Le Nez de Nicolas Gogol adaptation et mise en scène de Ronan Rivière ( tout public à partir de huit ans)

Le Nez de Nicolas Gogol, adaptation et mise en scène de Ronan Rivière (tout public à partir de huit ans)

Cette nouvelle du grand écrivain russe (1836) fut d’abord refusée comme «sale et triviale» par L’Observateur moscovite mais sera publiée par la revue Le Contemporain avec une présentation d’Alexandre Pouchkine. C’est l’histoire d’un barbier de Saint-Pétersbourg Ivan Iakovlievitcht dont on a perdu le nom de famille. La soirée de la veille a été trop arrosée et il découvre un nez dans le pain du petit-déjeuner qu’il prend avec son épouse. Elle va viteordonner de s’en débarrasser… Et un autre habitant, le major Kovalev constate en effet que son nez a disparu. Malgré ses démarches, il n’arrive pas à le récupérer. Et ni la police ni la médecine ne pourront faire grand-chose. Il le croisera dans la rue, dans un bel uniforme brodé d’or… Finalement le fameux nez déambulant sera arrêté par la police mais impossible de le remettre en place. Kovalev pourtant se réveillera avec ce nez en plein milieu du visage. Dans cette farce comme dans d’autres Nouvelles de Pétersbourg, Nicolas Gogol critique avec un humour acide mais aussi avec fantaisie, la vie de cette capitale avec ses taudis et à côté, ses beaux quartiers aux somptueux palais, et en même temps, une bureaucratie russe omniprésente.

 

© Pascal Gély

© Pascal Gély

Cela dit comment rendre cette verve et cet humour sur un plateau de théâtre? « La politique, c’est comme le théâtre, cela travaille un matériau périssable, toujours fuyant ; le Temps est son étoffe. » écrivait déjà Antoine Vitez  en 1986.
Le metteur en scène avoue qu’il a réécrit « des pans entiers en m’inspirant de la lecture des autres œuvres de Gogol mais aussi de textes de Pouchkine et Tourgueniev, pour construire une adaptation personnelle, en tentant néanmoins (lapsus révélateur !!! qui aurait bien plu à feu Jacques Lacan) de rester au plus proche de l’histoire, de sa langue et de son humour. » Déjà le mot: réécriture fait froid dans le dos surtout quand il s’agit d’un superbe écrivain comme Nicolas Gogol . Et
c’est toujours la même et pauvre histoire du passage d’un roman ou d’une nouvelle, à un plateau : cela fonctionne rarement. Et ici, il y a déjà une erreur de base : un petit pont mais encombrant sur cette petite scène avec un escalier, des arcades et de hauts réverbères. Non, cette très médiocre scénographie n’évoque  pas, comme le croit un peu vite le metteur en scène,  « la Venise russe comme on nomme Pétersbourg ». Selon lui « la patine et l’érosion reflèteraient le vernis craquelant de la haute société et l’usure des moujiks. Et une toile peinte de brume d’été donne une profondeur à l’image». Tous aux abris ! Et comme Ronan Rivière demande à ses six acteurs de trimbaler sans arrêt ce pauvre pont monté sur roulettes, cela tient du déménagement permanent, dessert sa mise en scène et parasite une direction de jeu faiblarde et sans aucun rythme.

Dans ces conditions, à l’impossible nul n’est tenu!  Que les acteurs aient du plaisir à jouer ensemble: peut-être mais en quoi cela nous concerne-t-il, quand le résultat n’est pas là? Même si, comme il le dit avec une certaine prétention et en s’envoyant des fleurs : «Le jeu collectif enthousiaste oscille entre la virtuosité du cirque et la maladresse de la farce. » Bien entendu, on ne perçoit rien de tout cela.  Ils surjouent souvent et de la criaillerie et dans l’air  puisqu’ils portent tous un port du masque anti-covid, ce qui n’arrange rien. Quant à la musique permanente de Léon Bailly, lui-même au synthé «s’amusant aussi à construire des harmonies pour les déconstruire ensuite», elle a quelque chose d’intrusif et ne sert en rien la dramaturgie. Bref, réécriture maladroite, scénographie, jeu et mise en scène, lumières «ambiance printanière et douce,  filtrée et solaire » (sic) et musique : rien ici n’est vraiment dans l’axe et ces soixante-quinze minutes sans unité d’un théâtre style années cinquante, pour reprendre l’expression de notre amie Christine Friedel, distillent vite l’ennui. Le fantastique, la spontanéité et la folie du jeu, le comique et la virtuosité gestuelle participent, on le sait, d’une grande exigence scénique. Ce qui est loin d’être le cas ici !  

Vous aurez compris que vous pouvez vous abstenir et relire calmement Nicolas Gogol et Pouchkine chez vous. Mais on se demande comment et pourquoi ce travail est arrivé jusque là. La nouvelle direction du Théâtre 13, en ces temps pour le moins troublés où le public pas très rassuré ne se précipite pas dans les salles, aura tout intérêt à proposer des spectacles nettement plus rigoureux.

Philippe du Vignal

Théâtre 13 Jardin, 103 A boulevard Auguste Blanqui, Paris ( XIII ème) jusqu’au 11 octobre.


Archive de l'auteur

Congo Jazz Band de Mohamed Kacimi, mise en scène d’Hassane Kassi Kouyaté

  Limoges Les Zébrures d’automne / Les Francophonies, des écritures à la scène

 

© D.R.

© Christophe Péan

Congo Jazz Band de Mohamed Kacimi, mise en scène d’Hassane Kassi Kouyaté

 «L’histoire de ce pays est le terrible condensé de toutes les horreurs subies par l’Afrique, dit l’auteur. L’exploitation coloniale du Congo belge a fait cinq à huit millions de morts ! Un holocauste oublié, œuvre du roi des Belges, Léopold II. » Mohamed Kacimi, par le biais du Congo, a en mémoire le passé de son Algérie natale, jusqu’aux affres que traverse aujourd’hui son pays: «Je voulais faire ni dans le réquisitoire, ni dans la lamentation, ni dans la culpabilisation et rire de cette tragédie qui fait pleurer. »En situant sa pièce au présent et en confiant la narration aux interprètes, il établit une distance critique.

