Plaisanteries: L’Ours et La Demande en mariage

Plaisanteries: L’Ours et La Demande en mariage d’Anton Tchekov.

Les deux petites pièces de Tchekov sont souvent jouées ensemble et Sophie Bauret a entrepris de les monter avec, évidemment les mêmes trois comédiens. L’Ours est l’histoire de cette veuve plaisanteries4b.jpginconsolable, pour laquelle la vie a perdu tout attrait toute en deuil, qui n’arrête pas de pleurnicher sur son défunt mari, même s’il la trompait copieusement et qui reçoit un propriétaire terrien qui vient lui réclamer une importante somme d’argent -deux traites de 1200 roubles-qui restait à devoir au moment du décès, et dont, dit-il, il a un besoin urgentissime. Mais elle ne peut pas disposer de cette somme  dans l’immédiat. Ce que  ce Grigori Stepanovitch  ne peut admettre,  et le ton monte vite entre les deux, d’autant qu’il n’est pas spécialement diplomate et entend régler l’affaire séance tenante. il crie , tempête, menace mais elle ne lâche rien et accepte de se battre en duel. Le valet qu’elle a appelé à l’aide pour le mettre dehors, n’est pas d’un grand secours…

  Mais, devant tant de détermination, la situation commence à  échapper à  Grigori.  » Le deuil vous va à ravir, lâche-t-il et on devine qu’il commence à être amoureux. Elle, après l’avoir traité de tous les noms, tombe vite dans ses bras. C’est écrit dans une langue simple mais toute en nuances que Sophie Bauret réussit à mettre en scène , malgré quelques petites facilités dans le jeu et  vulgarités dont elle aurait pu se passer ( du genre minauderies du valet qui en fait des tonnes , et petites bouteilles d »eau minérale en lieu et place de la vodka qui volent à travers la scène, costumes  et accessoires improbables)
La  Demande en mariage suit.  C’est encore, d’amour et de sentiments qu’il s’agit,  vu aussi du côté des petits propriétaires terriens que Tchekov connaissait bien. Elle est là, en train d’écosser des petits pois par une chaude après-midi d’été, et lui, un voisin un peu endimanché,  arrive et avoue à son père qu’il veut la demander en mariage. Un peu gêné et ne sachant comment trop aborder le sujet, il parle du temps, de la moisson, comme on fait dans ces cas-là,  et  il évoque , au passage, un champ qui appartient à sa famille. mais elle n’est pas d’accord du tout et lui déclare qu’il fait une grossière erreur, que ce champ en fait est depuis longtemps son bien.

  Là aussi, le ton monte vite mais elle est très déçue quand elle apprend qu’il est parti et le fait rappeler aussitôt; le père les sommera alors de se marier. Ce qu’ils feront bien entendu. C’est  écrit dans une langue merveilleuse, toute en nuances subtiles. Sophie Bauret, qui a pris le parti de renoncer à tout réalisme,embarque cette petite comédie, dans une espèce de mise en scène clownesque: Marie Viaz est habillée en grande jupe de mousseline bleu pâle, et on y va :  roulements d’yeux, gestes faciles, n’importe quoi considéré comme gagesque : tout tombe évidemment à plat. Maria Vaz qui était tout à fait bien dans L’Ours, est ici assez peu convaincante, comme les deux comédiens, Frédéric Imbard et Sylvain Favreuille, ils en font tous les trois les tonnes souhaitées par la metteuse en scène qui aurait dû avoir un minimum d’exigence, dans sa direction d’acteurs. Et mieux vaut oublier très vite les choses chichiteuses qui font office de scénographie..
Et évidemment, Tchekov, cela résiste, on n’en fait pas n’importe quoi sans y laisser des plumes et l’ensemble laisse donc le goût d’une expérimentation clownesque, assez douteuse, entre élèves d’un cours de théâtre,  quand ils cherchent des choses en privé qui, éventuellement, un jour peut-être, si tout va bien, pourra, et encore, être introduit dans un spectacle, à condition qu’un véritable metteur en scène contrôle les choses.. Mais , quand il y a un public, on peut toujours appeler cela Plaisanteries! , le compte n’y est pas du tout. On n’a pas le temps de s’ennuyer mais on sort de là quelque peu perplexe…. d’autant plus que le spectacle a remporté le 2 7 ème Prix  Coup de coeur du Club de la Presse d’Avignon en 2008. Intelligente Sophie Bauret, gardez l’énergie dont vous faites preuve et  ressaisissez -vous, reprenez tout à zéro,et entourez-vous d’un dramaturge et d’un scénographe… et  votre spectacle aura une autre allure….
A voir? Oui, pour Marie Viaz dans L’Ours mais vraiment , à éviter si vous appréciez Tchekov ;  essayez plutôt de voir, si vous êtes par là, le très tonique et très réjouissant  Vania à la campagne du Théâtre de l’Unité, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine qui se balade cet été en Ardèche; allez, pour vous consoler, une petite pour la route:  » Ce sont les les vivants qui ferment les yeux des morts mais ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants ». Merci, grand Anton, et n’oubliez pas justement le cortège en hommage à André Benedetto , le premier metteur en scène à avoir joué off en 1967 et disparu ce 13 juillet, qui partira du Palais des Papes jusqu’à son théâtre Place des Carmes   CE SOIR À  17 HEURES. ( Admirez au passage l’art de la transition duvignalesque)

