Qu’est-ce qu’on va faire de toi, épopée dînatoire contemporaine


Qu’est-ce qu’on va faire de toi, épopée dinatoire contemporaine, écriture, mise en scène et cuisine d’Hélène François et Emilie Vandenameele.

questcequonvafairedetoi56.jpg Cela se passe dans les hauteurs de Belleville à la Bellevilloise; si, si souvenez-vous, c’était le Q.G. de Ségolène Royal pendant les élections présidentielles. Imaginez une assez vaste salle de 800 m2 environ. Avec une table en U capable de recevoir quelque cinquante personnes. Nappes noires, verre de Chiroubles déjà rempli qu’ainsi qu’un verre d’eau. Au menu: – très soignés-trois mets: salade de lentilles aux aromates, soupe au pistou et petits lardons,et comme dessert, crème glacée au café avec miettes de spéculos, le tout impeccablement servi par deux maîtres d’hôtel en pantalon noir et veste blanche, plus vrais que nature.
  Au centre,  deux jeunes femmes , Hélène François et Emilie Vandenameele, et un accordéoniste Laurent Marion.  » Tout ce qui se passe sur le plateau est véridique ou inspiré de faits réels. Nous sommes toutes deux filles de restaurateurs, pour de vrai. par le biais de l’autofiction, nous interrogeons la représentation  et la place du spectateur ». Bref, au-delà de ce discours  un peu prétentieux,  parfumé de Brecht, où semble beaucoup compter  » l’immédiateté de la représentation » les deux jeunes femmes , on l’aura compris, ont des comptes à régler et il y a de l’exorcisme familial  dans l’air; c’est, précisent-elles,  » comme un adieu à la personne que l’on aurait pu devenir, si nous n’avions pas eu l’envie de nous risquer à  » faire du théâtre ».
  Et elles sont tout à fait à l’aise;  il est vrai que les milieux du théâtre et de la restauration ont  souvent des similitudes troublantes. La piste avait été bien explorée côté cuisine par Ariane Mnouchkine avec la célébrissime Cuisine d’Arnold Wesker,   et  cette fois-ci côté palais royal, par Jacques Livchine et Hervée de Lafond avec  leur Bourgeois Gentilhomme d’abord, puis avec leur vrai/faux Mariage, et  enfin, avec Jérôme Deschamps et son célèbre Lapin-Chasseur côté salle et côté cuisine. Et Grimod de la Reynière, comme elles le rappellent,  fut  au I9ème siècle, critique théâtral,   mais aussi gastronomique. Et il n’est pas rare que les spectacles comprennent un petit repas.
 Mais ici,  ce sont les spectateurs qui mangent, sauf la pauvre Emilie obligée par sa mère à ingurgiter des morceaux de tourte , en étant obligée de faire la mise en place des couverts pour le repas du soir, et cela de façon répétitive, jusqu’à ce que la mère balaye  d’un revers de main les couverts et les morceaux de  tourte dans une colère, comme nous en avons pu en entendre dans les coulisses de n’importe quel restaurant, tant le rythme est dur.. Et c’est sans doute inspiré du burlesque américain,  un des moments les  plus réjouissants du spectacle, comme cette tirade de Phèdre déclamée depuis un escalier.
  Les deux comédiennes , qu’elles parlent ,  qu’elles dansent, ou qu’elles chantent , ont  un solide métier. Et les 80 minutes passent assez vite, même si certains moments ont un air un peu potache et si le spectacle a du mal à franchir le mur du théâtre dans le théâtre. Il y a sans aucun doute un déficit de texte, si bien que le spectacle, impeccablement orchestré participe davantage de la performance , voire du happening. En fait, là encore et une fois de plus, il manque une sacrée dose de dramaturgie dans la construction un peu légère  du spectacle: au restaurant » Le restaurant » , ce devait être le jour de congé du dialoguiste et du scénariste….
 Alors à voir? Oui, si vous vous avez envie d’aller jusqu’à  Saint-Ouen  et de tenter l’expérience de cette épopée dînatoire contemporaine , et si vous n’êtes pas trop exigeant. Il vous restera,  de toute façon, quelques belles images et le souvenir d’une soirée sympathique, réalisée avec beaucoup de soin et de travail, avec trois petits mets bien cuisinés…. Pour le reste, autant en emporte les tourtes et les vol-au-vent….

Philippe du Vignal

Spectacle présenté à La Bellevilloise le 24 mars ,  et du 25 au 30 juin à 19h 30 ( relâche le 28 juin) à Mains d’oeuvres 1 rue Charles Garnier à Saint-Ouen Métro Garibaldi. Réservation: 01-40-11-25-25.


