Madame Marguerite

Festival d’Avignon

Madame Marguerite de Robert Athayde, adaptation de Jean-Loup Dabadie, mise en scène de  Daniel Charlot.

m1.jpgLa pièce fait partie d’un ensemble des cinq Pièces Précoces que cet auteur brésilien écrivit à 21 ans en  76 dans un Brésil  soumis à une dictature militaire impitoyable, initiée par les Etats-Unis de 64 à 84: exécutions sommaires, onmi-présence de l’armée, et censure permanente. Madame Marguerite est une pièce qui, dès sa création, fut ensuite montée dans de nombreux pays dont la France où c’est Annie Girardot incarna cette institutrice de CM 2  qui s’avoue un peu dépassée par les enfants dont elle a la charge. Quelque trente ans après, cela valait le coup d’aller voir quelle force pouvait encore avoir cette célèbre Madame Marguerite.
Révoltée contre tout y compris contre elle-même, elle n’a plus qu’une arme pour s’en sortir: la parole qu’elle utilise sans scrupule… Elle met en garde ses pauvres élèves  contre un système qu’elle trouve injuste et semble se battre contre des moulins à vent.
Tout à la fois indulgente et d’une terrible maladresse, elle ne maîtrise aucun des sujets qu’elle aborde pour ce premier cours de l’année: la drogue, la sexualité, la biologie, « il y a un début, un milieu et une fin: Vous, vous êtes au milieu mais vous allez tous mourir ». ou: « Qu’est-ce qui m’a foutu cette bande de tantes » ou encore  » Les deux seins de madame Marguerite, cela se mérite! ». Geneviève Tourret a, si l’on a bien compris, joué la pièce de nombreuses fois en Normandie: elle a l’indispensable puissance de tir, la voix rauque de fumeuse d’Annie Girardot, et est parfaitement à l’aise sur le plateau; elle arrive donc, tant bien que mal, à faire passer aussi ce qu’il y a souvent de vulgaire et de racoleur dans la pièce, ou du moins dans l’adaptation de Dabadie, « de l’Académie française », souligne le régisseur qui présente le spectacle, comme si c’était un label de garantie!
Il y aurait fallu aussi une direction d’acteurs beaucoup plus exigeante et plus nuancée. Ce qui est loin d’être le cas. Daniel Charlot dirige sa comédienne vite fait/pas très bien fait, et le compte n’y est donc pas; du coup, la pièce, pas vraiment le chef d’œuvre annoncé et qui a pris un coup de vieux, (même si le programme annonce que l’auteur a été inspiré par Shaw, Ionesco et Beckett!), n’en sort pas vraiment grandie…
Alors à voir? Ce n’est peut-être pas indispensable! Le public pas très jeune, semblait  content mais guère plus…

Philippe du Vignal

Le Petit Louvre 23 rue Saint-Agricol à 21h 05 (sic)



Archive de l'auteur

Pasto a due

Pasto a due, création in situ dans la galerie dite  » Salon  de Diane » du Palais Royal, par la Compagnie de danse Zerogrammi.

  Cela se passe à Venaria,  petite ville proche de Turin où se trouve le merveilleux palais Royal inscrit au patrimoine de l’humanité, qui, récemment restauré, après avoir servi  garage, abrite maintenant, entre autres, une galerie d’exposition. Face au Palais royal,  une longue rue avec d’adorables petites maisons à tuiles romaines et des cours sorties tout droit d6543.jpge chez Monsieur Goldoni.
 Il a aussi un très grand et merveilleux jardin  où il y a une des plus belles sculptures du grand Pennone.;. Ce sont deux  moitiés d’écorce verticales, hautes de six mètres environ, encerclant un arbre. L’écorce est, bien entendu, en bronze, mais l’arbre est naturel:  formidable réflexion sur le vivant et l’artificiel! L’ensemble du Palazzo Royale fait penser à Versailles avec se murs de brique et et de pierre, et ses intérieurs majestueux, comme la chapelle ou cette  galerie de cinquante mètres d’environ huit mètres de haut, avec onze portes-fenêtres de chaque côté, en alternance: une grande et plus large surmontée d’un œil de boeuf, et une plus petite  et plus étroite, dans un ordre et un équilibre parfait.
   Le plafond est en stuc gris et blanc avec un motif central. A chacun des bouts de la galerie, dont le sol est pavé de carrés de marbre vert foncé et blanc, deux grandes portes en bois surmontées d’une demi-coupole, et encadrées chacune de deux colonnes de marbre rose. Un décor de rêve dont on espère qu’il abritera un jour d’autres spectacles.
  Un cinquantaine de chaises devant une longue table en fer disposée en biais près de l’une des fenêtres et deux chaises droites aussi en fer à chaque bout. Sur la table, des flacons,coupes et assiettes en étain et une corbeille de fruits: une belle nature morte, et par les portes-fenêtres, des projecteurs envoyant une lumière le plus souvent rasante sur les deux danseurs.
  L’argument de Pasto a due est une sombre histoire de la mythologie antique: Thyeste avait séduit Aéropé la femme de son frère Atrée, et il lui demanda d’aller voler la Toison d’or conservée par Atrée; le peuple de Mycènes décida alors que  ce serait Thyeste qui la garderait.. Mais Zeus obligea le Soleil à se lever à l’Ouest, et Atrée à démissionner. Atrée lui succéda  et bannit donc son frère. Il découvrit aussi que Thyeste avait fait l’amour avec Aéropé, mais le fit revenir d’exil,et, sous le prétexte d’un banquet, lui fit servir un plat de viande… provenant du corps de ses deux fils, et, pour faire bonne mesure, les servit aussi à leur père.
 Atrée ensuite se maria, sans le savoir, avec Pélopia,la fille de Thyeste qui avait été violée par lui; elle donna naissance à Egisthe qui tua Atrée sur l’ordre de Thyeste. Le même Egisthe qui assassina le fameux Agammemnon, après lui avoir piqué sa femme Clytemnestre, mais qui fut tué par Oreste. Ouf!
  Bien entendu, cette histoire ici n’est qu’un prétexte : les deux danseurs, pieds nus, en veste et pantalon noir, évoluent dans cette grande galerie, autour et sur la table, se livrant à une lutte fratricide qui fait ici l’objet d’une chorégraphie rigoureuse. C’est un spectacle créé pour l’occasion en collaboration avec des artistes russes qui n’a été joué que deux fois. Les images créées par la Compagnie Zerogrammi sont d’une grande beauté, très épurées, et  semblent parfois sortir d’une gravure,en parfaite adéquation avec ce Salon de Diane aux dimensions imposantes.
  Si vous passez par là, n’hésitez pas, ce Palais Royal construit en 1659 pour servir de pavillon de chasse mais qui fut plusieurs fois modifié,vaut le détour…

