureux de se retrouver autour d’un verre et les autres ne comprenant pas qu’il ait fallu attendre si longtemps pour découvrir ces quelques pas de danse. Seul le lycée Jacques Decour, lieu toujours aussi magique, offrait à la soirée des airs de festival.
Mais pas facile de retrouver l’esprit d’une grande fête, évanoui depuis  l’apparition du coronavirus!  Le masque était obligatoire dans l’enceinte du lycée mais beaucoup n’ont pas respecté cette mesure. Faut-il rappeler que la Culture n’est pas immunisante ?

Jean Couturier

Festival Paris l’été en toute liberté, du 29 juillet au 2 août, lycée Jacques Decour, 12 avenue Trudaine Paris (IX ème). T. : 01 48 06 52 27.

 

Amitié Porno Théo Kolossal, composé d’un récit de Pier Paolo Pasolini et d’exrtaits du théâtre d’Eduardo de Filippo, mise en scène d’Irène Bonnaud

 

 

 

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Amitié Porno Théo Kolossal, un récit de Pier Paolo Pasolini, traduction d’H. Joubert-Laurencin, et d’extraits du théâtre d’Eduardo de Filippo, traduction d’Emanuela Pace, mise en scène d’Irène Bonnaud

Nous n’avions pu voir ce spectacle qui avait été créé l’an passé au festival d’Avignon, à partir d’extraits de pièces d’Eduardo de Filippo, le grand acteur et auteur napolitain (1900-1984) et d’après un récit-scénario de son ami, le célèbre écrivain et réalisateur de films connu, entre autres par Théorème et  Salo ou les 120 journées de Sodome. Il était  haï par l’extrême droite et  l’extrême gauche italiennes et fut sans doute victime d’un assassinat politico-mafieux maquillé en règlement de compte prostitutionnel en 1975 à cinquante trois ans dans des conditions horribles -son visage mutilé était méconnaissable- sur une plage d’Ostie ! Se réclamant du marxisme, ce personnage à scandales avait connu deux fois la prison pour agressions mais avait pourtant été aussi couronné aussi deux fois par l’Office catholique du cinéma! Peu de temps avant sa mort, il avait envoyé ce texte à Eduardo de Filippo qui devait jouer dans son futur film.

Un roi mage du nom de Filippo -cette homonymie n’est pas un hasard- est parti de Naples et va traverser l’Europe et le Proche-Orient en suivant une étoile figurée par une image sur un petit écran suspendu. Il veut aller  jusqu’à Bethléem mais en route, il a de sérieux  ennuis et arrivera bien après la mort du Christ… Irène Bonnaud a conçu une mise en scène sans décor et sans accessoire autre qu’une valise et un ballon de foot. C’est une sorte de conte farcesque en quatre moments avec parfois un dialogue proche du  boulevard, une dosette de Brecht dont Irène Bonnaud est une grande spécialiste (voir sa thèse bien connue Brecht, période américaine, 1941-1947)  et des situations teintées d’absurde. Après tout, pourquoi pas ?

Oui, mais voilà la dramaturgie  et la mise en scène d’Irène Bonnaud, ici, ne fonctionnent pas  bien, même s’il y a des scènes drôles comme cette femme qui accueille son ex pour le 31 décembre. La faute à quoi ? D’abord à un choix discutable : pourquoi être allé chercher ce début de scénario du célèbre et sulfureux cinéaste dont le projet datait de 1966  et dont Eduardo de Filippo aurait été un des personnages principaux. Irène Bonnaud  a mixé ce scénario avec des extraits de pièces du grand auteur napolitain comme La Veuve joyeuse (1931) où de vieux chanteurs d’opérette essayent de persuader le directeur d’un théâtre, de les faire jouer cette œuvre en dix minutes chrono. Il y a aussi Noël chez les Cupiello. Et une autre pièce du grand auteur où une sœur cache à son frère, la mort de sa femme depuis onze mois. Deux noms emblématiques d’une époque : Pasolini et  de Filippo qui attirent tout de suite l’attention. Oui, mais ce ne sont sûrement pas des œuvres majeures ni de l’un ni de l’autre…