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Les Suppliantes

Les Suppliantes d’Eschyle, traduction de  Jean Grosjean , mise en scène de Jacques Albert-Canque. 

  dsc9319.jpgEt revoilà Monsieur Eschyle et ses Suppliantes qu’ a monté ce mois-ci Olivier Py comme un petite forme avec trois comédiens  et destinée à tourner dans des lycées et bibliothèques de l’Ile de France. Mais, cette fois,  cela se passe dans un quartier un peu excentré de Bordeaux.
Imaginez un ancien garage un peu étroit  et tout en longueur,  silencieux.Un sol en ciment gris, des murs blancs, un grand voile de coton blanc dans le fond et quelques projecteurs. De chaque côté, une rangée de chaises  noires pliantes (excusez l’adjectif mais on n’en a pas d’autre sous la main). Et de l’encens qui brûle-un peu envahissant l’encens mais bon- et une musique électronique formidable, toute de grondements,  signée Jan-Michel Rivet. Voici le décor planté. 

La pièce d’Eschyle est comme une sorte de légende sur les rapports entre le pouvoir étatique et  l’accueil des émigrés, en l’occurrence un groupe de très jeunes femmes qui ont dû fuir leur patrie pour ne pas être mariées de force à leurs cousins. Elle sont donc venus demander aide et protection au Roi d’Argos. S’il refuse, il renie les lois les plus élémentaires et les plus sacrées de l’hospitalité telles qu’on les pratiquait dans la Grèce antique, alors même que tout son peuple est d’accord pour les accueillir. Mais s’il accepte, c’est alors un motif de guerre avec le pays dont elles viennent.
Avec une équipe de dix jeunes comédiens, Jacques-Albert Canque s’est attaqué à  ces Suppliantes, objet d’une commande de l’association Arelabor-Cnarela dans le cadre d’une quinzaine de l’Antiquité. La pièce est souvent d’une grande beauté mais est loin d’être facile. D’abord, à cause de la traduction qui suscite nombre de problèmes: celle de Jean Grosjean qui coule assez bien dans la bouche d’un acteur, reste souvent d’un hermétisme rebutant. Olivier Py avait , lui, mieux réussi son coup. Et il y a un défaut de dramaturgie qui, et c’est bien dommage, affaiblit le spectacle.  Mieux vaut donc être initié…
La mise en scène en revanche est d’une grande rigueur, et, même dans ce lieu difficile à cause de son étroitesse, il y a quelques images fabuleuses . Le choeur a été réduit, mais ces Suppliantes:  Mathilde Faure, Amandine Cittone, Thibault Compagnon, Caroline Ducros emmenées par leur père Danaos/ Quentin Reynaud  ont une belle présence sur le plateau et s’en sortent bien comme Jean-Baptiste Becq qui joue le Roi d’Argos. Mais mieux vaut oublier les deux choryphées assises elles dans le public, ce qui n’était sans doute pas l’idée du siècle.
Côté costumes, ce sont comme des avatars d’avatars un peu chichiteux de  robes de Lacroix et vraiment pas réussis!.. Mais il y a  de beaux éclairages signés Guillaume Bareille qui sont tout à fait en accord et avec le lieu et avec la musique.` Au total? Le spectacle, encore un peu vert,  n’est pas entièrement convaincant mais y a une chose qui ,dans les meilleurs moments de cette petite heure,  est évidente: on entend- vingt cinq siècles après-le souffle d’ Eschyle et sa formidable poésie des forces qui mènent le monde au détriment des destinées individuelles. Ce n’est déjà pas rien que d’avoir pu réussir à faire passer cela et  les choses devraient mieux se caler après cette première représentation.
Mais on a vraiment envie de demander à Jacques-Albert-Canque de continuer cette recherche et  de poursuivre ce travail sur la pièce, au besoin, en revoyant la traduction. Quant à M. Alain Juppé, maire de Bordeaux,  il n’ira pas voir le spectacle mais s’il pouvait, après expertise par l’un de ses proches, donner un véritable lieu de recherche  à Jacques-Albert Canque. D’abord, ce ne serait pas un luxe pour Bordeaux; la mairie  n’est pas pauvre, loin de là, que l’on sache: cela serait bien utile à cette ville (un peu démunie sur le plan théâtral),  et cela rendrait service au Groupe 33…
D’accord, un lieu de recherche théâtral, à quoi cela peut bien servir dans l’immédiat: à rien, c’est presque garanti, mais  à  dix ans d’intervalle? Allez, croyez-nous,  M. Juppé,  un petit trésor bordelais , cela se protège comme les grands crus de l’année… On entend d’ici la réponse: « vous vous rendez compte, après tout ce que l’on fait déjà pour eux ». ou quelque chose de ce genre…  Mais sait-on jamais? On l’a sans doute  oublié mais , même si la ville elle-même a toujours été à la traîne sous le règne de Chaban-Delmas, Bordeaux a quand même été autrefois l’un des principaux foyers d’avant-garde théâtrale avec le festival Sigma dirigé par Roger Lafosse…

Philippe du Vignal

Le Jus d’Art,  rue Judaïque à Bordeaux jusqu’au 27 mars; puis du 11 au 14 mai dans ce même lieu.

