Hélas, petite épopée apocalyptique

Hélas, petite épopée apocalyptique, écrit et interprété par Stéphanie Tesson, mise en scène d’Anne Bourgeois.

  petite.jpgCette petite épopée apocalyptique était née, nous dit Stéphanie Tesson d’un laboratoire entre auteurs et marionnettistes, il y a douze ans  à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon, et des strates multiples d’écriture ont abouti à un pièce pour vingt trois acteurs, puis,  devant la difficulté du projet, Anne Bourgeois lui suggéra  de transformer la pièce en récit.
Avec une narratrice- Stéphanie Tesson- assise à une table et quelques marionnettes qu’elle manipulerait elle-même…

  L’histoire est celle du jeune Hélas qui grandit à Croitou, comme une sorte de Candide, ignorant tout du monde; un jour, il va partir et tombe sur Not to be qui se présente comme la Mort , qui s’attache à lui, au point d’oublier ses fonctions initiales: faire mourir. En même temps, si l’on a bien compris, Hélas veut retrouver le domaine de l’enfance et de l’insouciance perdues, son jardin de Croitou. Mais, comme la Mort ne peut plus exercer ses fonctions, il y a danger de surpopulation; il y a aussi un autre personnage, celui de Zizi d’époque  qui entraîne le pauvre Hélas sur les  chemins du désir sexuel. Il y a également Monsieur Touchela qui persuade Hélas de réaliser des profits commerciaux. Alors la Mort va comprendre qu’ il n’est plus désormais l’être pur d’autrefois,  et elle va se laisser mourir de désespoir.
  Cela, c’est Stépahanie Tesson, auteur qui le dit. Mais ce que nous pouvons voir sur scène n’est pas aussi évident. Pour deux raisons: d’abord, le scénario, sans doute beaucoup remanié pour que l’on arrive à cette réduction pour une seule comédienne aurait mérité d’être mieux écrit, et surtout plus clair et plus efficace sur le plan théâtral. Et le résultat ne se fait pas attendre: la comédienne qui possède à la fois beaucoup de précision orale et gestuelle, trop présente,surjoue souvent et a bien du mal à gérer cette partition écartelée entre son propre jeu et celui des marionnettes qu’elle anime.
   petitepopeapocalyptique244x300.jpgLa mise en scène d’Anne Bourgeois est précise et sûre, il y a de belles lumières signées François Cabanat, les marionnettes, surtout celle de la tête de mort et du petit squelette d’enfant à la fin, créées par Marguerite Danguy des Déserts, sont de bonne facture… Mais l’ensemble se refuse à fonctionner vraiment! Et ce mélange des genres enlève beaucoup de force à un texte écrit en octosyllabes, ce qui lui confère pourtant  une poésie et un rythme inhabituels en 2010.
  Il aurait sans doute fallu que Stéphanie Tesson  choisisse:  être une comédienne/ conteuse, ou bien une manipulatrice de marionnettes avec seulement une ou plusieurs  voix par derrière. Mais, à vouloir les deux , la comédienne ne maîtrise que son jeu à elle: le spectacle devient confus et l’on décroche vite. Comme hier, on ne comptait que quinze spectateurs ,cela ne facilitait pas non plus  les choses…
  Mais il est difficile de croire que « la simplicité de la prise de parole contraste avec la diversité des incarnations rencontrées auxquelles il se prête et qui explorent autant de genres qu’il existe de personnages rencontrés- tragédie, poésie, farce, drame, dialogue dramatique ». Au secours, tous aux abris! Il y a bien  à la fin, où la comédienne s’efface enfin, une très  belle image  en ombres portées où la Mort rencontre le petit squelette d’un enfant. Mais c’est trop tard… Et l’on peut rêver de cette légende  interprétée par des artistes du bunraku. Oui, mais seulement voilà, eux, tous en noir, sont d’une discrétion absolue et s’effacent devant leurs  poupées articulées plus vraies que nature.
   C’est d’autant plus dommage que Stéphanie Tesson a montré par le passé  bien des preuves de son savoir-faire. Mais il ne s’agit pas d’un travail en cours, et il n’y a donc pas de plan B…

Philippe du Vignal

Théâtre Artistic Athévains jusqu’au 21 mars.


Archive de l'auteur

Le Nouveau Spectacle Extraordinaire

Le Nouveau Spectacle Extraordinaire   d’après Le Masque de la mort rouge  d’Edgar Allan Poë, traduction de Charles Baudelaire.564820090519164020.jpg

 

  Les nouvelles d’Edgar Allan Pöe, la plupart, comme celle-ci, formidables d’invention, de vérité poétique, ont depuis longtemps été une mine inépuisable pour le cinéma et ce Masque de la Mort rouge avait fait l’objet d’un film réalisé en 1964 par Roger Corman.
Cela se passe dans un sorte d’abbaye fortifiée où le Prince Prospero s’est réfugié avec quelques centaines de ses courtisans pour fuir la peste qui ravage la contrée. Mais la Peste ( la Mort rouge) a pris cela comme un affront personnel. Et une nuit, Prospero a organisé une grande fête avec bal dans sept  p
ièces de l’abbaye, chacune peinte et éclairée d’une couleur différente, la dernière étant noire et nimbée d’une lumière rouge où se trouve une grande horloge d’ébène qui  sonne chaque heure de façon sinistre.
Le Prince va vite remarquer une personne inconnue, revêtue d’une sorte de linceul et qui porte un masque ressemblant à un crâne. Intrigué, il la poursuit avec un poignard mais dans la septième pièce, Prospero va s’écrouler mort brutalement devant elle; l’on comprend alors qu’il s’agit de la Mort rouge et tous les courtisans frappés vont succomber eux aussi à la peste…