Philippe du Vignal

Théâtre Le Grand Pavois, 13 rue la Bouquerie. Avignon.


Archive de l'auteur

La Pleurante des rues de Prague

La Pleurante des rues de Prague de Sylvie Germain, adaptation, conception, jeu  de Claire Ruppli.

photo3lapleurante.jpgC’est, l’histoire d’une rencontre avec une géante qui apparaît dans les rues de Prague,  écrit par l’auteure fort estimable qu’est Sophie Germain qui a vécu dans cette ville. Il y a dans ce très beau récit comme une sorte de mémoire de ce que la cité a pu vivre , de tous ses habitants disparus,  de Terezin, le camp nazi réservé aux artistes, dont le Théâtre de l’Unité avait su rendre le destin tragique il y a une dizaine d’années., mais aussi du fameux poète Bruno Schulz, froidement abattu dans  le dos , qui  avait écrit Les Boutiques de cannelle dont s’ était inspiré le grand artiste polonais Tadeusz Kantor.  Le texte est écrit dans une très belle langue, à la fois précise et musicale,  dont Claire Ruppli a écrit une adaptation, puis conçu une mise en scène puis enfin joué, seule dans une petite chapelle.
Cela commence plutôt mal: quelques minutes dans le noir , qui font présager le pire, mais, même si Claudel a écrit que le pire n’était pas toujours sûr, cette  fois le pire arrive:  une espèce de logorrhée insupportable avec une  mise en scène pathétique d’inexistence. Claire Ruppli est là dans ces quelques mètres carrés sous une voûte  où le son se réverbère, pieds nus en imperméable clair, à essayer de nous persuader du bien fondé de son entreprise. Et l’ennui tombe implacable pendant une heure qui en parait presque deux. Il y a bien quelques petits effets sonores intéressants, en particulier ceux d’une gare d’autrefois qui n’auraient pas déplu à  Znorko, le metteur en scène marseillais. Mais cela ne fait pas évidemment  un spectacle….

  Décidément , les chapelles , grandes ( hier pour Le Sermon sur la Mort de Bossuet), aujourd’hui pour cette Pleurante) ne portent pas chance aux monologues! On veut bien que Claire Ruppli, après quelques nuits passées à lire et à relire le texte de Sylvie Germain, ait eu envie de faire passer cette écriture au théâtre, mais, une fois dissipée cette espèce de fièvre qui peut tous nous prendre après une lecture, comment cette comédienne n’a-t-elle pas eu l’intuition qu’elle faisait fausse route? Le mystère reste entier mais, en tout cas, c’est le public qui paye cher  ce manque de lucidité…. et cette bêtise théâtrale Alors, à voir? Oui, si voulez être bien au frais pendant une heure, mais il vaut mieux être  un peu moins au frais et libre de partir quand vous voulez, dans le merveilleux jardin qui jouxte la Chapelle…

Philippe du Vignal

Théâtre des Halles, à 17 heures , jusqu’au 30 juillet.

