Sacré Sucré, Salé de Stéphanie Schwartzbrod

Sacré Sucré, Salé de Stéphanie Schwartzbrod, mise en scène de  l’auteure et de Nicolas Struve

 

94ba038039603447dcae6fc02978ebfaProposition a priori alléchante : la metteur en scène et comédienne nous invite à partager les traditions culinaires liés aux religions du Livre avec pour chaque mois, un rituel : Noël, puis l’Epiphanie, Pourim, Pessah, le Carême, Pâques, l’Aïd el kebir…          
Tour à tour juive, catholique et musulmane, elle prépare et fait mitonner, sur une gazinière, la chorba du Ramadan (excellente !) qu’elle servira au public à la fin du spectacle.  De son livre de cuisine, Saveurs sacrées : Recettes rituelles des fêtes religieuses, Stéphanie Schwartzbrod a tiré un spectacle : « La scène s’est transformée en un espace de conte, de sketch, même de cinéma avec un court extrait des Dix Commandements… »
  Après un prologue emprunté au Repas de Valère Novarina, invoquant l’espace, le temps, la vie, la mort et le théâtre, elle s’active au fourneau en nous donnant ses recettes au fil de l’an. À chacune, correspond une anecdote et une symbolique de la nourriture : à Pessah, on mange des matsos (pains azymes) en souvenir de Moïse guidant son peuple au-delà de la Mer Rouge, sans que le pain ait eu le temps de lever, explique-t-elle. Le jeûne du Ramadan brûle les péchés, comme le soleil brûle le sol : étymologiquement « ramadam » : être brûlant, et « ramada »:  coup de chaleur…
Pour la fête de Pourim, célébrant la victoire d’Esther, épouse du roi Assureus sur le méchant ministre Aman qui voulait exterminer les Juifs, représentés par Mardochée, la comédienne fait participer le public à son récit. Au nom d’Aman, on agite des crécelles, tandis que Mardochée est acclamé.
Facile mais peu efficace, bien que la démarche corresponde à l’esprit de Pourim, fête de la transgression où l’on s’enivre, l’on joue et l’on se déguise. « On apprend beaucoup de choses sur ce qu’on mange mais aussi sur ce qu’ «ils» mangent, écrit la comédienne. Les coutumes de ces trois religions sont profondément reliées (…). En les abordant par leurs pratiques festives et culinaires, on trouve un moyen de mettre en avant ce qui les rapproche. »
 Au-delà d’une démarche et d’un concept intéressants, et malgré la mise en scène de Nicolas Struve qui a mis la main à la pâte, le projet peine à trouver sa véritable dramaturgie. Ni le texte de Stéphanie Schwartzbrod, (plus didactique que théâtral) ni son interprétation, parfois caricaturale, n’ont su nous convaincre. Mais elle nous incite à puiser dans les recettes de son livre.

Mireille Davidovici

Théâtre de l’Aquarium, jusqu’au 26 mars. T. 01 43 74 99 61
Saveurs sacrées : recettes rituelles des fêtes religieuses, est publié aux éditions Actes-Sud

 

 


Archive de l'auteur

Werther ! d’après le roman de Johann Wolfgang von Goethe

werther-csamuelrubio-27-br-1Werther ! d’après le roman de Johann Wolfgang von Goethe, mis en scène  de Nicolas Stemann

 

Le mythe des Souffrances du jeune Werther, court roman épistolaire écrit en 1774 par J. W. von Goethe à vingt-cinq ans, renaît, avec toujours la même modernité. Symbole de préromantisme mais aussi vision universelle, ce roman, selon son auteur, d’un jeune homme qui «appartient à l’histoire particulière de quiconque, doué d’un sens inné de liberté, se débat au milieu des contraintes sociales d’un monde vieilli et doit apprendre à s’y reconnaître et à s’y adapter. »
Le théâtre  fait ici une place à une jeunesse tragique qui ne veut pas le monde tel qu’il est, et qui veut être entendue. Message repris à sa façon  par Nicolas Stemann. Le roman, avec ses lettres du 4 mai 1771 au 24 décembre 1772, de la renaissance à la mort, se décline comme une tragédie classique: Werther raconte à son ami Wilhelm, sa rencontre avec Charlotte, à Weztlar, l’arrivée d’Albert, le fiancé qui était en voyage, puis son propre départ avec l’ambassadeur dont il est le secrétaire, sa démission, et enfin son retour auprès de l’aimée, son mal d’amour et son impuissance à retourner ou contrôler la situation.
La dernière partie du livre  a trait au suicide du jeune Werther, amoureux contrit, enfermé dans une vie sociale qui va aussi le jeter hors des codes. C’est le récit délicat d’une passion amoureuse impossible et d’un conflit existentiel avec le monde : «Devant mon âme, s’est levé comme un rideau ».
Nicolas Stemann joue ici la carte de l’ironie et de la satire… Chapeau de cow-boy et treillis pour Philippe Hochmair qui incarne avec désinvolture l’amant contrarié. Loin de l’ample chapeau et du long manteau blanc du célèbre tableau de Goethe dans la campagne romaine, qu’avait peint Johann Heinrich WilhelmTischbein.
  Ici, plus de paysage romantique avec jardin, fontaine et auberge de village, mais juste une table où Weerther  étend nonchalamment ses jambes, avant d’y poser salades verte et saucisses qu’il extrait d’un grand sac plastique. Auparavant apparaît en vidéo, un bouquet de fleurs champêtres  en fond de scène…
  Philipp Hochmair, facétieux et bon enfant, tient la caméra tout en déclamant  Werther ! en langues allemande et française, se regardant en miroir pour un autoportrait assez complaisant.
Humour, bouffonnerie, blagues faciles, sous-entendus un peu lourds, sollicitations du public, puis disparition du comédien quittant la scène un peu trop souvent: blancs et silences pour signifier l’impossibilité maladroite à vivre la situation mélancolique de l’amour empêché d’un jeune être.
On espérait toutefois davantage de finesse pour ce Werther !, ici un peu au rabais…