Philippe du Vignal

Palais Royal de Venaria, représentation du 16 juillet.

Pan-Pot ou Modérément chantant

Festival Teatro a corte à Turin.

Pan-Pot ou Modérément chantant par le collectif  Petit Travers.

panpotjonglages.png Il sont trois français: Julien Clément, Nicolas Mathis, et Denis Forgeton , auteurs et jongleurs, et  une pianiste interprète, Aline Piboule.Le jonglage, art immémorial déjà connu des Egyptiens de l’Antiquité,  et des Aztèques, a connu, notamment sous l’influence des Américains dans les années 1970, un véritable renouveau, décliné avec de nombreux instruments ( massues, couteaux, boules, etc…), et  à tel point qu’il est enseigné dans de nombreuses écoles de spectacle dont celle du Cirque Plume d’où sortent les deux premiers des trois compères…
  Habillés de pantalons et chemise noire, ils n’utilisent que des boules blanches. Ils travaillent tous ensemble, au début de dos, puis de face, avec des figures classiques: douche à trois, quatre ou cinq balles(si l’on a bien compté mais peut-être même six) comme les colonnes, fontaines, serpent mais avec peu de jonglage de contact. Impressionnant de virtuosité et d’harmonie, leur travail est d’une redoutable précision.
Mais ces trois jongleurs ont eu aussi l’idée géniale de marier leur grand savoir-faire à celui d’une jeune pianiste qui ne les quitte pas des yeux et qui  joue avec eux, pourrait-on dire, Bach, Mozart, Beethoven, Litz… Il ne s’agit pas d’un accompagnement mais d’une véritable osmose entre le parcours des ces balles, magnifiquement éclairées par Arno Veyrat, qui passent et repassent  entres les six mains, au rythme exact des mélodies choisies avec beaucoup d’intelligence, comme si elle devenaient des objets autonomes. Et l’on perçoit alors une toute autre dimension de l’art de jongler…
Y compris, souvenir de Kantor? Quand ils viennent avec un mannequin, copie conforme de l’un d’entre eux.
  Ce qui, bien entendu, représente un immense travail en commun, et  une maîtrise du corps absolue.Et quand l’un d’eux  fait rouler une boule sur scène, elle arrive à l’endroit précis où son partenaire, d’un geste presque nonchalant, se baisse pour la ramasser, la renvoyer au troisième qui la renvoie avec deux autres boules  au premier, ou quelque chose comme cela. . Un œil humain, même exercé, a quelque mal à suivre cette cascade ininterrompue. Et quand, à la fin, ils arrivent avec plusieurs paniers pleins de boules blanches qu’ils lancent par dizaines, et qui semblent happées par un immense aspirateur, on entre alors dans un autre monde. Il y a alors comme de la magie dans l’air; « Objets inanimés, avez-vous donc une âme », écrivait déjà Baudelaire.
  Un petit souhait, du Vignal? Oui, il faudrait ôter une fausse fin qui casse un peu le rythme et passer tout de suite à la vraie, si forte qu’elle se suffirait à elle-même. En tout cas, un spectacle aussi original que dense, qui fait un bien fou… et qui a été très longuement applaudi.
Si   Pan-Pot ou modérément chantant passe près de chez vous, n’hésitez pas, vous passerez tous, soixante minutes de vrai bonheur.

Philippe du Vignal

# 4 Moscow

Festival Teatro a Corte de Turin.