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LA PLEURANTE DES RUES DE PRAGUE  Théâtre des Halles 16 juillet De Sylvie Germain, adaptation, conception et jeu de Claire Ruppli

Echouée au Théâtre des Halles après avoir raté une pièce de Dominique Paquet, je n’ai rien compris à ce monologue sur Prague, hormis un passage sur une envolée de cygnes. 

Edith Rappoport

Le Sermon sur la Mort de Jacques- Bégnine Bossuet

Le Sermon sur la Mort de Jacques- Bégnine Bossuet, mise en scène et interprétation de Patrick Schmitt.

bossuet.jpg  « Me serait-il permis aujourd’hui d’ouvrir un tombeau devant la Cour? Je ne pense pas que des chrétiens doivent refuser d’assister à ce spectacle. » Ainsi commence le célèbre Sermon sur la mort que  Bossuet , prononça  le 22 mars 1642 devant Louis XIV et la Cour , et que Patrick Schmitt, après Notre Dame et Saint-Eustache à Paris, et les cathédrales de Dijon, Metz et Meaux ,  présente aujourd’hui dans la très belle chapelle de la rue Calvet. C’est un édifice, rond, datant de 1710, cinq ans avant la mort de Louis XIV,  restauré en 2006 , en pierre blanche, surmonté d’une coupole avec un autel principal et plusieurs petits autels secondaires. Avec de magnifique proportions.
 La voix grave de Patrick Schmitt s’élance majestueuse, et les périodes de Bossuet  sur la vanité de l’existence humaine, s’envolent, mues par une diction et une gestuelle parfaite. Et c’est un très beau travail de comédien qu’il faut saluer. Mais cette chapelle n ‘était sans doute pas le lieu capable d’accueillir ce Sermon sur la Mort. D’abord parce que cette chapelle est encombrée d’une sculpture en bois délavé et de sable gris, de calebasses et d’un synthétiseur, qui doivent évidemment servir pour un spectacle précédent ou ultérieur, selon la dure loi du off où les spectacles se succèdent à un rythme  effréné, et cela parasite visuellement les choses …
  D’autre part, il n’y pas ici de chaire, (comme le montre abusivement l’affiche du spectacle), et cela change tout; en effet, le rapport entre l’évêque, représentant de Dieu et  les fidèles de l’église à qui s’adressait ce sermon dépendait aussi de cette situation dans l’espace très particulière, et les architectes au service de l’institution catholique étaient aussi de singuliers scénographes qui avaient bien compris les choses… Comme , ici, il n’y a que des gradins métalliques avec d’ horribles sièges coques, placés en travers de la chapelle, le moins que l’on puisse dire est que rien n’est dans l’axe et que Patrick Schmitt , habillé non pas d’un habit sacerdotal qu’il aurait été pourtant facile de trouver, mais d’une espèce d’invraisemblable -et très laide- grande robe noire, bordée de parements dorés,  est debout face public, tout est faussé. Désolé, mais un vrai et bon scénographe n’aurait jamais laissé faire cela. S ‘il n’y avait pas de chaire dans cette chapelle,  c’est que l’on ne prononçait sans doute pas de grand sermon comme celui-ci, et qu’il n’y avait donc pas  cette réverbération sonore insupportable qui pollue dès le début le sermon!
  Alors, on  a un beau faire un effort mais très vite, on finit  par décrocher, et c’est vraiment  dommage. Bien joli de vouloir à tout prix venir jouer  en Avignon mais encore faudrait-il choisir un lieu adapté au  propos. Au final, malgré  un travail de comédien tout à fait respectable mais  un spectacle raté que vous pouvez vous épargner. Il vous faudra revoir Patrick Schmitt dans des conditions scénographiques correctes. Désolé, mais même si l’on n’est pas chrétien et, n’en déplaise à M. Sarkozy qui ne doit pas plus aimer Bossuet que La Princesse de Clèves, ce Sermon sur la Mort  est un des grands textes français et n’a pas à être maltraité.

