L’ Ombelle du trépassé

  L’ Ombelle du trépassé, texte et mis en scène de Jean Lambert-wild, accompagné de chants bretons recueillis par Yann-Fañch Kemener.

 

ombel20111003tjv57.jpgComme le dit  Michel Onfray, vieux complice du metteur en scène et directeur de la Comédie de Caen: «   Jean Lambert-wild chante et s’inscrit dans le lignage primitif des poètes de la généalogie du monde: les eddas, les genèses, les sagas. Dans l’Ombelle du Trépassé, il psalmodie un monde celte. pas seulement à cause de la langue bretonne, mais en regard du monde créé: un univers de de genêts jaunes et de mer sombre , d’embruns épais et de géologies grises ».
Rien sur la scène sinon qu’un rocher qui se dresse verticalement comme un menhir où l’on aperçoit, immobile le buste et la tête d’un homme comme s’il en était un peu le prolongement vêtu d’une  cotte de maille brune. C’est, Yann-Fañch Kemener,  le chanteur et ethno-musicologue breton,  qui a contribué depuis une trentaine d’années à la transmission de chants et poèmes bretons qu’il a patiemment collectés.
Le spectacle  est en fait un monologue ; c’est un tissage adroit du texte de Jean Lambert-wild de l’étonnante psalmodie entonnée  en direct soit en différé , au micro ou pas par Yann-Fañch Kemener, et de la musique de Jen-Luc Therminarias. Le chanteur-interprète ne bouge pas, et cette voix forte,grave et rocailleuse,  et  comme venue de la lande profonde, est  impressionnante de vérité, et en parfaite adéquation-monologue/monolithe- avec cette silhouette massive plantée en haut de ce rocher bleu foncé (pas très beau qui sent la résine synthétique à dix mètres)… mais bon.
Cette psalmodie peut faire penser quelque fois à une sorte de récitation  de poème homérique, et si on ne  comprend pas du tout le breton, on est quand même très touché par cette voix, à la fois si dure et si douce, qui sait dire la poésie de chansons populaires bretonnes comme la langue subtile de Jean lambert-wild. Le soir de la première,la balance était encore loin d’être au point et le son dispensé par le micro HF n’était pas très satisfaisant mais cela a du s’arranger depuis.
. Le spectacle n’est pas long (une heure et quelque) mais d’une force poétique indéniable.

 

Philippe du Vignal

 

 

 

Maison de la Poésie Passage Molière, 157, rue Saint Martin  T: 01 44 54 53 00

 


Archive de l'auteur

Clôture de l’amour


Clôture de l’amour, texte, conception, réalisation de Pascal Rambert.

arton2909761d2.jpgImaginez une salle de répétition aux murs et au plafond blancs avec un petit gradin de deux marches;   vingt rampes fluo  dispensent une lumière blanche qui enlèvent toute ombre dans ce huis-clos au sens strict du terme une porte à double battant de chaque côté, et au fond, une autre porte coupe-feu.
Rien d’autre qu’une brochure de pièce et une bouteille d’eau minérale, pas même une chaise C’est dire que le beau décor conçu par Daniel Jeanneteau pour cette clôture de l’ amour d’un jeune couple es minimal.
Quand le spectacle commence, ils sont là tous les deux, un peu comme deux danseurs ou deux boxeurs, on choisira mais il y a du règlement de comptes dans l’air, et l’on sent dans ce silence lourd et pesant qu’il ne va pas y avoir de cadeaux entre les deux époux mais un territoire mental et affectif à défendre. Lui, c’est Stan un homme encore jeune en jean et t. shirt; elle,  c’est Audrey,la trentaine peut-être un peu plus jeune que lui, les cheveux longs. Ils sont à quelques mètre l’un de l’autre.
C’est lui qui va commencer: il la quitte et va le lui dire sans aucun ménagement, avec même une incroyable brutalité, tout au long de ce premier des deux monologues jamais interrompus.Il a décidé de lui prouver que leur histoire d’amour est bien finie, en lui détaillant même la suite: il va retrouver d’ici peu, lui dit-il, un autre corps que le sien.
Rien pas une parole d’apaisement; il est en colère contre elle, peut-être moins qu’il ne le dit, on ne sait pas mais il a sans doute envie d’exorciser cette rupture par ce rituel où la parole est précise, dure, voire blessante. Très nerveux, il bouge beaucoup, fait de grands gestes, menace de tout son corps et de sa parole, à la fois précis, cruel .
Audrey ne dira rien pendant une heure, vraiment rien, même pas un murmure; elle reste debout comme lui, digne et recevant les coups les uns après les autres, sans bouger ou si peu, mais les moindres mouvements de son corps disent qu’elle souffre au-delà de ce qu’elle aurait pu imaginer, surtout  quand les accusations viennent de l’homme qu’elle a aimé, le père de ses deux enfants.
On a vite compris qu’elle  attend son heure mais qu’elle va rendre, sans aucune pitié, coup par coup… Mais on n’est pas chez Albee et dans sa fameuse pièce Qui a peur de Virginia Woolf: aucun dialogue, comme si la rupture était déjà consommée et qu’il n’y avait plus qu’à la dire et à la proclamer dans l’esprit et dans la chair de l’autre. Aucun espoir: on solde les comptes de cette faillite amoureuse au moyen du langage, arme redoutable. On l’aura sans doute remarqué: pas un contact entre Stan et Audrey pendant ce duel impitoyable de monologue contre monologue. Quelqu’un frappe à la porte du fond: c’est une chorale d’ une dizaine d’adolescents- surtout des filles et deux garçons- qui ont peut-être l’âge des enfants d’Audrey et de Stéphane qui viennent répéter une chanson parce que, disent-ils, ils ont réservé la salle. Ce sera la seule ouverture de portes avant la fin. Ils s’inclinent tous les deux  devant la demande des enfants  comme pour une trêve finalement bienvenue dans leur douloureux mais nécessaire combat.
La petite chorale chante Happe, une chanson de Baschung puis s’en va aussi poliment  qu’ elle était arrivée. Cette bouffée de naïveté, même si cette pause ne dure que quelques minutes sans rien caser, est une belle minute Audrey et Stan ont maintenant changé de place mais ils sont toujours debout. Puis c’est à elle Audrey de répondre à Stan et d’engager le combat pour se délivrer d’une histoire qui l’obsède et cet exorcisme est sans doute encore plus violent, plus impitoyable: elle est d’un calme absolu mais ses phrases sont ciselées et n’hésite pas une seconde devant un mot  bien vulgaire qu’elle lui balance de temps en temps sans aucun scrupule.   Elle accepte cette séparation mais lui dit tout le bien qu’elle pense de son attitude. les mots sont durs,Lui est là, un peu minable il découvre quelqu’un qu’i ne connaissait pas, qui a sans doute trop attendu pour lui parler mais maintenant qu’elle a commencé, on sent qu’elle  videra son sac  de grenades jusqu’au bout. Prostré, le corps plié en deux, il comprend vite qu’il devra encaisser des paroles et un langage qu’il n’attendait chez celle qu’il a autrefois tant aimée…
Le texte de Pascal Rambert est vraiment  d’une rare qualité, même si elle est un peu trop long, et  va vite devenir la coqueluche des cours de théâtre. Pascal Rambert a bien fait de diriger lui-même Audrey Bonnet et Stanislas Nordey qui sont absolument exceptionnels. Pas une erreur, une diction impeccable et une incarnation de leur personnage que l’on n’a guère l’habitude de voir sur les scènes françaises.
Au chapitre des inévitables bémols, la gestuelle un peu trop expansive, au début du moins,  de Stanislas Nordey  et la fin pas très réussie quand ils se coiffent tous les deux, le torse dénudé d’une coiffe  d’indien en plumes bleues.
. Mais pas grave,  redisons-le, spectacle est d’une rare qualité et le public a applaudi longtemps , et à juste titre, les deux comédiens épuisés après un pareil combat mais heureux d’avoir réussi une telle performance aussi bien mentale que physique..

