We love Arabs

 

Festival d’Avignon:


We love Arabs
, texte et chorégraphie d’Hillel Kogan.

 

we_love_arabs_uneUn moment rare dans ce festival et un vrai coup de cœur, au sens affectif du terme pour cette création.  «J’aimerai partager avec vous quelques questions que je me pose dans mon processus de création, dite danseur israélien au début de spectacle qui interroge la notion d’espace. Espace qu’il va partager avec un danseur arabe Adi Boutrous  qui se révèle être chrétien et non pas musulman. Ainsi un premier préjugé s’effondre, d’autres suivront.

Il échange des mouvements et des mots avec son partenaire,  se questionne sur l’identité et sur le sens d’une chorégraphie: «Ne me montre pas quel danseur tu es, cela ne m’intéresse pas, montre moi quel animal tu es».
 Hillel Kogan s’amuse  parfois à un jeu verbal humoristique et un peu condescendant avec son partenaire, mais révèle sa  vraie nature sensible dans les gestes qu’ils effectuent ensemble. Nous vivons ses doutes et ses hésitations dans cette recherche. L’houmous, plat national israélien et  symbole d’une forme de communion,  va être utilisé de différentes manières. Un lutte dansée mais amicale de couteaux et de fourchettes précéde un réel moment de grâce et de beauté entre eux et ils s’unissent dans une chorégraphie intense, accompagnée d’un air de musique classique, dans un nuage de fumée.

«Je n’aime pas dit Hillel Hogan, utiliser beaucoup de texte dans mes chorégraphies »mais  pour cette pièce, il déroge heureusement à sa règle. Cette création, à la fois légère et profonde, suscite  chaque  jour l’enthousiasme du public. Vu son succès elle devrait très vite être reprise en France, et ailleurs.

 Jean Couturier

 La Manufacture jusqu’au 24 juillet. www.dddames.eu

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Archive de l'auteur

Qui commande ici?

Qui commande

Festival d’Avignon:

Qui commande ici?  texte de Ricardo Montserrat, mise en scène de Christophe Moyer

 Hasard de la programmation : ce sont encore des paroles de femmes récoltées par Ricardo Montserrat qui fondent cet autre spectacle de mémoire collective (voir Femmes des Suds  dans Le Théâtre du blog). La Rotonde, théâtre des Cheminots, aime à prendre le pouls de notre société et plus particulièrement du monde du travail. Mais ici, nous quittons le port de la Seyne-sur-Mer pour rejoindre l’extrême Nord de la France, à Roubaix, et ausculter le cœur des ouvrières d’une célèbre entreprise malmenée par le marketing moderne, La Redoute.
Ce projet original, commandé par les Tréteaux de France/Centre Dramatique National, en coproduction avec le Théâtre de la Poudrière, tisse aussi habilement des témoignages de clientes.

 Nous avons savouré le peps facétieux et franc du collier de madame Logue, Cata de son petite nom. Cette grande bringue délurée en robe rose, mène son monologue avec entrain. Allégorie du fameux catalogue de La Redoute, Laurence Besson joue de la rime avec tempérament et semble bien rodée aux relations scène-salle.
Ce spectacle de format léger se joue habituellement en appartement mais dans cet espace plus ouvert, la comédienne ne perd en aucun cas de sa verve et de son acuité. Quel sens du contact ! Elle campe les «petites mains» qui ouvraient le courrier quand  on ne cliquait pas encore frénétiquement sur les sites Internet. Et c’est toute une poésie délicate de la relation humaine, hôtesse-cliente, qu’elle chante. Dans le colis amoureusement préparé, « c’est tout ça que vous recevez, cette humanité, cette féminité ».

 Les anecdotes (feuilletage compulsif, découpage par les enfants, réclamations au service client, essayages, renvois d’articles, fameux vibro-masseur présenté comme un accessoire de massage pour la joue….) trouveront écho dans tous les foyers qui ont connu le catalogue et ses concurrents,  Les Trois Suisses, Quelle… L’effet miroir est pertinent.

