Une Maison de Poupée d’Henrik Ibsen

Une Maison de poupée d’Henrik Ibsen, traduction de Régis Boyer, adaptation et mise en scène de Philippe Person

 

1612UneMaisonDePoupeeMesPerson2992x300DpiPhotoPierreFrancoisDSCF1829À propos de Nora, Georg Groddeck (1866-1934) parle de Nora, cette jeune épouse qui a falsifié une signature pour procurer à son mari gravement dépressif, les moyens d’une guérison et d’une convalescence en Italie. Si son crime est découvert, Nora pense qu’Helmer «prendra sur  lui» mais elle devient consciente son incompréhension et le quitte. Pour le psychanalyste allemand : «Nora mène une double vie : l’une avec Helmer et les enfants, l’autre pour elle toute seule, une vie rêvée» : la fierté d’avoir sauvé son mari.

 Le dramaturge norvégien, lui, écrit,  au moment de l’écriture de sa pièce, jugée plus tard subversive et scandaleuse, « qu’une  femme ne peut pas être elle-même dans la société actuelle, exclusivement une société masculine, avec des lois écrites par des hommes … » Le mari choisit le terrain de la loi et estime les faits avec un œil masculin.

 Dans ce huis-clos oppressant, la tension progresse ici de façon inéluctable et avec une acuité douloureuse. Philippe Person a écarté du quatuor, le personnage du  docteur Rank. Et le public, placé dans  un salon à l’ameublement nordique et à l’arbre de Noël illuminé, assiste en ces temps, apparemment festifs, de Noël, au bonheur de cette famille, décuplé par la promotion de l’heureux époux qui va devenir directeur de banque. Par ailleurs, la dette de la jeune femme  est juste sur le point d’être remboursée.

 Mais s’installe une anxiété déstabilisante avec la venue d’un maître-chanteur, Krogstad, qui menace Nora de tout révéler, si elle ne le soutient pas auprès de son mari qui veut le licencier parce qu’il qui a commis des irrégularités. Même la belle présence de Madame Linde, amie d’enfance qu’Helmer vient d’embaucher  pour remplacer Krogstad  ne suffit pas à rassurer Nora.
Le danger des aveux s’accélère et les craintes s’accumulent avant que tout ne puisse s’arranger merveilleusement, comme dans un conte. Peut-être… Mais Helmer apprend tout; cette catastrophe blesse  la jeune femme mais la révèle à elle-même : «Je ne peux plus me contenter de ce que les gens disent, et de ce qu’il y a dans les livres. Je dois penser par moi-même et tâcher d’y voir clair. » Elle quittera son mari.

La  pièce fait office de parcours initiatique jusqu’à l’obtention d’une maturité âcre, enfin atteinte par Nora qui aura joué les «alouettes » ou les «petits oiseaux» pour son mari, Helmer, amusé, et attendri à la fois par l’ingénuité confondante de la mère de ses enfants. Florence Le Corre (Nora) pépie, tremble et danse sur la scène avec grâce, perdant parfois le juste contrôle de sa voix posée. Philippe Person est Krogstad, un homme peu recommandable mais humain. Nathalie Lucas, l’amie de Nora lui apporte une présence réconfortante. Et Philippe Calvario, mari attentif, ouvert et attachant, ne fait référence qu’aux seules et vaines apparences sociales.

Un spectacle convaincant, serré et tendu sur le fil du rasoir…

 Véronique Hotte

 Théâtre du Lucernaire, jusqu’au 21 janvier, du mardi au samedi à 21h. T : 01 45 44 57 34

 


Archive de l'auteur

Livres et revues

Livres et revues:

Jeu n° 161
Au sommaire de cette revue canadienne bien connue, un dossier sur les paradoxes du comédien, sous la direction de Gilbert Turp qui pose la question de savoir si on joue comme il y a quarante ans, et si la formation du comédien et la pratique du jeu ont changé; sommes-nous meilleurs, moins bons, pareils, différents ? Masque, improvisation, travail sur soi,  affirmation, goût de ruer dans les brancards… autant de thèmes abordés par entre autres: Guy Nadon acteur québécois, Sophie Cadieux, Gilbert Sicotte, Anne-Marie Cousineau, Gilbert Turp.

Dans  ce riche numéro, il y aussi un article de Gabriel Plante sur le sous-financement chronique du théâtre, un texte sur le travail de Joël Pommerat et sur celui du chorégraphe et performeur italien Alessandro Sciarroni. A  la rubrique: danse, un article sur la plus récente création de Dana Michel, Mercurial George  et  un autre sur le Dictionnaire amoureux du théâtre de Christophe Barbier.

