Fermetures, fermetures….

Fermetures, fermetures….

Les baisses ou fins des subventions, le phénomène qui devient de plus en plus fréquent et s’aggrave; le 14 mai dernier, les services de la formation professionnelle en Région Normandie ont annoncé l’arrêt du financement après vingt-quatre ans! du dispositif innovant: comédiens-stagiaires créé en 2001 par la Cité-Théâtre à Caen, dirigée par Olivier Lopez. Un triste événement qui risque de faire tache d’huile….

©x L'Avare mise en scène d'Olivier Lopez avec certains des jeunes acteurs stagiaires

©x L’Avare mise en scène d’Olivier Lopez avec certains des jeunes acteurs stagiaires


Pourtant 92 % de ces jeunes acteurs bénéficient d’un revenu régulier dans la profession. En relation avec les structures culturelles et les compagnies locales, cette formation a aussi contribué à renouveler le paysage artistique en Normandie. Mais elle
n’est visiblement plus maintenant une priorité.  « Sa disparition est une mauvaise nouvelle pour la jeunesse et pour le théâtre en région, dit Olivier Lopez, nous redoutons que cela arrive à Paris, Rennes, Lille et Strasbourg. »
Ce désengagement de la Région Normandie représente une baisse de recette équivalente à 372.780 euros sur trente mois pour la Cité-Théâtre et cela annonce une baisse d’activité majeure qui influera sur les emplois permanents et intermittents. Olivier Lopez réfléchit donc à la possibilité de fermer définitivement le théâtre. Il ne faut jamais oublier que le théâtre en France, c’est majoritairement de petits théâtres qui font souvent comme la Cité-Théâtre un travail remarquable, et c’est ce maillage du territoire qui, depuis l’ère Malraux,  a permis la naissance des grandes compagnies théâtrales. Qu’en pensent Aurore Fattier, la nouvelle directrice de la Comédie de Caen et Rachida Dati, ministre de la Culture?

Philippe du Vignal

La Cité-Théâtre,  28 rue de Bretagne, 14000 Caen . T. : 02 31 93 30 40. L’assemblée générale de la Cité- Théâtre aura lieu mercredi 22 mai à 19 h 30.
contact(a)lacitetheatre.org


Archive de l'auteur

Explosif d’Elise Wilk, traduction d’Alexandra Lazarescou, mise en scène de Lisa Wurmser

Explosif d’Elise Wilk, traduction d’Alexandra Lazarescou, mise en scène de Lisa Wurmser

Le texte de cette dramaturge roumaine, inspiré des Bacchantes d’Euripide, est une sorte de fable-chronique dans un établissement scolaire. « La presse à scandale dirait que c’est une «école de riches». Le Proviseur dirait que c’est un lycée «d’élite». La Fille Dépressive dirait que c’est un lycée «super merdique». Denis dirait que c’est un lycée «assez cool». La Femme de ménage (Valérie Haltebourg) n’en dirait rien. Trop occupée à savoir ce que les autres en disent.  »
Agavé dans la pièce d’Euripide, elle raconte qu’elle voit tout mais ne dit rien de ce qui se passe. Il y a aussi un proviseur sérieux et assez imbu de lui-même, une psychologue, mère d’un élève, et des jeunes filles fascinées qui vont vite tomber amoureuses du jeune et beau Denis, intelligent mais incapable de se plier à une discipline. Il arrive dans ce lycée, auréolé de la gloire d’avoir été expulsé d’un autre établissement…

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©x Matisse Humbert

Il a quelque chose à voir, déjà par son prénom, avec le Dionysos des Bacchantes et se révélera dominateur et manipulera ses camarades garçons et filles comme Penthée, le délégué de classe. et tiendra facilement tête au proviseur. Denis (imposant Matisse Humbert) sait déjà parfaitement ce que veulent dire les rapports de pouvoir dans la société et comment les négocier… Un pétard a éclaté dans une salle de classe et malgré les menaces du proviseur, aucun des lycéens, ici trois filles et trois garçons ne veut se dénoncer. En filigrane, la tragédie menace et le bon élève appliqué, fils de la psychologue scolaire, un «garçon triste», (Penthée chez Euripide) se suicidera. La pièce d’Elise Wilk, c’est là un de ses défauts mais aussi une de ses qualités, part un peu dans tous les sens, avec de courtes séquences sur le harcèlement scolaire et la vie de ces jeunes gens, leurs amours et leurs conflits…

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Les unes ici dialoguées, et les autres, bien dansées et bien chantées. La rencontre avec cette partition théâtrale, a été foudroyante, dit Lisa Wurmser et «sa polyphonie inventive universelle lui confère une portée universelle.» Nous n’avons pas été aussi séduits par ce texte, et le spectacle vaut surtout par une réalisation virtuose où les nombreuses entrées et sorties par une double porte battante à hublots sont impeccablement réglées. Ce n’est pas vraiment la comédie musicale annoncée… mais Elsa Wurmser dirige avec une rare précision Valérie Haltebourg, Matisse Humbert, Pierre Lefebvre Adrien, Charlotte Léonhardt, Gwenael Mettay, Diana Sakalauskaité, Pascal Vannson,  et  au chant, Fantine Baudelot et Chiara Davis, élèves de la maîtrise de l’opéra Grand Avignon. Aucun dérapage, aucune rupture de rythme sur ce grand plateau et même si au soir de cette deuxième représentation, la diction flottait dans quelques passages, il y avait toujours une unité de jeu exceptionnelle. Et c’est toujours un plaisir de voir ces acteurs d’âge différent, tous très crédibles….donner vie à un texte.

