L’Opéra de Paris en ligne

L’Opéra de Paris en ligne

Durement touché par les grèves qui ont précédé la venue de la pandémie en France, l’Opéra invite pendant le confinement, ses fidèles et les autres à voir ou à revoir  les spectacles du répertoire. Un partenariat avec France-Télévisions et son offre Culturebox, il  rend accessibles depuis le monde entier, gratuitement, certaines créations emblématiques dans leur intégralité.

 Le site de la Comédie-Française  s’ouvre directement sur sa web tv, La Comédie Continue ! mais celui de l’Opéra *propose, si besoin, de créer un compte Opéra et fait défiler l’annonce de Bastien et Bastienne et du Barbier de Séville. D’autres spectacles sont à découvrir, comme par exemple, une soirée hommage à Jerome Robbins, du 13 au 19 avril puis Cendrillon, chorégraphie de Rudolf Noureev, du 18 avril au 19 juin, Body and Soul  chorégraphié par Crystal Pite à partir du 25 avril et Giselle jusqu’au 5 août…

 Une fenêtre s’ouvre aussi sur Aria, un site annexe qui dévoile, de façon ludique, le monde de l’Opéra et du Ballet. La 3 E Scène, connue depuis plusieurs années, permet de faire une visite virtuelle du Palais Garnier et de voir fictions et documentaires.

 Par ailleurs, l’abonnement grand public est ouvert depuis le 2 avril et  la saison 2020-2021 promet de belles découvertes où redécouvertes dont plusieurs reprises : une trilogie Shechter/ Robbins/Pite ; deux classiques, La Bayadère et  Roméo et Juliette, chorégraphiés par Rudolf Noureev  et Le Parc par Angelin Preljocaj.

Et deux spectacles rendront justice à  Roland Petit, aujourd’hui plus reconnu à l’étranger qu’en France : le mythique Notre-Dame de Paris avec les costumes dessinés par Yves Saint-Laurent et une Soirée-hommage au chorégraphe. Les traditionnelles présentations de l’Ecole de danse, comme le gala d’ouverture de la saison danse, auront lieu le 22 septembre.

 D’ici là, nous espérons pouvoir vous rendre compte de quatre spectacles prometteurs, dont une soirée Cherkaoui/Eyal/Ashton, une autre Jiří Kylián. Et La première venue de la compagnie Peeping Tom puis le retour attendu d’Ohad Naharin avec Sadeh21.

 Les mots de Pina Bausch résonnent cruellement: «Dansez, sinon nous sommes perdus.»

Jean Couturier

*Operadeparis.fr  

 

 


Archive de l'auteur

Entretien avec Anne Théron


Photo : Jean-Louis Fernandez

Photo : Jean-Louis Fernandez


Entretien avec Anne Théron

Elle est romancière, dramaturge, scénariste mais aussi metteuse en scène. Passionnée par l’écriture dite «de plateau », elle a fondé la compagnie Les Productions Merlin avec laquelle elle crée des « objets » avec recherches sur le corps, la vidéo et le son.  Elle créera Condor de Frédéric Vossier au prochain festival d’Avignon s’il n’est pas annulé (voir Le Théâtre du Blog) mais de toute façon en septembre à la MC93 de Bobigny.

Artiste associée au Théâtre National de Strasbourg, Anne Théron met en scène cette pièce portant sur les temps de triste mémoire quand sévissaient des dictatures militaires en Amérique Latine, des années soixante-dix à quatre vingt. L’opération Condor, organisée par leurs services de sécurité et de renseignements, anéantissait patiemment et irréversiblement tous les opposants au régime.

C’était une initiative du gouvernement militaire de Pinochet au Chili : tortures puis tueries,  auquel participa l’Argentine avec les très violents et efficaces sbires de Videla, le Brésil, la Bolivie, l’Uruguay et le Paraguay. Frédéric Vossier  se pose la question de l’impossible liquidation de ce passé avec ses milliers de victimes sans doute massacrées et à jamais disparues. Anna, ancienne militante engagée au Brésil contre l’oppression, affronte aujourd’hui Paul son frère indigne, jadis serviteur zélé de la dictature (Frédéric Leidgens). Mireille Herbstmeyer incarne celle qui n’oublie pas.

 - Condor pose la question de la mémoire blessée. Comment se passe, en cette crise sanitaire, votre travail de metteuse en scène ?

 -A.T. On veut entrer sur le plateau avec des valises de sons et de lumières! Mais la construction du décor a dû être interrompue et il a fallu installer des leurres pour pallier les manques. J’ai la chance d’avoir une belle équipe : le spectacle à partir du texte en creux de Frédéric Vossier, est complexe et exige de nombreux effets spéciaux. On avance ensemble, heureusement on se connaît  très bien…
 
Barbara Kraft, directrice artistique de ma compagnie depuis vingt-cinq ans, est scénographe et costumière au cinéma, et depuis quinze années que je fais du théâtre, elle invente décors et costumes. Benoît Théron, mon frère, est créateur lumière, Varaniac Quard, créateur vidéo et régisseur général. Chaque spectacle est préparé en amont à l’extrême, habitude qui me vient du cinéma. A la trace (voir Le Théâtre du Blog) avait exigé des mois de préparation, avec des moments de tournage et je remercie au passage l’accueil chaleureux du Théâtre National de Strasbourg et de Stanislas Nordey avec qui j’entretiens d’excellents liens de travail.

 -Quelles sont vos méthodes d’appréhension de la scène ?

