Sacrifices

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Sacrifices, un solo de Nouara Naghouche,  co-écrit et mise en scène par Pierre Guillois.

 Noura Naghouche est une jeune femme qui a créé son premier solo Nous avons tous la même histoire, mise en scène par Barbara Boichot il y a déjà dix ans qu’elle avait présenté  à Colmar, Strasbourg et Paris. Elle est aussi comédienne et a joué dans plusieurs spectacles à Colmar  avec Pierre Guillois, metteur en scène reconnu et depuis 2005, directeur du fameux Théâtre du Peuple de Bussang, construit en bois,  dont le fond de scène, idée géniale, peut  s’ouvrir sur la forêt vosgienne. Construit  en  pleine nature par Maurice  Pottecher, en 1895, qui fut enterré là,  il a été  classé monument historique et accueille chaque été des milliers de spectateurs; si vous passez par là, faites un détour, il est possible de le visiter sur simple réservation ( voir le site) , vous ne le regretterez pas.
 Une fois les présentations faites,fermons la parenthèse et  revenons au solo de Nouara Naghouche. « Sacrifices, dit Noura Naghouche, c’est mon engagement en tant que femme vis- à -vis des femmes  de toutes les couches sociales, maghrébines ou autres, desquelles on exige beaucoup trop de sacrifices, comme si c’était normal. Je parle de la femme, de tout ce qu’elle subit. C’est un cri du coeur. J’avais envie avec ce spectacle de me mettre à nu et de dénoncer une forme d’injustice qui sévit au quotidien. »
 Nouara Naghouche est originaire d’un quartier pauvre de Colmar, où le racisme et l’exclusion sont justement vécus au quotidien; elle est alsacienne, c’est sûr,  et quand même  algérienne, c’est sûr aussi ; elle peut imiter un Français teinté d’un lourd accent alsacien, revenir au parler parisien et continuer en arabe, sans la moindre difficulté.

  Elle a visiblement des comptes à régler avec la famille algérienne, où, dit-elle, la femme a le beau rôle, à condition qu’elle fasse la cuisine sans jamais  se rebeller , qu’elle accepte de se faire tabasser par un époux beurré et qu’en gros, elle obéisse aux mâles brutaux  de la tribu, qu’il s’agisse de choix d’époux, de liberté sexuelle ou de liberté tout court. Et elle  y va sec,  sans hésiter  sur le choix des mots: « Je fais la machine à écarter les jambes et mon plaisir à moi, il est où? « .   » On se fait une touffe près d’un couscous »,

   Mais elle a aussi  quelques petits autres comptes  à régler avec l’Ordre français représenté par les vigiles des grandes surfaces… qu’elle ne ménage guère. Mais les personnages qu’elle incarne sont surtout des femmes, comme Zoubida qui écoute sans cesse les chansons rétro de Radio Nostalgie, en préparant son couscous , de Marguerite  qui doit bien aimer M. Le Pen, et qui traduit R.M.I. par Revenu Minimum Islamiste,  ou de Marie-France avec laquelle elle va en boîte. C’est drôle ,parce qu’elle ne triche jamais et qu’elle est impressionnante de vérité dans son simple survêtement bleu.
 Nouara Naghouche a quelque chose de Guy Bedos conjugué au féminin et de Valérie Lemercier ; elle est tout de suite  sympathique et a une sacrée présence, même  si  son humour est du genre tranchant, souvent teinté  d’un cynisme bien trempé. Mais ,comme elle a un immense savoir-faire, une impeccable diction sauf à quelques rares moments où elle boule son  texte, et une gestuelle de tout premier ordre, la vérité (parfois caricaturale ) passe bien , et cela dès le premier instant où elle  arrive sur scène, même si c’est parfois facile et un peu racoleur.
  Mais quel talent de conteuse! Quelle habileté à passer d’un personnage à l’autre: de  l’alsacienne donneuse de leçons  à l’accent à couper au couteau, à la mère de famille algérienne. Quel contact avec le public, qu’elle emmène là où elle veut! Il  faut la voir soutirer  un porte-monnaie, puis un portable et même une carte bleue avec un culot monstrueux, et quand elle demande aussi le numéro de code, c’est évidemment le fou rire dans la salle. D’autant plus que Pierre Guillois l’a dirigée au plus juste, et a sans doute veillé à l’arrêter là où il faut.

  La petite revendication féministe de la fin accompagnée au piano est sans doute un peu de trop: on avait compris ses colères et ses frustrations, et ce n’était pas la peine de rajouter une cuiller de harissa à un plat déjà pimenté. Le spectacle dure une heure, c’est drôle sans être jamais vulgaire,  et  le temps passe très vite . Après deux heures de Nuit d’iguane lundi et deux heures de Casimir et Caroline, mardi ( voir le blog)un peu estoufadou comme on ne dit pas à Colmar, c’est une  pause bien savoureuse…
 A voir, oui absolument, si vous passez  dans le coin, mais, attention,c’est à 18 h30 ; la bande de collégiens  qui était là se sentait très proche de Nouara Naghouche, comme les spectateurs plus âgés qui ne boudaient pas non plus leur plaisir. Alors ,pour une fois que l’on rit vraiment au théâtre, n’hésitez pas.

 

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 11 avril.


Archive de l'auteur

Casimir et Caroline

Casimir et Caroline d’Ödön von Horvath, mis en scène d’Emmanuel Demarcy-Motta.sylvietestud.jpg

Petite piqûre de rappel: né en 1901 à Fiume située alors en Hongrie, romancier et dramaturge de langue allemande,  Ödon von Hörvath  fit des études un peu partout, au gré des postes qu’occupa son père diplomate: Belgrade, Budapest, Munich; européen avant l’heure, il disait: « Je n’ai pas de pays natal et je n’en souffre aucunement ».En 1930, il rencontra Hitler près de Munich et se disputa avec ses proches. Après une pièce La nuit italienne, il reçut le prix Kleist pour Légendes de la Forêt viennoise( 1931) mais, vu ses relations avec le régime nazi, ses livres feront partie de ceux qui furent brûlés.

