Ionesco Suite, mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota

Ionesco Suite, mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota

 

Parole tenue : au studio de l’Espace Pierre Cardin réouvert (voir Le Théâtre du Blog), Emmanuel Demarcy-Mota et toute  l’équipe du Théâtre de la Ville ont invité le public, après quarante huit heures de folle veillée poétique, à trois soirées Ionesco. Un auteur qui ne lâche pas ce metteur en scène depuis le lycée et depuis 2004 quand il a adapté et mis en scène Rhinocéros: inanité du langage, vide des relations sociales, le tout sur fond de férocité et drôlerie… Et Ionesco n’y va pas avec le dos de la cuiller! Emmanuel Demarcy-Mota, non plus et il a raison. Ses neuf fidèles comédiens de différentes générations, se donnent tout entiers à ce montage de textes, lui-même acrobatique qu’il avait brillamment réalisé au Théâtre des Abbesses il y a quelques années (voir Le Théâtre du Blog). Dans une mise en scène simple et efficace : de leurs chaises, au « lointain » de la scène mais proche de nous :on est au Studio de l’Espace Pierre Cardin dans  un dispositif tri-frontal , les acteurs s’élancent pour jouer une scène de Jacques ou la soumission, de Délire à deux qu’ils interprètent à six, ou des extraits de La Cantatrice chauve  et bien sûr, de La Leçon  mais aussi des succulents Exercices de conversation et de diction française pour étudiants américains. Avec même peut-être une peu de l’Avenir est dans les œufs, le tout lié par une fête de mariage forcément parodique et catastrophique avec gâteau à la crème comme arme de guerre. Des gens affreux, sales et méchants.

 

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Ionesco suite
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On imagine ce qu’aurait pu donner une mise en scène à la Harold Pinter, digne, propre sur soi mais tout aussi drôle et cruelle. Mais ici, le choix du trop est le bon. Ça bouscule, ça secoue et le théâtre est là pour ça, dans un entrelacement subtil entre bonne soirée, franche rigolade et dérangement. Un trouble propre au théâtre d’Eugène Ionesco ! Tout d’un coup, on se souvient de Tsilla Chelton qui a tellement de fois joué Les Chaises ou du tout jeune Jean-Louis Trintignant dans Jacques ou la Soumission. Nous, les enfants d’alors, avions rapporté à la maison la chanson d’après boire, retrouvée avec délice : « Un ivrogne charmant/ chantait, à l’agonie/Je n’ai plus dix-huit ans/Mais tant pis, i, i, e. » Où l’on voit qu’il est bon d’emmener les enfants au théâtre.

On vous raconte cela pour que vous ayez envie d’aller voir Ionesco suite, mais on ne sait encore où les représentations auront lieu… Le spectacle conçu pour être joué partout, le sera effectivement. Cet exercice collectif où les acteurs vont au bout d’une clownerie féroce, a été, après sa Veillée, un premier cadeau du Théâtre de la Ville au public dé-confiné. Ce  travail dit l’importance du public. Pas en nombre puisque assis dans une petite salle, et «distancié » (enfin, pas trop…) mais regardant des acteurs bien présents, au jeu intensifié par la proximité du plateau. À théâtre vivant, public vivant. Tout le public était invité, ce que ne permet pas en général l’économie d’un lieu. Mais compte ici cette façon de dire en actes « Vous êtes chez vous ». Une façon, aussi, pour les gens de théâtre de laisser un peu de côté la tentation de l’arrogance. Et de (se) donner le plaisir des reprises, comme ce dernier week-end de juin consacré à Albert Camus.

Main tendue aux spectateurs privés de spectacle pendant trois mois : durant la première semaine de juillet, il y aura, pour tous et en famille, de belles reprises de pièces au tarif de dix euros seulement , dans le prolongement de cette première ouverture…

Christine Friedel

Théâtre de la Ville, Espace Pierre Cardin, avenue Gabriel, Paris (VIII ème). T. : 01 42 74 22 77. theatredelaville-paris.com


Archive de l'auteur

Que voir maintenant et cet été ?

Que voir maintenant et cet été ? (A suivre)

 Une interrogation que nous entendons souvent chez nos amis mais nous n’en savons guère plus qu’eux et chacun attend plutôt la rentrée. Comme vous le savez, tous les grands festivals pour des raisons sanitaires évidentes, ont été annulés. Restent quand même quelques autres manifestations… Vous trouverez bien à grappiller quelques spectacles et Le Théâtre du Blog vous tiendra régulièrement informés de l’actualité des spectacles dans toute la France et même, ce qui est exceptionnel, à Paris. On peut toujours rêver -surtout en ces temps de restrictions budgétaires)- mais il serait en effet grand temps que la capitale ait quelques grands théâtres ouverts pendant la période estivale. C’était le projet auquel tenait beaucoup Jérôme Savary quand il avait été nommé directeur du Théâtre National de Chaillot il y a déjà trente-deux ans mais il avait vite rétro-pédalé, vu le coût en termes d’emplois !

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Il y aura d’abord la vingtième édition du festival de Figeac dont Marcel Maréchal, récemment décédé, fut le directeur… Dans cette charmante petite ville du Lot, est né le grand Champollion et où vous pouvez y voir une œuvre de l’artiste américain conceptuel américain Joseph Kosuth (soixante-quinze ans) à qui on l’avait commandée pour célébrer le bicentenaire en 1991 de la naissance du grand égyptologue. La célébrissime pierre de Rosette (112 cms x 75 cms) exposée au British Museum à Londres comporte trois versions: en hiéroglyphes, en langue démotique égyptienne et en grec ancien d’un décret de Ptolémée V en 196 av. J. C. Ce qui a donné la clé pour déchiffrer les fameux hiéroglyphes… Et Joseph Kossuth a eu l’idée d’en faire un agrandissement en pierre noire et de l’encastrer dans le sol pavé d’une petite place moyenâgeuse. Sur le mur d’une maison, juste le titre de l’œuvre et de l’artiste… Une œuvre d’une rigueur absolue et de toute beauté. La vingtième édition de ce festival dirigé par Véronique Do aura bien lieu du 24 au 28 juillet mais avec un programme plus léger qui va être publié. Représentations seulement en plein air et avec certains des artistes invités. Reste, si on a bien compris, à obtenir l’autorisation définitive de la Préfecture du Lot…Mais alors, pourquoi Le Puy du Fou et pas Figeac? Informations et réservations:  : 05 65 38 28 08

 

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 Théâtre de la Ville-Espace Cardin à Paris: cinq spectacles tout public: une reprise des  Séparables (voir Le Théâtre du Blog) et d’Alice traverse le miroir de Fabrice Melquiot, Venavi ou pourquoi ma soeur ne va pas bien de Catherine Verlaguet, Udo complètement à l’Est de et par La Cordonnerie. Et une création de David Lescot J’ai trop d’amis. Tarif unique:  10 € et gratuité pour les moins de quatorze ans et le personnel soignant. Et aussi en juillet, des concerts dans le jardin, des consultations poétiques, musicales et dansées. Et en août, une académie Santé-Culture.

 

Le Festival Paris l’été aura lieu du  29 juillet au 2 août, des spectacles au lycée Jacques Decour (XVIII ème)

« Avec d’abord, A game of you de la compagnie flamande Ontroerend Goed dirigée par Alexander Devriendt et qu’on avait pu voir au festival d’Avignon. Une pièce de théâtre  sans public mais avec un jeu-promenade dans un labyrinthe… Gouâl, un spectacle de danse par la compagnie Filipe Lourenço où le chorégraphe veut sortir les danses traditionnelles maghrébines du folklore commercial. Mais aussi des lectures : Une lecture de Nos rues par Thomas Quillardet  et de Je ne serais pas arrivée  là si… par Judith Henry et Julie Gayet. Puis un spectacle du magicien Yann Frisch et J’ai trop peur de David Lescot.