# 4 Moscow par le Collectif Berlin, projet de Bart Baele, Yves Degryse et Caroline Roschlitz.

Le collectif artistique Berlin, comme son nom ne l’indique pas, est belge et est en résidence au centre de Stuk à Louvain; après avoir créé #2 lqaluit et # Bonanza, sorte de plongée dans un monde inconnu de leur public, que ce soit chez les Inuit ou dans un petit hameau du Colorado comme Bonanza, spectacles déjà présentés aux deux dernières éditions du Festival Teatro a Corte. Le nouvel opus du collectif Moscou pose selon lui la question de savoir si Moscou est un  cirque…cCest la question qui ne cesse, disent-ils,  de les hanter et  qui revient comme un leit-motiv dans le spectacle. Nous entrons dans un petit chapiteau créé pour l’occasion (rouge, disent-ils, comme un nez du clown de cirque fumant dehors que l’on voit sur une des séquences.
Pas de banquettes, le public est prié de rester debout pendant une heure! Il y a six petits écrans  où sont projetés les vidéos réalisées en 2007, que l’on peut déplacer de haut en bas, et un qui circule en rond autour du chapiteau. Soit un parallèle entre identité sociale et identité collective par le biais de courts reportages de moscovites, des puissants aux plus humbles. On se balade sur la place Rouge ou en dessous avec des égoutiers, au marché aux puces dans un terrain vague; la plupart des gens qui parlent déplorent la misère de la ville, où il est impossible de se loger si l’on n’est pas d’une famille moscovite.   On pénètre dans les petits appartements, on assiste à des manifestations de revendication anti et pro-Poutine sur la Place Rouge avec des images en accéléré ou en marche arrière, vieux gag que personne n’ose encore employer. Une vieille dame mendie, et peu de temps avant, une grande limousine rose passe.dans la rue.  Cela a souvent de faux airs du fameux documentaire belge StripTease…
Mais, en fait, l’extrême misère comme l’extrême  richesse, et l’injustice sociale ne sont vraiment suggérées que dans les entretiens avec les moscovites qui,résignés, acceptent d’en parler.   Les images se révèlent assez banales et la parole ne libère que des choses que l’on sait déjà sans que l’on entende jamais une analyse un peu pointue. Cela ne dépasse pas souvent les propos de bistrot. Bref, rien de très passionnant ou d’un peu virulent sur le plan politique.  Il y a sur un petit praticable avec un orchestre (piano, viole et violon, et violoncelle; la musique ayant été composée  sur place à Moscou et destinée à être jouée en public en relation avec les images qui défilent sous nos yeux.
On ressort de là bien déçu, sans  doute parce que ce bricolage électronique de grande qualité a quelque chose d’hybride-entre le documentaire et la performance, et l’audition d’un petit orchestre-et ne fonctionne pas bien.Et quand le collectif Berlin nous parle de provocation, on a quelque raison d’être sceptique devant cet ovni qui correspondrait à une méthode de travail dont le maître mot serait l’interdisciplinarité. On veut bien mais, à ce # 4 Moscow, bien sage et bien comme il faut, même quand il se pare des derniers atours technologiques, il manque une âme…

Philippe du Vignal

Entretien avec Giulia Lazzarini

giulialazzarini.jpgEntretien avec Giulia Lazzarini.

 

 Ce fut l’une des grandes comédiennes de Giorgio Strehler, metteur en scène exceptionnel et directeur du Piccolo Teatro de Milan qui la fit jouer souvent: entre autres dans Les Géants de la Montagne de Pirandello , Il Campiello de Goldoni, Le Roi Lear, La Cerisaie, l’Opéra de Quat’ sous, et cette très fameuse Tempête où elle fut l’interprète d’Ariel, Tempête qu’elle retrouve aujourd’hui dans Remake de Myriam Tanant, spectacle qui vient d’être créé au Festival Teatro a Corte de Turin (voir article du Théâtre du Blog) et où elle est tout fait remarquable.

- Comment est né cette idée de Remake où plus de trente après, vous êtes sur scène confrontée par le biais du film, au personnage d’Ariel? 

- Vous savez bien sûr que Myriam Tanant avait travaillé avec Giorgio Strehler quand il dirigeait l’Odéon-Théâtre de l’Europe,  et nous nous étions souvent rencontrées, quand Myriam Tanant venait à l’Université de Milan rejoindre ce groupe d’intellectuels et d’artistes créé autour de Strehler et  qui a perduré après sa mort brutale, en 97, il y a déjà treize ans. Et elle m’a proposé de travailler sur un spectacle qui évoquerait cette fameuse Tempête et sur ce que peut être le travail d’une comédienne ans la situation difficile où se trouvait l’Italie,comme vous l’expliquez bien dans votre article.
  1978, c’était le temps des brigades rouges, de l’horrible assassinat d’Aldo Moro. Ce fut une période très dure pour tout le Piccolo Teatro et Giorgio en a beaucoup souffert, et quand Prospéro, à la fin, casse sa baguette, on peut y voir aussi comme un témoignage de la condition du théâtre italien de l’époque. Tristesse et désillusion de voir son message à lui n’avait pas été reconnu… Strehler, le créateur de nombres de mises en scène sublimes était aussi quelqu’un de fragile, et il s’est aperçu à cette occasion qu’il n’avait pas que des amis!
Il ne voulait même pas voir la vidéo que son assistant-Carlo, mon mari aujourd’hui décédé- avait réalisée.
  Et le soir où le film est passé à la télévision, nous étions tous les deux à le regarder avec Carlo. Le téléphone sonne; je répond. « Ici, Giorgio, tu me passes Carlo,et nous avions un peu peur de sa réaction, parce qu’il refusait catégoriquement de voir ses spectacles, même le soir de la première. Il avait trop peur. Mais ce soir là, il dit à Carlo:  » Cest une chose merveilleuse à partager ». Et, quand il devait jouer, je n’ai jamais vu un comédien avoir autant le trac, et il m’ a même demandé,  pour une lecture d’extraits de Faust, de jouer finalement, en plus du rôle de Marguerite, celui du Docteur Faust. » Toutes les comédiennes rêveraient de le faire, m’a-t–il dit , et je l’ai donc fait…

 

- Il me semble connaître déjà la réponse mais je vous pose la question: que se passe-t-il pour vous comédienne sur scène , quand les sublimes images ne noir et blanc, au graphisme épuré, de l’Ariel que vous étiez dans les airs, commencent à défiler?