 Sa pièce Foi, Amour, espérance , interdite de création à Berlin , fut montée à Vienne  mais l’auteur « dégénéré » comprit qu’il valait mieux vite quitter l’Allemagne puis l’Autriche où venait d’être proclamé l’Anschluss. Surtout,  après la parution de son roman pamphlet Jeunesse sans Dieu contre le nazisme. Commença alors un long exil: Budapest, Venise, Trieste, Milan, Prague, Zurich, Amsterdam et enfin Paris chez son amie Vera Liessen .Mais, quand il revint d’un spectacle au Théâtre des Champs-Elysées, une tempête eut la grande gentillesse de lui envoyer une branche de marronnier sur la tête en face du Théâtre Marigny; ainsi disparut subitement à 37 ans, ce merveilleux écrivain sans pays natal….
 Casimir et Caroline, est une pièce écrite en même temps que Légendes de la forêt viennoise, et créée en 1932 à Berlin et comporte plusieurs versions ; c’est une histoire d’amour entre un jeune homme,  chauffeur de son état qui vient de perdre son emploi ( on est à Munich, c’est l’année de la crise économique mondiale et le chômage atteint des records en Allemagne). Pièce populaire comme l’a sous -titré von Horvath,  elle tient un peu du mélo sentimental, de la farce mais aussi de l’opérette avec de nombreuses danses et marches de Johan Strauss, Adolf Scherzer,etc..  des hymnes ( Solag der alte Peter) mais aussi un chanson  de Schubert, sur fond de tempête socio-politique imminente.
 C’est quand même la fête de la bière à mi-septembre : elle se tient depuis  1810 et  rassemble toute la ville, bandes de jeunes garçons et filles , riches hommes d’affaires, magistrats,  gérants de boutiques foraines, marchands de glace et de poulet frit, voleurs à la tire, jeunes personnes prêtes à se prostituer, etc…  Casimir aime Caroline et Caroline aime Casimir mais voilà Casimir vient de perdre son emploi de chauffeur,  et  n’a plus d’argent …  Caroline est jeune; elle  aime bien la fête et la vie comme ses copines et  chacun sait qu’un homme  sans argent n’est plus pour une minette que l’ombre de lui-même. En fait, Casimir se retrouve face à lui-même,  et c’est le plus grave, n’ a plus confiance en lui. Et Caroline va se détacher de son Casimir chéri : elle semble même tourner la page avec un certain cynisme, et le quitte brutalement: l’époque Casimir est  révolue, la crise économique est passée par là et  a suffi à casser un jeune couple d’amoureux.Même si l’amour,dit plusieurs fois von Orvath , ne cesse jamais et donc,  Casimir continuera à aimer Caroline même partie…

Dans cette fête où, l’on boit trop, fatigué par une semaine de travail ou anxieux d’être  au chômage, tout semble prêt pour une déflagration sociale, surtout quand des hommes riches et seuls croisent dans les parages. Comme le dit l’infirmier après un accident qui a failli coûter la vie à Caroline: « Ils sont nerveux, les gens, et ils ne tiennent plus l’alcool ». On s’amuse ou on fait semblant, qu’importe, en s’enivrant à la bière et en draguant  n’importe qui; et les hommes  se bagarrent  pour pas grand chose.

  On se suicide aussi  comme jamais auparavant, ( mais pas dans la pièce)dans une  Allemagne déjà  soumise à Hitler… Sans doute, y-avait-il déjà dans ce climat de violence larvée  quelque chose qui annonçait le pire, dont certains n’étaient pas dupes, surtout pas von Orvath.
 
 Comment traiter cette pièce qui dit beaucoup de choses, à travers les mots simples et les dialogues de la  vie quotidienne, dans une suite de  courtes scènes qui font souvent penser à des séquences de film? Emmanuel Demarcy-Motta a choisi un parti pris: montrer surtout la fête,avec sa foule, ses  danses collectives ,ses chants , ses musiques, et ses beuveries, bref le délire des corps et des esprits  emmenés par le grand huit, justement celui que Casimir ne peut plus  offrir à Caroline, la crise économique humiliant deux pauvres êtres en porte-à -faux avec  à eux-mêmes , dans un semblant de bonheur festif arrosé à la bière mal assumé.

  Le metteur en scène a convoqué, une fois de plus, – cela devient une manie- ses grands praticables à roulettes qui ne sont pas  indispensables, deux toboggans, et un cheval/ sculpture. Il y a aussi  des projections en fond de scène d’un  grand huit  tout à fait réussies mais qui parasitent l’action. Cela dit, Emmanuel Demarcy-Motta dirige  dix neuf comédiens.. avec une remarquable maîtrise;  comme dans une comédie musicale américaine,  tout est réglé au millimètre, et les chansons en choeur et les scènes de danse, inspirées de Pina Bausch , sont  de grande qualité.Il y a eu, c’est évident,un grand travail de préparation et de répétition, avec des techniciens chevronnés .
 Plastiquement, cela tient aussi la route:  les projections d’ombres sont impeccables.  Et l’on peut voir qu’Emmanuel Demarcy Motta dispose de moyens  importants. De ce côté-là, sa petite entreprise ne connaît pas la crise!
 Oui, mais…. Parce qu’il y a un mais… Vous n’êtes pas encore content, du Vignal? Non, pas vraiment! Cela ne fonctionne en effet pas très bien:le spectacle est vraiment trop démonstratif! Où est donc passé le texte et  l’esprit du texte?  Tout parait  sec  et noyé sous une  avalanche de matériel, et sur ce grand plateau à la fois  nu et encombré,  la pièce ne parait pas à son avantage, et ne dégage guère d’émotion,  malgré une distribution imposante et de grande qualité :Sylvie Testud, Hugues Quester, Alain Libolt, Thomas Durand, Cyril Anrep… 

Par ailleurs,  François Regnault  a commis une « nouvelle traduction » (sic)  sur laquelle il est permis de s’interroger,  quand on la compare à celle d’Henri Christophe publiée à l’Arche: il y  a parfois des expressions qui appartiennent à la langue écrite  du type: » il se dirige » ou « il veut t’avoir au sens sexuel ». Et  Regnault et Demarcy-Motta  ont cru bon d’intercaler quelques scènes d’autres oeuvres de von Orvath, sans qu’on en voit la nécessité. Par ailleurs, la mise en scène  traîne  souvent et  manque de rythme , à cause de fréquents noirs et de trop longs déplacements de praticables. Comme la lumière est chichement comptée, on voit mal et l’on s’ennuie donc un peu .