 Mais au-delà du saupoudrage de petites histoires et de calembours légers, le spectacle prend de l’épaisseur, avec une interrogation plus philosophique. De quoi rêvons-nous vraiment quand nous  faisons une commande ? L’acte d’achat est analysé : une part d’espoir,  un besoin d’échapper au mépris des vendeuses des boutiques du centre-ville, la nécessité d’un temps à soi,  mais aussi le vêtement comme pansement.  L’acheteuse apparaît ici comme « l’enfant qui remplit l’armoire de souhaits jamais réalisés. » Sont par ailleurs évoquées les délocalisations causant le licenciement du personnel local, l’automatisation, le règne du tout-numérique, et les cures d’amaigrissement qu’a subies le catalogue.

L’effet madeleine de Proust et l’empathie générée par le jeu habile de la comédienne fonctionnent à plein. Et cadeau surprise ! On repart avec un mini-catalogue parodique. Un théâtre documentaire qui sait charmer le client.

 Stéphanie Ruffier

 Théâtre de la Rotonde, du 8 au 18 juillet, 18h. Tel : 06 46 51 89 29

 Chantiers interdits, un autre spectacle de Christophe Moyer, soutenu par Les Tréteaux de France, est visible avec le même billet, au Théâtre de la Bourse du travail CGT, jusqu’au 29 juillet, à 13h. T: 07 87 93 59 71.

 

Lectures organisées par RFI

Festival d’Avignon :

 Ça va, ça va le monde !

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Photo Pascal Gely Cecile Megie, Marie-Christine Saragosse et Paul Rondin

Par cette exclamation, RFI nous invite à entendre et écouter les bruits du monde, avec des auteurs dramatiques d’Afrique, du Proche-Orient et de l’Océan Indien. Leurs paroles nous éveillent aux réalités de leurs pays, sous l’angle de la langue et de la poésie. « Ces  textes prennent le monde à bras le corps, nous bousculent… Mais nous sauvent avec l’humour ou l’amour des possibles, dit Marie-Christine Saragosse, la présidente de France-Médias Monde. »

Fidèle à ce rendez-vous estival, initié il y a quatre ans sous la houlette de Pascal Paradou, le public s’avère friand des ces lectures, à l’instar des nombreuses rencontres programmées en marge des spectacles.

 Tais toi et creuse d’Hala Moughanie, mise en lecture d’Armel Roussel

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Photo Pascal Gely: Clémentine Célarié, Francois Clavier, Pierre Verplancken, Jean-Benoît Ugeux, Vincent Lécuyer

 

Une lecture au fil du rasoir, pour un texte âpre, mais dont l’humour absurde ménage des respirations et apporte une distance salvatrice à la cruauté de cette famille, microcosme d’une société en guerre contre elle-même.

Hala Moughanie a commencé à écrire  cette première pièce au début des hostilités en juillet 2006. « La guerre, la souffrance sont toujours là, dit-elle. Elles sont constamment reproduites dans notre société à travers des habitudes ». Selon elle, les Libanais arrivent à vivre dans ce chaos avec « une capacité de résilience extrême mais ne font pas leur travail de mémoire. » Elle espère contribuer à ce travail, en ne renonçant pas à la  » propension de son peuple à rire de tout « .

Mireille Davidovici

Ce texte a obtenu le prix RFI 2015 (voir Le Théâtre du blog).

Diffusion sur  RFI , le 24 juillet à 12h 10

 

À la Guerre comme à la gameboy, d’ Édouard Elvis Bvouma, mise en lecture d’Armel Roussel

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Photo Pascal GEly :Édouard Elvis Bvouma et Pascal Paradou

Boy Killer  (son surnom) se compte au rang des héros de bandes dessinées et explique sa guerre à l’aune de ce monde ludique où la violence reste sans conséquence. « C’est l’angle que j’ai choisi pour ce sujet assez dur, dit l’auteur. »
Cela lui permet de descendre aux enfers de  l’horreur, en nous faisant parfois sourire avec toutes les références  puisées dans l’univers des contes et légendes, et des jeux enfantins. En ces temps troublés, ces lectures sont une belle occasion de voir le monde autrement.Une très belle écriture, toute en finesse et en rythme.

