Le Suicidé

Le Suicidé de Nicolaï Erdman, mise en scène de Volodia Serre.

 

  L’auteur ( 1902-1970) est peu connu du grand  public en général mais assez apprécié par les jeunes metteurs en scène qui s’emparent souvent du Mandat  que le célèbre Meyerhold lui avait commandé en 1925 et qui connut un beau succès. En 1928, Erdman écrivit le Suicidé mais la pièce ne reçut pas l’autorisation de la censure soviétique malgré l’intervention de Stanislavski et de Gorki, et Staline assigna l’auteur à résidence.
  L’histoire est à la fois simple et ultra-compliquée dans ses dérives. C’est une sorte de vaudeville délirant, où chaque petit fait de la vie quotidienne tourne vite au cauchemar: tout son entourage est  convaincu que Sémione va se suicider, alors qu’il n’en est rien,malgré son délire personnel et l’horreur qu’il ressent face à l’absurdité de la vie de ses  concitoyens au destin broyé par l’effroyable machine stalinienne;  il faudra expliquer à ce malheureux Sémione le pourquoi de tant d’absurdités, pourquoi le destin individuel n’a aucune importance en face de l’avenir radieux de la grandiose Union soviétique.
  La pièce ressemble, à s’y méprendre parfois, à du Labiche,  qu’Erdman admirait beaucoup mais ,en plus grinçant encore; c’est drôle et chaque réplique fait mouche même si, au bout du bout du grotesque,   on sent , pratiquement à chaque seconde, que la mort est au rendez-vous, impitoyable et loufoque à la fois, puisque l’individu ne compte presque plus…. Comme dans La Cagnotte de Labiche, le pauvre Sémione est harcelé par une bande de profiteurs impitoyables.. Bref, le comique ne fait pas bon ménage avec le politique , dont il est une sorte d’antidote, ce qui n’a sans doute pas dû faire plaisir à Staline Et, en effet, on peut imaginer la puissance explosive des dialogues de Nicolas Erdman à l’époque, puisqu’ils restent aussi virulents, quelque 80 ans après;  sans doute parce que son texte touche à la place de l’individu dans la société et à la mécanique même du pouvoir stalinien qui, hélas, a fait ses preuves ailleurs sur la planète.
  Le texte, brillamment traduit  par Markovicz, est  d’une férocité impitoyable! Il faudrait tout citer:  » Dans les minutes de création, en général, j’exigerai un silence relatif ». (Comme le disait un célèbre homme politique français:  » Pour mes discours, écrivez ce que vous voulez, mais laissez -moi les adjectifs »). Ou «  Un homme qui n’a pas de pantalon , c’est comme un homme qui n’a pas d’yeux ». Ou encore cet improbable réplique «  Je téléphone aussitôt au Kremlin » en demandant le plus haut responsable. C’est d’une drôlerie et d’une férocité qui fait le plaisir d’une salle comble.
  Volodia Serre  a eu raison de  raccourcir le texte, qui dure tout de même plus de deux heures- et c’est quand même parfois long; c’est bien dommage mais le jeune metteur en scène  s’est  perdu  dans sa direction d’acteurs- assez médiocre et qui casse le rythme. Il a cru bon de mettre les dix premières minutes dans l’obscurité presque intégrale et il  fait crier ses comédiens  au mépris évident d’une efficacité bien comprise ( on se demande parfois ce qu’il a a pu apprendre de ce côté-là au Conservatoire!) .  Comme le plateau exigu et mal foutu du Théâtre 13 et la scénographie   n’arrangent pas les choses, les acteurs ont du mal à s’en sortir ( mis à part Catherine Salviat qui joue la belle-mère avec brio et  Alexandre Steiger / Sémione.).
  A voir, à ne pas voir?  Oui, si vous voulez découvrir un texte  brillant et  drôle- bien mis en valeur par la musique au piano de Jean-Marie Senia- mais encore une fois qui aurait demandé une mise en scène plus maîtrisée. Non, si vous exigez un peu plus du théâtre. Enfin, une salle comble comme celle du Théâtre 13, cela mérite d’être souligné, même si la couleur des cheveux  du public reste, une fois de plus, des plus grisonnantes… ce qui n’est pas bon signe quant à l’avenir du théâtre, mais bon, même en période de crise, et donc de diminution budgétaires conséquentes pour la création, il y a parfois des miracles…..

 

Philippe du Vignal

 


Théâtre 13, jusqu’au 14 décembre inclus.