Les Filles du Renard Pâle Photo X

Les Filles du Renard Pâle
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Du cirque en famille avec Clownstrum de Louis Arène et Lionel Lingelser ou avec  Instable de Nicolas Fraiseau. Cet acrobate joue avec un mât chinois auquel il réussit à donner une vie propre. Sans chercher à triompher de la gravité… Et il y aura aussi des équilibristes avec la compagnie des Filles du Renard Pâle. Il y a aura aussi des Concerts flottants, du Pont de l’Alma, jusqu’au pied de la BNF avec Dakhabrakha et Djazia Satour Programme détaillé en ligne à partir du 1er juillet; entrée libre mais sur réservation en ligne à partir du 8 juillet.

Le Théâtre de la Colline: reprise de Littoral, texte et mise en scène devenus rapidement cultes de Wajdi Mouawad.  « On a tous besoin d’un miracle. Vous, les vieux, vous l’avez eu votre miracle, il y a longtemps, puisque vous avez connu le pays avant la guerre, mais moi, je suis née dans les bombes, mais je suis sûre que la vie, c’est autre chose que des bombes, que ça peut être autre chose, mais je ne sais pas quoi…

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Du 7 au 18 juillet mais relâche les 12 et 14 juillet.Innovation! tarif unique à 15 € et 10 € pour les moins de trente ans, gratuité pour les lycéens. Billets à réserver avec le Pass culture à invitations@colline.fr sur présentation de la carte de scolarité.

  Paris OFF Festival au Théâtre 14

 Avec quinze propositions  du 13 au 18 juillet au Théâtre 14 et au Gymnase Auguste Renoir…dans le XIV ème. « L’annulation du Festival d’Avignon notamment va avoir des conséquences redoutables pour de nombreuses compagnies, disent  Mathieu Touzé et Édouard Chapot, les directeurs du Théâtre 14. Ce temps d’exposition est en effet primordial en terme de diffusion et de rencontres professionnelles. Devant cette situation,  nous avons proposé une solution concrète aux compagnies et aux équipes qui les accompagnent et nous avons voulons faire renaitre l’envie du public de retourner dans les salles. Ces spectacles qui étaient initialement programmés en Avignon: au Train bleu, à Artéphile, au Théâtre de l’Oulle, au 11, au Théâtre Transversal, et au Théâtre des Brunes, auront ainsi l’occasion d’être présentés plusieurs fois.  » Nous travaillons aussi à tout mettre en œuvre pour organiser la rencontre entre les artistes et les programmateurs. Avec des partenaires comme l’ADAMI, la Ville de Paris, la S.A.C.D. et des soutiens comme la Mairie du 14ème et l’ O.N.D.A. Sont, entre autres, programmés: La Cicatrice d’après La Cicatrice de Bruce Lowery, mise en scène de  Vincent Menjou-Cortes , avec Vincent Menjou-Cortès,  (à partir de douze  ans), Un seul en  scène-acte de contrition où sont convoqués  nos monstres du passé.

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Le Cas J © Simon Gosselin

Le cas Lucia J. (Un Feu dans sa tête) d’Eugène Durif, mise en scène d’Eric Lacascade (à partir de seize ans au Gymnase. Une pièce avec Karelle Prugnaud et Eugène Durif sur la relation entre l‘écrivain James Joyce et sa fille Lucia qui apprend la danse auprès de chorégraphes importants de son époque puis abandonne et tombe amoureuse du jeune Beckett, assistant de son père, qui la rejette. Elle sera soignée par de nombreux médecins dont Jung, puis internée définitivement. LE 32, Cabaret de curiosités, conception : La Big Bertha, Philippe d’Avilla et Ariane Carmin (à partir de dix  ans), musiques de Philippe d’Avilla et Ariane Carmin. Entre humour, danse, effeuillage burlesque, drag-queen, et chansons. Théâtre 14 avenue Marc Sangnier Paris ( XIV ème). T. : 01.45.45.49.77 contact@theatre14.fr

Prix libre et solidaire Réservation obligatoire www.theatre14.fr / 01.45.45.49.77 / billetterie@theatre14.fr Gymnase Auguste Renoir 207 rue Raymond Losserand 75014 Paris Métro Porte de Vanves Bus 59 / 85 Tram 3 – Porte de Vanves Velib : 14024 / 14122 / 14122et le Théâtre 14 20 avenue Marc Sangnier 75014 Paris Métro Porte de Vanves Bus 59/95 Tram 3 – Didot Velib: 14106 / 14122.

Le  Kiosque photo X

Le Kiosque photo X

Le Théâtre National de Nice, dirigé maintenant par Muriel Mayette-Holt, ancienne administratrice de la Comédie-Française, restera ouvert comme celui de Marseille, avec quelque trente-cinq lectures et spectacles en plein air et gratuits…  Un rendez-vous quotidien Promenade des Arts entre le 1er juillet et le 22 août, avec des artistes du territoire niçois qui viendront jouer avec le public et lui faire entendre de grands textes ou des mélodies connues ou à découvrir… Création le 1er juillet à 19 h de: Contes d’apéro avec Bande-annonce Goldoni, texte et mise en espace d’Édouard Signolet avec quatre des six comédiens de la troupe, d’après la trilogie des Aventures de Zelinda et Lindoro de Carlo Goldoni.

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L’abbaye vue d’avion ©studio-john-leroux

La Mousson d’été-Rencontres théâtrales internationales et Université d’été européenne aura aussi bien lieu à l’abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson du 21 au 27 août. La Mousson a inclus dans son dispositif une structure universitaire  des ateliers de recherche, ce qui permet à des étudiants, des enseignants et des professionnels d’échanger réflexions et d’expérimenter leurs intuitions sur un texte sous un angle théorique et pratique à la fois. Le matin de 9h 30 à 12h 30 et avec  cinq groupes de quinze  à vingt  personnes dirigés  respectivement par Jean-Pierre Ryngaert, responsable du programme pédagogique de l’Université d’été, Joseph Danan, Nathalie Fillion, Pascale Henry et Helena Tornero.

A partir de 14h, chaque jour, six auteurs et des espaces de rencontres entre les auteurs, leur traducteur, le public et les stagiaires de l’Université. Et de 16h à 17h 30 ont aussi lieu conférences, tables rondes et chaque jour à 13h, déjeuner informel avec un auteur.

Abbaye des Prémontrés, 9 rue Saint- Martin, 54700 Pont-à-Mousson du  21 au  27 août. T. : +33 0)3 83 81 20 22. festivaldelamousson@gmail.com www.meec.org/la-mousson-dete/universite-dete/

 

La Criée  photo X

Théâtre de La Criée photo X

 La Criée à Marseille, Théâtre National  restera donc lui aussi ouvert. Macha Makeieff avec le soutien de mécènes comme la compagnie maritime Marfret, offre déjà depuis le 8 juin et pendant l’été, des ateliers artistiques aux jeunes marseillais.Tous gratuits et proposés aux associations, aux écoles et collèges. «La fragilisation qui guette, dit Macha Makeieff,  ne sera pas seulement celle des institutions, compagnies, artistes et des techniciens du spectacle, elle aura été comme un trou noir pour les habitants en situation de précarité. Les enfants les plus pauvres de Marseille auront été coupés de toute approche de culture, littérature et art, et pour certains, aussi de langue. Cela aura été un coup d’arrêt et un douloureux abandon, un risque de décrochage scolaire et social. Le Théâtre doit être ce lieu républicain de la Culture dans la cité : il entrera dans leur vie, sera un repère, ils en sauront le chemin. »

Les enfants, adolescents et jeunes adultes pourront découvrir la Criée où auront lieu des ateliers de théâtre, poésie, langue, conte, danse, arts plastiques, éducation du goût… mais  aussi la machinerie scénique, les lumières, le jeu théâtral. « Un atelier philo permettra à chacun d’avoir une réflexion sur le sens de l’existence ». Mais il y aura aussi des échanges avec des artistes au parcours de fidélité et d’excellence dans ce théâtre comme Laurent Daycard, Lamine Diagne, Valérie Dufayet, Julie Villeneuve, Francis Coulaud, Geoffroy Rondeau, Marie-Jo Ordener… Le but: que ces jeunes s’approprient davantage la Criée comme lieu poétique et avec cette opération inédite, sera aussi offert un travail rémunéré aux artistes et régisseurs intermittents, au jeune personnel d’accueil. Ce qui,  actuellement et surtout à Marseille, n’est pas un luxe…

Service des Relations avec le Public: Julie Nancy-Ayache pour les associations, centres sociaux: 04 96 17 80 30 j.nancy-ayache@theatre-lacriee.com et Laura Abécassis pour les établissements scolaires: 04 96 17 80 21 l.abecassis@theatre-lacriee.com.