 Véronique Hotte

 Spectacle joué au Théâtre de la Commune/Centre Dramatique National d’Aubervilliers, du 8 au 12 mars.

Le Sacre du printemps d’Igor Stravinsky et Mouvements d’Henri Michaux

Le Sacre du printemps d’Igor Stravinsky et Mouvements d’Henri Michaux, chorégraphies de Marie Chouinard

 event_374 Deux œuvres contrastées : l’une tellurique, l’autre plus aérienne. De trente-cinq minutes chacune , elles composent une soirée de qualité exceptionnelle. En 1990, Marie Chouinard, soliste et chorégraphe, fonde sa  compagnie qui a, depuis, donné plus de mille représentations dans les plus prestigieux festivals et les plus grands lieux dont le Théâtre de la Ville qui l’invite souvent, comme, en ce moment, à la Maison des Arts de Créteil.

On a plaisir à voir ou à revoir ce Sacre du printemps qu’elle a créé en 1993, et présenté régulièrement. Les douze danseurs et danseuses, dont Carol Prieur, déploient un élan vital à la mesure de la musique d’Igor Stravinsky et du ballet chorégraphié par Vaslav Nijinski pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev qui, en 1913, avaient défrayé la chronique par leur modernité. Le spectacle avait été en effet qualifié à l’époque, par un chroniqueur grincheux, de «massacre du printemps ».
Sous la direction de l’artiste québécoise, les interprètes, torses et jambes nus, muscles bandés, célèbrent l’éveil de la nature par leurs corps aux allures androgynes, avec des solos, duos, trios, ou tous ensemble, et vibrent sur la partition d’Igor Stravinsky. 
«Il n’y a pas d’histoire dans mon Sacre, dit Marie Chouinard, pas de déroulement, pas de cause à effet. Seulement de la synchronicité. C’est comme si j’avais abordé la première seconde suivant l’instant de l’apparition de la vie dans la matière. Le spectacle, c’est le déploiement de cette seconde. »
Les interprètes
, sans distinguo de sexe, répondent aux soubresauts d’une sève montante avec des gestes d’animaux. Chez les danseuses, de petits chignons dessinent comme des oreilles, de chaque côté de leur  tête qui bouge de haut en bas, d’avant en arrière.
medium_frD’abord isolés, chacun dans son rond de lumière, les artistes galopent sur place, où exécutent de petits sauts caprins. Ces courts solos se démultiplient jusqu’à envahir l’immense plateau d’une faune étrange et remuante. Puis des groupes se forment, d’où certains s’échappent pour traverser la scène à grands bonds.