Le spectacle qui devait être joué au festival international d’Almeda près de Lisbonne n’a pu l’être et semble ne pas l’avoir beaucoup été depuis juillet 2019. Les reprises, on le sait, c’est toujours difficile. En tout cas, à Figeac,  cette curieuse dramaturgie avait du mal à prendre son envol et la distanciation physique –environ un siège sur trois condamné- n’aidait sûrement pas les choses. Pour ce type de spectacles de tréteaux, ici joué dans un jardin attenant à une église, il faut absolument un public soudé sinon cela ne peut marcher. Et il y a un manque de rythme évident et plusieurs fausses fins… On s’ennuie? oui, un peu et il faudrait sans doute revoir ce spectacle dans de meilleures conditions. Enfin il y a heureusement un trio d’excellents acteurs: Jacques Mazeran, François Chattot et Martine Schambacher. Ils s’imposent oralement et surtout gestuellement pour la comédienne tout à fait  formidable- dès leur entrée en scène et réussissent à donner vie à ce texte aux dialogues souvent un peu faiblards. Et le public ? Il semblait partagé même si les applaudissements furent chaleureux. Mais vu sans doute le prix des places: 22 € !!! aucun jeune ou presque dans la salle… A l’heure où nombre de spectacles sont offerts gratuitement un peu partout -corona virus oblige- il y a là un sérieux problème que Véronique Dô,  la sympathique directrice du festival de Figeac devra résoudre… Même si c’est aussi celui de nombreux festivals dont le In d’Avignon… Sans que cela, semble-t-il, n’ait jusqu’ici bouleversé Olivier Py son directeur…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 28 juillet au festival de Figeac (Lot).
Le théâtre de
Pier Paolo Pasolini est publié chez Actes Sud, 1995, Babel no 177 : Calderón, Affabulazione, Pylade, Porcherie, Orgie, Bête de style et son Théâtre 1938-1965, aux Solitaires Intempestifs, (2005). Et l’œuvre d’Eduardo de Filippo aux Editions Théâtrales.

 

 

 

 

 

 

Brigades d’art furtif. Suppléments d’âme, dans les parcs et les rues de Genève

 Brigades d’art furtif.Suppléments d’âme, dans les parcs et les rues de Genève

Au Jardin Botanique

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La compagnie de Latifa Djerbi a répondu à un appel d’offres pour l’opération Genève en été avec pendant cinq jours, des spectacles dans les parcs et les rues de la capitale. Dix projets ont été ainsi sélectionnés sur cinq cent. Un enjeu important pour cette jeune créatrice suisse d’origine tunisienne… Elle a rassemblé dix comédien(e)s-musicien(e)s dont deux Chiliens, une Colombienne, et bien entendu  des Suisses: un beau mélange…. Poline, Martina, Lorianne, Stéphanie, Latifa, Yanoé, Elliot, Hipolito et Simon deux fois par jour en fin de matinée et d’après-midi, investissent les rues et parcs de Genève. On peut avoir une chance de les croiser en ayant été avant consulter leur site. Des interventions  d’environ une heure: et cela se passe en fin de matinée ou d’après midi jusqu’au 30 juillet. « Cela pourrait prendre le nom d’art furtif. Ce n’est pas le public qui se rassemble autour des artistes, c’est l’Art. Qui vient à la rencontre des gens.Le quotidien, nous dit Edgar Morin, c’est la prose, les tâches ménagères, etc. Mais l’homme a besoin de s’extraire du quotidien et d’entrer dans un monde plus poétique : regarder l’eau du fleuve qui s’écoule ou un coucher de soleil, écouter le vent qui agite les feuilles des arbres, un oiseau qui chante. »

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Cette brigade d’intervention poétique va répandre dans la rue de multiples poèmes, chants, danses, etc… Ils jouent un extrait de Roméo et Juliette en espagnol dans un jardin intérieur sous un grand cèdre, puis interprètent en musique Il neige sur Bogota au pied d’une pagode rouge. Chacun décline son identité et ses origines. Puis ils jouent et chantent ensemble Belle nuit d’amour, une chanson tirée des Contes d’Hoffmann de Jules Barbier et Jacques Offenbach (1881) devant une terrasse de restaurant et ils récitent des poèmes aux  gens qui y dînent.