 A.T.  Dès qu’on arrive sur un plateau, pour chaque projet, on sait ce qu’on veut, du point de vue dramaturgique et de l’écriture. La dramaturgie fait entendre ce que le texte ne dit pas ; or, je pars du texte, le fondement du spectacle, afin qu’on l’entende pleinement. Et ce qui me passionne dans ce travail, c’est faire entendre cet intertexte secret entre l’écriture et la scène, en révéler le mystère, la fiction et l’imaginaire. Une façon encore de donner sa libre expression au silence du texte de Frédéric Vossier.

 -Quels sont les enjeux du spectacle?

 A. T. Exposer, avant tout, le traumatisme de cette femme, Anna, mutique en général depuis que sa vie s’est arrêtée, sans doute au moment des séances de tortures, supplices et viols des forces militaires. Le sentiment intérieur d’Anna prédomine et il faut faire entendre ce que la parole tue peut dégager d’effroi dans un silence symbolique assourdissant : une sensation de vertige et de vide intime. Le spectacle dévoile en fait  le cheminement d’un cauchemar psychique et politique.

 -Comment la scénographie participe-t-elle à la confrontation avec l’horreur ?

 A.T.  Cela se passe dans l‘appartement du frère d’Anna. Or, nous sommes dans un bunker éventré, à l’intérieur de la boîte crânienne de cette femme. Un encastrement dans le sable d’une dune, un paysage rappelant le Brésil que ce frère et cette sœur ont quitté depuis longtemps. Quarante ans plus tard, ils se retrouvent de chaque côté de cet immense précipice qu’est la mémoire existentielle.
Pour elle, c’est un traître, collaborateur de la répression, à la fois visage de l’impensable et caméra de surveillance : emblèmes d’enfermement des dictatures. Le dialogue est-il possible entre elle et lui qui, enfant déjà, tirait sur  les oiseaux pour en rapporter les dépouilles, comme l’écrit Frédéric Vossier?

 -A.T.  Frédéric Leidgens, à la douceur paradoxale et inquiétante, incarne à merveille cet ex-prédateur, soumis à des pulsions, à des expériences-limite, errant sans fin dans la nuit. Il répond évasivement aux questions d’Anna, portée par l’autorité naturelle de Mireille Herbstmayer. Cette sœur ne sait plus où sont les tombes parentales et le deuil lui est donc impossible…
Elle tente de revenir aux années soixante-quinze, quand elle était une résistante, et lui, un franc bourreau. Le public assiste à des brisures dans les propos disjoints, à des gestes esquissés : une floraison d’images hallucinatoires. Et la nuit d’horreur resurgit, pour que Paul accède enfin à la conscience de ses actes.

 -Que se dégage-t-il de ce théâtre existentiel et politique ?

 -A.T.  On vit cet emportement dans l’hallucination pour s’engouffrer dans les passages secrets dessinés par les lumières et les sons, comme envoûté par des images non perceptibles, des sensations de violence et d’étrangeté. On s’immisce dans la peur, les fantasmes, les divagations et les illusions, on éprouve un état confus d’emprisonnement dans les cris et les ombres – bruits d’hélico et  de vagues sur le rivage.
Condor pose la question de la mémoire blessée. Le spectacle interroge encore le Mal et la probabilité de grandir si différemment dans une même famille mais laisse ouverte la question de la maternité, du poids de l’amour de la mère et du rôle des femmes dans l’éducation. Reste en majesté la vitalité désespérée d’une femme qui se bat contre l’anéantissement, forte de sa résilience quand elle est apte à tenir le coup, surmontant l’expérience douloureuse et ultime d’être au monde.

 -Que peut-il advenir de cet enfer esthétiquement recréé ?

 -A.T  La difficulté de tout existence tient à ce partage subtil entre réalité et fiction, entre politique et famille, entre amour et haine. Et, parallèlement, je tiens à la corporéité des interprètes sur le plateau: elle prend ici tout son sens et je couds plastiquement la mise en scène autour des corps des acteurs dans leur singularité. Thierry Thieû Niang fait évoluer cette danse macabre à l’intérieur d’un tunnel labyrinthique de songes et d’émotions.
Dans la noirceur de ce parcours existe peut-être, tout au bout, une lumière… La fiction revient à aborder un ailleurs : le monde où je suis née ne m’a jamais convenu, et comme metteuse en scène, j’essaye d’inventer quelque chose qui puisse atteindre à la beauté…

 Propos recueillis par Véronique Hotte

Festival d’Avignon, Théâtre Benoît XII, du 5 au 12 juillet  (sous réserves).

MC93-Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis, Bobigny en septembre.
Théâtre Olympia -Centre Dramatique National de Tours, en octobre.

Le texte est publié aux Solitaires intempestifs.

 

Covid 19: du côté des auteurs

Covid 19: du côté des auteurs

 « En Allemagne, la nouvelle vient de tomber : 5 .000 euros ont été déjà versés à chaque artiste-auteur. Il faut dire qu’on sait identifier la profession créative. Chez nous, on commande le rapport Racine, on fait semblant de l’avoir perdu, on le retrouve in extremis mais on se garde bien de l’appliquer. Les auteurs gardent leur statut bricolé. » écrit, dans un article publié hier par Médiapart, Sophie Dieuaide, administratrice de La Ligue des auteurs professionnels et auteurs jeunesse.