  Les rythmes, saccadés ou plus fluides, sont induits par la tonalité et le tempo des trompettes bouchées, trombones, cordes et grosse caisse qui dictent les mouvements. Parfois, les bras s’agitent, prolongés par de longues griffes plus végétales qu’animales, et les danseurs s’agglutinent en buisson mouvant. Exhibant deux cornes, l’une au front, l’autre au niveau du sexe, ils s’avancent les uns vers les autres, gonflés de désir. C’est la nature qui parle à travers ces jeux de scène exubérants, puissants et expressifs !
  Mouvements publié en 1951 par Henri Michaux (1899-1984) où de nombreux dessins à l’encre de chine, véritables calligraphies, se déploient sur soixante-quatre pages, représente un véritable défi pour la chorégraphe…
Projetés sur deux grandes pages lumineuses, en fond de scène, ils impulsent une gestuelle à laquelle les danseurs vont tenter de répondre en esquissant des figures, à mesure que les dessins s’inscrivent sur l’écran.
Aux spectateurs de comparer les originaux et leurs interprétations dans l’espace. Vêtus de noir des pieds à la tête, les artistes se meuvent sur un tapis de danse blanc, dans le sens de la lecture, de gauche à droite, et deviennent d’étranges pictogrammes aux membres déformés, tantôt écartelés, tantôt tassés sur eux-mêmes.
   Le livre est feuilleté de A à Z , y compris le long poème du milieu, ici  récité et qui nous éclaire sur la démarche et l’état d’âme d’Henri Michaux. Jusqu’à la première et quatrième de couverture, avec ses dessins blanc sur noir, en réserve, que les danseurs incarnent, nus cette fois, s’agitant dans l’obscurité sur des lumières stroboscopiques….
Les interprètes mettent littéralement en branle les calligraphies du peintre, ces « mouvements à jets multiples, fête de taches, gammes des bras (…) poussière d’étoile». Au terme de cette «course qui rampe/ rampement qui vole/ unité qui fourmille/ bloc qui danse», on ne peut qu’admirer leur virtuosité, leur élégance hiératique quand ils se succèdent sur la scène, ou s’agglutinent en multitudes.
De temps en temps, tels des bêtes, ils émettent feulements et croassements : «homme bouc/homme à crêtes/ à piquants, à raccourcis/homme à huppe, galvanisant ses haillons/homme aux appuis secrets, fusant loin de son avilissante vie», continue le texte.
Une véritable réussite esthétique qui met à l’honneur la danse, et aussi un immense poète.

 Mireille Davidovici  

Maison des Arts de Créteil jusqu’au 12 mars.

Mouvements : Grand théâtre Massenet, Saint-Étienne, le 16 mars ; Bregenzer Frühling, Bregenz, (Autriche) le 28 mai; Sadler’s Wells, à Londres, les 20 et 21 juin.

Le Sacre du printemps : Le Moulin du Roc, Niort le 22 mars ; Danse Danse, Théâtre Maisonneuve, Montréal du 31 mars au 2 avril.

 

François Rancillac reconduit

François Rancillac reconduit 

indexFrançois  Rancillac vient d’être  reconduit à  la  direction  du  Théâtre  de  l’Aquarium, à la  Cartoucherie de Vincennes, comme il nous l’avait dit il y a quelques jours. Les manœuvres minables du précédent cabinet de Fleur Pellerin pour l’évincer ont donc échoué, et son principal instigateur a été recasé ailleurs, pour le plus grand bien du théâtre public. Ouf!
L’ex-ministre de la Culture, plutôt embarrassée à sa conférence de presse au Festival d’Avignon, s’était perdue en explications des plus vaseuses, et on sentait déjà qu’elle cherchait comment reculer sans perdre la face.
Aucune illusion: cela n’aurait pu se faire sans une bataille de quelque dix mois, grâce entre autres, à une pétition qui a recueilli des milliers de signatures: quelles que soient leurs divergences,  celle des artistes d’abord (rien à faire la profession, pour une fois, est restée soudée!) mais aussi le public surtout, les enseignants,  directeurs  d’institution,  élus,  journalistes qui se sont mobilisés…  Ce n’est pas si fréquent!
Cela prouve: 1) que le Ministère de la Culture et sa Direction de la Création ne sont pas à un coup tordu près. On l’avait déjà bien vu par le passé!
2) que la solidarité paye: un(e) Ministre n’aime jamais les remous d’envergure; cela fait toujours désordre, surtout quand un de ses collaborateurs qui connaît mal le théâtre, prend une initiative prétentieuse et des plus mal placées.
3) Qu’il faut donc rester vigilant, surtout par les temps qui courent. Partout et toujours. Le Ministère de la Culture, et en particulier la Direction des Spectacles devenue la Direction de la Création artistique ont, rappelons-le encore une fois, commis par le passé un certain nombre d’erreurs grossières, sans jamais bien entendu s’en vanter, notamment en ce qui concerne l’enseignement artistique.
Donc, jeunes et moins jeunes,  techniciens, comédiens et metteurs en scène, critiques,  un seul mot d’ordre: NE CEDEZ JAMAIS aux intimidations du Pouvoir politique et de son administration quels qu’ils soient… Il est à votre service et non le contraire.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes, route  du  champ  de  manœuvre  75012  Paris. T:  01  43  74  72  74

Curiosity, création collective

Biennale des écritures du réel #3 à Marseille:

 