L’après midi cela se passe au Parc des Franchises.  Après des exercices, les acteurs chantent La Tendresse interprétée autrefois en 63 par Bourvil puis reprise l’année suivante par Marie Laforêt. Dans la pataugeoire où des enfants se baignent, ils vont se tremper puis dansent en chantant à nouveau. Grosse émotion d’un handicapé à la suite d’un accident de la route.

Au Parc Vasindorf, les acteurs se rassemblent autour d’un filet, près d’une petite fille et d’un petit garçon et  déclament perchés dans les arbres: Je voudrais pas crever de Boris Vian, puis chantent La Valse à mille temps de Jacques Brel: « «Une valse à trois temps Qui s’offre encore le temps, (…), De s’offrir des détours du côté de l’amour, [...],Une valse à quatre temps, C’est beaucoup moins dansant, (…), Mais tout aussi charmant, Qu’une valse à trois temps Une valse à vingt ans, Une valse à cent temps, (…), Une valse ça s’entend, À chaque carrefour, Dans Paris que l’amour, Rafraîchit au printemps Une valse à mille temps, (…), Une valse a mis l’temps… »

On verse de l’eau magique dans les mains d’une spectatrice, puis chacun décline sa généalogie et un poème sur le terrain de sports. Un gros Sri-lankais danse avec les acteurs à côté des agrès. Encore une petite valse sur la pelouse, avant le retour à MottattoM/Jardin divers/Fabrique d’Art. Cette ancienne usine du 20 avenue Giuseppe Motta a été réhabilitée par des artistes, artisans et acteurs culturels; autogérée, elle est vite devenue un centre important de création et médiation artistique..

Au Parc Beaulieu

La compagnie des Grooms se costume à Mottatom, puis se rend près d’une piscine où ne peuvent se baigner que les moins de sept ans. Ils annoncent qu’ils sont mandatés par la ville de Genève pour le bien-être de la population. Ils jouent et chantent Je voudrais pas crever de Boris Vian en français et en espagnol, puis un chant collectif accompagné par un spectateur. Elliot, membre de la brigade,  grimpe sur une grande coccinelle. Chacun se présente, venu de Tunisie, du Chili, de Suisse et de Colombie…

Edith Rappoport

Spectacles vu du 26 au 30  juillet, à Genève.

Tou·te·s debout contre la mise à genoux de la musique

Les théâtres et lieux de spectacles ont été sévèrement touchés par la crise sanitaire actuelle depuis plusieurs mois comme l’ensemble de l’écosystème culturel. Les interdictions de regroupements et mesures de distanciation ont aussi des conséquences sur l’intégralité des entreprises reliées d’une façon.

Ph. du V.

Une place de Figeac © X

Une place de Figeac
© X


Lettre ouverte au gouvernement Tou·te·s debout contre la mise à genoux de la musique

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre,
Madame la Ministre de la Culture,