Alors à voir? Oui, si vous avez déjà acheté vos billets; non, si vous avez envie de voir montée la pièce de von Horvath – que vous ne connaissez sûrement pas parce qu’elle est rarement jouée*-de façon plus pointue et plus simple. Désolé, Casimir et Caroline  méritaient un autre traitement… Si vous êtes étudiant, la médiathèque  de votre fac abrite peut-être le film de Légendes de la forêt viennoise qu’André Engel  mit en scène il y une dizaine d’années… A défaut de Casimir et Caroline, vous aurez un assez fabuleux von Orvath.

Philippe du Vignal

* Elle avait été monté par Jacques Nichet en 1999 déjà,  de façon tout à fait remarquable.
Théâtre de la Ville jusqu’au 27 mars.

La Nuit de l’iguane

La Nuit de l’iguane de Tennessee  Williams, mise en scène de Georges Lavaudant.

Eh! oui … Encore Tennessee Willams:  Baby Doll en ce moment au Théâtre de l’Atelier, ( voir notre article récent ) et cette fois dans le théâtre dit public, La Nuit de l’Iguane à la MC 93 de Bobigny; ce n’est pas une des grandes pièces de l’auteur; écrite en 61, donc à la fin de sa vie, elle a été adaptée par Marcel Aymé et publiée en 72. il y aussi un film en noir et blanc (1964) de John Huston .. Mais  la pièce a été peu jouée en France.
  Cela se passe pendant la seconde guerre mondiale, en 1940, sur une plage du Mexique: Larry Shannon est un pasteur américain; la cinquantaine avancée, alcoolique, il a été suspendu pour fornication et blasphème,  et  a été obligé de se reconvertir en guide-accompagnateur de voyages organisés bas-de-gamme… Pendant le voyage en car, il n’a  rien perdu de ses habitudes et a fait l’amour une fois de plus  à une belle et séduisante nymphette qui voudrait l’épouser.

Mais Shannon est vite devenu le souffre-douleur d’une des touristes;  bigote, laide et frustrée,  visiblement homosexuelle, elle veut le traîner en justice, pour son immoralité et pour la médiocrité de  l’hôtel Costa Verde, assez délabré, et du voyage. Le Costa Verde est tenu par une belle jeune femme, Maxine à laquelle il n’est pas insensible  et réciproquement. Comme il commence à troubler  Hannah, une autre jeune femme qui erre en compagnie de Nono, son grand-père qui arrive dans cet hôtel en chaise roulante. Mais elle n’a pas un dollar en poche et essaye, pour gagner de quoi vivre, de vendre ses aquarelles ou de faire le portrait de  touristes de passage, comme ces Allemands fascistes qui passent des vacances au Mexique. Le grand-père, poète sans grand talent, essaye, lui, de dire quelques uns de ses poèmes en public , pour ramasser  quelques pièces …sans beaucoup plus de succès que sa petite fille.
 Bien entendu, Hannah sera vite  fascinée par cet homme déchiré entre ses pulsions sexuelles et une vocation spirituelle à laquelle il ne semble plus croire beaucoup. Séducteur tourmenté,   il voit bien, dans un éclair de lucidité, que le retour aux Etats-Unis devient pour lui chaque jour de plus en plus impossible. Mais,  en même temps, la vie au Mexique lui parait  loin d’être paradisiaque et, assez fauché, il doit vendre aux touristes qu’il accompagne des  pastilles  contre les « troubles digestifs », comme dit pudiquement Tennessee Williams. En fait, on s’en serait douté, le pasteur a  quelques sérieux  comptes à régler avec lui-même, surtout avec une enfance où sa mère lui a flanqué une bonne raclée quand elle a appris qu’il se masturbait.
  Les confidences échangées  dans la nuit entre Shanonn et  Hannah, dont le grand- père, déjà mal en point, vient de mourir,  sonnent  comme une sorte de renaissance possible pour ces deux esquintés de la vie: elle, dont les quelques  amours, si on l’en croit,  n’ont pas dû être fabuleux et,  lui, le grand séducteur  qui n’a jamais réussi à faire les bons choix et qui n’arrive pas à oublier son  passé de pasteur,  sans non plus très  bien voir  l’avenir…
 A la fin de la pièce, Shannon  coupe la  corde qui retient  un  petit iguane, comme pour se délivrer lui-même et  se faire pardonner ses errances en redonnant la liberté à cet animal promis à l’engraissement pour être ensuite mangé. Tennessee Williams , comme Shannon,règle lui aussi  ses comptes à la société puritaine de son époque où la sexualité  était encore sous la domination totale du christianisme. Quant à être homosexuel comme le fut Williams, on n’ose à peine imaginer les souffrances qu’il a dû subir… Mais en quoi, ces histoires peuvent-elles encore vraiment  nous concerner?
 Donc, Georges Lavaudant, à qui l’on doit de grandes et merveilleuses mises en scène, s’est emparé, Dieu sait pourquoi, de cette pièce mineure, assez bavarde et au scénario un peu mince, qui n’en finit pas de finir . Lavaudant a souvent parcouru le Mexique auquel il voue une véritable passion, et, comme s’il avait peut-être besoin d’assouvir une vieille obsession, il semble vouloir traduire sur scène  ce qu’il a ressenti en présence de l’océan et de la nature sauvage, dans un endroit perdu, où les passions humaines se dévoilent et où , dans la solitude, l’on est obligé de faire preuve de lucidité quant à sa propre vie. Mais cela  tient du syllogisme du genre: j’ai envie de parler du Mexique, comme Tennesse Williams a écrit une pièce qui a pour cadre le Mexique, donc je la mets en scène…
 . Et,  comme il y a de l’espace au Mexique, je la monte sur un grand plateau. Et pour que l’on sache bien que l’on y est, je demande à mon cher et fidèle Jean-Paul Vergier  de m’aligner une série de cactus géants au milieu de la scène. Quand le rideau se lève, comme dans le théâtre privé le public de professionnels hier soir a applaudi ; bravo, ce sont  sans aucun doute de beaux et majestueux  cactus mais… ils  gênent la circulation des comédiens qui jouent pratiquement toujours au centre  sur quelques mètres carrés…
 On dirait  que  Georges Lavaudant a travaillé contraint et forcé, et sa mise en scène a, disons,  du plomb dans l’aile … La pièce, quand même assez terne,  se traîne pendant deux heures interminables. Et  c’est quand même bizarre d’avoir dans sa distribution un jeune Mexicain comme Iannis Guerrero ( qui n’aurait sûrement pas demandé mieux que de l’aider),  et de faire dire à ses comédiens quelques mots avec un accent  espagnol aussi faux. Ne parlons pas de ces cinq touristes allemands qui traversent la scène en maillot de bain , marchant au pas et chantant plutôt bien- merci Ariane Pirié-dans  une grande bouée de canard, marquée du sigle nazi….au cas où, pauvres spectateurs  un peu débiles, nous n’aurions pas bien compris. Et cela voudrait sans doute être drôle mais ne  l’est pas du tout.
 Quant à la direction d’acteurs, elle flotte aussi: Tckeky Kario, par ailleurs , excellent acteur de cinéma, débite son texte au début comme s’il répétait dans un  coin de la scène, ou bien surjoue, comme s’il ne croyait pas vraiment  à son personnage ,et il faut souvent  faire un sérieux effort pour entendre ce qu’ Astrid Bas et lui peuvent bien se dire.  C’est assez grossier et méprisant pour le public! Que  Georges Lavaudant envoie son assistant Jean-Michel Vesperini en haut de la salle et  il  lui dira  de quoi il retourne.Un spectacle n’est pas fait seulement pour les premiers rangs, où se massaient  les huiles du Minsitère mais pour TOUS les spectateurs; c’est vrai que nous sommes un peu lâches et que si deux ou trois personnes avaient crié: « Plus fort, » Monsieur Tcheky Kario aurait peut-ête consenti à communiquer avec le public…Cela devient une manie dans le théâtre contemporain: soit les comédiens crient sans raison, soit ils parlent comme dans un micro…