Extinction

Extinction de Thomas Bernhard, adaptation de Jean Torrent, lecture par Serge merlin, réalisation de Blandine Masson.

  sergemerlinextinction.jpg Une première et unique lecture d’Extinction avait  été organisée par France-Culture pour un enregistrement de ce texte écrit en 1986 soit trois avant la mort de l’écrivain autrichien qui trouve l’occasion de régler définitivement ses comptes avec son pays. A Rome où il séjourne, le narrateur  Franz Josef Murnau, écrivain, apprend , par télégramme, la mort brutale de ses parents et de son frère dans un accident de la route , ce qui fait immédiatement de lui l’héritier et le légataire  universel du domaine familial de Wolfsegg, lieu à la fois béni du paradis de  son enfance et haï parce qu’il a abrité des dignitaires  nazis après la guerre. Et , comme le dit justement Jean Torrent, dans une ultime pirouette, Murnau offre tout Wolfsegg au rabbin Eisenberg , son ancien camarade d’études, qui accepera ce don au nom de la la communauté israélite de Vienne.
Et dans ce texte, Thomas Bernhard cultive  l’art de l’exagération avec une violence inouïe,profondément théâtrale, et l’on comprend que Serge Merlin, qui avait déjà joué Minetti , Le Neveu de Wittgenstein, Le Réformateur, La Force de l’habitude et Simplement compliqué ait eu envie de  s’attaquer à ce texte magnifique de Thomas Bernard. Il est seul, dans une salle faiblement éclairée par un vitrail, avec pour seul ornement une tête de cerf accroché sur un mur sale. Assis à une table noire, il se lance dans la lecture de ce monologue à la fois tragique et d’un comique grinçant où, en quelque quatre vingt minutes;  l’acteur exceptionnel qu’est Serge Merlin  s’empare avec jubilation de cette entreprise de libération où enfin Murnau va pouvoir dans un geste ultime se débarrasser d’un passé des plus encombrants où sa famille comme les SS-Obersturmbannführers occupent une place envahissante.La joie d’être à Rome, le dégoût d’avoir à affronter d’anciens nazis aux obsèques, la colère de vivre dans un pays pareil,  le rire sarcastique, la nostalgie de la jeunesse, la nécessité intérieure de décomposer et d’éteindre à la fois Wolfsegg, les souvenirs d’ enfance et finalement lui-même: Serge Merlin dit tout cela avec précision et simplicité, grâce à la complicité de Blandine Masson et Alain Françon qui signe là une belle mise en scène. Il y a, à quelques reprises, des cartes postales en voix off que dit aussi  Serge Merlin et quelque petites musiques viennoises aussi ridicules qu’efficaces. On entend aussi, comme un lointain rappel de l’enfance, dans le lointain des sonneries de cloches…Du grand théâtre, même si le spectacle est intitulé lecture Ne ratez surtout pas ce rendez-vous avec Serge Merlin vraiment exceptionnel: c’est un de ces moments précieux dont on ressort à  la fois bouleversé mais profondément heureux.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Madeleine jusqu’au 18 avril.

Ciels

Ciels , texte et mise en scène de Wajdi Mouawad.

 