Trois comédiens et trois musiciennes se chargent de mettre en scène l’action. Ponctuées de musiques et de commentaires, des saynètes édifiantes reconstituent les principaux épisodes de la colonisation du Congo, depuis l’achat de cet immense territoire : un quart de l’Afrique centrale! par le roi des Belges, jusqu’à l’indépendance et à ses suites tragiques. Ces vignettes, images d’Épinal décalées, caricaturent les colonisateurs. Marcel Mankita joue avec finesse un Monsieur Loyal qui énonce dates et lieux des faits et  met ses partenaires en situation: une veste d’uniforme suffit à Criss Niangouna pour devenir un Léopold ll rêvant «d’être le Pharaon du Nil». En short kaki et chaussettes longues, Abdon Fortuné Koumbah campe un Henry Morton Stanley corrompu, chargé de l’acquisition du Congo.  On assiste à une scène de ménage entre le roi des Belges et son épouse, la reine Marie-Henriette (Alvie Bitemo) qu’il abhorre. Puis on évoque l’exploitation éhontée des Congolais soumis aux travaux forcés dans les forêts d’hévéa par des mercenaires. Les mains coupées des «nègres» qui ne récoltent pas dix kilos de caoutchouc par mois : une peccadille pour Léopold ll qui estime poursuivre une œuvre civilisatrice avec les missionnaires chrétiens… Sur les lieux, la télévision filme les événements commentés par une journaliste «objective » (Dominique Larose). Une parodie un peu appuyée de nos médias: «J’ai senti, dit l’auteur, la nécessité d’introduire B.F.M. pour arracher l’histoire au passé. » 

Hassane Kassi Kouyaté dirige ses interprètes congolais dans le style du kotéva, un théâtre traditionnel de son pays où tous les registres sont sollicités. Très à l’aise, les acteurs chantent et dansent, les musiciennes jouent aussi la comédie. Entre deux chansons, ils se partagent les rôles et présentent une farce de tréteaux. Mais, dans la deuxième partie, après les réjouissances de l’Indépendance, changement de ton : le destin tragique de Patrice Lumumba (1925-1961), Premier ministre de la République démocratique du Congo, devient le symbole de la révolution avortée.  Et son assassinat dont le récit est glaçant, symbolise la violence postcoloniale. Incarné par Marcel Mankita, le personnage apparaît ici beaucoup plus complexe que ne le voudrait le mythe. Et sa lettre à sa femme Pauline clôt la représentation avec une note d’optimisme un peu amère.

 Fruit d’une commande passée l’an dernier par Hassane Kassi Kouyaté, le nouveau directeur des Francophonies, la pièce a quelque chose d’un divertissement populaire. Après avoir adapté Congo, une histoire, un roman-fleuve de David Van Reybrouk, Mohamed Kacimi, faute d’avoir obtenu les droits de représentation, est reparti de zéro et, s’inspirant d’une vaste documentation, a écrit cette pièce en fonction de la distribution, « au plus du corps et de la voix des comédiens ». Un texte sur mesure, mais jamais construit à partir d’improvisations au plateau :  «tout est fixé, jusqu’aux silences».

De son côté, le metteur en scène s’appuye sur la mémoire musicale du Congo. «Nous connaissions toutes les chansons, dit Marcel Mankita.» De Mario (1985), célèbre rumba de Franco Luambo Ndzembella, au fameux Indépendance Cha Cha (1960) de Grand Kallé  sont chantées dans les trois langues principales du Congo : lingala, tshiluba et kikongo, en passant par L’Esclave de Papa Wamba et Plus rien ne m’étonne, un reggae cette fois en français de Tiken Jah Fakoly. Ces airs jazzy apportent la légèreté du cabaret sans confisquer le sérieux d’une démarche historique.

«En France, on est dans la cécité, persuadé que la colonisation a été positive et civilisatrice, dit Mohamed Kacimi. On n’en était pas encore au débat sur déboulonnage des statues quand j’ai commencé à écrire. Tous les violeurs du monde pensent avoir fait plaisir à leur victime. Vous fait-on fait jouir avec cent trente ans de colonisation ? » Ce spectacle d’un humour décapant, d’une grande précision et beaucoup de finesse aborde des questions toujours actuelles. La comédie est une arme redoutable que d’aucuns jugent dangereuse,  jusqu’à assassiner les fauteurs de rire. Congo Jazz Band contribue, dans la bonne humeur, à un travail de mémoire devenu urgent.

 Mireille Davidovici

 Spectacle vu à l’Opéra de Limoges, le 26 septembre. Les Zébrures d’automne/ Les Francophonies, des écritures à la scène, jusqu’au 3 octobre, 11 avenue du Général de Gaulle, Limoges (Haute-Vienne) T. : 05 55 33 33 67.

Du 5 au 20 octobre, Tropiques Atrium, Fort-de-France (Martinique) et L’Artchipel Basse-Terre (Guadeloupe).
Du 20 octobre au 3 novembre, Les Récréâtrales, Ouagadougou (Burkina Faso).
Le  1er décembre, Scènes de territoire-Agglomération du Bocage Bressuirais, Bressuire (Deux-Sèvres) ; 4 décembre, Scène Nationale du Sud-Aquitain, Bayonne (Pyrénées-Atlantiques)  ; 12 décembre, Passage(s), Metz (Moselle); 7 janvier ; Le Manège, Maubeuge (Nord)

 Congo Jazz band est publié à l’Avant-Scène Théâtre.

Femmes années 50. Au fil de l’abstraction, peinture et sculpture

Femmes années 50. Au fil de l’abstraction, peinture et sculpture

 images-9Encore pour un mois pour aller voir au musée Soulages à Rodez cette importante exposition consacrée aux femmes artistes de cette époque. Moins connues sans doute du grand public que les hommes qui ont été parfois aussi leurs hommes mais tout aussi talentueuses… Déjà aux Etats-Unis se tenait en 1951, la Ninth Street Show où figuraient Joan Mitchell, Grace Hartigan, Elaine de Kooning et Helen Frankenthaler. Dans L’Autre moitié de l’avant-garde 1910/1940, un livre publié aux Editions des femmes, suivie d’une exposition en 1980 en Italie, la critique d’art Lea Vergine voulait que l’on découvre la «moitié suicidée du génie créateur de ce siècle». Et il y a onze ans, au Centre Georges Pompidou, Elles, une importante exposition d’artistes femmes, avait accueilli plus de trois millions de visiteurs. Ici, on trouve, très bien présenté, un ensemble exceptionnel de plus de quelque soixante-dix œuvres provenant de prêts: artistes, collectionneurs, galeries, musées nationaux et régionaux français et étrangers …

Cette rétrospective de quarante-trois  représentantes de l’abstraction des années cinquante rassemble surtout des œuvres de peintres et aussi de quelques sculptrices. Soit des classiques de l’art moderne qui ont toutes compté dans ce mouvement de l’abstraction lyrique et géométrique. Quelques-unes d’entre elles comme Pierrette Bloch, Colette Brunschwig ou  Lalan ont côtoyé Pierre Soulages et eu la même passion pour le noir.

©centre Georges Pompidou

©centre Georges Pompidou

L’exposition s’ouvre sur deux des Rythmes colorés (1958  et 1959-60) de la célèbre Sonia Delaunay,  première femme à avoir eu, de son vivant, une rétrospective  au Louvre en 1964 ! Toujours dans l’abstraction et la couleur, le magnifique Navire Argo (1957) d’Aurélie Nemours que l’on retrouve sur l’affiche et la couverture du catalogue. Une œuvre que l’on pourrait rapprocher des huiles sur toiles Nil (1959) et Slalom (1960) de Geneviève Claisse. L’abstraction géométrique, plus architecturale est ici représentée par de magnifiques œuvres de Marcelle Cahn: Abstrait linéaire (1954) et XIXème peinture relief (1961) Côté abstraction lyrique,  La Digue, une huile (1953) de la Portugaise Vieira da Silva, les remarquables Encres et lavis de Pierrette Bloch mais aussi les huiles sur toile de Lalan, proches par une certaine calligraphie, de celles d’Ida Karskaya.