 

 

Philippe du Vignal


T 2 G Théâtre de Gennevilliers  jusqu’au 22 octobre T: 01-41-32-26-26

Le Chagrin des ogres

Le Chagrin des ogres, texte et mise en scène de Fabrice Murgia, musique de Maxime Glaude, vidéo de Jean-François Ravagnan.

 Le spectacle a déjà commencé quand on entre dans la salle: une jeune femme en robe de mariée courte, marche  d’un pas rythmé sur la scène enfumée qu’elle traverse de jardin à cour, puis de jardin à cour derrière le décor pour réapparaître en soulevant un rideau de lames  en tissu blanc. Elle prononce en boucle dans un micro qu’elle tient à la main, quelques phrases du commencement d’un conte:  » Il était une fois un fils, le fils du ciel et de la terre qui voulait être etc…,   tout en continuant à marcher sans arrêt. Chacun de ses passages par l’un ou l’autre rideau qu’elle pousse avec son micro, produit un bruit effrayant de déchirure quand retentit un coup de gong électronique.

Une image fabuleuse qui rappelle dans un tout autre style- mais sans doute Fabrice Murgia ne l’a-t-il jamais vu-le début du fameux Regard du sourd de Bob Wilson, où, seul, il s’avançait, en habit noir et prononçait cette seule phrase, en bégayant de plus en plus: « Ladies and gentlemen, lalaladiesand gentlgentle men », avant que la parole ne disparaisse six heures durant,  de son fabuleux spectacle d’images. Sur la scène du Chagrin des ogres, créé au Festival de Liège en 2009,  rien qu’un mur de fond percé deux grandes vitres comme il y  a dans les studios d’enregistrement; derrière celle de gauche, une jeune femme assise par terre, dont on peut voir le corps et le visage comme celui du jeune homme projeté sur le mur; elle est dans un lit d’hôpital. Elle a essayé de se suicider mais sans doute, traumatisée et  sonnée par les médicaments, elle a des cauchemars, et se voit recluse dans une cave comme Natasha Campusch, cette jeune autrichienne, kidnappée et violée par son ravisseur. Elle est  absolument seule et n’a personne à qui parler.

Quant au jeune homme, il est assis devant son écran d’ordinateur, lui aussi très seul et mal dans sa peau; et son personnage a été inspiré par un fait divers qui, il y a quelques années, secoua l’Allemagne: Sebastian Bosse, un lycéen de 18 ans, adepte des jeux vidéo, qui avait fait part de ses intentions sur Internet, était allé dans son établissement tirer sur ses enseignants et ses camarades, dont plusieurs furent blessés, avant de se suicider. C’est un peu la version masculine de la jeune femme.
En robe de mariée, elle écoute en silence et, au besoin, commente, dans un second degré tout empreint d’ironie, les  monologues de ces deux jeunes gens face à une caméra qui capte tout d’eux, sans restriction:  par moments, elle nous raconte parfois, en criant, avec la naïveté et la méchanceté des enfants, des bribes de contes qui sont comme enchâssés dans Le Sang des ogres et  réussit à provoquer un malaise certain chez nombre de spectateurs.

C’est l’histoire d’une journée dit Fabrice Murgia, où les enfants vont cesser d’être des enfants. Il utilise beaucoup la vidéo, le son-transformé au besoin dans une subtile alchimie-et  la musique électronique comme vecteur dramaturgique: c’est  sans doute, malgré certaines longueurs et un récit volontairement compliqué, un travail exceptionnel de réflexion sur la notion de communication dans un monde où l’on ne supporte plus de ne pas être branché en permanence sur l’information en direct et la réalité la plus immédiate mais où la véritable rencontre avec l’autre s’avère de plus en plus difficile, ce qui est finalement logique.