Frictions Hors série n°7

Ce numéro est consacré au Théâtre des Quartier d’Ivry qui, au terme de négociations entre les partenaires et les bonnes fées concernés (Mairie, Etat, Région; Département…) mais cela n’aurait pu se faire sans la ténacité des directeurs actuels, Elisabeth Chailloux et Adel Hakim, qui, avec toute leur équipe, ont enfin pu cs jours-ci, s’installer dans les salles qui leur sont dévolues dans la prestigieuse Manufacture des Oeillets, un ancien bâtiment industriel où Patrice Chéreau présenta autrefois un Shakespeare et où, dans une annexe, l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs  trouva refuge pendant la réhabilitation de son site d’origine, rue d’Ulm.

Comme le souligne justement Jean-Pierre Han dans son éditorial,  ce Centre Dramatique National est le seul en banlieue sud de Paris et a donc valeur de symbole fort, dans la théâtre et la culture d’aujourd’hui. C’est tout cela que disent les articles de Jean Cholet, Sidonie Han, Caroline Châtelet…

Il y a aussi un texte passionnant, à savourer Histoire d’une naissance d’Adel Hakim qui commence ainsi:  » Naître au pied des Pyramides a forcément un impact. C’est mon cas, et ce n’est pas une mince affaire. » Adel Hakim parle aussi avec beaucoup d’humour et d’intelligence  de l’origine de son nom mais aussi de la vie de sa famille égypto-italienne et sur son destin théâtral.

Jean-Pierre Han revient lui, sur deux créations d’Adel Hakim: la tout à fait remarquable Antigone dont nous vous avions parlé (voir Le Théâtre du Blog) et qui a été jouée à Ivry et ailleurs, plus de cent cinquante fois, et des Roses et du jasmin, créations qui ont redonné un véritable élan au Théâtre national Palestinien.

Revue Frictions. France 12 € et Etranger 14€.

Philippe du Vignal

Jouer  à la Borde, Théâtre en psychiatrie d’Henri Cachia, dessins de René Caussanel

On connaît bien La Borde, lieu mythique de la nouvelle psychiatrie  dès 1953, sous la houlette de Jean Oury, le psychiatre récemment décédé qui, ne trouvant pas d’hôpital qui lui convenait, avait décidé d’en créer un: des centaines  d’articles et de livres ont été consacrés à cette expérience qui a eu beaucoup d’influence.

Ce petit  ouvrage est différent et intéressant à plus d’un titre: Henri Cachia, comédien, a en effet vécu et a donc pratiqué cette institution de l’intérieur. Institution qu’il avait découverte, grâce au beau film (1996), La Moindre des choses de Nicolas Philibert.

Henri Cachia a ainsi pris une grande part à l’atelier-théâtre et à la création annuelle d’un spectacle, moment fort de la vie à La Borde, puisqu’il mobilise une centaine de personnes dont une trentaine de comédiens, tous amateurs bien entendu: il raconte cette riche expérience, notamment ses rencontres avec les patients, et leur rapport, exempt de hiérarchie, avec les médecins.

Le comédien se souvient de ce moment entre autres, où il rencontra un jeune malade atteint de schizophrénie, connaître impeccablement son texte mais aussi celui de son partenaire…
Un petit livre, bien écrit, qui complète ce que l’on sait-ou croit savoir-de la célèbre expérience de La Borde, connue dans le monde entier et où la pratique théâtrale joue un rôle important.

Ph. du V.

Les Editions libertaires. 13€

La Princesse d’Arnold Schönberg, illustrations  de Peter Schössow

Arnold Schönberg (1874-1951) qui fut le compositeur qui influença une grande partie de la musique moderne dont celle de John Cage son élève,  était aussi peintre, et écrivit des  essais  sur la situation sociale et historique du peuple juif,  sur la musique, quelques pièces de théâtre et des contes comme celui-ci. C’est l’histoire d’une princesse qui se blesse en jouant au tennis- le compositeur en était passionné et y jouait avec George Guershwin. Un loup, serviteur de la princesse, doit lui apporter une bouillotte pour qu’elle puisse soigner ses bleus. Mais elle ne le voit pas revenir du drugstore où il est censé être allé…

Une sorte de remodelage intelligent du Petit Chaperon rouge, « en jonglant avec les règles de l’art pour aller plus loin  dans l’inconnu, c’est cela qu’il n’aura cessé de faire toute sa vie dans sa musique » , comme le dit très bien Esteban Buch dans une post-face.
C’est un texte assez court, plutôt une historiette comme il en racontait à ses enfants. Avec un humour assez féroce. Le loup s’adresse d’abord à Goupil, puis à Mère-Grand:  » Trouve-moi quelque chose à manger, ou je me croque moi-même à pleines dents. »

Le conte est ici soutenu par  de  merveilleux dessins de Peter Schössow, tout à fait en phase avec le texte, d’abord en rose et marron, pour les intérieurs de la maison et de la pharmacie puis  dans des teintes pastel: marron pour la terre et vert très pâle pour le ciel. Ce beau conte est aussi suivi d’un texte de la fille du compositeur: Quand Arnold Schönberg inventait des histoires. Conseil d’ami: ne laissez pas traîner ce petit livre: il risque d’être très convoité…

Ph. du V.