  Seule, s’impose Dominique Reymond, ((Hannah) toujours aussi lumineuse et  que l’on entend, elle, très bien..et L’on a aussi du plaisir à retrouver Pierre Debauche dans ce personnage de vieux poète. Mais tout cela ne fait pas du tout, mais pas du tout une soirée! Et le public a chichement, et avec raison,  mesuré ses applaudissements.
 Alors, à voir? A la rigueur, si vous  voulez voir de très beaux cactus ,si vous habitez Bobigny près du théâtre et si  Patrick Sommier, le directeur de la MC 93,  vous invite;  sinon, ce n’est pas vraiment la peine de faire une demi- heure de métro.  Attendez plutôt le 26 mars à 20 h 30; comme le signale gentiment le programme, le  Magic Cinéma  à Bobigny ((tout près du métro) présente The Night of the Iguana de John Huston avec Ava Gardner et Richard Burton, ;  en plus,  c’est en v.o….. et ce n’est pas cher.

 

Philippe du Vignal

 

MC 93 de Bobigny jusqu’au 5 avril.

Le Garçon du dernier rang

 Le Garçon du dernier rang de Juan Mayorga, mis en scène de Jorge Lavelli.

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Juan Mayorga est sans doute l’auteur contemporain espagnol le plus connu (quelque trente pièces)  et Jorge Lavelli l’avait révélé avec Chemin du ciel  dans ce même théâtre de la Tempête. Le Garçon du dernier rang, c’est un lycéen qui préfère ne pas trop attirer l’attention sur lui et se placer au dernier rang, où l’on peut observer comment va le petit monde. Et son professeur de lettres quand il corrige ses rédactions s’aperçoit vite que le petit Claude est très doué pour analyser les relations curieuses au sein de deux familles, et bien sûr, il va en faire une sorte de feuilleton.  Germain, son professeur de lettres est marié avec Jeanne,  une  directrice de galerie qui veut se positionner comme on dit sur le marché de l’art le plus contemporain. Le petit Claude est curieux de tout et a une vraie sensibilité pour la littérature classique; son professeur , qu’il voit souvent ,est un peu usé par l’enseignement et  déçu par la faiblesse et le manque d’intérêt de ses  élèves pour la littérature,et il est  très admiratif envers  cet adolescent qu’il voit progresser très vite dans l’écriture.Claude a en effet vite perçu que l’écriture est un moyen d’acquérir une identité mais cette relation assez ambigüe ne va pas sans heurt ni difficultés. D’autant plus que le cher petit Claude se révèle être un redoutable manipulateur et qu’il n’hésitera pas à  essayer de séduire Jeanne. Mais elle est peut-être la seule qui ait  vraiment senti que cette passion de Claude pour l’écriture et l’analyse des sentiments n’allait pas sans risques  pour lui comme pour ses proches.

  Quant à l’autre famille, c’est celle de  son copain de classe qu’il va aider chez lui pour essayer de le faire progresser  en trigonométrie. Le père comme la mère sont plutôt des petits bourgeois: lui, est assoiffé de réussite au sein de son entreprise, et essaye de conquérir des marchés chinois, mais il échoue  et en sort meurtri . La mère , elle aussi, est ambitieuse et rêve d’une plus belle maison bien installée et décorée. Rapha, lui, est plutôt obsédé par les records sportifs. Claude se révélera alors comme un personnage incontournable, puisqu’il rend service . Mais il aussi une passion, celle de fouiller dans les tiroirs avec un certain cynisme pour aller dans des zones interdites et donc d’en savoir plus sur cette famille qui l’accueille volontiers.