 Et les trois acteurs: Emilie Hermans, David Murgia et Laura Sépul, magnifiquement dirigés, sont impeccables de vérité.  En particulier, Laura Sépul (la mariée) qui réussit à faire passer toute l’angoisse et le désarroi qui coulent du cauchemar auquel elle assiste. A la toute fin, désespérée, à bout de souffle et assise par terre, quand elle dit  avec une voix douce de petite fille accablée : « Je ne veux pas que cela se termine comme çà », on a les yeux humides, et ce n’est pas si fréquent dans le théâtre contemporain..

A vingt cinq ans, Fabrice Murgia réussit là un coup magistral, sans la moindre esbrouffe, sans la moindre concession-ici la vidéo pour une fois, est justifiée-et avec une connaissance du plateau, une maîtrise du temps et de l’espace et un savoir-faire étonnants.
Ce spectacle court (une grande heure) mais d’une étonnante densité s’arrête juste quand il faut. Attention,  ce conte pour adultes n’est pas-c’est évident!-pour les enfants, mais s’il passe près de chez vous, n’hésitez surtout pas. Il a  reçu le prix du jury et celui du public du meilleur spectacle au dernier Festival Impatience, et c’est tout à fait mérité.

 Philippe du Vignal


Théâtre de l’ Odéon Ateliers Berthier,  boulevard Berthier  Paris 17 ème

Et le 26 janvier 2012 à Pessac en scène , Pessac / le 28 janvier 2012 à La Lucarne – Arradon / le 31 janvier 2012 à la Scène nationale 61 – Alençon / du 2 au 4 février 2012 au Trident, Scène nationale de Cherbourg / les 7 & 8 février 2012 à la Halle aux Grains -Blois / le 10 février 2012 au Théâtre de Brétigny -Brétigny / le 6 & 7 mars 2012 au Château Rouge – Annemasse / le 9 mars 2012 à l’Allobroges – Cluses / le 15mars 2012 à l’Arc, Scène nationale du Creusot – Le Creuzot / le 27 et 28 mars 2012 au Festival Hybrides -Montpellier / le 4 avril 2012 au Safran – Amiens / du 6 au 8 avril 2012 au FestivalMythos – Rennes / le 12 et 13 avril 2012 au Théâtre de Grasse – Grasse / le 19 avril 2012 à La Faïencerie,Théâtre de Creil – Creil / du 24 au 28 avril 2012 à la MC2 Maison de la culture de Grenoble – Grenoble / du 9 au 11 mai 2012 au Préau, Centre dramatique régional de Haute-Normandie – Vire.

 Le Chagrin des Ogres de Fabrice Murgia, éd. Hayez & Lansman, Belgique, 2010.  Vidéo: Image de prévisualisation YouTube d’un extrait du  spectacle, texte et mise en scène de Fabrice Murgia. Production Théâtre National à Bruxelles.)

Théâtre 71 de Malakoff.

40 ans d’existence et  20 ans de label scène nationale, soirée anniversaire du Théâtre 71 de Malakoff.

 

  jr0.jpgOn a mis un peu de temps mais nous vous avons réservé une petite surprise à la fin de l’article…
« Les années nous viennent sans bruit comme l’écrivait Ovide dans Les Fastes, et c’est à peine croyable: oui, le Théâtre 71, ainsi baptisé en souvenir de La Commune de Paris, où nous sommes allés si souvent, a bien quarante ans!
Le metteur en scène  Guy Kayat, qui avait mis en place la Maison de l’Enfance à Malakoff , puis, toujours avec l’appui du maire, Léo Figuière, décédé il a quelques mois, reçut du Ministère de la Culture une mission de préfiguration en 69, puis inaugura le Centre d’Action Culturelle, quand l’Etat décida de mettre en place une véritable politique de décentralisation théâtrale à la fois, comme on disait encore, en province mais aussi dans la banlieue immédiate de Paris dont Malakoff fait partie.
En 92, le Théâtre 71 fut parmi les premières structures à recevoir le label « scène nationale », ce qui correspondait à une reconnaissance d’intérêt général et qui lui permettait de bénéficier des subventions du Ministère de la Culture, comme des collectivités locales, en l’occurrence le conseil général des Hauts de Seine.
Pour fêter  cet anniversaire, il y avait tout du beau monde, en particulier la Maire de Malakoff,  l’efficace Catherine Margate, et son adjointe à la Culture, la non moins efficace Dominique Cordesse qui ont beaucoup œuvré toutes les deux pour que le Théâtre 71 occupe une place importante sur le territoire.
Patrick Devedjian, président du Conseil général, s’était fait excuser et  représenter par une des ses adjointes
Guy Kayat resta directeur jusqu’ à sa mort brutale en 83; il  avait, du haut du ciel, délégué son épouse Claire-Lise Charbonnier qui a rappelé qu’à ses débuts, le théâtre avait reçu à deux reprises le grand Tadeusz Kantor. Les directeurs qui lui ont succédé: Edith Rappoport, co-directrice avec Pierre Ascaride, (oui, c’est la même qui signe des articles dans Le Théâtre du Blog)a souligné combien le théâtre  contemporain n’était pas un vain mot, puisqu’ ont été invités Le Royal de Luxe, Ilotopie, Le Théâtre de l’Unité, ou encore l’Odin Teatre d’Eugenio Barba.
Avec Pierre Ascaride, ils ont introduit  le théâtre en appartements à Malakoff, et  l’option Théâtre au lycée de Montrouge, avec Jeanne Champagne , metteuse en scène  qui habite Malakoff et Denise Bonal, auteur  et dramaturge.   Pierre Ascaride, qui fut aux manettes 27 ans durant, lui,  a souligné  l’importance de la création, et en particulier de la création théâtrale, comme par exemple Wajdi Mouawad ou Anne-Laure Liégeois, tous deux accueillis à plusieurs reprises et avec grand succès. « Nous avons étés attentifs, dit-il,  à articuler les désirs et le cheminement des artistes avec les interrogations du public: nous avons ainsi accueilli le Groupa Secundo cubain, Cesaria Evora ou le  jongleur  Jérôme Thomas. Avec des créateurs présents sur le terrain, attentifs aux autres,  nous avons voulu faire vivre un théâtre  soucieux de transmission, est certainement un lieu d’échanges et de paroles, indispensable dans la Cité pour poser les questionnements sur le devenir de la communauté humaine. Mais le théâtre 71 est en dehors de Paris et cela a un impact sur les comportements des publics et sur la politique de programmation, comme des spectacles de marionnettes et du théâtre d’objets avec   le festival MAR.T.O qui draine aujourd’hui une grande partie de spectateurs de Malakoff et des environs.» Pierre François Roussillon, le nouveau directeur depuis quelques mois maintenant  a souligné qu’il entendait bien ouvrir le théâtre  à toutes les formes d’art contemporain, y compris le cinéma et  la musique.
Ce que montre bien une belle exposition de photos retraçant la vie  riche du Théâtre 71 depuis plus de 40 ans, avec ses affiches dont de nombreuses signées Roman Cieslewicz, le grand graphiste polonais qui habitait aussi Malakoff. . Et il y a eu, venons-y, l’intervention de Jack Ralite,  a soulevé l’enthousiasme du public qui l’a applaudi pendant de longues minutes. Jack Ralite, chaleureux  et généreux,  (ce qui ne l’a pas empêché de mettre le doigt où cela fait mal avec un humour cinglant!),  a relaté  les débuts des théâtres de banlieue à une époque où l’ Etat, en l’occurrence le Ministère de la Culture, se préoccupait d’autant moins de l’aide qu’il  pouvait donner aux municipalités  soucieuses de mettre en place des structures culturelles que des villes comme Saint-Denis, Aubervilliers, ou Malakoff étaient communistes. (Malakoff l’est d’ailleurs resté). Ce qui ne plaisait guère au pouvoir alors en place!  Il nous souvient d’avoir entendu à l’époque un énarque égaré au Ministère de la Culture, ignare et borné, qui répétait souvent:  » On voit bien qu’il sont d’extrême gauche: ils jouent du Brecht ». (Sic) Rappelons le rôle important qu’eut Jack Ralite, au plan local et national, d’abord comme maire d’Aubervilliers,  comme ministre de la Santé sous  Mauroy, puis sénateur. Sans lui, on peut dire que  le paysage culturel français n’aurait pas été ce qu’il a été depuis cinquante ans. Voici, grâce à Sandrine Bellonie, quelques extraits de cette remarquable intervention, qui se boit comme un verre d’excellent Champagne, loin de la bouillie que nous servent certains ministres de la Culture :