Editions Chandeigne. 14 €

 

 

Le petit pauvre, François d’Assise de Jacques Copeau

 

Le petit pauvre,  François d’Assise de Jacques Copeau

afficheLes Tréteaux du Monde, une compagnie fondée par Djamel Guesmi il y a vingt-cinq ans, présentent La Tragédie de la Foi, soit un programme de quatre spectacles : Le petit Pauvre, François d’Assise, Les Loups de Romain Rolland, L’Affranchi de Martin de  Tours et Bernard de Clairveaux de Djamel Guesmi, dans la chapelle Saint-Louis de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.

« Les Tréteaux du Monde accueille comédiens professionnels et gens exclus, le temps de retrouver une place digne dans la société, dit Djamel Guesmi,  et la pièce est « une plongée dans la tension entre justice et raison politique, entre pouvoir et abandon  de soi, entre nécessité du temps historique et quête universelle de l’âme humaine. (…) L’œuvre pose de véritables actes de foi : l’extrême simplicité de la vie de François qui croit autant en l’homme qu’en Dieu, la pauvreté comme richesse intérieure, la pureté du cœur qui triomphe des tentations des ténèbres. (..) Message poétique, nourri de ferveur mystique. »

En 1925, Jacques Copeau s’était converti au catholicisme, sous l’influence de Paul Claudel. Ce qui orientera sa vie et son œuvre. Il avait été impressionné par le personnage de Saint-François d’Assise, qu’il interpréta dans La Vie profonde de Saint-François d’Assise d’Henri Ghéon et il  commença à écrire Le Petit pauvre  en 1929, puis fit publier la pièce en 1944 seulement.

Les représentations ont lieu dans ce lieu de culte construit sur les plans de Le Vau à la fin du XVIIème sur ordre de Louis XIV; il possède quatre chapelles et quatre nefs reliées à une rotonde coiffée d’un dôme octogonal. Pour dire la messe au centre, avec des  chapelles adjacentes  afin de ne pas mélanger les différentes catégories de population: malades, prostituées, mendinats, etc.  Fonctionnel! C’est là que Klaus-Michael Grüber avait monté en 1976 un très remarquable Faust-Salpétrière d’après Goethe.

Donc Djamel Guesmi qui a créé ce spectacle voici quatorze ans, a, cette fois, investi une de ses chapelles, dotée pour l’occasion d’un gradin d’une centaine de places. Aucun décor, sinon celui des murs en belle pierre calcaire, quelques petits projecteurs et six candélabres avec de grosses bougies: impressionnant de beauté et de rigueur… Bien sûr, on pense aux tableaux de Georges de la Tour, du Caravage mais aussi à Barry Lyndon de Stanley Kubrick… Cette scénographie minimale aurait sans doute plu à Jacques Copeau qui avait conçu avec Louis Jouvet pour le plateau du Vieux-Colombier, une structure très stricte en béton pouvant servir avec quelques pendrillons et rideaux à tous les spectacles.
 
Oui, mais… malgré les grosses couvertures  offertes à l’entrée, il faisait plus froid que dehors, de ce froid qui vous pénètre insidieusement, dix minutes à peine après avoir être entré. Et, comme nous n’étions qu’une poignée de spectateurs sur ces gradins, la réverbération sonore était telle qu’on entendait une sorte d’insupportable brouhaha mais sans arriver à comprendre ce texte qui retrace la vie spirituelle de Saint-François d’Assise!

Malgré un côté parfois moralisateur et préchi-précha, la pièce semble avoir une certaine ampleur, du moins à en juger par les quelques phrases que l’on pouvait glaner. D’autant plus que la diction  des comédiens, surtout celui qui joue François (la distribution n’est pas indiquée), est des plus approximatives, à part l’interprète de l’Evêque qu’on entend lui très bien mais qui a un petit rôle. A l’impossible, nul n’est tenu quand il faut jouer-certains acteurs étaient pieds nus-dans des conditions pareilles! Et transmettre quelque chose au public.

  Tenir dans ce froid de plus en plus pénétrant et deux heures durant, relève de l’héroïsme! Le texte nous a semblé déjà bien bavard et aurait mérité quelques coupes! On comprend mal le metteur en scène qui devait bien se douter que la température d’une grande église, en hiver la nuit, n’est pas celle d’une après-midi ensoleillé sur la Côte d’Azur! Nous avons vu nombre de spectacles dehors sous un froid relatif, dont le Macbeth du Théâtre de l’Unité dans une forêt près d’Audincourt, mais là, impossible de résister et, désolé, nous nous sommes donc enfuis le plus discrètement possible après soixante-dix minutes.

Philippe du Vignal

Chapelle Saint-Louis de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris 13ème),  les vendredi et samedi à 20h 30 et le dimanche à 15h.