    La Compagnie des Rémouleurs s’est emparée de cette nouvelle pour en faire un spectacle déambulatoire qu’elle avait déjà présenté au château de La Roche-sur-Yon,  et qu’elle monte  cette fois à Paris à l’Université de droit du Panthéon construite en partie à la fin du 18 ème ,et pour le reste , à la fin du 19 ème siècle.  Cour imposante, grands couloirs et salles parquetés: un jeune guide raconte l’histoire tragique d’une famille noble à travers un tableau, puis explicite son blason doré ; ensuite, l’on nous emmène dans une salle de réunion chargée de tableaux de grands juristes inconnus où Anne Bitran , avec une très belle petite marionnette représentant Prospéro et La Mort Rouge,  nous racontera l’histoire. Enfin l’on  nous  fait pénétrer dans une salle aux murs de pierre où, pour une troisième partie, nous attend un trio à cordes (violoncelle, harpe et violon)qui interprète des extraits d’œuvres  de Feldman, Janacek, Ravel, Bartok, Britten, Ligeti…, avant que les murs et le plafond ne se colorent de très belles silhouettes  colorées et d’ombres chinoises.
La visite guidée est un thème/prétexte qui a déjà beaucoup été utilisée dans le théâtre contemporain et, à moins d’avoir gardé une âme d’enfant, il  est impossible d’y croire, d’autant plus que la ballade est trop longue et que le violoniste qui tient aussi le rôle du guide n’est pas franchement…. convaincant. Le conte dit par Anne Bitran avec la petite marionnette possède, malgré une lumière très réduite, quelques beaux moments.
Quant à la partie musicale, on ne voit pas très bien la relation avec ce qui précède; on a souvent l’impression d’assister à un petit spectacle qui est resté à l’état d’ ébauche , et dont le scénario, le texte comme la scénographie d’ensemble, manquent singulièrement de rigueur et sont  à peine esquissés. Comme l’ensemble dure quand même plus d’une heure et demi, on a un peu de mal à être au diapason  avec les Rémouleurs  qui tiennent « à replacer la création artistique dans la vie là où sont les gens », avec un spectacle  qui se voudrait poétique mais qui peine à nous emmener dans une véritable fiction. On est un peu loin du compte!  Dommage mais une fois de plus, le scénario, dans le théâtre contemporain comme dans les séries télé, est aux abonnés absents…Le lieu n’est sans doute pas vraiment non plus adapté, malgré des connotations médiévales revues et corrigées par les architectes Soufflot oncle et neveu.
Alors à voir? Pas sûr du tout…

Philippe du Vignal

Spectacle présenté dans le cadre du temps fort OMNI présences jusqu’au 16 avril par le Théâtre de la marionnette à paris; pour les autres spectacles de ce temps fort, renseignements au 01-44-64-79-70.
  

Les Naufragés du Fol Espoir

  Les Naufragés du Fol Espoir, une création collective mi-écrite par Hélène Cixous, librement inspirée d’un mystérieux roman posthume de Jules Verne. (sic)

    nauf.jpgLe spectacle au titre merveilleux porte un peu le titre d’un roman posthume de Jules Verne Les naufragés de Jonathan, qui , en fait , fut écrit par son fils Michel d’après En Magellanie qui, lui, fut bien  écrit par Jules Verne… Vous suivez toujours? Et dont Hélène Cixous a repris le scénario et et un certain nombre de dialogues.
Les choses se situent au moment de la grande révolution industrielle: le chemin de fer existe déjà depuis un bon moment mais  Thomas Edison invente en 77 le phonographe, et Muybridge le mouvement cinématographique; quant à l’avion, il  ne va pas tarder à s’ envoler.
Mais c’est aussi en 89 à Mayerling, l’assassinat resté mystérieux de l’Archiduc Rodolphe de Hasbourg-Lorraine, héritier du trône d’Autriche-Hongrie et de sa maîtresse Maria Vetsera qui fit l’objet de nombreux films.  Le patron d’un petit café Le fol Espoir va prêter un grenier à Jean qui a envie de réaliser un film qui raconterait l’aventure de pauvres émigrés embarqués à Cardiff , partis pour l’Australie et qui échouent finalement en Terre de Feu où les populations se mélangent: on y trouve de très méchants capitalistes venus faire fortune à n’importe quel prix, des missionnaires et des bonnes soeurs mais aussi des Indiens Alakalufs démunis contre la violence des Occidentaux qui se croient chez eux.
Mais en Europe, la guerre menace,l’Autriche menace la Serbie d’un ultimatum la tension monte et ce sera bientôt l’assassinat de Jaurès, opposé à la guerre, par un jeune nationaliste qui sera plus tard acquitté..Un mois plus tard, l’Allemagne déclarait la guerre à la France. Non, on n’était pas le moyen-Age mais il y a à peine cent ans…
Hélène Cixous s’est donc emparée de ce roman des Verne père et fils, et a imaginé cette histoire de tournage de film avec les moyens de l’époque : Jean qui s’est autoproclamé réalisateur , son épouse Gabrielle qui est à la manivelle , et toute une équipe d’amis venus prêter main-forte vont se mettre au travail pour faire ce film. Avec toute une série d’éléments de décors absolument fabuleux- de vraies et belles toiles peintes comme  Bob Wilson et Alfredo Arias les ont refaites dans les années 70.
On assiste si on veut bien ne pas laisser son âme d’enfant au vestiaire à une sorte de plongée dans une autre époque, avec tout ce qu’il faut pour créer des images de toute beauté: remarquables costumes et accessoires, éclairages de tout premier ordre, musique symphonique et sons de Jean-Jacques Lemêtre impeccables: bref, la grande classe.
Ariane Mnouchkine-qui n’a pas signé la mise en scène,  est quand même bien là,  et c’est bien elle qui a dirigé d’une main de fer les trente deux comédiens: aucun doute là-dessus: il y a peu de metteurs en scène français qui sont capables d’une pareille performance scénique. Et le parcours est absolument sans faute …
Tout est faux bien sûr, plus que faux, mais cette mise en abyme du théâtre dans le cinéma avec cette fausse naïveté: la mer en furie, le bateau dans les glaces, le naufrage, le vent qui souffle sur la banquise, la neige qui tourbillonne, rend encore les choses plus vraies.Les comédiens ne parlent jamais quand ils sont sur le plateau et les dialogues sont projetés comme ils l’étaient dans le cinéma muet.
Reste que, comme le scénario et le dialogue sont d’une faiblesse insigne ( d’accord, on est dans le second degré mais quand même!) et que les scènes ont une singulière tendance à se répéter, on sature assez vite. Et ce livre d’images, au départ très séduisant, passé la première heure, devient d’un ennui accablant. Il y a bien quelques petites et pauvrettes digressions sur le féminisme, le racisme et le capitalisme, source de tous les malheurs de l’humanité, mais le dialogue est vraiment trop faible, ce qui serait sans doute un vrai bonheur si la chose durait une heure et demi, devient franchement d’un ennui à couper au couteau. Et comme après l’entracte on a encore droit à une louche d’une heure et demi, on se demande bien ce que l’on est venu faire là.
La faute à quoi? Ni à la mise en scène ni aux comédiens, à la fois, rigoureux, humbles et solides, mais à la dramaturgie inexistante concoctée par Hélène Cixous. Là, il y a vraiment eu une erreur de tir…Très franchement, cela ne se passerait pas au Théâtre du Soleil, le public ne viendrait sans doute pas aussi nombreux.
Oui, mais voilà: c’est le Théâtre du Soleil et  il y a toujours cet accueil simple et généreux, où les serveurs du bar vous souhaitent gentiment un bon spectacle , où il y a  un mélange assez étonnant de générations, un restaurant pas cher où les gens font l’effort de se respecter, et de se parler. D’autant plus qu’ils savent plus ou moins tout ce que l’on doit à cet endroit mythique et connu du monde entier, et où nombre d’acteurs, et non des moindres, sont passés, et où a été créé l’illustrissime 1789.
La Cartoucherie, c’est un peu le Théâtre du Vieux-Colombier pour toute une génération, un lieu où se sont forgés de nouveaux outils théâtraux, comme une espèce de trésor national inestimable. Oui, inestimable. C’est vrai qu’à chaque fois que l’on pénètre dans ce lieu, on se dit que, sans Ariane Mnouchkine et tous les premiers compagnons de cette troupe maintenant âgés ou disparus, le théâtre français contemporain ne serait pas du tout, mais vraiment pas du tout ce qu’il est.
Et dans ces temps de froidure artistique et de grande bêtise politique, cela fait chaud au coeur. Alors y aller ou pas? Si vous avez le courage de tenir quatre heures pour un spectacle interminable que l’on oubliera  assez vite, peut-être;  mais on vous aura prévenu; et le public? Il restait assez partagé: de très jeunes filles se sont levées à la fin pour applaudir, éblouies par la prouesse technique mais les autres spectateurs, un peu assommés, trouvaient sans doute qu’il y avait  surdose, et il n’est pas certain que si la salle avait été configurée autrement et qu’il y avait eu une navette prête à partir, il n’y aurait pas eu nombre de défections…