 

- Vous avez bien compris; cela a été un grand choc émotionnel; j’avais 44 ans, je volais en l’air avec la grande complicité du machiniste qui tirait les fils. Mais, en me revoyant dans cet Ariel qui arrive en volant  dans les bras de Prospéro, même si je le savais mais ce n’est pas la même chose- j’ai pris conscience que je ne pouvais plus et que je pourrais plus jamais jouer ce rôle… Ce fut une des saisons formidables de ma vie: La tempête a été jouée un peu partout de 78 à 84, même aux Etats-Unis à New York comme à Los Angeles, mais, maintenant pour moi, c’est la saison où l’on peut encore jouer, bien sûr, mais les pieds sur scène…

 - Que jouez-vous actuellement?

 Je viens de finir une tournée avec Rosita la célibataire que  Garcia Lorca écrivit et créa en 35 et que Luis Pasqual a monté avec le Piccolo, et puis je vais jouer à la rentrée ce Remake au théâtre Astra de Turin où il vient d’être créé puis à Gênes, Brescia et chez vous à Gap cet hiver. Je joue aussi dans le  film de Jordana sur l’attentat qui eut lieu en 69 dans la Banca dell’ Agricultura en plein cœur de Milan qui fit dix morts et une centaine de blessés. Pinelli, cheminot anarchiste fut accusé mais fit une chute mortelle d’une fenêtre du commissariat. Je joue la mère de Pinelli dans le film. Calabresi, le chef commissaire, fut soupçonné de ce crime; finalement relaxé, il sera assassiné deux ans plus tard. Et le mystère de cet attentat attribué en fait aux milieux d’extrême droite infiltré par des agents américains de la CIA  ne fut jamais résolu…

 - Quelle relation avez-vous avec le théâtre contemporain?

 - Je n’aime que le théâtre qui a quelque chose à dire comme au Teatro Vale à Rome où fut créé Six personnages .. de Pirandello, et qui est occupé depuis deux mois par des artistes qui y dorment parfois. J’admire cette nouvelle génération d’acteurs qui ont une volonté politique. C’est déjà une bataille de gagnée quand on réussit à poser la question. Comme, par exemple, le scandale de la nomination de Luca de Frisco à la tête du Teatro Stabile de Naples, visiblement protégé par le sous-secrétaire d’Etat Janni Letta. Il y aurait encore beaucoup à dire sur les barbares italiens qui vont arriver à détruire le théâtre italien.
Tout s’est beaucoup fragilisé, et il n’y a plus la possibilité de dire grand chose, même si on ne peut pas vraiment parler d’auto-censure. Ni même de censure, comme ce fut le cas dans années 60,  quand l’église catholique arrivait à faire interdire par la démocratie chrétienne au pouvoir, Le Vicaire, une tragédie chrétienne, créée en 53 par Piscator en Allemagne, où l’auteur accuse Pie XII de complicité dans  l’extermination des Juifs par les nazis.
Mais maintenant l’église catholique a déjà fort à faire pour se censurer elle-même! Elle s’en tient toujours  aux règles du passé et n’a toujours pas compris- avortement, mariage, euthanasie-que le monde avait  bien changé…

- Que faites-vous à Milan quand vous ne répétez ni ne jouez?

-  Mon mari est décédé, beaucoup d’amis ont aussi disparu mais enfin il m’en reste. J’ai le bonheur d’avoir une famille, ma fille habite Londres où je vais souvent; je vais aussi au théâtre comme spectatrice mais je suis plus indulgente que dans mon travail personnel que ce soit sur scène ou sur un plateau de cinéma. Et puis, je donne de temps en temps des stages à de jeunes comédiens en Italie ou à la Cartoucherie de Vincennes, par exemple, sur Il Campiello de Goldoni;  à la fin de ce  stage, ces jeunes garçons et filles avaient quelque chose de vénitien, et avaient acquis la musicalité de la langue italienne, même quand ils travaillaient en français… J’aime vraiment beaucoup transmettre et j’ai enseigné aussi à l’école du Piccolo; je crois que c’est vraiment très bon pour un comédien de jouer et d’enseigner. On reçoit beaucoup en transmettant, et, réussir à expliquer quelque chose à un autre, c’est réussir à l’expliquer à soi-même.

- Merci beaucoup, Giulia. Merci aussi pour son aide précieuse à Beppe Navello, directeur du Festival Teatro a Corte

 

Philippe du Vignal

 

 

 

 

Sun

Festival d’Avignon.

 

Sun, texte et mise en scène de Cyril Teste, collaboration artistique de Joël Jouanneau et Servane Ducorps.