 Elle fait allusion au rapport confié par Franck Riester, ministre de la Culture, en avril 2019, à Bruno Racine, conseiller-maître à la Cour des comptes, sur les  changements que les activités de création ont pu connaître ces trente dernières années, afin d’adapter les politiques publiques existantes en faveur des artistes, auteurs et créateurs. L’Auteur et l’Acte de création a été remis au ministre le 22 janvier.

 Sophie Dieuaide expose avec humeur et humour «le cauchemar administratif des auteurs qui croient avoir accès aux mesures économiques générales et même… spécifiques ». Ils ne s’en sortiront qu’avec un fonds d’urgence confié à un opérateur public, fonctionnant selon un dispositif simple et adapté, comme l’a alerté une dizaine d’organisations professionnelles (Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, Ligue des auteurs professionnels, C.A.A.P., Guilde des scénaristes, etc.) : « Ont été annoncés un fonds de solidarité, une mesure arrêt-maladie pour garde des enfants et… grande nouvelle ! le Centre national du Livre aurait débloqué avant-hier un million d’euros pour les auteurs sur les cinq octroyés par le ministère de la Culture à la filière-livre. » (…) « Soit, vu le nombre d’affiliés à l’AGESSA : 185 euros par auteur… »

 Mais ce fonds de solidarité est un complément aux revenus de mars et d’avril et il faut pour l’obtenir, remplir un certain nombre de conditions et prouver une perte par rapport aux mêmes mois de l’année précédente. Mission quasi impossible, vu l’irrégularité des revenus des auteurs! «La S.A.C.D. (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) souligne la difficulté administrative pour ses auteurs de prétendre à cette aide : ils ne sont pas inscrits comme travailleurs indépendants ou auto-entrepreneurs avec un numéro de SIRET, précise Dominique Paquet, présidente d’honneur des E.A.T. (Écrivains Associés du Théâtre). Et la S.A.C.D. n’a pas réglé la question : «Nous travaillons actuellement avec le ministère de la Culture pour trouver une solution rapide à ce problème. » Elle a mis en place un fonds de solidarité covid19  qu’elle va décliner en plusieurs volets pour répondre aux besoins les plus urgents : «Les auteurs- membres les plus en difficulté en raison de l’annulation de contrats ou de spectacles en France ne bénéficiant d’aucun revenu fixe : allocation de retraite, salaire… et pouvant justifier de l’annulation de représentations d’un spectacle déclaré à la S.A.C.D. ou d’un contrat d’écriture, sous certaines conditions, peuvent demander une aide. »

 Selon la Société des Gens de Lettres (S.G.D.L.)« certains ajustements apparaissent toutefois nécessaires pour que les dispositifs annoncés puissent être opérationnels. Cet organisme a lui aussi appelé le Gouvernement « à adapter les critères d’éligibilité et conditions d’intervention de ces dispositifs pour compenser les pertes de revenus des auteurs ».

A suivre…

 Mireille Davidovici

 Ecrivains Associés du Théâtre, 10 rue Boulay, 75017 Paris. T. : 01 42 29 78 64
contact.eatheatre@gmail.com

 www.sacd.fr

 www.sgdl.org

 

 

Race et Théâtre/Un impensé politique de Sylvie Chalaye

Race et Théâtre / Un impensé politique de Sylvie Chalaye

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 Pourquoi les scènes contemporaines en France ne sont-elles pas le reflet chromatique de la société ? Pourquoi les comédien.ne.s noir.e.s sont-ils si peu distribué.e.s ? Les rôles se définissent-ils  par la couleur de la peau ou par le talent de l’acteur? Les artistes non blancs se sont engagés, depuis une vingtaine d’année, dans pluiseurs actions pour faire entendre les préjugés et le racisme dont ils sont victimes. L’an passé, des manifestants ont empêché la compagnie Démodocos de jouer Les Suppliantes d’Eschyle au grand Amphithéâtre de la Sorbonne en raison d’une mise en scène « racialiste», où les Danaïdes étaient représentées par des comédiennes blanches au visage maquillé en noir. Sylvie Chalaye, anthropologue et historienne des représentations de l’Afrique et du monde noir dans les arts du spectacle, aborde ces épineuses questions et les situe dans un contexte  sociétal, historique et politique :  « Être racisé, ou ethnicisé c’est être réduit à sa couleur de peau et assigné au rôle du Noir, de l’Africain. C’est aussi être exclu du récit national. » (…) « Comme si les Indépendances avaient suscité l’amnésie d’une histoire commune. »

cyrano_sorano3Il faut d’abord revenir un peu en arrière. A-t-on oublié, entre autres exemples, qu’en 1952, Jean Vilar engageait Daniel Sorano, métis franco-sénégalais, et que Jean-Marie Serreau, adepte d’un théâtre babélien intégrant des acteurs de toutes origines, monta Homme pour Homme de Bertolt Brecht avec Bachir Touré, lui aussi franco-sénégalais. Ou que Roger Blin confia le rôle de Dom Juan au Guadeloupéen Robert Liensol ? Mais, note Sylvie Chalaye, dès les années soixante-dix, avec la montée du nationalisme, l’acteur noir se met à incarner l’immigré, l’étranger et commence à “faire signe“ dans les distributions. On laisse aussi entendre, comme Jean-Pierre Miquel, pourtant directeur du Conservatoire National d’art dramatique, que les acteurs non blancs n’auraient pas d’avenir dans le paysage français. Seuls l’Anglais Peter Brook et Bernard Marie Koltès font exception. Et Pierre Debauche créa, en 1984, le Festival des Francophonies de Limoges ouvert aux théâtre d’Afrique et d’outre-mer. Avec le danger que les espaces francophones à l’instar de la Chapelle du Verbe incarné au Festival d’Avignon, deviennent des “enclos“, des « entre-soi d’à-côté “…

