Chants d’exil, Poèmes et chansons: Bertolt Brecht

Chants d’exil, Poèmes et chansons: Bertolt Brecht, adaptation et mise en scène de Serge Barbuscia, composition et arrangements de Pascal Fedor.

 

balconBertolt Brecht né en 1898 en Bavière est mort en 1956, à Berlin-Est, naturalisé autrichien six ans avant. A vingt ans, donc à la fin de la première guerre mondiale, mobilisé comme infirmier, il  écrit  Baal. Puis Tambours dans la nuit  qui obtint le prix Kleist, et Spartacus et Dans la Jungle des villes. Il rejoint le Deutsches Theater de Max Reinhardt, avec l’actrice Hélène Weigel qui monte ses pièces.
Viendront ensuite Homme pour homme puis Grandeur et décadence de la ville de Mahagony, et en 1928, il crée L’Opéra de Quat’sous avec la musique de Kurt Weill qui fut un très grand succès. En 1930, les nationaux- socialistes interrompent les représentations de ses  pièces. Il épouse alors  Hélène Weigel, et devient marxiste. Mais les nazis les forcent à quitter l’Allemagne en février 33, et son œuvre  est interdite et brûlée lors d’un autodafé!
Dès lors, il parcourt l’Europe, et, en 1933, s’installe au Danemark. Déchu de sa nationalité par les nazis en 35, et donc apatride, il vit en Suède à partir de 39, puis en Finlande, et finit par arriver en Californie en 41. Mais, inscrit sur la trop fameuse liste noire d’Hollywood, il comparait devant la commission des activités antiaméricaines du sénateur Mac Carthy, et est  chassé des Etats-Unis en 47…comme Chaplin, Orson Welles, et bien d’autres!
Et  il va se retrouver en Suisse mais les Alliés lui refusent un visa pour la  République Fédérale Allemande et, en 49, s’installe à Berlin-Est, où il fonda le Berliner Ensemble avec Hélène Weigel. Et en 1950, il obtint la nationalité autrichienne.

Cela pourrait presque être une pièce de Brecht mais non, c’est rapidement résumée, la vie passionnante de cet écrivain et dramaturge, en exil forcé pendant quinze ans soit un quart de sa vie, obligé de gagner sa vie comme il pouvait, sans théâtre et loin de son pays, ce qu’on oublie trop souvent et qui marqua son œuvre.  » Nous sommes des expulsés, écrivait-il,. Nous sommes des proscrits. Et le pays qui nous reçut, ne sera pas un foyer mais l’exil ». Ce qui ne l’empêcha pas d’écrire, entre autres:  La Vie de Galilée, Mère Courage et ses enfants, La Résistible ascension d’Arturo Ui…
Serge Barbuscia s’est emparé avec intelligence de cet itinéraire hors-normes qui commença donc, quand Brecht n’avait que 35 ans et quand la seconde guerre mondiale allait commencer avec une exceptionnelle violence, et 
des millions de morts! Le metteur en scène a su éviter le piège de l’illustration et de la ressemblance physique avec l’auteur, et le spectacle est plutôt une évocation de cette longue marche solitaire, avec les poèmes de Brecht et ses chansons, et les témoignages de ses contemporains .
Rien ou si peu sur scène, qu’un petit praticable pour Yvonne Hahn, au bandonéon, et de belles lumières. Le spectacle est mené par Serge Barbuscia, comédien et Aini Iften, conteuse et chanteuse; tous les trois savent nous emmener habilement, avec humour sur les chemins de cet homme en proie à la nostalgie d’un patrie perdue, quand Brecht n’était pas encore aussi reconnu qu’il l’a été par la suite.
Et on est vite très sensible à cette évocation toute en nuances, le plus souvent fondée sur le fameux « sprechgesang », sorte de parlé/chanté repris par Alban Berg, il y a un siècle déjà, quand il créa son Pierrot lunaire, puis par nombre d’artistes et poètes dont Ginsberg, Ferlinghetti mais aussi Dylan, et chez nous, par Aznavour ou Noir Désir.
Sans doute, le spectacle, encore un peu brut de décoffrage, trouvera-t-il plus sa vraie place cet été sur la scène du Théâtre du Balcon à Avignon que sur celle, petite,  du Théâtre de Lenche, où la balance des voix (amplifiées, ce qui n’est pas, une fois de plus, une bonne trouvaille) avec le bandonéon dont la puissance est souvent trop envahissante, devrait être revue, comme les lumières parfois trop sombres.
Mais, c’est pendant soixante minutes, sous la forme d’un petit cabaret, une singulière et très utile piqûre de rappel, en ces temps troublés, comme dans les années 30, par des bruits de botte, et où sans doute d’autres gens, qui n’ont jamais entendu parler de Brecht, risquent, eux aussi, se retrouver sur le chemin de l’exil…

Philippe du Vignal

Spectacle créé au Théâtre du Balcon en février; vu au Théâtre de Lenche à Marseille. Théâtre Aimé Césaire, rue Victor Sévère à Fort-de France du jeudi 13 au samedi 15 mars;  et en juillet prochain, au Théâtre du Balcon à Avignon.


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Clinique d’un Roi

Clinique d’un Roi, poèmes, peintures,  performance d’Antoine Pickels, avec des fragments copiés-collés dans (ou traduits de Le Ballet comique de la Reine de Balthazar de Beaujoyeux, La Guisisade de Pierre Mathieu, Massacre à Paris de Christopher Marlowe, Bussy d’Amboise et Le Revanche de Bussy d’Amboise de George Chapman, Henri III et sa cour d’Alexandre Dumas et Margot d’Edouard Bourdet.