Curiosity, création collective, mise en scène de Laurent de Richemond

HD_3105_2015_CURIOSITY_9605L’entrée de cette douzaine d’ apprentis-comédiens sur le plateau nu se fait à reculons, tant la présence du public leur paraît sidérante. Ainsi est posé d’emblée, entre désir et répulsion, le processus ambigu de rencontre avec l’Autre, cet inconnu. Comme Curiosity, le robot explorateur envoyé sur Mars par la Nasa, les acteurs ici partent en quête de l’alien, une autre forme de vie : le partenaire, mais aussi le spectateur.
Passées les premières réticences, ils s’engagent immédiatement dans une sarabande de tableaux tonitruants. Ça danse, ça gueule, ça s’embrasse à bouche que veux-tu. Solos, duos, interventions chorales investissent pleinement l’espace. 
Laurent de Richemond de la compagnie Soleil Vert, en partenariat avec le théâtre de la Cité, a su, dans cet atelier, mettre en confiance ces amateurs bouillonnants.
Le désir d’être en scène les irrigue. Une onde intensément sensuelle parcourt ce spectacle qui va à la rencontre de nos contemporains, ces planètes mystérieuses autour desquelles on gravite sans prendre toujours la peine de les explorer, trop occupés que nous sommes à rêver d’ailleurs.
Après une danse libératoire hilarante, qui rappelle le tableau  I like to move it  du mythique Show must go on de Jérôme Bel (même travail sur le miroir, la modeste jouissance corporelle, la référence populaire, l’individu), voilà le groupe de «sex bombs» prêt à s’exposer et à exploser.
L’explosion fondamentale, c’est bien sûr la parole, ce pouvoir. Ainsi, on essaie de réduire les autres au silence pour parler (beaucoup) de soi dans ce « théâtre de l’expérience ». Chacun ici tente de bâtir sa présence scénique à partir de ce qu’il possède : un corps, des anecdotes, une envie de (se) dire, souvent par la force. «Tais-toi !», «Vous ne m’aimez pas, parce que je parle de moi » et son pendant : « Je suis une grosse merde» servent de chevilles récurrentes pour articuler des saynètes inégales, mais souvent fort jouissives.
Tous parfaitement en place. Légitimes et puissants. On retient : la présence titanesque du mutique Benoît et son banc dressé, tel un monolithe, un cercueil ou un rocher de Sisyphe, la sincérité de Stéphanie, fan de Cabrel, irrésistiblement attirée par les filles, les fantasmes d’embourgeoisement d’Erika, se rêvant tragédienne incarnant Bérénice, la gouaille agressive d’Edgar et de Marianne qui font toujours mouche…

 Car tout n’est pas rose dans la grande aventure de la découverte de l’autre. Des luttes intestines jalonnent la pièce : combat de femmes au sol, à la gréco-romaine,  réhabilitation de la Marseillaise (que vous n’écouterez plus jamais pareil), ou très goûteux plaidoyer canadien-cajun qui métaphorise avec bonheur, préjugés et racisme ordinaire qui gangrènent notre société.
Sans angélisme ni conceptualisation jargonneuse, Laurent de Richemond poursuit sa démarche d’incorporation du réel dans le théâtre (et inversement). En écho aux propos du philosophe Bernard Stiegler qui célèbre dans la revue Laura « le temps des amateurs », ces « créations partagées » semblent réaliser la thèse soutenue par Oscar Wilde dans L’Ame humaine et le Socialisme (rebaptisé pudiquement dans les éditions récentes L’Ame humaine).

 Dès 1891, devant les méfaits de l’industrialisation,  cet aristocrate visionnaire proposait de travailler moins, pour créer plus : que chacun puisse, désaliéné, prendre le temps de se questionner sur son existence, en se consacrant davantage à l’expression artistique et à la pratique culturelle.
 Curiosity s’étire un peu trop (Laurent de Richemond semble avoir été un peu débordé par le projet de «faire taire le vide» et de lâcher la bride à ses enthousiastes interprètes) mais n’en reste pas moins efficace. Et, quand survient le final, on a l’impression d’avoir vraiment rencontré chacun des êtres présents sur le plateau. Quelle humilité et quel engagement ! La vie est bel et bien ici «au comble du réel», comme l’a affirmé avec vigueur une spectatrice sexagénaire…

 Stéphanie Ruffier

Samedi 12 mars à 15h :  Un autre journal, création collective en photographie, et à 19h La Vie courante, installation vidéo orchestrée par la cinéaste Narimane Mari ,avec la complicité du musicien Cosmic Neman à la Friche La Belle de Mai.

Dimanche 13 mars au Théâtre de la Cité : Participez au monde, participez à l’art , rencontre animée par Estelle Zhong, en présence des artistes et participants aux créations.