Autre aspect: l’acteur noir doit assumer la figure de l’Etranger, de l’Autre (souvent maléfique), mais aussi une aura héritée malgré lui de l’histoire coloniale, au point d’aveugler les spectateurs qui ne voient plus que le Noir et non l’acteur. « Quand serons- nous banales ?  » s’exclame Aïssa Maïga dans Noire n’est pas mon métier* : «Je suis née en France, je suis française. Mais j’ai conscience que quand j’interprète un personnage de Racine, Corneille ou Molière, cela brouille les spectateurs, on se demande pourquoi je suis là. » Pourtant les héroïnes noires ne manquent pas : Phèdre, Andromaque ou Cléopâtre… Seulement, il n’était pas envisageable alors de les porter à la scène dans leur “altérité ». « Quand on ne voit que le Noir, dit Sylvie Chalayae, c’est l’acteur qu’on assassine ». La carnation n’est pas l’incarnation et il faudrait  faire abstraction de la couleur. Est-ce possible ?

 Dans Le Blackface ou l’invention du nègre spectacle, elle aborde la pratique, issue d’une tradition clownesque raciste aux Etats-Unis, qui consiste à  se grimer en «nègre » et  à se barbouiller le visage de noir, pour caricaturer les esclaves qui se divertissaient dans les plantations en imitant les Blancs : « Non contents de s’approprier une forme artistique, les Blancs la détournaient et n’en ont retenu ni la portée satirique ni le caractère subversif. » Aujourd’hui, cette mascarade est condamnée aux Etats-Unis et en France, et très mal perçue par les acteurs et le public afro-descendants. Pour eux, travestir un acteur blanc en Noir est un aberration et mène à une désappropriation de leur propre histoire.

 Sylvie Chalaye dans Sortir de l’enclos souligne qu’ au XXI e siècle, le public a changé et qu »il serait temps que le théâtre reflète mieux la société dans laquelle il exerce. Il doit  s’ouvrir à la diversité sur les plateaux mais aussi hors scène en convoquant, auteurs, artistes, salariés issus de la diversité. Et bien entendu aller vers de nouveaux publics…. Il y a du pain sur la planche !

 Mais ce livre se veut optimiste : « Penser la race au théâtre ce n’est pas chercher à ne pas la voir, c’est désapprendre à l’identifier pour mieux apprendre à jouer ensemble autrement et à déjouer les imaginaires coloniaux qui se sont construit sur son invention ». S’il y a encore du chemin à faire, le monde du théâtre a une responsabilité dans la fabrication des stéréotypes et cet ouvrage peut y aider. Sylvie Chalaye fait le tour d’une question complexe et le théâtre étant «un miroir tendu au monde », son essai alimentera sans aucun doute une réflexion plus globale.

 Mireille Davidovici

 Race et Théâtre, Actes Sud-Papiers 2020 16 € Disponible en livre numérique

 *Noire n’est pas mon métier d’Aissa Maïga, éditions Le Seuil (2018.)

Au Creux de l’oreille, les poissons pilotes de la Colline

 Au Creux de l’oreille, les poissons pilotes de la Colline

Une très belle façon de continuer de vivre la culture en période de confinement. Loin de l’exposition médiatique de certains médecins passés des salles de garde aux plateaux de télévision, des comédiens connus ou pas, dans un total anonymat, lisent des textes à l’oreille de leurs interlocuteurs. Cela nous rappelle le titre d’une célèbre émission radiophonique de France-Inter, L’Oreille en coin.

Il suffit de s’inscrire sur le site du Théâtre de la Colline ; pour l’instant plusieurs créneaux sont encore disponibles, jusqu’au 17 avril. Un message email et sms vous confirme votre rendez-vous, qui, pour notre part, a duré trente minutes.

Lucie, une élève comédienne, me téléphone et me propose trois textes au choix , Le Discours au congrès de la paix de 1849 de Victor Hugo, La Madeleine de Marcel Proust, extrait d’À la recherche du Temps Perdu et un texte de Peter Handke. Je demande les deux premiers: ils prennent une dimension surréaliste dans une période où nos sociétés dites modernes sont en pleine autodestruction. J’entends la jeune voix de Lucie et cela me rappelle les longues nuits d’archives littéraires et théâtrales quand, adolescent, j’écoutais France-Culture au creux de mon lit. Plus qu’une lecture c’est réellement une conversation : la lectrice et moi, sans nous voir, découvrons un pan de nos vies réelles ou imaginaires. Lucie le confesse, quelquefois ces rencontres peuvent être très émouvantes et prendre un tour intimiste quand, au bout du téléphone, elle parle avec un couple de personnes âgées. Ces gens, plus fragiles, étant la cible privilégiée de ce virus mortel.

Merci à Wajdi Mouawad, directeur du Théâtre de la Colline, d’avoir eu cette initiative, comme  Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville avec les Consultations poétiques par téléphone, une manifestation équivalente. Inscrivez-vous pour vivre un moment unique !