Le Teck © Centre Georges Pompidou

Le Teck
© Centre Georges Pompidou

Et on peut voir aussi des œuvres de l’Américaine Joann Mitchell, plus tournée vers l’expressionnisme abstrait et qui a longtemps vécu en France où elle est morte. La sculpture semble être moins l’affaire des femmes artistes mais celles ici présentées sont remarquables comme Sans titre, une  œuvre imposante en fils de cuivre (1957) de Claire Falkenstein ou à côté Le Teck (1956), une sculpture de Marta Pan. Particulièrement intéressante pour les amateurs de danse, une vidéo de la pièce homonyme de Maurice Béjart créée au festival d’avant-garde à Marseille (1960) où, sur le toit de la Cité radieuse de Le Corbusier, Michèle Seigneuret dansait autour et avec cette grande sculpture. Il y a aussi d’Alicia Penalba Chrysalide (2) et des Totems de Juana Muller, l’un en bronze 48-50 et l’autre en chêne (1949- 1951), et Le Faune (ciment et pierre) (1956) de Simone Boisecq. Le dépliant Le Petit journal femmes années 50 résume bien les notions d’art abstrait, d’abstraction géométrique et lyrique : ce qui rend l’exposition facile d’accès aux non-initiés ; on y trouve aussi de courtes biographies mais dommage, pas de toutes les artistes! 

Totem en bois

Totem en bois

 Le milieu parisien des années cinquante -une époque passionnante- réunissait nombre d’écrivains et artistes sur lesquels on a ici un point de vue nouveau. Mais une exposition sur les femmes artistes qui ont fait partie d’un mouvement ou d’une époque, peut à la fois servir et desservir la cause féministe. Et en les rassemblant uniquement pour leur genre, on tomberait facilement dans un discours réducteur et sexiste. Ce que à quoi échappe heureusement Femmes années 50 où les difficultés qu’elles ont pu rencontrer dans la vie et dans leur carrière sont ici présentées, sans être surévaluées.  A lire le remarquable catalogue, les rassemble ici, plus un statut socio-économique, qu’un genre:  « Etre une vraie artiste, c’est gagner sa vie avec la peinture, participer aux manifestations artistiques, enseigner même, en un mot: relier l’économique au culturel » écrivait Marie-Jo Bonnet, spécialiste de l’histoire des femmes également citée dans le catalogue, dans Les Femmes artistes dans les avant-gardes (Paris, Odile Jacob, 2006).

Judith Reigl

Judith Reigl

M. Loubchansky

M. Loubchansky

Un coup de cœur pour les peintures de Marcelle Loubchansky aux grandes plages de couleur lumineuses (1954 et 1960)  et pour Lettre sans réponse (1956) d’Ida Karskaya. Un peu comme Judith Reigl, avec ses Écritures en masse et Jeanne Coppel avec Composition (1960), elle semble créer sa propre calligraphie pour exprimer une certaine violence. Cette magnifique exposition est aussi un hommage à Pierre Soulages qui a eu la volonté de faire découvrir le travail de ces femmes artistes.

 

Joséphine Yvon

Jardin Foirail, avenue Victor Hugo, Rodez (Aveyron)

Tous les jours de 10h à 18h. 11 euros ; visiteurs handicapés et accompagnateur : 7 euros
.Moins de 18 ans, étudiants, demandeurs d’emploi, allocataires du RSA, titulaires du minimum vieillesse : gratuit. Le billet d’entrée est aussi valable un mois dans les trois musées de Rodez.

 

 

Akzak, l’impatience d’une jeunesse reliée, chorégraphie d’Héla Fattoumi et Éric Lamoureux, musique de Xavier Desandre Navarre

AKZAK de Héla FATTOUMI et Eric LAMOUREUX

© Laurent Philippe

Les Zébrures d’automne 2020, Festival des Francophonies de Limoges

Akzak, l’impatience d’une jeunesse reliée, chorégraphie d’Héla Fattoumi et Éric Lamoureux, musique de Xavier Desandre Navarre

Sarath, Meriem, Mohamed, Fatou, Moad, Juliette, Adama… Douze garçons et filles venus de France, Tunisie, Maroc, Burkina Faso, Egypte, etc. Pour les réunir, il fallait toute la conviction des chorégraphes: «Faire entrer l’Autre dans notre face-à-face et chercher des danseurs qui ne nous ressemblent pas». Mais aussi l’infrastructure qu’ils dirigent, le Centre chorégraphique national de Belfort, pour résoudre les complications administratives de ce projet lancé en janvier et suspendu pendant le confinement. Certains jeunes gens ont dû à Belfort depuis le début de l’année. 

La compagnie fête ses trente ans : Eric Lamoureux, footballeur a rencontré la danse dans son cursus à l’EPS et, dans sa promotion, Héla Fattoumi qui la pratiquait déjà. Suivirent des pièces lauréates au concours de Bagnolet, prix de la SACD, et une invitation au Théâtre de la Ville. « Une success story, disent-ils. Mais après cette courte carrière d’interprète, nous avons bifurqué vers la chorégraphie » On les retrouve en 2004 à la direction du Centre National Chorégraphique de Caen, avec déjà des  pièces « à forte tonalité sociétale ». Ils développent depuis toujours des formations  sur le continent africain et les jeunes interprètes d’Akzak proviennent d’ateliers conduits dans leur pays.

 Aksak, un  mot turc : « à contretemps » dans la musique ottomane. Et le tempo constitue la base de la pièce fondée sur un dialogue permanent entre danseurs et musique. Xavier Desandre Navarre, percussionniste virtuose, présent dès les premières répétitions  a su capter l’énergie  émanant de chaque corps.  IL entre dans la danse après un prologue silencieux : dans le noir, des pas martèlent la scène : frappés, glissés ou sautés, ils constituent une partition…

Lorsque la lumière monte, le groupe joue à se découvrir, propose des gestuelles à partager. On se rassemble autour d’un projecteur en douche, puis, de nouveau dispersés, garçons ou filles proposent un solo au batteur. Le compositeur semble improviser sa musique, jusqu’à imiter le sable qui roule sous les pieds des danseurs. Un sac de plastique suffit: le sol, c’est l’Afrique… Mais tout est compté : syncopes, ruptures, impacts, suspensions, rebonds… La danse naît du son, comme le son naît des corps. Du désordre émerge un nouvel ordre,  avec toutes les combinatoires du nombre douze : quatre trios, six duos, etc., en de savants assemblages.

Les éclairages s’en mêlent : de gros projecteurs rectangulaires à diode clignotent clignotent, de haut, de face, à contre-jour… « musclant » les ébats de cette tribu disparate qui trouve sa cohésion dans les mouvements partagés. L’énergie collective résultant de ces énergies individuelles arrive à son comble dans une dernière partie : armés de, « boom walkers » courts tuyaux en plastique dont chaque couleur correspond à une note, les danseurs soufflent, frappent l’air ou leurs corps. Instruments de fortune pour une symphonie baroque … Le public se lève, galvanisé par cet élan brut mais totalement maîtrisé. Les applaudissements épousent le rythme. Les jeunes gens retourneront dans leur pays d’origine après une longue tournée prévue jusqu’en juin prochain et au-delà peut-être…

 Mireille Davidovici

Spectacle vu le 25 septembre à Limoges (Haute-Vienne). Les Zébrures d’automne, Les Francophonies, des écritures à la scène, jusqu’au 3 octobre, 11 avenue du Général de Gaulle, Limoges. T. : 05 55 33 33 67

 2 octobre: Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine (   ) ; 8 octobre  : DSN, scène nationale de Dieppe (Seine Maritime) ; 13 octobre  Tangram, Scène Nationale d’Evreux-Louviers (Eure) ; 16 et 17 octobre : Tropiques Atrium, scène nationale de Fort-de-France (Martinique) ; 28 octobre  Théâtre Falaki, D-CAF, Le Caire, (Egypte ).