 

Le 1er janvier 2009, à Hanovre, un garçon  et une fille de six et sept ans, appartenant à une famille recomposée, considèrent qu’il s’aiment, et à l’aube, s’en vont à l’aéroport pour aller en Afrique se marier. C’est de cette histoire étonnante que  Cyril Teste et le collectif MxM se sont inspirés pour construire ce spectacle qui est en fait davantage un très beau poème visuel. Dans sun.jpg Cyril Teste parlait déjà des interrogations des enfants  , puisque  l’un d’eux se trouvait confronté à la disparition de son père.  » Nous avions questionné des enfants, dit-il, pour connaître leur utopie, leur relation au monde, car une fois devenus adultes, nous oublions un peu ce que c’est que d’être enfant ».
Sun est en fait le premier texte que Cyril Teste écrit lui-même pour la scène mais c’est la base d’une écriture totale, puisque l’auteur/metteur en scène travaille avec toute une équipe de comédiens, scénographe compositeur, vidéaste, éclairagiste, cadreur. Comme pour ses précédents spectacles (voir le Théâtre du Blog).
Les projections de lignes graphiques et d’images, d’une très grande rigueur, deviennent vite magiques, et l’image ne donne jamais l’illusion de quelque chose mais nous renvoie au texte et/ou l’amplifie. On sait combine la vidéo est un piège où tombent nombre de jeunes-et moins jeunes- metteurs en scène, tout contents de faire joujou avec une caméra pour privilégier un moment ou un autre de leur spectacle.
Ici, rien de cela: le texte est en étroite symbiose avec les images, et ce qui fait toute la force de la proposition de Cyril Teste qui est aussi d’une  grande beauté plastique,  et l’on est vite entraîné dans cette incroyable aventure de ces deux enfants, tous les deux formidables de présence et de vérité sur scène: Matteo Eustachon, 11 ans et Zina-Lucia Méziat 10 ans. Cela a été d’autant plus émouvant pour nous que nous connaissons un peu Zina , fille et petite fille de comédiens, qui, à neuf ans, avait déjà élaboré un petit spectacle indien à l’occasion d’un anniversaire…
Cyril Teste a concrétisé en une heure quinze  le temps qui s’est écoulé entre le moment où les deux enfants ont décidé de partir et leur départ réel. Et cela donne un très beau travail, une sorte de conte sur la relation au monde que peuvent avoir des enfants qui vont très vite devenir des adolescents. Mais comment ne pas être ému par leur regard, mais aussi leur espièglerie,  et l’espèce de magnétisme qui semble les unir. Il y a là une fragilité et une beauté des sentiments et comme un arrêt sur image du temps que Cyril Teste a su capter avec beaucoup de sensibilité et de savoir-faire, ce qui n’est pas incompatible.
Le spectacle est fini en Avignon mais va tourner; s’il passe près de chez vous, ne le ratez pas: c’est une des rares bonnes surprises de ce festival, loin, très loin du bluff et de la prétention de cet avatar d’Hamlet proposé par Vincent Macaigne…

 

Philippe du Vignal

 

Salle Benoît XII. 

 

Ensuite le 7 octobre à Cavaillon; les 13 et 14 octobre à Vélizy-Villacoublay, le 20 octobre à Tarbes; les 16 et 17 novembre à la Cité Internationale à paris; le 29 novembre à Maubeuge; le 3 février à Saint Médard-en-Jales/Blanquefort et du 9 au 18 février au Centquatre à Paris.

La Star des oublis

La Star des oublis d‘Ivane Daoudi mise en scène de Jean-Damien Barbin

 

.Ivane Daoudi est un auteur dont le nom ne dit rien aux jeunes générations. Elle avait écrit une dizaine de pièces,  (qui ne furent pas beaucoup jouées mais dont l’une pourtant Le Chant du départ  fut montée au Théâtre de la Ville par Jean-Pierre Vincent),  avant de disparaître en 1994 à 48 ans.  Elle écrivit aussi pour le cinéma et la télévision.Jean-Damien Barbin met en scène cette Star des oublis autrefois mise en scène  aussi par Hélène Vincent. Il s’agit de deux jeunes femmes assises dans un cinéma après la projection de Shangai Express de Joseph Von Sternberg; elle sont seules dans le noir. Il semble qu’elles ne se connaissent pas mais elles sont très vite comme aimantées l’une par l’autre. Elles sont profondément seules, c’est sans doute ce qui les réunit  aussitôt, et  rêvent de partir pour un ailleurs, pour un voyage de rêve- lequel elles ne le savent pas trop- mais un ailleurs qui passe aussi par la séduction immédiate  des corps.
Ada est violente
photostardesoublis1.jpg et dure,  profondément séductrice jusqu’à la perversion, et Cherry affiche le désir infini de se laisser séduire, même si elle sait probablement qu’elle en sera la victime consentante. Cela se passe dans une chambre d’ hôtel juste figurée par un praticable où l’on accède par un escalier de quelques marches qui se déploient et par un grand éventail de plastique rouge dans le fond. Juste ce qu’il faut pour évoquer cet univers glauque où elle sont plongées toutes les deux. dans ce cas, plus la passion se développe, plus règne l’envie irrésistible de tuer l’autre comme suprême accomplissement du destin. Aucune autre issue, on le pressent,  une fois leur passion amoureuse portée au zéntih et consommée. Ce qui évidemment ne tardera pas…
Jean-Damien Barbin-par ailleurs professeur au Conservatoire a dirigé ses deux comédiennes à leur demande  avec une maîtrise et une précision remarquable, jusque dans les silences..En évacuant tout réalisme, et c’est bien ainsi. Daphné Barbin et Alexandra Cahen ont une présence scénique indéniable et sont parvenues à rendre crédible cette rencontre amoureuse qui tournera au meurtre qui tient presque d’ un rituel. Il faut évidemment être sensible à l’univers d’Ivane Daoudi, ce que nous ne sommes pas beaucoup.  Reste un travail d’interprétation et de mise en scène de grande qualité assez rare dans le off pour être signalé.