Philippe du Vignal

Tous les jours à la Chapelle de l’Oratoire à 16 heures ,32 rue Joseph Vernet.

Sortie d’André Benedetto


  Sortie d’André Benedetto   ( 14 juillet 1934- 13 juillet 2009).  andrbenedetto2003copie.jpg

    La petite planète théâtrale est un fois de plus en deuil ! Après  Roger Planchon et Pina Bausch, et un ami personnel, cela commence à faire beaucoup en quelques semaines….. André Benedetto s’est éteint lundi, la veille du 14 juillet où il aurait eu 75 ans. C’est , sauf erreur, la première figure historique du Off, dès 1967,  du temps où Vilar était encore directeur du in.
Le off se développa ensuite mais, à petite vitesse,  et encore assez méprisé par la profession et par les metteurs en scène du in. Mais, à l’heure actuelle,  il y a tout ,du meilleur au pire..,  et c’est de cette aventure hors normes et courageuse que naquit le Off avec le succès que l’on connaît. Et la première fois que nous l’avions vu, c’était , en 67,  au Théâtre Daniel Sorano avec un texte de lui, à la fois  d’une grande qualité poétique et singulièrement décapant: Zone rouge, feux interdits, qu’il avait lui-même mis en scène.

   Il dirigeait encore, malgré de sérieux soucis de santé, son petit Théâtre, Place des Carmes, où il accueillit notamment Philippe Caubère. On ne pouvait pas être toujours d’accord avec ses mises en scène, et je me souviens de singulières passe d’armes avec lui car il supportait mal que l’on critique si peu soit-il, certains aspects de ses créations et ne prenait pas de gants pour vous le dire ( Edith Rappoport en sait quelque chose  et s’était faite abreuver d’injures pour les mêmes raisons…
Mais c’était un homme entier et engagé, et un bon écrivain; il  lui sera rendu vendredi à 17 heures un hommage  en forme de cortège qui partira du Palais des Papes pour se rendre  jusqu’à  son théâtre , Place des CarmesLa quasi totalité des jeunes troupes ignore son nom- et c’est normal, puisqu’il faisait partie de la génération de leurs grands parents, mais André Benedetto restera dans notre mémoire à tous qui avons fréquenté ce festival depuis longtemps.
Il fait désormais partie de l’histoire du Festival d’Avignon, et de l’histoire du théâtre français. Salut André…

Philippe du Vignal

N’oubliez donc pas de venir lui rendre hommage demain vendredi, si vous êtes en Avignon. 

Destination Feydeau

Destination Feydeau,(  extraits de Léonie est en avance, Ne te promène  donc pas toute nue, Le Fil à la patte et un texte de Frédéric Tourvieille traitant de la dernière année de la vie de Georges Feydeau. Mise en scène de Frédéric Tourvieille.

 image1.jpgComme chacun sait, Feydeau est cette année le jeune auteur à la mode qui a connu cette année à Paris comme en tournée des records de fréquentation , et cela ne semble pas près de cesser. A chaque crise, son antidote , et c’est dans les vieux flacons qu’on trouve parfois les meilleurs remèdes. Frédéric Tourvieille a     donc emmené ses camarades et le public dans une ballade autour de la vie de Feydeau qui, s’est terminée assez tragiquement ( voir les articles précédents du Théâtre du blog).