Après plus de quatre mois d’arrêt complet et à moins de quarante jours de la reprise habituelle de nos saisons de spectacles, tournées et concerts, nous, artistes, techniciens, producteurs, organisateurs ,prestataires et travailleurs indépendants, professionnels de la musique, réclamons depuis plusieurs semaines un positionnement de votre part quant à une possible échéance de reprise des concerts « en configuration debout ».ou d’une autre à la filière des concerts de musiques dites actuelles dont on sait la forte dépendance de la billetterie et un niveau assez bas de financements publics. Mais pour le gouvernement actuel comme pour le précédent, il semble qu’il y ait deux poids et deux mesures. Comment expliquer en effet qu’ait été autorisée la Fête de la musique, occasion de rassemblements massifs! Comment expliquer aussi qu’on autorise la SNCF à faire cohabiter dans les Intercités et T.E.R. pendant de longues heures ses voyageurs côté à côte sans aucune autre mesure que le port du masque,  si ce n’est pour des raisons économiques? Là, silence radio du Président des riches! Cette Lettre ouverte a le mérite de poser les bonnes questions… On attend maintenant la réponse de M. Castex, Premier Ministre ….

Depuis le 31 mai dernier, il nous est en effet interdit par les décrets n°2020-663 puis n°2020-860 prescrivant les mesures nécessaires pour faire face à l’épidémie, de produire, interpréter, organiser des spectacles en station debout dans les établissements recevant du public. Nous avons pleinement conscience de la situation sanitaire et de ses incertitudes. Cependant, plus le temps passe, plus il y a urgence pour nos professions à relancer l’activité malgré les dispositifs d’accompagnement économique et financier mis en place que nous saluons, mais qui ne sauraient garantir la pérennité de notre secteur.

Notre volonté, vous le savez, est une reprise à 100 % des capacités publiques des lieux à compter du 1er septembre. Cependant, cette date est de plus en plus difficilement envisageable pour des questions inhérentes à la programmation et à l’organisation de tournées. Nous sommes aujourd’hui dans une situation économique, sociale et morale plus que délicate. Nous avons depuis toujours démontré notre sens des responsabilités et notre capacité à appliquer avec rigueur les décisions de l’État et le cadre réglementaire s’appliquant à nos métiers. Avec d’autres professionnels, nous vous avons remis des propositions concrètes dans le cadre de l’élaboration d’un protocole relatif à de possibles aménagements quant à l’accueil du public, en vue d’aboutir avec vous à des scenarii de reprise de nos activités.

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D’autres secteurs (restaurants, cafés, cinémas, clubs sportifs…) ont procédé de la sorte: cela leur a permis d’obtenir une réponse précise de votre part quant à un calendrier de reprise. Aussi personne ne comprend le mutisme nous concernant. Comme le public qui nous interroge de manière insistante et nous dit son envie de reprendre le chemin des concerts.
Nous nous sentons abandonnés et méprisés par nos partenaires publics. A l’occasion de votre nomination, Madame la Ministre de la culture, vous avez dit vouloir faire redémarrer très rapidement les théâtres et les salles de concert dans des conditions sanitaires compatibles avec des conditions économiques viables. Monsieur le Président de la République et monsieur le Premier Ministre, vous avez dit vouloir placer la Culture comme secteur prioritaire de la relance.

Nous ne pouvons plus vivre dans l’expectative et nous vous demandons d’avoir des perspectives claires et cohérentes de scénarios et d’échéances au prochain conseil de défense, afin de pouvoir travailler au redémarrage de nos activités. Nos organisations professionnelles restent à votre disposition pour finaliser avec vous ce protocole, en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés.

Sûrs de votre attention et de votre soutien aux concerts, veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre de la Culture, l’expression de notre parfaite considération.

Contacts : David Fourrier, La Sirène, david@la-sirene.fr T. : 06.34.40.26.35
Didier Veillault, La Coopérative de Mai, didier@lacoope.org T: 06.07.53.03.42
Aurélie Hannedouche, SMA, dg@sma-syndicat.org T. :  06.99.10.75.75

Que voir en juillet, août et plus tard (suite et non pas fin…)

Que voir en août et plus tard… (suite)