Philippe du Vignal

Théâtre La Luna à 12h 35,  1 rue Séverine jusqu’au 31 juillet.

Le Suicidé


Le Suicidé
de Nicolaï Erdmann, mise en scène de Patrick Pineau.

Nicolaï Erdmann est un écrivain russe  (1902-1970) qui connut un grand succès avec Le mandat mais sa seconde pièce Le Sucidé, malgré le soutien de Meyerhold et de Boulgakov fut interdite quelques jours avant la première sur ordre du pouvoir stalinien. Erdman fut condamné à l’exil et ne vit jamais sa pièce représentée; c’était une satire virulente contre le régime soviétique qui tient à la fois de la farce et de la comédie…
C’est l’histoire de Semion Semionovitch qui a, une nuit une petite fringale, et veut manger un peu de saucisson de foie et éviter une scène de ménage.Il est en effet au chômage et culpabilise que ce soit sa femme, Maria Loukaniova qui le nourrisse. Mais  Maria  et sa mère pensent qu’il est dépressif et au bord du suicide. Elles vont donc rameuter  son voisin et ses amis pour le retrouver et l’empêcher de passer à l’acte et lui, petit homme assez falot, va tout d’un coup se retrouver au centre de l’attention de son entourage. La formidable machine  s’enclenche alors et Sémione pense alors qu’il vaut mieux qu’il disparaisse de façon à pouvoir continuer à exister aux yeux des autres.
Quand tout le monde le croira mort à la suite d’une mémorable cuite à la vodka, le voilà qui surgira de son cercueil au grand effroi de ses proches. Le texte est plein de trouvailles savoureuses du genre:  » Ce qu’un vivant tait, seul un mort peut le dire » ou « Plus que jamais, nous avons besoin de défunts idéologiques ». » On s’accoutume et pan! Le socialisme arrive! « . « Je regarde Paris d’un point de vue marxiste ».
Et l’on voit Sémione appeller le Kremlin avec cette phrase que n’aurait pas désavoué Pierre Dac:  » Quand un colosse appelle un colosse » et il déclare tout de go: « Eh! Bien oui, Marx ne m’a pas plu  » Il y a aussi nombre de parodies de  discours pontifiants: aucun doute là-dessus:  Erdmann,  comme Gogol qu’il admirait beaucoup, savait observer et écrire des dialogues à la fois absurdes et du plus haut comique, où il montre la vie des humbles pris dans un tourbillon personnel et politique dont ils n’arrivent pas à sortir. Les dialogues sont d’une écriture très précise et parfois cinglante qui peuvent devenir un délice pour une bande de comédiens  comme celle que Pineau a entraînés dans ses aventures depuis une bonne dizaine d’années: entre autres Anne Alvaro, Syvie Orcier, Aline Le Berre , Hervé Briaux…
Reste à savoir comment monter ce Suicidé  aujourd’hui quelque 80 ans après qu’Erdmann ait écrit la pièce. Patrick Pineau qui joue le rôle-titre avec bonheur, l’a mise en scène un peu comme une farce délirante, ce qui semble juste.Le spectacle a du mal à démarrer et à trouver son rythme exact, sans doute à cause de la scénographie de Sylvie Orcier. Côté jardin de cette immense carrière: splendide lieu-culte du festival depuis la création du Mahabharata par Brook, un grand mur gris sinistre surmonté de lampadaires fluo blanc évoque très bien cette société dure et sans grande perspective d’avenir pour l’individu embrigadé de force dans le grand rêve socialiste.
Au milieu de la carrière, il y a  des sortes de blockhaus gris qui vont se révéler être de  toutes petites pièces: la chambre de  Sémionov au papier peint vieillot et,  juste à côté, le ridicule salon de son voisin où se jouent une bonne partie de l’action.
Mais il y a une singulière disproportion- sans doute voulue par Sylvie Orcier qui a aussi assuré la scénographie- entre l’espace de jeu possible et celui où l’on joue réellement; l’on se demande ce que le public perché en haut des gradins de l’autre côté peut bien voir… Patrick Pineau a-t-il vraiment demandé à travailler dans cette carrière? Mais, ce n’était, en tout cas, pas l’idée du siècle en ce qui concerne les scènes d’intérieur. Pour les deux derniers actes avec notamment les scènes d’enterrement, jouer dans ce grand espace prend alors tout son sens, et le cortège  derrière le cercueil avec un prêtre (excellent Louis Beyler) qui se dandine en balançant son encensoir est une belle trouvaille. Et l’on sent que les vingt comédiens et musiciens ont un réel plaisir à jouer et à faire de la musique ensemble.
Alors à voir? A vous de voir…On est un peu déçu mais c’était inévitable: la pièce n’est pas vraiment faite pour un endroit aussi magique mais terriblement contraignant, et  le spectacle ne pourra  prendre tout son sens que sur une scène de théâtre…

Philippe du Vignal

Carrière Boulbon ( avec navette devant la Poste jusqu’au 15 juillet).
Ensuite à partir du 17 novembre: à Bourges, Chambéry, Lausanne, Grenoble, Villefranche, Bobigny, Sénart, Châtenay-Malabry, Evry, Tremblay-en-France, Le Havre, Lille, Lyon, Nantes, Perpignan, Miramas et Châteauvallon.