 

 

Les Trocks

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Les Trocks

 En quelque quarante ans d’existence, les Ballets Trockadero de Monte-Carlo, devenus Les Trocks, célèbre troupe de travestis basée à New York, n’ont cessé de parcourir la planète : du Japon qui les adore, à l’Europe où ils reviennent chaque année,  avec plus de 3.000 représentations dans plus de  six cent villes !
 A quoi tient un tel engouement ? Sans doute à un  parfait cocktail de professionnalisme et d’humour. Avec d’excellents interprètes capables de parodier les chefs-d’œuvre du ballet classique, sans pour autant les dénaturer. Leur répertoire comprend aussi Cafe of experience  de Pina Bausch, Lamentation of Jane Eyre de Martha Graham, Pattern in Space, de Merce Cunningham…
Mais ce sont surtout les codes et le vocabulaire du ballet académique qui se prêtent à un exercice parodique. Voir les Trocks, tous solidement musclés mais aux allures de diva avec de longs cils et la bouche en cœur, danser en tutu et sur des pointes,provoque bien sûr, le sourire, chose peu fréquente dans le monde chorégraphique actuel.

Mais cela n’empêche pas une impeccable réalisation de manèges, pirouettes, fouettés et autres figures difficiles,  et provoque vite l’admiration. Le directeur des Trocks, Tory Dobrin, lui-même ancien danseur de la compagnie de 1980 à 1990, veille au respect des règles classiques.
Ainsi, p
our Le Lac des cygnes, Giselle ou Don Quichotte, chaque entrée d’une pièce au répertoire est assurée par des artistes, russes le plus souvent, qui l’ont dansée et qui la transmettent au plus près de l’original. Et, après avoir complètement intégré pas et enchaînements, les danseurs y ajoutent leurs facéties, souvent trouvées au hasard des événements. Pour Paquita par exemple, que Marius Petipa avait créé en 1847 et qui leur a été enseigné par une interprète du Bolchoi dans le respect du style académique, un des danseurs est tombé lors d’une répétition, et sa chute entraîna celle de toute la ligne de ses camarades qui se sont écroulés l’un après l’autre comme un château de cartes, déclenchant ainsi le rire! Bien entendu, le gag fut conservé.
Dans ce programme, il y a, à la fois des moments qui ont fait la réputation des Trocks, comme le fameux acte II du Lac des cygnes, et d’autres plus récents, mais jamais présentés en France, comme cet extrait de Paquita.
Avant même le lever du rideau, la bonne humeur s’installe grâce à un artiste au fort accent russe (la tradition du ballet reste l’apanage de la Russie pour le grand public!) qui indique la distribution: Maria Paranova, Olga Suppozova et autres divas aux noms fantaisistes que portent ici de vraies étoiles d’aujourd’hui
Aujourd’hui, où la mode est à une sérieuse déconstruction des codes du spectacle, celui qui se contente de s’en divertir, s’expose à la critique des esprits chagrins qui lui reprochent d’être futile.
Mais Les Trocks, avec leur virtuosité et leur esprit ludique, amènent à la danse un public qui ne s’y serait peut-être jamais intéressé autrement. Bref, le territoire de l’art chorégraphique est assez vaste pour inclure l’original, sa déconstruction… mais aussi sa parodie.

 Sonia Schoonejans

 Spectacle vu à la Maison de la Danse à Lyon

 

Objet principal du voyage, chorégraphie d’Herman Diephuis

Objet principal du voyage, chorégraphie d’Herman Diephuis

 

Le Tarmac, scène francophone à Paris, invite des équipes artistiques composites à unir leurs talents pour ces Traversée africaines, avec des spectacle de danse et de théâtre.* Le chorégraphie néerlandais, aujourd’hui installé en France, dit être «tombé artistiquement amoureux de ces jeunes danseurs burkinabé» auprès  desquels il mène des formations depuis 2010 à Ouagadougou : «Une révélation pour moi, tant sur le plan artistique qu’humain».
 Le titre, emprunté aux formulaires de demande de visa, donne la tonalité du spectacle : la rencontre entre deux univers, celui d’un Européen confronté à l’imaginaire africain. Loin de  danses traditionnelles revisitées,  Herman Diephuis coule son style contemporain dans les corps de ses quatre interprètes qui, tout de noir vêtus, se meuvent d’abord avec lenteur sur le jazz tendre et les drums de Max Roach, entrelaçant leurs gestes dans une douce intimité.
 L’un chute, les autres le relèvent. Les corps sont confiants : danseuses et danseurs forment un quatuor harmonieux. Puis  une querelle éclate, l’unité se brise, le groupe s’éparpille en duos et solos… Les blues de Memphis Minnie et Big Mama Thornton donnent lieu à des développements mélancoliques, où les artistes expriment physiquement leur solitude ou leurs rêveries amoureuses.
La discorde prend des allures guerrières avec les hymnes entremêlés du Burkina Faso, des Etats-Unis et de la France. Un désir violent parfois s’empare des danseurs qui se déchaînent au rythme du rock and roll, en solos, duos et trios… Mais bientôt les corps enfiévrés s’apaiseront.
Cette pièce pure et dépouillée se déploie avec une évidence simple. Sans fioritures, sans effets, par petites touches. Avec une économie qui maîtrise l’énergie émanant des artistes. L’argumentaire du ballet  évoque  les dernières émeutes au Burkina Faso, rapidement éteintes.« Je suis très fier des Burkinabé qui ont pris en main leur destin, sans violence, et avec détermination, dit le chorégraphe. Et le mouvement de contestation qui a commencé autour du rappeur Smockey, rejoint ensuite par de nombreux artistes, montre l’importance qu’ils ont dans ces sociétés. Ce qui est arrivé au Burkina, montre à quel point il faut continuer à  réaliser et à financer des projets culturels. » 