  Le spectacle commence plutôt bien par un retour en arrière ,année par année jusqu’en 1921,  quand mourut le célèbre écrivain, avec des images   des actualités cinéma de l’époque, et un capitaine d’avion  accueillant  le public avec une hôtesse qui  traduit  ses propos dans la langue de Shakespeare en les commentant… La parodie des petits discours des stewards et hôtesses  de l’air  sur les consignes de sécurité n’a rien de très neuf mais cela fait toujours plaisir et attire tout de suite la sympathie du public, surtout quand c’est, comme ici, assez bien maîtrisé.
 Puis,  suivent  des extraits des pièces mentionnées plus haut, et  là,  les choses ne sont plus tout à fait  dans l’axe, d’autant que sont  évoqués des moments de la vie de Feydeau  qui servent  d’enchaînements: on a ainsi droit aux visites que lui faisait  Sacha Guitry et sa comédienne d’épouse, Yvonne Printemps… mais  cela a des parfums de Moyen-Age pour la plupart des spectateurs qui ne sont évidemment pas au fait des  coulisses  du théâtre parisien des années 1900. Mais l’on  rit parfois davantage aux moments de la vie de Feydeau qu’aux extraits de ses pièces présentées.
  Pourquoi? Fastoche: comme une bonne partie de la dramaturgie de Feydeau est fondée sur un mécanisme parfait où un personnage  pris au piège  d’une situation à forte connotation relationnelle et/ou sexuelle, arrive à se rétablir in extremis. Chez Feydeau , il faut toujours un peu de temps pour que la machine se mette à fonctionner, et ,comme ici , il n’y a guère de temps, cela patine, et la machine a des ratés. Comme la scénographie et les costumes bâclés  sont du genre amateur, si on ne s’ennuie pas vraiment, ce collage improbable de scènes a du mal à tenir la route.

  Côté interprétation,  les comédiens surjouent souvent et font un peu n’importe quoi, et  comme ils ne le font pas très bien, il n’y a pas vraiment de raisons pour s’intéresser  à ce qui se passe sur scène. En fin de spectacle, le dernier petit film repart de 1921 jusqu’à 2009, avec, assez vite et tous genres confondus, de grande figures  socio-historiques comme Mao, Clémenceau, Elvis Presley ou encore Michaël Jackson, ou Busch père, et des bribes de documentaires que l’on aurait arrachées  à l’Histoire. C’est  tout à fait  savoureux mais aussi bien dommage que le reste du spectacle ne soit pas du même tonneau…
 Alors à voir? Bof ???? Au moins, la salle est correctement climatisée.

Philippe du Vignal

L’Albatros côté rue 23 rue des Teinturiers à Avignon.

Anjo Negro

 Anjo Negro de Nelson Rodrigues, mise en scène de Marc Adjadj.
avignon.jpeg

 image2.jpgNelson Rodrigues, auteur brésilien ( 1912-1980) est maintenant bien connu en France, où son théâtre- en particulier Valse n°6-  fut très vite  accueilli avec intérêt, ( voir notamment les divers numéros de la revue Théâtre Public) alors que dans son pays, la censure  en avait longtemps interdit les représentations à plusieurs reprises; sans doute les thèmes qu’il développait, dont la représentation scénique de l’inconscient, du non-dit ou non-avouable, et des relations sexuelles hors-norme, dérangeaient singulièrement les autorités comme les universitaires.
 Dans Anjo Negro, Ismaël a des rapports d’une violence inouÏe avec son épouse Virginia qui a tué ses trois premiers enfants; en fait, Virginia n’a qu’une idée en tête: redevenir la jeune fille, pure et vierge qu’elle a été autrefois: autant dire qu’elle nie sa propre identité. Tout comme Ismaël qui lui refuse sa négritude, dont on ne sait plus trop si Virginia aime ou n’aime pas finalement son mari noir parce qu’elle est blanche. Et elle finira par faire l’amour avec un blanc, Elias, le frère aveugle d’Ismaël,  pour enfin, croit-elle, accéder vraiment à al part la plus intime de l’autre, même s’il est aveugle. Noir, blanc, clairvoyance, cécité, fascination sexuelle, désir aussi absolu que la répugnance la plus absolue: on a l’impression que tout se bouscule dans la vie de ces trois puis quatre personnages, puisque Virginia accouchera d’une fille blanche. Preuve irréfutable de sa trahison pour Ismaël qui avait pourtant jeté sa femme à la porte, si l’on a bien compris.
 Ismaël finira par tuer cet amant blanc aveugle de Virginia qui  séduit aussi sa propre fille. En fait, rien n’est simple chez Nelson Rodrigues y compris cette étrange répulsion pour le métissage, et la pièce qui a parfois des airs de mauvais mélo écrit à la lumière de papa Freud, va plus loin que cela et  nous renvoie souvent , comme à travers un miroir grossissant, à nos désirs comme à nos peurs les plus enfouis au fond de nous-même. Mais Nelson Rodriguez  arrive toujours à tenir à distance l’horrible et la noirceur absolue de l’action en cours.
  La mise en scène de Marc Adjadj a de la tenue, même s’il ne dirige pas très  bien ses comédiens et que tout semble  flotter un peu; seul est vraiment convaincant Ricky Tribord ; mais Brune Renault ( Virginia) , est au début , tout à fait crédible mais a plus de mal à s’imposer,  parce que la pièce est sans doute un peu longuette, et qu’il y  a de la répétition des thèmes traités dans l’air.Mieux vaut aussi  oublier les images vidéo sans aucun intérêt qui sont diffusées  sur les rideaux noirs qui entourent la scène: comme d’habitude, la vidéo surligne , tout en mobilisant le regard du spectateur, ce qui n’était  sûrement pas le but de l’opération.. Il  y a aussi un choeur de deux jeunes femmes africaines qu’Adjadj a du mal à introduire sur le plateau.
  Le travail de Marc Adjadj est honnête et scrupuleux, trop sans doute; il  manque à sa mise en scène la prise en compte d’une certaine violence qui nous ferait entrer dans cet univers où la haine, celle des autres comme de soi-même, et le racisme le plus ordinaire serait traités plus en profondeur. Alors à voir? Eventuellement, si  vous avez envie de découvrir l’univers assez glauque de Nelson Rodriguez ….