 

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Deux femmes qui dansent

Deux femmes qui dansent, de Josep M. Benet I Jornet, traduction de Denise Boyer, mise en scène d’Hervé Petit

 IMG_0494Un appartement un peu délabré où vit une femme d’un âge certain, pour ne pas dire une vieille, terme inacceptable pour l’intéressée,  qui reçoit  une aide ménagère que lui a envoyée sa fille. Quelle est cette intruse, sans aucun doute indispensable mais dont la réserve et un secret pesant exaspèrent sa patronne, décidée à ce que la communication passe, et à tout prix. Et  qui finira par passer, mais cela coûtera cher à l’une et à l’autre.

 On ne racontera pas le malheur de cette jeune femme. Celui de l’ancienne est banal : son précieux fils ne vient jamais la voir et il lui faudra toute la pièce pour reconnaître son favoritisme mal placé et sa mauvaise foi; quant à sa fille, elle l’exaspère. Et ces deux-là  finiront par s’entendre sur son dos.

 Ces Deux femmes qui dansent  sont une tranche de vie, et l’analyse psychologique se voit plus souvent dans le théâtre actuel anglo-saxon, ou, comme ici, catalan, que dans le théâtre français. La mise en scène, surtout au début,  a quelque chose d’un peu redondant, à cause d’une écriture réaliste mais la pièce s’approfondit ensuite et s’intensifie jusqu’à une fin presque philosophique… que nous ne dévoilerons pas.

Et cela, grâce à la puissance de Catherine Perrotte (la femme âgée) et Béatrice Laoût (l’aide ménagère) qui tiennent, chacune de façon exemplaire, leur “caractère“ (presque au sens anglais de rôle) ; l’une fermée et amère, l’autre volontaire et décidée à faire front, affinent leur duo et les résonances qui s’établissent entre elles. On rit quelquefois, on est touché.

Mieux vaut tard que jamais: il vous reste quelques soirs pour aller découvrir un auteur et ces  deux comédiennes…

 Christine Friedel

 Théâtre de Nesle, rue de Nesle, Paris 6e. T:  01 46 34 61 04

 

Bella Figura,Tar and Feathers, Symphony of Psalms

© Ann Ray | Opéra national de Paris

© Ann Ray | Opéra national de Paris

Bella Figura, Tar and Feathers, Symphony of Psalms, chorégraphies de Jiri Kylian.

On se souvient encore de l’apparition magique au Palais Garnier, en 2001, d’Aurélie Dupont dans cette pièce que nous retrouvons, interprétée aussi par le ballet de l’Opéra, maintenant dirigé par  l’ancienne danseuse-étoile.   Les interprètes doivent ici faire bonne figure «belle figura», et tout est beauté hypnotique : musiques de Pergolese, Vivaldi, Torelli, Lukas Foss, mais aussi costumes de Joke Visser avec, entre autres, de longues jupes à panier au rouge éclatant qui couvrent les jambes des  danseurs et danseuses, tous torse nu, et remarquable création-lumière, avec jeux d’ombres sophistiqués, qui  fait varier les dimensions du cadre de scène ! Ce grand succès de Jiri Kylian, créé en 1995 pour le Nederlands Dans Theater qu’il a quitté en 2004, fascine toujours autant. Une grâce sensuelle habite les interprètes, tous exceptionnels de justesse.

Tar and Feathers (2006) entre aujourd’hui au répertoire de l’Opéra. D’une composition très actuelle, cette pièce révèle la diversité du travail du chorégraphe. À  trois mètres de hauteur, trône un piano sur lequel Tomoko Mukaiyama joue un concerto de Mozart, parasité par des grognements de chiens. Les interprètes se croisent, se perdent, se retrouvent, parfois une danseuse se dresse, en prenant appui sur le dos de deux danseurs qui miment un rugissement animal !

Symphony of Psalms  (1978) entre aussi au répertoire de l’Opéra;  nous l’avions vue au printemps dernier au Bolchoï, à Moscou (voir Le Théâtre du Blog). Avec les mêmes références : prie-Dieu des catholiques sur le sol, tapis de prière des musulmans descendant des cintres. Les danseurs sont d’une grande précision et leurs portés parfaits. Mouvements lents et rapides alternent ici sur la magnifique musique d’Igor Stravinsky. Mais déception : ici, pas d’orchestre ni chœur comme au Bolchoï…

À la fin de son livre Bon qu’à ça, Jiri Kylian, qui aura soixante-dix ans l’an prochain, conclut : «Je pourrai dire ce que la vie signifie pour moi, c’est vivre, ni plus ni moins. Comme un Aborigène. Ou  une calligraphie. Un signe que fait le corps dans l’espace, qui déjà disparaît. Un signe éphémère». Bel exemple d’humilité…

Jean Couturier

Opéra de Paris, Palais Garnier, Paris, jusqu’au 31 décembre.

