L’Énergie vagabonde, quatre soirée en voyage avec Sylvain Tesson

L’Énergie vagabonde, quatre soirée en voyage avec Sylvain Tesson


Philippe Tesson, le directeur du Théâtre de Poche-Montparnasse, dans un texte distribué au public hausse le ton et avec raison: «Le théâtre français va à sa faillite. Au terme de longues négociations entre le Pouvoir et nos courageux représentants, des compensations nous ont été accordées, mais tardives, contradictoires ou maladroites, comme, entre autres, la distanciation entre les spectateurs. Pourquoi ce qui est valable pour les transports, ne l’est-il pas pour les salles de théâtre ?  »

Aujourd’hui, celui qui va dans une salle aujourd’hui fait presque acte de résistance, il faut l’inciter et le rassurer. Pour une de ces premières soirées, devant une salle remplie à 70 % selon les normes sanitaires,  Sylvain Tesson fils de Philippe Tesson, nous fait partager ici sa perpétuelle envie de voyage dont il nous parle dans ses livres. Une adaptation de Dans les Forêts de Sibérie qui avait déjà été mise en scène et interprétée par William Mesguich au Théâtre de la Huchette avant la crise sanitaire, sera bientôt reprise ici.

9782266178747Cette «énergie vagabonde » le transporte dans les coins les plus reculés du monde: « Toute source d’énergie se dégrade en même temps qu’elle rayonne. Tout principe vital s’affaiblit quand il agit. Ce qu’il donne, il se le retire lui-même. Chaque plante qui croît, chaque gosse qui tète, c’est de l’hydrogène ponctionnée dans la masse solaire. Cette dégradation irréversible s’appelle l’entropie. L’entropie du vagabond: il vieillit à chaque kilomètre. Irréparablement. Et plus il gagne de l’espace, et plus il perd un peu du précieux temps qu’il lui reste à vivre. Un kilomètre arraché à ce foutu plateau de l’Oustiourt, c’est quelques calories semées sur la steppe stérile et dont jamais, jamais, jamais je ne récolterai le fruit.  »
Il fait référence à des écrivains-voyageurs comme Nicolas Bouvier mais aussi à Marcel Proust et Jean-Jacques Rousseau.
Une passion  communicative : c’est beau d’écouter un de ceux  à qui ne suffit pas le quotidien de la vie urbaine. Surtout en ces temps de contraintes sanitaires. Allez au Théâtre de Poche, ce village « d’irréductibles Gaulois» qui met en priorité la culture et l’humanisme dans sa programmation. Cet ancien café situé au bout d’une impasse est vite devenu un théâtre historique avec, au départ seulement quelque soixante places… C’était il y a déjà quatre-vingt sept ans! Furent notamment créés ici : le premier spectacle de Jean Vilar avec Veuve d’Henri Becque, Orage d’August Strindberg et Césaire Jean Schlumberger mais aussi Le Mal court de Jacques Audiberti ou plus tard Naïves hirondelles de Roland Dubillard, etc. Les habitués du lieu sont sortis heureux de cette soirée sensible et raffinée…

Jean Couturier

L’Énergie vagabonde, les lundi 7, 14, 21 et 28 septembre;  Dans les forêts de Sibérie, les lundis à partir du 5 octobre, au Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, Paris (VI ème). T. : 01 45 44 50 21.

Eloge de l’énergie vagabonde est publié chez Pocket.

 


Archive de l'auteur

Britannicus, de Jean Racine, mise en scène de Robin Renucci

Britannicus, de Jean Racine, mise en scène de Robin Renucci

Le centre de son projet, de son métier : un théâtre populaire; « élitaire pour tous », disait Antoine Vitez. Robin Renucci, avec les Tréteaux de France-Centre Dramatique National itinérant, tient le pari : « Jouer partout, et ne jamais sous-estimer l’intelligence du public. » Ce Britannicus d’un Racine considéré comme difficile, loin de nous, et au mieux,  scolaire,  le metteur en scène va tout faire pour le rendre proche. D’abord sous le chapiteau, grâce à la proximité avec les acteurs. Chaque spectateur reçoit, avec son billet, le nom d’un personnage. Le comédien qui le porte sera son guide pour entrer dans le spectacle, d’abord avec un prologue assez humoristique en alexandrins.  Il nous rappelle que, malgré sa pompe, le rythme  de ce vers est bien ancré dans la langue française comme naguère, à la banque  la pancarte: « Veuillez attendre ici qu’un guichet se libère ».

 

© Sygrid Colomiès

© Sygrid Colomiès

Ensuite, droit au but. Une  mise en scène très carrée, à plusieurs sens du terme : un tapis frappé d’une image de mosaïque illustre la grandeur antique, et cela suffira pour évoquer l’empire romain (ou un palais grec). Et à chaque coin, une entrée : du côté de chez Néron, où veille Agrippine dès la première scène, du côté de celle-ci, qu’elle aimerait plus proche de la chambre de son fils, celle qu’emprunte Britannicus avec Narcisse, son confident mal choisi, et enfin la chambre d’Octavie, épouse si délaissée qu’on ne la verra jamais, où parfois se réfugie Junie, la fiancée de Britannicus convoitée par Néron.

Le ring est en place et le combat va pouvoir commencer. Une lutte pour le pouvoir… Racine nous rappelle que, sous sa forme la plus primitive, ce pouvoir se prend dans le sang et par la capture des femmes. Une action simple : la vieille reine Agrippine, pas si vieille que ça, est supplantée par Néron,  son fils, le jeune mâle qu’elle a placé sur le trône avec l’intention de le téléguider. Mais il affirmera sa préséance en enlevant la fiancée d’un mâle plus légitime et plus faible, Britannicus. Mais pas encore très sûr de lui, il plie une fois encore devant sa mère. L’affranchi Narcisse le manipule et le pousse au pire, contre le ministre vertueux Burrhus qui croit à l’État, et non aux pulsions du désir. Tout le monde peut comprendre de quoi il retourne, même si quelques tirades échappent un peu au spectateur, d’autant que c’est joué tambour battant.

Costumes  contemporains, bien pensés ; on savourera particulièrement Néron en rock star bling bling et Agrippine en pantalons à la fois tape-à-l’œil et commode pour la célérité des renversements politiques et familiaux, face à un Burrhus  en costume sévère d’un marron désolant et à un Narcisse en blouson de voyou décomplexé qui se fait discret pour agir plus sûrement.

Revendiquée  comme une série théâtrale et politique, chaque acte formant un épisode, la tragédie n’en est pas pour autant dénaturée : inutile que « les dieux aveuglent ceux qu’ils veulent perdre », les personnages s’en chargent bien tous seuls ! Agrippine qui fut si intelligente pour conquérir le pouvoir, s’aveugle obstinément en s’y accrochant et fait tous les mauvais choix. Néron, comme dirait son confrère Oreste dans Andromaque, se « livre en aveugle au destin qui (l’) entraîne », marchant sur la voie du crime. Britannicus n’a contre lui que sa naïveté. Junie, lucide malgré sa jeunesse, et donc malheureuse, est seule droite dans ce monde de retournements de vestes et lâchetés.