Le Souffle d’Avignon

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Peu de vrais festivals cette année… Mais La Mousson d’été à Pont-à-Mousson, comme Un festival à Villerville dans un petit village près de Deauville auront bien lieu mais sous une forme adaptée aux circonstances. Et deux lectures et deux spectacles sont retransmis du cloître du Palais des Papes, en partenariat avec les Scènes d’Avignon: le Théâtre des Carmes que dirigeait ce merveilleux poète qu’était André Benedetto disparu il y a onze ans déjà et dont le fils a pris la relève. Il avait créé le Off d’Avignon avec Gérard Gélas, le directeur du Théâtre du Chêne Noir, un des partenaires avec  le Théâtre des Halles, le Théâtre du Balcon et le Théâtre du Chien qui fume, de cette initiative à laquelle OPSIS TV s’est associée et qui en rediffuse gratuitement une sélection jusqu’au 30 juillet.

 

 

Carte blanche à la compagnie avignonnaise Deraïdenz

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Cette compagnie de théâtre et marionnettes dirigée par Léa Guillec et Baptiste Zsilina, réussit à créer d’étranges et belles images qui rappellent parfois l’univers du grand artiste polonais qu’était Tadeusz Kantor. Avec avec Coline Agard, Etienne Beauny, Hugo Boulanger, Léa Guillec, Charlotte Pigaglio, Sarah Rieu, Joris Savidan et Baptiste Zsilina.

Petit boulot pour vieux clown de Matéï Visniec

Une lecture en soixante-dix minutes dirigée par Virginie Lemoine, avec Serge Barbuscia, directeur du Théâtre du Balcon, Pierre Forest et Richard Martin. Trois vieux clowns qui ont partagé les mêmes pistes avant de se séparer pendant de longues années, répondent à une annonce passée dans le journal « On demande vieux clown » et ils se retrouvent….

Le Jeune homme exposé-Gênes 2001 d’André Benedetto

Une lecture dirigée par Serge Barbuscia avec Bertrand Beillot, Salvatore Caltabiano, Camille Carraz, Fabien Colin, Corinne Derian, Claude Djian et Laetitia Mazzoleni. Un soir d’anniversaire, survient une tragédie dans une famille. De retour d’un forum social, une jeune fille revient à la maison avec le corps de son ami qui a été tué par la police. Le père et son attaché parlementaire, la mère et même la voisine indiscrète comprennent mal que soutenue par son grand-père, cette jeune fille accuse son père de la mort du jeune homme, et refuse que le corps lui soit enlevé.

Le Fond de l’air (l’art) est rouge

Une performance de vingt-cinq minutes créée par la compagnie Alexandre Alexandre Lesouëf avec Manon Prapotnich, Nadir Benlala, Thomas Esnoult, Jordan Malfoy et Thomas Queyrens éditée par Les Films d’un jour.  «Les maux doivent raisonner. Désirer, désobéir, parler des mouvements qui affectent l’histoire des sociétés humaines, la déchirure, le désir de liberté. D’accablement à soulèvement pour jeter sa douleur par-dessus bord. Pour soulever le monde, il faut des gestes, il faut des désirs et des profondeurs. »

Festival de Figeac

Une place de Figeac © X

Une place de Figeac
© X


Ce petit festival dirigé par  est connu pour la qualité des spectacles présentés. Et il aura bien lieu cette année du 24 au 28 juillet. Vous pourrez y voir notamment deux remarquables solos que Le Théâtre du Blog avait beaucoup aimé:  L‘Enfance, Juliette et les années 70, le second volet après La Mate, une saga familiale écrite et interprétée par Flore Lefebvre des Noëttes. Et Plus grand que moi, solo anatomique,
texte et mise en scène de Nathalie Fillion, avec Manon Kneusé et la voix  de Sylvain Creuzevault.