clinique Les présentations: Antoine Pickels, se définit comme (sic):  « artiste visuel, performer, cinéaste expérimental, peintre de décor, éclairagiste, scénographe, metteur en scène, dramaturge, auteur dramatique, essayiste arpentant ainsi des milieux aussi divers que le rock, la littérature, le théâtre, la danse, le cinéma, la mode, les arts plastiques »…Et fut directeur de la Maison du Spectacle-la Bellone à Bruxelles.
Le Ballet comique de la Reine, est le premier grand  ballet de cour, imprimé en France et  créé en 1581 au Louvre. La Guiziade, est une tragédie de plus de 2.500 vers en cinq actes (1589) où comme son nom l’indique, Henri III a le projet d’assassiner Guise, ce qu’il va finir par faire. Massacre à Paris,la célèbre pièce de Marlowe, (1593) a été  jadis mise en scène par Chéreau,  et  il y  traite des massacres de la Saint-Barthélémy.
Quant aux deux pièces de George Chapman, ce sont celles d’un poète érudit, ami de Shakespeare et de Ben Jonson qui a écrit quelque dix-sept pièces. L’Henri III et sa Cour et Margot témoigne de l’intérêt que n’a cessé, trois siècles plus tard de produire ce personnage de roi français auprès d’autres dramaturges comme Alexandre Dumas, puis Edouard Bourdet (1935) qui parle lui, de Marguerite de France, dite Marguerite de Navarre, qui, après son mariage avec Henri IV, aurait éprouvé pour son frère, Henri III, une passion anormale qu’il partageait inconsciemment.
Cette « performance » se passe dans la salle de la rue des Cordes remodelée avec trois gradins en fer à cheval pouvant accueillir une  centaine de spectateurs sur des fauteuils dits coques, de sinistre mémoire,  capables vite fait de vous casser le dos. Au centre de la petite aire de jeu, un lit où repose un corps nu, sans doute agonisant, celui du roi Henri III de Valois,  juste recouvert d’un drap blanc avec au-dessus, un écran vidéo.
Henri III ( 1551-1589) fut roi de Pologne à peine deux ans puis devint, à la mort de son frère, roi de France de 1574 à 1589, dernier de la dynastie des Valois, auquel succéda son cousin Henri IV. Le personnage était connu pour être d’une rare distinction mais très dépensier: aimant les plaisirs et les spectacles comme la danse, les beaux vêtements… Fils d’Henri II et de Catherine de Médicis, marié à Louise de Lorraine, il était amateur de chair fraîche féminine et eut de très nombreuses maîtresses. Il aurait eu aussi un goût prononcé pour les garçons. Côté politique, il dut s’affronter à de nombreux ennemis politiques, dont le parti de protestants, au cours de quatre guerres de religion, et mourut poignardé par un moine.
Clinique d’un roi n’est pas une illustration de cette vie qui a donc  inspiré de nombreux dramaturges: ce n’est pas le propos d’Antoine Pickels qui  a senti le danger et qui, avec ce spectacle/performance  » veut,dit-il, convoquer en un endroit singulier plusieurs champs d’exploration: l’image de l’homosexualité, l’histoire du théâtre, la question du transgenre et l’observation de la mort médicalisée ».
Antoine Pickels est là nu, allongé sur un lit d’hôpital  contemporain qu’il peut mettre en différentes positions grâce à une télécommande. Et quand on entre, on est frappé par la beauté picturale de cette image qui rappelle de nombreux tableaux classiques représentant un homme agonisant. Même si on devine bien qu’il s’agit ici comme d’un exorcisme de la mort d’un proche, en l’occurrence sa mère.
Avec aussi, le recours à des images sur écran où sont recréés onze tableaux; ce ne sont pas des copies mais des sortes d’interprétations qu’il analyse sous nos yeux. Sont aussi convoqués, dans une sorte de tissu très compliqué, des extraits des textes écrits par des dramaturges qui se sont emparés de la vie du célèbre roi français et des voix enregistrées avec lesquelles dialogue Antoine Pickels.
Aucun doute là-dessus: la proposition, même un peu confuse, ne manque pas d’intérêt et tout du début jusqu’à la fin, est d’une écriture très soignée sur le plan plastique. Oui, mais voilà, cela ne fonctionne pas vraiment entre image et parole: cette dramaturgie assez prétentieuse se révèle faiblarde: la fable qui nous est contée dans ce monologue sans fil rouge autre que ce corps allongé, part dans tous les sens, et cette convocation de six dramaturges se révèle être le type même de la fausse bonne idée.
Quant au dispositif des plus statiques, il atteint vite ses limites. Malgré de bons moments, comme ce merveilleux moment musical de Jurgen de Bruyn au luth, (mais filmé),  ou  ce dialogue surréaliste, avec la tête d’un gros chien noir, absolument remarquable, ou encore, quand, à la fin, Antoine Pickels nu, enfin debout, se travestit en femme: il y a là, en quelques minutes, une véritable émotion qui surgit à propos de la recherche de cette identité  qui lui tient à cœur.
Mais tout se paye dans la vie, et le bien, c’est plus cher, disait Céline. Et il faut mériter ces instants  au prix d’une insupportable logorrhée de trois heures,  d’un ennui accablant, auquel quelques-uns des trente spectateurs n’ont pas résisté et sont sortis; les autres, pour la plupart étudiants, sont restés, nous aussi mais n’ont pas non plus applaudi frénétiquement, c’est le moins que l’on puisse dire, et certains commentaires, à la sortie n’étaient pas des plus tendres…
Désolé mais rien à faire, tout ou à peu près nous a laissé éloigné de cette Clinique d’un Roi qui ne se revendique d’ailleurs pas comme spectacle, mais comme un Poème, peintures, performance, alors que nous sommes quand même priés de tenir assis sagement trois heures sans entracte bien sûr, sur ces affreux sièges inconfortables!  La performance, dans ce cas précis, est sans doute davantage du côté du public, pour sa patience et sa résiistance à cette épreuve physique! En fait tout se passe comme si Pickels semblait avoir confondu- volontairement sans doute, mais qu’importe-  spectacle et performance, alors que les règles en sont bien différentes.
Marcel Duchamp disait que le propre du happening était lié à un certain ennui mais ici, Pickels  en a rajouté une bien grande louche! En confondant allègrement déconstruction  et exploration le temps d’une performance c’est à dire une heure ou guère plus, ce qui peut être intéressant, et construction d’un véritable spectacle. Et là on ne sait pas très bien où l’on va.
On voit bien qu’il nous parle et avec sincérité de l’amitié, de la mort, de la solitude du pouvoir,etc… mais le performeur qu’il est, n’a rien d’un acteur et, de toute façon, personne n’arriverait à tenir un public attentif pendant trois heures, même avec des images vidéo qui, une fois de plus, ne servent pas à grand chose, sinon à donner une petite respiration  à ce déluge verbal. A l’impossible, nul n’est tenu.
On va sans doute nous dire que c’était la seconde représentation, mais que la troisième était nettement meilleure! Pas si sûr! Comme Antoine Pickels ne voudra sans doute jamais trouver une durée d’environ une heure, et une dramaturgie mieux  adaptées l’affaire parait mal engagée. Dommage!

Philippe du Vignal

Comédie de Caen  du 24 au 28 février

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Stolypine et Tolstoi

Stolypine et Tolstoï d’Olga Mikhaïlova, mise en scène de Vladimir Mirzoev.