   Redoutable manipulateur, il n’a aucun scrupule et ne  va pas tarder à séduire Esther, la mère de son ami Rapha. A la fois, en lui parlant , mais aussi en lui envoyant un poème. Il a bien conscience que la jeunesse et une certaine fragilité sont des atouts majeurs quand on cherche à attirer une femme. Encore adolescent, il a très vite compris que l’on peut, si on en a le courage et l’ambition, manipuler les autres , même s’ils appartiennent à un autre milieu social et surtout quand une femme n’a pas le même âge que lui.

Et, Claude en bon judoka de l’esprit mathématique,  habitué à se servir de ses faiblesses contre l’adversaire,  savoure ce genre de pratique. Il n’est pas vraiment voyeur, encore que..   Il a sans doute aussi un certain goût – sans en avoir bien conscience- pour les risques que comporte toute aventure sociale où les choses établies: amitiés, amours, réussite financière, ne durent jamais vraiment. Mais il y a parfois des surprises  qui l’attendent au tournant: écrire des mots n’est pas aussi innocent et on peut facilement se laisser emporter par un petit récit fictif qu’on s’amusait à écrire. C’est ainsi que l’on tombe amoureux d’une femme comme Jeanne pour laquelle il n’éprouvait guère d’intérêt, puisqu’elle était simplement la mère de son copain Rapha.

   Il l comprendra un peu tard que le petit jeu du pouvoir et de la séduction a ses limites , quand son professeur, à la fois admiratif mais excédé de le voir tourner autour de Jeanne,  mettra un point final à leur relation en lui envoyant une belle gifle. Mais l’humilié n’est pas celui que l’on croyait…Le professeur, déstabilisé,  a abandonné son rôle de grand initiateur:  zéro partout et la balle au centre.  Claude, à l’issue de cette histoire dont il est à la fois le créateur et le personnage central , aura peut-être acquis ses galons d’adulte.

  La grande trouvaille de Mayorga est d’avoir fait de cet adolescent à la  fois un personnage mais aussi une sorte de commentateur du propre récit qu’il est en train de vivre. Le fil conducteur est en fait l’écriture ,et la relation entre le professeur et son élève constitue la trame de cette pièce qui est aussi une sorte de roman d’apprentissage.Qui manipule qui ? Au début sans aucun doute possible, le professeur ,grâce à son expérience et à sa  grande culture . Mais , à la fin, quand ils regardent deux femmes, on s’aperçoit que le gamin , très sensible aux choses du quotidien, a un regard beaucoup plus acéré que son maître en littérature.
Cela nous rappelle une séance de travaux dirigés à la Sorbonne, où, sur un passage difficile des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, une jeune camarade de licence a osé dire à Jacques Seebacher, par ailleurs éminent spécialiste de Victor Hugo, récemment disparu qu’elle ne voyait pas les choses comme lui. Et relisant la phrase, ,il avait  simplement dit avec beaucoup d’humilité: « Exact, c’est vous qui avez raison »…
Cette mise à distance de la fiction fonctionne  avec beaucoup d’efficacité  dans le spectacle ; d’autant plus que Lavelli en a bien compris les mécanismes et signe ici une mise en scène de premier ordre. Tout est d’une précision exemplaire, et Lavelli sait parfaitement où il va quand il compose avec ses comédiens cette  quête existentielle où la  réalité,  parfois  glauque, n’est pas dénuée d’un certain humour. Il construit  avec beaucoup de savoir-faire la simultanéité des scènes- ce qui parait aller de soi mais n’est en rien facile- et établit de remarquables  passages  entre le  romanesque et le dramatique de pièce un peu longue qui aurait sans doute  gagnée à être  resserrée. Comme dit Edith Rappoport, toute pièce a toujours vingt minutes de trop…
Lavelli  a imaginé un espace vide où chaque personnage est situé en pleine lumière,à la fois banal et exceptionnel, sans aucun échappatoire et c’est d’une totale efficacité. Bien dirigés, les acteurs, en particulier le jeune Sylvain Levitte (Claude ) et Nathalie Lacroix  qui joue Esther, sont tous remarquables, même si Jorge Lavelli devrait veiller à ce qu’ils ne se mettent pas souvent  à crier sans raison. Le décor a quelque chose d’un peu triste avec ces grands miroirs pas vraiment utiles  ou cette photo projetée en fond de scène . A ces réserves près, c’est une belle réussite.
A voir ? Oui, si vous voulez découvrir un auteur  exigeant mais  encore peu joué en France; attention, ce type de pièce demande une attention soutenue mais il doit y avoir aussi une place dans le théâtre contemporain pour  ce type d’écriture où l’auteur invite le public à réfléchir et, en somme, à devenir co-auteur . En effet,  dit avec raison Lavelli, » le chemin dramaturgique n’est pas un jeu de piste balisé, certifié praticable. L’écriture de Mayorga , multiplie les points de vue,balaye toute certitude ».

 

Philippe du Vignal

L’ensemble du théâtre de Juan Mayorga est publié aux Solitaires Intempestifs.

 

Théâtre de la Tempête,  Cartoucherie de Vincennes, jusqu’au 12 avril.

Les fiancés de Loches

  Les fiancés de Loches de Georges Feydeau, mise en scène de Jean-Louis Martinelli.

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Sans  scrupule, nous replaçons ici le début de notre article sur La Puce à l’oreille du même Feydeau, mise en scène de Paul Golub,  paru dans le théâtre du blog de janvier, cela fera gagner du temps à tout le monde…

   On ne va  pas vous refaire toute la bio de  Georges Feydeau, bien qu’elle donne un sacré éclairage sur son théâtre ; né en 1862 , mort en 1921, il était le fils d’une belle polonaise Léocadie Boguslawa Zalewska et d’un  père qui aurait été soit Napoléon  III, soit son demi-frère le duc de Morny, lui- même fils présumé de Talleyrand. Marié,  il eut quatre enfants et divorça. Puis,  il vécut, seul, à 47 ans, au Grand Hôtel Terminus de Saint -Lazare ; atteint de syphilis sur la fin de sa vie , ce qui provoqua chez lui  de sérieux troubles psychiques, il se prenait pour Napoléon III et distribuait aux passants du boulevard  des postes ministériels. Finalement interné à Rueil-Malmaison, il disait avec humour de son compagnon de chambre : «  Regardez, il se prend pour le Président de la République », ce qui était malheureusement vrai du pauvre Paul Deschanel , tombé d’un train… et lui aussi ,assez mal en point. Bref, malgré une œuvre théâtrale  d’une haute intelligence, une vie sans doute difficile, marquée par la recherche d’un père introuvable. »