Jack Ralite (extraits de l’intervention de Jack Ralite):

 

  Sur les 25 communes indiquées comme ayant une activité culturelle intéressante ( dans une enquête du Monde d’août 64), 17 étaient communistes ». Pour me limiter à Malakoff et à Aubervilliers, ces deux théâtres ont été construits sans un sou de l’Etat. Soyons totalement objectifs: pour Malakoff, c’est totalement vrai. Pour Aubervilliers non-puisque c’était sous le temps de Malraux- c’était sous la forme d’un prêt provisoire de 60 projecteurs et deux tables à repasse. Nous avons protesté et sommes allés au Ministère, où le prêt est devenu définitif. Je me souviens avoir commenté cette » avancée », vous entendez ces guillemets: « Chez moi comme chez mes voisins, les ampoules grillent! ».  Cette petite anecdote avance à quel point la banlieue était oubliée. Nous étions les « communs de Paris » et rien de ce qui s’y fit ne tomba du ciel du pouvoir.
C’est là que j’ai compris le mot « dignité ». On sous estimait en haut-lieu ces pensées fulgurantes de 1920 de l’immense psychologue Vygotski:  » L’homme est plein à chaque minute de possibilités non réalisées; les hommes et les femmes peuvent se retrouver une tête au-dessus d’eux-même. Georges Canguilhem disait:  » Je me porte bien dans la mesure où je me sens capable de porter la responsabilité de mes actes, de porter la responsabilité de mes actes, de porter les choses à l’existence et de créer entre les choses des rapports qui n’existeraient pas sans moi ».  »
Pour être plus complet, Yves Clot, chercheur en psychologie au Conservatoire National  des Arts et Métiers a cette pensée lumineuse: « On ne vit pas dans un contexte, on cherche à créer un contexte ». Sans  forfanterie aucune encore, avec un un réel bonheur, la population de Malakoff, avec ses artistes et ses élus, ont décongelé la situation et fait fructifier leur  » pouvoir d’agir »..
A réfléchir pour aujourd’hui, même si, en ce temps-là, le Ministère de la Culture, corrigeant son impolitesse à l’égard de la banlieue, nous donna, en tout cas à Aubervilliers, les crédits auxquels la Déclaration des Droits de l’Homme de  1948 dans son article 1:  » Tous les êtres humains naissent libres et égaux en  dignité  et en droit.
Les théâtres de banlieue, notamment des banlieues en friche de leur passé et de leur avenir nous conduisent à être pionniers. « L’homme passe infiniment l’homme »,  disait Pascal et le Théâtre 71 eut sa récompense quand l’immense Kantor est venu ici en 72, Guy Kayat lui  donnant carte blanche pour présenter la pièce de Witkiewicz  Les Cordonniers. (….). Je ressens vivement votre sentiment d’alors. C’est le même que nous avons  ressenti à Aubervilliers quand le Berliner Ensemble est venu interpréter Le Commerce de pain. Sur un souhait de Brecht à la sa femme la Weigel au moment de son grand départ: si tu vis en 71, c’est le 100 ème de anniversaire de la Commune, surtout va jouer à Paris.  (…)
Tout ce vent théâtral de banlieue appartient à la deuxième décentralisation théâtrale;  la première concernait celle des régions qu’on appelait  alors la province, celle de banlieue épousa le propos de Michel Vinaver: « La décentralisation est un esprit. L’esprit consiste à lier le plaisir du théâtre à quelque chose d’ambitieux aux confins du connu dans les matières comme dans les formes, et en même temps à être l’abreuvoir de tous ». (…)
Mais le plaisir de parler de belles choses ne doit pas oblitérer qu’il en est de moins belles et c’est souvent ainsi aujourd’hui où les jours passent et et tout ce qui avait été construit patiemment, se fissure, se casse, va même jusqu’à disparaître.
Le patrimoine dans sa diversité, le spectacle vivant dans sa diversité, le spectacle vivant dans son pluralisme sont en danger. Faute de crédits suffisants, faute de personnel, faute du bouquet de liberté qu’exige la création, faute de temps donné  au traitement de témoignage du temps, faute de négociations, plus généralement de considération et de reconnaissance, faute de transparence, faute d’organisation devenue trop petite pour ceux qui y travaillent.
Comment ne pas voir ou entendre ces malaises qui se répandent chez ceux qui s’entêtent à travailler correctement et récusent la contrainte du ni fait ni à faire, les souffrances qui entament ceux à qui une partie de leur activité est empêchée, les colères de la fonction publique culturelle et artistique, dont les membres ne reçoivent plus leur métier dans ce qu’ils font sur toute la palette de leurs responsabilités.
La R.G.P.P. est devenue la grande tondeuse des services publics. Le Président de la République est devenu le grand éducateur et agit en covoiturage avec les grandes affaires et « nous inflige des désirs qui nous affligent ». Le Ministre de la Culture renonce à être le grand intercesseur entre les artistes et les citoyens . Il répond de moins en moins souvent quand on sonne à sa porte; il a perdu le,pouvoir d’illuminer.
Les collectivités territoriales dont le grand rôle est devenu immense en culture et en art, voient leurs finances brutalisées par Bercy. Le travail dans les grandes entreprises financiarisées, et dans la foulée, malheureusement à l’intérieur des services publics, est tellement livré à la performance  que les personnes se voient ôter la capacité de respiration et de symbolisation..
Tout cela n’est pas tolérable et donne l’impression qu’en haut lieu, beaucoup d’hommes et de femmes de vos métiers sont traités comme s’ils étaient en trop dans la société (…) La politique actuelle chiffre obsessionnellement, elle compte autoritairement, alors que les artistes et les écrivains  déchiffrent et content. Ne tolérons plus que que l’esprit des affaires l’emporte sur les affaires de l’esprit.
J’ai un ami bulgare Predrag Matvejedic, et je ne cesse de me répéter ceci de lui:  » Nous avons tous un héritage et nous devons le défendre mais nous devons nous en défendre. Autrement, nous aurions des retards d’avenir , nous serions inaccomplis ». Et un autre ami Georges Balandier le dit autrement:  » Nous sommes obligés de civiliser les « nouveaux mondes » issus de l’œuvre civilisatrice ».