Les comédiens ont répété masqués et jouent aussi masqués, ce qui les contraint à hausser la voix et l’articulation, concentrant encore davantage la force de la parole. Et cela fonctionne au mieux : on ne perd rien, ou presque, du texte.  Les corps, tendus dans une énergie permanente,  jouent directement les conflits, les attirances, les contradictions. Coup de chapeau à la troupe et mention spéciale à Nadine Darmon en Agrippine. Voilà un Britannicus puissant, intelligent, sans fioritures et qui met en valeur l’humour cynique de Racine.

« J’ai été sidéré de voir un groupe de gamins de onze ou douze ans médusés devant Britannicus, dit Nicolas Cook, le directeur de l’île de loisirs de Cergy qui a reçu les Tréteaux de France, pendant deux heures d’alexandrins, ils n’ont pas bougé, ils étaient fascinés ! A la fin, ils ont applaudi comme des fous !  « Il ne faut pas oublier que dans le mot : loisirs , il n’y a pas que le sport. Depuis quatre ans, le théâtre sur notre « Île »marche de mieux en mieux, par le bouche à oreille. Pour Le premier homme, un spectateur s’est étonné d’avoir été captivé par un comédien lisant un livre. Mais d’Albert Camus et lu par Robin Renucci, un grand acteur populaire ! Et c’est l’histoire d’un homme comme tout le monde, pauvre, qui s’en sort par l’école.
Pour Bérénice, l’année dernière, on entendait jouer du djembé à cinquante mètres  du chapiteau. Parfois gênant, mais parfois aussi raccord avec la pièce. C’est ça aussi, le théâtre vivant ».

Christine Friedel

Conversation avec  Robin Renucci

Le metteur en scène fait bilan de ces étapes : « L’Île de France fête le théâtre ne constitue pas tout le travail d’une saison des Tréteaux de France, loin de là. C’est déjà un programme riche : nous présentions, outre Britannicus,  Le Premier Homme d’Albert Camus, que je lis avec le grand violoniste Bertrand Cervera, et  Faire forêt – variations Bartleby de Simon Grangeat, mise en scène par Solenn Goix. Mais aussi deux spectacles pour les enfants, Venavi, de Rodrigue Norman mis en scène par Olivier Letellier, un fidèle compagnon et Frissons de Magali Mougel et Johanny Bert, avec qui nous travaillons régulièrement. Et puis des petites formes en extérieur, dont La Boîte, une sorte de confessionnal où un acteur dit un texte pour un auditeur.
Ce n’est pas  le moins important : au milieu des maillots de bain et des pique-niques, les gens viennent écouter de la poésie, sans timidité. Puis ils s’enhardissent et viennent participer aux ateliers : gratuits, et ça compte : le public des Îles de loisirs n’a pas les moyens de partir, ce sont ses vacances. Et La Boîte,  en les invitant à découvrir le théâtre et la poésie, en fait partie. Certains reviennent le lendemain. C’est le vrai sens du loisir : du temps pour soi, pour s’élever ».

Les comédiens des Tréteaux prennent en charge les huit ateliers qui accompagnent les spectacles : initiation au théâtre, à la philosophie, à l’art du clown, à la lecture à voix haute, aux jeux d’ombres, au débat et à la rhétorique : Pro et contra,  un atelier inédit « parents-enfants » et même, conduit par Robin Renucci,,  un atelier de danses populaires collectives. « C’est très important pour moi, à côté de mon amour de la langue, ces voyelles, ces consonnes qui font de nous des hommes et que le masque force à porter haut. Mais le mouvement, c’est ma formation à l’école Jacques Lecoq. Danser pour le plaisir de bouger ensemble, s’approprier les rythmes : ça fait tache d’huile, tout le monde s’y met ! »

Une façon festive, joyeuse, d’entrer dans le théâtre. Ces ateliers forment de futurs spectateurs, mais surtout contribuent à la formation, à l’épanouissement des personnalités, renouant avec un projet d’éducation populaire : « Nous ne l’avons jamais lâché dit-il, et comme metteur en scène, je ne cherche pas à sidérer le public. Les spectacles de nos saisons sont bâtis autour d’une thématique : l’asservissement, la famille chez Strindberg et Molière. L’argent et les catastrophes de la financiarisation de l’économie avec Le Faiseur de Balzac, ou L’Avaleur. L’exploitation de l’homme par l’homme, mais aussi de la nature par l’homme avec La Guerre des Salamandres….
Notre prochain spectacle, Oblomov, d’après Gontcharov, posera la question du temps, notre temps que l’on tue, qu‘on nous vole, qui s’arrête… Nous avons la chance de pouvoir jouer partout, et beaucoup : notre Centre dramatique  est itinérant, donc nous n’avons pas sur les épaules la gestion d’un bâtiment, cela nous permet de mettre tous nos moyens sur notre projet artistique ».

Inséparable, on l’a vu du projet d’éducation populaire. Cet été, l’ARIA (Association des Rencontres Internationales Artistiques), dirigé par Robin Renucci n’a pas pu organiser ses stages de création en Corse. Un mois à vivre ensemble, travailler, mettre en scène, jouer, manger ensemble : la crise sanitaire l’a interdit. Mais le théâtre était quand même là, en juillet et août. Des compagnies ont été invitées à jouer et à donner des ateliers, au jour le jour, à un public « distancié » mais passionné.

Passionné : le mot de la fin, parce qu’on n’en finit pas avec le théâtre. Mot auquel il faut ajouter celui d’intelligence, au vieux sens de  complicité  parce qu’il n’y a pas de théâtre sans public et sans intelligence : soit  une analyse du monde partagée.

Ch. F.

Une adaptation par Nicolas Kerzenbaum d’Oblomov d’Ivan Gontcharov, sera créée au Centre Dramatique National de Dijon (Côte-d’Or), du 29 septembre au 3 octobre.

Tournée générale (festival dans les cafés du XIIème arrondissement de Paris

Tournée générale (deuxième édition) dans les cafés du XII ème arrondissement de Paris

 

Après une première édition lancée en quelques semaines l’an dernier et programmée lors du week-end de l’Ascension, un rendez-vous a été  à nouveau donné en 2020, reporté toutefois de juin à septembre en raison des mesures sanitaires. Même si masques et distanciation seront de rigueur, rien n’entache l’énergie d’Anaïs Héluin et de son équipe. Les patrons de bistrot qui se sont ont engagés dans cette aventure savent qu’une clientèle de curieux ne nuira pas à leurs affaires. Mais la plupart donnent plutôt dans l’envie d’offrir à leur quartier un moment impromptu de convivialité, le XIIème arrondissement n’étant pas vraiment le sommet parisien du fun. Nouant au fil des mois une fidélité avec certains d’entre eux (Le Satellite, le Bistrot de Juliette ou Le Bon coin), l’équipe du festival a su convaincre de nouveaux venus, comme Le Royal Daumesnil, le Payuss, le Petit relais ou encore Le Pays de Vannes.

 Une fois dessiné l’itinéraire, que peut-on attendre d’un « festival d’art en bars » ? Anaïs Héluin l’affirme : un laboratoire de formes légères (conférence, magie, récit,  concert, théâtre), la découverte de formes artistiques hybrides, dans un esprit de convivialité et de détente. Et surtout une proximité incomparable avec les artistes. Sans oublier une passerelle bienvenue entre la rue et le comptoir… Malgré la modestie des espaces, l’équipe mise sur la création. Anaïs Héluin a ainsi passé commande à Dieudonné Niangouna pour une performance, seul au bar. Il a relevé le défi avec De ce côté qu’il jouera  ensuite en salle. Morgane Audoin, elle,  prépare un spectacle déambulatoire dans la rue  entre Le Bon Coin et Le Satellite, pour entraîner le public d’une terrasse de café à l’autre.