Fake © Christophe Raynaud de Lage

Fake © Christophe Raynaud de Lage

Festival Musica à Strasbourg du 17 septembre au 3 octobre dirigé par Stéphane Roth avec des créations musicales: Fake, adaptation d’Henrik Ibsen par Wilfried Wendling avec les percussions d’Abbi Patrix, et Anne Alvaro, Parvis de l’Opéra du Rhin, les 18, 19 et 20 septembre. Solveig (L’Attente), création mondiale d’après Peer Gynt d’Ibsen,mise en scène de Calixto Bieito, texte de Karl Ove Knausgaard, du 19 au 23 septembre, Opéra National du Rhin. Puis Encyclopédie de la parole, Suite n°4, création mondiale d’Ictus conçu et mis en scène par Joris Lacoste, musique de Pierre-Yves Mace, le 25 septembre et Aria da Capo, création de Séverine Chavrier du 30 septembre au 4 octobre, au Théâtre National de Strasbourg.

Festival Musica 1 place Dauphine 67100 Strasbourg, contact@festivalmusica.fr. T. : +33 (0)3 88 23 46 46 https://festivalmusica.fr

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Alpinisme-horizontal sur la plage en 2019: reconstruction de Notre-Dame
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Et petit rappel, Le festival Humour et Eau salée à Saint-Georges-de-Didonne (Charente-Maritime) sous la houlette de Denis Lecat dont nous vous avions déjà parlé en mai dernier. Il aura bien lieu mais dehors, du 1er au 7 août, sur le thème Musique et Bricolage. Avec entre autres, l’excellente Emma la clown (voir Le Théâtre du Blog),  Jazzigitos, etc. Mais aussi La Fanfare d’occasion, une troupe protéiforme réunissant musiciens, danseurs, comédiens…

136 boulevard de la Côte de Beauté, Saint-Georges de Didonne. T. : 05.46.06.87.98. (nombreux spectacles gratuits).crea@crea-sgd.org www.crea-sgd.org

Chapelle du Verbe Incarné Photo X

Chapelle du Verbe Incarné
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Radio TOMA Et enfin une dernière pour la route… Si le confinement ne vous pas rendu allergique aux écrans, vous pourrez, faute d’aller cette année à la Chapelle du Verbe Incarné haut lieu du Off à Avignon, vous connecter à Toma  20 :   » Si les Outremers ne peuvent venir à la Chapelle du Verbe Incarné, La Chapelle du Verbe Incarné ira aux Outremers ! » Un festival entièrement numérique (voir le Theâtre du blog)Nous vivons une époque moderne!  comme  Philippe Meyer concluait autrefois ses chroniques à France-Inter…

Programme complet et accès à Radio TOMA et à TOMA TV dès le 3 juillet.  www.verbeincarne.fr  

Philippe du Vignal

 

Livres et revues

Livres et revues

Jeu, Revue de théâtre n° 174

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Le nouveau numéro de cette publication québécoise trimestrielle, bien connue des gens du spectacle, comprend un dossier Jeunes publics. Ce qu’elle avait fait il y a déjà quatorze ans; depuis les choses ont quelque peu changé dans le monde du théâtre, encore que… semblent dire aussi ceux qui ont participé à ce numéro. Dans son éditorial, Raymond Bertin, le rédacteur en chef, souligne que : « La culture tend des ponts vers l’autre, offre des occasions de rassemblement qui soudent les communautés, fait circuler les fluides sensibles, tous horizons et générations confondues. Nous pouvons nous réjouir, au Québec, du bouillonnement créatif qui nous distingue. Mais la chaîne de création-production-diffusion des arts du spectacle vivant est fragile, maintenue par la passion des individus, dans une trop fréquente précarité. « 

Et ce dossier Jeunes publics en fait état à nouveau. Là-bas comme en France, chaque création d’une des nombreuses compagnies professionnelles du Québec tient parfois d’un petit miracle… Dans ce riche numéro comme toujours servi par une belle maquette signé folio & goretti, Michèle Chanonat, la responsable de ce dossier, témoigne dans un article très fouillé: les femmes, dit-elle, sont majoritaires dans le secteur Jeune public qui se porte bien et les compagnies de marionnettes comme celles de théâtre  sont souvent ambassadrices de son pays à l’étranger. Mais elle se demande: «Serait-ce parce que cela concerne les enfants, et, par conséquent, les femmes? Là-bas comme en Europe, sévit souvent, un curieuse malédiction : nombre d’entre elles sont reconnues comme de bonnes autrices ou metteuses en scène  mais les hommes tiennent à garder les postes de direction!

Ce que confirme dans une interview, Fabrice Melquiot, auteur et directeur d’Am Stram Gram, un théâtre pour enfance et la jeunesse à Genève. Il constate avec indignation qu’il y a bien des programmatrices de festivals en Europe mais que les grandes structures sont dirigées par des hommes et  que l’on délègue la programmation Jeunes publics aux chargées des relations publiques ou aux secrétaires!  Et Michèle Chanonat retrace le parcours de Fabrice Melquiot, auteur insatiable de quelque 80 pièces dont Perlino Comment en 2001 qui inaugura la collection Jeunesse de l’Arche éditeur ou Bouli Miro publié l’année suivante qui sera le premier spectacle Jeune public présenté à la Comédie-Française…

Dans Libérer l’enfance, Marie Fradette qui enseigne la littérature jeunesse à l’Université Laval, voit le théâtre pour jeune public inscrit « dans une société hyper-surveillée qui veut protéger l’enfant pour le mettre à l’abri des hostilités, mais qui a toujours tendance à l’idéaliser ». Elle évoque le cas de Suzanne Lebeau, auteure  maintenant bien connue en France, cofondatrice du Théâtre du Carrousel à Montréal. En 2006, elle avait l’impression de devoir toujours légitimer ce qu’elle faisait et trouve que l’on continue à perpétuer des images fausses sur le public d’enfants. Ils  ne sont pas innocents, dit-elle ni essentiellement heureux mais humains et moins formatés que les adultes… Et plus réceptifs à des spectacles aussi destinés à des adultes. Cet article est illustré de belles photos de Trois petites sœurs de Suzanne Lebeau, de Jusqu’au sang ou presque d’Annie Ranger et de L’Histoire d’un grillon enfermé dans un salon de Claude Gagnon.

©François-Xavier Goudreault

Trois petites sœurs ©François-Xavier Goudreault

Cyrille Planson, dans France: les grandes espérances, un article malheureusement en partie imprimé en blanc sur noir et en petits caractères, ce qui en rend la lecture difficile, regrette que le théâtre pour la jeunesse fasse figure de parent pauvre avec une production mal en point et une économie en grande précarité. Et que la création, malgré une percée du théâtre documentaire à partir de témoignages d’enfants, a du mal à se renouveler. Sans doute à cause d’un manque de formation dans l’enseignement théâtral en France qui devrait être fait par des metteurs en scène reconnus dans ce domaine. Et nombre de compagnies montent ce type de théâtre par choix négatif, ce qui n’arrange pas les choses… Et depuis les merveilleuses créations de Catherine Dasté dans les années 70, es choses piétinent toujours un demi-siècle après.