 

Philippe du Vignal

Décès de Marie-Odile Wald.

rn33354611px470.jpgDécès de Marie-Odile Wald.

 

Marie-Odile Wald, directrice adjointe du Théâtre national de Bretagne depuis 2002 dont a la charge François Le Pillouër,  après avoir lutté courageusement contre un cancer qui la minait depuis quelque temps, s’est éteinte lundi à 57 ans. C’était une femme intelligente et efficace, aussi discrète que brillante, que nous avons bien connue surtout à ses débuts en 83,  quand elle dirigeait avec François Le Pilllouër le festival Nouvelles Scènes à Dijon; elle  le rejoindra ensuite à Rennes, après avoir été l’administratrice de la compagnie de Dominique Pitoiset, directeur du Centre dramatique de Bordeaux.
Marie-Odile Wadl connaissait bien toutes les ramifications  du théâtre contemporain et  avait un jugement exemplaire sur la création et sur les metteurs en scène. Elle aura contribué à l’émergence de nombreuses compagnies et aura joué un rôle important au Théâtre national de Bretagne.
La profession théâtrale perd quelqu’un d’important. Adieu, Marie-Odile.

 

Philippe du Vignal

L’Augmentation

L’Augmentation de Georges Perec, mise en scène d’Anne-Laure Liégeois.

 

  perec.jpgAnne-Laure Liégeois reprend ce texte de Perec qu’elle avait autrefois monté à Chatenay-Malabry , texte devenu non une véritable pièce mais une sorte de performance.  88 pages, sans aucune autre ponctuation que le dernier point, sans majuscules, avec, pour aérer les choses, quelques images: un œuf dans un coquetier,une horloge, une poule, des poissons décrit,  dans la logique implacable qui figure dans l’organigramme présenté au début du livre, Perec  décrit la stratégie utilisée par M. X… pour arriver jusqu’au bureau de son patron et pour lui soutirer une augmentation de salaire. Dans un style aussi brillant et intelligent que volontairement exaspérant,  avec de légères variations à chaque reprise de la même phrase.
Perec sait manier la répétition avec une virtuosité comparable à celle de Phil Glass en musique, du genre: «  Ayant mûrement réfléchi ayant pris votre courage à deux mains vous vous décidez à aller trouver votre chef de service pour lui demander une augmentation vous allez donc trouver votre chef de service disons pour simplifier car il faut toujours simplifier qu’il s’appelle monsieur xavier c’est à dire monsieur ou plutôt Mr x donc vous allez trouver mr x là de deux choses l’une ou bien mr x est dans son bureau ou bien Mr x n’est pas dans son bureau si Mr x était dans son bureau il n’y aurait apparemment pas de problème mais évidemment Mr x n’est pas dans son bureau vous n’avez donc guère qu’une chose à faire guetter dans le couloir son retour ou son arrivée ».    Perec, de toute évidence, s’amuse de ce langage mis en abyme  qu’il a réussi à mettre au point et  qu’il  propose avec un certain cynisme au lecteur: avec une logique absolument infaillible, à la fin,  le serpent semble se mordre  la queue, puisque cette quête du chef de service, dans une inflation qui finit par épuiser le lecteur, semble absolument vaine: nous  sommes comme invités par Perec à retourner au début du texte!
Cette Augmentation a quelque chose de fascinant pour un metteur en scène: il  doit à la fois se soumettre aux contraintes qu’impose le texte de Perec et, en même temps, a toute liberté pour construire son spectacle. Anne-Laure Liégeois,  elle, a choisi, de le faire interpréter par un homme et une femme qui se répartissent cette longue et unique phrase, ce qui suppose à la fois une belle énergie, une diction et une gestuelle impeccables, donc un solide métier.
Olivier Dutilloy et Anne Grouard, d’abord assis devant la table sans bouger, coincés dans l’espace très réduit d’une un petite scène installée sur la grande, sont impeccables. quand ils jouent les employés pas très finauds de la grande entreprise. Même si, au début, le texte est un peu surjoué et si, ensuite, ils criaillent parfois sans nécessité apparente.
Ce qu’Anne-Laure Liégeois aurait pu nous  épargner même si, par ailleurs, elle réalise un   travail d’orfèvre sur la phrase qu’aurait sans doute beaucoup apprécié Perec.
A voir? Le spectacle est peut-être un peu court pour faire une soirée mais c’est quand même un vrai bonheur que de retrouver l’écriture de Perec avec  ses procédés de composition et son incomparable virtuosité à jouer avec la langue française,dans les contraintes qu’il s’impose…  alors que le texte n’avait  pas été conçu pour un plateau de théâtre.