Operadeparis.fr

 

     

 

Letter to a Man

Letter to a Man mise en scène de Robert Wilson, Mikhaïl Baryshnikov, d’après le Journal  de Vaslav Nijinski, musique d’Hal Willner, (en anglais et en russe, surtitré  en français)

 Capture d’écran 2016-12-19 à 15.18.11Un véritable mythe : celui Vaslav Nijinski, d’origine polonaise (1889-1950), danseur vedette et chorégraphe de génie des fameux Ballets russes. Le spectacle est la deuxième collaboration avec Bob Wilson de Mikhaïl Baryshnikov, après The old Woman de Daniil Kharms, en 2013  (voir Le Théâtre du Blog). Pas très grand, à soixante-huit ans, il est resté très mince, souple et d’une  belle élégance. Il dirige le Baryshnikov Arts Center qu’il a fondé à New York.

Ici, visage grimé de blanc, en queue de pie et chemise blanche impeccables, il esquisse seulement quelques pas de danse… Mais ce  n’ est pas une incarnation de Vaslav Nijinski mais  des variations très picturales à propos de ce danseur séduisant et à l’ambivalence sexuelle. Vaslav Nijinski avait imaginé pour L’Après-midi d’un faune une chorégraphie révolutionnaire qui fascinera le public et les artistes, dont Auguste Rodin : «Aucun rôle n’a montré Nijinski aussi extraordinaire  (…) Plus de bonds, rien que les attitudes et les gestes d’une animalité à demi-consciente… Il a la beauté de la fresque et de la statuaire antiques… Rien n’est plus saisissant que son élan. » Mais cette création suscita aussi de fortes polémiques, à cause notamment d’un orgasme, évoqué à la  fin du ballet. Terriblement seul à vingt-huit ans, le danseur va écrire ce Journal  en quelques  semaines. Il  est  obsédé par  Serge de Diaghilev dont il avait été l’amant et qu’il considéra ensuite comme son plus grand ennemi mais aussi  par Romola, sa jeune femme. Et enfin par Dieu qu’il voit partout…

Il y a juste cent ans, Nijinski, victime d’hallucinations, sombrait dans le silence et dans une folie mégalomane et mystique. Sa femme tentera de le faire soigner en Suisse, sans succès et elle publiera une première version de la biographie de son mari, avec une introduction de Paul Claudel, deux ans après sa mort à Londres, .

Comme on peut l’imaginer, ce Journal maintenant bien connu, a inspiré des metteurs en scène dont Patrice Chéreau pour une lecture, ou Brigitte Lefevre et Daniel San Pedro (voir Le Théâtre du Blog). Bob Wilson a adapté ce fameux Journal, avec, au centre, et presque tout le temps présent (sauf pour changer de costume),  Mikhail Baryshnikov dont on entend la voix en russe, enregistrée,  comme celles, en anglais de la chorégraphe Lucinda Childs et aussi, semble-t-il, de Bob Wilson. Nous nous souvenons avec émotion de son fameux et bredouillant: «Ladies and gentlemen, ladies and gentle, Llaadies, Llla … qui précédait le spectacle muet de six heures et devenu culte, Le Regard du sourd, il y a quelque quarante ans.

Mais le temps a passé et il y a quelque chose de caricatural dans ce spectacle presque luxueux mais bien peu chargé d’émotion. A la fin, il y a deux cygnes-faux-comme dans le tableau L’Art de la conversation de René Magritte. Comprenne qui pourra…Le texte est sous-titré sur de trop petits écrans, ce qui en rend difficile la lecture.

Cela dit, ces extraits du Journal de Nijinski, en proie déjà une profonde schizophrénie restent émouvants: on sent dans les mots toute la violence et l’angoisse que ressent le danseur qui  abandonnera bientôt et à jamais la scène! Avec des phrases dites plusieurs fois, en russe, en anglais et traduites en français sur l’écran… comme cet exorcisme personnel plusieurs fois répété: «Je ne suis pas le Christ. Je suis Nijinski. (…) Je suis Dieu, je suis Dieu. Je suis tout, la vie et l’infini. Je serai toujours et partout. Si l’on me tuait, je survivrais, parce que je suis tout. Je rejette la mort et me perpétuerai en une vie infinie. Je ne suis pas un comédien, un acteur. Venez et regardez-moi, vous vous apercevrez que j’ai des défauts, que j’en suis criblé mais ils s’effaceront si l’on me vient en aide. (…) « Je n’aime pas la mort, je la veux et, cherchant l’unisson avec ceux qui me devinent, j’aime tous les hommes. Dieu, la vie, et me tiens toujours prêt à agir dans l’intérêt de mon prochain. »

Mais l’ensemble de ce specatcle ne fonctionne pas! Au début, on est impressionné par la silhouette que Bob Wilson a imaginée pour Mikhail Baryshnikov, maquillé de blanc, en habit noir et chemise blanche impeccable. On est très vite déçu ! Il porte au début (on se demande bien pourquoi) mais pas après, une sorte de camisole de force ! Et une bande-son débite entre autres des chansons folk, et on le voit en prière, face à une sorte de vitrail, puis dans un désert de glace. Il y a même une nuée de fumigène qui n’a rien à faire là, et une barre transversale en oblique comme dans son magnifique opéra repris récemment au Châtelet, Einstein on the beach  (voir Le Théâtre du Blog) dans le fond du plateau mais en vidéo !