wpid-Photo-28-févr.-2014-1915.jpgLa pièce est inspirée par une correspondance privée entre Stolypine et Tolstoï. Dans un genre qui existe depuis quelque vingt ans à Moscou, le Théâtre Doc, socialement et politiquement engagé, emprunte des thèmes à la réalité et destinés à stimuler la conscience critique des spectateurs. Ce n’est pas une nouveauté absolue: il prolonge une tendance persistante la vie culturelle russe, comme le mouvement, dit de « littérature factuelle » dans les années vingt, ou le théâtre d’agit-prop… Mais, à la différence de ces formes qui étaient au service de l’idéologie communiste et obligatoire, le Théâtre Doc revendique son indépendance vis-à-vis du pouvoir. Pauvre, alternatif, il se joue dans de petites salles et s’adresse surtout à un public intellectuel, désireux de combattre les idées reçues. Fait remarquable: Vladimir Mirzoev, metteur en scène très reconnu et invité par les plus grandes scènes, a rejoint le Théâtre doc et donne maintenant plus la priorité dans son travail, à l’expression des idées qu’à la recherche d’innovations esthétiques, où il s’est pourtant illustré avec éclat.
Cette tournée en France de
Stolypine et Tolstoï a reçu l’aide du Ministère russe de la culture, et celle de l’Ambassade de Russie. Et grâce à l’initiative conjointe du magazine Affiche-Paris-Europe et de l’Association France-Oural qui l’a mis au programme des Journées du livre russe, organisées autour du Prix Russophonie destiné chaque année à couronner une traduction littéraire en français.
Malgré la distance historique, choisir de faire venir cette pièce était en effet pertinent: le conflit entre politique et morale représenté par Stolypine et Tolstoï, trouve encore aujourd’hui un écho en Russie, mais aussi en France et dans le monde. Même si la fonction du théâtre n’est sans doute pas de servir de tribune à des échanges d’idées contradictoires… dont nous sommes par ailleurs gavés, entre autres  par la télévision.
Les acteurs bien dirigés par Mirzoev sont excellents mais dommage! l’absence d’action dramatique et le déluge verbal de la pièce d’Olga Mikhaïlovna, trop mal construite et mal écrite, lassent vite le public. Le metteur en scène, malgré son habileté, s’est laissé submerger par cette « graphomanie », comme les a caractérisés, en privé, l’un des participants… Mais on ne saurait réduire le théâtre à sa dimension esthétique, et c’est sans doute la leçon à tirer de cette rencontre entre le public français et le Théâtre Doc qui appartient à un courant presque clandestin, échappant ainsi à la fois à la routine du répertoire, et au mercantilisme du spectacle russe d’entreprise. Expérience réussie: le théâtre peut être une distraction et un moyen d’avoir des moyens, mais il répond aussi aux besoins les plus urgents de la société civile.
On se souvient en effet du Théâtre de la Taganka vers 1970, et du rôle d’exutoire qu’il avait joué pour faire bouger les lignes d’un pays enfoncé dans la stagnation. Les acteurs, metteurs en scène, et scénographes qui continuent à faire vivre ce Théâtre Doc, méritent donc notre soutien: ils se mettent au service de la société, et perpétuent une tradition fondamentale de la culture russe qui, depuis Pouchkine, a été le seul contre-pouvoir capable d’endiguer, voire de renverser, les tendances mortifères d’un Etat autocratique qui renaît sans cesse de ses cendres…

Gérard Conio

Spectacle joué au Théâtre de l’Atalante du 12 au 14 février.

 

Opéra@Theatre nô

Opéra@Theatre nô, Livietta et Tracollo, intermezzo de Jean-Baptiste Pergolèse et Actéon, opéra de chasse de Marc-Antoine Charpentier, mise en scène de Shugo Ikoh.

wpid-Photo-28-févr.-2014-1227.jpgC’est une sorte de pari que s’est lancé le jeune metteur en scène japonais en réunissant sur un même plateau des chanteurs d’opéra, des acteurs de théâtre nô et de kyogen, et des musiciens  jouant d’instruments occidentaux et d’une flûte de nô.
Pour monter deux œuvres de compositeurs français baroques, comme ce célèbre intermezzo de Pergolèse, mort à 26 ans en 1710, emporté par la tuberculose, et auteur d’œuvres religieuses non moins célèbres comme son Stabat mater et des messes. Et Actéon, petit opéra de chasse en six scènes, de Marc-Antoine Charpentier, mort presque en même temps que Pergolèse en 1704 mais après avoir vécu lui … 71 ans, donc presque l’exact contemporain de Louis XIV, et auteur d’une œuvre religieuse très importante, avec entre autres, ce Te Deum, redécouvert en 1953 et devenu… l’indicatif de l’Eurovision mais aussi de musiques pour les comédies-ballets de Molière, etc…
Sur scène, pour Livietta et Tracollo, le fameux et beau plateau carré du nô, avec un poteau de bois à chaque angle, un cyprès sur le côté et le pont par lequel entrent les acteurs. En fond de scène, un rideau peint représentant dans un vert un peu trop acide, un cyprès. Côté jardin, au pied de la scène, un claveciniste, une hautboiste, une violoncelliste et deux violonistes, et des chanteurs/acteurs vont interpréter cet intermezzo, devenue ensuite une œuvre à part entière, qui raconte en à peine une heure,comment la belle et jeune Livietta a décidé de se venger d’un certain Tracollo, un jeune truand qui a volé et sérieusement tabassé son frère.
Après un entracte, lui succède Aktéon, ce petit opéra de Charpentier qui met en scène la malheureuse aventure du chasseur Actéon qui va surprendre la belle déesse Diane quand elle prend son bain. Furieuse d’avoir été vue nue par Aktéon, Diane va le transformer sans état d’âme en cerf. Et le pauvre jeune homme se fera ensuite dévorer par ses chiens.
Shugo Ikoh a imaginé qu’il pouvait effectuer une fusion entre l’opéra baroque français et le nô japonais, et aussi avec cette petite forme comique qu’est le kyogen qui s’intercalait dans les très sérieux nô, comme l’intermezzo chez nous dans l’opéra séria. Il ajoute qu’il y a d’autres affinités intimes comme le nombre restreint d’interprètes ou le personnage de femme, ivre de colère que l’on retrouve aussi dans le nô qui a toujours passionné et
fasciné les gens de théâtre français. On connaît l’admiration sans bornes de Paul Claudel pour le nô, ses comédiens et pour Zeami (1363-1443), son fondateur qui fut à la fois acteur, auteur, compositeur, et théoricien et qu’il cite dans son Journal : « Oubliez le théâtre et regardez le Nô. Oubliez le Nô et regardez l’acteur. Oubliez l’acteur et regardez l’idée (le cœur, kokorô). Oubliez l’idée et alors vous comprendrez le Nô ».
De leur côté,
les artistes japonais ont depuis une trentaine d’années ont été très sensibles à nos compositeurs baroques.
Mais comparaison n’est pas toujours raison, et le système mis en place ici ne fonctionne pas vraiment: la rigueur absolue du plateau et le système hiératique de jeu très codé du nô japonais ne font pas forcément un mariage d’amour réussi avec les formes baroques d’un opéra français.
Même si tous les interprètes sont de très haut niveau, le spectacle fait le grand écart en hiératisme et fantaisie, et souffre d’une certaine sécheresse mais aussi d’un manque d’unité scénique.Le public a en effet le regard constamment sollicité par le remarquable petit orchestre qui n’est pas dans une fosse mais juste à côté de la scène côté jardin, par l’action scénique, par les chanteurs et le surtitrage… ce qui commence à faire beaucoup!
Pour Aktéon, par exemple, les quatre chanteurs sont installés en rang, à genoux, côté cour, lisant leur partition sur de petits pupitres, comme les musiciens de nô, tandis que les acteurs, vêtus de costumes magnifiques en soie, miment l’action, accompagnés par les musiciens.
Nos amis japonais semblaient aussi déconcertés que nous par cette fusion auto-proclamée, pas très convaincante. Reste le bonheur de voir évoluer ces acteurs de nô, venus autrefois au Festival d’Automne et qui, de façon invisible, ont sans doute beaucoup influencé le théâtre occidental. Mais aussi d’entendre des chanteurs japonais chanter en français du Marc-Antoine Charpentier…. Comment alors ne pas craquer devant ces intonations d’une fraîcheur absolue.A la fin, phénomène inhabituel chez nous mais courant au Japon, les musiciens sont sortis très dignes, suivis des acteurs; le public attendait mais ils ne sont pas revenus saluer…

Philippe du Vignal

Maison de la Culture du Japon à Paris; spectacle joué les 20, 21 et 22 février.