M. D.

À écouter sur RFI le 31 juillet à 12 h 10.
Le texte  paraîtra aux éditions Lansman.

Jardin de la Maison Jean Vilar rue de Mons, jusqu’au 20 juillet à 11 h 30 . Entrée libre


 

Femmes des Suds

Les Femmes du Sud miroir

Festival d’Avignon:

Femmes des Suds, texte de Ricardo Montserrat, mise en scène et chansons de Catherine Lecoq

 Femmes de l’ombre sous le soleil du Sud, femmes de travailleurs des chantiers navals de La Seyne-sur-Mer, femmes au foyer, ou ouvrières, mères ou amantes… Femmes toujours vivantes malgré  l’économie de marché qui, en fermant les usines, a cruellement balayé une partie de leur passé.
 Leur parole a été recueillie par Ricardo Montserrat.  Et Orphéon, une compagnie varoise qui œuvre avec une merveilleuse obstination  à la transmission, l’a confiée à Catherine Lecoq, leur porte-voix, qui, au micro, nous conte les menues anecdotes du bonheur, à l’époque où se vendaient avec enthousiasme L’Huma et VO, (La Vie Ouvrière), où chaque coin de rue avait son boulanger et où les hommes sentaient la Gitane maïs.

Son récit, émaillé de chansons originales et d’airs célèbres (On dirait le Sud, Bella Ciao…) est soutenu par Marie Gottrand au piano et Aurélie Lombard à l’accordéon, en salopette bleue d’ouvrier.
Derrière elles, sur un fil à linge, de magnifiques torchons peints avec les symboles de cette vie simple : un poulpe (moins malmené que dans le spectacle d’ Angelica Liddell au cloître des Carmes, voir Le Théâtre du Blog), des oursins, un poumon, un cœur-estuaire, une cafetière italienne. Sur un guéridon, des journaux pliés en forme de bateau.

 La chanteuse, aux boucles flamboyantes et au sourire communicatif, déroule pour un public nostalgique (certains ont connu les quartiers des chantiers), une belle galerie de portraits : l’Italien fatigué, le grutier monté si haut, celui qui forge un bracelet inoxydable pour sa belle, une mère tunisienne qui ne veut pas que ses enfants fassent le ménage mais leurs devoirs… Chaleureux hymne aux gens heureux !
 Tout un monde où système D, débrouille dite «bricole », mais aussi débrayages, défense des acquis et  système A (amour, amitié) sont chantés ici. Avec des jeux de mots parfois faciles (les boules du mari), un ton un brin naïf, au diapason de ces temps de fraternité et  loisirs «cons mais conviviaux ». Catherine Lecoq, loin de la performance vocale, privilégie la sincérité et la simplicité de ces témoignages.

 Combats et revendications : SOS racisme, demandeurs d’asile, condition féminine, crèche… On fustige les crapules : capital et sous-traitance. L’ensemble fleure bon les métiers d’autrefois mais on aurait aimé davantage de connivence entre les musiciennes et la chanteuse, pour soutenir l’esprit de solidarité qui prévaut dans ce spectacle fleur bleue qui célèbre métiers humbles, et grand cœur des petites gens.

 Stéphanie Ruffier

Théâtre de la Rotonde, jusqu’au 18 juillet à 16h05. T : 06 46 51 89 29

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Going home

Festival d’Avignon:

Going home, mise en scène de Vincent Hennebicq

_MG_7864Un spectacle éloquent sur l’épreuve de l’exil, au-delà des clichés et de la bonne conscience. Interprété avec un panache tranquille par le grand comédien Dorcy Rugumba : diction impeccable, parler convaincant et  allure décontractée et sportive qu’éclaire un regard jovial  envers le public, allant et venant sur le plateau avec nonchalance.
Un exil à rebours : le migrant n’en est pas encore un, mais citoyen autrichien, enfant noir adopté, qui n’a pu s’adapter dans une Europe xénophobe, fils indigne et mauvais élève dans une société qui pratique l’exclusion, et dont les pères ne sont guère aimants.