Archive de l'auteur

De l’omme

texte, musique et mise en scène de Jacques Rebotier

  De l’omme est le troisième volet du Cycle de l’homme ( 1 contre les bêtes,( prologue) 2 La tragédie de Pluto  et 4 La Revanche du dodo .Cela fait presque une dizaine d’années qu’on a découvert ce théâtre protéiforme associant des collages de texte, des musiques,  des images fixes,des vidéos, des projections de phrases , le tout dans une joyeux capharnaüm … orchestré de main de maître. Et ce  volet du cycle n’échappe pas à la règle.dodo9.jpg
  L’omme, à ce que l’on comprend, est sous la surveillance d’une triste bande de Pères Noël qui se sont emparés du pouvoir pour couvrir  la planète de sang, avec pour compagnons/ complices/témoins de cette énorme fête à la bêtise qu’est devenu Noël, le Grand Saint-Nicolas, un chirurgien déjanté,  Marion une marionnette à taille humaine, et surtout Léon, une espèce de chien-robot qui ,de temps à autre, intervient pour commenter la situation. Il y a aussi des barquettes  et des morceaux de viande accumulées, (parfaitement obscènes au sens étymologique du terme car projetées sur grand écran ou flottant dans l’air) sorties tout droit d’un catalogue de supermarché, plusieurs caddies dont un surdimensionné et  rempli de gros ballons,etc… Et l’on y parle d’anatomie, de sexe, de moyens de reproduction, de l’univers, celui des hommes et celui des bêtes, bref de tout ce qui peut encombrer un cerveau humain, quand il se met à en parler!
 Comme le dit Jacques Rebotier, tout y passe dans « cette encyclopédie médiévale écrite au vingt deuxième siècle, par un papillon, ou une grenouille, ou un dodo… ». Cette revue loufoque où sont convoqués  des jeux sur le langage, des images et des graphismes tout à fait poétiques- qui font souvent penser aux collages de l’excellent Roman Cieslewicz- , pour mieux dire  l’espèce de folie de surconsommation, de suicide collectif qui s’empare régulièrement du monde, surtout au moment des fêtes.
   Il y a des idées fabuleuses  dans ce spectacle  ( on vous les livre en vrac):  un être humain en bougie qui, petit à petit, se consume; ce n’est qu’une image mais qui fait froid dans le dos malgré la flamme qui danse sur l’écran, ou bien ces photos pornos projetées à toute vitesse,et qui servent de base à une loterie, cette fausse déclaration des droits de l’homme aussi absurde  que juste, une ballade en train dans un paysage enneigé qui défile derrière les épaules du conducteur,métaphore d’un monde qui court à sa perte, ou  ces déclarations péremptoires: Les bêtes se battent comme des sauvages »,  » le monde appartient à Dieu et à l’ome qui se lève tôt« , ou cette dernière petite phrase pour la route en guise de moralité finale:  » Si vous n’avez pas envie que le monde vous appartienne,si vous avez envie que le monde n’appartienne à personne, restez couchés ».
 Rebotier, à petits coups de griffe et sans avoir l’air d’y toucher, dit finalement et avec plaisir, beaucoup plus de choses sur l’aventure humaine, sur les animaux, sur le corps humain et sur notre rapport au  monde, que le texte assez  bavard à prétention métaphysique d’Ordet ( voir le blog d’hier)
   Certes, le spectacle ne va pas sans à- coups, sans baisses de rythme dans les enchaînements, surtout vers la fin, et tout n’est pas d’égale valeur,( une petite séance d’élagage n’aurait pas fait de mal), même si le jeu des comédiens, les chansons , la musique et la mise en place restent jusqu’au bout d’une grande rigueur. Quelle vitalité,  quelle absence totale de prétention, quelle  envie de donner du plaisir en  jouant avec les mots et les images sans jamais être vulgaire, avec des vidéos tout à fait justifiées et une scénographie signée Virginie Rochetti , aussi intelligente que subtile ! (Madame Sophie Perez pourrait y prendre de la graine…)
 Cela fait du bien de voir  que la France d’aujourd’hui, trop souvent empêtrée dans un suivisme et un conformisme de bon aloi qui risque de perdurer, possède au moins un Rebotier  qui sait  marier,  avec beaucoup de sensibilité aux êtres et aux choses, les fondamentaux , comme on dit maintenant, du théâtre aux  arts plastiques. Cela fait aussi du bien de voir aussi un public, dont la couleur de cheveux n’ a pas encore viré au gris, comme un peu partout dans les autres salles, ne pas bouder pas son plaisir..
  Y aller ? Oui, absolument,si le spectacle passe près de chez vous…

Philippe du Vignal

Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis,pour les autres parties du cycle, encore jusqu’au 7 décembre; et La Revanche du Dodo ,que nous n’avons pu encore voir, se joue du 16 au 19 décembre au Centre dramatique régional de Tours, puis du 21 au 23 janvier au Théâtre Universitaire de Nantes.

RAPPEL IMPORTANT

  Le Théâtre de bouche de Ghérasim Luca ( le plus grand poète français, parce que roumain,disait avec intelligence Gilles Deleuze), mis en scène par Claude Merlin , et dont nous vous avions rendu compte il y a trois semaines, se joue encore au Théâtre Le Colombier à Bagnolet ( Métro Gallieni) le 16,17,18,19 décembre à 20h30 et le 20 décembre à 16 h et à 20 h 30, puis au Picolo , 58 rue Jules Valès à Saint-Ouen,(Métro Porte de Clignancourt).
  Courez vite lire tout le bien qu’on en avait dit ( le blog du 14 novembre)

Ordet

  Ordet ( La Parole) de Kaj Munk, traduction et adaptation de Marie Darieussecq et Arthur Nauziciel, mise en scène par Arthur Nauziciel.