Philippe du Vignal

Jusqu’au 2 juin, Théâtre de l’Epée de bois, Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de manœuvre. T. : 01 48 08 39 74.
Métro: Château de Vincennes, sortie n° 4 en tête du train +navette gratuite (mais pas toujours ponctuelle). Ou a
utobus 112, arrêt: Cartoucherie; attention zone 3 mais le pass navigo est dézonné les week-ends, jours fériés et vacances scolaires.   

Le Serment d’Opéra, exposition de photos

Le Serment d’Opéra, une exposition de photos au Carré de Baudouin

Des artistes de l’Opéra de Paris présentent leurs photos à l’hôpital Sainte-Anne. Nous avions déjà évoqué l’introduction de l’art vivant dans les structures hospitalières avec les consultations poétiques organisées par le Théâtre de la Ville, pendant, et après la pandémie de covid (voir Théâtre du Blog).
Autre initiative heureuse, une exposition de photos de Frédéric Stucin, produite et financée par l’Académie de l’Opéra national. Cela se passe au Carré de Baudouin, un espace culturel dont
le pavillon a été inscrit à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques dès 1928. Consacré à la création locale, nationale et internationale avec des expositions, événements,  conférences… il est géré par la mairie du XX ème arrondissement de la capitale.

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«Avec ce dispositif, écrit Alberto Velasco, chef de service du pôle 5/6/7 G.H.U. Paris, psychiatrie et neurosciences, que nous avons mis en place avec Myriam Mazouzi, directrice de l’Académie de l’Opéra, ce travail commencé en 21, a eu des résultats surprenants.  L’atelier de danse qui nous réunit toutes les trois semaines, est animé par Antonin Monié et Takeru Coste, du ballet. C’est une interrogation à laquelle le collectif essaye de répondre, avec un élan, une esthétique et une force inédites. La réponse parlée -impossible- s’écrit ici dans l’acte artistique du corps  lui-même et chemin faisant, il trouve une source d’apaisement et jubilation, constants et durables.»

 ̃©Eric Stucin, courtesy galerie Clémentine  de la Feronnière

©Eric Stucin, courtesy galerie Clémentine de la Feronnière

Ces ateliers ont été menés à l’Opéra-Bastille avec patients et soignants. Au dernier étage de l’exposition, un diaporama de photos en noir et blanc prises à vitesse lente pendant ces stages. Les corps apparaissent donc flous et cela permet de capter le mouvement et de préserver l’anonymat. Tranquillement installé sur de gros poufs, on peut entendre un enregistrement des instructions des enseignants et c’est une façon personnelle de revivre ces moments uniques.

Dans une autre grande salle, il y a sur les murs, les photos de ces moments devant un rideau de scène et un tapis de danse où auront lieu plus tard des performances et ateliers. Enfin, au premier étage, des photos en couleur grand format immortalisent la découverte par les patients, du Palais Garnier, entre dorures, tapisseries rouges et marbres de ce lieu mythique. Cette exposition gratuite permet à tous de sortir du cadre figé de l’hôpital-ce qui en psychiatrie est très bénéfique- et mérite d’être vue…

Jean Couturier

 Jusqu’au 21 septembre, Carré de  Baudouin (entrée gratuite) de 11 h à 18 h, 121 rue de Ménilmontant, Paris (XX ème).

 

 

La Cachette de Camille Decourtye, Blaï Mateu Trias et Nicolas Lafourest

La Cachette de Camille Decourtye, Blaï Mateu Trias et Nicolas Lafourest 

Baro d’evel, en langue manouche, pourrait se traduire par : nom de Dieu!  A la fois juron et exclamation d’admiration, ce nom signe le style inclassable de cette compagnie fondée il y a vingt ans par Camille Decourtye et Blaï MateuTrias. Quand on leur demande d’où ils viennent, Blaï répond : « de Catalogne » où ses parents étaient clowns. Et Camille : « de la campagne », la Beauce et d’abord les chevaux avec lesquels elle a grandi.
Ici,
après Bestias, Là, Falaise et Mazùt (voir Le Théâtre du Blog), ils délaissent les animaux vivants ou en effigies pour présenter, avec le guitariste Nicolas Lafourest, un trio musical. Jouant comme d’habitude sur le noir et blanc, une mystérieuse boîte noire trônant sur le plateau nu s’ouvre pour révéler un antre de potier avec des récipients de toute taille et des instruments de musique. Au son lancinant d’un harmonium à soufflet servi par Camille Decourtye, les garçons dégagent tant bien que mal la piste de ses pots, non sans quelques glissades.

© Baro d'Evel

© Baro d’Evel

Puis, place au chant de Camille Decourtye: du blues entonné d’une voix grave et allant facilement vers l’aigu, accompagné à la guitare électrique par Nicolas Lafourest et par les facéties percussives de Blaï Mateu Trias. Il est question d’un lieu loin du bruit et de la fureur du monde, où se cacher, se ressourcer, continuer à créer. Entre deux airs dont un rock endiablé, Camille nous en dévoilera l’histoire et les secrets… Dans les interstices de ce concert, s’insinuent des jeux de scène: de fragiles tracés de craie sur les parois de la boîte noire viennent souligner les voies aléatoires et sinueuses de la création artistique, un étonnant duo acrobatique où, bouche contre bouche, on s’aime et se querelle, sans jamais se lâcher, même tombés au sol.