L’histoire commence à Hambourg : un Noir, l’air hagard, est arrêté dans un parc enneigé avec, à ses pides des piles de biellets : son braquage d’une banque vient d’échouer… Le jeune délinquant Michalak l’Éthiopien, qui a été adopté par une famille autrichienne, nous conte son histoire.
De dérives en petits boulots, de fréquentations douteuses en petits casses,  il vit en Allemagne, où il rêve d’une vie facile, avec sorties, filles et alcool.

Un  autre braquage réussit et, avec l’argent, Michalak s’envole vers Addis Abeba, en  croyant que la vie sous le soleil et avec tout cet argent sera idéale. Échec. La vidéo subtile de Olivier Boonjing laisse d’abord voir les mêmes inégalités sociales, plus criantes encore, et Michalak erre, un  sac de bouteilles à la main.

Mais il existe aussi dans les villages une autre Éthiopie, celle de citoyens intègres et valeureux. L’exilé travaille dans une plantation de café où il peut évaluer les différences entre le Nord et le Sud, entre le prix du café en Ethiopie-un des meilleurs du monde-et le prix de celui qui est vendu en Europe. Si l’Afrique souffre d’un besoin d’aide, elle est d’abord une proie facile  pour les pays du Nord.
Et l’Éthiopie possède de vrais trésors symboliques : le travailleur découvre à travers la plantation de café du village où il vit, une communauté solidaire  où hommes et femmes sont à égalité de salaire.

Michalak se marie, est père d’une petite fille, et se lie d’amitié avec le médecin du village ; il appartient pleinement à la communauté, dont il respecte pleinement comme il se doit le chef au bonnet rose -les vidéos témoignent des moments festifs.

Si la justice n’est guère présente, la loi sévit, et Michalak est rattrapé par la police pour rendre compte du braquage. Revenu à la case départ à Hambourg, il est emprisonné cinq ans. À la sortie, pour revenir au village, il commet un nouveau braquage avec arme en plastique et  encore une fois,  il est arrêté. Prison à nouveau mais durant deux ans, grâce aux juges cléments et aux témoignages du médecin du village éthiopien qui vient raconter que l’achat de camions  grâce aux dons de  Michalak-très généreux- la plantation de café  a pu se développer

 Les compositions originales de Vincent Cahay (piano et batterie) et de François Sauveur (violon et guitare) donnent le rythme nécessaire à la confrontation maudite des enjeux et des obstacles de l’appréhension du monde. Un conte sombre qui se finit bien, grâce à l’intelligence et l’humanité de certains.
Un exil à rebours, un retour au pays natal qui n’avait jamais eu lieu, un beau rêve.

 Véronique Hotte

 Théâtre des Doms, jusqu’au 27 juillet, relâche le 21 juillet, à 10h45.


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Le Débit de pain

 

Festival d’Avignon:

Le Débit de pain de Bertolt Brecht, mise en scène de Sylvain Guichard

IMG_9437-200x200Belle surprise que la découverte de la compagnie dirigée par Sylvain Guichard à Tours, formé à l’ENSATT, notamment par Mathias Langhoff, compagnon de Bertolt Brecht.
  Souvenirs, souvenirs : Manfred Karge et Mathias Langhoff, justement avaient été invités par Gabriel Garran au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, à y présenter Der Brotladen,  en allemand.

À l’entrée dans la salle, on nous distribue du pain ! Et quatre acteurs  interprètent treize personnages, dont un chœur d’ouvriers sans travail. Il faut se battre pour conquérir un emploi de vendeur de journaux et gagner une misère, après avoir écrasé les autres sans pitié.

La veuve Queck qui a perdu son emploi, est chassée de sa maison, et se retrouve à la rue, ses meubles mis en vente, le bois qu’on lui a livré, peine à être débité. Cette boulangerie finit bombardée par les morceaux de pain que vont jeter les acteurs, accompagnés par les spectateurs, sur la devanture de tôle qu’on ouvre et qu’on referme au fil de l’action.