   C’est le quatrième volet  de l’œ95586.jpguvre de l’auteur/metteur en scène/comédien; ainsi donc après Littoral, Incendie, Forêts, voici donc Ciels créé l’an passé au Festival d’Avignon. C’est une sorte d’une équipe de cinq spécialistes dont une seule femme: Charlie Eliot Johns, le patron, Blaise Centier, Dolorosa, Vincent Chef-chef  qui vivent dans une sorte de huis clos et tentent de déjouer un attentat terroriste qui frapperait dans les semaines à venir  Paris, New York, Londres, Paris, Saint-Petersbourg, Berlin, Tokyo et Montréal, toutes capitales de pays engagés dans la seconde guerre mondiale… Pour trouver une solution, une détermination , un engagement total chez ces spécialistes et un matériel ultra-sophistiqué à base de puissants ordinateurs et de moyens d’écoute et de vidéo-conférence exceptionnels.
Mais rançon de ces moyens de lutte antiterroriste: cette petite équipe est absolument coupée du monde extérieur et de leurs familles et l’enquête n’avance guère jusqu’à l’arrivée d’un certain Clément Szymanowski, personnage pour le moins curieux, génial informaticien, qui va essayer de décrypter un message poétique, mais fondé sur des équations mathématiques complexes. laissé par un ami, qui, horrifié par sa découverte, s’est suicidé,  Le jeune ingénieur en informatique découvrira le plan d’attaque de ces  dangereux terroristes en décryptant le message, grâce à une analyse très pointue de  L’Annonciation du Tintoret. pourquoi ce complot à l’échelle mondiale? il s’agirait non d’une véritable attaque de redoutables islamistes mais d’une sorte de nébuleuse de gens qui ne se connaissent même pas, avides de régler leurs comptes avec la génération de leurs pères responsables de la seconde guerre mondiale. Peine à moitié perdue, puisqu’on annoncera à la fin qu’un attentat a déjà bien eu lieu à Montréal, ville où vit le fils d’un des spécialistes…On aurait pu le deviner: sur toute cette intrigue plane évidemment le spectre du 11 septembre, dont quelques images vidéo, mêlées à ceux de guerres récentes ou non, viendront rappeler l’horreur.
Pour réaliser Ciels, Wajdi Mouawad a demandé à Emmanuel Clolus une scénographie quadri frontale  où sur chaque côté, à environ un mètre cinquante de hauteur, il y a des cellules blanches, très peu profondes: grande salles de bureau avec de petites tables et des ordinateurs partout, et une chambre pour chacun des spécialistes. Le public étant lui assis a u milieu sur des tabourets sans dossier mais tournants de façon à regarder sans difficultés dans chacune des quatre directions. Les murs servant aussi d’écrans , notamment pour une importante vidéo-conférence ou pour des projections en grande dimension d’images documentaires,de formules mathématiques , de liaison type Skype entre le père et le fils resté au Canada, et enfin de fragments de tableaux classiques et modernes et l’on sent que Wajdi Mouawad est absolument fasciné par ces petites merveilles électroniques qui modifient complètement le rapport avec le public. En effet, une fois n’est pas coutume, il n’y pas de caméra filmant les coulisses ou de grossissement de visages comme on nous en assène régulièrement, mais une utilisation à la fois intelligente et efficace des moyens vidéo qui participent complètement du projet dramaturgique.
De ce côté-là, l’auteur/metteur en scène a réussi un beau coup, même si les quelque 250 pauvres spectateurs n’ ont pas d’autre choix que de rester assis sur son petit tabouret tournant pendant deux heures et demi ( sic). Cela dit, le temps passe relativement vite au début  du moins, l’éternité se faisant longue surtout vers la fin. Cet tentative de révolution scénographique n’est quand même pas neuve et  Luca Ronconi comme le Théâtre du Soleil, notamment avec Méphisto l’avaient expérimenté depuis longtemps avec un certain bonheur.
Quant au texte, il fait souvent penser malgré quelques belles envolées poétiques à un dialogue assez plat de bande dessinée; on nous rétorquera sans doute que l’on n’a rien compris et que c’est au second degré mais, dans le théâtre contemporain, ce second degré rejoint souvent le premier. D’autant que si les comédiens ne sont pas n’importe qui: John Arnold, Georges Bigot, Valérie Blanchon, Olivier Constant et Stanislas Nordey qui joue avec beaucoup de vie intérieure le personnage principal du jeune et brillant informaticien, ils sont quelque peu livrés à eux-mêmes et la direction d’acteurs semble avoir disparu des écrans radar, comme si Mouawad était occupé à autre chose. Il y a aurait urgence à resserrer les boulons! Cris injustifiés, gestuelle souvent approximative: la mise en scène,  qui se voudrait réaliste à base d’effets cinéma, et en même temps poétique, peine à s’imposer ; cette fable qui pourrait passer pendant une heure et demi, a du mal à être crédible et à délivrer une véritable émotion.
Et il est curieux de constater que le public de théâtre, à la différence de celui de cinéma,  arrive à supporter quand même un spectacle de cette longueur,  même si, encore une fois, il y a une bande-son d’une qualité exceptionnelle et  des images d’une grande beauté plastique empruntées à l’art conceptuel avec des textes projetés dont les lettres s’envolent, ou cette vidéo-conférence avec ces visages qui nous encerclent tout autour de la salle.
Alors à voir ? Oui, si vous êtes un fan absolu de Mouawad; non, si vous avez du mal à supporter ce type d’épreuve presque physique et si vous attendez quand même un peu plus d’un spectacle de théâtre…
Philippe du Vignal

 Odéon-Théâtre de l’Europe, Ateliers Berthier (17e) jusqu’au 10 avril.

 

Pourrie, une vie de princesse


Pourrie, une vie de princesse de Sofia Freden, traduction d’ Antoine Guémy, mise en scène d’Edouard Signolet.

   Edouard Signolet a conçu ses deux mises en scène de Pourrie, une vie de princesse et Le Vélo  comme un diptyque, à partir du thème du besoin de liberté. La première des deux pièces de l’auteure suédoise , par le biais d’un faux conte pour enfants , reprend l’idée que l’individu doit fuir absolument la société où sa naissance et sa famille l’ont assigné à résidence s’il veut avoir une chance de construire  sa vie.
Donc, Eugénie est une jeune et charmante princesse de 9 ans  qui vit dans un royaume où règne un conservatisme pur et dur. Le Prince Eugène, son frère de 11 ans veut absolument creuser une tombe pour s’y enterrer; quant à Désirée, sa sœur, elle est obsédée par l’idée de se marier, au besoin avec son propre frère…