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La paranoïa

Festival d’Avignon

La Paranoïa de Rafael Spregelburd, traduction de  Marcial Di Fonzo Bo et Guillermo Pisani, mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo
paranoia.jpgLa pièce est le sixième volet de ce que  l’auteur nomme son Heptalogie; c’est une sorte de comédie où la science-fiction a la part belle, c’est à dire qu’on est transporté dans quelques millénaires,avec ce que cela peut comporter d’inquiétude métaphysique. Mais il y a aussi un faux vrai polar; l’action toute entière a lieu sur un plateau tournant, dont les châssis qui le ferment, servent aussi à la projection de courtes séquences filmées qui s’intègrent à l’action scénique.
C’est souvent assez drôle et Marcila Di Fonzo Bo  fait flèche de tout bois, tournant certaines de ces séquences dans le sous-foyer et le très long escalier roulant du Théâtre national de  Chaillot, le premier à avoir été installé dans un théâtre français…
Le point de départ du scénario est simple: quelques personnes sont obligées par des extra-terrestres qui les dominent complètement de leur offrir une œuvre de fiction dont ils se disent dépourvus, puisque seule la planète Terre est le seul fournisseur possible. Les pauvres terriens n’ont aucun choix possible puisque, sinon, ces méchants dominateurs détruiront leur planète.
Mais Rafael Spregelburd traite cette fable avec beaucoup d’humour: les petites scènes se succèdent à toute vitesse, sans que l’on s’y retrouve toujours bien, le délire et le non-sens étant au rendez-vous
mais qu’importe,  et il entremêle, avec une habileté et un sens de la parodie remarquables, la fiction dans la réalité, ou la fiction dans la fiction. Les phrases absurdes se succèdent et Spregelburd emmène le public vers une réflexion sur le théâtre. C’est une sorte de jeu intellectuel brillant dont Marcial Di Fonzo Bo  se régale avec gourmandise. Mais l’auteur tire un peu à la ligne  comme souvent quand il s’agit d’univers parodique, et on se dit que  le metteur en scène qui dirige superbement ses comédiens, aurait pu écourter un peu ces deux heures quinze qui pèsent un peu sur la fin.
Alors à voir? Oui,pourquoi pas, mais sans vous attendre cependant à quelque chose d’exceptionnel.

 

Philippe du Vignal

Salle de spectacle de Védène: encore, le 14 à 22 heures et le 13 et 15 à 14 h 30. Navette juste à gauche à l’intérieur des remparts en regardant la gare.

Le texte est publié chez L’Arche Editeur.

Au moins j’aurais laissé un beau cadavre

aumoins.jpgFestival d’Avignon

 

Au moins j’aurais laissé un beau cadavre, d’après Hamlet de Shakespeare, adaptation, mise en scène, conception visuelle et scénographique de Vincent Macaigne. 

 