Philippe du Vignal

Théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes.

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LES NAUFRAGÉS DU FOL ESPOIR création collective du Théâtre du Soleil, mi-écrite par Hélène Cixous sur une proposition d’Ariane Mnouchkine, librement inspirée d’un mystérieux roman posthume de Jules Verne.

 

image3.jpg  Comme toujours, Ariane Mnouchkine prend le temps de la maturation, ce spectacle qui aurait dû naître en novembre 2009 n’a pu éclore que le 3 février 2010, et encore, considérant qu’il n’était pas prêt, elle a remboursé les spectateurs ! Le 28 septembre 2009, nous avions été accueillis au Théâtre du Soleil, des tables avaient été dressées dehors devant le théâtre, et nous avions pu voir le film réalisé par la compagnie à la manière de Jules Verne, pour aller chercher le prix décerné par la Norvège qui leur avait permis de monter le spectacle.
Après un buffet collectif généreux permettant les rencontres entre les amis du Soleil, nous étions conviés à l’intérieur où Ariane avait annoncé, comme d’habitude, le retard probable de la création. En effet, elle ne pouvait à la fois mettre en scène et commenter l’action du spectacle, et elle a consenti à se faire remplacer seulement 15 jours auparavant ! Comme toujours, nous pénétrons dans l’accueil revêtu comme les beaux livres rouge et or de Jules Verne de notre enfance, peints par Didier Martin, Erol Gulgonen et Marion Lefebvre.
Au bar, nous sommes servis par des acteurs, on peut enfin pénétrer dans la salle, un vrai privilège de vieux amoureux d’avoir pu obtenir des places au début des représentations ! Il s’agit de la réalisation d’un film tourné en 1914, à la veille de la première guerre mondiale. 31 comédiens assistés d’une équipe technique étonnante s’y attellent, nous sommes dans une guinguette, tout le monde s’y met, les serveuses, les garçons, les clients, tout le monde en grande tenue. On filme la colonisation des îles Falkland en Patagonie par l’Angleterre, c’est Maurice Durozier vieux complice du Soleil qui mène la danse , metteur en scène impatient malgré les aléas techniques. Les 31 comédiens font merveille, ils réalisent d’étonnantes prouesses en transformant le plateau en quelques secondes, déployant d’immenses toiles de splendides marines, accompagnés par Jean-Jacques Lemêtre qui a « convoqué les âmes de ses grands ancêtres du XIXe et du XXe siècle », Beethoven, Berlioz, Carl Orff etc. Et toujours Monsieur Jean la Palette le metteur en scène demande à Madame Gabrielle (Juliana Carneiro de Cunha): » tourne la manivelle, tourne la manivelle ». Après une première partie un peu brouillonne, on se laisse emporter dans ce flot tumultueux et généreux issu de En Magellanie, le dernier voyage de Jules Verne publié après sa mort. A revoir, c’est comme toujours du grand art !

 

Edith Rappoport

 

Théâtre du Soleil. Cartoucherie de Vincennes.

 

 

 

Les présentations d’ateliers au Conservatoire national d’art dramatique.