   Les Fiancés de Loches, écrit en collaboration avec un certain Desvallières, a été créée en 88; Feydeau avait seulement  26 ans  et il y a déjà en prémice plusieurs des thèmes qui feront la renommée de ses pièces plus connues comme La Puce à l’oreille,La main passe ou Occupe- toi d’Amélie: des situations imprévues donc comiques, en général ,l’arrivée de quelqu’un à un endroit  et/ ou à un moment qui peuvent entraîner une catastrophe, mais surtout la plongée subite de personnages dans un milieu où ils n’ont plus aucun repère, ce qui entraîne , bien entendu, quiproquos en rafales , calembours, jeux sur les mots et délires verbaux qui , 70 ans avant,  préfigurent parfois Ionesco..

Ce n’est pas encore du grand Feydeau mais il y a nombre de  répliques étonnantes , comme ce syllogisme apparemment comique  qui  va beaucoup plus loin  qu’un mot d’autreur à la Guitry et qui fait froid dans le dos:  » Quand une femme parle, c’est pour ne rien dire, donc quand elle ne dit rien, c’est qu’elle parle ». Lucidité dans la folie, folie dans la lucidité: c’est déjà tout Feydeau… Et il y a  déjà cette confrontation entre deux mondes ,  que l’on retrouve dans ses autres pièces, celui  des gens considérés par la société comme « normaux  » et d’autres que l’on a vite fait de qualifier de mentalement diminués, alors que les premiers  souvent atteints d’une grave parano , d’hystérie ou d’obsession permanente.

Il y a déjà aussi dans Les fiancés de Loches, un des thèmes récurrents chez Feydeau, c’est  la grande coupure que la société opère entre l’univers des domestiques et celui de leurs employeurs. Mais ils  ont tous en commun de n’être plus  vraiment maîtres de leur destinée, et ce sont, mariés ou non,  des êtres profondément seuls, comme a dû l’être l’auteur.

Si l’intrigue est compliquée, l’histoire est assez simple: deux frères, droguistes à Loches et leur soeur Laure, sur la foi d’une publicité de journal, viennent de leur petite ville près de Tours qui, à l’époque ne devait guère dépasser les 3.000 habitants, pour essayer de trouver l’âme soeur auprès d’une agence matrimoniale:  » Nous aurions bien pu trouver à Loches ,regrette Laure ,mais  Alfred réplique: « Mais nous en sommes déjà tous les trois, c’est assez de Lochards dans la famille et il ajoute:  » Cela appauvrit le sang »….

  Arrivés à la bonne adresse, ils  se trompent d’étage et arrivent dans un bureau de placement dont le directeur les case comme employés de maison  dans un centre d’hydrothérapie pour malades mentaux que préside le docteur Saint-Galmier . A  la suite d’une confusion, le bon docteur qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un riche directeur de clinique privée,  les trouve bien dérangés et les interne d’office dans son établissement. Alors que les deux frères et soeur  croient être dans une mairie pour leur mariage!  Mais tout finira bien et les trois Lochois , désillusionnés, retrouveront leur chère Loches qu’ils n’auraient jamais dû quitter.

La pièce possède curieusement beaucoup  de vocabulaire très daté mais Jean-Louis Martinelli a choisi de ne pas toucher au texte. Mais alors pourquoi avoir situé le bureau de placement dans une sorte de Pôle-Emploi avec chaises en plastique, grands panneaux lumineux, etc.. Quant à l’appartement contemporain  du bon docteur Saint-Galmier , il est très bling bling avec parois de carreaux de verre, grande table basse avec fontaine, et le fameux centre d’hydrothérapie est tout aussi actuel avec des baignoires qui font penser davantage à des jaccuzi. Cela est peu cohérent et manque d’une unité artistique.

Et mieux vaut aussi  oublier les costumes sans aucune unité qui vont du très sobre à quelque chose qui se voudrait délirant mais qui reste facile et vulgaire.( voir photo des trois Lochois) Avec donc, à chaque fois, une modification du décor très construit et sans doute  cher. Et l’on n’échappe pas à une vidéo où les trois Lochois se baladent dans les jardins du Trocadéro et montent sur un manège… le temps de changer le décor.Tout cela ne vaut pas le coup de cidre!

La mise en scène de Martinelli manque singulièrement de rythme surtout au début, ce qui est plutôt gênant pour Feydeau et il est douteux que cela puisse maintenant  changer . D’autant qu’il aurait fallu sans doute réduire ce grand plateau qui ne convient pas du tout à  la pièce. Cela dit, comme la direction d’acteurs est très précise  et la distribution  de  grande qualité, la pièce fonctionne quand même et le public ne plaignait pas ses rires. Abbès Zahmani (le docteur Saint-Galmier) est remarquable; tour à tour, roublard, menteur, habile, séducteur, inquiétant, ridicule mais égoïste et cynique, donneur de leçons et méprisant: le personnage n’est pas si facile à jouer et Zahmani s’en s’en tire magnifiquement. Zakarya Gouram , Sophie Rodrigues et , en particulier , Mounir Margoum,  endossent les personnages des trois  naïfs Lochois avec beaucoup d’intelligence de la pièce. Et il en faut, puisqu’elle est construite un peu articificiellement sur  un quiproquo de départ, auquel il faut adhérer tout au long de la pièce comme à une sorte de convention.

Et puis, Martinelli a eu une belle idée en faisant  appel à des personnes atteints de troubles psychiques du Centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre pour jouer les figurants. Le pari était risqué mais  ils s’en sortent magnifiquement : il ya notamment  un homme et une femme plus tout jeunes, qui chantent un peu faux mais avec une vraie sensibilité Les feuilles mortes de Prévert et Kosma pendant un changement de décor.. Le public leur a fait à tous , une ovation bien méritée…

A voir? Malgré ces quelques réserves, on passe une assez bonne soirée et ce n’est pas tous les jours, comme le répète souvent  du Vignal, que l’on rit dans le théâtre public.