Jean Couturier

 https://www.colline.fr/spectacles/les-poissons-pilotes-de-la-colline

        

Adieu Jean-Laurent Cochet

Adieu Jean-Laurent Cochet
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Capture Youtube/France 3
Cet acteur passé par la Comédie-Française où il fut un temps pensionnaire dans les années soixante, est mort aujourd’hui à quatre-vingt cinq ans du coronavirus. Il avait réalisé de nombreuses mises en scène et beaucoup joué.

Mais il est surtout connu pour avoir créé un cours où il aura été le professeur de nombreux acteurs et notamment… de  Gérard Depardieu, Isabelle Huppert, Richard Berry, Bernard Giraudeau, Fabrice Luchini, Emmanuelle Béart, Daniel Auteuil. Il était réputé pour sa pédagogie et sa rigueur technique, loin de toute effet de style.

« J’ai eu la chance, dit Fabrice Luchini, d’apprendre le métier: il fallait travailler le passage de texte, et pas la confidence personnelle. On devait d’abord apprendre à articuler pendant des heures. »   Sans lui, le théâtre comme le cinéma français aujourd’hui en deuil ne seraient sans doute pas les mêmes…

Il a écrit un bon livre sur  L’Art et la Technique du comédien, comme un supplément d’âme (*) où il parle avec intelligence de la création de personnages emblématiques du théâtre français comme Don Juan ou Figaro et du jeu. 

Philippe du Vignal



Les confinés parlent aux confinés

 Les confinés parlent aux confinés (suite)

Les Ballets de Monte-Carlo

Sur la chaîne Monaco info et le site France 3 PACA, cette compagnie offre à tous, la possibilité de voir ou de revoir une sélection d’œuvres de son répertoire.
Ce mercredi 8 avril à 17h et le samedi 11 avril à 17 h, c’est le film de La Belle de Jean-Christophe Maillot qui sera diffusé.  Sur la chaîne Monaco Info TV, sur le site internet www.monacoinfo.com ou sur l’application mobile « Monaco Info ».

Le Centre Dramatique National de Tours

Nous vous avions déjà signalé que la cinquième édition du festival WET° était reportée du 16 au 18 octobre. Jacques Vincey, son directeur et celui du Centre Dramatique National de Tours, a ouvert le site internet en grand à plusieurs initiatives!  Avec des mots au creux de l’oreille…

Les comédiens de l’ensemble artistique du T°  proposent de vous appeler au téléphone pour vous livrer quelques bribes de poésie, littérature ou  théâtre qui leur sont chères. Pour tenter l’expérience, rendez-vous sur le site: https://cdntours.fr/lectures-telephoniques

Mathilde Delahaye vous offre de regarder la captation de Nickel, sa dernière création et Vanasay Khamphommala a proposé aux comédiens de sa prochaine création Monuments hystériques de tenir un « journal du confinement ».  https://cdntours.fr/actualite/

Croustilleux La Fontaine

On peut visionner cette semaine l’intégralité de la captation du spectacle créé au Théâtre des Déchargeurs ! Le ténor Jean-François Novelli s’est entouré de la chanteuse Juliette et du compositeur Antoine Sahler pour mettre en scène et en musique les contes  plus osés du poète.  » On est donc très surpris quand on lit ses contes, dit Jean-François Novelli et  on retrouve le ton léger, coquin, badin de l’auteur de nos premiers émois poétiques, mais les thématiques ne sont plus les mêmes…

 » J’ai insisté, dit Juliette, auprès de Jean-François Novelli et Antoine Sahler, pour « en être ». Dès le premier abord, cette idée de spectacle m’a littéralement émoustillée ! Tout ce que j’aime:- du texte, (et pas des moindres, hein !), la haute tenue littéraire du XVII ème siècle dans toute sa splendeur au service d’un propos on-ne-peut-plus léger ! La syntaxe précieuse, le vocabulaire précis, tout ça pour raconter des histoires de nonnes affriolantes et de pâté d’anguilles, c’est la classe ! Mais aussi de la musique pour en faire de vraies chansons. Antoine a ce talent si délicieux et si rare pour faire des mélodies « qui restent » !

« On se surprendra à fredonner les airs évidents qui habillent ces concerts licencieux, j’en mets ma main au feu ! Et c’est aussi un talent particulier que de savoir faire rire la musique : entre les anachronismes évidents, musique au mètre de films érotiques ou clin d’œil aux Demoiselles de Rochefort, les références font mouche ! » (…) de la profondeur et du propos, qui nous concerne tous : l’amour et ses frasques, le désir, maître ô combien impérieux, et la joie, la simple joie – « ô doux remède, remède ami ! » – qui nous attend dans les blancs oreillers des lits accueillants. Et last but not least, de la dérision ; de la rigolade et du pouffage de rire, car tout ceci, du début à la fin, n’est pas très sérieux !  »

Les Chroniques de la danse en suspens, aux éditions Contredanse

Nos amis belges à Bruxelles avec  ces Chroniques de la danse en suspens, publient sur le site de Contredanse deux fois par semaine : un contenu phare (texte de réflexion, récit d’artiste, actualité du secteur, entretien), une idée inspirante (citation, partition, pistes de lecture…), les créations belges qui auraient dû voir le jour et une initiative parmi celles qui fleurissent ci et là (formations, appels, propositions). Le corps, la pratique, l’imaginaire

« Il y a le fait d’être confiné et la raison du confinement. Devoir danser entre le lit et les casseroles empilées et s’angoisser pour ses proches souvent loin, craindre la maladie. Comment continuer à travailler, permettre au corps de bouger et à l’esprit de vagabonder ? Les initiatives de formations en lignes sont multiples. Cours de Gaga, de yoga, master class, sur le site de Contredanse nous recensons toutes les formations en ligne sous la catégorie : #StaySafeAndKeepDancing. N’hésitez pas à l’alimenter. »

« Le temps, l’espace, le collectif: Comment ne pas rester immobile, lorsque l’espace n’est plus qu’intérieur, l’extérieur semble s’abstraire. Le temps n’est plus que durée. Ce mouvement d’éloignement ne préfigure aucun rapprochement. Comment ces artistes du mouvement,  de la communauté, du touché, du contact arrivent-ils à dépasser cette sidération ?