Le sombre tableau d’une déchéance provoquée par des magnats égoïstes qui menacent encore notre monde, est ici étrangement tonique.

Edith Rappoport

Théâtre Alizé à 18 h 45 jusqu’au 30 juillet, relâche les 19 et 26 juillet. T: 04 90 14 68 70.

20 november

Festival d’Avignon :

 

20 November de Lars Noren, mise en scène de Sophia Jupither, (en suédois, surtitré en français)

 4970523_6_ffdd_avignon-france-le-13-07-2016-20-november-de_b3f0d71dcff66c7ed926d16c67919960 » Vous me regardez , et je vous regarde… Vous serez obligés, tôt ou tard, de me regarder, ainsi débute ce monologue… Dans une heure et douze minutes ce sera l’heure, mon heure. »  Ce 20 novembre 2006  à Emsdetten (Allemagne) , Sebastian Bosse , dix-huit ans, s’apprête à commettre un attentat dans son ancien collège. Devant  nous, et projeté en gros plan sur l’écran relayé par la caméra installée dans sa chambre, il annonce et explique son geste.

Pour cette pièce, écrite dans l’urgence, au lendemain de la fusillade qui a frappé Emsdetten le 20 novembre 2006, l’auteur a puisé dans le journal intime et dans diverses publications laissées sur Internet par le jeune homme qui s’est donné la mort, après avoir ouvert le feu sur les élèves et les professeurs.

Lars Noren a conservé la brutalité de cette parole directement adressée, et renforcée par  l’effet de réel des gros plans sur le visage de David Fukamachi Regnfors, formidable acteur qui endosse le rôle avec courage ; il en fallait, en ce lendemain de 14 juillet, autre date fatidique qui restera gravée aussi  dans les mémoires. Il dit les frustrations de Sebastian,  sa haine liée aux violences et aux humiliations subies à l’école, et son sentiment d’être un perdant.

 » Il construit une théorie politique pour justifier ses actes, écrit Sonia Jupither. Il y a une part de rationalité politique mais surtout une détresse émotionnelle. » Mais en aucun cas, le texte ni le jeu ne justifient son acte qui nous donnent seulement à réfléchir sur la violence de nos sociétés et l’exclusion qu’elles génèrent.
Nous sommes plongés dans l’intimité de sa chambre, sommairement évoquée par une chaise et quelques accessoires dont le gros sac qui renferme ses armes de mort mais ici pas de psychologie derrière cette colère. Ce portrait cru et sans concession d’un adolescent meurtrier nous bouleverse  et nous interpelle, en ce qu’il met à jour une société impitoyable qui génère fracture et exclusion. Selon Sebastian, nous en sommes tous coupables.

Une mise en scène sans artifice et sans concession  renforce le malaise qui nous saisit.

 Mireille Davidovici

 Salle Benoit XII jusqu’au 17 juillet.

L’improbable est possible… j’en suis la preuve vivante

L’improbable est possible… j’en suis la preuve vivante, texte de Latifa Djerbi et Jacques Livchine, mise en scène et dramaturgie de  Jacques Livchine

 VISUEL  - improbableOpération reconquête de soi et des autres, avec, pour seules armes, le naturel et la candeur. Chemise mal boutonnée et tachée, l’air un peu égaré, Latifa Djerbi dispose de peu de temps et d’espace pour nous convaincre.
Consciente de l’aspect périlleux de l’exercice et de son identité encore en construction, elle n’en est pas moins fermement décidée à trouver sa place. Rien ne semble l’effrayer : ni sa position instable sur l’échelle sociale, ni les clichés sur la femme/fille/ mère/amante, ni même la jungle du Off avignonnais… Et surtout pas Jacques Livchine qui lui a écrit une  lettre, hors-d’œuvre d’irrévérence réjouissante, où il la mettait en garde contre les solos féminins : «Les monologues, ce n’est pas du théâtre, c’est une pathologie. (…) Ne fais pas ça ! »
  Rien ici d’une adresse percutante avec une ligne rouge bien nette, comme celle de l’auteur autrichien Robert Schneider :« Je suis un Arabe, vous ne m’aimez pas, et je le comprends bien car je suis une saleté. » ! Mais Latifa préfère trouver sa voie(x) en douceur.