A la fin, Mikail Baryshnikov disparaît dans les plis d’un petit rideau rouge, sans doute pour rappeler que nous sommes bien au théâtre ! Aucun doute : le spectacle comme toujours chez Bob Wilson, est magistralement réglé, mais sans aucune âme et sec comme une belle mécanique.On a, en fait, la désagréable impression que le metteur en scène a répondu à un travail de commande, sans trop de fatigue et qu’il nous débite, au mètre, des éléments de sa syntaxe scénique dont il s’est si souvent-et trop!-servi : éclairages changeants rouges, bleus, ou verts, ou « cut » blanc, maquillages très expressionnistes avec rehauts de noir, phrases répétées, éléments de sa propre sculpture comme une chaise carrée minimale. Et on s’ennuie un peu. Petit ennui qui n’arrange pas les choses: l’ouverture de scène de l’Espace Cardin étant plus petite que celle du Théâtre de la Ville actuellement en travaux, on voit les techniciens s’affairer en coulisses !

Applaudissements un peu frileux : le public semble n’être pas tout à fait dupe de ce qu’on essaye de lui vendre sous la marque Bob Wilson/Mikail Baryshnikov. Bref, on est loin de la réussite qu’était The old Woman.  Effets pervers de la coproduction ? En tout cas, ce spectacle pas donné:  36€ pour à peine une heure ! reste très décevant! Emmanuel Demarcy-Motta ferait bien de se méfier : ce genre de programmation, même signée de grands noms, n’est pas digne de son théâtre. Et on ne vous conseille vraiment pas d’y aller ; autant relire le Journal de Nijinski…

Philippe du Vignal

Espace Pierre Cardin/Théâtre de la Ville, 3 avenue Gabriel, Paris 8ème. Métro: Concorde. T: : 01.42.66.69.20. Jusqu’au 21 janvier.  (relâche le 24 décembre)

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Roméo et Juliette, chorégraphie d’Angelin Preljocaj

Roméo et Juliette chorégraphie d’Angelin Preljocaj

Rom+®o_5075_web3Ce ballet en trois actes de Sergueï Prokofiev, écrit à partir de la pièce de William Shakespeare connut sa première, en 1940, au Théâtre Kirov à Saint-Pétersbourg.  Le public parisien garde, lui, en mémoire, la chorégraphie de Rudolf Noureev dans les beaux décors et costumes d’Ezio Frigerio et Mauro Pagano, inspirés de la Renaissance italienne.

 Vingt ans après sa création, un autre public redécouvre cette œuvre du répertoire du Ballet Preljocaj.  A l’époque, le choix était un peu audacieux de confier costumes et décor à Enki Bilal, devenu une star de la bande dessinée et des arts graphiques, qui transpose ici l’action dans une cité futuriste, avec chemin de ronde à cour et vigie au centre, lieu qui paraît un peu caricatural aujourd’hui.

La partition électronique de Goran Vejvoda qui accompagne la sublime musique de Prokofiev accentue lourdement l’affrontement entre les deux camps: celui des faibles, dominés, et des forts, dominants. La guerre entre les familles Capulet et  Montaigu devient ici une opposition sociale entre miséreux et miliciens.

Autant les combats entre les hommes sont réalistes, violents et remarquablement réalisés,  avec des corps à corps impressionnants, autant les duos entre Juliette et Roméo sont artificiels, et sans vraie douceur ni tendresse.  Ce parti-pris est assez étonnant! Angelin Preljocaj transforme en effet cette célèbre histoire en une sorte de jeu vidéo électronique, où, dans un monde, selon lui «policé, les libertés individuelles sont proscrites»

La pièce dure une heure et demi! Et interprétée dans un univers sombre par d’excellents danseurs mais qui, la plupart du temps, dansent dans la pénombre… La très belle scène finale entre les deux amoureux témoigne du savoir-faire du chorégraphe: les gestes sont justes et émouvants, mais l’ensemble de la chorégraphie ne soulève pas notre enthousiasme !
Angelin Preljocaj créée ici monde sans espoir, à l’image de la dernière tirade du Prince à la fin de la tragédie de Shakespeare : «Sombre est la paix qu’apporte ce matin, le soleil endeuillé ne montre pas son front. On reparlera de ces choses si tristes: partons! Certains seront punis, d’autres seront pardonnés. Car jamais, il n’y eut pire cortège de malheurs que dans l’histoire de Juliette et de Roméo. »

Jean Couturier

Théâtre National de la Danse de Chaillot, jusqu’au 24 décembre.

www.theatre-chaillot.fr

 

 

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Blanche,tragédie théâtrale pour enfants

Blanche, tragédie théâtrale pour enfants, écriture et mise en scène de Céline Snepf, création musicale et sonore de Frédéric Aubry (à partir de neuf ans)

Céline Schnepf continue à créer un théâtre jeune public qui puisse tisser un lien entre générations.  Blanche clôt un diptyque des forêts, ouvert avec Au Fond du Bois Dormant, inspiré du Petit Poucet. Blanche, est une enfant traquée, au fond des bois, en proie à la méchanceté d’une femme insatiable de beauté, mais qui restera invisible à nos yeux…

Un colosse barbu, assis sur un grand tambourin jonché de feuilles mortes et débris de branches, nous raconte son histoire : il est chargé de tuer une belle jeune fille dont la reine est jalouse. Max Bouvard  joue les trois personnages de cette fable inspirée de Blanche-Neige,  mais dont Céline Snepf s’est habilement écartée.