8 et 9 novembre  : Nebia, Bienne (Suisse) ; 12 et 13 novembre: Le Granit, Scène Nationale de Belfort (Territoire de Belfort) ; 17 novembre: Scènes du Jura, scène nationale de Dole-Lons-le-Saunier (Jura) ; 4 décembre,  Théâtre Mohamed V, Rabat, (Maroc) ; 8 décembre: Studio des Arts Vivants, Casablanca ( Maroc) ; 11 ou 12 décembre  : Dialogues de corps, Ouagadougou (Burkina Faso) ; 15 décembre, Institut français de Bobo Dioulasso (Burkina Faso) ; 

29 et 30 janvier: Halle aux Grains, Scène Nationale de Blois (Loir et Cher) ; 4 février  : Le Théâtre, Scène Nationale de Mâcon ( Saône et Loire))  ; 10-12 février,  MAC de Créteil (Val-de-Marne) ; 16 et 17 février, Maison de la Culture de Bourges (Cher); 12 mars 2021 : Espace des Arts, Scène Nationale de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).

 Entre le 25 et le 27 mars,  Biennale de la danse en Afrique, Marrakech (Maroc) ; 1er avril ;  Théâtre Debussy, Maisons-Alfort / Biennale de danse du Val-de-Marne ; 3 avril: Théâtre Louis Aragon, Tremblay-en-France / Biennale de danse du Val- de-Marne ;
 6 avril : Scène Nationale Châteauvallon-Liberté (Var) ; 9 avril: Artdanse, Dancing – Centre de développement chorégraphique national de Dijon (Côte-d’Or) ;
En Juin : Journées chorégraphiques de Carthage ( Tunisie)…

 

La Journée singulière des rencontres d’Ici et d’Ailleurs

La Journée singulière des rencontres d’ici et d’ailleurs

Jean-Raymond-Jacob-Crédits-Cie-Oposito-1280x640Programmée demain dimanche au Moulin fondu à Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise) n’aura pas lieu. Un arrêté du préfet indique son Interdiction formelle. Cette manifestation rassemblant quelques centaines de personnes étant sans doute jugée dangereuse, alors que toutes les précautions sanitaires avaient été prises et qu’à Paris, les terrasses des bars et café en plein air de la rue de la Gaieté comme celles de Montmartre, faisaient le plein et que les représentations du Puy du Fou continuent normalement avec des milliers de personnes! Une fois de plus, il y a deux poids et deux mesures: comprenne qui pourra! En tout cas, il y a de la gratuité dans l’air: chaque grosse ou moyenne institution programme des spectacles non ou peu payants … Quant aux petits théâtres, c’est la course aux monologues avoués ou déguisés…

Cet arrêté préfectoral provoque la colère légitime de Jean-Raymond Jacob, son directeur qui a reçu de très nombreux soutiens et messages de sympathie du milieu artistique (voir sa lettre ci-dessous). Demain les compagnies de théâtre de rue  invitées viendront quand même au Moulin fondu mais sans le public attendu. Qu’en pense la Ministre de la Culture et le Ministre de l’Intérieur? De ce côté là, comme toujours, silence radio. Une fois de plus, mais on commence à être habitué, il y a sans doute eu un dérapage… Comme à Marseille où le gouvernement a dû faire piteusement marche arrière -du moins provisoirement- devant la colère et l’incompréhension de la population et des élus. Des festivals ont lieu, d’autres sont annulés et tout cela au dernier moment. Bref, dans cette histoire, en croyant bien faire, le gouvernement navigue à vue et le Macron qui prône sans arrêt la pédagogie, préfère visiblement être proche de Philippe de Villiers et du Puy du Fou… Selon que vous serez puissant ou misérable! Le vieux proverbe reste vrai. Mais le mal est fait  en ce qui concerne cette Journée singulière, vu la proximité de la date.
En tout cas, dans le milieu artistique, on s’en souviendra au moment des élections présidentielles…

Ph. du V.

Furax ! Je suis furax !Furax d’apprendre, trois jours avant le lancement de la Journée Singulière des Rencontres d’Ici et d’Ailleurs, par arrêté du préfet du Val d’Oise -Monsieur Amaury de Saint Quentin- la non-autorisation pure et simple de notre manifestation. Furax de voir, à nouveau, le travail produit par nos équipes, balayé d’un simple revers de manche. Furax de voir que tout le travail de concertation établi ces derniers mois avec les services de la préfecture n’aura servi à rien. Furax d’apprendre l’annulation du festival alors que les équipes sont déjà sur les routes. Furax d’apprendre, par courrier électronique, alors qu’embauche l’équipe technique, que le festival pour lequel elle s’engage, est annulé. Furax de voir stoppée, dans son élan, la relation que nous construisons avec les citoyens de Garges-lès-Gonesse.

Furax de voir que notre organisation, qui respecte strictement les préconisations anti-Covid, n’ait pas été prise en considération. Furax de ne pas être pris au sérieux malgré le professionnalisme dont nous faisons preuve ici et dans le reste du monde.Furax de devoir annoncer, à une jeune équipe de danseuses et danseurs venant de Guadeloupe, que leur première dans le métier n’aura pas lieu.Furax de voir un projet de territoire mené au long cours avec 9 jeunes du Val-d’Oise, s’arrêter net ! Furax de voir à quel point nos métiers de la culture sont les dernières roues du carrosse pour certains. Furax de voir la casse sociale provoquée par ces réponses de non-recevoir.

Même pas mort !!! Le travail a repris, les transports en commun sont bondés, les écoles sont grandes ouvertes, les marchés de France sont en activité, l’autre fait son Puy du Fou, les centres commerciaux sont full et Obélix promène son menhir dans le parc… rien de plus normal en fait, la vie quoi.Et nous ? Interdit de danser Interdit de chanter Interdit de jouer Interdit de faire notre cinéma Interdit de faire notre cirque Interdit d’exister en fait.Ne serait-il pas venu le temps de nous lever tous ensemble ?N’avons-nous rien à opposer à cette logique sécuritaire qui agit sous couvert d’une crise sanitaire ? N’avons-nous plus de colère ? Allons-nous les laisser continuer à casser nos métiers sans rien dire, en nous mettant au banc ?