(À suivre…)

 Mireille Davidovici

 Traversées africaines se poursuivent jusqu’au 16 avril au Tarmac à Paris

Cœur d’acier de Magali Mougel

Cœur d’acier de Magali Mougel, mise en scène de Baptiste Guiton

MG_4910Baptiste Guiton a passé commande d’un texte à cette auteure qui apprécie les contraintes de l’exercice. Cœur d’Acier? Le nom d’une radio mise en place par la C.G.T., lors des conflits qui ont bouleversé la sidérurgie lorraine.
L’action se situe à Florange,  dont les hauts-fourneaux ont été abandonnés par Arcelor Mittal en 2012. Dans le projet initial de Magali Mougel, le personnage central était Edouard Martin, syndicaliste actif dans la lutte pour le sauvetage de cette industrie; élu député européen, il n’avait pas pu empêcher les décisions de la multinationale et avait été alors considéré comme un traître par ses anciens camarades. 
    L’auteure et le metteur en scène ont préféré axer la pièce sur les conflits qui agitent une famille pendant les cinq jours précédant l’expropriation de l’usine au profit d’un vaste centre de loisirs. Le père évoque avec nostalgie le travail dans les hauts-fourneaux, la lave rougeoyante de l’acier en fusion, et sa fierté d’avoir été un ouvrier au beau savoir-faire hérité de son père. Mais il a mal géré ce changement de vie et élève des pigeons qu’il consomme pour son usage personnel plutôt que de les commercialiser !
Sa fille, Anna, 17 ans, supporte mal ce fatalisme mais doute de l’efficacité de ses études; elle hésite entre accepter la mutation du pays et travailler pour le parc de loisirs qui va se créer, ou résister en menant des actions violentes. Tiphaine Rabaut-Fournier incarne, avec naturel et vivacité, Anna, tiraillée entre les illusions de l’enfance et la dure réalité actuelle. Bobby, son frère, un adolescent dans un état-limite, souffre du manque d’ambition de ses parents et rêve d’être adopté par Lakshmi Mittal en personne…
Antoine Besson, comédien original qu’on voit régulièrement sur la scène du T.N.P. de Villeurbanne, compose un personnage exceptionnel au point d’éclipser les autres.  A la sortie du théâtre, des jeunes gens enthousiastes ne parlaient que de lui !

Baptiste Guiton a choisi de remplir le plateau par des scènes simultanées mais on ne comprend pas toujours cette agitation, même si le rythme reste soutenu. Comme d’habitude, il aussi mis en scène trois instrumentistes; omniprésents, ils soulignent des moments du spectacle mais la musique, ici, ne semble pas toujours justifiée et gêne parfois l’écoute du texte… qui correspond à l’actualité sociale dans notre pays. On mesure la fragilité des ouvriers de l’acier, face aux diktats économiques, et la paupérisation des territoires. Ils s’étaient identifiés à leur industrie, et se voient  reconvertis dans des activités de loisirs ou de tourisme!

Elyane Gérôme

Théâtre National Populaire, place Lazare Goujon, 69100 Villeurbanne, jusqu’au 11 mars.

Notre crâne comme accessoire

Notre crâne comme accessoire, librement inspiré du Théâtre ambulant Chopalovitch de Lioubomir Simovitch, mise en scène d’Igor Mendjinsky, création collective  de la compagnie Les Sans Cou