Philippe du Vignal

Et le festival d’Avignon ?

 

Et le festival d’Avignon ?

“Aucun élément objectif ne nous permet de prendre la décision d’annuler le Festival d’Avignon 2020” disait encore curieusement hier Olivier Py. Bizarrre, vous avez dit bizarre?
Ce matin à France-Inter, Olivier Py  se voulait rassurant et optimiste, puisque disait-il, on peut encore espérer que le festival ait bien lieu comme prévu du 3 au 23 juillet. Comme le festival d’Aix-en-Provence ou Les Nuits de Fourvière. Il doit annoncer sa programmation aujourd’hui à 14 h. Mais il a vite botté en touche et répété plusieurs fois que, si les autorités sanitaires le décident et si le confinement ne cessait pas le 15 mai, le festival serait annulé. Dans ce cas, il a aussi rappelé que toute l’économie locale en subirait le choc. D’après les chiffres en sa possession, le retour annuel en termes financiers de cette manifestation artistique est de l’ordre de cent millions.

Mais a-t-il encore martelé, comme s’il cherchait surtout à s’en convaincre lui-même, les conditions nécessaires pour que le festival ait encore lieu, sont encore possibles et il en détaillera bien le programme cet après-midi. Aucun des artistes ne lui a dit que leur spectacle n’était pas envisageable. Le 21 avril, dit-il, aura lieu le Conseil d’administration du festival avec ses membres mais par skype. Il n’a pas exclu des solutions -ce qui nous parait difficile- comme la réduction de la jauge de la Cour d’Honneur ou le report des dates… Du off, il a peu parlé mais de toute façon, on voit mal exister un off dans le in. C’est un tout depuis plus de quarante ans…Olivier Py a  dit aussi qu’il faudrait selon lui, un moratoire nécessaire concernant la gestion des artistes et techniciens intermittents mais aussi des mesures pour les compagnies qui vont être durement touchées par cette crise sans précédent..Reste que pleuvent aussi à l’étranger, les annulations de festivals comme le off d’Edimbourg, Bayreuth, etc. Même constat chez nos amis belges, Festival In Movement, Legs, Kunstenfestivaldesarts, D Festival, Brussels Dance, sont supprimés. La Ministre de la Culture, Bénédicte Linard, a préconisé un report des dates mais… la saison 2020-2021 est déjà bouclée.

Chez nous, le Ministère de la Culture dont, rappelons-le, son représentant Frank Riester a été atteint par le coronavirus et l’Elysée ne semblent guère pressés d’annoncer quoi que ce soit… Bien entendu, s’il y a annulation, tous les commerces, en particulier les hôtels, restaurants et supermarchés, grandes enseignes de bricolage d’Avignon et de la région, comme les particuliers qui louent à prix d’or appartements et salles de spectacle,  font déjà grise mine.  Bernard Faivre d’Arcier, alors directeur en 2003, avait dû prendre la seule décision possible: annuler le festival à cause de la grève des intermittents. Cela plomba les finances des compagnies mais cette grande fête internationale du théâtre, que l’on en sache, s’en est remise….

On est en avril et juillet arrive à grands pas. La sagesse serait de renoncer  aux festivals et événements de cet été. Alors que les radios ne cessent de recommander les gestes-barrière, comment imaginer en effet par les temps qui courent, des dizaines de milliers de personnes, spectateurs, artistes, techniciens, gens de théâtre comme circassiens, tous les uns sur les autres dans les rues étroites de cette ville où il est souvent difficile de passer?

Guy-Pierre Couleau, le président du syndicat national des metteurs en Scène a écrit à Franck Riester, pour lui demander de « communiquer des précisions relatives d’une part, à la question du maintien du festival d’Avignon et, le cas échéant, aux modalités techniques de prise en charge des répercussions économiques engendrées par tout aménagement de la tenue de celui-ci.”

Qui peut dire ce qu’il en sera de ce fléau dans à peine trois mois? Et comment les artistes pourront-il répéter auparavant dans les lieux comme les lycées et lieux d’enseignement dévolus aux spectacles, qui seront occupés par les élèves jusqu’au début juillet? Et que le déconfinement est prévu au minimum pas avant le 15 mai? Comment être sûr que la Cour d’Honneur pourra être aménagée à temps (il y faut au minimum trois semaines!)? Et y aura-t-il assez de temps pour les répétitions? Bref, bien peu de certitudes….