 Bref, dans la famille royale, la morale n’est plus ce qu’elle était, et les enfants veulent à tout prix échapper à la corvée des cérémonies et des obligations officielles.. Et la belle Eugénie ne rêve que d’une chose: retrouver ses vrais parents, puisqu’elle pense qu’elle a dû être enlevée toute petite à sa famille. Mais,  bien entendu, dans cette espèce de quête d’une vie normale qu’elle s’est désormais assigné comme but dans la vie, elle va aller de déboires en déconvenues, et les gens normaux  comme la vie normale seront beaucoup plus difficiles à trouver qu’elle ne l’avait d’abord pensé. Et même s’il y a une belle rencontre avec un gros nounours.
   Cette fable sur le monde contemporain est écrite d’une plume acide par Sofia Freden qui s’amuse beaucoup à mettre en pièce la société suédoise sans doute un peu proprette à ses yeux. Comme cela dure cinquante minutes et que la mise en scène d’ Edouard Signolet est du genre soigné et précis, et que les jeunes comédiens sont impeccables, cela passe. Mais, très franchement, cette Pourrie, une vie de princesse  ne fait quand même pas une soirée très exaltante. Quant au Vélo, si c’est du même tonneau… on s’abstiendra sans regrets. A suivre donc…

Philippe du Vignal

Théâtre Ouvert, jusqu’au 27 mars en alternance avec Le Vélo. t: 01-42-55-74-40

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Madeleine Marion

Adieu Madeleine,
52860.jpgMadeleine Marion est morte avant-hier à 80 ans; nous la connaissions depuis bien longtemps:  elle avait joué autrefois pour  Sacha Pitoëff dans Les trois soeurs, pour Jean Négroni,( Le prince de Hombourg) dont il y a quelques jours, curieusement, une photo du spectacle, signe du destin?  glissa d’un dossier; puis, avec  Antoine Vitez pour qui elle joua  Bérénice et le  célèbre Soulier de satin.  Elle avait joué aussi au cinéma mais très connue dans le milieu professionnel, elle l’était peu de ce  que l’on appelle le grand public.
Elle avait enseigné au Conservatoire national de 88 à 95 puis nous lui avions demandé ensuite  de venir à l’ Ecole  du Théâtre national de Chaillot où elle fut aussi, pendant cinq ans, une remarquable pédagogue, attentive,  très exigeante mais aussi très aimée de tous.
Nous lui avions demandé entre autres de faire travailler les élèves sur L’Echange de Claudel,  et cet atelier- un des plus remarquables que nous ayons connus – fut sans doute l’un de ceux où elle avait su mettre le mieux en valeur les qualités de chaque élève. Puis,  trop prise, après son engagement à la Comédie-Française, elle avait dû nous quitter. Mais elle avait toujours gardé une affection  pour ses anciens élèves et un attachement à l’Ecole dont nous ne pouvons que lui être reconnaissants.
Elle avait monté au Studio de la Comédie-Française une brillante Cantate à trois voix de Claudel. Nous garderons d’elle l’image d’une femme droite,  dont la vie, qui ne lui épargna pas les très mauvais coups,  ne fut pas toujours un long fleuve tranquille, mais elle avait une capacité de résistance, une énergie  et une volonté de se battre qui forçaient le respect.
Adieu, et merci encore, chère Madeleine.

Philippe du Vignal

Ode maritime

Ode maritime de Fernando Pessoa, texte français de Dominique Touati, revu pour le spectacle par Parcidio Gonçalves et Claude Régy, mise en scène de Claude Régy.

  odysse.jpg  On connaît le fabuleux texte de Pessoa (1888-1935) qui écrivit sous plusieurs hétéronymes dont celui d’Alvaro de Campos, et qui gagna sa vie  en travaillant dans des maisons de commerce de Lisbonne, ville qu’il ne quitta jamais. Il publia ses textes dans des revues mais demeura inconnu du grand public, et l’on retrouva la plus grande partie de  de son oeuvre après sa mort. Cette Ode maritime est sans conteste une de ses oeuvres  les plus implacables comme s’il avait voulu aller au bout de lui-même et faire passer à la postérité ce que Régy appelle très justement chez Pessoa l’espace de l’océan nocturne, qui est aussi une célébration de l’inconscient noir ». Cette Ode maritime est un formidable tohu-bohu poétique qui devait un jour ou l’autre séduire l’explorateur de textes que continue à être Claude Régy.
   Appel au voyage, mythe du navire comme une porte ouverte sur un ailleurs personnel, voire très intime, surtout à une époque où on ne prenait pas encore l’avion jusqu’au bout du monde, mythe aussi des machines comme traduction de la modernité mais aussi critique de la fougue colonisatrice de son pays avec ses exactions et ses massacres de populations. sont les thèmes abordés dans cette Ode maritime. Dont l’ expression poétique passe aussi bien par le cri que l’on ne peut plus réprimer que par la confidence lyrique…
  Claude Régy s’est donc emparé de ce texte magnifique en le portant à la scène par deux fois: à Monfavet pour le  dernier festival d’Avignon, puis au Théâtre Vidy-Lausanne, en le confiant à un seul comédien: Jean-Quentin Châtelain. Sur le grand plateau nu du Théâtre de la Ville, une passerelle qui s’avance face à la salle réduite à une jauge de six cent places, où le comédien va se tenir debout, solidement campé sur des deux jambes, sans bouger pendant une heure cinquante dans une pénombre permanente,  un univers sonore de Philippe Cachia et des lumières de Rémy Godefroy, Salladhyn Khatir et Régy lui-même, tout à fait remarquables de beauté.
La performance du comédien est exceptionnelle, et, au début du moins ,on éprouve un grand plaisir à retrouver sa voix chaude au ton un peu traînant et à l’accent si particulier, inimitable, quand il articule certains mots plus que d’autres. Et,  aucun doute possible, Jean-Quentin Châtelain exalté par cet espèce de tremplin pour le texte de Pessoa que constitue  la belle scénographie de Salladhyn Khatyr, est paradoxalement assez proche du public, malgré les dimensions de la salle.