La Pierre de Rosette  de Joseph Kossuth à Figeac © X

Fragment de l’œuvre de Joseph Kossuth à Figeac © X

Mais aussi voir  Amitié, une œuvre peu connue  du célèbre auteur italien Eduardo de Filippo, grand ami du cinéaste Pier Paolo Pasolini qui avait voulu l’adapter au cinéma mais il avait été assassiné entre temps! La pièce avait été créée l’an passé au festival d’Avignon dans la mise en scène d’Irène Bonnaud. Et ne ratez pas juste à côté du musée Champollion, le très bel hommage à ce génie natif de Figeac qui avait réussi à décrypter les hiéroglyphes. Une œuvre réalisée par l’artiste conceptuel américain Joseph Kossuth: juste une reproduction de la pierre de Rosette mais agrandie et juste posée sur le sol d’une petite place moyenâgeuse. Sans doute l’une des plus remarquables sculptures du XX ème siècle…

 

Anthem de Meredith Monk  

 

© Brand Fret

© Brand Fret

Anthem est le premier volet d’Alarm Will Sound’s new series, Une œuvre inspirée par le concept boudhiste de l’interdépendance de toutes choses dans l’univers. La célèbre chanteuse, compositrice et metteuse en scène semble toujours aussi espiègle et a encore  des choses à nous dire…
Alarm Will Sound fait partie dune longue histoire: Meredith Monk avait réalisé en  2005 au Carnegie Hall un spectacle Night. Cette vidéo faut aussi partie du Mizzou International Composers Festival.
On peut la voir sur  Eventbrite : le samedi 1 er août de 15h à 16 h 30 (heure française).

Philippe du Vignal

 

 

Chalon dans la rue 2020…

Photo X

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Chalon dans la rue 2020…

Cette trente-quatrième édition de ce festival pour  les artistes de la rue n’aura pas lieu Chalon dans la Rue 2020 n’aura pas lieu sous sa forme traditionnelle. Difficile en effet voire radicalement impossible de faire respecter les règles de distanciation physique à Chalon comme ailleurs. Mais cette année, les artistes de la rue  se sont demandés comment  faire des spectacles compte-tenu de la pandémie actuelle. Il faudrait sans doute travailler pour de petites jauges pour continuer à exister dans le monde après six mois. Comment fabriquer, comment en est on arrivé là ? Il faut maintenir les relations entre artistes et diffuseurs. Chacun doit lire des cartes qu’on leur a distribuées, les gens sont répartis par groupes de trois.

 

  1. Toujours les mêmes compagnies chaque année. Il y a un échange entre les programmateurs et  on s’est interrogé sur l’efficacité d’une programmation mais aussi sur l’idée de faire émerger de nouveaux projets, la notion de festivals-marchés. On peut aussi montrer son travail en off.
  2. Le théâtre de rue est festif. Mais il y a trop de compagnies : Il faudrait les regrouper pour qu’elles puissent se développer. Les cours d’immeubles au festival d’Aurillac ont été utiles pour montrer un travail. Certaine compagnies se sont regroupées pour mieux prendre contact les D.R.A.C.
  3. Le 28 et 29 août il y aura un regroupement à Chalon.
  4. Les offs à Avignon, Aurillac, Chalon, etc..  sont jugés inutiles mais ils permettent de montrer les spectacles avec un engagement économique, de se faire découvrir et repérer.. Oui, mais comment passer ensuite d’un off à un in ?
  5. Une programmation doit être arbitraire : Il faudrait imaginer des collectifs. Les artistes se rassemblent pour des raisons contradictoires.Dans les politiques culturelles, les enjeux économiques prennent de plus en plus de place.
  6. Le repérage dans l’émergence: il y a des rapports de pouvoir et de dépendance. Le programmateur doit-il être un artiste ou faire un travail d’artiste régi des règles de droit ?
    Y-a-t-il un droit à faire de l’art. On est des professionnels mais aussi des êtres humains. Et l’art de la rue ne s’intéresse pas seulement à l’art pour l’art. 

Cette réunion a rassemblé quelques centaines d’artistes qui sont allés s’asseoir au bord du Doubs, observer un équilibriste au lointain et boire quelques boissons. Un programme a été établi pour une Aube,  les 29 et 30 août avec dix compagnies pour jouer devant dix à cinquante personnes, un Lever les 25, 26 et 27 septembre avec sept compagnies, et un Horizon les 30, 31 octobre et le 1er novembre avec déambulations dans la ville, soit une manifestation de plus grande ampleur avec quinze compagnies.