Philippe du Vignal

Théâtre Nanterre-Amandiers, jusqu’au 11 avril .

Le Collier d’Hélène

image1.jpgLe Collier d’Hélène de Carole Fréchette , mise en scène de Nabil el Azan.

La pièce a été écrite par Carole Fréchette après un séjour au Liban il y a presque dix ans. Créée en 2002 puis jouée  au Théâtre du Rond-Point en 2003 ,elle vient d’être reprise à la suite d’une résidence de création au Théâtre national de Palestine à Jérusalem, en collaboration avec la Compagnie La Barraca.  L’argument en est des plus simples: une jeune femme européenne est au Liban, pour un congrès mais est restée un peu. Elle s’aperçoit alors qu’elle a perdu un petit collier de perles en  plastique sans aucune valeur qu’elle va tenter, sans l’ombre d’un espoir,  de retrouver dans une sorte de quête personnelle , en parcourant  une ville en ruines à la fois dévastée et en reconstruction qu’elle ne connaît évidemment pas. Aucun souvenir aucun indice pour l’aider, bien sûr à retrouver ce collier. Elle  va rencontrer quelques figures emblématiques de cette ville; d’abord Nabil, un jeune et beau chauffeur de taxi qui lui sert de guide, à la fois patient,calme et attentif à sa demande qu’il juge sans doute irréaliste . Sans doute Carole  Fréchette a-t-elle dû être frappée par  la beauté des paysages maritimes , difficilement conciiiable  avec des quartiers entiers de rues et de maisons dévastées. Le Liban, Gaza… bref, nous avons tous vu ces immeubles éventrés, ces rues couvertes de voitures calcinées, où quelques gamins continuent quand même à jouer. la guerre, toujours la guerre, puis le temps de l’après-guerre vécu  comme une fatalité avec laquelle il faut bien continuer à vivre Hélène rencontre ensuite un contre-maître quelque peu démoralisé, puis un  jeune femme au bout du bout du désespoir qui n’arrive toujours pas à admettre qu’elle ait pu perdre son petit garçon, victime d’une bombe. C’est bien d’une perte aussi dont cette jeune femme  souffre cruellement et sans aucune commune mesure, bien entendu, avec elle d’un pauvre petit collier. Mais la perte ou plutôt le sentiment de la perte,  est universel et c’est à cause de cette perte , aussi dérisoire soit-elle,  qu’Hélène se sent peut-être plus vite si proche de cette jeune femme arabe dont elle ne connaît même pas la langue… et qui lui dit avoir perdu son fils dans une attaque et qui, elle, est à la recherche d’une petite balle rouge qui lui appartenait. La perte est aussi dérisoiremais l’enjeu est évidemmetn d’une autre dimension.

Hélène va aussi trouver sur ses pas, après encore un parcours en taxi, toujours cornaquée par le beau Nabil, un réfugié qui lui redit dans une souffrance sans fin qu »on ne peut plus vivre comme çà et qui lui fait promettre de dire là-bas dan son pays où il n’ira probablement jamais:  » Dans les soirées, avec vos amies, quand vous buvez du vin, quand vous regardez par la fenêtre la ville toute blanche, si paisible et si bien ordonnée, dite-le, même si personne ne comprend, même si vous n’êtes plus certaine de savoir d’où vient cette phrase, parce que ça fait longtemps et c’est si loin, à l’autre bout de la terre. Dites-le. » Elle  rencontrera enfin un petit revendeur à la sauvette de n’importe quoi , qui veut lui refiler un collier pour remplacer celui qu’elle recherche avec tant de passion inutile.

La pièce  de Carole Fréchette est écrite dans une langue simple et à la fois poétique, bien servie par la mise en scène et l’ intelligente direction d’acteurs de Nabil el  Azan qui donne les choses à voir avec beaucoup de sobriété et de précision. La scène est vide , juste délimitée par des chassis pivotants. Les comédiens jouent , pour Mireille Roussel en français, et pour Hussan Abu Eiseh, Mahmoud Awad, Saled Bakri, Reen Talhami et Daoud Totah en arabe. Leur jeu est précis, calme et toujours juste, et ils ont tous une présence étonnante.

Et il n’y aucune difficulté de compréhension , puisque la traduction  s’affiche en arabe, en anglais, et  français. Saluons la performance de Mireille Roussel, en scène du début jusqu’à la fin ; on avait pu la voir récemment chez Ludovic Lagarde  puis  chez Céline Pauthe dans S’agite et se pavane,  mais elle est  ici exceptionnelle; elle possède  une force intérieure et une présence remarquables . A voir, oui sans aucun doute ; surtout  si vous aimez Carole Fréchette, c’est l’occasion, même s’il y a peu de représentations; Ivry n’est pas toujours facile d’accès et le théâtre des Quartiers d’Ivry est à 7 minutes du métro mais quand on aime, on ne compte pas…  Le Collier d’Hélène est d’une autre dimension et d’une autre saveur que cette Petite Pièce en haut de l’escalier récemment jouée au Théâtre du Rond-Point, ( voir le blog de janvier).

Philippe Duvignal

Théâtre des Quartiers d’Ivry rue Danièle Casanova, jusqu’au 14 mars. et Salle Max jacob à Bobigny le 17 et le 18 mars.

Wakan Tanaka

Wakan Tanaka, d’après des contes amérindiens, ou Flecha et les chiens esprits, mise en  scène de Gilles Cuche.

flechasurchienesprit.jpg  La culture amérindienne est, comme on le sait orale, et les contes et légendes se sont transmis de génération en génération depuis dess siècles, avec comme thème essentiel, un respect inconditionnel pour la Terre nourricière.  » Les Anciens disaient que viendrait une époque difficile où les inventions et la vie moderne détruiraient l’air et les océans et brûleraient la Terre ». Pas mal vu bien avant Tchernobyl, etc..
Gilles Cuche a conçu une aire de jeu  ronde qui , plus tard, sera recouverte de sable et  les 150 enfants sont assis tout autour. Wakan Tanaka, reprend une de ces anciennes légendes,  où un petit garçon  incarné ici  par une marionnette ,pour aider ses grands- parents adoptifs qu’il voit vieillir,  part pour un long voyage qui prend la forme d’une quête initiatique, chercher un beau cheval esprit. Le vieillard du lac qui le reçois, masqué et couvert de lianes comme la marionnette du cheval et petit enfant sont d’une très belle qualité poétique. .