          Daniel Mesguich, lors d’une récente conférence de presse a souligné les changements qu’il avait apportés depuis sa nomination à la tête de cette vénérable école: d’abord la modification significative du recrutement, puisque l’âge limité est désormais repoussé à moins de 26 ans l’année du concours, puis la, disparition dans  certaines limites de la notion d’année,  l’accent mis sur la valeur pédagogique d’ateliers spécifiques regroupant plusieurs disciplines. Il a  aussi été créé des conférences ouvertes au public le lundi soir et obligatoires pour les élèves, ce qui est loin d’être une mauvaise chose, et les passerelles avec l’enseignement supérieur dépendant de l’Education nationale ont été encore renforcées.
Daniel Mesgich, juste entouré du seul Jean-Damien Barbien, comédien et professeur ( les autres ne semblaient pas avoir été conviés?) s’est aussi félicité de la mise en place systématique de séjours dans des  écoles étrangères, que ce soit à Princeton, Rome, Moscou ou Pékin, grâce à l’appui financier de la SPEDIDAM, dont  Jean-Paul Bazin le président et François Nowak, le directeur administratif, ,présents à la conférence,  ont souligné tout le bien qu’ils pensaient de cette opération très fructueuse à leurs yeux. Les voyages forment la jeunesse, air bien connu, et cela ne fait jamais de mal de sortir de l’hexagone mais,  même si Daniel Mesguich en avait des trémolos dans la voix, il n’ a pas vraiment réussi à nous convaincre des bienfaits pédagogiques d’une seule semaine à Pékin pour quelques unes de ses brebis encadrées par un de leurs enseignants… Daniel Mesguich a aussi insisté sur le fait qu’il considérait avant tout les élèves comme des artistes, et non comme des étudiants que l’on formerait pour qu’ils deviennent des artistes, et il s’est félicité de l’excellence du dernier recrutement et du nombre croissant de candidats.(Plus de 1600!). Et certains anciens élèves peuvent revenir faire un petit tour de galop pour se perfectionner, ce qui est plutôt bien vu. Cela dit, tant mieux pour le Cons qui fait fonctionner à fond son aspirateur , que ce soit pour les élèves comme pour les professeurs… et tant pis pour les autres écoles françaises dont les meilleurs éléments ne résistent pas aux sirènes de cet établissement très richement doté. Ce qui, de toute évidence,  fragilise les choses et oriente une partie de l’ enseignement vers la réussite de ce fameux concours.Toujours injuste comme tous les concours… Comment faire autrement?  A terme, faudrait-il envisager que le Cons de Paris se décentralise en partie en province ; après tout le Centre Georges Pompidou et le Louvre l’ont bien fait… Et quid des heureux élèves après leur sortie? Il y a d’abord le fameux jeune Théâtre national qui leur permet d’être engagé gratuitement par leur employeur, ce qui constitue un sacré marche-pied … mais, pour la suite, les chiffres indiqués sont moins explicites, et à regarder de près les distributions des spectacles, par bonheur, il n’y pas que des élèves sortant du Conservatoire national, mais aussi des Conservatoires de province, de l’ENSATT, de feue l’Ecole du Théâtre National de Chaillot exécutée par Goldenberg, de l’Ecole du T.N.S. et d’écoles privées.
Si 95 % des anciens élèves du Cons  travaillent bien dans le milieu ou la profession du spectacle, ils ne deviennent pas tous ni comédiens ni metteurs en scène sur des plateaux de théâtre, de cinéma ou de télévision. Il y a là un curieux monopole spécifique à la  France qui a un parfum encore très 19 ème siècle…
Il y a eu cette semaine deux présentations d’ateliers dits transversaux: l’un  Casting, dirigé par l’excellent metteur en scène Yann-Joël Collin regroupait 23 élèves venus des classe qu’il a dirigées pendant deux ans , avec comme thème-prétexte , l’audition pour un spectacle de comédie musicale. Et plutôt que de monter un livret déjà existant, précise Yann-Jël Collin, nous avons constitué notre propre histoire. Bon, après tout, comment peut-on faire  quand l’on est obligé de présenter chacun des élèves en en commettant aucune injustice. Seulement voilà, le metteur en scène s’est un peu pris les pieds dans le tapis… Cela commence par un gros plan de visages des jeunes comédiens dans les coulisses attenantes et les couloirs avec un petit sketch parodique… et cela n’en finit pas de finir. Encore une fois la vidéo est convoquée sans que l’on sache trop pourquoi…Et ensuite, on prend les mêmes et on recommence: petit sketch,chanson, petite danse le plus souvent en solo voire à deux, toujours sur le mode parodique,sur la base d’airs bien connus de Michel Legrand, des Dix Commandements, de West Side Story;  si l’on sourit parfois , cela n’en finit pas non plus de finir, sans que l’on puisse remarquer plus spécialement l’un ou l’autre de ces jeunes acteurs très à l’aise qui défilent l’un après l’autre sur la belle scène du théâtre du Conservatoire. Le public composé à l’évidence des copains et des familles est assez complaisant mais l’idée-usée jusqu’à la corde- de l’audition, était à l’évidence une fausse bonne idée. Des extraits même courts de véritables comédies musicales où chacun aurait eu , c’est à tour de rôle, une présence plus ou moins importante, aurait été plus gratifiant, et pour les élèves, et  pour le public… Daniel Mesguich qui ne semble pas avare de réformes devrait faire étudier la question…
Quant  à Hier pour aujourd’hui ( nos Cerisaies) d’après La Cerisaie d’Anton Tchekov et les textes d’Antoine, Artaud, Brecht, Diderot, Grotowski, Meyerhold, Stanislavski, dirigé par Andrzej Seweryn, nous somme situés aussitôt dans un tout autre registre. Cela fait plus de vingt ans déjà que nous connaissons ses formidables dons de pédagogue et de metteur en scène, et m
cons.jpgême si l’exercice présenté est artificiel et revendiqué comme tel, il possède une belle intelligence et une immense rigueur, même s’ il a un côté  réservé aux seul initiés. Et l’on se dit que les élèves de cet atelier ne seront pas passés inutilement parmi ces écrits théoriques bien connus, surtout quand  Seweryn les  fait interpréter sur un plateau. Même avec des réussites inégales.  ( Les conseils de Diderot comme théâtre grec et la dernière partie qui est une sorte de parodie de Grotowski que peu de gens aujourd’hui ont pu voir autrement que par des films n’ont rien de très convaincant ; quant aux scènes de La Cerisaie interprétées selon  tel ou tel théoricien, mieux vaut être un bon spécialiste du théâtre pour essayer d’en percevoir les nuances. mais il y a des choses très drôles comme cette scène où Brecht -joué par Nadine Bïer, explique sa pensée, ou celle de La Parole de Stanislasvki prononçant un discours, dont la traduction est assurée par une jeune fille raide, et commentée par un ministre français sont de tout premier ordre:  Fehmi Karaaslan, Laure-Lucile Simon et Maxime Dambrin font ici un travail des plus remarquables. Il y a aussi, presque parodique La Parole d’Artaud, où Mathurin Voltz  prononce la fameuse conférence Pour en finir avec le Jugement de Dieu. Il n’est  pas possible de les citer tous les douze  mais il y a aussi la célébrissime fin de La Cerisaie ; Andrzej Seweryn a confié le rôle de Firs, le vieux domestique à Manon Kneusé: ce n’est pas  long, juste quelques minutes mais la jeune actrice, le corps complètement cassé, en en proie à la solitude la plus totale, s’appuyant sur une canne dont le bruit résonne sur le plancher de la salle Louis Jouvet,  est un  moment vraiment très fort. Ce qui frappe le plus dans cet immense travail, c’est  la discipline, l’humilité  et la cohésion du groupe: que ce soit dans l’interprétation des scènes de La Cerisaie, ou dans celle des textes théoriques, ou bien encore dans la mise ne place du plateau avant chaque scène. Seweryn, depuis que nous le connaissons, quand il avait monté de façon remarquable  Peins d’amour perdues avec une promotion d’élèves de Chaillot, n’est pas un enseignant des plus tendres mais- et il a raison- il a toujours su faire preuve de la  rigueur et de la générosité indispensable aux grands pédagogues de théâtre