Baro d’evel a plus d’un tour dans son sac et c’est celui du potier qu’il nous joue en dernier, actionné par Blaï Mate-Trias qui donne forme à un bloc d’argile. Puis il soumettra son œuvre à des métamorphoses burlesques … De cet artisanat qu’il a développé pendant le confinement, il fait un acte théâtral, art par excellence de la transmutation. Baro d’evel n’aura jamais fini de nous étonner, avec un esprit inventif et une manière de faire feu de tout bois avec élégance et humour. Une créativité revigorante avec cette Cachette.

 Mireille Davidovici

Ce spectacle a été joué du 10 au 18 mai, au Théâtre des Bouffes du Nord, 37 bis boulevard de la Chapelle, Paris (X ème). T. : 01 46 07 34 50   www.bouffesdunord.com

 Mazùt, du 22 mai au 7 juin, Théâtre des Bouffes du Nord.

Qui som, Festival d’Avignon, du 3 au 14 juillet, cour du lycée Saint-Joseph.

 

Tous les marins sont des chanteurs, mise en scène de François Morel

Tous les marins sont des chanteurs, mise en scène de François Morel

D’abord remarquable acteur chez Macha Makeieff et Jérôme Deschamps notamment dans Lapin-Chasseur, leur spectacle culte, puis metteur en scène et chroniqueur à France-Inter, François Morel est aussi-cela fait déjà vingt ans- devenu chanteur. Ici, il met en scèn et interprète les chansons d’Yves-Marie Le Guilvinec-de son vrai nom Yves-Marie Le Corre.
Né en 1870 à Trigavou, près de Dinan, cet auteur-compositeur et interprète, dernier-né d’une famille de neuf enfants, sera le seul à faire des études: il entre au petit séminaire à neuf ans mais son père avait besoin de lui pour travailler. D’abord mousse, puis matelot, il ira pêcher à Terre-Neuve à bord du chalutier L’audacieux. Mais il mourra en mer à trente ans. Il écrivit des dizaines de chansons écrites aussi connues en son temps que celles de Théodore Botrel, son concurrent,  né deux ans avant lui.

 

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Dans un magazine trouvé dans un vide-greniers, François Morel découvre les chansons de ce marin breton, Yves-Marie Le Guilvinec, disparu en mer en 1900. Et avec Gérard Mordillat pour la biographie et Romain Lemire, remarquable dans le rôle d’un conférencier un peu paumé mais qui sait malgré tout où il va quand il raconte la vie de ce marin-poète et chanteur…
Avec Antoine Sahler, François Morel a adapté et réarrangé une quinzaine de ces chansons disparues qu’il chante  avec gourmandise  dont la bien connue : « Je n’irai pas à la morue, mon capitaine, mon capitaine, je n’irai pas à la morue sans avoir embrassé Lulu… » avec Antoine Sahler (guitare, clavier, accordéon, trompette, chœur), Amos Mah  (violoncelle, guitare, chœur), Muriel Gastebois  (percussions, chœur). Rejoints à la fin par quatorze filles et trois garçons, tous en maillot blanc rayé de bleu, dirigés par le chef de cette chorale d’Asnières.

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C’est un vrai plaisir d’entendre ces chansons moins connues Mais tout à fait savoureuses, que celle de son concurrent Théodore Botrel mort lui en 1925 et qui a piqué sans scrupule sa mémorable Paimpolaise sur la fameuse Cancalaise d’Yves Le Gilvinec, comme le montre François Morel.
Et il y a de belles et anciennes photos en noir et blanc de bateaux de pêche à voile, projetées sur une voile de bateau…
Le spectacle a déjà été beaucoup joué et ceci explique peut-être cela : la mise en scène flotte un peu et a perdu quelques boulons en route: la balance entre accompagnement musical et voix au micro H. F.  assez médiocre, nuit à l’interprétation de François Morel.
Et surtout vers la fin, le spectacle manque de rythme.A ces réserves près, le spectacle mérite d’être vu mais les places sont de 52 à 30 € !

Philippe du Vignal

 Jusqu’au 2 juin, La Scala, 13 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T. : 01 40 03 44 30.

 

Les Vagues, d’après le roman de Virginia Woolf, mise en scène et scénographie d’Élise Vigneron

Les Vagues, d’après le roman de Virginia Woolf, mise en scène et scénographie d’Élise Vigneron

©Damien Bourletsis

©Damien Bourletsis

Dans un paysage brumeux, oscille un ballon blanchâtre et des voix disent le jour qui se lève sur la mer, la marée, le bruit du ressac. Puis la boule s’écrase en mille éclats de glace. La lumière se fait sur une vitrine où les comédiens vont prendre des pantins de glace translucides qu’ils vont manipuler avec des fils jusqu’à ce qu’ils fondent sous le feu des projecteurs, réduits à des squelettes de métal échoués dans l’eau.
Publié en 1931, le texte d’abord traduit par Marguerite Yourcenar en 37, fut retraduit en 93 par Cécile Wajsbrot. Virginia Woolf qualifiait Les Vagues, de “Play Poem (Poème à jouer), une prose impressionniste où s’entremêlent les monologues de Louis (Loïc Carcassès), Bernard (Thomas Cordeiro), Susan (Zoé Lizot) Jinny (Azusa Takeuchi) et Rhoda (Chloée Sanchez) interrompus par neuf brefs interludes à la troisième personne par cette dernière. A travers leurs mots, on entend l’adieu à l’enfance qui va, avec le temps qui passe, se dissoudre dans l’âge adulte, comme le symbolise la métamorphose de ces fragiles marionnettes à taille humaine et réalistes.