 On voit ainsi la belle-mère ranger avec soin les abats de la prétendue belle-fille! Elle chante devant son miroir. Le colosse dialogue en racontant les personnages, et creuse un trou en y déposant des chaussures. Blanche sort alors d’une boîte: «Il faut attendre et rêver à plus tard ! » Musiques et  projections vidéo agrandissent cet espace obscur et inquiétant. Mais Blanche finira par triompher…

Ce beau voyage onirique, bien mis en scène par Céline Snepf installée à Besançon, passionne le jeune public qui participe ensuite avec vigueur au débat. Après Philéas, créé en 2009, Le Vol des hirondelles (à partir de un an), Au fond du bois dormant à partir de cinq ans, Blanche est destiné aux plus de neuf ans… dont nous faisons partie.

Edith Rappoport

Spectacle vu au Théâtre de Châtillon le 8 décembre.

Théâtre Gérard Philipe à Frouard, les 2 et 3 février; Le Channel de Calais, les 10 et 11 février; Théâtre du Pilier-Belfort, les 15 et 16 février; Le Grand Kursaal à Besançon, le 23 février; Espace Culturel Grossemy  à Bruay-la-Buissière, les 23 et 24 février.

http://www.unchateauenespagne.com

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Splendeur et lassitude du Capitaine Iwatani Izumi

 

splendeur_20131219tjv_30Splendeur et lassitude du Capitaine Iwatani Izumi, texte et mise en scène de Jean Lambert-wild, traduction d’Akihito Hirano (en japonais surtitré en français)

 On retrouve avec un grand bonheur, le spectacle que nous avions vu en simple filage,  il y a juste trois ans déjà, à Caen (voir Le Théâtre du Blog) quand Jean Lambert-wild était le directeur de la Comédie de Caen,  avant que cette pièce ne parte pour  le Japon.
Un plateau en bois de quatre m2 environ, avec, au-dessus quelques guirlande de lampions, et un mât supportant des hauts-parleurs de métal gris. C’est tout. Comme à Caen, le public est assis sur les trois côtés. Seul, Keita Mishima, habillé d’une tenue kaki militaire sans âge et sans pays, arrive un peu fanfaronnant.
Le capitaine décroche son sabre, et s’installe, avec un grand calme comme pour une sorte de rituel. Avec une maîtrise de la voix et du corps telle qu’ on en voit rarement en France, en particulier dans ce genre de monologue où il faut une exigence et  une concentration de tous les instants. L’acteur japonais a un regard et une gestuelle d’une précision presque envoûtante, si bien qu’on n’a presque plus envie de lire le surtitrage.

 Jean Lambert-wild, a su lui donner comme il y a trois ans  une dimension  à la fois masculine et  féminine au personnage à l’origine, un capitaine français. « Il n’est pas, dit-il, un guerrier brutal mais un esthète fou, perdu. Il est à la fois répugnant et totalement séduisant, du fait simplement qu’il soit un humain (…) C’est un fou de guerre mais c’est surtout un homme perdu. On l’entend  crier avec toute sa fierté de commander:  » Sergent Que tous les hommes se tiennent droits Nous ne sortirons pas de ce trou en rampant Nous ne somme pas des animaux Recroquevillés dans l’adversité Le corps est une mécanique Qui ne tolère pas les courbes ‘…) Que tous les hommes se lavent Qu’ils aient une tenue impeccable  S’ils doivent mourir  Il seront propres On ne s’expose pas au-devant des honneurs et des gloires Si l’on est couvert de boue » .

splendeur6Sur fond d’explosions, coups de feu, et airs militaires mais aussi de courts extraits  d’opéra et de la chanson bien connue d’Edith Piaf, Non, non je ne regrette rien, rendue plus forte encore par l’effet d’éloignement que procurent les paroles en  japonais et le son  approximatif des anciens hauts-parleurs. Chapeau à la conception sonore de Christophe Farion! Il y a aussi les didascalies dites en voix off, qui se finissent par ces cinq mots aussi beaux qu’insoutenables, répétés plusieurs fois: » De la tenue, du maintien ». « Puis de la retenue, du soutien ». Alors que les soldats sont plongés dans la vermine, le sang, la boue et le froid depuis plusieurs mois…