 

Philippe du Vignal

 

 Le spectacle après avoir été joué au cours de la soirée du 40 ème anniversaire du Théâtre 71 de Malakoff, est actuellement au Théâtre du Rond-Point .6 oct. – 6 nov., 21:00 salle Roland Topor dimanche, 18:30 relâche les lundis et les 9 oct. , 13 oct. , 20 oct, 27 oct. et 1 nov.

Georges Perec, L’Art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation, postface de Bernard Magné, Hachette Littératures, 105 p., 12 €.

 

La femme qui frappe


 
La femme qui frappe, texte et mise en scène de Victor Haïm.

 

     Dans la petite salle du Ciné Théâtre 13, il y  devant quelques rangées de sièges, quatre canapés deux places et neuf fauteuils club en cuir rouge où on peut se lover. Dehors,  il fait encore presque chaud, la salle est fraîche mais pas climatisée: donc tout va bien pour la trentaine de spectateurs qui sont montés sur la butte Montmartre pour aller voir ce monologue.
Sur scène, le studio un peu minable avec  des casiers où sont empilés des revues et des livres, et où sont accrochées des feuilles de manuscrit  par dizaines  il y a un panier de linge sale qui déborde, une table de cuisine qui accueille une machine à écrire mais sans doute aussi les repas. Dans l’angle droit, un lit avec un homme allongé, dont on ne voit que le jean et les grandes chaussures, mort sans doute puisqu’il ne bouge pas.
3395618538.jpgOn est le 22 juillet 1969, donc l’année d’après mai 68, et le lendemain du jour où deux astronautes, l’astronaute américain, Amstrong, chef de la mission Apollo 11, sort de la capsule spatiale et pose son pied gauche sur  la lune, rejoint 19 minutes plus tard, par  Aldrin. Tandis qu’ à Paris, une  jeune femme s’escrime à taper le manuscrit d’un très épais roman, qui ne semble pas très passionnant si l’on en juge les morceaux qu’elle essaye de déchiffrer. Le roman lui est envoyé chaque jour par paquets envoyés par l’auteur qu’elle ne connaît pas du tout.
Bref, un travail épuisant- la jeune femme s’endort parfois sur sa machine-sans grand intérêt, payé avec un élastique mais il faut bien vivre et payer les obsèques de son compagnon comme elle le dira à l’auteur dont elle n’a pas encore reçu la moindre avance, et  à qui elle téléphone pour une histoire de virgule qu’elle juge mal placée. Elle le rappellera plusieurs fois, et il y a aura donc un véritable dialogue entre  cet écrivain amateur  et  la pauvre dactylo qu’il traite d’abord avec une certaine suffisance . On devinera seulement ce qu’il lui  dit à l’autre bout du fil mais on n’entendra jamais sa voix, et c’est peut-être dommage…Puis, les choses évolueront et l’écrivain, assez pervers, la flattera jusqu’à avoir avec elle une conversation érotique. mais les affaires sont les affaires, et la jeune femme  devra de nouveau subir ses sarcasmes, quand elle lui fera des remarques de style. Et cela finit comment? Vous le saurez si vous y allez mais pas très bien.
C’est Victor Haïm qui, en vieux routier du théâtre, a dirigé la comédienne et a mis en scène sa pièçette . Plutôt pas mal, et les 70 minutes passent vite, même cette femme qui frappe aurait pu frapper dix minutes de moins… Même si ce cadavre sur le lit a quelque chose de surréaliste qui n’a pas grand chose à voir avec le dialogue entre l’écrivain et la dactylo.
Mais Marianne Soumoy, tour à tour espiègle, drôle mais aussi parfois accablée par ce travail qui la mine, possède le métier nécessaire pour venir à bout de ce long monologue: diction et gestuelle impeccables, et maîtrise de l’espace tout à fait convaincante.. Bref, un vrai plaisir. Alors y  aller? Pas nécessairement pour le texte qui reste quand même un peu mince pour une soirée, mais si vous avez envie de découvrir un vraie comédienne…

 

Philippe du Vignal

 

Ciné Théâtre 13  avenue Junot 75018 Paris,  jusqu’au 15 octobre. T: 01-42-54-15-12

Le TNP s’ouvre en grand


 