On ne peut citer tous les articles mais celui où Sophie Pouillot analyse la réception des spectacles par les enfants est tout à fait intéressant. Elle rappelle que les enseignants du primaire comme du secondaire, ont un rôle-clé dans cette histoire puisqu’ils choisissent les spectacles qu’ils feront voir à leurs élèves. Là aussi, elle met le doigt là où cela fait mal: sans initiation ni solide expérience, difficile que de jeunes spectateurs soient sensibles à des pièces dont leur enseignants auraient du mal à parler… Quelque soit le genre: un classique revisité, un texte contemporain qui tient plus de la fable, ou proche des arts plastiques et/ou de la danse, ou encore un dialogue de théâtre documentaire…  Comme s’ils avaient peur de ne pas être à la hauteur. Alors que lire un texte, et au besoin le décrypter, lire aussi des articles parus, voir déjà une représentation du spectacle où ils emmèneront leur élèves coûte un peu d’énergie mais rapporte gros.                    

Un numéro hautement recommandable.

Philippe du Vignal

Jeu est en vente en France dans les librairies théâtrales. Et distribution du Nouveau Monde, 30 rue Gay-Lussac, Paris (Vème). dnm@librairieduquebec.fr

Revue Frictions Hors série n° 9 Siwa plate-forme d’expérimentation

Nous avions déjà signalé  la parution de ce riche numéro spécial de la revue consacré à Siwa, une plate-forme d’échanges et d’expériences entre artiste et penseurs issus du Maghreb, du Machrek et de l’Occident. « L’idée de partage étant le principe de base comme on aura pu le constater, dit Jean-Pierre Han, le rédacteur en chef,  « lors des autres stations de Siwa à Paris, aux Ateliers Berthier de l’Odéon en 2008, aux Bouffes du Nord en 2010 à Vitry-sur-Seine en 2011 »(…) C’est du côté du festival d’Amman en Jordanie qu’il faut chercher les linéaments de l’aventure de Siwa. Quel autre objectif avait cet petites équipe (Yagoutha Belkacem, l’instigatrice de Siwa qu’elle dirige, un cadreur, un responsable son et un journaliste, moi en l’occurrence) à vouloir à faire un film en interviewant plus d’une vingtaine de participants, auteurs, artistes, intellectuels du monde arabe, tous présents à Amman. » Dont le grand metteur en scène irakien Haytem Abderrazak.thumb_resize_X520_eIH6Ok7WAmyiO8B6pio3iNwk3BcLJ3vYTnsd8wQH

Yagoutha Belkacem retrace le parcours d’un festival à Bagdad en 2009 donc en pleine guerre et où elle est retournée l’année suivante pour cette fois un festival international. Puis elle raconte l’expérience qu’elle a vécue à Redyef d’un travail théâtral depuis 2012 avec les habitants pauvres de cette ville minière de Tunisie, et avec notamment le metteur en scène François Tanguy. Ce laboratoire expérimental continue  à existe et à tisser des liens entre des artistes du Maghreb et d’Europe.

Le philosophe marocain Arafat Sadallah dans Siwa : une poétique de l’entrevue  raconte lui comment depuis le début de cette plateforme il y a donc treize ans, il a pu orienter et aiguiser ses questionnements théoriques concernant la représentation dans la pensée et l’art arabes. Il retrace aussi une aventure que fut un travail sur L’Orestie d’Eschyle avec Haytem Abderrazzaq, Célie Pauthe, directrice du Centre Dramatique National de Besançon,  Mokalled Rasem, metteur en scène irakien résidant en Belgique et l’anthropologue tunisien Youssef Sedik qui a traduit le texte en arabe. Un projet qui a avancé à travers des résidences à Besançon à la Fonderie du Théâtre du Radeau au Mans mais aussi à Bagdad. Et filmé par le metteur en scène polonais Janek Turkowski.

L'Orestie au C.D.N. de Besançon Photo X

L’Orestie au C.D.N. de Besançon Photo X

Youssef Seddik, philosophe et anthropologue islamologue,  parle du contexte où eut lieu cette expérience et rappelle la relation étroite que connut la Grèce homérique avec la Phénicie: Un bas relief au louvre représente Agamemnon se faisant initier au culte des Cabires, en grec ancien Κάβειροι, Kábeiroi, de Kabirim, « dieux puissants », divinités mineures objets d’un culte à mystères aux influences phéniciennes, devinrent protecteurs de la navigation Un mot rappelle-t-il qui a encore un usage généralisé dans le monde arabe au sens de grand fort ou puissant. Ce passionnant numéro est illustré d’un très beau portfolio de Lâm Duc Hiên qui a photographié les paysages et les habitants de l’Irak depuis 1991.

Ph. du V.

Frictions France 15 € et étranger : 18 €.
                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

 

La nouvelle saison du Théâtre de l’Odéon

La nouvelle saison du Théâtre de l’Odéon

 normal-crop-154x154-2130Dans son éditorial,  Stéphane Braunschweig, lucide, souligne d’emblée  le peu de poids que représente finalement le théâtre «face aux drames qui se sont joués dans les hôpitaux et les E.P.H.A.D. Et pourtant, c’est peu de dire que le théâtre nous a manqué: ce lieu où l’on aime se confiner volontairement et ensemble pour traverser les murs du réel. Quelle frustration pour tous les artistes qui n’ont pu présenter leur travail, pour tous les spectateurs qui attendaient de découvrir les sept spectacles que nous avons dû partiellement ou totalement annulés. Notre art est éphémère et nous vivons entourés de fantômes, mais pour que ces fantômes vivent, encore faut-il que des acteurs en chair et en os les aient inscrits dans nos mémoires comme d’intenses rémanences. Nous ne  pouvions nous résoudre à laisser errer tous ces fantômes sans mémoire du printemps 2020.»

Comme dans les autres théâtres, la saison 2019-2020 à l’Odéon est bien finie et ont été, si possible, reportés les spectacles qui avaient dû arrêtés comme La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, mise en scène d’Ivo van Hove (voir Le Théâtre du blog), ou annulés comme La Double Inconstance de Marivaux, mise en scène de Galin Stoev ou enfin Berlin mon garçon de Marie N Diaye par Stanislas Nordey. Les pièces de Christophe Honoré et Tiphaine Raffier ont aussi été annulées et priorité a été donnée à leurs nouvelles créations : Le Ciel de Nantes, une saga familiale et  autobiographique et pour la seconde, La Réponse des Hommes, un spectacle conçu un peu à la manière du  Décalogue de Kieslowski. Et Christiane Jatahy créera  Entre Chien et Loup, inspiré de Dogville, le film de Lars von Trier.