© Anaïs Héluin

© Anaïs Héluin

Des artistes ont fait des propositions, comme Vanasay Khamphommaia, performeur et ex-dramaturge de Jacques Vincey, qui a fondé sa propre compagnie Läpsus Chevelü. Avec un titre d’autant plus coquin : Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre  qu’il est proposé à un seul spectateur (sur réservation). Les patrons de bars n’ont pas froid aux yeux… Mais il y aura aussi des Conversations de comptoir, notamment avec le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat et le professeur d’histoire du théâtre Olivier Neveux. Elles  semblent plus sérieuses mais qui peut savoir ce qui surgira d’un rapprochement entre ces deux têtes chercheuses : le comptoir, lieu de pensée pour les temps actuels qui réclament solidarité et invention ?

Guillaume Clayssen qui avait proposé l’an dernier une brillante réflexion sur l’ivresse, est invité à revenir sur le thème du rêve… Arnaud Méthivier et Pierre-Marie Braye-Weppe, fondateurs du Festival des Arts Confinés, « deviseront en musique de la culture au XXIème siècle. À portée de zinc, la question de l’avenir des arts pose celle du monde d’après ». Et Du côté de la nouvelle magie, Yann Frisch mettra son talent avec les cartes à l’épreuve des comptoirs.

Le festival a déjà su créer une « famille » et on pourra retrouver, déjà présents l’an passé, Alexandre Pallu, Flavien Ramel et Guillaume Rouillard du groupe Texcoko. Mekkid reviendra aussi avec son blues profond, tendre et révolté.

Ces bars du XII ème seront bien, comme le souhaite Anaïs Héluin, « le lieu de la tentative et du galop d’essai de spectacles ». Seront ainsi accueillis en premières parties, des projets en cours d’écriture comme La Trouée de Cécile Morelle, fruit d’une enquête en milieu rural et un solo humoristique Légère digression d’Alexiane Torres. Tournée Générale développe aussi un travail de mise en valeur d’artistes installés dans le XIIème, avec une exposition du dessinateur Eric Kuntz, du peintre Christophe Tanguy et du photographe Patrick Bourgault. Et pour ouvrir le festival, le comédien et metteur en scène Olivier Balazuc célèbrera, avec Le Vin de Charles Baudelaire, l’ivresse des mots et des sens.

La première édition a permis d’affuter la réflexion sur la relation des artistes à leur environnement. « Avec ses codes, son langage particulier, le bar impose des formes ouvertes. Impossible d’y transposer des formes créées en salle sans les repenser, sans les mettre à l’épreuve du zinc et de la clientèle des lieux. Et sans demeurer ouvert à l’imprévu, à la perturbation ». Espaces intermédiaires entre l’art et la ville qui ouvrent un entre-deux à explorer par les curieux, dans ces cafés populaires, on parle souvent à la cantonade ou tout seul, ou on ne se parle pas du tout… Mais ce qui est fondamental est l’adresse. A chaque artiste de trouver son espace d’expression, la mesure de sa parole, le poids de ses mots. Des habitués se retrouvent  avec des nouveaux venus et cela peut créer un trouble. « Par moment, ça peut être magique, parfois cela crée des tensions, à la limite de la bagarre »…Les grandes institutions viendront peut-être piocher dans ce vivier de formes hybrides et d’essais de petits formats… Anaïs Héluin aborde sa deuxième édition avec confiance et a reçu le soutien de nouveaux partenaires, en particulier de la Ville de Paris…

Marie-Agnès Sevestre

Du 25 au 27 septembre et les 3 et 4 octobre. Gratuit, sans réservation . Programme détaillé et horaires : tourneegenerale.org Le Petit Relais, 95 rue Claude Decaen, Le Payuss, 77 rue Claude Decaen, Au Bon Coin, 40 avenue Claude Decaen, Le Royal Daumesnil, 216 avenue Daumesnil, Au Pays de Vannes, 34bis rue de Wattignies, Le Satellite, 19 rue Edouard Robert

 

 

 

 

 

 

 

Gangrène de Wadiaa Ferzly, traduit de l’arabe (Syrie) par Marguerite Gavillet Matar

Gangrène de Wadiaa Ferzly, traduit de l’arabe (Syrie) par Marguerite Gavillet-Matar


L’auteure (vingt-neuf ans) née à Damas a été diplômée de l’Institut supérieur d’art dramatique en 2015 et participa ensuite à différents ateliers en Syrie et au Liban et à celui du Royal Court à Londres. Installée à Berlin deux ans plus tard, elle a collaboré à l’atelier d’écriture de la fondation arabe pour l’art et la culture et travaille actuellement sur différentes créations en Allemagne.

 

Mosquée des Omeyades

Mosquée des Omeyades Photo X


Damas, 2015. Une famille déplacée loin des zones de combat. La mère, Amîra, quarante ans , employée de banque ans. Jihâd, mari d’Amîra, employé d’une société de communications, a le même âge. Houmâm, leur fils est un lycéen de dix-sept ans. Najouâ, la sœur d’Amîra, trente-cinq ans travaille est coiffeuse et esthéticienne. Tous loin de la maison qu’ils ont dû abandonner, mais que la mère continue à payer en cachette. « Cela va faire six mois qu’on est partis, dit le père, si on avait eu l’espoir que les choses s’arrangent, on serait retournés. Alors, cette histoire de prêt et de maison, tu peux te l’enlever de la tête ! Notre maison, y en a plus, elle est partie et envolée ! » Le père a perdu son travail  de surveillant car une caméra a enregistré une scène hautement compromettante pour le directeur de la société de communications, patron en train d’embrasser une employée : « Il m’a viré parce qu’à cause de moi la fille a eu honte devant les gars de la sécurité. » Houmâm sèche les cours, enchaîne les petits boulots et les vexations : « Et moi, j’ai un père qui ne m’adresse la parole que pour me couvrir de honte, que pour m’humilier. » Arbitraire, corruption et privations, la tension de la guerre imprègne le quotidien.

 Amîra, décrit ainsi sa voisine de trente-huit ans, Râghida, responsable d’une association caritative, mais soupçonnée de blanchiment d’argent : « Une femme comme Râghida mendiait de l’argent pour les déplacés en allant toutes les nuits dans un bar différent. Chaque fois avec un autre homme. Sans autre but que de jouer avec l’argent. Maintenant, en Europe, elle se la coule douce, tous frais payés, et touche cinq cents euros tous les mois. Alors qu’ici les gens sont vraiment dans le besoin et meurent mille fois par jour. Et tu me parles de Dieu, et Houmâma me parle de justice… »

 Quand son mari dit implorer le Tout-puissant, Amîra lui répond, ironique : « Mais oui, implore ton Dieu ! Sinon, il te saisira et te jettera dans la fournaise… Après tout ce qui est arrivé, tu crois encore qu’il y a un autre enfer que celui que nous vivons. Tu vois, en fait, il pourrait y avoir un enfer, mais pas pour punir les gens, juste pour nous faire changer d’ambiance, pour nous faire vivre quelque chose de différent, parce que sinon, on s’ennuierait, n’est-ce pas ? »

 Faut-il rester, s’accrocher à l’espoir de retourner un jour dans sa maison, ou s’endetter encore et prendre le dangereux chemin de l’exil ? Marie Elias commente cette pièce dont le titre Gangrène qui fait allusion à ce mal rongeant le corps, finit par le tuer et dont on ne réchappe que par l’amputation. C’est la première image de la pièce, celle de la gangrène qui atteint la jambe du père qui accepte d’être amputé pour survivre, d’après Najouâ. Ce corps malade est métaphorique de la situation fragile du pays atteint par la gangrène ; les personnages ne sombrent pas pour autant dans le tragique mais ont une volonté féroce de s’en sortir.