Bravo le MEDEF

 Bravo le MEDEF…

Le MEDEF qui ne doute jamais de rien, a enfin dévoilé ses plans qui étaient le dernier secret de Polichinelle: il  persiste et signe son opposition à l’assurance-chômage des intermittents du spectacle, alors que les négociations entre les partenaires sociaux vont reprendre  aujourd’hui…
  Pour saluer le grand courage et l’immense bonne volonté de l’organisation patronale, qui veut à tout prix abroger le régime spécifique des intermittents, (les fameuses annexes 8 des techniciens,  et 10 pour les artistes), et le faire rentrer dans le régime dit général, un cortège partira aujourd’hui, du Palais-Royal à 14 heures vers le siège du Medef, avenue Bosquet à Paris.
Certes, ce régime d’indemnisation est loin d’être parfait mais il a fait ses preuves; sans doute, il a ses tricheurs mais ce qu’on oublie de dire, pas plus que tous les autres… Et le MEDEF ne signale pas qu’il y a d’autres tricheurs, et des plus  institutionnels qui, eux, sans aucun état d’âme, continuent à recruter techniciens et artistes  avec un statut d’intermittent, dans le but évident  de contourner la loi et de faire des économies.

Ainsi, selon le rapport  de la mission sur l’intermittence, fin 2012, c’est à dire hier,  notait bien que les chaînes de de la télévision  publique comptaient 18 % de salariés non permanents, dont la moitié d’intermittents, alors qu’ils devraient être normalement embauchés en CDI. Même si chez Radio-France, l’intermittence concerne davantage les producteurs et animateurs, l’un d’entre eux avait travaillé pendant 37 ans ( sic) en CDD! France Télévisions, institution privée, emploie, elle,  400 permanents et 200 non permanents (en équivalent temps plein). 
Bref, le MEDEF et son Gattaz préféré feraient déjà bien de balayer devant leur porte, avant de proposer du n’importe quoi, c’est à dire, si on a bien compris, de faire payer l’Etat. Ils devraient se souvenir du fameux:  » Pas question de céder » que bien des hommes politiques: entre autres, Juppé, avec son plan de sauvegarde de la Sécu,  Balladur qui voulait abroger la loi Falloux, Devaquet qui prévoyait l’autonomie des universités et qui après la mort de Malek Oussekine exécuté par des policiers, dût démissionner, Ferry avec sa loi sur l’autonomie des universités vite enterrée, Villepin avec son CPE,  Fillon avec son projet sur les IUT, tous avaient cru bon de rouler les mécaniques face aux  grandes manifestations de rue… avant de reculer des deux pieds.
Aurélie Filipetti, ministre de la Culture, comme Jean-Marc Ayrault, ont bien soutenu la position des syndicats mais quel est le poids d’un gouvernement en fin de course, à l’heure actuelle? La France est quand même un curieux pays: il faut à tout prix que les situations les plus invraisemblables – et celle-là dure depuis plus de dix ans!-  ne puissent se résoudre qu’une fois passée l’épreuve de la rue.
Victor Hugo disait:  » La rue est le cordon ombilical  qui relie l’individu à la société ». Aux dernières nouvelles, le sieur Gattaz, lui aussi, aurait mieux fait de se taire:
toute honte bue, il a déjà commencé à reculer!
Mais restons vigilants.

Philippe du Vignal

Nous avons reçu cette lettre de Bernard Bloch, comédien et metteur en scène,  où il résume clairement la situation actuelle.

Ph. du V.

Intermittents du spectacle, pourquoi ?  Qui sont-ils ?  Servent-ils à quelque chose ?

Etre “intermittent du spectacle” n’est ni un métier ni un statut. C’est un régime d’indemnisation-chômage spécifique, créé en 1936.Un tiers des salariés du secteur ne sont pas intermittents mais travaillent dans le cadre du régime général, en CDI ou en CDD. Les intermittents du spectacle sont des travailleurs, artistiques, techniques et administratifs. Leur travail salarié est discontinu. Comme celui des gens travaillant  en CDD, les intérimaires, les stagiaires, les travailleurs à temps partiel.
En réalité, la plupart des intermittents travaillent constamment, mais seules leurs périodes de salariat sont discontinues :
1) Soit, pour la très grande majorité d’entre eux, parce qu’une importante partie de leur travail est souterrain : une danseuse s’entraîne quotidiennement sans être payée ; un comédien travaille son texte chez lui sans être payé ; un metteur en scène de théâtre ou de cinéma réunit une distribution, conçoit une scénographie, recherche des financements pendant des mois, parfois des années, pour une création qui verra le jour longtemps après le début de son travail. Mais il ne sera payé qu’au moment de la création….
2) Soit parce qu’ils travaillent dans des entreprises audiovisuelles ou ‘événementielles’ qui auraient les moyens de les payer normalement pour la vraie durée du travail, mais qui, pour « optimiser leurs profits », ‘abusent’ des  modalités spécifiques d’indemnisation des intermittents.
3) Soit parce qu’ils travaillent pour des associations peu argentées qui n’ont pas les moyens de payer chaque jour travaillé et qui utilisent, elles aussi, ces modalités spécifiques d’indemnisation des intermittents,  sans lesquelles elles ne pourraient tout simplement pas exister. C’est le cas de la plupart des compagnies artistiques ainsi que d’un certain nombre de théâtres indépendants reconnus et soutenus par les pouvoirs publics pour la qualité de leur travail, leur indépendance et le faible coût de leurs productions.
Si ces structures devenaient elles aussi des institutions d’État, si le régime de l’intermittence dépendait de l’État,  et non de la solidarité interprofessionnelle, ces compagnies et ces artistes perdraient l’indépendance et la singularité qui font leur raison d’être.
4) Les intermittents du spectacle, sauf quelques stars, ont des revenus (salaire+indemnités) modérés ou faibles : le salaire annuel médian des intermittents, indemnités comprises (artistes et techniciens), est de 8503 € (4869 € pour les seuls artistes !). Et encore, la moitié d’entre eux (comme la moitié des chômeurs) ne bénéficient pas d’indemnisation ! Sont-ce là des privilégiés ?
Les intermittents du spectacle servent-ils à quelque chose ?
1) Les ‘intermittents’ font vivre des pans entiers de l’économie nationale qui sinon s’écrouleraient (tous les théâtres et les cinémas, des orchestres, les parcs d’attractions, voire la télévision) ou qui seraient mis en difficulté (tout le secteur touristique et commercial qui bénéficie grassement des activités culturelles et, notamment, festivalières). Sur cette question économique, les chiffres avancés par les détracteurs des intermittents pour faire valoir qu’ils sont coûteux, parasitaires et privilégiés, sont mensongers et insultants. Selon un récent audit indépendant et officiel, le secteur culturel représente en effet plus de 3% du PIB et emploie plus de salariés que l’automobile et autant que l’agro-alimentaire.
2) Les intermittents travaillent -comme d’autres artistes non intermittents (plasticiens par exemple)- à essayer de rendre accessible une denrée (l’art) qui n’est pas un luxe de nantis, ni d’intellectuels, mais qui est –consciemment ou non- absolument essentiel à la vie de toutes les femmes et de tous les hommes, comme c’est le cas depuis la nuit de Lascaux. L’art est un regard neuf sur le réel. Il permet de le transformer, et seuls, ceux qui considèrent que le monde est paradisiaque, ne ressentent pas le besoin de la transformer.
3) En ces temps de révolution numérique, de limitation des ressources naturelles et d’émergence légitime des économies du Sud, l’intermittence peut constituer un laboratoire très utile pour élaborer un nouveau mode de gestion du travail et du chômage que l’évolution de la société rendra bientôt obligatoire pour tous les travailleurs, dans tous les secteurs économiques.
Le « travail invisible » de conception, de réflexion et d’enrichissement culturel occupera bientôt plus de temps que le travail salarié à l’ancienne. Le CDI à vie dans la même entreprise, voire dans la même branche, devient de plus en plus rare et, ce qui est aujourd’hui considéré comme une menace, pourra alors devenir une chance qui laissera à tous les travailleurs plus de temps pour s’émanciper.