 

On connaît, bien sûr, le fameux film (1955) que  Carl Dreyer adapta de l’oeuvre de Kaj Munk,(1925) auteur dramatique et pasteur luthérien qordet.jpgui avait pris position en faveur d’Hitler  dans les années 30 puis avait combatu l’antisémitisme et appelé les Danois à la résistance, avant d’être assassiné par la Gestapo.
Cela se passe donc au Danemark: le vieux Morgen Borgen dirige avec énergie une grande exploitation rurale. Son fils aîné Mikkel a pour épouse Inger, et ils ont deux filles. Le second fils, Johannes étudiant en théologie, est en plein délire mystique et se prend pour le Christ. Quant à Anders, il est amoureux d’Anne, la fille de Peter Skraeder le tailleur, responsable d’une secte religieuse rivale, et qui ne veut pas de ce mariage. Inger, enceinte, perdra son bébé en accouchant et mourra peu après. Morgen et Peter finissent par se réconcilier. Et Johannes qui s’était enfui, ressuscite Inger que l’on a déjà mise dans un cercueil…
Comme le dit Arthur Nauziciel, Ordet n’est pas une pièce religieuse mais une sorte de suspense métaphysique. Une expérience. Un entre-deux monde. C’est un objet théâtral étonnant qui pose la question de la croyance. La pièce est très bavarde: on y traite de la vie, de la mort ,de la condition humaine, de la foi, du rapport que nous avons au monde visible, du miracle physiologique, alors que nous le savons tous impossible.
Alors, comment dire cela au théâtre? Arthur Nauziciel a pris courageusement le parti d’un certain minimalisme, voire d’un
e certaine sécheresse: peu de lumières, une scénographie épurée (mais bien laide et ratée) de son ami Eric Vigner, une directions d’acteurs au scalpel. Et il  a demandé à l’excellent ensemble Organum ( Marcel Pérès, Mathilde Daudy et Antoine Sicot) de soutenir par leurs voix a capella les dialogues de cette pièce  écrite assez vite et qui manque singulièrement de construction dramatique. Dreyer avait compris que des images d’une force incomparable devaient  absolument  servir d’appui logistique à ce si l’on voulait exprimer l’angoisse métaphysique des personnages de Kaj Munk; il avait aussi bien compris que 120 minutes y suffiraient largement.
Autant dire tout de suite que ces presque trois heures théâtrales sont vraiment estoufadou- et assez  ennuyeuses- comme on dit en Provence. Heureusement, Nauziciel a su s’entourer d’ une distribution irréprochable avec, entre autres:  Pascal Grégory( le vieux Morgen) qui est presque en permanence sur le plateau, Catherine Vuillez ( Inger) , Xavier Gallais ( Johannes) et Jean-Marie Winling ( Peter le tailleur). C’est du solide, du cousu main et on retrouve chez Nauziciel l’exigence fondamentale de Vitez qui fut son maître. Reste à savoir s’il était bien utile de monter cet  objet théâtral qui ,de mémoire, n’est jamais joué, ou bien il aurait fallu en faire une véritable adaptation, au lieu de laisser filer les dialogues, quitte à y glisser de temps à autre quelques petites répliques un peu faciles, histoires d’ éveiller l’attention du public.
A voir ? Oui, si vous ne craignez pas les tunnels bavards, longs et mal éclairés et si vous aimez bien les miracles finaux; non, si les bavardages métaphysico-religieux vous ennuient au plus haut point: dans ce cas, ne venez pas dire qu’on ne on vous aura pas prévenu….

Philippe du Vignal

Théâtre des Gémeaux à Sceaux ( le spectacle a été créé au dernier Festival d’Avignon) jusqu’au 7 décembre.

Gombrowiczshow

  Gombrowiczshow, conception Sophie Perez et Xavier Boussiron

    Le dossier de presse nous prévient aimablement : vous allez voir ce que vous allez voir:  » scénographie et écriture pour elle, beau-arts et musique pour lui, ils n’ont pas leur pareil pour réinventer la mise en scène et pour dire la mise en abyme » (sic).  » Il ne s’agit pas de reprendre ni d’inspecter Gombrowicz mais bien de récupérer chez lui ce qui semble nous appartenir pour nous en débarrasser » (sic).  Oui, mais que nous donne-t-ton à voir?
  En fait pas grand chose, disons-le tout de suite…( et je serai plus sévère que notre co-blogueuse et néanmoins amie Christine Friedel) Et surtout pas du Gombrowicz. Cela commence déjà mal: rideau en lamé rouge, hommes en smoking, femmes