© Damien Bourletsis

© Damien Bourletsis

D’un bel effet esthétique, les poupées évanescentes accaparent toute l’attention des cinq comédiens-manipulateurs mais on a du mal à saisir le sens du texte. L’unique action se concentre sur la manipulation, en dehors de la beauté plastique, du dispositif scénographique,des lumières réverbérées sur l’eau qui goutte quand la glace fond.
Qui n’a pas lu Les Vagues ne trouve dans ces bribes de récit, aucun élément auquel se raccrocher : on peut y lire l’éphémère de nos existences: «Je suis si frappée par le transitoire de la vie humaine que, souvent, je prononce un adieu (après avoir diné avec Roger, par exemple) ou suppute combien de fois encore je reverrai Nessa.», écrit Virginia Woolf dans son Journal (1915-1941).
Elise Vigneron fait ici une œuvre plastique, plus que de théâtre, en nous laissant pressentir dans la magnifique image finale : un sinistre troupeau d’oiseaux posé sur l’eau -la dissolution définitive de l’autrice avalée par la mer: « Par instants, je ne me connais pas moi-même je ne sais plus comment nommer, mesurer et totaliser les atomes qui me composent. » dit Rhoda, dans Les Vagues.

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 26 mai, Théâtre de la Tempête, route du Champ de manœuvre, Cartoucherie, de Vincennes. Métro : Château de Vincennes+navette gratuite. T. : 01 43 28 36 36.

 Les 10 et 11 octobre, Manifest, Amiens (Somme).

Les 8 novembre) Les Salins, Martigues (Bouches-du-Rhône) ; le 15 novembre Théâtre la Passerelle, Gap (Hautes-Alpes); le 19 novembre Scène 55, Mougins et les 22 et 23 novembre, Théâtre de Nice (Alpes-Maritimes). Les 27 et 28 novembre, Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).

 Du 6 au 31 janvier 2025, NY Festival Under the radar,Chicago (Etats-Unis).

Les 25, 26 et 27 mars 2025, Théâtre de l’Union, Limoges (Haute-Vienne) .

 

Héliogabale, l’empereur fou d’Alain Pastor, mise en scène de Pascal Vitiello

Héliogabale, l’empereur fou d’Alain Pastor, mise en scène de Pascal Vitiello 

 Né en 203, ce très jeune empereur romain régna de 218 à 222, sous le nom de Marcus Aurelius Antoninus. Son surnom? Avant d’être empereur grâce aux intrigues de sa grand-mère Julia Maesa,, il avait été nommé à treize ans, grand-prêtre du dieu syrien Élagabal.  Mais il scandalise vite les romains par ses frasques sexuelles, perdit le soutien de l’armée et, après seulement quatre ans de règne, il est assassiné. Caligula qui régna quatre as au siècle précédent, est lui, mieux connu, grâce à la pièce d’Albert Camus…
Héliogabale est totalement sous emprise féminine, celle sa grand-mère, et de sa mère que nous ne verrons pas dans cette pièce. Il enlèvera la grande Vestale Aquilia Severa pour l’épouser et pour que, dit-il, « naissent des enfants divins » mais ne consomme pas le mariage et s’en séparera. La fin de son règne est rythmée par des orgies avec prostitués et il aurait eu ensuite des «mariages» homosexuels, notamment avec un certain Hiéroclès.
Héliogabale portait des vêtements féminins, voulait être appelé Domina et refusait qu’on l’appelle au masculin. Bref,  une personnalité trans avant la lettre mais assez effroyable. En fait, sa grand-mère Julia Maesa qui règne à sa place sent bien que les vices de son petit-fils vont le perdre lui et toute sa famille. Et elle le persuade d’adopter son cousin Alexianus Bassianus, sous le nom de Sévère Alexandre et de l’associer au pouvoir, avec le titre de César. Mais, quand l’armée apprend qu’Héliogabale à qui le pouvoir rend fou, veut faire tuer ce cousin gênant pour lui, elle va lui être hostile. Héliogabale veut alors faire arrêter les meneurs mais sera tué par la foule qui a envahi le palais impérial…