Vincent Macaigne avait déjà commis un Idiot d’après Dostoievski en mars 2009 au Théâtre national de Chaillot ( voir le Théâtre du Blog); le jeune metteur en scène s’était fait remarquer par une utilisation massive de pseudo-sang, peinture et vrombissements électroniques insupportables à l’oreille humaine.
Cette fois-ci, Macaigne  a « adapté » comme il dit, la pièce culte du théâtre occidental.   Cela se passe dans le mythique Cloître des Carmes qui accueillit l’an passé la grande Angelica Liddell avec son formidable spectacle La Maison de la force, révélation du dernier Festival. « Animé, nous dit la feuille programme, par la farouche volonté de faire entendre la voix du théâtre dans un monde en crise, le comédien Vincent Macaigne est devenu metteur en scène pour s’exprimer sur un plateau transformé en champ de bataille des corps et des idées » (sic) avec « une débauche d’artifices revendiqués et magnifiés » (sic).
Pas prétentieux pour un centime d’euro, le Macaigne! Mais au fait, que voit-on sur ce plateau des Carmes? En fond de scène, quelques drapeaux  danois  et français, des distributeurs de boissons et des réfrigérateurs, des trophées de chasse accrochés aux murs, une longue table nappée de blanc avec des coupes de fruits et des bouteilles. Côté jardin, une sorte d’harmonium blanc auréolé de guirlandes lumineuses. Côté cour, une vitrine avec un squelette humain, et une autre plus basse, remplie de crucifix,petites statues de saintes vierges, tableaux religieux, etc… Sur une pelouse en mauvais état, une grande bâche blanche chiffonnée, et en bord de scène, une tombe avec une croix, pleine d’une eau boueuse rougeâtre où surnage le corps du papa d’Hamlet. Il y a aussi deux  couronnes mortuaires et de gros bouquets de fleurs artificielles. Et des vapeurs d’encens d’église. Sur le dessus du cloître, que les comédiens rejoignent par une escalier métallique en spirale,une sorte de grand préfabriqué blanc rempli de vieux cartons en vrac, doté de grandes baies vitrées avec stores coulissants. Aucun doute: quand on entre  dans le cloître, tout ce fatras kitsch , pourrait être rangé dans la catégorie « installations », et figurer dans quelque musée d’art contemporain.
Ce que l’on voit ensuite est plutôt pathétique, et dans la droite ligne d’Idiot. On invite  les spectateurs qui arrivent à monter sur scène pour danser et chanter, histoire de se les concilier? Comme dans un club de vacances! Le ton est donné, dans le style facile et racoleur:  les huit acteurs se débrouillent comme ils peuvent mais, reconnaissons-le, plutôt pas mal,  même quand Macaigne, qui doit penser naïvement que c’est tout nouveau et provocant,  les fait jouer nus, pour donner vie à ce texte, inspiré par celui de Saxo Gramaticus, le premier auteur de cette chronique danoise du 12 ème siècle, vite et mal écrit, et agrémenté  de courts extraits d’Hamlet.
Mais  ce bricolage est   d’une rare vacuité (Macaigne au moins ne se fait pas trop d’illusions sur ses qualités) et se complaît dans la parodie, l’anachronisme vulgaire , et le « théâtre dans le théâtre » le plus facile, du genre engueulade avec les techniciens auquel personne ne peut croire un instant: « Tu fermes ta gueule tout de suite, c’est mon texte », ou conseil aux comédiens: « Sois précis:ils ont payé 27 euros ». Ah! Ah! Ah!… Et il faudrait compter le nombre de fois où les personnages disent merde. Evidemment laminés, ils  ne sont plus que des avatars de ceux de la célèbre pièce.
Bien entendu, tous tombent, retombent à un moment ou à un autre dans la tombe, y pataugent et en ressortent pleins de boue, habillés ou nus. Même si Jacques Livchine ( voir commentaire) qui dit s’ennuyer à tant de spectacles de l’institution théâtrale, trouve cela génial….Il nous permettra de n’être pas du même avis.Il y a aussi pour ceux nombreux parmi nos lecteurs que cela intéresse, de nombreux jets automatiques de serpentins.
Les acteurs courent sans arrêt dans les gradins, et Macaigne a fait d’Ophélie  une  demeurée, et  d’Hamlet un  pauvre benêt: l’excellent comédien Pascal Réneric essaye de lui donner une consistance et monte aux créneaux pour remplir le vide abyssal de cette mise en scène qui n’échappe à aucun stéréotype du théâtre contemporain; bien entendu, on a  droit à de la musique d’opéra, à une découpe de métal à la tronçonneuse,  et à des jets de  bouteilles de faux sang prises dans des petites caissettes, (merci M. Brecht!), histoire de faire bien comprendre à ce demeuré de public- dont le premier rang est protégé par des plastiques bleus- que l’on est bien au théâtre, et pas dans la vie réelle.
Vous avez dit lourdingue? Le théâtre a-t-il besoin de cette débauche de moyens? Au fait, combien de fongible par soir, M. Macaigne?   Il y a quand même un beau moment, mais qui, là aussi, appartient davantage à une installation: on gonfle dans le noir, la grande bâche blanche qui se déplisse lentement et un château médiéval surgit, château dont le sol sera bientôt inondé de jets de sang…Le public applaudit comme à un tour de magie.
A la fin-encore un symbole?-les personnages couverts de sang  se tassent les uns contre les autres dans un grand aquarium, ce qui donne une belle image comme l’est aussi ce tas de détritus et de vieux cartons jetés par les baies du praticable, et couvert de brume…Le spectacle tient quand même  de la mauvaise bande dessinée pipi/caca/boudin, même si Macaigne réussit  à en maîtriser à peu près le rythme. Cela dit, après quatre heures, on sort de là mal nourri, déçu et étonné que ce  spectacle, complaisant, peu exigeant et qui, à lire Macaigne, a quand même de sérieuses prétentions, ait pu être accueilli au Festival. Saluons quand même le travail des comédiens sur le plateau (Thibault Lacroix qui faisait partie d’ Idiot a préféré partir et on le comprend) mais aussi des techniciens qui doivent refaire la mise pour le lendemain et nettoyer les costumes.
Au moins, Macaigne aura fourni du travail aux intermittents et les Assedic peuvent lui en être reconnaissantes! Pour le reste, autant en emporte le vent… Tout le monde n’est pas Angelica Liddell…   Et le public?  Une petite partie des spectateurs-et le plus souvent des jeunes gens- lasse de ces effets à répétition, a vite déserté, ce qui est rassurant, et le reste du public est resté jusqu’au bout, mais a applaudi mollement.
Logique: le petit magasin Macaigne, fondé sur l’énergie de jeunes comédiens et la provocation facile, a ses limites. Cela dit Macaigne sait faire les choses et pourrait très bien  quand il se sera un peu calmé et aura viré sa cuti, diriger une revue de music-hall mais très franchement, ce spectacle ne laissera pas une trace indélébile dans le théâtre contemporain.
Enfin, si le cœur vous en dit!

Philippe du Vignal

Cloître des Carmes jusqu’au 19 juillet (sauf le 14).

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