  Mais le parti-pris de Claude Régy est du genre radical: pureté du texte, immobilité de l’acteur, lumière sépulcrale, et , ce qui à la création dans une petite salle à Vidy-Lausanne, voire à Monfavet pour deux cent personnes, devait avoir un véritable sens,  est ici beaucoup moins convaincant.
Sans doute parce que le phrasé de Jean-Quentin Châtelain est parfois proche de la caricature et que Claude Régy aurait dû donner un peu plus d’air à cette diction qui étouffe un peu le texte de Pessoa, et surtout ouvrir quelques fenêtres lumineuses. En effet,  ce systématisme de la pénombre a quelque chose de réducteur, si bien qu’à force de voir à peine le beau visage de Jean-Quentin Châtelain, l’on finit par décrocher, alors même que c’est un très beau travail de comédien, et que la mise en scène est d’une honnêteté des plus rigoureuses.
Mais on a  la conviction ,à la sortie du spectacle, que cette mise  en  théâtre du poème de Pessoa aurait beaucoup gagné,  si l’on avait adopté un éclairage un peu moins discret et une longueur, elle, un peu plus discrète.. Mais c’est le choix de Claude Régy : on ne peut faire autrement que de  le respecter. Et l’on aurait pu craindre une plus forte hémorragie de spectateurs…

  Alors,  y aller ou non? A vous de choisir,  en connaissance de cause: un texte à la lecture, admirable et somptueux d’intelligence et de poésie mais une rigueur et une intransigeance sur les choix de mise en forme théâtrale assez dissuasifs. Et le public? Le soir de la première à Paris, il semblait partagé: d’un côté, les fans de Régy, toujours ravis de le retrouver; de l’autre, les nombreux professionnels, respectueux du travail théâtral,  mais qui ne voulaient pas trop avouer,  comme le reste du public, que le spectacle distillait, quand même, après la première demi-heure,  un ennui profond.

Philippe du Vignal

 Théâtre de la Ville, jusqu’au 20 mars.  

Les Fausses Confidences

 Les Fausses Confidences de Marivaux  mise en scène de Didier Bezace.

fc.jpgSans aucun doute la mieux construite et la plus réussie de ses comédies. Marivaux l’écrivit à 49  ans en 1737, et  où les dialogues sont brillantissimes. C’est l’histoire d’une jeune veuve Araminte qui a engagé comme intendant  Dorante recommandé  par Monsieur Rémy, procureur et oncle de ce jeune homme. Lequel Dorante est amoureux en secret d’Araminte. Mais elle doit intenter un procès au comte Dorimont  à propos de terres, ou bien l’épouser. Et c’est Dubois, ancien valet de Dorante qui va tirer les ficelles de cette histoire d’amour; Marton, la femme de chambre d’Araminte est elle aussi amoureuse de Dorante mais comprendra vite, à ses dépens, qu’elle n’a rien à voir dans le petit complot qui se trame.
   Quant à madame Argante, la très autoritaire mère d’Araminte, elle déteste cordialement Dorante mais ne pourra rien faire contre lui … Et le comte Dorimont renoncera généreusement à ses prétentions. Dubois, très habile et fin connaisseur des sentiments humains, manipulera tout autant Araminte que Dorante, en se servant selon le besoins, de Marton comme du balourd d’Arlequin, le valet d’ Araminte… et arrivera à ses fins: la jeune veuve avouera à Dorante son amour.
  Dans les comédies françaises, mis à part celles de Molière, Corneille et Beaumarchais, il y en a peu dont la langue soit aussi  remarquable  » Je connais l’humeur de ma maîtresse, dit Dubois à Dorante,  je sais vos mérites, je sais mes talents, et on vous aimera, toute raisonnable qu’on est; on vous épousera toute fière qu’on est, et on vous enrichira, tout ruiné que vous êtes, entendez-vous? Fierté, raison et richesse, il faudra que tout se rende. Quand l’amour parle, il est le maître, et il parlera ». Etonnant de vérité et de virtuosité!