Edith Rappoport

Chalon dans la rue, Centre National des Arts de la Rue et de l’Espace public, http://www.chalondanslarue.com

Cinquante ans de révolution chorégraphique, du Ballet-Théâtre contemporain au C.C.N. -Ballet de Lorraine, 1968-2018, textes d’Agnès Izrine et Laurent Goumarre,

 

 

Cinquante ans de révolution chorégraphique, du Ballet-Théâtre contemporain au C.C.N. -Ballet de Lorraine, 1968-2018  textes d’Agnès Izrine et Laurent Goumarre,  « entretiens avec » et contributions de Petter Jacobsson et Thomas Caley, Laurent Hénart, Emma Lavigne, Tristan Ihne, Gilberte Bardin, Mathilde Monnier, Laurent Vinauger, Muriel Belmondo, Francoise Adret, James Urbain, André Lafonta, Dominique Mercy, Jean-Albert Cartier, Gérard Fromanger, Ivan Messac, André Larquié, Brigitte Lefèvre, Didier Deschamps, Karole Armitage, Martine Augsbourger, Isabelle Bourgeais, Hélène Traïline, Thierry Malandain, Rudolf Noureev et Maïa Plissetskaïa, Patrick Dupond, Patricia Painot-Bossu, Patrick Germain, Daniel Larrieu, Pierre Lacotte

 

Photo X

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 Un ouvrage richement illustré et soigneusement imprimé. Depuis 2011, Petter Jacobsson, assisté de Thomas Caley, dirige ce Ballet-Théâtre Contemporain. Les auteurs du livre en font remonter la création à  1968, à Amiens. Il aura fallu en tout cas «un certain temps», comme disait dans les années cinquante, l’humoriste Fernand Raynaud, pour que Nancy, dotée d’un magnifique opéra sur la place Stanislas, fasse la part belle à la danse… Aujourd’hui, elle rayonne, « en région » et « à l’international » comme on dit, grâce au travail accompli par l’équipe actuelle et cet ouvrage le montre bien par les directions qui se sont succédé.  

Henri Langlois et Mary Henri Langlois et Mary Meerson Photo X Photo X

Henri Langlois et Mary Meerson
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Fin des années soixante : la jeunesse se soulève et le monde politique est dépassé. André Malraux, ministre des Affaires Culturelles selon la dénomination de l’époque, n’est plus en phase! Il avait pourtant créé les Maisons de la Culture pour donner l’accès aux arts mais il continuait à vouloir verrouiller Culture et communication.
Comme en témoigne l’affaire Henri Langlois (1914-1977). Ce pionnier de la Cinémathèque Française qu’il créa en septembre 1936 avec, entre autres, le cinéaste Georges Franju, faillit en janvier 68, être viré par André Malraux…. C’était sans compter sur une bande de jeunes cinéastes comme Jean-Luc Godard, François Truffaut mais aussi Maurice Lemaître, cinéaste, peintre et écrivain libertaire (1926- 2018)  et… Daniel Cohn-Bendit qui réussirent à mobiliser l’opinion. Des télégrammes de soutien parvinrent alors du monde entier! Et le Ministre annula piteusement sa décision !