Il y a longtemps que la courte vie de cet empereur a fasciné peintres, cinéastes et écrivains dont Antonin Artaud avec un texte peu connu, Héliogabale ou l’Anarchiste couronné. « Ce livre envoûtant, le plus construit et le plus documenté des écrits d’Antonin Artaud, est aussi le plus imaginaire, dit J.M.G. Le Clézio. Qui n’a pas lu Héliogabale, n’a pas touché le fond même de notre littérature sauvage. » Jean Genet écrivit aussi Héliogabale avec, une pièce inédite (1942) qui vient d’être éditée. Mais Héliogabale inspira aussi des romans et La dernière prophétie, une série de bandes dessinée de Gilles Chaillet.
En peinture, Les Roses d’Héliogabale de Sir Lawrence Alma-Tadema, puis Héliogabale, Grand Prêtre du Soleil (1886) de  Simeon Solomon, et enfin plus proche de nous, Heliogabalus (1974) du grand Anselm Kiefer. Le cinéma s’empara aussi très vite de ce mythe avec en 1909, Héliogabale d’André Calmettes. Et deux ans plus tard Héliogabale ou l’Orgie romaine, un court-métrage de Louis Feuillade.
Comme la musique, Eliogabalo, un opéra de Pier Francesco Cavalli qui fut créé à Venise en 1667. Puis en France, sera jouée une tragédie lyrique de Déodat de Séverac (1874). Et le saxophoniste et compositeur John Zorn écrivit Six litanies for Heliogabalus il y a sept ans seulement.

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Bref, la vie de cet empereur mythique continue à fasciner. Alain Pastor (soixante-six ans) se présente d’abord dans le programme sur papier glacé, et nous ne vous épargnerons rien de cette énumération sans doute essentielle pour lui: « Officier de l’Ordre de Saint-Charles, Officier de l’Ordre du Mérite Culturel, Chevalier de l’Ordre des Grimaldi, Président honoraire de l’Alliance française, le tout à Monaco. Et en France, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques.
Et ce dramaturge a obtenu en 97 le premier prix au concours international littéraire Arts et Lettres de France, pour sa première pièce Oedipe meurt ou Echec et mat, présentée la même année au Théâtre de La Lucarne à Bordeaux. En 2002, Héliogabale est édité aux éditions du Losange avec une préface de Pierre Moinot de l’Académie française. Il écrit en 2006 une pièce Pétropolis 1942 ou La dernière nuit de Stefan Zweig publiée la même année chez l’Harmattan. Le Guide Le Petit Fûté Brésil fait mention de l’ouvrage dans sa présentation de la ville de Pétropolis. (sic). En 2018, lecture-spectacle d’Héliogabale, mise en espace par Pascal Vitiello. Et en 21, est créée au Théâtre Princesse Grace à Monaco dans le cadre de la programmation officielle (sic),  Le Rêve de Mercier, avec pour thème, le tragique destin de Françoise-Thérèse de Choiseul Stainville, princesse de Monaco, sous la Terreur, puis l’année suivante au théâtre de la Contrescarpe à Paris et en 23, au Théâtre des Variétés de Monaco et à l’Espace Lumen, à Bruxelles. En  24, au cas où cela vous aurait échappé, la création d’Héliogabale eu lieu au même théâtre à Monaco, avec Geneviève Casile, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, Mickaël Winum et Bernard Lanneau.  Ouf! Enfin, vous savez tout.

Sur le plateau, un fauteuil pliant en lattes de bois, en guise de trône, deux socles noirs, l’un bas pouvant servir à s’asseoir et l’autre plus haut avec un flacon et deux tasses en terre cuite. En fond de scène, un écran où défilent des nuages et quand cela commencera à aller mal pour Héliogabale, un vol de corbeaux noirs sous un ciel menaçant.  Et au début,  vous reprendrez bien une petite dose de fumigène (la quarantième au compteur au moins depuis début 2024, une véritable épidémie).
«Cette histoire violente et presque sauvage m’a paru non seulement l’affrontement de deux religions et de deux cultures, mais surtout le symbole d’un pouvoir qui finit par se haïr et se détruire lui-même.» dit Pascal Vitiello qui a mis en scène cet opus montrant surtout les rapports difficiles du jeune empereur-presque tout le temps en scène-avec sa grand-mère redoutable manipulatrice, mais aussi avec Comazon, le préfet de Rome au double jeu…
Pour le réalisateur, lumières, création vidéo et environnement sonore, mise en scène épurée, ponctuent le spectacle. Mais il n’y a pas de rythme, les lumières surlignent trop souvent le texte et la direction d’acteurs est approximative et sans guère d’unité.  Geneviève Casile (La Grand-Mère), Michaël Winum (Héliogabale) et Gérard Rouzier (le Préfet de Rome) font le boulot et ont heureusement tous une excellente diction. Pourtant,  rien à faire, aucune émotion ne surgit de ce texte aux dialogues bavards et ennuyeux avec parfois même des cacophonies (voir plus bas) , sans aucune dramaturgie efficace et qui ronronne une heure et demi durant… Les courtes scènes, la plupart à deux personnages, se succèdent mais ne sont pas convaincantes!

Que sauver? Sans doute une dizaine de répliques entre la grand-mère,  aussi impitoyable que cynique, et le jeune et imposant Héliogabale, et à la fin, le récit de l’horrible fin du jeune empereur par Maesa. « Héliogabale est mort ! Un soldat l’a frappé d’un coup d’épée, d’autres ont accouru pour s’assurer que c’était fini. Il gisait dans les latrines au milieu de l’urine et des excréments ! Alertés par la rumeur du crime accompli, des hommes se sont approchés du corps, puis tels des fauves se partageant une carcasse, ils l’ont traîné dans les rues de la ville, afin que sur son passage le peuple de Rome conspue son empereur disloqué. Les soldats soutenus par des plébéiens en furie ont voulu le jeter dans une bouche d’égout. Après deux échecs, ils l’ont basculé du pont Aemilius dans les eaux noires du Tibre, près de la Cloaca maxima, où l’on déverse les ordures de la ville. »
Les images vidéo de l’embrasement de Rome sont aussi assez impressionnantes. Mais ce texte d’une heure et demi, bien longuette, ne fait pas sens et ne laissera aucun souvenir. Enfin, si cela vous tente, la chose se jouera dans le off au prochain festival d’Avignon. Allez plutôt voir -et en priorité- le fameux Repas des Gens, créé en décembre dernier à La Criée à Marseille (voir Le Théâtre du Blog) et qui se jouera tout le mois au Théâtre des Halles. C’est du grand théâtre, et en plus très drôle!