Philippe Du Vignal

Chapelle du Verbe incarné, jusqu’au 31 juillet, rue des Lices. Avignon

Cabaret astroburlesque

Cabaret astroburlesque, mise en scène de Patrick Simon.

astro.jpgDans un petit jardin muni d’une trentaine de chaises et de quelques tables , un praticable avec, dans le fond,  un rideau rouge , un piano blanc et quelques petit globes terrestres juchés sur des pieds: c’est bien suffisant pour accueillir la deuxième version de ce cabaret que nous avions pu voir la saison dernière au centre culturel Boris Vian des Ulis dans l’Essonne. C’est, surtout en chansons ( Vian, Béart, Legrand, Fontaine…) mais aussi avec quelques textes, une sorte de promenade où l’on nous dit  l’aventure du cosmos avec ses trous noirs et toutes ses planètes mais aussi celle du malheureux Galilleo Galilei que personne ne voulait croire quand il parlait de la rotation de la Terre, mais celle de la vitesse à laquelle doit aller le Père Nöel s’il veut arriver à temps pour déposer tous ses cadeaux dans les millions de cheminées concernées par son personnage… C’est peut-être le plus déjanté de ces textes, écrit par des scientifiques américains.
C’est bien mis en scène par Patrick Simon qui a réussi à imposer un rythme et une saveur  délicieuses à cette exploration loufoque;( on ne dira rien des costumes  lacérés,qui sont assez laids !) mais les interprètes : Ariane Simon, Marianne Viguès et Jonathan Salmon chantent avec beaucoup de précision et de générosité- ce qui n’est pas incompatible- ces chansons loufoques (dont on connaît  certaines) qui s’enchaînent bien; du côté des petits textes, cela mériterait d’être encore peaufiné : Jonathan Salmon ne semble pas toujours très à l’aise.. mais, comme le  pianiste / chanteur est excellent, l’on sort de là assez réjoui, surtout après les deux heures de souffrance endurées la veille à la carrière Boulbon ( merci, M. Gitai!). Ce cabaret ,un peu brut de décoffrage ,  demande  quelque rodage mais, si vous passez par là, (c’est près des Halles), ) vous passerez un bon moment… loin du bruit et de la fureur avignonnaise.

Philippe du Vignal

Cabaret astroburlesque jusqu’au 20 juillet La Parenthèse 18 rue des Etudes, Avignon.

La Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres

image23.jpgLa Guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres, d’après La  Guerre des Juifs de Flavius Josèphe, adaptation et mise en scène d’Amos Gïtai.

image3.jpg  Joseph ben Mattathias ha-Cohen, dit Flavius Josephe, ( 38-100 environ) fut l’un des protagonistes de la guerre des Juifs contre Rome qui avait entrepris de coloniser l’état juif dans les années 66-70, puis dut se rendre aux Romains, après avoir trouvé refuge dans une grotte. Favorable à une reddition de ses troupes, il admit comme une nécessité absolue la décision collective de s’entretuer selon un ordre déterminé par tirage au sort, dont il réchappa ; il devint rapidement le protégé du général puis empereur : Vespasien , puis de son fils Titus qui  écrasèrent sans beaucoup d’état d’âme l’insurrection de Galilée. 

  L’armée de l’état juif comptait pourtant 100.000 fantassins et 500 cavaliers.Flavius Josèphe écrivit donc en historien, dans les années 70,le récit de cette guerre d’extermination dont il fut à la fois l’un des principaux acteurs et le témoin des  événements qu’il vécut à la fois du côté des Juifs d’abord puis des Romains. Chute de Jérusalem, , destruction programmée du Temple et enfin, suicide collectif  des derniers combattants réfugiés dans la fameuse citadelle de Massada pourtant réputée comme imprenable.   Ce fut la fin de l’Etat juif de l’Antiquité et le début d’un exil qui dura vingt siècles….Qui était en réalité ce Flavius Josèphe qui écrivit donc  l’histoire du peuple juif , une fois passé dans le camp des Romains? Un général intelligent sans aucun doute qui n’avait rien d’un héros et  qui ne manquait cependant pas de réalisme, au moment des choix cruciaux! Il  reste cependant le témoin irremplaçable de cette histoire de la nation juive.
 On comprend donc bien l’intérêt qu’a pu y trouver Amos Gitai, excellent cinéaste israélien, qui a donc entrepris de mettre en scène un spectacle, dont le titre est emprunté à l’un des fameux manuscrits dits de la mer Morte, et ce, par deux fois, en Sicile il y a quinze ans, puis à la Biennale de Venise.Gitai, s’appuie sur le texte de Flavius Josephe avec un prologue et sept tableaux. qui vont du début de l’insurrection, au début de guerre civile jusqu’à l’assaut de Jérusalem  par les Romains, puis au triomphe de Vespasien et de Titus à Rome, et enfin au suicides des insurgés de Massada programmé par leur chef Eléazar. C’est effectivement tentant comme scénario… Reste à l’adapter scéniquement…..
 Le cadre : la magnifique carrière Boulbon qui fut le cadre du Mahabarata de Peter Brook puis notamment,  du Songe d’une nuit d’été mis en scène par Jérôme Savary.Le spectacle d’Amos Gitai commence plutôt bien, comme une sorte de performance silencieuse ou presque; déjà sur la scène six taileurs de pierre découpent , scient, burinent de gros quartiers de roche au crépuscule; puis les très belles et douces  lumières conçues par  Jean Kalman  balaient  les parois rocheuses et les praticables métalliques. Et c’est d’une grande beauté plastique.
 Jeanne Moreau entre alors doucement, elle a un tailleur pantalon crème et une grande écharpe de soie vert d’eau et elle vient s’asseoir à une table en bois pour lire le prologue puis des morceaux du récit de Flavius Josèphe; c’est du genre magique, surtout quand elle dit, de sa voix inimitable, la fin du prologue: « Je rapporterai avec exactitude ce qui s’est passé dans les deux camps mais, dans mes réflexions sur les événements, je laisserai paraître mes sentiments et je laisserai ma douleur personnelle s’exprimer sur les malheurs de ma patrie ». Il y a, à ce moment là, un véritable souffle épique qui ,malheureusement , ne dure pas du tout. Jeanne Moreau butte souvent sur des mots et ne réussit même pas à lire correctement la fin de son texte, ce qui est quand même surprenant et  assez désagréable.Et cette espèce de faux oratorio/ lecture en sept tableaux avec des  intermèdes musicaux de musique ( très beau chants  yddish de Menachem Lang, violon , guitare électrique ) devient  vite ennuyeux. sans doute parce qu’il n’y a pas de  scénario véritablement théâtral.