 

 

IX ème  Symphonie de M. Béjart  @ X

IX ème Symphonie de M. Béjart © X

 

Dans un «paysage chorégraphique qui ressemble à un désert» selon Agnès Izrine et Laurent Goumarre, Maurice Béjart et dans une moindre mesure, Joseph Russillo, représentaient la danse «moderne» en France.  Maître de ballet à l’Opéra de Paris, Michel Descombey, favorable au changement, joua un rôle important. Il avait créé en 1966 Le Ballet-Studio au sein même de l’institution pour y développer la recherche chorégraphique. Le célèbre Concours de Bagnolet est créé en 1968 par Jacques Chaurand (1928-2017), danseur et chorégraphe en quête d’un «ballet pour demain. » Le mot féminin : danse et celui, autrement genré de ballet n’avaient pas encore été remplacés, comme le note Agnès Izrine, par la notion assez vague d’« expression corporelle. »

En 68, Jean-Albert Cartier et Françoise Adret sont nommés par l’Etat, à la tête du Ballet-Théâtre contemporain qu’on décentralisa à Amiens. Mais il fallut près d’un demi-siècle pour que s’effectuât le glissement progressif d’un «ballet-théâtre» à l’ancienne,  vers une structure ouverte. De l’avis général, Jean-Albert Cartier ménagea sur le plan artistique, la chèvre et le chou en cherchant à concilier à la fois le ballet, le théâtre, le pays, la région… Ce «vieux gaulliste du Centre droit» innova en proposant à l’artiste de la Jeune Peinture Gérard Fromanger et à Michel Descombey de créer Rouge un ballet sur la musique d’Hymnen de Stockhausen. Pour Brigitte Lefèvre, animatrice avec Jacques Garnier, du Théâtre du silence qui se fixa en 1972 à La Rochelle, Le Ballet-Théâtre était plutôt « post-classique » dans son organisation et sa hiérarchisation, jusqu’à son déménagement, en 1978, à Nancy, après six années passées à Angers, et même après.

Avec Hélène Traïline, une danseuse classique issue des Ballets de Monte-Carlo donc, indirectement, des Ballets russes, Jean-Albert Cartier joua les Diaghilev et invita des têtes d’affiche, à commencer par Rudolf Noureev. Mais en 1988, pourtant « Année de la danse », au lieu d’accompagner le dynamisme de la « jeune chorégraphie » française, ou d’engager un des hôtes de marque qui avaient fait en partie la gloire du festival de théâtre de Nancy comme  Kazuo Ôno, Carlotta Ikeda, Pina Bausch, voire Bob Wilson, Le Ballet français de Nancy nomma Patrick Dupond… un danseur-étoile vieille école »

Avec le changement de millénaire, l’un des représentants du « gang des Lyonnais », Didier Deschamps, devint alors le directeur du Centre chorégraphique national-Ballet de Lorraine, une nouvelle appellation de cette compagnie. Il forma très vite le public local à la danse contemporaine, tous styles confondus. Didier Deschamps semble ici estimer que Jean-Albert Cartier utilisa le B.T.C. comme un tremplin lui ayant permis d’« accéder au monde de l’opéra ». Mais il oublie que le Ballet de Lorraine et son président, l’éminence grise André Larquié, lui apprirent le métier de programmateur, voire l’aidèrent à prendre la direction du Théâtre National de Chaillot ! Et c’est aussi du Ballet-Théâtre Contemporain établissement, dirigé par Petter Jacobsson et présidé par Michel Sala, qu’est sorti du lot l’actuel Délégué à la danse au Ministère de la Culture !

 

Cela nous concerne tous  © Laurent Philippe

Cela nous concerne tous de Miguel Gutierrez
© Laurent Philippe


On doit à Petter Jacobsson et à son équipe un nouvel élan et le dévoilement de nouveaux territoires. Ils ont parfois surévalué quelques petits maîtres exploitant jusqu’à la gauche (ou à la droite..) un filon « performatif » des années soixante-dix… Mais ils ont régalé le public avec le flamboyant Miguel Gutierrez. Les productions et soirées de gala de Jacobsson et Caley sont mémorables. Et ils ont inscrit au répertoire des pièces comme Relâche de Jean Börlin, de Merce Cunningham ou de Trisha Brown et ils ont aussi passé des commandes à des auteurs talentueux comme Olivia Grandville.

 

Nicolas Villodre
Editions Presses du réel, 144 pages (62 illustrations couleur et 38 en noir et blanc). 32.00 €

 

 

 

 

 

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