  Là encore, les 10% de privilégiés qui accaparent 90% des revenus ont tout intérêt à empêcher cette émancipation qui conduirait immanquablement à la remise en cause de leurs privilèges.

Bernard Bloch

Nous avons reçu aussi ce message:
Le Point réalise un sondage super démago « pour ou contre la  proposition du Medef d’en finir avec les intermittents »! Pour voter contre, il suffit de  cliquer sur le lien et de cocher « non »;  ça prend 2 secondes! Merci d’agir contre cette propagande!!!!
Christian Maillard

 http://www.lepoint.fr/sondages-oui-non/etes-vous-favorable-a-la-proposition-du-medef-d-en-finir-avec-le-regime-des-intermittents-du-spectacle-16-02-2014-1792218_1923.php

 

Marguerite et moi Duras

Fabienne Boueroux

Fabienne Boueroux

Marguerite et moi,  mise en scène  de Fatima Soualhia Manet et Christophe Casamance.

Marguerite Duras aurait eu cent ans en 2014, d’où le grand nombre de reprises de pièces d’elle, ou de spectacles autour d’elle (voir Le Théâtre du Blog).  Marguerite et moi, rassemble des textes d’entretiens télé et radio et  quelques extraits de son œuvre, où elle nous propose sa façon de penser, de voir le monde  avec  des thèmes aussi différents que la cuisine, le rire, la politique, les hommes et les femmes…
Fatima Soualhia Manet incarne  Marguerite Duras face à un journaliste discret  et  la plupart du temps, hors du plateau. Duras se laisse aller, mais s’écoute aussi parfois parler, jouant habilement de son personnage et sachant bien qu’elle sera écoutée ou lue. « Toujours saisie sur le vif, cette parole pleine de férocité, de roublardise et de drôlerie donne à voir des prises de position nettement tranchées »? dit Fatima Soualhia Manet. C‘est tout à fait ça: une sagacité de tous les instants.
Bien sûr, c’est Duras mais c’est parfois tout simplement du bon sens, des choses qui pourraient être entendues dans la bouche de n’importe qui. Mais souvent, c’est quand même très fin, très engagé et habilement exprimé…  Quand, parfois, elle répond parfois à des questions que seuls certains journalistes (malins) sont capables de poser comme, par  exemple la différence entre l’homme et la femme, elle développe une théorie intéressante sur la féminité, en évacuant la maternité pour parler de sorcellerie.
La question de l’enfance revient aussi très souvent, au début du spectacle,  comme un faux exotisme sur lequel
elle en a assez d’être interrogée, et, à la fin, comme d’un souvenir ému, lointain. La question politique est aussi très présente, avec des termes et des engagements qui représentent bien une époque avec  le communisme stalinien, la logique de parti, la nécessité d’être « de gauche », l’idéologie...
  Ce découpage nous permet de mieux fixer Duras dans son temps, et la mise en scène alterne intelligemment des détails, voire des anecdotes et des points de vue forts, parfois douloureux comme son rapport à l’alcool qui l’a amené à se détruire et presque à aimer ça. Fatima Soulhia Manet produit un travail d’acteur impressionnant, d’une grande minutie, dans la ressemblance mais jamais dans l’imitation.
La période couverte dure environ vingt ans et on voit bien Duras évoluer. Quelques détails nous y aident: la tenue bien sûr mais aussi les cigarettes, qui changent de marque au fil des années, le fameux camion, « personnage » de  son film. Et l’actrice-caméléon propose donc plusieurs visages de Duras, une évolution en trois temps qui est  saisissante.
Les quelques interventions du journaliste permettent de bien rythmer le jeu, d’offrir des pauses et
aussi de préparer de beaux monologues. Une vidéo occupe aussi le fond de scène pour quelques minutes, mêlant Fatima Soulhia Manet et Duras elle-même. Pas vraiment indispensable, elle nous permet cependant une respiration  poétique par l’image, alors que ce sont plutôt les mots qui fusent.
Après cette heure passée avec une Marguerite Duras plus sincère que nature, mais plus cabotine aussi, on se dit qu’il n’y a guère d’écrivain  aujourd’hui qui supporterait la comparaison…

Julien Barsan

Théâtre de Belleville, du mardi au samedi 19h15, et le dimanche à 20h30.

Savannah bay

Savannah Bay de Marguerite Duras, mise en scène de Didier Bezace.

Emmanuelle Riva,  à quatre-vingt-six ans, revient sur scène après des années d’absence, et après le grand film de Michael Hanneke. Trente ans ont passé depuis l’interprétation de Savannah Bay par lsavannahbaye couple mythique Madeleine Renaud/Bulle Ogier. Mais l’importance du sous-texte dans Savanah Bay, est toujours là, dans ce dialogue entre une actrice âgée et une jeune femme avec qui elle essaie, avec difficulté, de se souvenir.
Cela rappelle, dans une toute autre approche Acrobates un spectacle récent (voir Le Théâtre du Blog) repris en ce moment au Monfort qui
fait entendre la voix de Fabrice Champion, trapéziste des Arts Sauts, fracassé par un accident survenu en plein vol, et devenu tétraplégique. Aujourd’hui décédé,  il avait lutté dix ans…
Acrobates a pour thèmes l’acrobatie comme métaphore de la condition humaine, et l’amitié  au-delà de la mort, et pour acteurs, 
Alexandre Fournier et Mathias Pilet  qui nous entraînent, autour de la disparition de celui qui les réunit et de celle qui nous menace, dans une  ode au mouvement, à la vie, au risque, et à la confiance. Tout est dit: courage, jeu, complicité, tendresse. La force du lien amical devient ainsi la métaphore même du jeu théâtral où, devant le risque qu’on prend sur scène, l’on n’est rien l’un sans l’autre…
Ici, le partenaire que l’on prend dans ses bras,  c’est bien le sous-texte de Savannah bay.  Au bord du grand âge, au bord de la disparition, celle de la mémoire et de la vie, Emmanuelle Riva est assise sur un praticable, au centre d’un sobre dispositif blanc. Elle se déplace peu.
Et c’e
st la légère Anne Consigny qui bouge. Mais le mouvement palpite en Riva, dans le frémissement qu’elle insuffle aux mots  avec un rythme hésitant, dans le dessin de ses doigts fragiles qui font vibrer l’espace, dans l’éclat de ses yeux attentifs à la moindre chose. Performance immobile et versatile. Elle danse au bord du gouffre: pendant une heure, funambule sur le texte de Duras. Elle nous tient en haleine, et nous fait respirer plus vite, plus haut.
Et un autre fil renforce l’émotion théâtrale, celui qui relie les deux femmes, la plus âgée et la plus jeune. Anne Consigny, elle, est à l’écoute, une écoute extrême, qui s’exprime par le regard, par les mains qui tiennent, retiennent ou soutiennent, devinent et devancent.
On ne sait ce qui vient du jeu, des personnages ou des personnes. Réel et fiction s’interpénètrent dans ce duo poétique, puissant et fragile à la fois, relié par la même grâce que celle des acrobates, et nous tiennent en haleine — mystère du théâtre, plus fort encore que celui qui émane du texte. Acrobates de la scène, Riva et Consigny donnent une leçon de théâtre et font vivre à leurs spectateurs une heure d’intense émotion.