Dans un second temps, on retrouvera  le capitaine  Iwatani Izumi mourant,  puis mort: « C’est indécent, dit-il, le cadavre d’un homme nu Aidez moi Il faut me recouvrir Un couverture  Donnez-moi une couverture ».  Malédiction de la guerre… Le capitaine n’est plus que l’ombre de lui-même quand, un peu ridicule, il apparaîtra, sans son pauvre et ridicule uniforme kaki et juste en slip blanc. Seul, terriblement seul , enfermé dans son petit espace comme dans une taule ou une chambre d’hôpital, il répète avec ce qu’il lui reste de dignité mal placée, et dans un sorte d’exorcisme personnel qu’il sait inefficace : «Ne me secouez pas ! »

En un peu plus d’une heure, Jean Lambert-wild a su, avec une direction d’acteurs d’une exigence absolue,  faire exprimer à  Iwatani Isumi, à la fois le courage, la joie d’être officier et de commander, puis dans un état proche de la dépression absolue, la terrible fatigue mentale et physique et la perte de confiance en lui  qui s’est emparée du pauvre petit officier qui prend conscience qu’il n’a plus la maîtrise de sa destinée.

Le spectacle s’est encore affirmé et nous  restons, comme il y a trois ans, vu la proximité avec l’acteur, fascinés par son visage et par sa voix qui disent tout. Malgré le surtitrage au demeurant très bien fait.
Une grande unité et un jeu des plus virtuoses, fabuleux mais jamais gratuits… mis au service d’un texte écrit par Jean Lambert-wild à dix-sept ans,  et qu’il a depuis plusieurs fois corrigé. Le public de Limoges a bien de la chance de pouvoir s’offrir un spectacle comme celui-ci.

Tiens, une idée pour Emmanuel Demarcy-Motta, directeur du Théâtre de la Ville à Paris: pourquoi ne pas inviter la saison prochaine, ce beau spectacle,aussi simple qu’émouvant au Théâtre des Abbesses dont le plateau est bien assez grand pour contenir un acteur et une centaine de spectateurs… Au lieu de nous infliger  la mise en scène académique et BCBG   de  Letter for a man, avec Mikhail Baryshnikov par Bob Wilson!  Cela ferait le plus grand bien aux Parisiens…

Philippe du Vignal

Le spectacle s’est joué du 8 au 15 décembre au Théâtre de l’Union 20, rue des Coopérateurs, Limoges. T : 33(0) 555 79 74 79.

 

Le Grand Trou

 
Le grand trou, texte et mise en scène de Benjamin Abitan, chansons  d’Iannis Plastiras

« Je me souviens du trou. J’ai toujours du mal à parler après un spectacle et je ne suis pas sûre d’avoir tout compris! » On pourrait mettre en exergue, la phrase de ce spectacle à la fois énigmatique et clair, avec des images choc.
Benjamin Abitan, réalisateur d’émissions à France Culture a réuni avec lui une nombreuse équipe: Raffaëlle Bloch, Antoine Dusollier, Thomas Horeau, Barthelémy Meridjen, Aurélie Miermont, Ondine Trajer, Bernard Bloch, et en  vidéo, Aurélia Grigonet et Nathalie Lacroix. Le metteur en scène s’interroge ici sur la politique d’enfouissement des déchets menée par AREVA.

Le grand Trou s’ouvre sur des ordures qui tombent  des cintres: bouteilles, sacs plastiques, boîtes de conserve,  objets au rebut qui s’accumulent dans nos poubelles ou bien souvent jetées dans la rue. Le spectacle est rythmé par une émission sur grand écran où une équipe de scientifiques parle de l’exploration des ressources d’énergie. «Osons casser la coquille de l’avenir, AREVA nous abandonne, ensemble, nous reprendrons le contrôle des stocks (…) Ce qui nous préoccupe, c’est notre avenir. »

Les protagonistes font une prière à AREVA : «Veille sur eux, jusqu’à l’avènement de la grande croissance ! ». Un couple, nu sous une couverture, évoque la contamination des travailleurs et celle des habitants. «L’heure est venue de creuser le grand trou ! ». Un couple de femmes hurle : «Je pense au protocole, je reviens de l’endroit où est tombé le météorite, le trou c’est monstrueux, on a peut-être ce qu’on mérite !  (…) L’amour doit faire mal, il doit creuser quelque chose en nous !».« Maintenant on fait quoi, je veux qu’on me voie telle que je suis », dit une  femme enceinte qui ne veut pas garder son enfant..
Bernard Bloch bardé d’objets a un rôle central et se réincarne à plusieurs reprises: Bernard I, Bernard II, Bernard III, pontifiant et sentencieux, il braille : «Notre démarche est purement documentaire, il y a beaucoup d’invention et de poésie».

Ce centre de stockage de déchets radioactifs est soigneusement déblayé à la fin, pour laisser un plateau intact…

Edith Rappoport

Spectacle vu au Théâtre de l’Echangeur à Bagnolet (Hauts-de-Seine) le 10 décembre.

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