 Evidemment,  Didier Bezace s’en donne à coeur joie, et même si l’on connaît depuis le lycée et la fac grâce à  feu Jacques Scherer, presque toutes les répliques du texte, jamais il n’est apparu aussi clair, jamais  l’on n’a vu de mise en scène  qui mette  aussi bien en valeur la mécanique des sentiments chez Marivaux.
   Scénographie de Jean Haas en accord avec la mise en scène avec un décor et des toiles peintes au second degré, rythme de la pièce tenu jusqu’au bout, compréhension des personnages, direction d’acteurs impeccable: tout est dans l’axe. Et,  comme Didier Bezace a choisi Pierre Arditi pour jouer Dubois, c’est un vrai régal:  l’on sent tout de suite qu’il y prend un immense plaisir, et il sait imposer son personnage dès les premières répliques : l’oeil pétillant, il crée un Dubois intelligent et généreux, rusé et patient qui sait faire mûrir son projet, et qui apprécie de le voir évoluer, presque à la façon d’un entomologiste, mais légèrement cynique. Pierre Arditi sait être très présent mais sans jamais tirer la couverture à lui. Bref, le grand style.
   Anouk Grimberg est toute aussi formidable,  quand Araminte doit  vaincre ses à-priori de classe sociale et se trouver de bonnes / mauvaises  raisons pour garder à tout prix cet intendant, dont elle n’avouerait pour rien au monde qu’elle commence à très amoureuse…Et d’un regard, d’une inflexion de voix,  sans avoir l’air d’y toucher, elle dit tout des sentiments d’ Araminte. Robert Plagnol est, lui aussi, tout de suite crédible dès qu’il arrive, en pauvre intendant un peu gêné aux entournures, maladroit mais sincère et  déterminé à séduire Araminte. Marie Vialle est exceptionnelle dans le personnage de Marion , victime collatérale des machinations de Dubois, que les metteurs en scène en général mettent  entre parenthèses. Isabelle Sadoyan est vraiment drôle et tout aussi à l’aise quand elle rabroue sa fille et met plus bas que terre le pauvre Dorante. Jean Yves Chatelais ( Le Comte) , Christian Bouillette  (Monsieur Rémi) et Alexandre Aubry ( Arlequin) font aussi un très beau travail. Ce qui fait la qualité de cette mise en scène, c’est aussi  l’unité de jeu entre les comédiens.Et il y a un silence et une attention assez rare dans le public qui n’ pas ménagé ses rappels.
  Pas de petites réserves? Si peu: Didier Bezace aurait pu nous épargner quelques rappels du monde contemporain comme ce sac militaire que porte Dorante, et,  surtout après la très belle image où Marton, absolument seule, regarde les amoureux monter l’escalier, la vision de ce pauvre Arlequin, coiffé d’un casque rouge de moto que l’ on va entendre Ou cette trappe en plein centre du plateau,  comme pour nous prouver que l’on est bien au théâtre…
  Mais répétons-le encore une fois: c’est une mise en scène exceptionnelle des Fausses Confidences qu’il ne faut pas rater; d’accord, il faut faire un petit effort: c’est à Aubervilliers mais c’est à huit minutes à pied du métro Quatre Chemins, et il y a une navette jusqu’au Châtelet après le spectacle. Donc pas de mauvaises excuses…
   Après le désastreux Naufragés du Bel Espoir au Théâtre du Soleil, cela fait du bien de retrouver un texte, un scénario, une mise en scène et un ensemble d’acteurs formidables.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Commune, centre dramatique national d’Aubervilliers jusqu’au 2 avril; 01-48-33-16-16. Puis ensuite à Saint-Quentin-en-Yvelineset en tournée.

 

Hetty

Hetty, d’après les écrits d’Etty Hillesum, création théâtrale et mise en scène d’Antoine de Staël.

 

  Antoine de Staël qui avait monté Les Justes d’Albert Camus l’an passé avec un certain succès ( voir le Théâtre du Blog) a choisi cette fois de prendre comme base d’un spectacle les Ecrits ( Journal et Lettres) d’Etty Hillesum, jeune hollandaise juive qui disparut à 27 ans, victime de la barbarie nazie.Et son épais Journal auquel elle se confie, sans savoir encore le sort qui va être le sien et celui de la plus grande partie de sa famille, frappe par son intelligence, sa générosité  et sa volonté, malgré tout, de ne pas désespérer de l’être humain, tout en restant lucide.  » La saloperie des autres est aussi en nous. Et je ne vois pas d’autre solution que de rentrer en soi-même et et d’extirper de son âme toute cette pourriture. je ne crois pas que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur que nous n’ayons d’abord corrigé en nous. L’unique leçon de cette guerre est de nous avoir appris à chercher en nous-même et pas ailleurs ».
  Cette écriture et cette rigueur sont étonnantes : Etty Hillesum qui a dû écrire ces lignes quand elle avait quelque vingt cinq ans, allait orienter sa vie vers toujours plus de spiritualité, alors qu’elle voyait chaque jour le malheur et le désespoir autour d’elle.
  Antoine de Staël a choisi de faire entendre cette voix unique par quatre jeunes comédiennes qui le disent et l’interprètent oralement et gestuellement soit seules soit en choeur sur une scène nue, avec juste quatre châssis noirs d’un côté et peints de couleurs primaires de l’autre côté. ( Pas exemplaires les chassis, mais bon…)
Dans une sorte de dénuement presque total, où les quatre actrices sont en stricte robe noire ou parfois nues, ce  qui n’est pas sans rappeler certains spectacles du regretté Grotowski comme Akropolis qui auraient  été revisités par Pina Bausch. Audrey Boulanger, Anne Jeanvoine, Valérie Maryane et Alexandra Sollogug forment un quatuor qui fonctionne bien , avec beaucoup d’unité même si, au début, le spectacle a un peu de mal à décoller.