Le T.N.P. s’ouvre en grand

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Christian Schiaretti, directeur du TNP depuis  dix ans,  avait décidé de revoir  l’architecture du bâtiment et, du coup, la conception même de cette salle devenue mythique. Le nouveau théâtre sera inauguré le 11 novembre prochain.  Roger Planchon  reçut en 58 la mission de diriger ce « Théâtre de la Cité ouvrière » qui prit en -suite le nom de Théâtre de la Cité, auquel , Jacques Duhamel, ministre des Affaires culturelles comme on disait alors, décida en 1972 d’attribuer le fameux sigle  T. N. P. ,  jusque là  dévolu au Théâtre de Chaillot. Planchon s’entoura alors de Patrice Chéreau,  puis en 86 de Georges Lavaudant, et c’est Christian  Schiaretti qui lui succèdera. Il aura la volonté de poursuivre le travail de ceux qui l’on précédé avec à la fois, la mise en scène des grands classiques comme L’opéra de quat’sous,   Coriolan ou L’Annonce faite à Marie et montera aussi sept farces et comédies de Molière, ou encore Créanciers et Mademoiselle Julie de Strindberg, et enfin Par-dessus bord de Michel Vinaver et invitera Valère Novarina, Jöel Pommerat ou Olivier Py.
Il créera aussi une troupe permanente de douze comédiens pour la plupart issus de l’ENSATT, dont deux- Olivier Borle et Jérôme Quintard, d’abord passés par l’Ecole du Théâtre national de Chaillot. Christian Schiaretti a beaucoup insisté dans sa conférence de presse sur la notion de transmission et d’histoire du T.N.P. qui dépasse, dit-il avec raison, celle des individus: la sienne, celle de ceux qui l’ont précédé ou qui lui succéderont. Et on le sent un peu obsédé de travailler déjà sa propre succession  » en rendant une lecture claire de notre histoire » pour préserver l’outil de travail qu’il a réussi, au fil des années, à mettre en place. Un livre Les Aventures du T.N.P.  dirigé par André Degaine, malheureusement décédé entre temps, a quand même vu le jour avec des textes de Jean-Pierre Jourdain et des illustrations de Jean-Pierre Desclozeaux.
Le directeur du T.N.P. , peu de temps après avoir avoir pris  ses fonctions, a aussi vu que cette transmission à laquelle il tenait tant, ne pouvait aller sans une profonde rénovation du bâtiment existant conçu par Môrice Leroux, bâtiment qui a  80 ans , et qui a fait partie d’un aménagement urbain du centre de Villeurbanne avec six immeubles dits gratte-ciels et  deux tours d’habitation,  et un Hôtel de Ville. Même si Roger Planchon avait fait rénover la salle, un nouvel aménagement  du théâtre s’avérait indispensable, et, après plus de trente mois de travaux, le nouveau théâtre et la place  ont été complètement réhabilités; l’aménagement  a fait l’objet d’un concours remporté conjointement par le cabinet d’architecture Fabre/ Speller et Massimo Scheurer de l’agence milanaise A rassociati.
Les deux architectes n’en sont pas à leur coup d’essai ( Fabre fut l’ élève du du grand architecte américain Aldo Rossi) et ont restructuré le Théâtre de la Cité Internationale de Paris, La Fenice de Venise, le Théâtre-Opéra Marinsky de Saint-Petersbourg. Et ils travaillent actuellement à la rénovation du cinéma Le Louxor à Paris.
Ce qui frappe, quand on voit les photos, c’est la prise en compte intelligente de l’ensemble architectural : rénovation des façades telles qu’elles étaient en 1930 , mais aussi création d’un véritable outil  de travail mis au service du spectacle vivant : agrandissement de la cage de scène, avec un gril situé à plus de 31 mètres du plateau, ascenseur de scène, création d’une zone de coulisses qui n’existait pas avant et ,dans la salle dont la jauge est de 667 places , conservation de la forme en coquille Saint-Jacques mais suppression des allées. En plus du petit théâtre ouvert en 2009, ont été créées quatre salles de répétition,qui pourront éventuellement recevoir du public le lieu d’une activité dense où travaillent les acteurs dit Schiaretti, et un atelier de costumes et un espace de stockage. Et encore un restaurant, à des prix abordables, ce qu’il n’y a plus à Chaillot, berceau du T.N.P.  depuis longtemps déjà! avec une scène de cabaret. Le financement ? 1/3 Ville, 1/3 Etat, et 1/3 Région Rhône-Alpes et Grand Lyon. Ce qui représente à la fois une volonté commune et sans doute pas mal d’efforts de Schiaretti et des ses collaborateurs pour faire aboutir le projet. L’équipe comprendra 50 permanents, et  nombre d’intermittents.   Au programme de cette rentrée exceptionnelle, la création le 11 novembre prochain de Ruy Blas, la pièce mythique de Victor Hugo qui,  rappelle justement Christian Schiaretti,  a utilisé les trois mots: théâtre, national et populaire dans la préface de Marion Delorme en 1930, soit juste un siècle avant la construction de la salle  de Villeurbanne. « Il  y a dit-il, , une opposition entre les forces surpuissantes  qui amène à dépasser la simple lecture historique ou politique » .
La nouvelle saison s’ouvrira aussi par l’exposition temporaire de la collection personnelle de  masques, notamment asiatiques, de Ehrard Stiefel,  le remarquable concepteur des masques du Théâtre du Soleil. Il y a aussi une autre initiative que revendique Schiaretti, c’est d’associer l’aventure du T.N.P. à celle des Tréteaux  de France maintenant dirigés par Robin Renucci, qui organiseront une tournée de ce  Ruy Blas, et un partenariat avec le T.N.S. et sa directrice Julie Brochen déjà débuté en juin 2011 avec la création de la première partie de l’intégralité du Graal Théâtre qui continuera  en 2012, une manière de saluer Firmin Gémier , le créateur du T.N.P. et son théâtre ambulant.
Le répertoire du T.N.P.  sera aussi mis à profit avec les farces et comédies de Molière, Mademoiselle Julie et Les Créanciers de Strindberg, Don Quichotte, La Jeanne de Delteil… et plusieurs coproductions dont le livre XI des Confessions de Saint-Augustin par Denis Guénoun.
On ne peut que souhaiter longue vie à ce  nouveau T.N.P… et on vous tiendra au courant.

 

Philippe du Vignal

 

T.N.P. : www.tnp-villeurbanne.com

Cocteau-Guitry chez Maxim’s

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Cocteau-Guitry chez Maxim’s: N’écoutez pas messieurs de Sacha Guitry et Le Bœuf sur le tôa d’après Jean Cocteau, mise en scène de Gérard Chambre..