Quelle est au juste la position du Premier ministre et celui de la Santé? Et dans le domaine de ce qu’on appelle les arts de la rue à Avignon et ailleurs, on voit mal se dessiner les choses… Comment pourraient avoir lieu entre autres,  les festivals d’Aurillac ou de Châlons avec des dizaines de milliers de spectateurs déambulant au coude à coude… Tous masqués? Philippe Le Gal, directeur du Carré Magique, Pôle National des Arts du Cirque en Bretagne, a eu le courage de dire clairement les choses: «Au regard de l’investissement que représentent les festivals d’été pour les compagnies de cirque, il me semble que la meilleure solution est leur annulation. »

Tout se passe comme si on comptait encore sur un miracle mais Emmanuel Macron est bien placé pour savoir qu’en matière politique et sanitaire, cela n’existe pas. Gouverner c’est prévoir… Attendons demain mais on voit mal comment Olivier Py pourrait annoncer  le maintien du festival d’Avignon! Et il ne peut y avoir bien entendu de report. A temps exceptionnels, il faut prendre des mesures exceptionnelles… Même confinée comme les autres, l’équipe du Théâtre du Blog vous  tiendra au courant et, au passage, merci de votre fidélité: cela fait toujours du bien par où cela passe, comme disait Monseigneur Marty…

Philippe du Vignal

Pièces secrètes et Pièces costumées, Pièces secrètes, Pièces costumées de Jean Anouilh,

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Théâtre de Jean Anouilh: Pièces secrètes et Pièces costumées,Pièces secrètes, volume contenant Tu étais si gentil quand tu étais petit, L’Arrestation et Le Scénario. Pièces costumées,volume contenant L’Alouette, Becket ou L’honneur de Dieu et  La Foire d’Empoigne.

Cet auteur dramatique ( 1910-1987) aura été, pendant plus d’une trentaine d’années, l’écrivain le plus représentatif et le mieux accueilli d’une classe sociale, la bourgeoisie d’après-guerre, cultivée et sceptique. En anarchiste de droite, il n’a cessé de la poursuivre de ses sarcasmes, dit Michel Corvin, dans son Dictionnaire encyclopédique du théâtre. Il commença encore très jeune à lire des auteurs dramatiques aussi différents que Paul Claudel, Luigi Pirandello, George Bernard Shaw  et Jean Giraudoux avec Siegfried en 1928. Il commencera à écrire des comédies comme Le Bal des Voleurs  (1938).

Et plus tard, il devient l’auteur pendant l’occupation allemande, Jean Anouilh fait jouer deux de ses Pièces noires, Eurydice, en 1941 puis Antigone en 44 , au Théâtre de l’Atelier dans une mise en scène, un décor et des costumes d’André Barsacq, une pièce devenue célèbre. Mal accueillie lors de sa première, elle aura un beau succès et sera considérée comme l’un des sommets de son œuvre. Roméo et Jeannette fut aussi créé l’année suivante par ce même metteur en scène et dans ce même théâtre avec Michel Bouquet qui deviendra lune des acteurs-fétiches, Jean Vilar, Suzanne Flon et Maria Casarès!


I23671 - copieAux éditions de la Table ronde, paraissent cette année dans une nouvelle édition, ses Pièces secrètes et les Pièces costumées. Dans Tu étais si gentil quand tu étais petit, L’Arrestation et Le Scénario, les intrigues,  lieux et époques sont différentes. Chacune de ces œuvres reflète son auteur,  comme un miroir renvoie, selon les heures et les saisons, es images changeantes d’un même visage. Elles sont répertoriées comme étant secrètes.Jean Anouilh se révèle ici presque dépouillé des masques comiques ou tragiques derrière lesquels il tente de protéger sa vérité : ces Pièces secrètes doivent être déchiffrées dans le silence et la solitude. Aussi l’auteur a-t-il parlé d’elles avec un rire gentil : Mes fours…

Cet auteur sarcastique écrit des comédies bourgeoises aux figures grotesques et caricaturales. Ainsi, dans les Pièces costumées, L’Alouette (1952), créée par Suzanne Flon et Becket ou l’Honneur de Dieu (1959) où le roi Becket ne peut plus rien pour sauver son ami: deux chefs-d’œuvre avec L’Arrestation (1975) qui, elle, se trouve dans les Pièces secrètes.

I23670 - copiePour les Pièces costumées, l L’Alouette (1953) a été créée au Théâtre Montparnasse-Gaston Baty en 1953, mise en scène par l’auteur et Roland Piétri, avec les décors et costumes de Jean-Denis Malclès, une « reprise de Jeanne d’Arc » avec, entre autres, Suzanne Flon, Michel Etcheverry, Roland Piétri, Michel Bouquet… Becket ou l’Honneur de Dieu (1959) a été créée  dans ce même théâtre dans une mise en scène de Jean Anouilh et Roland Piétri, avec, entre autres, Daniel Ivernel, Bruno Crémer, Henry Darbrey, Charles Nissar.

La Foire d’Empoigne (1960) fut jouée pour la première fois  en 1962 à la Comédie des Champs-Elysées, dans la mise en scène de l’auteur et Roland Piétri, avec Paul Meurisse, Henri Virlojeux…Pour les Pièces secrètes, Tu étais si gentil quand tu étais petit (1969) a été créée au Théâtre Antoine en 1972 dans une mise en scène de Jean Anouilh et Roland Piétri. Entre autres figures de la tragédie antique, on découvre Oreste (Hervé Bellon), Electre (Danièle Lebrun), Clytemnestre (Francine Bergé), le Chœur (Maud Rayer) et le pianiste (Hubert Deschamps)…