La réponse nous appartient à tous, d’où que l’on soit : techniciens, comédiens, producteurs, auteurs, prestataires de nos métiers, metteurs en scène, acrobates, jongleurs, musiciens, chanteurs lyriques ou pas… Prenons la parole, tant qu’elle ne nous est pas encore complètement confisquée.Crions haut et fort que nous ne sommes plus d’accord et que nous ne sommes pas morts ! Si, comme nous, vous êtes en colère, faites-le savoir:  #culturefurax

Jean-Raymond Jacob, directeur du Moulin Fondu, Centre national des arts de la rue et de l’espace public

              

Abnégation d’Alexandre Dal Farra, mise en scène de Guillaume Durieux

 

Abnégation d’Alexandre Dal Farra, traduction d’Alexandra Moreira Da Silva et Marie-Amélie Robillard, mise en scène de Guillaume Durieux

 Cette première pièce d’une trilogie, écrite et mise en scène en 2013 par cet auteur brésilien, est un tableau des forces socio-politiques qui agitent son pays aujourd’hui. Les volets d’ 1 et 2 d’Abnégation racontent l’arrivée d’un parti politique au pouvoir et l’exercice de ce pouvoir. Dans le troisième, fait de courtes scènes, l’auteur dresse un portrait à la fois lucide, cruel et drôle de la société brésilienne actuelle. Abnégation 1  est une violente satire mais aussi une comédie noire et une tragédie moderne où Alexandre Dal Farra évoque les relations de pouvoir au sein des partis politiques. Avec une corruption permanente: un exercice qui n’est pas anodin, puisqu’il touche à la fois le corps et l’âme. Il dresse un constat sans illusions de l’effondrement du politique avec des personnages en crise… Autour d’une table, dans l’arrière-salle d’une exploitation agricole, quelque part à l’abri des regards et loin de la ville, des membres du Parti : Paolo (Eric Caruso) et José (Alain Fromager) convoquent Celsio (Stanislas Stanic), pour réfléchir à la stratégie qui protégerait le Parti et ses membres d’un «accident». Avec ce Celsio, arrive Jonas, un conseiller en communication (Thomas Gonzalez). Défoncé, il dort un temps pour récupérer mais est incapable d’un raisonnement efficace et de la moindre attention à l’autre…

c) Alan Castelo

©Alan Castelo

 Flavia (Florence Jana) incarne la seule femme à faire partie de ce groupe d’hommes  politiques en déliquescence et leur sert à boire. On découvrira qu’elle en est une habituée. Mensonges, corruptions, drogue, sexe, machisme, complots, intimidations et soumissions sont le pain quotidien de ces politiques que n’éclaire plus l’espoir d’un monde meilleur: une allusion évidente au Parti des Travailleurs de Lula et Dilma Rousseff et au fait que l’exercice du pouvoir corrompt et que les exigences d‘un idéal tronqué dépendent vite et malgré eux, de «basses besognes». Le public ne saura pas de quelle «affaire» ni de quel «accident», il peut s’agir. Non-dits, silences volontaires, non-transmission de la moindre information: tout relève de mesures ultra-confidentielles prises au sein d’un parti politique…

 Sont évoqués un ravin avec une odeur de cadavres en putréfaction et d’excréments… et des silos de stockage dans un endroit désolé avec des arbres exotiques, sur des tableaux peints par Pierre-Guillem Coste et accrochés aux murs de scène. Abîme, gouffre, précipice, fosse et enfer, terreur et vertige devant la chute : les protagonistes  ont déjà connu cette drôle de leçon des ténèbres et l’auteur, avec  ce voyage scénique, nous invite là où tombe l’homme… Sur le territoire des relations des êtres entre eux, chacun malmène l’autre, l’agresse verbalement et souvent physiquement, et le jette à terre s’il se montre trop désobéissant. Une métaphore la plus extrême de la perte et de la mort.

Une peur panique est ici palpable, en lien avec la déstabilisation constante de ces êtres vivants enfermés dans leur cage… Des animaux humains féroces, insolites ou hideux: ces quatre hommes, cette femme, et même Celsio -un peu l’alter ego de l’auteur- se laissent aller à une domination cruelle et brutale… Et manque chez eux un minimum de bonté et d’équité. Ni documentaire ni fiction politique, Abnégation est un poème politique sur la monstruosité s’emparant des gens quand ils met tous leurs atouts dans le jeu dangereux des relations de pouvoir. Mais ces monstres d’une laideur morale repoussante ont  aussi parfois une sensibilité et une attention à l’autre confondante. En fait, prisonniers d’eux-mêmes, méchants et pervers, ils ont sciemment, aliénés qu’ils sont malgré eux, fait le choix du Mal.

 Abnégation signifie sacrifice volontaire de soi-même, dévouement et renoncement souvent associés au courage. Mais ici, on a l’impression que chacune de ces figures noires renie cet intérieur existentiel où se cache compréhension, générosité et pardon. La musique composée par Alexandre Dal Farra, très rythmée et jouée par Sylvain Jacques, est en phase avec les ruptures inscrites dans le verbe souvent cru du récit. Les mouvements scéniques participent d’une belle choralité, surtout quand les acteurs chantent ensemble du classique, ou quand Thomas Gonzalez se met à danser, entre fébrilité et inspiration.

Des bas-fonds inquiétants que traduit la belle scénographie de François Gauthier-Lafaye: juste une  bâche en plastique transparent couvre le sol, à la façon d’un voile qui cacherait les ignominies sous les lumières de Kélig le Bars. Nulle conscience de soi, présence au monde, ou raisonnement juste mais des glissements furtifs, des ruptures. Un jeu serré entre l’acteur et son personnage, comme entre les personnages, mais aussi entre les  comédiens… Cela participe d’une mise en abyme avec des miroirs vertigineux où on ne sait plus trop ce qui relève de l’incarnation.

 Florence Janas est infiniment pertinente et libre malgré l’enfermement. Stanislas Stanic joue un avocat honnête avec une volonté d’élucidation tenace. Alain Fromager, en gentleman cambrioleur, a une verve et un enthousiasme teintés d’amertume. Thomas Caruso, à la fois tranquille, inquiétant et hagard, reste toujours sur la corde raide entre absence et folie. Thomas Gonzalez, imprévisible et mobile, incarne un personnage aléatoire mais qui a aussi une urbanité naturelle. C’est de plus un très bon danseur. Un spectacle coup de poing, une sacrée performance face public où des personnages  en grande solitude se retrouvent dans un monde où il n’y a plus aucun humanisme ni générosité…

 Véronique Hotte

 Monfort Théâtre, 106, rue Brancion, Paris (XV ème) jusqu’au 3 octobre. T. : 01 56  08 33 88.

Maison de la Culture d’Amiens, les 21 et 22 avril. Comédie de Reims- Centre Dramatique National, du 18 au 22 mai.

D’autres mondes, texte et mise en scène de Frédéric Sonntag

 ©gaelic69

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D’autres mondes, texte et mise en scène de Frédéric Sonntag

 Explorer les dimensions spatio-temporelles infinies, révélées par la physique quantique et la science-fiction… Un  projet ambitieux et passionnant. L’auteur-metteur en scène de B. Traven (voir Le Théâtre du blog)  dernier volet d’une Trilogie fantôme, dédiée à des personnages aux  identités brouillées, récidive.