  La mise en scène d’Antoine de Staël est précise, et il sait de toute évidence diriger ses actrices qui ont chacune une belle personnalité; reste à peaufiner ce spectacle encore un peu brut de décoffrage, mais où il y a de très fortes images qui traduisent bien le déchirement et en même temps la foi qu’Etty Hillesum avait dans un avenir de l’humanité qu’elle ne verrait pourtant jamais…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été présenté pour trois avant-premières à la Maison de la Culture de Créteil.

 

Hélas, petite épopée apocalyptique

Hélas, petite épopée apocalyptique, écrit et interprété par Stéphanie Tesson, mise en scène d’Anne Bourgeois.

  petite.jpgCette petite épopée apocalyptique était née, nous dit Stéphanie Tesson d’un laboratoire entre auteurs et marionnettistes, il y a douze ans  à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon, et des strates multiples d’écriture ont abouti à un pièce pour vingt trois acteurs, puis,  devant la difficulté du projet, Anne Bourgeois lui suggéra  de transformer la pièce en récit.
Avec une narratrice- Stéphanie Tesson- assise à une table et quelques marionnettes qu’elle manipulerait elle-même…

  L’histoire est celle du jeune Hélas qui grandit à Croitou, comme une sorte de Candide, ignorant tout du monde; un jour, il va partir et tombe sur Not to be qui se présente comme la Mort , qui s’attache à lui, au point d’oublier ses fonctions initiales: faire mourir. En même temps, si l’on a bien compris, Hélas veut retrouver le domaine de l’enfance et de l’insouciance perdues, son jardin de Croitou. Mais, comme la Mort ne peut plus exercer ses fonctions, il y a danger de surpopulation; il y a aussi un autre personnage, celui de Zizi d’époque  qui entraîne le pauvre Hélas sur les  chemins du désir sexuel. Il y a également Monsieur Touchela qui persuade Hélas de réaliser des profits commerciaux. Alors la Mort va comprendre qu’ il n’est plus désormais l’être pur d’autrefois,  et elle va se laisser mourir de désespoir.
  Cela, c’est Stépahanie Tesson, auteur qui le dit. Mais ce que nous pouvons voir sur scène n’est pas aussi évident. Pour deux raisons: d’abord, le scénario, sans doute beaucoup remanié pour que l’on arrive à cette réduction pour une seule comédienne aurait mérité d’être mieux écrit, et surtout plus clair et plus efficace sur le plan théâtral. Et le résultat ne se fait pas attendre: la comédienne qui possède à la fois beaucoup de précision orale et gestuelle, trop présente,surjoue souvent et a bien du mal à gérer cette partition écartelée entre son propre jeu et celui des marionnettes qu’elle anime.
   petitepopeapocalyptique244x300.jpgLa mise en scène d’Anne Bourgeois est précise et sûre, il y a de belles lumières signées François Cabanat, les marionnettes, surtout celle de la tête de mort et du petit squelette d’enfant à la fin, créées par Marguerite Danguy des Déserts, sont de bonne facture… Mais l’ensemble se refuse à fonctionner vraiment! Et ce mélange des genres enlève beaucoup de force à un texte écrit en octosyllabes, ce qui lui confère pourtant  une poésie et un rythme inhabituels en 2010.
  Il aurait sans doute fallu que Stéphanie Tesson  choisisse:  être une comédienne/ conteuse, ou bien une manipulatrice de marionnettes avec seulement une ou plusieurs  voix par derrière. Mais, à vouloir les deux , la comédienne ne maîtrise que son jeu à elle: le spectacle devient confus et l’on décroche vite. Comme hier, on ne comptait que quinze spectateurs ,cela ne facilitait pas non plus  les choses…
  Mais il est difficile de croire que « la simplicité de la prise de parole contraste avec la diversité des incarnations rencontrées auxquelles il se prête et qui explorent autant de genres qu’il existe de personnages rencontrés- tragédie, poésie, farce, drame, dialogue dramatique ». Au secours, tous aux abris! Il y a bien  à la fin, où la comédienne s’efface enfin, une très  belle image  en ombres portées où la Mort rencontre le petit squelette d’un enfant. Mais c’est trop tard… Et l’on peut rêver de cette légende  interprétée par des artistes du bunraku. Oui, mais seulement voilà, eux, tous en noir, sont d’une discrétion absolue et s’effacent devant leurs  poupées articulées plus vraies que nature.
   C’est d’autant plus dommage que Stéphanie Tesson a montré par le passé  bien des preuves de son savoir-faire. Mais il ne s’agit pas d’un travail en cours, et il n’y a donc pas de plan B…

Philippe du Vignal

Théâtre Artistic Athévains jusqu’au 21 mars.

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