Philippe  du Vignal

Les Suppliantes

Les Suppliantes, tragédie grecque d’après Eschyle, texte français, adaptation et mise en scène d’Olivier Py.

  84068unesuppleante.jpgOn a longtemps cru que la pièce datait des début d’Eschyle alors qu’il semblerait plutôt qu’il l’ait écrite à la fin de sa vie. Enfin qu’importe! La pièce n’a sans doute pas les vertus des Perses ni de l’Orestie mais il y a la même écriture, la même force et la même économie de moyens dramatiques qu’admirait tant Victor Hugo qui disait qu’on peut tester les intelligences sur Eschyle. …
Un groupe de femmes arrive de bien au delà des mers: elles ont fui leur patrie parce que leurs cousins ont voulu les épouser de force et conduites par leur père, elle viennent en Grèce demander asile et protection au roi d’Argos. On sait combien l’hospitalité était une loi et un devoir absolus dans la Grèce ancienne, quelques soient les moyens des royaumes. Le roi d’Argos est pris entre deux feux: s’il accepte d’accueillir ces femmes, il prend le risque grave d’une guerre et il a bien conscience d’être le représentant de son peuple qui   doit décider en son nom. Mais s’il refuse de les accueillir, il remet en cause le droit des plus faibles et des plus démunis à être secourus. Ce qui frappe sans doute le plus dans le texte d’Eschyle, c’est le côté « contes et légendes » qu’il ne cherche pas du tout à esquiver, comme pour mieux montrer la force du propos. Vous avez dit distanciation, du Vignal ? Texte grec en main  ( on ne se refait pas) , on y a été voir et l’on peut vous dire que l’adaptation d’Olivier Py est à la fois d’une intelligence et d’une pureté remarquables. Il a eu raison de gommer toutes les allusions mythologiques que de toute façon le public n’aurait pas compris mais en  une heure, tout est dit et bien dit de cette très vieille et lumineuse histoire: il faut simplement se laisser un peu emporter par le verbe magistral du poète. Cela se passe dans l’ancien petit foyer de l’Odéon, rebaptisé salon Roger Blin, avec un praticable au centre et deux rangées de chaises pour 80 spectateurs. Les trois comédiens : Philippe Girard, Frédéric Giroutrou et Mireille Herbstmeyer, habillés de noir, impeccablement dirigés sont exemplaires de force et de sobriété.  Cette histoire d’exilés qui demandent accueil et protection auprès d’un pays étranger ne vous rappellera sans doute rien….
Le spectacle a été conçu comme une « petite forme » pour reprendre les termes de Vitez, ce qui ne veut bien entendu pas dire une forme mineure  et est destinée à des représentations hors les murs , dans des lycées , collèges,et écoles parisiens et de banlieue mais ouvert à tout public.
Il faut  signaler que Jacques Albert-Canque,  monte aussi Les Suppliantes à Bordeaux dont nous vous rendrons compte prochainement.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 27 février à 18h 30,  et hors les murs: 01-44-85-40-40
Aix-en -Provence : 8 représentations du 2 au 5 mars 2010
Paris Hors les murs : du lundi 8 mars au jeudi 8 avril, relâche les dimanches et lundi de Pâques : 42 représentations prévues.(voir le site: odéon)

 

Un Tramway, d’après Un Tramway nommé Désir

Un Tramway, d’après Un Tramway nommé Désir de Tennessee Williams, mise en scène de Krzystof Warlikowski.

1832.jpgTrois semaines après la première, puisque l’occasion nous en est donnée, un petit point sur la dernière création du maître, une fois dissipés les déferlements médiatiques, pour ou contre  cette mise en scène. D’abord,  les puristes ont tort: on ne peut accuser le metteur en scène polonais d’avoir triché , puisque l’affiche indique en toutes lettres d’après Un Tramway, donc libre à lui de faire ce qu’il veut avec cette œuvre  datée.
Avec la meilleure volonté du monde, il est en effet difficile de restituer l’atmosphère de ce pauvre logement du Sud tel que l’ a précisément décrit Tennessee Williams dans les didascalies. Donc le metteur en scène a adopté un autre parti pris qu’on ne saurait , de prime abord,  lui reprocher. Et Barbara Petit  a tout a fait raison quand elle préconise de laisser ses préjugés au vestiaire.