Il croise les biographies fictives d’un physicien, d’un écrivain et de leur descendance, et attribue à chacun plusieurs vies, en partant de ce paradoxe : «Les vies  que nous n’avons pas vécues, les êtres que nous n’avons pas aimés, les livres que nous n’avons pas lus ou écrits, ne sont pas absents de notre existence. » selon le psychanalyste Pierre Bayard auteur d’Il existe d’autres mondes.

Jean-Yves Blanchot (Florent Guyot), un physicien français, prestidigitateur et trompettiste à ses heures, est-il un inventeur de génie récompensé par un prix  Nobel pour avoir résolu la mesure du temps dans la physique quantique ou bien un savant raté, confit dans l’alcool? Et Alexei Zinoviev (Victor Ponomarev) est-il un célèbre écrivain de science-fiction soviétique rescapé du Goulag et exilé en France, ou un astrophysicien reconnu par ses pairs ?

 Frédéric Sonntag donne à ces vies imaginaires une vraisemblance troublante, en les ancrant dans les différentes époques traversées, avec documents visuels, reconstitution d’émissions de Bernard Pivot, interview radiophonique… Il brouille aussi le temps en faisant revivre des personnages dans la mémoire de leurs rejetons, eux aussi ambigus: Anna Zinoviev (Fleur Sulmont), collapsologue ou cosmonaute en partance vers une exoplanète pour fuir une Terre moribonde ?  Antony Blanchot (Antoine Herniotte), chanteur en vogue, auteur de Black Matter ou compositeur au génie précoce mais réduit au silence et à la dépression ? 

D’autres mondes met en scène sur deux générations, ces quatre personnages principaux confrontés aux surgissements d’autres réalités, à l’intérieur de leur réalité propre… Un exercice vertigineux mené avec rigueur dans une dramaturgie éclatée où on navigue à vue, d’un espace-temps fictif à l’autre.  Les scènes dialoguées alternent avec le récit des narrateurs et les séquences, jouées simultanément, créent des ponts entre les années soixante-dix et deux mille, en passant par d’autres périodes.

Des images-vidéo d’actualité servent de repères dans cette chronologie bousculée. En prologue, pour nous guider, Jean-Yves Blanchot donne une conférence, à l’avant-scène, sur les particules élémentaires et leurs combinaisons virtuelles et indéterminées:  un problème mathématique insoluble qu’il applique à nos existences : « Ce soir, vous auriez pu ne pas être là. Vous auriez pu être coincés dans un embouteillage… » Pour preuve, en un  tour de magie,  il fait disparaître dans une boîte, le lapin blanc de la concierge. Clin d’œil  au chat de Schrödinger et au lapin d’Alice au pays de merveilles de Lewis Carroll… Relayé  quand le rideau se lève, par la musique planante de Jefferson Airplane, à la poursuite du White Rabbitt : leurs rocks psychédéliques et des airs des Beatles ponctueront le spectacle. Jouée par les comédiens, la musique opère cette ouverture du temps et des espaces poétiques. Car les personnages se rêvent aussi sous la plume romanesque de Frédéric Sonntag… 

 Avec cette mémoire chahutée entre passé et futur, il veut pointer du doigt l’amnésie qui guette notre société, coincée dans la jouissance du présent. Avec l’essayiste marxiste américain Fredric Jameson, auteur d’Archéologies du futur, plusieurs fois cité dans le spectacle, Frédéric Sonntag s’inquiète de notre incapacité à imaginer d’autres mondes possibles : « La société de consommation, la société des médias se caractérise par la perte du sens de l’histoire non seulement du passé mais aussi des futurs.  Ce qu’Herbert Marcuse appelait l’atrophie de l’imagination utopique, constitue un symptôme pathologique du capitalisme tardif. »

On sort heureux et stimulé de ces deux heures mouvementées. Les coutures entre les séquences et d’une partie à l’autre, sont parfois un peu lâches mais l’accompagnement visuel de Thomas Rathier et les arrangements musicaux de Paul Levis donnent une bonne tenue au spectacle dont l’écriture nous ravit. Les neuf comédiens excellent dans leurs nombreux rôles comme dans leur pratique du chant et de la musique. Malou Rivoallan, apparaît en Grace Slick, la chanteuse et leader du groupes Jefferson Airplane puis Jefferson Starship et Starship. Et l’harmonie règne sur le plateau.

 Mireille Davidovici

 Jusqu’au 9 octobre, Nouveau Théâtre de Montreuil, 10 place Jean Jaurès, Montreuil (Seine-Saint-Denis) T.01 48 78 48 90.

 Du 5 au 7 novembre, Théâtre de Sénart (Seine-et-Marne); les 16 et 17 novembre, La Snat 61 Alençon/ Flers/ Mortagne-au-Perche (Orne) ; les  21 et 22 janvier Points communs, nouvelle Scène Nationale de Cergy Pontoise (Val-d’Oise) et les 26 et 27 janvier, Le Grand R La-Roche-sur-Yon (Vendée)

 

Boule de suif, adaptation d’André Salzet et Sylvie Blotnikas, mise en scène de Sylvie Blotnikas

Boule de suif, adaptation d’André Salzet et Sylvie Blotnikas, mise en scène de Sylvie Blotnikas

Après Le Joueur d’échecs d’après Stefan Sweig, Madame Bovary d’après Gustave Flaubert (voir Le Théâtre du Blog) l’acteur s’attaque à cette célèbre nouvelle. C’est l’hiver 1870 et l’armée prussienne occupe Rouen et la région! Une diligence emmène des bourgeois qui veulent fuir la ville mais aussi deux religieuses qui doivent aller soigner des blessés, un révolutionnaire et une jeune prostituée rouennaise dite Boule de Suif. Mais ils ont tous faim et n’ont rien emporté à manger. Généreuse, Boule de Suif, elle, a prévu et leur propose de partager  avec eux ce qu’elle a emporté. Et ils ne se feront pas prier  pour manger de sa terrine de poulet, déguster ses fromages et boire son vin rouge, même après avoir dit le pire sur elle…

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Mais la nuit tombe, la diligence a bien du mal à avancer dans la neige et il faudra donc dormir à l’auberge d’un village occupé par l’ennemi. Un officier prussien retient alors les voyageurs en otage… à moins que -et le marché est clair- que  Boule de suif ne veuille coucher avec lui. Ce qu’elle refuse obstinément mais qu’elle finira par accepter. Le voyage pourra ainsi reprendre mais les autres  ne lui en seront même pas reconnaissants et mépriseront  cette femme simple et généreuse. Guy de Maupassant (1850-1993) sait comme peu d’écrivains créer une  petite galerie de personnages de sa Normandie natale comme les habitants de  Rouen dans Une vie ou Le Havre dans Pierre et Jean  ou des paysans  dans Aux champs, des petits notables bourgeois dans Une vie ou Pierre et Jean.  Mais aussi les Parisiens dans  Bel-Ami. Ce formidable écrivain sait aussi parler de la guerre de 1870 -qu’il a vécue- dans Deux Amis, La Folle, etc. des femmes et en particulier, des prostituées. Comme Boule de suif mais aussi celles de La Maison Tellier ou Mademoiselle Fifi.