 

crâneComment faire du théâtre dans une petite ville occupée par les nazis ? Pourquoi, et à quel prix ? Le Théâtre ambulant de Lioubomir Simovitch tentait de jouer Schiller mais devrait se contenter des Trois petits cochons. Mais même cela, se révèle impossible, dans un monde en proie à une guerre confuse.
Question obsédante: PEUT-on faire du théâtre, peut-on FAIRE du théâtre ? Pas de réponse possible, sinon en faisant théâtre de tout : de la pièce qui a inspiré l’affaire, des éléments et bouts de ficelles qui le constituent : musique, costumes, rôles pris et quittés l’instant d’une fiction, performance acrobatiques…Le mieux: que pour un instant, le public y croit.
   Ça ne veut pas rien dire (Arthur Rimbaud), ce patchwork de vérités sur la durée du travail et de la pauvreté, de sorte qu’on n’ait rien à faire du théâtre, sur les puissants, même petits, fascinés par le spectacle (quel élu de la République ne s’est pas cru compétent en matière de culture, du simple fait de son élection ?), et sur leur cruauté, sur l’orgueil et la modestie des comédiens ambulants.
 Être ou ne pas être, là est la question, d’où le titre du spectacle, en hommage au crâne de Yorrick, le bouffon d’Hamlet.  Shakespeare, jailli de la bouche d’un comédien, transcende le monde misérable où il se trouve ici avec Othello. Mais peu importe, c’est la voix même du théâtre, et de la plus belle poésie dramatique.
Nos comédiens ambulants n’arriveront pas à jouer Les Trois petits cochons, mais auront traversé un monde terrible, avec foi, naïveté et confiance, jusqu’à vouloir rendre son humanité au bourreau!
   Comment s’en sortent les acteurs des Sans Cou ? Comme leurs personnages de fiction ils passent avec la même honnêteté d’un état à l’autre, toujours en éveil, sur le vif, chaque moment de vérité passé à la toile émeri de sa propre critique, ce qui n’empêche pas l’émotion, un peu, voire beaucoup portée par la musique…
On aura beau dire que c’est n’importe quoi, qu’on n’y comprend rien mais on saisit une vitalité obstinée, une résistance qui ne sépare pas le théâtre de la vie. 
Dire que le théâtre est entré en résistance : pas nouveau ! Mais aujourd’hui, on sait bien que les conditions du métier se dégradent. Et pourtant il n’y a jamais eu autant d’écoles d’où sortent de jeunes comédiens pleins de talent pour faire du théâtre quand même.
On aura beau dire aussi que ce spectacle tient d’une affaire de professionnels entre eux, comme l’autre soir, avec une salle pleine d’amis des comédiens. Mais il possède une telle lucidité et une telle probité sur ce que l’ «artiste» (on rigole !) ressent du monde  où  il se débat, qu’il touche tout le monde…
 Avec un engagement des acteurs chaque fois mis à l’épreuve de leur propre ironie, non pas pour être détruit et pour tout ramener à un «rien n’est possible, tout se vaut », mais pour en vérifier la solidité, même précaire. Et c’est aussi vrai du décor, échafaudage démontable, d’où un rideau qui tombe peut se transformer en ruisseau. Génération précaire, avec un culte de l’humour et une poésie qui doit résister à tous les mauvais traitements : ces comédiens sont  à leur place dans la ruine magnifique des Bouffes du Nord.
Et, dans ce crâne, accessoire de scène, il y a apparemment de la matière grise…

Christine Friedel

Théâtre des Bouffes du Nord, Paris T : 0146 07 34 50 jusqu’au 26 mars.

Noces de sang

 

Noces de sang de Federico Garcia Lorca, mise en scène, traduction et adaptation de Daniel San Pedro