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 15 mai au Théâtre La Bruyère, 26 rue La Bruyère, Paris (VIII ème).

Du 29 juin au 21 juillet, Théâtre des Gémeaux, Avignon ( Vaucluse).

Macbeth, d’après William Shakespeare, traduction d’Yves Bonnefoy, adaptation, mise en scène de Silvia Costa

Macbeth, d’après William Shakespeare, traduction d’Yves Bonnefoy, adaptation, mise en scène ey scénographie de Silvia Costa

C’est une affaire de songe. L’épouse du général Macbeth a eu une vision : «Tu seras roi ». C’est une histoire de guerrier  et Macbeth vient de gagner une bataille contre le traître Cawdor allié aux ennemis de son roi Duncan. Une journée «sombre et claire», dit-il. Les guerriers sont parfois superstitieux et celui-ci rencontre trois sorcières (ou «sœurs fatales», ce qui est plus beau). A leur tour, elles lui prédisent qu’il portera le titre de Cawdor et qu’il sera roi.
Enfin, de la bouche du Roi (le vrai), Macbeth s’entend récompensé de sa victoire, par le titre de Cawdor. Le réel fait irruption dans les prédictions et tout est ébranlé. De, là à en déduire qu’il sera roi, il n’y a qu’un pas, bien difficile à franchir , s’il n’était poussé en avant par sa femme… Et on se demande si elle ne serait pas la première des sorcières.

© Ch.Raynaud de Lage Alain-Lenglet etSuliane Brahim

© Ch.Raynaud de Lage
Alain-Lenglet et Suliane Brahim

Les prophéties s’enchaînent : oui, il sera roi, mais ce sont les descendants de Banquo, vainqueur avec lui, qui lui succèderont sur le trône. Il faudra donc éliminer Banquo. Et les vengeances possibles et probables ? Méfie-toi de Macduff ? Bon, on le tuera. Bien que « jeune dans le crime», Macbeth commencera à s’y habituer. Un nouvel oracle tempère : aucun homme «né d’une femme » ne pourra le tuer et personne ne pourra le vaincre, à moins que la forêt de Birnam ne se mette en marche. L’impossible même, donc les nuages, s’éloigne. Mais les Dieux, ou plus modestement les sorcières, aveuglent ceux qu’ils veulent perdre…
D’autres nuages plus lourds apparaissent : ceux des désirs, de plus en plus exigeants. C’est l’aveuglement progressif du héros qui conduit « la pièce écossaise » vers la tragédie : la prophétie éclaire le destin mais éblouit et prend l’imagination au piège. Ainsi Macbeth progresse sans cesse vers le pire, faute sur faute, l’une commise pour essayer en vain d’effacer l’autre. Le tragique : les rêveries de pouvoir, les illusions de l’ambition engendrent du réel, inévitablement sanglant avec des cauchemars qui mènent à la folie.

Silvia Costa a beaucoup élagué la pièce et écarté les personnages secondaires. Pourquoi pas ? On y perd quelques intermèdes comiques, pourtant nécessaires au drame. Macbeth est à la fois une pièce d’action et une tragédie : la metteuse en scène a choisi la tragédie au sens le plus abstrait, en laissant de côté la guerre et les rivalités politiques dans un monde régi par la loyauté et un pouvoir royal de droit divin, pour se concentrer sur un tragique abstrait.
La pièce serait l’histoire du Mal, sous une double figure: celle, indécise mais agissante, de Macbeth et celle, féminine et résolue mais privée de glaive, d’une lady Macbeth frustrée. On sait comment le sang se venge en imprimant sur sa main coupable, la tache que «tous les parfums d’Orient» ne pourraient laver. Ce serait elle l’homme  du couple, si seulement, elle n’était pas née femme. Situation contre nature, comme tout ce qui déclenche cette série de crimes et le suicide de cette femme-homme.

Silvia Costa joue beaucoup des sons, murmures, grincements, souffles, battements de portes ; cela rappellent les anciens films d’horreur mais ces effets un peu naïfs font sourire. Plus gênante est la déformation des voix : on y perd du texte et du jeu, bien qu’il n’y ait aucun reproche à faire aux acteurs, au contraire. La lumière également poussée vers le noir, semble venir en pléonasme et assombrir l’affaire. « Le clair est noir, le noir est clair » est une des énigmes au début de Macbeth : ici, le clair va s’évaporer, ce qui est logique mais il nous manque souvent, à la fois en contraste et dans sa brutalité nécessaire.
Cette ancienne collaboratrice de Romeo Castellucci, crée de belles images, parfois justes, dont celle du Messager se glissant sous un tapis rouge fluide qui va l’absorber comme une immense flaque de sang . Ou celle, enfantine et réussie, de la lignée de Banco figurée par une ribambelle de chemises de taille croissante sur un fil… Ou encore le prologue joué par une lady Macbeth changée en Parque, masquée par ses cheveux qu’elle déroule et arrache comme les fils du destin, sous le portrait immobile puis tourbillonnant de Macbeth (Noam Morgensztern)… D’autres images relèvent de l’erreur obstinée et des objets monumentaux descendent parfois des cintres, rendant la scène pompeuse sans lui donner plus de poids.