Ici les personnages sont saisis au quotidien comme dans un reportage : ils attendent la diligence dans le froid puis voyagent serrés les uns contre les autres, épuisés par un long trajet dans la neige et la faim au ventre. Obligés de cohabiter ensemble quelques jours à l’auberge, alors qu’ils ont peu de choses en commun… Et il y a aussi cette jeune prostituée qu’ils connaissent plus ou moins et qu’ils préfèreraient nettement voir ailleurs que dans le confinement de cette diligence. Elle devient aussitôt leur tête de Turc.  Oui, mais voilà, elle a de quoi les nourrir et, comme ils ont  tous très faim, ils  acceptent enfin de lui adresser la parole. D’autant qu’il y une menace claire et précise : il sont devenus les otages d’un officier ennemi. Il a tout pouvoir sur la généreuse Boule de suif qui n’entend pas se laisser faire, et donc sur eux. Et ils se sentent obligés d’être hypocritement aimables. Si elle ne cède pas aux exigences sexuelles de l’officier prussien, ils devront rester là même s’ils continuent à mépriser cette jeune pensionnaire d’un bordel de Rouen.

C’est la guerre mais, comme en temps de paix, l’hypocrisie des bourgeois et de leurs épouses, comme celle du clergé est tout aussi florissante. Ils ne comprennent pas que Boule de suif refuse de coucher avec l’officier prussien: après tout, disent-ils, c’est son boulot. Et pour eux, elle  n’a que ce qu’elle mérite et reste une pute. Ils ne lui seront même pas reconnaissants qu’elle ait finalement accepté de passer la nuit avec l’officier ennemi pour débloquer une situation sans issue. Le danger passé, le voyage reprendra mais les femmes, comme les hommes resteront tout aussi odieux et méprisants avec elle. Elle en pleurera, sans les émouvoir pour autant.

Guy de Maupassant (1850-1893) s’il était né cinquante ans plus tard, aurait été un formidable scénariste mais aussi dialoguiste de cinéma et ce n’est pas un hasard si nombre de réalisateurs ont adapté ses romans  comme Une vie, Bel Ami, Pierre et Jean et ses nombreuses nouvelles dont Les Contes de la bécasse ou Le Horla et bien sûr, la plus connue sans doute:  Boule de suif (1880).  L’adaptation qu’en ont tirée André Salzet et Sylvie Blotnikas est honnête mais sans doute un peu réductrice. Comment faire quand un solo ne peut guère durer plus d’une heure?

André Salzet, lui, est toujours le même bon conteur avec une belle présence et une impeccable diction.  Oui, mais voilà: la direction d’acteurs est des plus médiocres!  Pourquoi en effet ces allées et venues permanentes sur le plateau où il y a juste une petite table en bois inutile ? Pourquoi cette gestuelle hypertrophiée soulignant sans cesse le texte et qui tourne souvent à la gesticulation. Cela parasite bien entendu le jeu de l’acteur, accoutré d’un curieux habit de bourgeois, vaguement d’époque mais vraiment laid… Tout cela est approximatif et ne sert en rien une nouvelle aussi exceptionnelle. Et cela fait-il théâtre, comme dirait Antoine Vitez ? Non, bien sûr?  La  dramaturgie est aux abonnés absents et on se balade constamment entre récit et amorce de véritable dialogue. Tout cela nuit à ce court spectacle, malgré encore une fois les qualités d’André Salzet.

Le théâtre actuel meurt doucement d’une inflation de monologues… A l’origine, il est né dans le roman pour dire un cheminement intérieur de la pensée mais on assiste depuis quelques décennies comme à une revanche du roman et de la nouvelle, sur les plateaux de théâtre! Avec plus récemment, une extension à des correspondances amoureuses, à des récits d’une guerre quelconque (il y a de quoi faire malheureusement !), à des discours politiques ou syndicaux, plaidoiries, voire textes philosophiques: bref, tout est bon…  Stop au covid mais stop aussi au virus du monologue qui, surtout moins coûteux par les temps actuels, envahit encore plus les plateaux…

Qu’André Salzet prenne enfin son destin en main et soit moins frileux- il a la sensibilité et l’intelligence pour le faire- et abandonne enfin ces solos un peu «scolaires», adaptés d’un roman ou de nouvelles de grands écrivains dont il s’est fait une spécialité. Et qu’il se fasse enfin diriger par un bon metteur en scène, avec un vrai texte de théâtre moderne ou contemporain et quelques acteurs complices. Comme dirait le marquis de Sade, allez André Salzet, encore un effort… Vous le méritez bien..

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire, 43 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris (VIème)

 

Marie des poules, texte de Gérard Savoisien, mise en scène d’Arnaud Denis

Marie des poules, texte de Gérard Savoisien, mise en scène d’Arnaud Denis

© Fabienne Rapeneau

© Fabienne Rapeneau

On ne connait plus très bie cette femme exceptionnelle que fut assez George Sand (1804-1870) née Aurore Lucile Dupin et mariée un temps au baron Dudevant. Elle a écrit quelque soixante-dix romans souvent situés dans le Berry comme La Mare au diable, François le Champi, La Petite Fadette. Et des contes, des pièces.. Elle a aussi été journaliste et s’est engagée politiquement en participant au lancement de: La Cause du peuple, Le Bulletin de la République, L‘Éclaireur. George Sand défendra les ouvriers et les pauvres dans Le Compagnon du tour de France. Mais c’était avant tout une féministe virulente dans une société française encore très conservatrice. Ne craignant pas de faire scandale avec une vie amoureuse très libre, fumant volontiers la pipe, portant des vêtements d’homme…

EhngnCYXgAIhSLc_block-socialnetworkElle écrit mais lit aussi beaucoup : Aristote comme Montesquieu ou Blaise pascal, Francis Bacon, Montaigne mais aussi Virgile, Dante ou Shakespeare. Et elle accueillera dans sa belle et grande maison de Nohant des compositeurs comme Franz Liszt et celui avec lequel elle eut une liaison pendant dix ans : Frédéric Chopin. Mais aussi des écrivains : Honoré de Balzac, Gustave Flaubert. Mais s’ils s’écrivèrent, curieusement, elle ne rencontra jamais Victor Hugo. Charles Baudelaire, lui, ne supportait ni l’écrivaine ni la femme et l’a écrit avec cruauté: «Elle n’a jamais été artiste. Elle a le fameux style coulant, cher aux bourgeois. Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde ; elle a dans les idées morales la même profondeur de jugement et la même délicatesse de sentiment que les concierges et les filles entretenues ». « Que quelques hommes aient pu s’amouracher de cette latrine, c’est bien la preuve de l’abaissement des hommes de ce siècle. »  George Sand a aussi écrit à la fin de sa vie plusieurs pièces de théâtre restées presque inédites de son vivant et à vrai dire, peu convaincantes…