 Béatrice Picon-Vallin

Théâtre de l’Atelier à Paris

Knock ou le triomphe de la médecine

Knock de Jules Romains, mise en scène d’Olivier Mellor.

a370a2e5adaaa7cddbb581f5270a2e9dCette comédie assez cruelle qui tourne  aussi à la farce, avait été créée en 1923 par Louis Jouvet qui jouait aussi le docteur Knock,  s’inscrit dans la vieille tradition théâtrale de la satire du monde médical et, presque cent ans après sa création, n’a  rien perdu de son acuité. Surtout quand on veut bien se souvenir des récents scandales où des médecins qui ont pourtant tous fait le serment d’Hippocrate,  ne sont pourtant pas les derniers à créer des médicaments ou des traitements miracle pour se faire des fortunes sans aucun scrupule,  sur le dos  de patients aussi naïfs que fragiles, et donc facilement manipulables. Et toutes les recettes sont bonnes: il suffit de savoir s’y prendre et de bien communiquer…
La pièce de Jules Romains est
devenu un classique dans les lycées vingt-cinq ans à peine  après sa création. Qui dit mieux?  Et elle  a connu la gloire, grâce en grande partie,  au film de Guy Lefranc (1951) avec toujours  Louis Jouvet,  mais aussi Pierre Renoir, Jean Carmet et… Louis de Funès…
La fable parait inoxydable:
ce qui se passait dans un canton français dans les années 20, se produit encore et toujours à l’ère d’Internet: tout est bon pour se soigner  de maux bien réels, voire gravissimes ou imaginaires: comme le dit le bon docteur Knock
: « Les gens bien portants sont des malades qui s’ignorent. »
Avec des séjours bidon en cliniques spécialisées, ou avec  gélules dont on ignore le plus souvent ce qu’elles contiennent: de l’or, du cuivre, de l’argent, des plantes tropicales, du magnésium, ou de la poudre de perlimpin, etc….
A
vec un bon argumentaire, la manipulation fonctionne  à merveille, surtout quand les malades et/ou leurs familles  ne veulent pas voir que la maladie est irréversible, du genre:  » Votre sœur, dites-vous, souffre de dégénérescence neuronale, bon, mais rien n’est perdu et je me fais forte de la remettre sur pied en une quinzaine de jours » avait  dit un jour, une médecin  à un proche qu’il avait rencontrée par hasard dans un avion! C’est bien connu, en matière de manipulation mentale, plus gros sont les mensonges, plus ils passent facilement…
Jules Romains a situé sa pièce dans un gros bourg  français; normalien, agrégé de philo, il connaissait pourtant bien cette société encore très rurale mais prête à s’ouvrir aux derniers progrès de la médecine, quitte à en payer le prix. Le docteur Parpalaid vient de vendre sa clientèle à un confrère, le docteur Knock qui, de façon très pragmatique, commence à faire un bilan financier en estimant les revenus potentiels de la clientèle locale. Il  s’aperçoit vite qu’il s’est fait avoir et que le cabinet à fortes ressources vanté par Parpalaid est une belle chimère.
Mais voilà, Knock a roulé sa bosse : il a servi comme médecin à bord d’un bateau dont il a soigné l’équipage entier mais sans en avoir ni  le titre ni les compétences… Il a visiblement aussi déjà tout  compris  du marketing, de la publicité et de la communication; très habilement, il instaure même une matinée de consultation gratuite, et  arrive donc vite à avoir une clientèle parmi les paysans du coin,  en commençant par recevoir tout de suite,le tambour de ville dont il fait semblant de prendre très au sérieux ses démangeaisons: « Attention. Ne confondons pas. Est-ce que ça vous gratouille ou est-ce que cela vous chatouille? – ça me gratouille. mais çà me chatouille bien un peu aussi.-Est-ce que ça ne vous gratouille pas davantage quand vous avez mangé de la tête de veau à la vinaigrette?-Je n’en mange jamais. Mais il me semble que si j’en mangeais, effectivement, ça me gratouillerait plus ». 
Célèbre dialogue,  des plus surréalistes et où Louis Jouvet excellait.
Knock sait se montrer apparemment attentif et près des gens, alors qu’il les méprise d’être aussi naïfs, mais aussi s’appuyer sur  Mousquet, le pharmacien dont il se fait vite, à coup de flatteries, un allié indispensable, et sur Bernard, l’insituteur. Le bon docteur Knock  va aussi se faire respecter d’une malade imaginaire qui veut le voir tous les jours ou presque,  ou d’un jeune garçon bien imbibé, à qui il procure la peur de sa vie, en lui montrant des cartons  illustrés d’organes: « Voici votre cœur. mais chez vous, le cœur est déjà plus abimé qu’on ne l’a représenté là-dessus ».
La mise en confiance, les offres gratuites de services qu’il faudra ensuite payer encore plus cher, la prétendue volonté de prendre les choses au sérieux, les calculs stratégiques pour attirer le client, le cynisme … Bref, des techniques de manipulation, le docteur Knock a déjà tout compris. Et cela va lui réussir au-delà de ses espérances…
En effet, au troisième acte, encore plus grinçant, le docteur Parpalaid qui a quitté la région  et s’est établi au centre de Lyon, revient voir le docteur Knock pour se faire payer.  Et il découvre, assez incrédule, la parfaite réussite du nouveau médecin  dont il s’était bien moqué, il y a seulement quelques mois, le renvoyant ainsi à son amateurisme et à son incompétence en affaires.
Knock règne effectivement en maître incontesté sur la santé des habitants de la région! Cela se passe à l’hôtel de la Clef, devenu une sorte de résidence hôtelière pour malades qui viennent, et souvent de  loin, consulter le merveilleux docteur Knock. Lequel s’offrira en prime, le cynisme et le luxe d’humilier Parpalaid quand, un peu naïf, il lui propose de lui vendre son nouveau cabinet et de revenir, à sa place, à Saint-Maurice…
Même si
elle manque singulièrement de rythme, la mise en scène d’Olivier Melior se laisse voir,  mais plutôt pour  sa direction d’acteurs qui sont bien dirigés. Stephen Szekely (Knock) est remarquable  de justesse et tout à fait crédible; cela, dès les premières minutes, et assez inquiétant à la fin; il forme  avec Rémi Pous (Parpalaid) un tandem qui réussit à s’imposer. Il  y a aussi Marie-Laure Boggio dans deux rôles opposés: d’abord en vieille dame en noir qui, dit Jules Romains, « respire l’avarice et la constipation ». Elle est tout aussi étonnante de vérité que dans le personnage de Madame Rémy, la directrice de l’hôtel de la Clef. Les autres rôles sont bien et solidement tenus pendant tout le spectacle.
On oubliera la scénographie, sauf la route sur un déroulant en fond de scène assez bien trouvé; elle se voudrait drôle mais d’inspiration lointainement surréaliste, et souvent laide, elle reste assez peu convaincante et part dans tous les sens et dans toutes les époques. Il y ainsi des projections à plusieurs reprises de visages caricaturaux et grimaçants dont sans doute celui  de Jouvet, dont ne voit pas du tout l’intérêt.
Il y a, par ailleurs, la présence fréquente d’une petite  fanfare sympathique qui accueille le public à l’entrée de la salle et qui joue bien mais dont les intermèdes  cassent le rythme du spectacle, comme cet inutile entracte juste avant le dernier acte, sans doute celui dont la mise en scène  est la mieux maîtrisée. Avec un chœur final du corps médical de la clinique du docteur Knock très réussi.
Ce n’est sans doute pas un très grand Knock mais Olivier Melior a réussi à rendre vivante cette pièce, dont le personnage principal est, comme il dit, « tutélaire et emblématique du théâtre de répertoire » à la française »…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Epée de Bois,  Cartoucherie  de Vincennes jusqu’au 22 février.