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en robes longues , dorures et paillettes et  hurlement de chansons dans les micros HF: Perez nous reconvoque une fois de plus à la mise en abyme, comme elle dit, du music-hall. Chansons, extraits de texte des Envoutés du célèbre auteur polonais qu’on essaye d’entendre en vain ( c’est sûrement fait exprès ?). puis on va chercher un spectateur dans la salle « pas un abonné de préférence » (sic) comme au bon vieux temps du Magic Circus de Jérôme Savary qui, lui, savait y faire ; juché sur un faux rocher, il sera prié de rester là jusqu’à la fin du spectacle. Bien entendu, comme on n’est pas à un ficelle près, on convoque aussi le théâtre dans le théâtre… C’est décidément une tendance très branchouille dans tous les mauvais spectacles actuels. De temps à autre, les comédiens s’affublent de masques et de perruques  dont certains, avouons-le, sont assez réussis; il y a aussi des jets de fumigènes et des coups de trompette, l’accouchement d’une femme qui expulse un os, et une petite maison, un grand oiseau qui surplombe la scène et qu’on emporte avec cérémonie sur les rochers qui encombrent la scène. Il n’y a même pas de véritables belles images,sans doute à cause d’une scénographie assez pauvrette ( signée aussi de Perez)
  Il y a aussi, comme encore chez Savary de la neige qui tombe, ( mais cette fois sans aucune poésie) une espèce de parodie des entretiens de Jacques Chancel qui est peut-être une des rares choses- avec certains moments musicaux- à sauver d’un spectacle qui voudrait passer pour une avant-garde de bon aloi mais qui enchaîne les poncifs. A la fin, on a droit à un texte de Rita, la veuve de Witold, sur les derniers jours de son écrivain de mari à Vence ( l’achat de rideaux, l’installation de l’appartement) : bref, que du passionnant…
  Ce Gombrowiczshow se voudrait burlesque, parodique et innovant, il ne réussit qu’à être plat, prétentieux et  vite ennuyeux. Sophie Perez, heureusement pour elle, a une équipe de  très bons acteurs -dont Gilles Gaston Dreyfus et Sophie Lenoir – qui font le maximum pour donner corps et vie à cet amalgame improbable de textes ( Gombrowicz mari et femme, Perez et Boussiron), et à ce semblant de mise en scène…Sophie Perez a aussi l’immense chance d’avoir une équipe technique de premier ordre à son service- et cela n’a pas de prix- et d’avoir été accueillie plusieurs fois par Ariel Goldenberg, l’ex-directeur de Chaillot qui  l’a encore programmé- comme Jean-Baptiste Sastre- avant son départ forcé.. On ne peut croire en effet que ce soit Dominique Hervieu et José Montalvo ( les nouveaux directeurs) qui soient à l’origine de cette commande.
   Il faut  seulement espérer que Sophie Perez ne va pas demander de l’argent à l’Etat pour continuer à se faire plaisir  et à faire savoir qu’elle est porteuse d’une certaine avant-garde à la fois théâtrale et plastique…. Qu’elle continue à faire joujou, grand bien lui fasse (après tout,  on est en démocratie) mais,de là ,à ce qu’elle bénéficie d’une aide publique, il y aurait quand même des limites. En tout cas, c’est sûr, ce n’est pas avec ce genre de choses que l’on donnera goût au théâtre aux jeunes gens.
  A voir? Sûrement pas; sauf, si vous êtes un inconditionnel de Perez ( il y en a et il a bien quelque rires dans la salle) mais le compte n’y est pas, surtout à 27 euros la place. (sic) . Allez plutôt voir Sombreros  de PhilippeDecouflé dans la Salle Jean Vilar, ou bien donnez  vos 27 euros aux Restos du coeur, cela fera au moins des heureux, et allez voir la Tour Eiffel illuminée. Si vous êtes provinciaux et que la choses passe près de chez vous, évitez-la.

Philippe du Vignal

Théâtre national de Chaillot,jusqu’au 6 décembre.

    

 

Fragments d’un hiver

  Fragments d’un hiver, texte et direction d’acteurs d’Elisa Ghertmann par Philippe du Vignal

  Il s’agit d’une simple lecture donnée dans une brasserie très années 50.. Avec stratifié mural imitation bois et plafonnier carrés en plastique blanc un peu sale. Aucun décor évidemment que celui-là, cinquante spectateurs installés tant bien que mal devant le bar où sont  juchées trois des jeunes comédiennes, les quatre autres étant parmi le public.Le texte, sans doute en partie autobiographique,  d’Elisa Ghertmann est à, la fois sobre et d’une belle efficacité. Il y a dans ce café un silence étonnant dès que les comédiennes se mettent à dire ce texte d’une cinquantaine de minutes à peine, soit en solo soit parfois à trois ou quatre. C’est  assez magnifiquement dit pour être signalé; il y a en particulier Marion Amiaud qui a proposé ce cycle de lectures, qu’on a pu voir notamment dans L’Avare avec Michel Bouquet.
  Si vous habitez le coin, cela vaut le coup d’y aller voir en janvier, vous y découvrirez une belle équipe qui sait dire donner du sens à une fiction avec beaucoup de modestie… et d’intelligence.Par les temps qui courent, cela fait toujours du bien, même si, comme nous tous, vous êtes allergique aux lectures, surtout dans un café.

 Brasserie des Buttes Chaumont 84 avenue Secrétan. Prochain cycle de lectures chaque lundi de janvier à 21 heures à partir du 5; Informations: 06-08-58-99-72

   Philippe du Vignal

Les Diablogues

  Les Diablogues de Roland Dubillard, mise en scène par Anne Bourgeois par Philippe du Vignal 