Quelle issue pour eux qui vivent et résistent malgré les échecs ? Face à la guerre, à la corruption et à la misère, faut-il choisir la mort, la fuite ou l’émigration ? Doit-on simplement s’adapter aux circonstances, quand on est démuni de tout ? Perdre son emploi, renoncer à un dédommagement pour le sang versé de Najouâ, la sœur cadette, renversée par un chauffeur de taxi en mal de vengeance. « La pièce n’a pas de héros, mais des antihéros, des personnages faibles qui supportent tant bien que mal leur situation et tentent juste de s’en sortir. L’émigration sera-t-elle la solution ?» Wadiaa Ferzly met en scène avec finesse la vie de ces Syriens, victimes de la guerre.

 Véronique Hotte

Editions L’Espace d’un instant, à l’initiative de Culture Partages et de la Maison d’Europe et d’Orient, avec le soutien du Centre national du Livre.

 

INDISPENSABLE ! Soirée partagée du 8 septembre

INDISPENSABLE ! Soirée partagée du 8 septembre

 

Le Printemps de la Danse arabe et June Events, deux évènements majeurs de la danse contemporaine à Paris, ont été annulés avant l’été. La danse a été d’autant plus touchée par l’épidémie qu’elle s’est fortement métissée, internationalisée depuis quelque vingt ans et nombreux sont les  danseurs étrangers qui n’ont pas pu rejoindre les répétitions. Pour renouer avec la création et le public, les deux évènements ont donc choisi de réunir ce qui pouvait être sauvé de leurs programmations respectives avec ce programme  joyeusement nommé INDISPENSABLE !

Photo X

Photo Patrick Berger/Ateliers de Paris

 En ouverture, à la Cartoucherie de Vincennes, Danya Hammoud avec Sérénités était son titre puis Nacera Belaza avec L’Onde. La chorégraphe libanaise n’a pas renoncé à son projet, d’abord intitulé Sérénités mais, bouleversée par l’explosion de Beyrouth qui a chamboulé la vie d’une de ses danseuses, elle a choisi de décaler son travail en laissant apparaître la cicatrice laissée par l’absence de Ghita Hachido. En scène avec son autre interprète, Yasmine Youcef, sur un plateau nu et sous un plein feu, signes d’un travail en cours, elle retrace par le verbe mais aussi par le corps, le chemin que devait emprunter ce spectacle. Deux années de travail dont on suit le vocabulaire corporel : le bassin, lieu de fertilité du corps, de survie aussi ; l’avancée, une main ouverte, une main en poing fermé ; le cri muet qui s’éternise. La métaphore qu’elle utilisait lors des répétitions à Uzès (se mettre/se remettre debout) semble prendre une couleur plus tragique et plus déterminante aujourd’hui…

Avec un engagement intense qu’on sent à la fois pensé et inconditionnel, avec la foi dans la solidité de sa relation à Yasmine, et dans le dénuement avoué d’un manque total de perspective sur le devenir de sa pièce, Danya Hammoud nous a tenus au creux de sa voix. Nous avons fait avec elles cette traversée, cette migration qu’elles évoquent, nous avons entendu le murmure des oiseaux et vu la présence des animaux, nous avons fait en imagination la procession de sortie de scène et questionné en nous-mêmes : le temps est-il danse ? Mais alors d’où surgit-elle ? Des fissures de la vie ?

Danya Hammoud devait créer cette pièce au Printemps de la danse arabe puis la jouer aux festivals d’Uzès et Montpellier : autant de rendez-vous manqués… L’avenir de ce travail est donc encore incertain. En reprendre la forme initiale? Garder un décalage puisqu’une expérience pareille ne peut que recomposer sa structure narrative ? Sans présager du devenir de la pièce, Danya Hammoud et Yasmine Youcef ont tenu à ouvrir pour nous leurs carnets de travail. Nous avons senti l’économie de leurs mots et de leurs gestes et leur tristesse tenue à distance. Elles nous ont ainsi transmis la trame sensorielle, l’architecture sensible du projet.

L ONDE (Nacera Belaza 2020)

Photo Patrick Berger/Ateliers de Paris

Elle est seule, puis elles seront trois et enfin cinq, les pieds campés dans un espace réduit, le haut du corps s’agitant par vagues, les bras levés au ciel. Ces figures tournoyantes, on le devine, exploreront indéfiniment la même gestuelle. Nacera Belaza, grâce à cette intensité dans la répétition, anime l’espace autour d’elle et de ses figures. Volonté de disparaître dans un maelström musical ? A l’intérieur d’un seul mouvement, combinant une extrême fixité au sol avec une grande volubilité aérienne, elle a renoncé pour toujours au récit. D’ailleurs on n’attend plus rien.

On imagine bien que ce interprètes sont à l’intérieur d’un monde qui leur appartient, et que, grâce à ce mouvement qui n’a ni début ni fin, elles atteindront une forme de conscience ou peut-être un vide en soi. Peut-être aussi font-elles le lien entre le visible, avec parfois quelques pâles éclats de lumière sur une main et l’invisible : le Temps ? l’Infini ?

Pièce après pièce, l’expérience chaque fois renouvelée, laisse perplexe : l’intensité de la répétition est source de liberté et peut-être de joie intérieure comme dans certaines pratiques soufies. Quant à la radicalité imposée par la chorégraphe, elle séduit mais peut  lasser… Des variations, dues à des ruptures musicales, entraînent un changement de composition dans le groupe. Tournoyante, tout autant que fixe, la danse avance alors vers quelque nirvana.

Cette recherche absolue de la disparition du moi, ne s’accommode d’aucun compromis avec l’espace qui l’entoure -il est pure conscience- ni d’aucune volonté de séduction. Les corps, exclus de la jouissance, sont assignés à la conquête d’un moi intérieur, soutenus par les pulsations démentes d’une musique rituelle. Nacera Belaza avance sur son chemin et le message est clair : le public reste à sa place,  témoin d’une expérience…. Le travail de création se poursuivra encore trois semaines. Il faudra revoir la pièce aboutie, dans trois semaines pour sa création au festival de Marseille les 29 et 30 octobre.

 Cette soirée très féminine à la Cartoucherie de Vincennes, réchauffée par un soleil de fin d’été, a redonné de l’élan à la saison chorégraphique stoppée net en mars. L’engagement de ces festivals à coopérer prouve que, dans l’intérêt des artistes, les institutions peuvent conjuguer solidarité et risque de la création. Et offrir aux artistes arrêtés dans leurs recherches la possibilité de reprendre le fil de leur travail. Une belle initiative, à saluer.