 

lancelot

Lancelot, adaptation de Gaétan Peau,  de  Lancelot ou le chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes et de  La Vie de Merlin de Geoffroy de Monmouth, mise en scène de Quentin Defait.

Lancelot_-_Brigands©_Philippe_Rocher C’est l’histoire d’un jeune homme Lancelot.  Merlin, dont l’existence est inconnue par le jeune chevalier, veille sur lui et sur son apprentissage des arts de la guerre. A dix-huit ans, Lancelot est envoyé à Camelot afin d’être adoubé par le roi Arthur. Mais au moment de lui jurer fidélité, Lancelot tombe amoureux de la reine Guenièvre et cet amour absolument déraisonnable va être ici le prétexte à un voyage au cœur d’un Moyen Age  où la violence est quotidienne. Avec de fréquents combats à l’arme blanche et où la vie d’un homme est de de peu de poids. » Ce spectacle, dit Quentin Defait,  réinvente une histoire axée autour d’une idée : la pureté est une quête sans fin qui, au–delà de la force et de l’esprit, est tributaire du cœur ».
Et effectivement, on voit ici un  chevalier de la Table Ronde,  Lancelot,  en proie à un amour défendu et en  quête de pureté absolue; il n’hésitera  pas à  trahir  son  Ordre pour délivrer Guenièvre, cette femme qu’il sait ne jamais pouvoir posséder, dans une quête personnelle qui relève de l’impossible, voire de la folie. On retrouve les personnages de
Lancelot, Merlin, Arthur, Gauvain, Yvain sur la petite scène du Théâtre 13 qui n’est sûrement pas le cadre idéal pour ce type de spectacle qui mériterait un lieu  authentiquement moyenâgeux.
Cela dit, il y a une belle et  intelligente scénographie,  qui traduit mais ne cherche pas à copier l’incopiable, 
d’Agnès de Palmaert et Natacha Le Guen de Kerneizon, faite de châssis ajourés qui laissent passer les belles lumières, très finement conçues, de Philippe Littlejohn ; y a aussi des costumes de  Florie Weber et Madeleine Lhospitalier qui ne cherchent pas à faire dans l’anecdotique, et des scènes de combat fort bien réglés par Patrice Camboni,  et impressionnantes de vérité, et des  musiques chorales religieuses. Tout cela possède une belle unité.
Mais du côté dramaturgie, la fable est loin d’être limpide, et mieux vaut la connaître avant et c’est souvent le cas, quand on passe du romanesque au scénique; quant à l’interprétation, là,  le compte n’y est pas tout à fait: à part Xavier Catteau (Yvain) et Julie André (Guenièvre et Juliette Coulon (Viviane), qui sont tous les trois crédibles, les autres comédiens ont tendance à surjouer et à criailler. Et même s’il y a quelques beaux moments, on reste un peu sur sa faim.
Bref, un spectacle sympathique mais pas vraiment encore abouti et  qui parait tout de même un peu longuet, alors qu’il ne dure qu’une heure et demi. Donc à vous de voir…

Philippe du Vignal

Théâtre 13  103 A  Boulevard Auguste Blanqui 75013 Paris jusqu’au 24 février.

 

Kabaret warszawski

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Kabaret warszawski, adaptation et mise en scène de Krysztof Warlikowski (en polonais,  surtitrage de Zofia Szymanowska et  traduction en français de Margot Carlier).