Roland Dubillard, autrefois élève de Gaston Bachelard et licencié de philo, avait écrit une série de quatorze dialogues, à la demande de Jean Tardieu diablogues.jpgpour la radio, qui avaient pour titre Grégoire et Amédée. C’était en 1953 … et cela faisait la joie des gamins dans les cours de lycées, qui les racontaient aux autres ( les transistors n’étaient pas encore apparus). Quelque vingt ans plus tard, Dubillard les adapta pour le théâtre. Jacques Seiler les mit en scène avec succès en 75, puis Dubillard et Piéplu les jouèrent ensuite. Puis Anne Bourgeois, suivie de beaucoup d’autres, les mit elle aussi en scène en 94 et a repris ces fameux Diablogues depuis un an un peu partout en France avec François Morel et Jacques Gamblin, et depuis quelques semaines au Théâtre du Rond-Point.
  Les douze sketches retenus par Anne Benoit constituent une sorte de feu d’artifice du langage qui se met à déraper le plus souvent à cause d’une logique poussée à l’extrême, alors que les deux personnages qui essayent en vain de se comprendre ,semblent être dans la norme sociale: costume gris, cravate, chaussures noires. L’un est un peu plus enveloppé ( François Morel) et sert souvent de souffre-douleur à l’autre, sec et raide, (Jacques Gamblin), volontiers donneur de leçons. Ils cherchent,cependant à se comprendre malgré cette faillite permanente du langage mais, malgré une bonne volonté désespérante, n’y arrivent jamais.
  Et Dubillard sait manier comme personne la logique poussée jusqu’à l’absurde, le quiproquo, le calembour, le non-sens, la phrase usée jusqu’à la corde: « Il faudrait vivre tout seul quand on est artiste » … Très vite- c’est la clé de cette incompréhension totale: les mots ne disent pas la même chose pour ces deux personnages le compte-gouttes- et la démonstration est impitoyable-devient en fait un pousse-gouttes, la seule méthode pour plonger de façon synchronisée est de se caler sur le O du mot plongeon, et l’apéritif dénué de tout alcool  conduit à ressentir toute la douleur de l’existence, et Deux, après les réflexions de Un, déduit logiquement que c’est à cause de la pluie qu’il a peur  de la police…Et la fameuse Paulette, dont leurs deux cousines portent ce prénom, restera à tout jamais une véritable énigme.
  Ces Diablogues sont sûrement ce que Dubillard aura écrit de plus fort et le passage de la radio au théâtre  semble s’être fait naturellement, comme si le texte y avait été prédestiné; il faut dire et répéter que les deux comédiens sont exceptionnels. Morel a toujours ce cet air de chien battu,résigné mais lucide, plongé dans une sorte d’ahurissement métaphysique, en proie à une sorte de mal-être qu’il n’arrivera jamais à comprendre, mais finalement pas si malheureux, même (Je le revois, tel une sorte de joyeux fantôme, remontant avec moi le grand escalier de Chaillot en chantonnant le célèbre  Go in the  wind de Joan Baez, sans que nous arrivions à retrouver ni l’un ni l’autre quel était cet air…) On ne dira jamais assez combien ce grand comédien a été à la base de la réussite des meilleurs spectacles des Deschamps.
  Gamblin est , lui aussi une grande figure poétique parmi les comédiens d’aujourd’hui; il est dans le spectacle comme empreint d’une sorte de folie logique qui le conduit aux pires suppositions,sans que cela ne le trouble vraiment mais il a l’air aussi désemparé que son compère devant les mystères et les failles du langage quotidien.
   Quant à la mise en scène d’Anne Bourgeois, elle ne fait, malheureusement, pas preuve de beaucoup d’imagination : la scénographie ( une carte du ciel avec des points lumineux pour figurer les étoiles-sans doute pour figurer le grand vide métaphysique est d’une naïveté désarmante, le spectacle est bien mal éclairé, et il y a de nombreuses ruptures de rythme! Et le dernier quart d’heure sans doute à cause des deux sketches moins solides parait bien long. C’est dommage quand on a la chance de pouvoir mettre en scène deux comédiens qui  jouent avec une telle harmonie.
  A voir? Oui, malgré tout, surtout pour le texte de Dubillard et encore une fois pour le numéro exceptionnel de ces deux comédiens.

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point, jusqu’au 7 décembre ( groupez vous à huit ce sera 20 euros), sinon les places sont à 33 euros!!!!!!!!!!
 

Le Repas de Valère Novarina

 Le  Repas de Valère Novarina, mise en scène de Thomas Quillardet.