 Marie-Agnès Sevestre

 Festival INDISPENSABLE !

jeudi 10 septembre :
19h30 : Thomas Hauert If only à l’Atelier de Paris.

20h : Noé Soulier Passages à la Conciergerie, 2 boulevard du Palais, Paris (V ème).

21h : Florencia Demestri et Samuel Lefeuvre Glitch au Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie de Vincennes.

vendredi 11 septembre :

19h30 : Ondine Cloez Vacances vacance à l’Atelier de Paris, Cartoucherie de Vincennes.
 21h : Ayelen Parolin WEG au Théâtre de l’Aquarium.

 vendredi 11 et samedi 12 septembre :
 18h30 : Romain Bertet Underground au Parc Floral, route de la Pyramide, Bois de Vincennes.

 samedi 12 septembre ;

19h30 : Liz Santoro et Pierre Godard Tempéraments à l’Atelier de Paris

20h15 : Lotus Eddé-Khouri et Ch. Macé BAKSTRIT en plein air à la Cartoucherie de Vincennes.

21h : Carolyn Carlson Prologue & The Seventh man au Théâtre de l’Aquarium.

 dimanche 13 septembre :

14h30 : Ondine Cloez L’Art de conserver la santé, Jardin de l’Ecole du Breuil, route de la Pyramide, Bois de Vincennes.

15h : Gaëlle Bourges & Alice Roland Botanique des ruines, Jardin d’Agronomie tropicale, Bois de Vincennes.

18h30 : Filipe Lourenço Gouâl en plein air à la Cartoucherie de Vincennes.

 

 

 

 

Tous Azimuts à Dijon

Tous Azimuts à Dijon

 Ces Messieurs sérieux, Idem Collectif, Les Écorchés, les Encombrants et ARMO : ces compagnies dijonnaises se sont fédérées et ont choisi de faire leur rentrée ensemble après un long confinement. Le Jardin botanique de L’Arquebuse leur  a semblé être le lieu idéal pour ces trois jours de rencontres en plein air, avec un programme original. La Ville, qui consacre 25% de son budget à la Culture, leur a largement ouvert ce vaste parc municipal et a subventionné la manifestation. Les artistes ont mutualisé leur savoir-faire et leur matériel, mus par « le désir de créer en commun et de manière solidaire un événement où la diversité peut exister. En affirmant que leurs différences sont une force qui les unit. »

 Derrière le Muséum d’histoire naturelle et le Planétarium, dans les allées fleuries et sous les arbres centenaires, les promeneurs et les amateurs de théâtre ont pu, l’après-midi, assister à des répétitions, impromptus, chantiers de création… et  parler avec les artistes à la buvette ou autour d’une assiette bio. Le soir venu, on  était invité à une déambulation vers des espaces de jeu pour assister à de courts travaux:  les compagnies ne souhaitaient pas livrer des créations finies mais des formes ouvertes adaptées au lieu et aux circonstances…

 Des Etats Généraux sont venus compléter cette démarche généreuse, sous forme de tables rondes. Tous Azimuts rejoint ainsi le faisceau de démarches qui interrogent l’art et la Culture en ces temps de crise, comme ce même jour à la MC 93 de Bobigny et, en juillet, au Théâtre des Ilets de Montluçon (http://theatredublog.unblog.fr/2020/06/02/l). Les professionnels du spectacle  doivent en effet se poser les bonnes questions, sans attendre que les réponses tombent du ciel…

 Au détour de la roseraie, Antoine Lenoble à la batterie appelle à une répétition de Je suis Mohamed Ali de Dieudonné Niangouna, une pièce qui sera prochainement créée par la compagnie des Écorchés. Julien Barbazin dirige Benjamin Mba : c’est leur cinquième jour de travail et ils peaufinent les détails pour trouver les transitions entre le personnage de Mohamed Ali et  son interprète : un double jeu pour un seul acteur qui se projette dans la figure du boxeur… Ce travail de décryptage nous fait entrer dans la chair textuelle de l’auteur congolais, son style percutant et ses envolées lyriques, appuyés par le rythme de la batterie… Un vrai défi.

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Dansons sur nos Malheur en répétition © Mireille Davidovici

 Plus loin, Jérôme Thomas, le directeur d’ARMO : Atelier de Recherche en Manipulation d’Objets, établi à Dijon et reconnu compagnie à rayonnement national et international par le  Ministère de la Culture. Le maître-jongleur répète Dansons sur le malheur : «Un ballet pour deux jongleuses et des œufs… Des œufs pour symboliser notre planète sensible.» Gaëlle Cathelineau et Elena Carretero, légères et gracieuses, tournent et virent, dansent presque en déséquilibre. Jeux malicieux de mains gantées, jonglerie et escamotages de balles rondes ou ovoïdes.  “Marcher sur des œufs“, métaphore de l’urgence climatique,  demande une belle dextérité. La pièce, prometteuse verra le jour l’hiver prochain…

 Dans le fond du jardin, Ces Messieurs sérieux, une troupe dirigée par Renaud Diligent, a entamé les répétitions de La Vie des gens -le nom de cette compagnie rend hommage aux personnages du spectacle La Classe morte (1975), dessinés par son auteur et créateur Tadeusz Kantor- avec Sébastien Chabane, Nicolas Cartier et Anne-Gaelle Jourdain. Après La Ballade du tueur de conifères de Rebekka Kricheldorf  et  Dimanche napalm  du Québécois Sébastien David, le metteur en scène a adapté Enquête sur la vie des gens d’Hervé Blutsch en pièce radiophonique. Trois acteurs déjantés se livrent à des activités bizarres tout en assurant des reportages granguignolesques depuis un studio d’enregistrement de fortune… On reconnaît ici la pâte d’Hervé Blutsch dans cette recherche pour une prochaine création

Fabio Falzone TOUS Azimuts 9

Déambulation nocturne © Fabio Falzone

 La déambulation du soir rassemble les projets de cinq compagnies dont nous avons vu certaines répétant entre autres Dansons sur le malheur et La Vie des gens. Un cortège de spectateurs, encordés à un mètre de distance, traverse le parc, accueilli et guidé par Les Encombrants.  Étienne Grebot, en majordome autoritaire et caustique, à la tête de sa troupe, entend « rompre les frontières entre rue et salle, classique et contemporain » et pour cet événement, fait de gentils pieds de nez aux règles sanitaires, détourne le message du gouvernement en un chapelet de contrepèteries savoureuses.

Les acteurs s’adressent au public masqué et ponctuent le trajet d’extraits du provocant Discours à la Nation d’Ascanio Celestini. Un pamphlet caustique qui dénonce par l’absurde les aberrations de nos démocraties. Drôle et efficace, il s’en prend à tout un chacun et résonne opportunément en ces temps crise : « Vous voulez être différents ? Mais vous vous trompez. Mais vous les lisez les journaux ? Vous regardez la télé ? Tout le monde dit la même chose. Et celui qui dit un truc différent, celui qui s’occupe d’autre chose, disparaît. » (…) « Et puis je vous vois immobile derrière votre fenêtre fermée.. Nous sommes pareils. Déprimés et apeurés. (…) »

 Dans La Jongle des Mots, d’après l’œuvre de Christophe Tarkos, conception et mise en scène d’Aline Reviriaud, apporte un peu de poésie  à ce climat moqueur. « Je suis un poète qui défend la langue française. Contre sa dégénérescence. Je suis un poète qui sauve sa langue, en la faisant travailler, en la faisant vivre, en la faisant bouger. » disait Christophe Tarkos (1963-2004). Tenant de la poésie orale, l’écrivain marseillais trafiquait la langue et la détournait lors de performances mémorables. Sa critique de la belle prose prend la forme d’une « mastication verbale » et il développe le  concept de «  pâte-mot » : pour lui, un mot tout  seul, ça ne veut rien dire : ils naissent collés dans sa bouche… Et sortent drolatiques et impertinents. 