  La comédienne  tunisienne qui a demandé la nationalité suisse (déjà, quel poème !) et ex-prof de maths, a donc choisi d’y voir plus clair, en posant ses problèmes sous forme d’équations. Côté cour, un tableau noir, et côté jardin, un ordinateur portable avec webcam pour prouver à sa mère que, si !  des gens peuvent se déplacer pour la voir.
L’entrée en matière : une touchante captatio benevolentiae, brouillonne à souhait. Elle brave tous les interdits posés par : « Jacques a dit ».  Latifa chante et danse (mal), avec une ingénuité désarmante : un faux ratage, pas toujours parfaitement maîtrisé, mais son énergie et sa sincérité fédèrent le public.

 Quelle jolie trouvaille, que cette tentative de rationaliser les difficultés en les formulant sous forme d’acronymes ! Le tableau se couvre peu à peu d’un poème surréaliste truculent. Pour la situation professionnelle, c’est SS + PT + KK : soit le nombre de théâtres ajouté à la problématique : « Trouver sa place au travail » (PT), plus le « milieu culturel de la cuvette genevoise » (KK), sans oublier le talent, la copine, le cuissage (pas trop son truc). Elle analyse de même ,son rapport avec son corps, les hommes, les tensions avec ses enfants, les «Franchouillards», les calvinistes, les Arabes…

 Certains moments de grâce pourraient gagner en force, si elle laissait, par instants,  le silence s’installer. Exploration de l’intimité, le spectacle oscille entre tendresse et autodérision, et qui prend une coloration plus forte, teintée de la fraternité du théâtre de rue, quand la comédienne joue intimement avec le public.
Ce jour-là, un spectateur, Aurélien est invité à partager une cigarette : un  très joli moment d’improvisation. Puis le lien se crée plus solidement encore, avec un rouleau de papier  au texte pacifiste (à découvrir), et une invitation au public à passer derrière le rideau.

D’ordinaire, le comédien franchit plutôt le quatrième mur. Aussi ce moment est-il intimidant et émouvant. L’air de ne pas y toucher, ce basculement simple crée une relation horizontale avec Latifa, mais aussi entre les spectateurs. Une fraternité humaine bienvenue en ces temps troublés.

Venir au spectacle de cette comédienne qui déborde des cadres, c’est accueillir cette pétillante et généreuse maladresse, faire de la place en soi pour la rencontre. La solution des problèmes ? Accepter concrètement la part de singularité  en chacun, pour permettre des associations à priori impossibles, telle la fondue savoyarde et la harissa. Merci énergique Latifa, pour ce moment de réconfortante convivialité !

 Stéphanie Ruffier

 Espace Martial, du 7 au 30 juillet à 14h40 (relâche le 20). T: 04 86 34 52 24

 

 

Alors que j’attendais

Festival d’Avignon:

Alors que j’attendais de Mohamed Al Attar, mise en scène d’Omar Abusaada (en arabe surtitré)

63c201000ef02e156db9a931cbca8598-Alors_que_jattendaisCDidier_Nadeau9087-1024x682«  Un des principaux problèmes de la Syrie est un défaut dans la construction initiale de sa société et l’existence d’un système familial uniquement orienté vers le père et la religion. J’ai pris conscience que la Syrie était prise dans une toile d’intérêts mondiaux qui diffèrent d’une région à l’autre. Aujourd’hui, je me sens proche d’un ensemble de gens qui pensent qu’aucune justice sociale ne sera possible dans mon pays, si on ne la recherche pas également au niveau mondial» dit l’auteur qui a écrit une dizaine de pièces et  dialogué avec les habitants des provinces reculées de Syrie. Il a développé avec le metteur en scène des recherches sur le théâtre documentaire.