Elle eut des amours multiples et se séparera de son alcoolique baron Dudevant. Puis elle aura une liaison avec un romancier Jules Sandeau dont elle portera une partie du nom. Elle aura de nombreux amants dont Alfred de Musset mais aussi Frédéric Chopin avec lequel elle eut une liaison pendant dix ans… Puis  elle rencontra le graveur et auteur dramatique Alexandre Manceau: elle a quarante-cinq ans et lui trente deux… Mais ses relations avec Maurice, le fils de George Sand sont houleuses et ce fils par jalousie et peur de la tuberculose dont Alexandre est atteint, le chassera de Nohant.  Cette vie est un roman foisonnant, sans doute plus passionnant que ceux qu’elle a écrit. Mais de là, à la faire vivre sur un plateau… Un pari presque impossible. Gérard Savoisien a essayé d’en tirer quelques images surtout centrées sur les relations qu’elle eut avec Marie, une très jeune servante berrichonne entrée à son service à onze ans et dite Marie des Poules, parce qu’elle était commise au travail du poulailler. Son fils Maurice la séduisit sans aucun scrupule et la retrouvait dans sa petite chambre sous les toits mais quand cela lui plaisait, alors qu’elle l’attendait chaque nuit après une journée de travail sans fin. Elle est évidemment très amoureuse de lui mais dans son milieu comme le fera remarquer vertement sa mère à Maurice, on ne se marie jamais avec une domestique. Il la quittera donc pour se fiancer avec une jeune fille de la grande bourgeoisie bien entendu sélectionnée par George sand… qu’il abandonnera aussi quand il  sut que son père était ruiné. Mais Marie deviendra la femme de confiance de George Sand qui lui apprendra à lire, à écrire et à interpréter ses pièces… Et elle lui fera rencontrer Alexandre Dumas fils, Eugène Delacroix, Nadar… Marie des poules, accèdera ainsi à tout un univers dont la petite bonne qu’elle était, aurait été radicalement exclue dans cette famille de la grande bourgeoisie..

La mise en scène d’Arnaud Denis manque de rythme mais est honnête, avec une belle idée : la maison de Nohant représentée par une grande maquette dont on ouvre la façade pour montrer les différents lieux de l’action. Béatrice Agenin joue brillamment à la fois Marie des Poules avec son accent berrichon et George Sand. Arnaud Denis, lui, interprète Maurice Sand mais ne semble pas vraiment à l’aise dans ce personnage de fils écrasé par sa mère et qui fit construire à Nohant un petit théâtre de marionnettes pour se divertir. (Cette vaste et belle maison se visite.) Mais le jeu en abyme de marionnettes représentant parfois les personnages sur le grand plateau du Montparnasse, ne peut pas fonctionner. Il y a quelques bons moments : entre autres, quand Maurice annonce à Marie qu’il va la quitter. Mais la dramaturgie comme les dialogues sont bien faiblards !

Reste encore une fois l’exceptionnelle interprétation de Béatrice Agenin, dans un quasi-monologue, de ces personnages de femmes que tout à la fois oppose: âge, éducation et classe sociale mais qu’une même revendication féministe réunit.

Philippe du Vignal

Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaité, Paris  (XIV ème). T. : 01 43 22 77 74.

 

 

Diane Selfportrait de Fabrice Melquiot, mise en scène de Paul Desveaux

Diane Selfportrait de Fabrice Melquiot, mise en scène de Paul Desveaux

 

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage


Ça commence avec les caresses de guitare de Michael Felberbaum, et avec la double et belle image d’un corps de femme dans une baignoire, présente sur le plateau et en grande image en fond de scène. C’est la matrice de cette histoire : le suicide de la photographe Diane Arbus, à quarante-huit ans,  en 1971. Alors la narration peut commencer. Des moments de vie: rencontre entre Diane, quatorze ans et son futur mari,  bras de fer avec sa mère, éloignement de la photo de mode et du glamour pour aller vers les marginaux, les êtres à part et surtout une méthode de travail : rencontrer son sujet. On n’a pas dit objet : un portrait se produit à deux.

Anne Azoulay, qui porte la figure de Diane sur ses épaules, le fait remarquablement. Engagée, exigeante et sérieuse, sans y perdre en vitalité. Quand elle interpelle la salle, scrutant tel ou tel spectateur à la recherche d’un “sujet“, elle a toute l’obstination et l’impatience de l’artiste en pleine création : je pressens ce que je veux voir, ce que je veux faire, mais il faut que cela advienne et que cette rencontre ait lieu.  Et je n’en suis pas maîtresse… Finalement, l’actrice fait venir des gradins l’artiste Jean-Luc Vern qui prêtera son corps tatoué à une nouvelle et élégante performance.

Les autres duos sont tout aussi forts : avec Paul Jeanson (Allan Arbus) qui commence par danser son rôle, puis avec la grande et puissante Catherine Ferran, sociétaire honoraire de la Comédie Française, dans le rôle de sa mère et l’énigmatique et paradoxalement discrète Marie-Colette Newman, vedette de cabaret aux jambes interminables, pailletée et perruquée,  jouant les humbles dames de compagnie.

Acteurs impeccables, belle scénographie et musique en partie improvisée de Vincent Artaud et Michael Felberbaum, à la bonne distance de l’émotion : à ce troisième volet de la  trilogie américaine de Paul Desvaux et de son équipe, après un premier volet sur Jackson Pollock et un deuxième sur Janis Joplin, il ne manque rien… Sinon peut-être une chose: le spectacle reste à l’abri. Diane Arbus, quittant le monde luxueux de la mode, allait chercher dans les rues de New York, une vérité toujours inaccessible, une effraction. Un visage, une personne, une ombre, qui ouvrait sur de l’inconnu, sur quelque chose ayant à voir avec la douleur. En noir et blanc et au format: 6x 6, pour commencer.

Le titre du spectacle devrait être Portrait de l’artiste en Diane. Fabrice Melquiot et cette personne vivante qu’est  une troupe ont cherché en Diane Arbus l’esprit créatif d’une époque, mais aussi, avec admiration, le carburant de leur création : l’insatisfaction -qu’il faut bien finir par mettre de côté- d’un travail repris encore et encore et la probité d’un regard.  Mais en restant sur la terre ferme. Diane Arbus, comme Janis Joplin, a trop bien incarné le danger qu’il y a, à chercher la faille…

Parallèlement à cette création et pour tenir le pari des Plateaux Sauvages, Paul Desvaux et la photographe Pauline Le Goff ont animé un atelier sur le portrait pour une dizaine de volontaires du quartier. À l’heure des selfies, ces miroirs déformants, cela vaut la peine d’y réfléchir en s’inspirant de ce qu’il y a de fondamental dans l’œuvre de Diane Arbus : le portrait d’une personne comme fruit d’une rencontre. Le “sujet“ donne autant que le photographe. Sinon l’étincelle et la profondeur manquent à l’image. Le pari des Plateaux Sauvages : que des ateliers partagés entre artistes et population créent cette rencontre. On oublie le mot : animation. Il n’est pas vilain en lui-même mais il a été dévalorisé. Et on revient à un autre qui fait encore plus peur : « éducation populaire ». Chiche ! Le but n’est pas seulement de former un public pour le théâtre ou si l’on veut : une clientèle mais de le rendre plus actif et de faire en sorte qu’il donne envie d’ouvrir les yeux. « Y a qu’à », dirait Sisyphe mais Albert Camus nous rappelle qu’il faut l’imaginer heureux…

Christine Friedel

Les Plateaux Sauvages, fabrique artistique et culturelle de la Ville de Paris, 5 rue des Plâtrières, Paris (XX ème) jusqu’au 9 octobre. T. 01 83 75 55 70 

                                         

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