L’Odéon rouvrira donc en septembre, avec Iphigénie de Racine, notamment avec Sharif Andoura, Suzanne Aubert et Chloé Réjon. Pour Stéphane Braunschweig: « Peu à peu  s’est affirmée l’idée que reprendre comme si de rien n’était, ne serait ni souhaitable ni juste. Il m’a semblé que le théâtre pourrait être au contraire l’occasion de questionner cette expérience commune que nous avons vécue paradoxalement repliés sur nous-mêmes.  Cette pièce s’est imposée. On y voit la grande puissance mondiale grecque mise à l’arrêt par un phénomène mi-naturel, mi-divin: les vents sont tombés et l’armée, clouée en Aulide, ne peut faire voile vers Troie. Il y est question des sacrifices à faire pour que ça reparte, pour que les rois du monde continuent à exercer leur volonté de puissance : sacrifice de la jeunesse, sacrifice de l’étranger, sacrifice de ce qui nous relie, habitants d’une même terre. Faisons le pari, une fois encore, que les grands poètes, d’hier et d’aujourd’hui, nous aideront à nous orienter dans le présent. »

Après le succès des Démons l’an passé, Sylvain Creuzevault poursuivra ainsi son aventure avec Dostoïevski et créera Les Frères Karamazov et Le Grand Inquisiteur, une variation autour de la célèbre parabole d’Ivan Karamazov au cœur du roman. Nouvel artiste associé, le jeune auteur et metteur en scène britannique Alexander Zeldin qui avait mis en scène Love, montera Faith, Hope and Charity, dernier volet d’une trilogie consacrée à l’intimité en temps de crise. On pourra voir aussi Antoine et Cléopâtre, mise en scène de Célie Pauthe. Une pièce peu jouée au théâtre mais souvent adaptée au cinéma et celà dès 1906 ! Elle avait été montée par Tiago Rodrigues il y a quatre ans (voir Le Théâtre du Blog). « Leur union, aussi difficile soit-elle, apparaît comme la promesse ou le rêve -envers et contre tous les égoïsmes nationaux, envers et contre tous les replis sur soi- d’une planète commune.»

Stéphane Braunschweig, lui, avait décidé, avant la crise de monter Comme tu me veux une œuvre de Pirandello crée en 1930 à Milan. Elle aussi rarement jouée mais adaptée au cinéma avec Greta Garbo et Eric von Stroheim: cela se passe en 1929 entre nazisme montant à Berlin et fascisme vite triomphant en Vénétie. Et pour la première fois-et c’est rare dans un grand théâtre parisien- on pourra voir le travail avec une troupe panafricaine, du metteur en scène burkinabé Aristide Tarnagda qui présentera Que ta volonté soit Kin (Kin comme Kinshasa). Cette pièce de Sinzo Aanza, un auteur de trente ans qui vit et travaille dans la capitale de la République Démocratique du Congo, avait été créée dans des cours de maisons à Ouagadougou au festival Récréâtrales 2018.

Une riche saison où on a sans doute voulu un équilibre entre classiques et œuvres contemporaines mais sur laquelle plane toujours, comme sur tous les lieux de spectacle, la menace d’un retour de la pandémie. C’est bien en tout cas, un nouveau paysage théâtral qui va se dessiner en France: y aura-t-il le même public et surtout voudra-t-il fréquenter les salles de spectacles. En attenant, tout se passe comme si l’Elysée avec son cabinet noir qui semble prendre les décisions à la place du Ministre de la Culture, avait fait la part du feu, en privilégiant non l’aide aux compagnies mais l’existence des grandes structures qui vont avoir à concilier le retour de publics importants et le respect drastique des règles sanitaires. Ce que soulignait hier Emmanuel Demarcy Mota, le directeur du Théâtre de la Ville-Espace Cardin où des places ont été supprimées dans une salle à la jauge déjà limitée. *Et pourtant « Il n’y aura pas de demi-jauge, comme cela avait été imaginé précédemment », a dit Frank Riester, ministre de la Culture, il y a une semaine. Faudra-t-il porter un masque pour être admis dans la salle, alors qu’hier encore personne n’en portait mais qu’il était obligatoire d’en avoir un pour entrer dans le hall… mais où le directeur lui-même n’en portait pas! Comprenne qui pourra… Enfin les fabricants de gel hydro-alcoolique peuvent se réjouir: il coule à flots un peu partout dans Paris et même les stations de bus en sont équipées.  » Nous vivons une époque moderne », concluait autrefois Michel Meyer, à la fin de ses chroniques sur France-Inter.

Philippe du Vignal

Odéon-Théâtre de l’Europe 2 rue Corneille, Paris (VI ème), actuellement fermé. T:  01 44 85 40 40.£

*Le Théâtre de la Ville restera ouvert tout l’été avec en juillet, un programme de cinq spectacles tout public au tarif unique de 10 € et gratuit pour les moins de quatorze ans et le personnel soignant, des concerts sur la scène extérieure de l’Espace Cardin, des Consultations poétiques, musicales et dansées.
Et en août, une académie Santé-Culture sera ouverte au Théâtre de la Ville -Espace Cardin, dans le cadre du dispositif Vacances apprenantes.

 

La saison 2020/2021 au Théâtre national de la danse de Chaillot

La  saison 2020/2021 au Théâtre national de la danse de Chaillot

chaillot_saison2021_01 © Grégoire Korganow

© Grégoire Korganow

Didier Deschamps a évoqué avec nous la situation après le covid : «Puisque tout évolue dans le domaine sanitaire pour le spectacle, la règle est de s’adapter. Nous sommes prêts à mettre en œuvre les mesures règlementaires d’aujourd’hui, partout dans Chaillot. Mais des créations de la saison Africa 2020, dont le spectacle de Damien Jalet et Kohei Nawa, prévu en mars dernier, sont reportées à l’automne 21 et il a fallu décaler certaines dates : «Ma priorité est d’accompagner les artistes. Nous mettons à la disposition des compagnies les plateaux du théâtre avec toute la technique souhaitable à partir de septembre et sans celle-ci, dès juillet. Quelques répétitions seront ouvertes au public mais avec, au maximum, deux cents personnes, compte-tenu des mesures actuelles. »

La saison débutera le 15 octobre avec trente-cinq compagnies: soit quarante-huit chorégraphies avec quelque cinq cents artistes. Pour la première partie du programme: L’Instant d’avant, le public qui le souhaite, pourra venir avant et après certains spectacles. «Cet instant d’avant désigne l’état particulier des artistes juste avant leur entrée en scène. Il pose la question des rituels mis en œuvre. L’instant d’avant, c’est aussi la notion d’effondrement mais surtout celle de résilience : celui de l’instant d’après.» Avec sur ce thème, After de Tatiana Julien en février et Le Chant des ruines de Michèle Noiret, en mars.

«Le répertoire, second axe de cette rentrée, est un socle pour la création, a dit aussi Didier Deschamps» Ainsi Angelin Preljocaj s’empare du patrimoine avec une création à partir du Lac des cygnes en décembre et  Dominique Brun revisitera ensuite le répertoire de la danseuse Bronislava Nijinska, sœur du célèbre Nijinski. Et cette saison comme les autres, Chaillot invitera plusieurs créations étrangères : notamment les Italiens Salva Lombardo et Johan Inger avec Aterballetto. Puis deux compagnies indiennes seront accueillies  en novembre et décembre.
Et un spectacle très attendu, Gold shower naîtra d’un travail réalisé à la fois par François Chaignaud et Akaji Maro. Un autre programme autour de l’innovation technologique au service de la danse sera mené entre autres, par Bianca Li en novembre, puis Adrien M & Claire B le mois suivant et en janvier par Pontus Lidberg, chorégraphe, danseur et cinéaste qui est le directeur artistique du Danish Dance Theatre à Copenhague. Le programme Premier Pas, un  tremplin de professionnalisation pour jeunes danseurs, associera ensuite Nawal Lagraa, Aït Benalla et Abou Lagraa. Mais on pourra aussi découvrir d’autres spectacles dans la nouvelle brochure.  Didier Deschamps veut « faire entendre la voix de la danse» avec un colloque organisé dès septembre en collaboration avec le  SYNDEAC  et le 21 novembre, imaginée en collaboration avec News Tank Culture, aura lieu une journée de réflexion avec des chorégraphes, interprètes, directeurs de salle, d’école ou de ballets, professionnels ou simples observateurs. Ils seront invités à parler de l’avenir de la danse…
Cette journée coïncidera presque avec le centenaire de cette grande maison ! Le 11 novembre 1920, Firmin Gémier, acteur et metteur en scène très reconnu (1869-1933) inaugurait en effet le T.N.P. ,premier théâtre national populaire qu’il allait diriger en même temps que l’Odéon jusqu’à sa mort.  Jean Vilar, trente ans plus tard, se verra confier par Jeanne Laurent, la direction du T.N.P. avec le grand succès que l’on connait.