 Le Repas, qu’écrivit Novarina il y a quelque quatorze ans, est une petite merveille qui n’aurait rien à voir avec le théâtre et qui pourtant en est une des plus belles illustrations  contemporaines. On a l’intuition que ce grand poète, dont la mère était comédienne, n’avait pas trop envie, même pas du tout envie d’écrire du théâtre, disons normal avec de vrais personnages, quelque chose qui ressemble à une action dramatique, etc… comme le laissait entrevoir déjà mais timidement La Fuite de Bouche que nous avions vu  à Marseille monté par Maréchal,dans les années 70.
  Bien conseillé par Bernard Dort-notre très intelligent maître à tous disparu ( Jacques Livchine, Edith Rappoport notre consœur blogueuse, Laurence Louppe, du Vignal… ne diront pas le contraire) qui a su nous inculquer les principes (les fondamentaux comme on dit maintenant) d’une bonne dramaturgie- Novarina a persisté et  a signé toutes une série de « pièces » où il a donné le rôle principal au langage, jusqu’à en faire acte théâtral. Ce qui ne va pas, sans un travail exemplaire d’écriture où la langue française, retravaillée, revisitée offre ce qu’elle a de meilleur à consommer, comme un repas ( ! ) d’une saveur incomparable…
  C’est d’autant plus vrai avec cette pièce qui se joue autour d’une grande table en verre dotée d’assiettes  et de verres à pied, avec un gros bocal où un poisson rouge passe et repasse pendant tout le spectacle, seule concrétisation – vivante- de la nourriture et paradoxalement impossible à manger. Pas de véritable personnage- ce que révèle déjà la distribution: La  Personne creuse,le Mangeur d’ombre,La Bouche Hélas, L’homme Mordant ça, Jean qui dévore Corps, La Mangeuse ouranique, L’Enfant d’Outre Bec, L’Avaleur Jamais Plus.
  Pas de véritable dialogue non plus, pas  l’ombre d’un scénario. Mais la mise en scène de Thomas Guillardet, qui a su prendre comme fil rouge ce jeu permanent sur et avec le langage imposé par Novarina, fonctionne pourtant très bien, sans doute parce qu’elle s’appuie sur un travail exemplaire sur le texte et les chansons Le dernier quart d’heure, c’est vrai, patine un peu, sans doute à cause des plusieurs fausses fins de la pièce qui cassent un peu le rythme, malgré l’énergie restée intacte dnovrepas1.jpges comédiens.
  Ce que le metteur en scène a su bien mettre en valeur, c’est  la valeur,le trésor inestimable de la parole chez l’être humain, même et surtout peut-être quand elle devient illogique, absurde et bancale, qu’elle soit parlée, récitée ou chantée, individuelle ou collective, dans une immense jouissance  souvent inconsciente et inaliénable de la vie. Mais il y a aussi la face plus sombre de la pièce, où, derrière cet immense déflagration de mots,  se cache une réflexion sur notre passage sur terre et sur la mort qui obsède Novarina. Comme semble, dès le début, nous en avertir ce squelette peint en noir très kantorien, dont le crâne coupé en deux se révèle être une boîte à proverbes absurdes.
   Il y a entre le public appelé à participer,comme Savary le faisait du temps de son Magic Circus, et les comédiens de ce Repas un même désir de s’offrir un vrai moment de bonheur. En ces temps de misérables duels  politiques, et quand Le Monde- notre Monde à tous- ose publier dans un même numéro trois articles sur Carla Bruni, cet immense délire poétique de premier ordre fait du bien par où cela passe. C’est aussi ce qu’avaient compris cette année de jeunes metteurs en scène talentueux comme Marie Ballet ou Thomas Poulard., attirés par l’univers  de Valère Novarina.
  D’autant que Thomas Quillardet a su s’entourer d’une remarquable équipe de comédiens qui  se sont emparés du texte comme d’un véritable cadeau, mais en acceptant la grande rigueur verbale et gestuelle que leur a imposé leur metteur en scène. Olivier Achard, Aurélien Chaussade, Maloue Fourdrinier, Christophe Garcia, Julie Kpéré et la plus jeune sans doute qui mène le bal, Claire Lapeyre-Mazerat , issue comme Thomas Poulard de l’Ecole du Théâtre national de Chaillot: elle a abandonné le porte- jarretelles et les paillettes du Cabaret de Bob Fosse qu’elle a joué pendant plus d’un an, mais  joue, chante et danse avec ses camarades avec le même savoir-faire et un plaisir communicatif, sous la houlette efficace du musicien Sacha Gattino qui  sait les diriger de près, du haut de son balcon. Le public ne s’y trompe pas qui leur fait à tous une véritable ovation.
  A voir? Oui, absolument; contre-indication aucune: sauf allergie aux jeux sur le langage.

Philippe du Vignal

 

Maison de la Poésie

Après la répétition

 S’agite et se pavane, texte d’Ingmar Bergman, mise en scène de Laurent Laffargue


Deux Bergman dans la semaine! Ainsi va la vie théâtrale dans la région parisienne.  (Voir notre précédent article sur S’agite et se pavane de Célie Pauthe.  Rappelons rapidement que le célèbre scénariste et réalisateur suédois, mort l’an passé, a commencé par être metteur en scène et a continué à l’être, qu’il a écrit plusieurs pièces et dirigé plusieurs grands théâtres. Et les textes  de Shakespeare et de Strindberg ont toujours été ses compagnons de route..
La  scène, avec tout son charme et les relations ambigües qu’elle entretient avec la vie quotidienne, n’a donc guère de secrets pour lui, et nombre de ses films racontent des histoires de gens du spectacle (Persona, Le Septième Sceau, Fanny et Alexandre ou La Flûte enchantée). Sans doute,  trouvait-il dans cet univers  une sorte de microcosme de la société qui l’aura beaucoup inspiré.  » L’art du théâtre, disait déjà  Chikamatsu Monzaemon, se situe dans un espace entre une vérité qui n’est pas la vérité et un mensonge qui n’est pas un mensonge ».
Bref, le théâtre dans le théâtre, cela date du seizième siècle mais, c’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures soupes, et Bergman a su magnifiquement appliquer ce vieux proverbe cantalien. Laurent Laffargue, lui, non plus, n’a pas oublié la leçon, puisqu’il a repris les dialogues de ce texte original prévu pour la télévision…. et c’est, disons- le tout de suite, c’est assez remarquable.
Cela se passe sur une scène déserte, après l’effervescence d’une répétition. Quelques éléments de décor, une grande armoire, une table, une  servante ( ampoule unique sur pied qui sert d’éclairage permanent sur scène hors services), un canapé, quelqu
bergmann.jpges chaises. Il y a d’abord une vidéo où l’on voit les comédiens répétant Le Songe de Strindberg, pièce fétiche du metteur en scène Heinrik Vogler qui est resté seul sur scène, en proie à ses doutes personnels et professionnels, aux décisions irréversibles qu’il doit prendre comme chef de troupe, à la peur de la vieillesse et à la mort qui va arriver.

Une jeune comédienne, Lena, pénètre sur scène pour rechercher un bracelet qu’elle aurait oublié mais dans le but évident de lui parler. Ils vont effectivement beaucoup parler  ; c’est à la fois une sorte de cours magistral de théâtre (cela rappelle le très bel Elvire-Jouvet 40 de Brigitte Jaques), une sorte de confession  intime où ils parlent beaucoup, en particulier de sa mère à elle, Rakel dont on comprend qu’elle a vécu autrefois avec Heinrik.
Rakel, une actrice d’une quarantaine d’année, en perte de vitesse qui a sombré dans l’alcool et qui voudrait  qu’il lui donne encore une chance,  arrive, ivre et désespérée dans ce huis clos scénique.  Pathétique, elle lui propose aussi de lui faire l’amour tout de suite, dans les coulisses; Heinrik essaye de lui dire avec beaucoup d’égards que leur histoire amoureuse et professionnelle est bien révolue.