Un fils de famille, engagé dans la révolution et blessé, tombe dans le coma. Il est hospitalisé et sa sœur exilée à Beyrouth, vient lui rendre visite et  sa mère reste prostrée à son chevet. Les relations-agressives-finissent par se détendre. On réussit à rassembler la famille, le fils retrouvera-t-il sa lucidité ? Dans un sommeil profond, en compagnie d’un ami, il observe ses proches et mêle sa voix aux leurs, racontant une vie qui a changé de cours.

Dans un dispositif scénique à deux niveaux, les femmes, en bas, s’occupent de la vie matérielle: cuisine et vêtements. La sœur, elle, décide d’abandonner son travail jusqu’à la guérison improbable de ce frère qui voulait faire un film sur Damas à partir de leur famille. Un spectacle étrangement apaisé sur ces retrouvailles familiales autour du blessé, face au désastre du Moyen-Orient.
Pour écrire ce texte, Omar Abusaada a rencontré des familles plongées dans le drame du coma, et des médecins. La petite histoire ici  raconte et du coup, rencontre la grande….

Edith Rappoport

Gymnase Paul Giera
Teaterfestival de Bâle, les 31 août et 1er septembre et La Bâtie de Genève, les 4 et 5 septembre.
Le Tarmac dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, les 12 au 15 octobre.
Bancs Publics-Rencontres de l’Échelle à Marseille les 18 et 19 novembre.

Théâtre du Nord à Lille les 24 et 26 novembre.

Bingo, one man rose

Festival d’Avignon:

Bingo, one man rose d’après Blaise Cendrars, mise en scène de Raynald Flory

6 L’Exposition des Arts décoratifs de 1925 et l’Exposition coloniale de 1931 correspondent au succès de l’art «nègre»,  et à la véritable découverte de l’expression plastique de la culture noire, animiste et fétichiste.
 De même, la littérature orale de civilisations qu’elles soient blanches ou noires, s’impose comme une évidence. Aux Demoiselles d’Avignon (1907) de Pablo Picasso, répond en miroir et, en décalage temporel, L’Anthologie nègre (1921) de Blaise Cendrars, la prise en compte du continent noir, source, reviviscence et renouveau. L’imaginaire africain a été révélé à travers les lectures de contes oraux, œuvres d’art à la force vive et brute.

Le poète y rassemble des récits issus de légendes qui parlent de la création de l’univers, des animaux et des hommes, contes merveilleux significatifs d’une littérature orale. Bingo, one man rose,  avec le conteur Pascal Thétard, se présente comme une gourmandise colorée et acidulée. Il virevolte, pirouette pour signifier et vivre avec le spectateur une autre scène, une autre situation, un changement d’interlocuteur.

 Comme dans ce conte où Madame est suivie par un œuf qu’elle finit par poser sur une étagère au-dessus de son lit ; elle le couve, lui parle, et il finit par éclore en un mari qui, dès qu’il se montre égoïste, retourne dans son œuf, déposé sur l’étagère, selon le souhait de l’épouse. La vie ne se montre pas si compliquée, si on sait l’adapter à ses désirs premiers…

 La poésie pure semble aller de soi, recelant la lumière de tous les mystères.  Comme dans ces quelques vers de ce long poème Tu es plus belle que le ciel et la mer, avec la répétition célèbre et évocatrice dans ce refrain impératif : «Quand tu aimes il faut partir … Quitte ta femme, quitte ton enfant, quitte ton ami quitte ton amie …»

 Pascal Thétard, le soleil dans les yeux, invite à un voyage onirique radieux, scandé de pauses inattendues mais qui suivent son chemin parmi les broussailles emmêlées des contes et légendes où se retrouvent des comportements universels. Le comédien ne perd jamais le fil poétique de son histoire, tournant et dansant, se rapproche du public pour s’en s’éloigner plus tard, toujours présent sous l’éclairage évident des mots du poète.

Un spectacle vivant et rafraîchissant d’enfance et de modestie.

 Véronique Hotte

La Caserne des Pompiers, jusqu’au 26 juillet, relâche le 21 juillet, à 11h 45. T : 04 90 25 74 30.

 

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