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, 1 place du Trocadéro, Paris (XVI ème) T. 01 53  65 31 00.

La Veillée du Théâtre de la Ville

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© Jean couturier

La  Veillée du Théâtre de la Ville

Quarante-huit heures de spectacle sur deux jours : une sacrée entreprise ! Emmanuel Demarcy-Mota a conçu ce programme Tenir parole pour signifier l’engagement de son théâtre qui a été ouvert au public dès le signal du déconfinement, le 22 juin à 16 heures.

Un pari réussi dans l’observance des règles sanitaires strictes édictées par le Gouvernement et qui, depuis, ont été assouplies. Restent l’incontournable lavage des mains au gel hydro-alcoolique et le port du masque à l’entrée. Puis le spectateur suit un circuit fléché au sol pour aller à sa place, ce qui permet une séparation des entrées et sorties. La distanciation physique est matérialisée par marquage et un auto-questionnaire covid-19 est proposé aux  spectateurs à l’Espace Pierre Cardin, comme au Théâtre des Abbesses.

Consignes sanitaires affichées et certains fauteuils condamnés: cela permet un placement libre des spectateurs soit seuls, soit côte à côte s’ils sont venus ensemble. Mais deux-cent quarante sièges seulement même si, depuis le 21 juin, l’obligation de demi-jauge est levée. Une fois assis, on peut retirer son masque et ne le remettre qu’à la sortie.

 Pour mettre en scène cette Veillée, le directeur du Théâtre de la Ville a respecté les diagonales et géré les lignes sur le plateau, pour maintenir les distances entre les quelque vingt-cinq artistes qu’il a accueilli. Emmanuel Demarcy-Mota a introduit ce programme non-stop préparé en quelques jours, pour pallier au mieux les quarante-huit spectacles annulés depuis mars : «Nous avons essayé d’inventer autre chose, nous n’avons pas voulu faire un spectacle mais une veillée pour les morts et les vivants. »  La soirée réunit une centaine d’artistes et techniciens et s’articule autour des Confessions poétiques réalisées au téléphone pendant le confinement, par des acteurs, engagés à cet effet. Avec aussi des soignants, danseurs de l’Opéra, chanteurs soit: quatre-vingt dix intervenants qui ont appelé près de 6. 500 personnes. Des conversations intimes menées sur rendez vous, en une vingtaine de langues : français, anglais mais aussi chinois, lingala, swahili, espagnol…

ob_c07b57_comediens Les comédiens ont puisé parmi ces échanges enregistrés, les ont réécrits et les restituent en trois tableaux d’une heure chacun, mis en scène par Emmanuel Demarcy-Mota. On peut ainsi entendre une polyphonie de paroles venues de partout. Enfants, vieilles personnes, jeunes gens, pères ou mères de famille se sont entretenus avec les acteurs et certains ont livré leurs sentiments les plus intimes:  colère, tristesse ou résignation mais aussi inquiétude pour l’avenir mais aussi leurs rêveries. En résonance avec les textes des écrivains proposés par ces consultants en fonction de la relation établie. Des paroles du quotidien, des parlers locaux et des langues étrangères s’entrecroisent. « J’ai pris du temps pour habiter chez moi  » dit un menuisier. Un enfant voudrait « devenir minuscule pour aller voir son poisson rouge dans son bocal » et une aveugle raconte son périple à travers la ville désertée et ses lectures en braille. A une femme malade, une comédienne récite:  Je voudrais pas crever de Boris Vian. La poésie sous toutes ses formes est au rendez-vous : on entend Les Amoureux du quatrième étage, une chanson coquine de Jean-Claude Deret auteur et scénariste( 1920-2016) père de Zabou Breitman, un poème érotique de Ghérasim Luca ou un autre, métaphysique d’Henri Michaux et, en leit-motiv, ces mots de Marcel Proust : « Dans le ciel férié,  flânait longuement un nuage oisif  », signe de ces mois vides pour certains, pleins pour d’autres, mais jamais indifférents… Une plongée dans l’air du temps.

Mireille, quatre-vingt huit ans, connaît par cœur la plupart des fables de La Fontaine et dit Le Lièvre et les Grenouilles qui résonne étrangement aujourd’hui : « Lièvre en son gîte songeait/ (Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ?) / Dans un profond ennui, ce Lièvre se plongeait :/ Cet animal est triste et la crainte le ronge./ « Les gens de naturel peureux /Sont, disait-il, bien malheureux … “ »  De même, nous interpelle ce monologue prémonitoire  qui ouvre Jeux de Massacre (1970) d’Eugène Ionesco qui clôt le premier temps de cette veillée. En chœur, une vingtaine de comédiens  se répondent du plateau à la salle et nous livrent sa vision cruellement prophétique : « Citoyens de la ville et étrangers. Un mal inconnu s’est répandu dans notre ville, depuis quelque temps. Ce n’est pas la guerre, il n’y a pas d’assassinats, nous vivions normalement, calmement, beaucoup d’entre nous dans le presque bonheur. (…)  Et le comble, ce ne sont pas des cas isolés, un mort par-ci, un mort par-là, cela pourrait s’admettre à la rigueur. Ils sont de plus en plus nombreux. Il y a une progression géométrique de la mort. Nous sommes accablés par une mortalité sans causes connues. Des soldats entourent la ville. Plus personne ne peut entrer et vous ne pouvez plus sortir. Il n’y aura plus de réunions publiques. Les groupes de plus de trois personnes seront dispersés.  Il est également interdit de flâner. Les habitants devront circuler deux par deux afin que chacun puisse surveiller l’autre. Rentrez chez vous, que chacun reste chez soi. Que l’on ne sorte que pour le strict nécessaire. »

Olivier Peigné rejoint alors la troupe et l’on reconnait la voix de ce comédien, si souvent entendue ces derniers temps :cet acteur a enregistré pour la télévision et  la radio les désormais fameuses consignes sanitaires du gouvernement: «Alerte Coronavirus, pour vous protéger et protéger les autres restez chez vous, etc.» Un grand moment où théâtre et réalité se rejoignaient.

Le reste de la nuit a accueilli des artistes amis comme le quatuor Ellipsos qui a offert un Voyage saxophonesque. Emmanuel Demarcy-Mota nous a fait entendre des textes de Ionesco suite, un beau spectacle qu’il avait créé au Théâtre des Abbesses il y a quelques années (voir Le Théâtre du Blog) Et ceux qui sont restés plus tard ont pu voir ou revoir, à trois heures du matin, Portrait de Ludmilla en Nina Simone de David Lescot, interprété par Ludmilla Dabo, lauréate du Prix de la Critique dramatique.

Après cette réouverture, le mois de juillet se prolongera avec cinq spectacles tout public. A suivre donc… 

Jean Couturier et Mireille Davidovici

Spectacle présenté les 22 et 23 juin à l’Espace Cardin-Théâtre de la Ville, Espace Cardin,  1 avenue Gabriel, Paris ( VIII ème) T. 01 42 74 22 77.

theatredelaville-paris.com

 

Un concert de la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique

Un concert de la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique

Beau moment d’émotion cet après midi salle Favart. Une centaine de jeunes chanteurs disséminés du  parterre jusqu’au deuxième balcon,  et trente-sept invités sur le plateau. Tous respectant les distances et circulations requises aujourd’hui. Jean-François  Sivadier avait adopté ce dispositif inversant le rapport scène/salle  pour sa mise en scène en 1996 d’Italienne avec orchestre.