Même si, mensonge ou réalité, il l’assure qu’il pense chaque soir à elle … Quant à Lena, elle reviendra voir Heinrik pour se confier à lui: elle lui parle  des relations difficiles qu’elle entretient avec son jeune amant qu’Henrik  déteste cordialement  et lui avoue qu’elle est enceinte. Henirik , furieux,explose, sans doute par jalousie (on sent très vite qu’il a une tendresse particulière pour Lena qu’il a connu toute petite)  mais aussi parce que cela va amputer son spectacle d’une bonne partie de ses représentations… Lena,très calme, lui annonce alors qu’en réalité, elle s’est faite avorter pour pouvoir enfin jouer sous sa direction.Il trouve alors que sa décision était stupide, mais elle lui précise que le choix  ne venait pas d’elle. Ce qui  va les rapprocher encore un peu plus ,et ils finiront  vite par vivre ensemble, malgré tout ce qui les  sépare. Et Heinrik, alors, va lui raconter , très calmement,mais avec beaucoup de tristesse, ce qui va se passer ensuite, comment leur magnifique amour va sombrer petit à petit; il lui en décrit même, sans aucune illusion, les étapes irréversibles.. Voila, c’est tout et c’est très beau : il faut relire le texte de Bergman; il dit des choses magnifiques sur le théâtre et sur notre vie à tous.

Quant à la mise en scène de Laurent Laffargue, on sent qu’il y a mis le plus profond de lui-même et qu’il a dirigé ses comédiens avec beaucoup de savoir-faire et de sensibilité. D’abord, Didier Bezace, acteur, metteur en scène et directeur du Centre dramatique d’Aubervilliers (en banlieue parisienne). Choix intelligent…  Didier Bezace connait son personnage! Il est d’une présence, d’une sensibilité et d’une précision étonnante, surtout, quand il lui faut rejouer chaque soir ce personnage tourmenté; il passe par tous les registres: la colère, la solitude,les doutes permanents, le vertige métaphysique, l’affection nostalgique qu’il éprouve pour Rakel mais aussi son embarras à refuser les propositions de Rakel, l’attirance érotique pour Lena; bref, c’est assez  rare et mérite d’être souligné. Fanny Cottencon est toute aussi vraie et juste dans sa souffrance et son angoisse exaspérée,même si son rôle est moins important et Céline Sallette, qu’on avait pu voir dans la série des Maupassant,  sait jouer très finement  aussi sur  une remarquable palette de sentiments. Bref, on ne rencontre pas tous les jours une distribution aussi pertinente et aussi harmonieuse.

On oubliera vite les gros plans des personnages par vidéo interposée ( cela devient actuellement une véritable manie ( le récent Songe d’une nuit d’été de Yann-Joël Collin, comme dans nombre de spectacles), comme si les belles images de Laurent Laffargue  et les lumières de Patrice Trottier ne se suffisaient pas à elles-mêmes;  on oubliera aussi la double tournette -absolument inutile-recyclée d’un de ses précédents spectacles. Cela dit, la mise en scène est d’une très grande qualité, et Patrice Martinet, le directeur de l’Athénée, a eu encore la main heureuse dans ses choix.
A voir ? Oui, absolument, que vous connaissiez déjà Bergman au théâtre ou seulement par ses films, ou pas du tout. Aucun temps mort , aucun bavardage: tout est dit en une heure et demi.


Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée Louis Jouvet jusqu’au 6 décembre inclus. Après la répétition en tournée: 9,10 décembre à  Rueil-Malmaison; le 12 décembre à Chelles, puis du 31 mars au 8 avril au Théâtre national de Bordeaux; le 7 avril à Arcachon; le 9 et 10 avril à Bayonne; le 14 et le 15 avril à Angoulême,le 24 avril à Tarbes; le 24 et 25 avril au Mans et le 2 mai à Agen.

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Schitz guerre amour et saucisson

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Schitz guerre amour et saucisson de Hanokh Levin, mise en scène de Cécile Backès par Philippe du Vignal

 