 La scénographie que décrit plus haut  notre consœur et amie (1) est bien un peu encombrante avec cette grande galerie en verre à roulettes qui peut faire penser à ces installations branchouille que l’on a  déjà vues dans les centres d’art contemporain, et chez la metteuse en scène Deborrah Warner. Mais ces fréquents aller-et-retour sur roulettes du fond vers l’avant scène font un tantinet gadget. Comme ce recours systématique et très vite fatiguant au grossissement vidéo du visage d’Isabelle Huppert  qui semble avoir fasciné Warlikowski, au point d’avoir fait de l’actrice le centre de la pièce.
La vidéo règne ici en permanence mais on ne  voit pas bien l’intérêt qu’il y à montrer sans cesse la même image , et verticale et horizontale de son visage..Le metteur en scène s’empare de son joujou favori avec délectation.. Mais ce n’est pas toujours vraiment convaincant, malgré de très belles images qui, on le sait, procurent toujours un certain effet.
C
ela dit, la mise en scène, la direction  et le jeu des comédiens : Isabelle Huppert, Andrzej Chira, Florence Thomassin, Yan Colette, et Cristian Solo ( c’est l’ordre indiqué sur le programme!) sont  impeccables, même si les micros HF inévitables à cause de cette cloison de verre tendent comme d’habitude à uniformiser les voix. Les chansons interprétée par Renate Jeff sont tout aussi admirablement interprétées. Tout cela a dû coûter très très cher, sans véritable nécessité, mais bon, Warlikowki n’est pas un adepte d’un théâtre fait de bouts de ficelle et de vieux pendrillons noirs! Et tant mieux, si l’Odéon et les coproducteurs du spectacle en ont les moyens…
On oubliera aussi les déshabillages et rhabillages successifs de la vedette, ce qui est agaçant; le programme prend bien soin de préciser que (sic)  » Mademoiselle Huppert est habillée par la Maison Yves saint-Laurent et la Maison Christian Dior « . Cela vous  a un air de mauvais théâtre privé..et c’est
assez pathétique, quand il s’agit d’un théâtre national!
tramway1.jpg  Enfin le metteur en scène polonais qui a  enlevé depuis le début des représentations un quart d’heure de son spectacle  aurait pu aussi nous épargner ces ajouts de petits textes  qui vont de La Dame aux camélias, à Coluche, Claude Roy,  pour finir avec un extrait interminable de La Jérusalem délivrée de Torquato Tasso qui se déroule au dessus du cadre de scène..
En fait, tout se passe un peu comme si Warlikowski s’exprimait avec une certaine condescendance: du genre, je choisis une adaptation opérée à la hache par Wajdi Mouawad , je rajoute ce qui me plaît parce que j’en sens la nécessité  personnelle, et que cela m’amuse; au passage ,je me livre à une sorte de petit exorcisme personnel, en choisisssant un acteur polonais pour incarner un émigré…polonais.
Et autrement dit:  » si cela ne vous plait pas, tant pis pour vous et ne parlons pas de travail, moi, j’opère dans la sensibilité et cela dépend de votre degré de compréhension  quant à ce que j’ai voulu faire; et c’est bien fait pour vous si vous n’êtes pas assez malin pour comprendre toute l’intelligence que j’ai pu y mettre.

Mouais, mouais, mouais…L’ennui en effet,  c’est que cela ne fonctionne pas tout à fait- le public est peut-être fait de gens très différents mais ,c’est un des miracles du théâtre, il est loin, très loin même d’être bête et insensible, et avant-hier soir, il semblait n’être pas dupe ! La pièce  de T. Williams , passée à la machine à laver Mouawad, ressort de là  en charpie, et, mis à part les scènes entre les deux soeurs, et entre Blanche et Stanley, le scénario devient  un prétexte à la création de belles images , ( dont certaines déjà vues dans (A)polonnia…).
Le temps parait donc  longuet surtout vers la fin de ces deux heures quarante cinq, et bien rares sont les véritables moments d’émotion. Comme si, par delà la tombe, le cher Tennessee s’était un peu vengé du sort fait à sa pièce….   Mais  c’est bien le metteur en scène qui a été chercher W. Mouawad! En fait,  le système warlikowskien, malgré ses grandes qualités, semble un peu à bout de souffle! Le réalisateur polonais, devenu la véritable coqueluche des festivals  occidentaux, devrait sans doute réviser une copie devenue quelque peu narcissique avec le temps

 Alors à voir? C’est selon: si vous avez envie d’aller voir  Isabelle Huppert  dans quelques scènes cultes du Tramway nommé Désir laissées par bonheur à peu près intactes, et si vous n’avez jamais vu de mise en scène de Warlikowski,  cela pourrait être une occasion, sinon on n’est pas obligé d’être béat devant toute cette sophistication et ce raffinement lumineux et sonore, et l’on peut s’abstenir. Le public en tout cas n’avale pas tout ce que l’on veut, comme le croit sans doute naïvement le metteur en scène, et les rappels ont été du genre plutôt pingre… C’est peut-être une leçon qu’il devrait méditer.
L’équation:  pièce ultra-connue surtout pour son adaptation au cinéma avec des acteurs culte (mais ici bien charcutée) +une comédienne-vedette de cinéma, et des comédiens solides + une scénographie un peu prétentieuse+ de la musique rock et des lumières sophistiquées… Cela ne fonctionne pas à tous les coups… même si c’est admirablement bien réalisé. Il y manque tout simplement un peu d’âme… » L’humilité est le contre-poison de l’orgueil « , disait déjà Voltaire, et cela vaut aussi pour le théâtre contemporain.

 

Philippe du Vignal

(1) Un tramway ,voir plus bas dans Le Théâtre du Blog.
Théâtre de l’Odéon jusqu’au 3 avril.