© Stéphan Brion

© Stéphan Brion

Pendant quarante-cinq minutes ont résonné dans l’écrin rouge et doré, des airs de Leonard Cohen Henry Purcell, Georges Bizet et des Platters,  parfois accompagnés par une petite chorégraphie des jeunes artistes. Cette Maîtrise s’était déjà produite le matin dans la cour du Palais-Royal avec un autre répertoire, tout aussi varié.

Ce moment magique de renaissance, après trois mois de sommeil:  on espère qu’il puisse avoir lieu avec un public important. Olivier Mantei vient d’être reconduit pour trois ans à la tête de l’Opéra-Comique et  ne cache pas son émotion : «Cette Maîtrise, avec, à sa direction musicale, Sarah Koné, vient de se retrouver tout juste ce matin, après cette période de confinement».

Des prix attribués par la Fondation Bettencourt Schueller vont permettre de financer cinq chœurs et cette Maîtrise, pour une opération baptisée : Ensemble enchantons l’été. Avec un programme de concerts prévu jusqu’au 4 octobre.  L’Opéra-Comique rouvrira ses portes au public le  27 juin jusqu’au 4 juillet, avec la reprise du Cabaret horrifique, une création très réussie de Valérie Lesort (voir Le  Théâtre du Blog). Que de bonnes nouvelles pour un public qui a envie de retrouver les émotions d’un spectacle dans une salle…

Jean Couturier

Spectacle vu le 24 juin à l’Opéra-Comique,  1 place Boieldieu, Paris (II ème). T. : 01 70 23 01 31. opera-comique.com Diffusion le 28 juin sur Culturebox.fr www.fondationbs.org

 

      

Zakouski par le Théâtre de l’Unité (deuxième édition)

Zakouski par le Théâtre de l’Unité (deuxième édition)

Plus de kapouchnik cette saison! Ce cabaret mensuel, interrompu pour cause de pandémie, reprendra en octobre si tout va bien mais l’Unité a accueilli son public dans le jardin ensoleillé de sa Maison sur l’ancien site des usines Japy à Audincourt (Doubs). Six acteurs offrent de petits sandwichs, du thé ou du jus de gingembre. Puis ils se lavent les mains,  présentent leur généalogie et évoquent les annulations:  » Tout le monde est annulé ! On vit peu, mais on meurt longtemps ! »

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On entend un extrait du Jules César de Haendel. Il faut trouver le mauvais karma : Seb Dec et Hervée de Lafond incarnent Emmanuel et Brigitte Macron… Eric Prévost interprète, lui, un Edouard Philippe parlant la dette de la France. Catherine Fornal, en s’accompagnant à la contrebasse, chante en polonais. Hervée de Lafond et Jacques Livchine jouent une scène du Dom Juan qu’ils avaient créé autrefois. Le 2 juin, réouverture des bars. Triomphe! On déboulonne les statues des ignobles esclavagistes et on débaptise les rues. Catherine Fornal incarne Adolf Hitler.. qui a eu un nom de rue un seul jour…

Puis il y a une scène avec le professeur Didier Raoult, infectiologue, interprétée par Jacques Livchine qui évoque François Quinette, son beau-frère  récemment décédé, auteur d’un dictionnaire français-russe, œuvre de toute une vie qui a été publié le jour de sa mort. Puis en vrac: un retour de Sibérie, il va faire chaud, ça va fondre:  il faut donc un confinement total et absolu…  Suit une scène d’Eugène Ionesco et un sketch où on voit Edouard Philippe faire à Emmanuel Macron le coup que ce dernier avait fait à François Hollande… Bien vu. Maria, la voisine de Catherine Fornal est morte et elle raconte son enterrement. Les acteurs parlent ensuite formation des policiers et étranglement. Ils chantent Je ne voudrais pas crever de Boris Vian, puis racontent l’épidémie de peste en Picardie dont mourra Charles II d’Orléans (1522- 1545) troisième fils de François Ier et de la reine Claude de France. Il pensait que la peste ne pouvait atteindre un fils de roi comme lui et n’avait pris aucune précaution…  Le spectacle se termine par une bataille d’oreillers comme celle à laquelle, quelques jours avant sa mort, Charles II se livra avec ses compagnons.

Puis, les spectateurs enthousiastes dégustent quelques délicieux zakouskis et parlent entre eux de cette chronique du temps présent, revue et corrigée parfois à la lumière du passé, avec une belle ironie…

Edith Rappoport

Spectacle vu le 21 juin au Théâtre de l’Unité, 9 allée de la Filature, Audincourt (Doubs). T.  : 03 81 34 49 20.
 www.theatredelunite.com

Les 8  et 9 août à Strasbourg Le Parlement de rue. Le 3 août : Nuit Unique à Quiberon.Le 24 août : Le Rappoporchestra jouera à un mariage dans le Var. Le 29  août : La Conjuration Acte 2 à  Chalain ( Jura).

Les 3 et 4 septembre : Macbeth à Saint-Genest Lherp ( Loire)  puis le 8 septembre, fête de rentrée à Epinal. Le 26 septembre : Reprise du  Kapouchnik  mensuel à Audincourt (sous réserve) et  le 29 septembre : 2500 à l’heure à Epinal.

Les 2 et 3 octobre : Nuit Unique à Calais (Nord). Le 24 octobre : Le Kapouchnik mensuel  à Audincourt

 Les 16 et 17 novembre, création à Epinal de La Toute première fois.

 

 

« Au point du jour » : en ouverture du programme de l’été au Théâtre de la Colline

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© Tuong-Vi Nguyen

Au point du jour : en ouverture du programme de l’été au Théâtre de la Colline

 « Pourquoi ouvrir au moment où nous fermions ?  Hier, c’était la fin de Notre Innocence », dit Wajdi Mouawad, le directeur de la Colline. Ironie du sort: cette “innocence“, il a fallu y renoncer mais les jeunes comédiens qui devaient jouer ce spectacle jusqu’au 21 juin sont là, autour de leur auteur-metteur en scène sur le grand plateau vide.  « Ouvrir, dit-il, parce que c’est notre raison d’être. » (…) « Pour être dans le rapport au monde que la poésie peut apporter. » (…)  « Pour avoir accès au poème, de vivant à vivant. Nous ne savions plus qui nous étions, les uns pour les autres. »

 Moment émouvant que celui où spectateurs et comédiens dialoguent à nouveau. Ce besoin de renouer les liens sera l’occasion pour chacun de dire ce qu’il sent « à la croisée des chemins » et après cette situation traumatique. Pour Wajdi Mouawad, l’été s’ouvre sur l’aube d’un jour « qui brille encore par son absence » et il abordera deux thèmes : la jeunesse et la mort.  Afin de « renommer ensemble nos peurs et de trouver à nouveau le plus petit dénominateur commun à notre humanité. »

Il raconte le destin étrange de Notre Innocence (voir Le Théâtre du blog), remis plusieurs fois en scène et il dit pourquoi il n’a pu le montrer dans la version prévue : éloignée d’un théâtre narratif, le texte était trop en prise avec le monde précédant la covid. « S’attaquer à la génération d’avant nous semblait un peu vain, dit l’un des comédiens. » A la place et, par nature, « davantage attiré par la fiction que par un théâtre essayant de dire le monde d’aujourd’hui », Wajdi Mouawad a proposé à sa troupe de jouer Littoral, qu’il avait créé en 1997 à Montréal et qu’il a repris plusieurs fois en tournée. Une histoire qui met en scène la jeunesse et la mort : une fille cherche une sépulture pour son père : « Le rapport entre les générations et notamment la question du devoir de la plus jeune à l’égard de la plus ancienne sont prégnants dans le récit. Le parallèle est aujourd’hui troublant. »