  Les comédiens qui entourent Jeanne Moreau et qui lisent aussi des parties du textes Jérôme Koenig ( Vespasien)  Gérard Benhamou ( Titus) ; Eric Elmosnino (Eléazar) , Shredy Jabarin ( Shimon)  et Mireille Perier ( Miriam) font leur travail  scrupuleusement. Mais il manque une âme et une véritable construction à ce spectacle maladroit  de 95 minutes qui essaye en vain de dire  l’histoire d’un peuple et les horreurs de la guerre , et cela n’en finit pas de finir. Les quelque huit cent spectateurs , pas très jeunes  mais c’est une constante dans ce festival très bon chic bon genre-à de rares exceptions près -sont restés stoïquement jusqu’au bout, sans doute par respect pour les comédiens Mais les applaudissements bien maigres….Dommage pour le Festival qui aurait mérité mieux…. Et il n’est pas sûr que les rares moments où passe un tout petit souffle épique puissent perdurer ailleurs que dans la magnifique  scénographie naturelle de la carrière de Boulbon…

Philippe du Vignal

Le spectacle est joué  encore aujourd’hui et demain à Boulbon puis au Festival grec de Barcelone, les 17 et 18 juillet, puis Les 24 et 25 juillet au Festival d’Athènes et Epidaure; les 31 juillet et le 1 er août au Festival international d’Istanbul et enfin à ‘Odéon-Théâtre de l’Europe.

AVIGNON IN ET OFF

image23.jpg

 AVIGNON IN ET OFF

 Dès samedi, c’est promis , vous aurez les premiers compte-rendus du Festival in et off d’Avignon; s’y succéderont d’abord  Alvina Ruprecht et du Vignal en personne , un peu en même temps qu’Edith Rappoport, puis Christine Friedel. Laurie Thinot  nous fera parvenir ses impressions sur ce Festival qu’elle découvre pour la première fois, et malgré sa grande envie d’y goûter qui la tenaillait , reste pour le moins assez décontenancée par ce gigantesque bordel qui, dit-elle, ne rend pas toujours la monnaie de la pièce….

  Comment s’ y retrouver en effet dans ce  bazar où le pire côtoie le meilleur, ce n’est évidemment pas toujours facile mais nous essayerons de faire quotidiennement un point sur les choses à voir et sur celles que vous pouvez vous épargner… Mais au moins une chose est sûre, nous ne vous parlerons que d’une toute petite partie de cette programmation hors normes et qui reste tojours un objet d’étonnement pour nos amis étrangers.  Et,   en dehors des nourritures spirituelles , qu’absorber? Evitez la place de l’Horloge en général,  et les rues avoisinantes; la Place des Carmes est un peu mieux,  sinon nous vous conseillons le Flunch; ( en bas sur la gauche de la rue de la république: avenue Raspail .
 Attention: ce n’est pas du tout de la haute cuisine mais bon , ce n’est pas pire qu’ailleurs, au contraire et 1) Il fait frais 2) On ne vous impose pas de plat et vous pouvez ne prendre que des légumes  dont  vous pouvez  vous servir à volonté, ou des crudités , yaourts, etc…3) Les prix sont tout à fait corrects, ce qui n’est pas le cas dans la plupart des machins qui font office de restaurants pendant le Festival, mais mieux vaut arriver tôt vers midi, parce que d’autres festivaliers, dont pas mal de critiques , et non des moindres,  ont aussi repéré le truc  4) Vous pouvez aussi y faire une pause dans l’après-midi pour lécher une glace.
 Prenez soin de vous, et bonnes découvertes dans le off surtout… Pour le reste, nous vous tiendrons au courant dans la mesure où nous aurons l’insigne honneur d’être invité. A très bientôt donc.
Philippe Du Vignal

Oncle Vania

Oncle Vania de Tchekov, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine.

Cette très belle version de Vania par le Théâtre de l’Unité, en plein air, avant le crépuscule  et sans éclairage électrique, (avec dix huit comédiens, dont plusieurs enfants),  qui doit friser maintenant les cinquante représentations , sera encore jouée  en Ardèche le 29  juillet à Laveyron; le 31 à Bogy et le 2 à Beaulieu.

Ph. du V.

http://www.theatredelunite.com/

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