Hanockh Levin, auteur israélien, né en 43 et décédé en 99, est l’auteur d’une cinquantaine de pièces dont plusieurs ont été jouées en France; et ses premiers spectacles de cabaret politique ont fait scandale à Tel-Aviv, notamment Yaaacobi et Leidental; ses personnages sont le plus souvent des gens qui n’ont ni gros revenus ni grande culture et qui sont surtout incapables de prendre leur destin en main.
 Shitz, on le comprend dès les premières répliques, se passe dans un milieu populaire d’Israël: un couple de jeunes gens : elle , boulimique et incapable de se trouver un amoureux,cherche à se caser; lui, petit entrepreneur sans beaucoup de scrupules, va tout faire pour s’enrichir aux dépens de ses parents à elle, des parents  qui ne rêvent que d’être grand-parents…. et le futur gendre veut se trouver une position sociale après héritage, et cela le plus vite possible…
Bref, des soifs de monde meilleur absolument contradictoires. Cela  se dit et se chante avec le plus souvent des mots féroces, voire tout à fait triviaux mais, histoire de montrer que, malgré tout, ces  affreux- les jeunes surtout (mais les vieux ne valent guère mieux) ne sont pas aussi affreux, Levin ajoute une petite pincée de tendresse à l’énorme casserole de vulgarité qu’il a concoctée. » Il y a, chez lui, dit Cécile Backès, un curieux  cocktail de comédie de moeurs  et de théâtre politique, sauce music-hall. sans oublier l’empreinte du théâtre yiddish, éclat de culture populaire disparue ».
 On veut bien mais quand même … les répliques volent aussi bas que dans le plus médiocre du boulevard. Echantillon: » à mon âge, dit la mère, il reste l’emballage ».  Qu’est que tu attends pour te marier? Réplique de la fille: « Qu’est-ce que tu attends pour crever? « . Comme la mise en scène est très racoleuse et en rajoute encore une louche, cela devient rapidement pénible et ennuyeux, d’autant plus que la scénographie assez médiocre encombre toute la scène où les comédiens comme les deux musiciens ont du mal à trouver une place.
  Il y a une question qui reste sans réponse: qu’ont été faire dans cette galère des comédiens aussi avertis, fins et intelligents comme Anne Benoit et Bernard Ballet? Quant  à Cécile Backès, on a parfois  l’impression qu’elle a répondu à une commande trop précise, et qu’elle n’a pas eu les mains tout à fait libres. Me trompé-je?
 A voir?  Sûrement pas, sauf si vous êtes maso, d’autant que les places ne sont pas données… (38 euros mais quand on aime, on ne compte pas).

 

Philippe du Vignal

 

La Pépinière théâtre, 7 rue Louis le Grand Paris 2 ème

 

Le texte de la pièce est édité aux éditions Théâtrales

S’agite et se pavane d’Ingmar Bergman, mise en scène de Célie Pauthe

S’agite et se pavane  d’Ingmar Bergman, mise en scène de Célie Pauthe.

  Ingmar Bergman était né en 18 et est mort l’an dernier, le même jour qu’Antonioni…. Mais on oublie souvent que l’immense scénariste et réalisateur (Le septième Sceau, adapté d’une de ses pièces, Peinture sur bois, Cris et chuchotements, etc.) était aussi auteur dramatique. Il avait commencé par faire du théâtre et très jeune ,avait monté Shakespeare, Strindberg et plus tard, Ibsen, Lorca, Albee… Il avait aussi dirigé de grands théâtres comme ceux d’Helsinki, Malmö et le théâtre Royal de Stockholm.
  Le titre de la pièce est repris de la célèbre réplique de Macbeth: « La vie n’est qu’un ombre errante, une pauvre comédie qui s’agite et se pavane une heure sur scène et qu’ensuite, on n’entend plus, une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ». C’est ici l’histoire de l’ingénieur Karl Akerblom, l’oncle de Bergman; le personnage est mythomane ; atteint de délire, il  a dû être hospitalisé dans un établissement psychiatrique. Il va y rencontrer un médecin à bergman.jpgqui il raconte son obsession pour Schubert.
Sa fiancée arrivera à le faire sortir de l’hôpital et à tourner un film qui sera projeté dans la salle municipale de sa ville natale.Mais il y a une coupure de courant et c’est le théâtre qui succèdera au cinéma dans une sorte d’aller et retour ontologique. La pièce oscille sans cesse entre onirisme et réalité, entre  vie quotidienne et quête d’absolu . Comme dans ses films, il y a une présence permanente de la mort qui hantera toute sa vie Bergman.

  La  pièce est étrange et a un certaine difficulté à prendre son envol; malgré ses qualités de scénario, elle s’englue souvent dans le bavardage, et parait bien longue (deux heures). Nous ne connaissons pas le film de Bergman qu’il en avait tiré et qui est difficile à voir.
Roger Planchon, pourtant avec Jacky Berroyer dans le rôle de Karl, s’ était cassé les dents sur cette pièce, il y a quelques années.
Célie Pauthe, avec une mise en scène  et une direction d’acteurs très précises- qu’on avait déjà pu voir dans L’Ignorant et le Fou de Witkiewicz réusssit à créer un univers bergmanien. Comme ses comédiens ( en particulier Marc Berman, Serge Pauthe, Karen Rencurel , Philippe Duclos) sont tout à fait bien, on finit par entrer dans cet onirisme étrange, surtout vers la fin, bien que la salle du nouveau théâtre de Montreuil ait été plutôt vide de spectateurs, ce qui ne rend pas les choses faciles pour les comédiens.

  Quant au Nouveau Théâtre de Montreuil, c’est encore un travail d’architecte en manque d’inspiration qui a voulu innover- et c’est assez redoutable quant à la distribution des espaces, la couleur rouge foncé et les lumières parcimonieuses. Quelle prétention! En particulier, dans  la décoration  du bar,  ou dans celle des lavabos déjà usés après quelques mois de fonctionnement! Cela dépasse même ce que Stark avait réalisé pour l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs; on ne dira jamais assez cette espèce de folie qui s’empare des architectes contemporains, quand ils ont à construire un grand théâtre!
A visiter absolument, si on veut avoir une juste idée de la création de grands espaces…

Philippe du Vignal

Nouveau Théâtre de Montreuil, direction Gilberte Tsaï, jusqu’au 21 novembre et reprise du 11 au 20 décembre.

Le texte de la pièce est édité chez Gallimard.

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