Raymonde Temkine


Adieu Raymonde,

Raymonde Temkine s’est éteinte il y a une semaine. Elle allait avoir bientôt cent ans… Avec Edith Rappoport, nous avions été goûter chez elle un dimanche il y a un an; elle avait eu une attaque cérébrale et nous avions tout de suite pressenti que nous ne nous la reverrions jamais. Edith me rappelait récemment qu’on l’avait qualifiée de nouvelle Raymonde Temkine et que, pour elle,  c’était un bien bel hommage…
En effet, c’était la  plus ancienne critique dramatique d’Europe et sans doute même du monde, la mémoire vivante de près de quatre vingt ans de théâtre. Elle avait vu des milliers de spectacles dont elle se souvenait pour la majeure partie,et elle  allait quand elle le pouvait encore, chaque année au Festival  d’Avignon, et n’hésitait pas à 95 ans à prendre le car pour aller aux Théâtre des Gémeaux de Sceaux..  » Vous ne croyez tout de même pas, disait-elle,  quand on la félicitait pour son énergie, que nous allons passer nos soirées  dans un fauteuil à regarder la télévision!  » Elle avait collaboré à  La Pensée, Révolution et Europe mais on la connaissait aussi pour ses livres: L’ Entreprise Théâtre, et celui qu’elle avait consacré à Jerzy Grotowski qu’elle avait beaucoup contribué à faire connaître en France. C’était une femme intelligente et lucide qui ne mâchait pas ses mots dans la louange comme dans la détestation ; je la revois encore me disant à la sortie d’un spectacle pas très fameux, il y a seulement quelques années: « Ecoutez Philippe,  ce n’est même pas mis en scène, ils se moquent de nous, cela n’a aucun sens, quelle catastrophe!  » Mais elle disait cela  en prenant le temps de choisir ses mots, et en toute indépendance…
Je me souviens aussi qu’elle avait dit à Françoise Morandière, co-directrice du Festival de Blaye: ‘Non, vous voyez, cette année ne je ne viendrai pas: j’attends la naissance de mon arrière-petite fille, et  je ne voudrais pour rien au monde rater cet événement! « . Nous pensons à sa famille et en particulier à Valentin son mari qui l’accompagnait régulièrement au spectacle..
Raymonde Temkine restera pour nous une femme d’une qualité exemplaire.

Philippe du Vignal

Mystere bouffe et fabulages

Mystere bouffe et fabulages de Dario Fo ( version 1) , texte français de Ginette Herry, Claude Perrus, Agnès Gauthier et Valéria Tasca,  mise en scène de Muriel Mayette.

    gprmystere0910.jpgDario Fo, 83 ans mais apparemment toujours en pleine forme et l’œil malin, véritable icône vivante du théâtre européen, qui fut un, sinon le seul, des rares acteurs-metteurs en scène-auteurs à recevoir le prix Nobel; il est sans doute aussi celui qui a été le plus joué à la Comédie-Française, après que son Mystère bouffe ait obtenu un triomphe au Festival d’Avignon.  Cette fois-ci, Dario Fo, consécration suprême, entre officiellement au répertoire du Français. Avec une série de solos mis en scène par Muriel Mayette, administrateur de la Maison, à partir de la trame de Mystère bouffe et en deux versions « pour la seule raison que j’avais envie, dit-elle, qu’on entende beaucoup de cette parole » , versions qui finissent toutes les deux par cette fabuleuse Naissance du Jongleur...
Le spectacle que met en scène Muriel Mayette reprend des moments de la pièce fameuse qui a été déclinée un peu partout en Europe,  et d’autres textes qu’écrivit Dario Fo, à partir des épisodes bibliques que sont les Noces de Cana, l’arrivée des Rois Mages, La fuite en Egypte la Cène, le massacre des Innocents, etc… mais revus et corrigés dans une langue des plus truculentes, savoureuse et populaire, qui ose dire merde et sexe quand il s’agit de merde et de sexe.
« La pièce étant le théâtre de tous les espaces, du tréteau à la cour extérieure, du théâtre à l’italienne à la salle communale, il était donc tout naturel de lui proposer aussi la Salle Richelieu ». Ce n’est pas aussi évident que le prétend M. Mayette… Le spectacle commence plutôt mal avec une espèce de farandole assez kitch, dont ne sait trop si elle appartient au premier ou au second degré, avant que Catherine Hiegel entre, saluée par de longs applaudissements* pour le premier solo. Puis viennent, chacun en pantalon et pull noirs , quelques comédiens dont Hervé Pierre et Christian Hecq,très brillants, pour d’autres solos entre lesquels Muriel Mayette a glissé, comme en contre-point, des scènes de la Passion du Christ qui se déroulent en silence derrière un tulle transparent avec, de temps en temps, un petit gag pour bien indiquer que l’on n’est pas dans l’illustration de texte. Mais il n’y pas un gramme d’émotion qui passe. C’est joué par les les élèves-comédiens de la Comédie-Française qui font évidemment ce que l’on leur a demandé…

Tous les comédiens en solo font un travail gestuel et vocal de premier ordre mais le spectacle reste un peu guindé, que ce soit dans la mise en scène ou dans la dramaturgie-les meilleurs textes sont au début du spectacle les dieux savent pourquoi-et il y a un côté répétitif: chaque comédien fait son solo, puis on a droit à une petite ration d’images ( rassurez-vous, bon peuple de France, vous aurez  votre petite louche de vidéo ( nuages qui passent puis petits  cochons à la fin!) , puis un autre comédien lui succède,etc… ce qui provoque un  certain engourdissement. Sans doute et surtout, à cause d’un  formatage et d’un manque de rythme patents, et une longueur(deux heures) inadaptée.
C’est du vieux théâtre , sans doute propre sur soi  et comme toujours servi par une  technique impeccable, mais finalement pas intéressant du tout. Une fois de plus, on a confondu l’efficacité et l’apparence de l’efficacité, défaut qui est bien dans l’air du temps, et pas seulement au théâtre… L’immense Dario Fo méritait mieux,tant pis…
   Alors à voir? Si vous tenez à entendre la merveilleuse langue de Dario Fo mais il existe  de nombreux enregistrements, sinon… n’y emmenez surtout pas des adolescents, il risquent de ne pas l’oublier…et surtout de ne jamais retourner au théâtre.

* Rappelons que Catherine Hiegel, comme Isabelle Gardien, Yves Gasq et Pierre Vial, ont été priés de devenir sociétaires honoraires lors du dernier comité. Sans commentaires …ou plutôt si: c’est ce genre de décisions stupides et graves qui ne fait pas très bien dans le tableau, et c’est un euphémisme. Quant  au Ministre, il est prudemment resté silencieux, alors qu’il est dans ses pouvoirs d’intervenir. ( Voir le Théâtre du Blog de janvier).

Philippe du Vignal

Comédie-Française, Salle Richelieu, en alternance jusqu’au 19 juin.
Le prochain Nouveau Cahier de la Comédie-Française, consacré à Dario Fo, paraître en mars prochain.