L’Arrestation (1971), la pièce a d’abord été créée en 1974 à Bristol à Londres, sous le titre The Arrest. Puis  à Paris, au Théâtre de l’Athénée en 1975 dans une mise en scène de Jean Anouilh et Roland Piétri , avec, entre autres, Raymond Bussières et Claude Dauphin… Et Le Scénario (1974)  au Théâtre de l’Oeuvre en 1976 dans une mise en scène de Jean Anouilh et Roland Piétri avec Daniel Gélin, Jacques Fabbri, Jean Amos, Sabine Azéma Florence Blin…

A l’époque, nulle saison sans que ne soit montée une ou plusieurs pièces de Jean Anouilh. Mais il était aussi metteur en scène et a révélé en 1962 au  public Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac, une pièce créée par Antonin Artaud en 1929. Et elle a été depuis constamment montée souvent par de jeunes compagnies.  Pour Michel Corvin, le ton grinçant de l’auteur, un mélange détonant de rire et d’amertume, de hargne et de fantaisie, ne le fait jamais « poser » : « Il est maître en pirouettes et roi de l’esquive. Il est aussi, en tant qu’écrivain de théâtre, l’inventeur d’un dialogue rapide, contrasté, taillé dans le marbre d’une prose forte, aux veines colorées et chatoyantes. » Héritier en cela de Pirandello, et plus lointainement de Molière et de Shakespeare, capable de bâtir des œuvres à multiples fonds, avec surimpression des temps, des espaces et des langages comme dans L’Alouette.

Avec le savoir-faire d’un professionnel qui fait mouche sur un public sensible aux prouesses d’acteur : Suzanne Flon, L. Pitoëff,  François Périer, Jean-Louis Barrault, Bernard Blier, Michel Bouquet, Jean Anouilh a réussi à écrire des pièces à lire ou à redécouvrir: un demi-siècle après, voire plus, elles nous parlent encore et toujours de notre temps. Il écrivit aussi un recueil de fables, quelques récits, plusieurs livrets d’opéra ainsi que de nombreux scénarios et adaptations cinématographiques et télévisuelles. Il créa de la revue La Nouvelle saison avec Jean-Louis Barrault et René Barjavel en 1939

 Véronique Hotte

Brève et savoureuse rencontre avec un jeune critique avec Jean Anouilh dans le hall de la Comédie des Champs-Elysées vers 1970: « -Monsieur, pourriez-vous m’accorder une interview? -Monsieur, vous êtes bien gentil mais vous saurez que j’ai trois choses en horreur: la télévision, les voyages en avion et les interviews. -Merci, monsieur, j’en prends bonne note et au revoir. »

Philippe du Vignal

Pièces secrètes et Pièces costumées de Jean Anouilh, éditions de La Table ronde, collection La Petite Vermillon.

Pièces secrètes de Jean Anouilh, nouvelle édition 2020. avec Tu étais si gentil quand tu étais petit, L’Arrestation et Le Scénario, 320 p, 8,90 €.

Pièces costumées de Jean Anouilh, nouvelle édition 2020, avec L’Alouette, Becket ou L’Honneur de Dieu et La Foire d’Empoigne, 320 p, 8,90 €.

Entretien avec Olivier Meyer

 

Entretien avec Olivier Meyer


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Le directeur du Théâtre de Suresnes Jean-Vilar, créateur du festival Suresnes Cités Danse, nous a livré ses  réflexions à propos de sa très courte saison « pour cause de travaux et de virus » !

 « Lundi 3 février : jour de fête, nous inaugurons la nouvelle grande scène. Un rêve de vingt ans se réalise enfin et il est maintenant possible de faire plus encore, comme accueillir la Comédie-Française avec Les Fourberies de Scapin. Quelle joie ! Quelle fierté ! Le théâtre transformé est doté de merveilleuses nouvelles possibilités. »

 «Grâce au travail et à l’engagement de la ville de Suresnes, de l’architecte- scénographe, de l’équipe du théâtre et de centaines d’ouvriers appartenant à dix corps d’entreprise, les très importants et indispensables travaux d’élargissement de la scène et de modernisation de toute la machinerie, ont été terminés dans un délai record de neuf mois! Aucun jour de retard!  Exceptionnel: le théâtre a pu enfin rouvrir. Avec des portes partout, des radars et alarmes partout, des extincteurs et tableaux d’évacuation partout, nous étions plutôt bien protégés contre les risques d’incendie… mais pas contre la contagion au Covid-19.

 « Lundi 16 mars : fermeture du théâtre après six semaines de programmation avec un public enthousiaste et des salles très complètes. Après avoir mesuré les atouts de ce merveilleux outil, nous avons été obligés d’annuler dans un premier temps toutes les représentations de la deuxième quinzaine du mois de mars, puis celles d’avril et sans doute celles de mai et juin. Tout s’était si bien passé et s’annonçait si bien !

 «Maintenant, avec l’équipe confinée à domicile, c’est devenu plus compliqué de travailler ensemble. Cette saison 2019/20 sera donc très probablement réduite à ces six semaines. J’aurais vécu pendant cette période avec notre équipe,  beaucoup d’émotions, de joies et maintenant une tristesse passagère car nous construisons déjà l’avenir avec détermination et bonheur, en préparant pour la réouverture, en septembre, comme nous l’espérons tous, la plus belle, la plus magnifique et la plus passionnante saison dans un théâtre ouvert et bien vivant.  »

 Propos recueillis par Jean Couturier

 Théâtre de Suresnes Jean Vilar, Place Stalingrad,  Suresnes (Hauts-de-Seine) T. : 01 46 97 98 10

www.theatre-suresnes.fr

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