Aline Reviriaud a mis en scène son spectacle avec la complicité de Jérôme Thomas. En clown rêveur et  jongleur d’objets insolites il se fait acrobate pour répondre à l’acrobatie des mots qu’elle a choisis et qu’elle dits… Sous le regard interrogateur, « métaphysique », d’une petit chien savant, doux et malléable comme une peluche prénommé Socquette. Ce spectacle d’Idem Collectif, compagnie engagée sur des formes contemporaines croisant littérature, théâtre et danse, est conçu pour des bibliothèques, halls de théâtre, rue, dans l’esprit de Christophe Tarkos. Il devrait continuer à être joué en tournée.

 Enfin, Les Écorchés, dont nous avons vu les répétitions de Je suis Mohamed Ali l’après midi, nous offre une remarquable Nuit juste avant les forêts. Sous un glauque éclairage urbain, aux confins du parc, Julien Jobert balance d’un seul souffle le texte de Bernard-Marie Koltès. Sans autre appui de jeu que la  batterie lointaine d’Antoine Lenoble, comme un cœur qui s’emballe dans l’angoisse d’une nuit de pluie.

Malgré le froid qui est tombé, il nous entraîne dans une quête éperdue d’amour. Cet inconnu à la recherche d’une chambre ou d’autre chose, essaye de retenir un homme qui passe. Solitude face à une autre solitude, dans ce quartier où rôdent des « chasseurs de rats » ou de pédés, dans ces bars interlopes et dangereux. La Nuit juste avant les forêts est un blues urbain mais aussi une quête d’un coin d’herbe sous les arbres, pour respirer. Cette parole essoufflée s’adresse à nous derrière nos masques,  et nous dit tous les étouffements d’aujourd’hui, policiers, viraux, mentaux… Belle conclusion pour cette journée particulière.

 Tous Azimuts  est une réussite et on peut espérer avec ses organisateurs qu’il y aura une prochaine édition. Nous avons ce jour-là fait connaissance d’artistes engagés sur leur territoire et réunis pour changer leurs pratiques et présenter d’autres formes de dialogue avec le public. Et pour aussi, ne plus jouer la concurrence entre compagnies locales mais la complémentarité. Sans doute est-ce le prix à payer pour que le spectacle actuel trouve enfin un nouveau souffle.

 Mireille Davidovici

 Dijon le 5 septembre

 Dansons sur la malheur du 1er au 5 février tournée en Côte-d’Or avec Côté Cour; les 23 et 24 mars Cirque Jules Verne, Pôle National cirque et arts de la rue, Amiens ( Somme) ; le 14 avril, La Minoterie Dijon (Côte-d’Or) et le  14 mai Festival Cluny Danse.

 

 

 

La Récolte de Pavel Priajko, traduit du russe (Biélorussie) par Larissa Guillemet et Virginie Symaniec

La Récolte de Pavel Priajko, traduit du russe (Biélorussie) par Larissa Guillemet et Virginie Symaniec

CwkP5z5nUN0IvvOgzU1BvnaRH1D8ekEAwakZJWswGrQwvZYDMY67T31Ik-KHabfHAhbE0Dbo=s90omme s’impose à nous la situation politique actuelle en Biélorussie avec ses événements inquiétants, on constate aussi mais bien plus légèrement, que la saison royale des pommes a déjà  débuté une peu partout… Le dramaturge biélorusse Pavel Priajko a écrit en 2007 cette pièce qui appartient au courant du Nouveau Drame russe (avec Viripaiev, les Presniakov, Le Théâtre Libre de Minsk… Elle a été lue pour la première fois en 2011 au Théâtre du Rond-Point par le Théâtre national de Syldavie, dans le cadre des mardis midi, sous la direction de Dominique Dolmieu et créée quatre ans plus tard au Théâtre du Viaduc. Entre-temps, après une première lecture dans le cadre de l’Europe des théâtres 2012, la pièce a été aussi montée en 2013 au Théâtre du Pilier à Belfort par la compagnie du Rideau à sonnette.

Pommes-reinettes-dorées Une histoire de quatre jeunes gens aux prises concrètes avec une pommeraie -et l’image d’une célèbre cerisaie russe nous revient en mémoire- et il faut récolter les pommes avec précaution et les  déposer avec soin dans des caisses en bois. Mais les apprentis cueilleurs se montrent parfois bien maladroits et peuvent faire glisser les fruits d’une caisse…Ira, Liouba, Egor et Valeri viennent de la ville et se retrouvent en plein hiver pour cueillir des reinettes dorées. Ils semblent amoureux de la nature et très respectueux de cette variété fragile. Mais leur bêtise et leur incapacité à se servir de leurs mains vont bientôt transformer « tout ce qui, au départ, devait simplement relever de la simple sortie champêtre entre amis, en un véritable champ de ruines, où vont progressivement se révéler la violence sourde qui sous-tend leurs rapports, ainsi que le sentiment du marasme autour duquel s’organise réellement leur vie quotidienne. »

Malgré tous leurs efforts pour bien faire, ils agissent de plus en plus maladroitement et ne savent que mettre à mal cette pommeraie… «Une post-Cerisaie qui signe la fin d’un monde.» Cette pièce beckettienne mi-figue mi-raisin est révélatrice des failles humaines. « Dites, les gars, vous n’avez jamais bugné ou laissé tomber des pommes ? Essayez de vous en souvenir, s’il vous plaît, car la pomme talée commence à pourrir. Et s’il y en a une qui commence à pourrir, après, toutes les autres pourrissent, et alors là, elles ne se conservent pas longtemps. Elles ne passent pas l’hiver. » Souhaitons que la Biélorussie, elle, passe l’hiver, comme le souhaite son peuple libre…

 Véronique Hotte

 Editions L’Espace d’un instant – une coproduction de Culture Partages et de la Maison d’Europe et d’Orient.

 

Les Dodos par Le P’tit Cirk

ChapiteauxLes Dodos par Le P’tit Cirk, réalisation collective de et avec Alice Barraud, Pablo Escobar, Basile Forest, Christophe. Louison Lelarge et Charly Sanchez

Le P’Tit Cirk  fondé en 2004 fondé par Danielle Le Pierrès et Christophe Lelarge,  circassiens formés au C.N.A.C. de Châlons-sur-Marne. Ils ont travaillé avec les plus célèbres, entre autres:  Le Cirque du Soleil, Le Cirque Plume, Les Arts Sauts… Les Dodos  est la cinquième création de cette compagnie après Togenn (2005), Tok l’année suivante, Hirisinn (2013) et Eden ( 2016).