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© Tuong-Vi Nguyen

 A la fin de Notre Innocence, une fillette demande aux protagonistes trentenaires d’être sublimes, afin de pouvoir prendre exemple sur eux. Wajdi Mouawad retourne la question à ses acteurs : « Ceux qui sont plus âgés que vous, ont-ils été exemplaires ? » Le silence qui s’éternise sur le plateau en dit long et déclenche les rires. Suit, entre comédiens et public, un échange d’opinions … pour arriver à un consensus de bon aloi. « Depuis toujours il a été demandé à chaque génération de s’interroger sur les grandes questions de notre existence » note le metteur en scène qui a donc entièrement réécrit le chœur de Notre Innocence à l’aune de la crise sanitaire. On en entendra la version antérieure, imprécation collective contre les soixante-huitards et la nouvelle versionque les jeunes gens viennent tout juste de mémoriser.  Le texte prend de la hauteur : un chœur d’oiseaux invective, à l’unisson, les humains. Une « race d’assassins » qui sème la mort : « On vous voit, de nos branches, de nos ciels … », vitupère la gente ailée. Les imprécations vengeresses de la troupe renvoient à l’écocide généralisé qui menace la Planète. On y retrouve le style enfiévré, la faconde poétique et le verbe ample de l’auteur. Soit la promesse d’un futur spectacle, « plein de bruit et fureur. »..

 « Il faut écouter la langue et entendre la colère à l’unisson du chœur », commente l’historien Patrick Boucheron, appelé sur scène et lui-même en grande colère contre l’Université. « La colère, ça se travaille, dit-il. C’est un sentiment souverain. L’ire royale.  S’en emparer, c’est s’en prendre au souverain. Avec une parole qui agit avec tact et véhémence.  Selon la formule consacrée : le peuple « grogne ». On parle de la grogne des grévistes. Mais la colère revient à affronter le réel. » Il conclut par cette phrase de l’écrivain russe Joseph Brodsky : « La véritable tragédie, ce n’est pas quand meurt le héros mais quand meurt le chœur.»

 Autre proposition de l’été : La parole nochère.

 « Le nocher, dit Wajdi Mouawad, est le navigateur qui, sur sa barque conduit un passager d’une rive à l’autre. Il est Charon, nocher de l’Hadès. Sa parole serait donc celle qui relie un monde à un autre et qui porte la mémoire de ceux et celles qui nous ont quittés. » En prolongation des Lectures au creux de l’oreille (voir Le Théâtre du blog),  les spectateurs sont invités à parler aux défunts. « En ces jours de glissement de terrain où le monde passe d’une rive à l’autre, c’est là une question qu’un théâtre doit se poser : comment parler de la mort en dehors des statistiques ? Comment aider à faire le deuil ? »

On peut donc venir à La Colline « secrètement rendre hommage aux disparus, s’adresser à eux dans la plus stricte intimité. Ces paroles, enregistrées sur  un disque dur seront enterrées au troisième sous-sol, sous la scène, « une présence radioactive au cœur du théâtre» et ne pourront être exhumées qu’à l’été 2520. Elles pourront aussi être dispersées, telles des cendres anonymes, depuis le toit du théâtre, lors d’une grande fête, après la levée des restrictions sanitaires.

Ceux qui le souhaitent offriront aussi ces paroles, au lieu de les disséminer, à la chorégraphe Kaori Ito pour nourrir sa prochaine création Chers dont la bande-son sera constituée de lettres adressées aux proches que l’on a perdus.  

Cette soirée chaleureuse illustre, s’il en était besoin, l’importance de la présence physique des vivants pour parler aux vivants. Et le plaisir d’être à nouveau ensemble pour écouter la parole des poètes…

 Mireille Davidovici

 Littoral du 7 au 18 juillet.  Répétitions ouverte  du 25 juin au 3 juillet sur réservation (quinze spectateurs par séance) La Colline 15, rue Malte Brun Pars 20e  billetterie@colline.fr T. : 01 44 62 52 52

La Parole nochère du 23 juin au 18 juillet en collaboration avec Kaori Ito  Johanne Peyras : j.peyras@colline.fr

Le palmarès Danse du syndicat de la critique

 Le palmarès Danse du Syndicat de la critique

Malgré l’arrêt de cette saison à cause de la pandémie, les prix Danse ont été tout de même attribués et témoignent bien des tendances actuelles en France. Le Grand Prix du meilleur spectacle  récompense  deux langages différents: Une Maison de Christian Rizzo, directeur du Centre National Chorégraphique de Montpellier avec ex-aequo Body and Soul de la Canadienne Crystal Pite.

Body and Soul ©Julien Benhamou

Body and Soul ©Julien Benhamou

«Créer à l’Opéra de Paris, un corps et une âme,  aura été une expérience extraordinaire pour moi. » Un travail choral rigoureux, d’excellentes lumières et des costumes somptueux ont convaincu la Critique. Ce prix fait aussi du bien à l’Opéra de Paris qui a aujourd’hui quelques soucis… (voir Le Théâtre du blog).

Ex æquo aussi, ont été reconnus Meilleures personnalités chorégraphiques: Lia Rodrigues, artiste associée à Chaillot-Théâtre national de la Danse pour le travail artistique et pédagogique qu’elle réalise depuis plusieurs années dans une favela brésilienne.

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Outwitting the Devil d’Akram Khan © Jean-Louis Fernandez 

Et Akram Khan pour Outwitting the Devil créé dans la Cour d’honneur au dernier festival d’Avignon, un manifeste sévère contre la destruction inéluctable de la planète par l’homme. Xenos, son dernier grand solo plein de fureur, créé au festival de Montpellier a été programmé à La Villette par le Théâtre de la Ville hors les murs. (voir Le Théâtre du Blog) : « Ma mère m’a dit une fois, que les «récits» de mes spectacles décrivent, révèlent le genre de personne que vous êtes et aspirez à être. Et il est donc vraiment émouvant pour moi que vous reconnaissiez aussi, en me donnant ce prix, les thèmes qui me touchent intimement. »

Cristiana Morganti © Ursula Kaufmann

Cristiana Morganti © Ursula Kaufmann

Et L’Italienne Cristiana Morganti, danseuse-phare du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch, a été élue:  Meilleure interprète, pour Moving with Pina, un solo magique qui  fait revivre l’âme de la grande chorégraphe et qui a été présenté au Théâtre des Abbesses.

 Pour Danser sa peine: Meilleur film de danse de la saison, sa réalisatrice Valérie Müller, a été inspirée par le travail engagé de son mari Angelin Preljocaj avec cinq détenues de la prison des Baumettes II à Marseille. Philippe Verrièle remporte, lui, le Prix du meilleur livre avec la série Regardez la danse ! publié aux Nouvelles Editions Scala.

Le Ballet de l’Opéra de Lyon, dirigé maintenant par Julie Guibert a été reconnu :  « Meilleure Compagnie ». Et le chorégraphe taiwanais Po-Cheng Tsai  (trente-trois ans) a reçu le prix de la Révélation chorégraphique.  On l’avait remarqué pour l’esthétique de Rage présenté au dernier festival d’Avignon.

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Phia Ménard Maison mère © Jean-Luc Beaujault

Phia Ménard qui dirige la compagnie Non Nova, est, elle, récompensée comme autrice de la Meilleure performance pour Contes Immoraux-Partie I – Maison Mère. Elle dit se situer au  croisement de plusieurs disciplines artistiques : « Avec ce prix, je vois aussi la nécessité de remercier les spectateurs pour leur confiance et leur curiosité quand ils défendent  les expériences de théâtre exigeantes. Saluer la « performance » quelle qu’en soit sa définition, c’est reconnaître qu’elle questionne, touche, mais aussi et surtout, c’est dire qu’elle laisse à chacun sa part de compréhension ou de doutes.»

Jean Couturier

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