La metteuse en scène installe entre les paroles de longs temps qui, le plus souvent, ne « jouent» pas et alourdissent le spectacle. Dans le décor gothique qui succède à l’ espace vide, Silvia Costa place une sorte de confessionnal où, encadrés comme sur un tableau d’église, apparaissent et disparaissent les fantômes des personnages et quelques-uns des vivants, invités au banquet donné par le nouveau roi.
On comprend qu’elle veuille traiter ce thème de la culpabilité mais pourquoi se priver de l’image symbolique du banquet où Macbeth n‘arrive pas à prendre place, entravé par le fantôme de Banquo? La mise en scène assez lourde sera bientôt oubliée mais le public a applaudi et c’est tant mieux. À tous ceux qui découvrent ici Macbeth, il manquera sans doute plusieurs dimensions de la pièce mais ils ne le sauront pas….

Christine Friedel

Jusqu’au 20 juillet, Comédie-Française, salle Richelieu, Place Colette, Paris ( Ier). T. : 01 44 58 15 15.

 

 

Timlideur (une histoire du militantisme) de Grégoire Vauquois

Timlideur (une histoire du militantisme) de Grégoire Vauquois


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Après avoir été élève au Conservatoire de Montpellier, ce jeune auteur a obtenu une licence d’arts du spectacle à l’université Paul Valéry à Montpellier. Puis il a suivi un cycle d’orientation professionnelle au conservatoire de Rennes et un master 1 d’études théâtrales. Et il a  intégré le département:écrivain dramaturge  à l’ENSATT. Ce premier texte avait déjà été mis en espace il y a trois ans et pour les cinquante ans de Théâtre Ouvert.  Les Nouilles sautées aux légumes ou l’Art perdu de convaincre et   Pat Cat Chut et un fanzine (carnaval révolutionnaire)  ont été mises en voix. Grégoire Vauquois aussi mis en scène Pat Cat Chut et un fanzine  avec le collectif Deux Dents Dehors à Montpellier. Sa dernière pièce Sit Jikaer ou la Peine perdue a reçu  l’aide à la création d’Artcena en novembre dernier. Il est aussi bassiste et compositeur dans un groupe de rock lyonnais.

Dans cette « fiction documentaire » (sic), un étudiant voit dans l’écologie, une cause mondiale et rassembleuse qui est pour lui, le grand combat du XXI ème siècle. Pourtant, il ne s’est  jamais vraiment engagé pour un motif politique. Mais un matin d’avril, il va se retrouver à la tête de ce qui sera la plus grande opération de désobéissance civile jamais organisée en France.
Les mots:  désobéissance civile, avec actions pacifiques et refus de se soumettre à une loi ou un pouvoir jugé contestable, apparaissent en 1866 dans un recueil posthume des écrits de l’Américain Henry David Thoreau, bien qu’il ne le ait pas utilisés. L’éditeur avait attribué le titre La Désobéissance civile, à son essai,   Résistance au gouvernement civil (1849) . Thoreau avait refusé de payer une taxe pour financer la guerre contre le Mexique.

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Cette fois, on a donc donné au Personnage Principal la mission de bloquer le fonctionnement du Ministère de l’Ecologie en banlieue parisienne pour manifester contre les initiatives prises par le gouvernement français et qui ne vont pas dans le bon sens, si on veut conserver notre planète vivable pour nos enfants et nos petit-enfants. Contre aussi le pouvoir des multinationales comme entre autres la Société Générale, celle qui se permet à Paris de faire attendre plus de quinze jours une nouvelle carte bleue  pour en remplacer une volée, comme c’est récemment arrivé à un de nos amis.
Le Personnage principal: « 
La police ? Les CRS sont trois fois plus nombreux qu’il y a dix minutes. Ils ont envoyé du renfort. . Ils arrivent. De l’activité à côté du parking à vélo. Les CRS entrent par l’arrière. Les activistes restants se mettent à terre et forment une grande chaîne humaine. J’y vais ? Ils sont une centaine, accrochés, prêts à rester, à lutter autant que possible. . J’y vais pas ? (…) Un bataillon de CRS en armure pénètre dans le hall, ça crie, ça donne des ordres. Personnage principal J’y vais pas ? Les CRS sont entrés et sont prêts à déloger tout le monde. Il est dix-neuf heures trente, maintenant, ça suffit. »