De gros oiseaux ridicules disparus en raison de leur handicap physique et incapables de voler sont condamnés à inventer des mécanismes dérisoires pour survivre. Les acteurs sont en ligne avec des guitares dont ils jouent et les alignent sur la tranche pour marcher dessus.Ils font des sauts périlleux périlleux pleins d’humour avec une grande maîtrise, et se livrent à des acrobaties musicales et physiques, montent des orchestres à étage, entassent les guitares. :  on tremble sans cesse pour eux. » Ils en sont donc là : »À lutter contre leur maladresse, À lutter contre leur lenteur, À lutter contre leur naïveté. Et c’est dans cet acharnement, Dans cette obligation de faire vite Contre cette fin qui leur pend au bec, Que vont naître par inadvertance des exploits tout aussi inutiles que sublimes. C’est alors que les dodos prennent conscience Que la solution à tous leurs problèmes est un rire.  Faire rire pour rallonger la vie. Lutter par un sourire. Les dodos vont essayer de s’organiser, devant vos yeux, pour survivre à leur besoins vitaux. »

Le P’tit Cirk allie une incontestable poésie physique et beaucoup d’humour. Au Monfort, il ouvre en beauté une saison réduite par le confinement.

Edith Rappoport

Le Monfort Théâtre, Espace Chapiteau jusqu’au 20 septembre à 19 h. T. : 01 56 08 33 83. 

Etat général 1 : Protocole artistique porté par un collectif de six femmes artistes

© HeleneHarder 18

© HeleneHarder 18

Etat général 1 : Protocole artistique porté par un collectif de six femmes artistes

Pendant le confinement, on a parfois subi, sur les réseaux sociaux, des créations d’artistes soucieux de manifester leur empathie et leurs talents inemployés mais aussi… leur présomption à nous manquer. Saluons la démarche de ce collectif resté au travail, en retrait, avec l’envie de refléter et prolonger ce qui était vécu, non pour en faire un spectacle, mais pour offrir au public une rencontre décalée, inhabituelle, et inventer avec lui des outils pour interroger ce que veut dire : « faire lien ».

 Ces femmes artistes ne se prennent ni pour des sociologues ni pour des philosophes, elles ont plutôt mis en commun leur envie de prendre le temps et d’interroger la situation, ce confinement permettant de s’abstraire de l’efficacité et de la rentabilité. Ce qui, à distance dans un premier temps, a abouti à une cooptation qui a stabilisé le groupe autour de Catherine Boscowitz, Adèle Gascuel, Fanny Gayard, Catherine Hargreaves, Perrine Mornay et Lucie Nicolas, en collaboration avec Fanny de Chaillé. Elles ont proposé à la MC 93 d’entrer dans le jeu, dans tous les sens du terme : en apportant la production de cette création artistique et en essuyant les plâtres de ce protocole artistique qu’elles comptent bien proposer ailleurs. Avant cela, le Collectif 12 de Mantes-la-Jolie, le T.U. de Nantes, le T.N.G. de Lyon, l’E.CA.M.  du Kremlin-Bicêtre, les Scènes Nationales de Brive/Tulle et de Chambéry leur ont offert d’accueillir des séquences préparatoires.

 De cette mise en commun, est né un jeu d’écritures transposé en jeu de pistes, pour une soixantaine de participants. En introduction, le collectif proposait une étonnante métaphore de l’anthropologue Anna Tsing de l’Université de Stanford : dans ses travaux sur les possibilités de vie dans les ruines du capitalisme, elle décrit les stratégies biologiques du fameux champignon japonais matsutake qui apparaît dans des paysages ruinés par l’activité humaine. Souvent souterrain, son comportement est collaboratif et  extensif.  Anna Tsing va plus loin et compare le cueilleur de champignons européen, fier de sa liberté et solitaire dans la forêt,  à un travailleur précaire, ubérisé et sans contrat de travail.   A partir de ces images, nous étions invités à explorer le « théâtre-forêt », soit les entrailles de la MC93 (salles de travail, couloirs, locaux techniques). Accueillis en petits groupes aléatoires, nous avons traversé des questionnements propres à l’«état général» de chacun,  personnel, professionnel, collectif… A chacun de suivre les consignes qu’il découvrait dans une enveloppe remise à l’accueil. Selon un chronométrage éliminant ainsi bavardages et digressions, nous avons été soumis à des exercices d’invention selon plusieurs thèmes pré-établis :   »organiser le campement », « sortir des sentiers battus », « habiter le temps », « chérir le précieux »….  Rien qui relève de la réflexion existentielle mais une invitation ferme à interroger le sens des mots, à sortir du cadre, à formuler une poésie du quotidien…

Nous étions invités à manifester par des jeux impromptus, par l’invention de récits, dans le plaisir du partage, tout ce qui ne se laisse pas traquer par des logiques de rentabilité. Ce protocole joyeux et collaboratif nous entraînait en douceur sur la piste d’une réflexion plus largement politique : que souhaiterions-nous  faire des liens qui nous unissent ? Quelles histoires n’ont-elles pas encore été racontées ? S’habitue-t-on à vivre dans des ruines ?

 Cette après-midi de septembre, on a manifestement tourné le dos à des Etats Généraux de la Culture qui ont prouvé à maintes occasions la dispersion gazeuse de la parole politique. Le collectif, avec cet « Etat Général », singulier mais duplicable, offre une vraie perspective de pensée sur ce qu’on peut inventer avec peu de moyens dans ces grosses machines culturelles, en imaginant d’autres perspectives à ces institutions subventionnées, et plus largement, en examinant l’importance du service public dans nos vies. Invitées à prendre la parole en fin de parcours, des personnalités issues de divers secteurs publics se sont exprimées : psychologue clinicienne, professeur des écoles, médecin du travail, fonctionnaire départementale… Leur présence et leur motivation professionnelle étaient réconfortantes mais l’amertume se faisait souvent jour quant aux désengagements successifs de l’Etat.  Ce soir-là, un appel à la vigilance s’élevait en phase avec les convictions du Collectif comme avec le travail très militant de la directrice Hortense Archambault et de son équipe, auprès de la population de Seine-Saint-Denis.

Pour autant on aurait apprécié qu’il y ait des voix discordantes, ou moins informées qui auraient donné davantage la mesure de l’éclatement du corps social et des pulsions contradictoires qui l’habitent. Derrière la grande paroi vitrée de la MC 93 , en ce dimanche ensoleillé, on voyait nombre de familles en promenade, des femmes voilées, des  jeunes en rodéo sur la roue arrière de leurs pétaradantes motos… Il reste encore du chemin à parcourir pour que ces moments de joyeuse poésie impromptue soient partagés au-delà d’un cercle de passionnés. « Sortir du cadre » n’est pas si facile…

 Marie-Agnès Sevestre

 Etat Général 1 vu le  5 septembre à la MC 93 de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

 Etat Général 2,  le 30 septembre, Comédie de Caen, 1 square du Théâtre, Hérouville-Saint-Clair ( Calvados). Horaire et lieu de rendez-vous sur le site de la Comédie de Caen.