noces_de_sang_-_juliette_parisot_2-9f94dLe grand poète, assassiné en 1936 par un groupe fasciste, sans doute en raison de son homosexualité,  faisait jouer dans les villages, par son théâtre universitaire La Barraca, les pièces de Calderon de la Barca,  Lope de Vega et les siennes, comme Bodas de sangre qui lui a été inspirée par un fait-divers  qui eut lieu en 1928 près d’Almeria en Andalousie. Malédiction familiale, honneur bafoué, envie sexuelle  et bien entendu vengeance traditionnelle, ce mariage, brutalement cassé, finira par le meurtre réciproque de deux jeunes hommes,  entraînant le malheur de leurs familles pour longtemps.
  Une vieille paysanne avait perdu son mari, et son fils aîné, tué par la famille des Felix, à cause d’une haine ancestrale. Son fils cadet, lui, veut se marier mais elle sait qu’elle se retrouverait dans une solitude encore plus grande et n’est pas enthousiaste à l’idée de le voir partir de la maison ; elle s’y résout dans l’espoir de voir arriver des petits-enfants. La fiancée, comme lui, de bonne famille, vit seule avec son père aisé qui possède une belle ferme un peu à l’écart du village.
   Leonardo, qui lui, appartient à la famille des Felix, est déjà marié avec une cousine de la fiancée, et père d’un petit garçon.  Et il a été fiancé à cette dernière mais n’a pu l’épouser, faute d’argent. Les noces se préparent  dans la joie et, le matin du grand jour, Leonardo, invité lui aussi, arrive un peu en avance et retrouve son ancienne fiancée… Ils sont seuls et on voit tout de suite que leur passion n’est pas éteinte. Mais elle, sans doute en plein désarroi, reste quand même décidée à se marier, et les anciens amoureux se  quittent. Pas pour longtemps ! La fascination sexuelle est bien là, et en plein milieu de la fête, Leonardo s’enfuit à cheval avec la jeune mariée; la femme de Leonardo, qui  a vu son couple se défaire, dénoncera leur  fuite…
  Mais le jeune marié finit par retrouver le couple dans la nuit. Le destin va alors lourdement frapper, comme l’indiquait le titre de la pièce, et le sang va couler : les rivaux s’entretueront. Zéro partout : il ne restera plus à ces trois veuves, la vieille mère, la jeune mariée encore vierge, et la femme de Leonardo, unies par une même douleur, qu’à pleurer les deux hommes.
  Oui, cela a des allures de vieux mélo à la sauce d’une Espagne encore catholique, très rurale et franquiste,  d’avant la seconde guerre mondiale. Mais la pièce frappe juste, et le fait-divers qui a inspiré Federico Garcia Lorca (un mariage juste conclu et rompu pendant la fête) a été plus courant qu’on peut le croire… Il nous a été conté une histoire du même tonneau où un jeune homme marié depuis deux heures, s’était enfui avec une invitée pendant le repas des noces. C’était il y a une quarantaine d’années du côté de Perpignan, et on dit qu’ils vécurent ensemble, et ils eurent sans doute beaucoup d’enfants.
Reste à savoir comment mettre en scène aujourd’hui cette pièce séduisante mais peu montée, qui tient encore la route malgré quelques longueurs. Terrain glissant en effet : soit on recrée une Espagne rurale pur-jus, stéréotypée, avec murs de ferme blanchis à la chaux sous un soleil brûlant, avec costumes noirs et musique ethnique… Ce  genre de théâtre-carte postale serait sans doute insupportable ! Ou alors il y faudrait un sacré génie!
Soit on épure les choses, sans les moderniser, tout en gardant aux habitants de ce village, à la fois acteurs et victimes de cette tragédie, leur personnalité, au risque de tomber dans une certaine sécheresse. Mais, même dans ce choix de mise en scène, la marge de manœuvre reste limitée… Comment dire en effet la  tension et la violence sous-jacente de ce monde d’autrefois mais pas si lointain qui traverse toute la pièce, de façon efficace, sans tomber dans le pathos et la grandiloquence?
Daniel San Pedro qui avait  déjà  réalisé Yerma de Federico Garcia Lorca, a évité le piège et choisi, avec raison, la sobriété; il a situé la pièce sur un plateau nu avec une sorte de boîte, conçue par Karine Serres, que l’on déplace et qui restitue à la fois une façade et l’intérieur de maisons ou la campagne du double meurtre final. Les plateaux nus, c’est très mode par les temps qui courent ( voir Le Théâtre du Blog) mais peu efficace quant à l’acoustique. Le travail de Daniel San Pedro est de bonne facture, malgré une  distribution un peu inégale, où domine, avec une belle présence et une diction impeccable, Zita Hanrot (la fiancée) qui a remporté le dernier César du meilleur espoir féminin.
La pièce a  une certaine  difficulté à se mettre en rythme et on entend mal Nada Strancar ( la Mère). Mais ensuite, les choses se mettent en place et les deux protagonistes, Clément Hervieu-Léger et Stanley  Weber, sont crédibles Il y a souvent de belles images, comme cette noce qui s’avance face public sous les lumières de Bertrand Couderc, ou le meurtre final.
   Selon Daniel San Pedro, l’homosexualité de l’écrivain espagnol a engendré chez lui « une frustration dont il a souffert et qui n’est donc pas le simple fait de la clandestinité à laquelle il a été souvent contraint. Mais davantage liée à la conscience du poète de son impossibilité à pouvoir construire une véritable vie de couple”.
 Rien n’est moins sûr mais qu’importe, le metteur en scène réussit à créer l’émotion quand la machine du destin commence à s’emballer. Ce qui n’était pas donné au départ, surtout dans un petit bijou de théâtre à l’italienne comme le Théâtre du Jeu de Paume, pas vraiment adapté… Mais il  aurait pu nous épargner quelques criailleries et ces jets poisseux de fumigènes qui ne servent rigoureusement à rien, sinon  à faire tousser le public.
   Ce spectacle, sans grandes audaces mais de qualité, réussit à faire passer le verbe poétique de cette oeuvre hors-normes. Presque un siècle après sa création, on l’apprécie à sa juste valeur. Et le public d’Aix, un peu bobo, qui ne connaissait pas la pièce, semblait ne pas revenir de tant de modernité…

Philippe du Vignal

 Spectacle vu au Théâtre du Jeu de Paume à Aix-en-Provence le 5 mars. Tournée en France

 

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