Le Bruit des os qui craquent

Le Bruit des os qui craquent de Suzanne Lebeau, mise en scène d’Anne-Laure Liégeois.

 

C’est le récit de la vie d’une très jeune fille Elikia; elle a 13 ans mais elle vit dans un pays en proie à la guerre civile … Enlevée à ses parents, elle est incorporée de force comme soldat et se comportera donc comme un soldat, c’est à dire plus comme un bourreau sans pitié que comme la victime qu’elle était auparavant, même si elle essaye de donner un sens à sa vie… qui basculera encore une fois quand elle sera victime du sida et en mourra à quinze ans. L’écriture de Suzanne Lebeau est à la fois précise et d’une belle poésie mais ne fait pas vraiment sens sur un plateau de théâtre.
Anne-Laure Liégeois, qui, à la suite d’une commande de Muriel Mayette, a réalisé la mise en scène, s’est inspirée des livres qui traitent de la pauvre vie de ces enfants soldats et des images terrifiantes d’Afrique que nous avons tous vues un peu partout. Mais cette réalisation où les lumières restent jusqu’au bout des plus parcimonieuses et où ces bons comédiens que sont Isabelle Gardien, Benjamin Jungers, et Suliane Brahim- sont immobiles, debout la plupart du temps, est décevante, sauf à la fin quand des photos d’ enfants défilent en silence. Et ces soixante minutes presque dans le noir paraissent durer une éternité… mais c’était sans doute déjà un fausse bonne idée que de porter cette histoire d’ enfants soldats à la scène….
A voir? Si vous y tenez, mais on vous aura prévenu!

 

Philippe du Vignal

 


Studio de la Comédie-Française jusqu’au 21 février.

La Mélancolie des dragons

La Mélancolie des dragons

 

lamelancoliedesdragonsphilippequesne443.jpg   Philippe Quesne, issu de l’Ecole Nationale des Arts Déco, était surtout connu pour ses nombreuses scénographies de théâtre et d’opéra; il a réuni autour lui quelques comédiens, musiciens et peintres, ainsi qu’un beau chien noir Hermès et a fondé sa compagnie le Vivarium Studio avec lequel il aborde le théâtre plutôt comme un peintre et un auteur de performances.
Après plusieurs spectacles dont Nature et L’Effet de Serge, il avait remporté un beau succès au Festival d’Avignon l’an passé avec cette Mélancolie des Dragons qui est repris au Rond-Point et en tournée. Dans un belle clairière enneigée, aux arbres couvert de givre, il y a, cette nuit-là,  un vieux break  Citröen AX  blanc qui remorque une sorte de boutique pour forains mais d’un curieux format, presque carrée et assez haute. Dans la voiture, sans doute en panne, on peut apercevoir quatre jeunes gens aux cheveux très longs et un chien noir, qui grignotent des chips et boivent des bières en écoutant du hard rock.
Cela dure plusieurs minutes où il ne se passe rigoureusement rien. Puis une jeune femme arrive à vélo derrière les arbres. Elle va les voir, ils s’embrassent puis elle entreprend de soulever le capot de la voiture et de regarder le moteur dont s’ échappe tout d’un coup une épaisse fumée. Elle téléphone pour demander une tête de delco à un garagiste… Tout est singulièrement banal( vêtements , bribes de dialogues , attitudes des jeunes gens, et en même temps, il y e une réelle poésie qui naît de l’indicible: qui sont ces gens, que vient faire cette jeune femme, quel est ce parc d’attractions que ces hommes aux cheveux longs doivent bientôt mettre en place et dont la remorque blanche constitue l’un des éléments ? L ‘on n’est pas loin des premiers et merveilleux spectacles de Bob Wilson, comme le célébrissime Regard du sourd.
Ils proposent à la jeune femme de lui montrer plusieurs de ces attractions: le dialogue est d’un sérieux affligeant, comme seul peuvent en concocter certaines revues d’art et Philippe Quesne n’est pas sorti des Arts Déco pour rien: il sait s’exprimer et se livre à une descente en flèche de l’art contemporain: c’est à la fois impitoyable et drôle. Mais aussi loufoque, faussement naïf que crédible. Et les images sont de toute beauté; le metteur en scène s’est sans doute souvenu des coussins d’air créés en 1968 par Andy Warhol pour Rain Forest, ballet de Merce Cunningham, et ses complices se mettent à gonfler d’abord un gros coussin blanc  qu’ils placent sur  leur voiture et sur lequel ils projettent plusieurs graphismes différents pour indiquer leur Parc d’attractions: c’est dérisoire et drôle, parce que là aussi, argumenté avec le plus grand sérieux, et soutenu par de la musique classique, façon publicité ringarde.
Il y a aussi leur attraction préférée: une présentation de perruques accrochées à un fil nylon au plafond de la fameuse remorque qui se balancent grâce au souffle d’un ventilateur , éclairées par des projecteurs rouges.Et ils expliquent, tous serrés debout dans la remorque en prenant leur temps qu’il y a même des micros de façon à diffuser le son à l’extérieur…. Ils montrent aussi à Isabelle la jeune femme les merveilles que peut créer une machine à faire des bulles ou un petit canon à neige, comme de grands enfant émerveillés qu’ils doivent être un peu restés, le tout sur dond de hard rock ou de musique classique. Philippe Quesne rejette toute dramaturgie classique: mais le spectacle est impeccablement élaboré et construit, même s ‘il y a sur la fin  une petite baisse de rythme. Et une dernière image admirable pour la route :les comédiens gonflent de grands coussins noirs de plusieurs mètres de hauteur qui viennent envahir la clairière enneigée…Vraiment rare et encore une fois wilsonien. Comme en plus, c’est bien joué, en particulier par Isabelle Angottti, plus vraie que nature, on se laisse vite prendre par la poésie du Vivarium Studio. Alors à voir? Pas du tout, si vous n’aimez que le théâtre de texte pur et dur (quelques spectateurs s’enfuient un peu affolés) mais à voir absolument, si vous avez envie de rêver à un spectacle court (75 minutes) qui participe du geste pictural et de l’installation plastique au meilleur sens du terme. Le public, pour une fois assez jeune, a longuement applaudi les comédiens: c’est un signe qui, en général, qui ne trompe pas…

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 21 février

 


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