L’Amant d’Harold Pinter, traduction d’Eic Kahane, mise en scène de Thierry Harcourt
L’Amant d’Harold Pinter, mise en scène de Thierry Harcourt
Le dramaturge britannique (1935-2008) avait écrit cette pièce en 62 pour la télévision. Puis elle a été créée à l’Art Theatres à Londres l’année suivante. Nous nous souvenons -mais mal- l’avoir vue au théâtre Hébertot à Paris en 65 dans une brillante mise en scène de Claude Régy.
Comme chaque matin, Richard part travailler dans une entreprise de la City et laisse Sarah, sa femme dans leur maison en banlieue. Un couple heureux et sans histoires, marié depuis dix ans. Pourtant, avant de partir, il lui demande assez curieusement: «Ton amant vient cet après-midi? Et elle répond à l’aise: « Oui. Comme d’habitude. » Et elle lui demande aussi à quelle heure, il rentrera… Sous-entendu: pas la peine que tu me trouves faisant l’amour avec mon amant.
Le matin, on sonne à la porte: c’est le livreur de lait qui se rapproche d’elle, sans qu’elle ne dise rien. Et dans l’après-midi, arrivera l’amant de Sarah. En fait, son mari joue l’amant et elle, une jeune pute en courte robe noire. Un jeu dangereux où le couple semble pourtant trouver son compte: cela le change de la vie bourgeoise où il est enfermé.
Le whisky aidant… il y a comme un savoureux parfum d’interdit à ces rencontres. Mais Richard voudrait mettre fin à cette prétendue liaison cachée. Sarah, elle, se verrait bien continuer à vivre ces après-midi insolites.
La Collection et L’Amant, des pièces aux dialogues ciselés avec un cocktail de non-dit, de vrai/faux, de franchise/mensonge, érotisme/perversité mais aussi parfois de véritable tendresse, ont été un tsunami et feront vite d’Harold Pinter, un auteur célèbre en Europe. Mais cette pièce est difficile à mettre en scène. Créée au Théâtre du Chêne noir à Avignon en juillet dernier, elle est ici reprise avec Pierre Rochefort qui joue ici le rôle tenu à la création par son père, Jean. Sarah Biasini, celui de Delphine Seyrig et Hugo Jasienski, celui de Bernard Fresson.
Mais le résultat n’est pas à la hauteur. D’abord, il y a un mauvais rapport entre ce plateau trop haut et la salle trop large et plate. Et on ne comprend pas comment on a pu concevoir une scénographie comme celle-ci, avec un gros pouf rond et une table ronde nappée d’un tissu façon années soixante d’une rare laideur, reprenant les sinusoïdes colorées du mur percé d’une fenêtre ronde: cela fait quand même beaucoup de ronds!
Et ces meubles encombrants gênent la circulation des acteurs. Sarah Biasini a une belle présence mais Pierre Rochefort n’est vraiment pas à l’aise dans ce rôle difficile qui ne lui convient pas. Et il y a des intermèdes musicaux qui, même courts, freinent le rythme. L’ensemble ne fonctionne pas bien, malgré quelques bons moments au début et l’ennui guette.
Nous avons connu Thierry Harcourt mieux inspiré, entre autres, avec ces remarquables Liaisons dangereuses d’après Choderlos de Laclos (voir Le Théâtre du Blog). Dommage, Harold Pinter mérite autre chose que cette direction d’acteurs approximative et quand on relit L’Amant, soixante-trois ans après sa création, le texte garde toute sa force. Ce n’est pas si fréquent dans le théâtre contemporain…
Jusqu’au 4 juillet, Théâtre de Paris, 15 rue Blanche, Paris (IX ème). T. : 01 86 47 72 49.