L’argument tient la route mais cela commence mal:  en fond de scène, des bannières… en tissu plastique  (vous avez dit écologie?) où est écrit le titre puis des slogans. Il y a deux actrices, un bassiste et deux acteurs dont l’auteur en « Personnage Principal ». Il y a d’abord un échange entre lui sur scène et ses camarades assis dans la salle. Mais, rien à faire, le texte n’arrivera pas à décoller, sauf légèrement à la fin, et l’ensemble fait plutôt penser non à un véritable spectacle mais à un exercice de fin d’école de théâtre…
La faute à quoi? D’abord à des dialogues assez pauvrets, alternant avec de courts récits, sans que l’on sache vraiment où Grégoire Vauquois, auteur et acteur, veut nous emmener et malgré quelques piques contre Macron, l’attaque politique est faible… Ensuite comme dans un happening, un des acteurs peindra sur le plateau des bandes au blanc d’Espagne…  Comprenne qui pourra.
L’auteur semble naviguer à vue et  avoir oublié ce qu’on a dû pourtant lui enseigner. Un théâtre d’agit-prop dans un théâtre subventionné par l’Etat français, cela sonne un peu faux, non?  Et les comédiens ont bien du mal à donner corps à ce texte gentillet et peu convaincant pendant une heure et demi. Bref, nous sommes restés sur notre faim.
Le fameux théâtre d’agit-prop, celui né de la Révolution d’Octobre en U.R.S.S., a inspiré de nombreuses troupes de jeunes acteurs  en Europe dont celle d’Erwin Piscator, membre du Parti communiste, metteur en scène et producteur allemand  et en France, le groupe Octobre qui joua juste vant le Front Populaire donc il y  déjà un siècle dans les usines ou dehors.  Avec excusez du peu, des écrivains, des acteurs en herbe et les futurs réalisateurs Yves Allégret et Jean-Paul Dreyfus, dit le Chanois, Roger Blin, Jean-Louis Barrault, Mouloudji, Margot Capelier qui créa ensuite Art Media la fameuse agence d’acteurs, les frère Jacques et Pierre Prévert. Et encore Jean Dasté, le futur directeur de la Comédie de Saint-Etienne, Maurice Baquet, violoncelliste et comédien…
Il existe bien une tradition de théâtre d’agit-prop en France qui a ressurgi pendant l’occupation du Larzac, avec entre autres, Des Moutons pas de dragons, un spectacle en plein air de Georges Bonnaud, un acteur du  Théâtre du Soleil.

A Théâtre Ouvert, les copains dans la salle étaient complices et ont applaudi généreusement. Mais bon, il faudrait que ce jeune auteur et metteur en scène change de logiciel, et aille se confronter à un public dans la rue avec un spectacle court et virulent. Où? Quand ? Sur quoi? Comment?
A lui et à ses camarades d’imaginer! Les occasions ne manquent déjà pas: la crise à Radio-France, les méga-bassines, la pollution un peu partout,vles graves émeutes à Nouméa, etc.  S’ils manquent d’idées, qu’ils appellent madame Macron à l’Elysée, Gabriel Attal ou madame Rachida Dati, ministre de la Culture.
Philippe du Vignal
Le spectacle a été joué les 14 et 15 mai  à Théâtre Ouvert, 159 avenue Gambetta Paris ( XX ème). T. : 01 42 55 55 50

 Le texte est édité chez Tapuscrit/Théâtre Ouvert.

INK direction et chorégraphie de Dimitris Papaioannou

Ink ,direction et chorégraphie de Dimitris Papaioannou

 Juste avant et pendant ce spectacle d’une heure cinq, une alarme du Gouvernement pour fait très grave! a retenti sur de nombreux smartphones, sans qu’on puisse les interrompre! Ce happening sonore  était un essai en vue des Jeux Olympiques sur le portable de toute personne habitant à proximité de la Seine et aurait pu faire partie du spectacle, en le rendant encore plus sombre.
Dimitris Papaioannou, artiste exceptionnel, crée tous les éléments scéniques de ses œuvres. Sur le plateau, fermé par une bâche noire en demi-cercle, un jet d’eau en forme d’arc retombe en pluie sur un homme habillé de noir (Dimitris Papaioannou). Superbe effet visuel d’une esthétique en noir et blanc qui marquera certainement la mémoire des spectateurs.Nous sommes peut-être dans un cauchemar où chaque matériel sur la scène induit une nouvelle action, comme un bocal sphérique en plastique, une boule à facettes, un lecteur de disques vinyle, une fausse pieuvre… font irruption, induisant une action ou un mouvement qui semblent avoir été trouvés après de longues improvisations.

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Une première partie envoûtante : l’eau continue à se répandre quand un homme nu (Šuka Horn) glisse comme un insecte sous de grandes plaques de plastique transparent. L’homme en noir le chasse et finit par le capturer. Un lien ambigu se crée entre ces personnages : le père et son fils, ami, amant, maître, esclave ? À chacun sa vérité. Les interactions physiques entre ces artistes de grande beauté sont un rêve pour les photographes de scène.

 La deuxième partie  avec d’abord un jeu de lumière sur une boule à facettes et par une autre rouge sur fond noir, est plus anecdotique. De la fausse pieuvre, nait un bébé hyperréaliste puis de faux poissons agitent leur queue sur le plan d’eau. Les personnages vont «goûter » chacun de ces éléments. Puis l’homme en noir se transforme en Monsieur Loyal, responsable d’une farce macabre. Une sorte de cabinet de curiosités apparaît, mais l’effet magique se dilue…
Reste un théâtre d’images d’une rare qualité qu’il faut aller découvrir, si l’on ne connait pas ce chorégraphe grec. Un beau programme sous forme de portefolio est distribué à l’entrée.

 Jean Couturier

Jusqu’au 15 mai, Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt, place du Châtelet, Paris (Ier). T. : 01 42 74 22 77.

 

 

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