     Il y a un peu plus de cent ans, Maxime  Gaillard, garçon de café, ouvrit un bistrot au 3 rue Royale; grâce à Irma de Montigny qui y fera venir une clientèle des plus mondaines , il connaîtra vite le succès mais, piètre gestionnaire, il devra vendre à un certain Cornuché qui lancera ce qui deviendra le célèbre restaurant de la « Belle  époque », et attirera comme une sorte d’aimant les hommes d’affaires, les rentiers et leurs protégées, à des prix qui sont  restés à la hauteur de la réputation du restaurant: du genre entrée à 30 euros, plats à 80 et dessert à 20…
   Il a depuis été racheté par Pierre Cardin, et le lundi soir, jour de fermeture, il  accueille une soirée cabaret. Puisque nous n’y avions jamais pénétré-personne n’est parfait- cela valait le coup d’y aller voir. Le décor, avec ses peintures 1900, a subi quelques retouches, notamment du côté de l’éclairage dans le style d’époque  mais modernisé pas très classe . Malgré les ventilateurs, on étouffe un peu dans cette salle fermée que surplombe une verrière un peu glauque. Au-dessus de la petite scène, une plinthe électrique en plastique pendouille lamentablement  et du côté gauche, un morceau de tissu noir décollé cache assez mal un vide dans le mur. Pour le côté glamour, il faudra repasser…
  Cela commence par N’écoutez pas messieurs de Guitry, une  comédie fondée sur le théâtre dans le théâtre,  où un comédien déjà en scène se voit agressé par une jeune femme qui le menace d’un revolver, au motif qu’il l’a abandonnée et qu’il a osé mettre en scène leurs relations sentimentales. Bref, une scène de ménage  qui ne dit pas son nom.  C’est du Guitry pur sucre, avec un dialogue comme toujours presque trop habile et l’auteur/comédien ne résiste pas au plaisir de s’offrir un mot d’auteur bien placé. Pas bien longue ( 25 minutes), cette petite comédie qui ne rougit pas d’être légère comme il tenait à le préciser, se laisse voir à la rigueur.
  Après quinze minutes d’entracte, Gérard Chambre nous livre ce Bœuf sur le toâ d’après Cocteau avec un petit jeu de mots sur toit pour faire référence à la pièce Toâ où figure ce N’écoutez pas messieurs. Bon! Ce sont uniquement des chansons (17)  pour la plupart bien chantées par Véronique Fourcaud surtout, Mikaël Apamian, Estelle Boin, Gérard Chambre, soit  en solo,  en duo ou en chœur accompagnés par Fabrice Coccitto. Il y a un peu de tout: cela va des célèbres Y’a des zazous de Vinci et Martinet, Mon légionnaire, à Je suis snob de Boris Vian, ou encore Monsieur William de Léo Ferré et Jean-Roger Caussimon.
   La mise en scène est un peu cahotante mais le petit plateau est plutôt fait pour un seul interprète  que pour un piano, un pianiste et quatre interprètes! Et mieux vaut oublier les costumes franchement laids. Mais le public parait content  de retrouver des chansons célèbres ou bien connues.
  A voir? Si vous avez envie de voir le restaurant Maxim’s (sans y aller dîner )et d’entendre quelques chansons en direct, peut-être mais  le rapport qualité/prix (30 euros) n’est pas évident!

 

Philippe du Vignal

 

Restaurant Maxim’s 3 rue Royale 75008 Paris
Réservations: 01-42-637-33

 

  

Dance is a dirty job but somebody’s got to do it

Dance is a dirty job but somebody’s got to do it de Scali Delpeyrat.

photo.jpgLe spectacle avait obtenu le  Prix du Public au concours « Danse élargie » qui avait eu lieu en juin dernier au Théâtre de la Ville, avec 360 projets venus de 22 pays. Avec un principe simple:  le plateau conçu comme un espace expérimental.
Ce que nous donne à voir Scali Delpeyrat est un court spectacle d’une heure  avec l’actrice  Elizabeth Mazev,  et lui-même, Clément Landais à la basse électrique et à la guitare, et le danseur  Mathieu Calmemet,  où il rend hommage, avec de la danse, un peu de texte, des images projetées et de la musique bien sûr à deux mythes américains: le grand Fred Astaire qui, on le sait moins, avait aussi une sœur Adèle qui fut une remarquable danseuse  mais aussi à Michaël Jackson  qui, dit-il, est entré dans sa tête de manière définitive:   »Mon texte est entre autres, une tentative inconsciente de dire pourquoi. De montrer comment c’est son rapport à son propre corps qui a fait de lui l’emblème un peu tragique de son temps, qui en fait le génie aussi. On ne devient pas le le père de Moonwalks impunément. Michael Jackson a fait de son corps un monument dédié aux dérives industrielles du dernier quart du XXème siècle. Il a dansé toutes les maladies du siècle. C’est pourquoi il m’a inspiré ».
Il y a un grand canapé où un grand et énorme être bizarre de la même couleur que le tissu du canapé, sans visage identifiable mais aux formes humaines comme momifiées remarquablement imaginé par Sarah Lefèvre , passe par moments sur la scène, Elizabeth Mazev dit avec  Scali Delpeyrat un texte sur la danse qui est aussi et surtout une sorte d’hommage aux deux  grands danseurs américains;  Il y a aussi des extraits d’un film -il doit s’ agir d’un concours- où un chien copie les gestes de sa maîtresse, le musicien les accompagne; bref tout va bien…
Comme cela ne dure qu’une heure , on regarde sans s’ennuyer mais sans être vraiment concerné par ce qui voudrait être une création expérimentale mêlant théâtre et danse. On est un peu loin du compte , même, si,  et c’est souvent la même histoire, il y a une belle maîtrise de l’espace et  chaque artiste, chacun dans sa spécialité, fait un travail  très professionnel…
Alors à voir? A vous de juger,  mais cela quand même un petit côté bcbg  agaçant et l’on reste un peu sur sa faim.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre des Abbesses jusqu’au 23 septembre.

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