 

Le Iench d’Eva Doumbia

Le Iench d’Eva Doumbia

A onze ans, Drissa, Français d’origine malienne, emménage dans un pavillon de province avec ses parents, sa sœur jumelle et son petit frère. Il aimerait que sa famille soit conforme aux images des publicités. Qu’il soit un jeune «normal»  mangeant du rôti le dimanche et sachant nager, qui ait le permis à dix-huit ans, le bac, un boulot l’été et qui va en boîte et a un chien, le iench. Mais parviendra-t-il à atteindre cette banalité et à échapper au rôle que la société assigne à un enfant de couleur ? L’auteure a un regard juste sur l’existence des minorités en mal d’intégration avec, en arrière-plan, la réalité des violences policières qui allument les feux de la révolte.

 Eva-Doumbia-okAuteure franco-ivoirienne et malienne, Eva Doumbia se forme à la mise en scène à l’Unité Nomade, après des études de lettres modernes et théâtrales. Elle crée à Marseille sa compagnie La Part du Pauvre, puis le festival Afropea à Elbœuf où elle vit maintenant. Elle met en scène ses propres textes et entre autres, ceux de Maryse Condé, Léonora Miano, Edward Bond, Alfred de Musset… Dans le prologue de cette pièce, Ramata, la sœur jumelle de Drissa mort violemment à dix-huit ans et héros malgré lui, parle avec Seydouba, le petit frère. L’univers du supermarché semble un des repères de cette petite ville régionale: «Dans la lumière éclatante des néons, soudain sa silhouette est là. Ombre rouge qui illumine les allées aseptisées du magasin. Les muscles des frangins bougent comme une danse… Seydouba et moi courons derrière l’ombre rouge… La capuche rouge de Drissa étale son sang sur la surface du magasin. Caddies et clients sanguinolents dans la lumière des néons blancs. »

 La sœur se penche sur leur passé familial récent…Un père travailleur et peu loquace, une mère au service de son mari à la maison, alors qu’elle est aussi employée à l’extérieur. Drissa, le jeune protagoniste disparu tragiquement et frère jumeau de Ramata, s’intègre mal dans cette vie normande : «Les voisins qui rechignent d’être des nôtres, notre négritude effaçant leur récent embourgeoisement. Je n’arrive pas à dormir dans ma nouvelle chambre. » L’adolescent aimerait qu’un chien complète le clan familial mais refus  de son père. «Cette nuit-là, je rêve ma blondeur chienne avec la détermination de mes onze ans. Une image noire en miroir de la télévision où quatre blonds sourient au travers de l’écran… »

 Le père dit ne faire que travailler, manger et regarder la télévision : « Depuis longtemps j’ai cessé de creuser les fondations d’une maison là-bas où je ne vivrai plus. Sur le sol rouge et sec que j’ai laissé pour suivre ce quelque chose qui n’existe pas. J’ai suivi ce quelque chose qui nous exile. Ce quelque chose que nous poursuivons quand nous prenons le bateau ou l’avion. Qui n’existe pas, cette chose que nous ne nommons pas. » Tu as construit ta maison ici, lui dit Maryama, sa femme, tes enfants sont ici, ils rient ici aux blagues d’ici, ils mangent à la cantine ici, jouent au ballon d’ici, tes enfants ne sacrifient pas le sang des animaux ni le lundi ni le vendredi ni aucun autre jour. Ils ne font pas la prière, ils écoutent la musique d’ici, ils ne comprennent pas : »njarabi mife » (je t’aime mon amour) de  la chanteuse malienne Oumou Sangaré. »

 Drissa dont les parents sont maliens, a pour amis Mandela, né en Haïti, fils adoptif d’enseignants blancs  qui ont divorcé et Karim, né en France mais qui a des grands-parents marocains. Mandela habitait Marseille avant de venir vivre avec sa mère en Normandie : il regrette ses copains de collège et le soleil chaud du Sud : « Je suis arrivé ici à la fin de l’été. La pluie grise s’est installée en moi… »Karim lui aussi avoue son désenchantement: « La mer n’est pas loin, mais on ne la voit pas. On ne la sent même pas. Ce qu’on respire ici, ce sont les usines, le béton. Et les champs, J’ai lu un jour le mot «rurbain». Zone rurbaine. Ici c’est une zone rurbaine. La chimie se mêle au fumier dont on engraisse la terre… Nos corps rurbains se meuvent dans le gris d’un air mutant. » 

 Le dialogue de Karim avec son père a aussi été difficile, voire impossible : il lui conseillait de ne pas épouser une fille qui soit allée à l’école. Mais Karim suggère à ce père intrusif qu’il n’épousera pas forcément une «blédarde». De plus, les filles souffrent d’être filles de leur père, avant d’être femmes de leur mari. Pour Karim, comme pour Drissa et Mandela: « Nous sommes le cliché des garçons noirs et arabes qui se battent à la sortie d’une boîte. Et la suite, on la connaît… » Il sent en France l’humiliation, même si n’existent pas des panneaux de ségrégation : «Le panneau est en nous, dans  nos cœurs et nos cerveaux. Ces panneaux, nous les avons appris, sans savoir que nous les apprenions. »

 Le chœur de la cité énumère, en alternance, la longue liste de jeunes gens de couleur, le plus souvent décédés sous les coups de la police, des années 2005 jusqu’en 2016 : « Les flics déboulent toutes sirènes hurlantes et les enfants ne comprennent pas. Ils courent, leurs cœurs affolés devant les chiens dressés à déchiqueter les corps fuyards. Les enfants n’ont pas appris pourquoi au fond de leur mémoire siège un nègre courant. Qui sera le prochain ? » Drissa, en un long monologue final, révèle qu’il aimerait mourir au pied des arbres immémoriaux du Mali : chênes, baobabs ou fromagers millénaires avec leurs troncs comparables à des épaules paternelles qui n’auraient pas su étreindre. Le jeune homme se couche sur l’humus avec le iench : «Ce pays est un corps malade. Il me demande à moi de me fondre en lui et me refuse la fonte à la fois… J’ai vu le corps malade de ce pays qui se rêve d’égalité tout en me refusant la fusion… Il ne pourrait pas nous fondre, ceux dont il a fait des hommes d’en bas… Ce pays comme une personne qui ment au monde… Vous me donnez des noms qu’ici je ne répéterai pas. Vos hurlements déchirent le calme de la forêt où la violence animale épouse indéfiniment la tranquillité végétale. Vos insultes précéderont les coups de vos poings sur ma peau. Ce sera ici ma fin. La prescience de rejoindre tant de coups abattus dans le silence. »

 Après cette mort injuste, la colère et la rage des jeunes gens s’accroissent et Ramata, la sœur fidèle, promet qu’elle ne se taira pas, illuminée d’une violence rouge : « Ils caillassent, brûlent , réduisent en poussière les enseignes, détritus, voitures, vitres, fenêtres, les P.M.I., Pôle Emploi, Sécu, C.A.F., Centres sociaux… » Vandalisme et destruction: les jeunes s’attaquent à leurs propres habitations, renversent les voitures installent des barricades pour une guérilla urbaine. Eva Doumbia, attentive à la parole radicale des jeunes gens de tous horizons, possède un verbe poétique, inventif et puissant qui suscite grandement l’intérêt du lecteur.

 Véronique Hotte

 La création de cette pièce dans la mise en scène de l’auteure  aura lieu au Centre Dramatique Normandie-Rouen à Rouen, du 6 au 10 octobre.
Tournée en France.

Editions Actes Sud-Papiers, 12,50 €. Disponible aussi en livre numérique.

 

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