  Le nouvel opus du désormais bien connu en France, Krysztof Warlikowski, qui a été  présenté l’an passé à la FabricA, nouveau lieu du  Festival d’Avignon,  est repris pour quelques dates à Chaillot.
Dès qu’on entre, on est surpris, comme d’habitude chez le metteur en scène polonais, par la remarquable scénographie de Malgorzata Szczesniak: sur le  plateau nu de la salle Jean Vilar, il y a comme une sorte d’immense vestiaire de piscine, cerné par un mur de carreaux de faïence blanche, avec, à jardin, des instruments d’orchestre rock devant un long panneau de centaines d’ampoules, et, au premier plan, une cabine téléphonique sans téléphone en plexiglass, et symétriquement côté cour, avec une porte transparente, des  toilettes…Et, au centre de la scène, un long canapé en tissu  jaune foncé pouvant accueillir huit personnes.
“On assiste en Pologne, dit Warlikowski, à une vague d’attitudes nationalistes que l’on présente comme un nouveau patriotisme, on cherche des justifications à l’homophobie, on torpille des projets de loi équivalent au PACS et  mon spectacle constitue un tentative utopique de créer un asile pour ce groupe de gens qui sont différents et dont fait aussi partie le public de mon théâtre, un lieu de liberté et d’invention”.
Cela dit, quand il critique “des cadres européens  occupés à faire fructifier leurs biens”, il devrait quand même se souvenir que le Festival d’Avignon, comme le Théâtre de l’Odéon ou le Théâtre National de Chaillot qui  co-produisent ses spectacles, bénéficient du mécénat de grandes sociétés capitalistes où travaillent ces mêmes cadres…
Mais on le sent plus soucieux que jamais, avec cette dernière création, qui n’ a guère de cabaret que le nom,  de mettre l’accent sur  l’indispensable  et légitime nécessité de liberté personnelle dans son pays comme dans toute l’Europe. Où il est clair que la majorité de la population, y compris parmi ses collègues directeurs de théâtre,  ne pense pas comme lui qui veut faire de son Nowy Teatr, un espace de libre expression dont ce spectacle, dit-il, est la première étape.
Il s’est inspiré, pour ce  Kabaret warszawski, de la pièce du  dramaturge anglo-américain John van Druten (1901-1957)  I am a camera ( 1954), inspirée de  nouvelles de Christopher Isherwood  et qui donna ensuite naissance  à la célèbre comédie musicale, Cabaret de Bob Fosse. Créée en France par Jérôme Savary, elle  triompha à Lyon puis, dans cette même salle Jean Vilar. Mais le metteur en scène polonais a aussi repris des moments du scénario de Shortbus du réalisateur  John Cameron,  des extraits des Bienveillantes   de Jonathan Mitchell,  d’une autobiographie de Justin Vivian Bond, artiste trans-genre de cabaret new yorkais, et enfin de textes écrits par ses acteurs et lui.
Le  public est prié de ne pas rester inactif et de faire le rapprochement  entre deux époques, celle des années 30 et la nôtre où l’envie de conservatisme moral reprend parfois du service, plus spécialement en Hongrie, et en Espagne, ou en Grèce. La montée du fascisme est ici rappelée, mais seulement rappelée, par des extraits de films en fond de scène sur l’ouverture des jeux Olympiques en Allemagne par Hitler, curieuse coïncidence. C’était le même soir où Poutine faisait de même à Sotchi.
Warlikowski le dit lui-même : son spectacle traite  seulement  ″des tentations diaboliques″ d’aujourd’hui   mais  il semble dire quand même qu’aujourd’hui et hier ont souvent bien des points communs. Qui a pu jamais prédire une guerre entre deux pays que leurs habitants eux-mêmes pensaient impossible, et qui a pourtant eu lieu…
PHO6bd12f42-89d3-11e3-af08-b6b85f4ea357-805x453Soit une mosaïque de textes sans lien vraiment apparent, sinon par les thèmes traités, en particulier de ces catastrophes humaines  du vingtième siècle, y compris l’antisémitisme mais  où on a souvent du mal à voir le fil rouge pendant ces cinq heures… (avec un entracte).
On peut se poser la  question: que se serait-il passé, si le spectacle n’avait duré que trois heures? Rien sans doute… qu’un plus grand bonheur. La partie textuelle est  en effet  assez faible; cela dit, on ne s’ennuie jamais vraiment,  même s’il y a de sacrées longueurs, surtout à cause d’une mauvaise relation entre le texte et le reste du spectacle. Warlikowski avait, semble-t-il, envisagé un possible resserrement mais, vu l’ampleur des moyens mis en œuvre, cela aurait été sans doute un travail pharaonesque.
Il y a, et c’est ce qui est le plus passionnant  ici, comme chez Pommerat ou d’autres créateurs contemporains, une dramaturgie qui n’est pas seulement fondée sur la parole, ce que constatait, et sans aucun regret, Robert Abirached (voir le Théâtre du Blog), et à laquelle nous a habitués le  créateur polonais. Soit, très  bien traitée dans ce Kabaret warszawski, et souvent même mieux que, par exemple, dans sa mise en scène d’Un tramway nommé désir, une intelligente broderie de sons, de lumières, de dialogues, et d’images aussi violentes que superbes, comme ces  grossissements vidéos de corps d’un homme et d’une femme faisant l’amour nus, ou presque,  dans la cabine en plexiglass et qui, retransmis sur le mur d’une dizaine de mètres, deviennent des  formes  non figuratives d’une grande beauté. « Ob-scènes »,  au sens étymologique du mot, même si ce n’est pas devant (ob), mais en fond de scène.
Broderie aussi d’images avec  de nombreux moments, joués mais aussi dansés et/ou chantés, qui témoignent de la maîtrise absolue de la mise en scène et de la direction d’acteurs, tous impeccables de  Warlikoswski, il en eu  a eu les moyens  mais sait où s’arrêter, à l’intérieur d’un schéma des plus rigoureux, quant à la gestion du temps et de l’espace. Très maîtrisés et  mieux que le texte qui part, lui, un peu dans tous les sens.
On a bien compris le message qu’il veut envoyer à sa Pologne toujours aussi bien pensante et catholique, mais aussi aux autres pays européens:  « Ne nous interdisez aucune  forme d’érotisme et avec qui nous voulons,  de l’un ou l’autre sexe, ou des deux, laissez-nous fumer autre chose que du tabac, et regardez où l’antisémitisme a conduit la République de Weimar ». Il adore la provocation mais le fait avec panache et sans vulgarité, même dans les scènes les plus crues. Ses personnages font donc l’amour sur scène, fument du haschisch…″Exercez votre goût, afin de porter de meilleurs jugements en politique″, nous dit aussi d’une autre façon, Warlikowski, après Hannah Arendt.
En dehors, ou à côté, de tout effet illusionniste, surtout en  adoptant un parti pris de lenteur presque wilsonienne par moments, et en privilégiant une émission de signes non verbaux: lumières, vidéos, chorégraphie, musique, gestuelle et costumes, le tout  d’une rare efficacité. Bref, Warlikowski ne transige sur rien, et a retenu la leçon de Meyerhold, et de metteurs en scène comme ses deux compatriotes: l’immense Tadeuz Kantor d’abord, et Kristian Lupa dont il a été l’élève. Et aussi les Allemands comme Heiner Muller, Klaus-Michaël Gruber, Einar Scheef, ou Christophe Marthaler…
Ses mises en scènes sont d’abord comme chez eux d’un picturalité exemplaire, avec un accent mis sur le travail choral, par exemple, quand les acteurs chantent tous à la presque fin, face public,  et sur la matérialité du corps humain, qu’il soit seul ou non, et en mouvement, ou non.. Ainsi, au début du spectacle, cette actrice, disons très enrobée, qui impose tout de suite  son  incroyable présence sur scène. Comme tous  ses camarades, mais en particulier, celle qui est la vedette du spectacle, Magdalena Cielecka, d’une grande élégance. Et on sent chez eux, une solidarité sur le plateau et une confiance absolue dans leur metteur en scène. Ce n’est pas si fréquent en France et mérite d’être signalé.
Sans doute, ce Kabaret warszawski est-il bavard, voire souvent confus, et trop long, surtout dans les moments de pure musique quand les musiciens de l’orchestre rock sont à la batterie… largement amplifiée et pendant de trop longues minutes, mais on peut quand même  pardonner à Warlikowski! Quelle mise en scène en effet, quels grands acteursacteurs, quelle beauté! On ne voit pas tous les jours un public faire une telle ovation à un spectacle aussi long et pas toujours facile d’accès, même avec un sur-titrage; Didier Deschamps a eu bien raison de l’accueillir. N’hésitez donc pas, Kabaret warszawski ne reviendra pas de sitôt et vous n’avez encore que quatre soirs pour le voir.
C’est très bien sous-titré, mais essayez de ne pas arriver trop fatigué, et, à la limite, ne regardez pas les sous-titres, l’essentiel est ailleurs, et laissez-vous embarquer dans ce fabuleux livres d’images qui dit beaucoup de choses, et non des moindres: fatalité de la guerre et du mal, fantasmes érotiques, répression morale d’une caste de la société qui se croit autorisée à dire le bien, etc…
Peut-être,  ressortirez-vous un peu cassé par tant de pessimisme, mais vous ne le regretterez pas.

Philippe du Vignal

Théâtre National de Chaillot MAIS ATTENTION  c’est à 19 h jusqu’au  vendredi 14 février seulement et relâche dimanche et  lundi.

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