 Il y a trois conteurs musiciens (Herman Bonet, Bernard Cheze, Karine Tripier) qui vont donner vie à ce petit garçon et à son cheval de façon magique; ils passent de  la flûte, des percussions à  la voix parlée ou  chantée, avec aisance et efficacité. Pas d’effets inutiles de lumière ou de son: tout se déroule simplement, dans un calme et une paix propices à l’écoute d’un conte. Les percussions sont faite avec des calebasses, morceau de bois ou colliers de coquillages. Et les enfants sont subjugués par cette histoire simple mais qui dit aussi beaucoup de choses: immense respect pour la nature et la culture des produits indispensables à la vie,nécessaire  transmission des valeurs fondamentales aux enfants, solidarité absolue avec ceux qui devenus âgés, après avoir  donné toutes leurs forces  au bien- être de leurs proches: tout est dit ,avec une place importante consacrée à la musique jouée et chantée.
 Au chapitre des petites réserves: les percussions sur les calebasses couvrent un peu la voix du conteur musicien, l’espèce d’encens fumigène est inutile et fait tousser les enfants; quant aux  panneaux de lames de bois tressé qui encerclent l’espace circulaire, il est fort douteux qu’ils aient été traités avec des produits bio. Le respect de la nature et des être humains  commence aussi par là ; mille regrets, mais ce n’est pas la peine que les enfants respirent ces saloperies, même à toute petite dose pendant  l’heure que dure le spectacle. Allez , un effort, Gilles Cuche, demandez à votre scénographe de vous trouver autre chose…
 A part cela, à voir sans restriction; à partir de six/ sept ans.

Philippe du Vignal

Vaux-le-Penil le 13 et 14 mars; Vert-le-Petit le 31 mars; Marolles -en -Hurepoix les 28 et 29 mai et Boussy Saint Antoine le 13 juin. La compagnie de l’Atelier de l’Orage aussi , à son répertoire, d’autres spectacles pour enfants récents que nous n’avons pas encore pu voir.

D’un carnaval à l’autre: Liestal et Bâle / morgenstraich

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D’un carnaval à l’autre: Liestal et Bâle, mise en scène  de la population,  des autorités municipales et des pompiers.


Comme chacun sait, les carnavals, sont une des spécialités suisses et il y a peu de villes qui échappent à cette tradition. Premier arrêt: Liestal, chef lieu du Canton de Bâle, vieilles rues avec petites rues et maisons à colombages.  Vers quinze heures le premier dimanche de mars,depuis le Moyen-Age, sans doute pour enterrer l’hiver, sur nombre de places de la ville ancienne, des fanfares avec trompettes, trombones et grosses caisses jouent des airs de variétés ou des musiques traditionnelles du canton. Mais avec une maîtrise et une qualité de la musique absolument parfaite, les quelque vingt participants par fanfare (appelée aussi clique) toute âge et sexe confondus, masqués de gueules d’animaux ou tête nue,  jouent sans partition devant un très nombreux public venu de la Suisse entière, mais plutôt germanophone.
Aucun flic à l’horizon, des tonnes de  confettis par terre et  des saucisses qui grillent un peu partout. A la nuit tombante, quelque vingt  chariots  en fer remplis  de bûches empilées arrivent d’un peu partout dans les rues, conduits par des hommes et quelques femmes, masqués le plus souvent de têtes d’animaux avec des lanternes en papier couvertes de dessins humoristiques qui vont se rassembler en haut de la ville.
But de l’opération: faire descendre ces chariots avec leur cargaison de bois auquel on a mis le feu,  dans la rue principale, après avoir franchi l’étroite porte d’entrée de la ville surmontée d’une tour. Toutes les lumières électriques de la ville publiques ou privées ont été éteintes auparavant; il y a des milliers de spectateurs entassés qui attendent le passage de ces foutus chariots qui dégagent une incroyable chaleur. Ils sont précédés et suivis par d’une centaine de  petits groupes d’hommes et de quelques femmes et enfants casqués  qui portent sur l’épaule des espèces de torches faites des mêmes bûches de bois. Les comédiens stagiaires nigériens du Théâtre de l’Unité regardent sans y croire….
Vous n’avez pas dit impressionnant? Si, si,  c’est impressionnant, les images sont sans doute simples mais de toute beauté quand on voit ces chariots de  feu avancer et pénétrer après un arrêt, dans la ville .Même si, ( on est en Suisse), tout se passe dans le calme mais avec quand même  une armada de pompiers qui arrosent, avant chaque passage des chariots,  la voûte de la vieille porte et  veillent au bon déroulement des opérations: la voiture citerne n’est jamais très loin et l’ambulance attend portes ouvertes son premier brûlé. Il faut dire que les flammes de la plupart des chariots atteignent facilement le deuxième, voire le troisième étage des maisons. A quoi cela sert? A rien ou à tout, d’abord à enterrer l’hiver mais aussi à être convaincu que, comme disait Gaston Bachelard, dans La psychanalyse du feu « La conquête du superflu donne une excitation spirituelle plus grande que la conquête du nécessaire ».

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 Il est minuit ; très courte nuit de deux heures et l’on repart pour Bâle pour être sur la grande place  ce premier lundi après les Cendres … A  quatre heures pile, horlogerie suisse oblige,la ville entière éteint ses lumières… Les quelque deux cent fameuses cliques  se mettent alors en marche. Une vingtaine de musiciens par clique, tous costumés et masqués, souvent de têtes d’animaux,  avec tambours et fifres aigus que  l’on entend dans toutes les rues. Depuis trois heures du matin,les cafés , échoppes et bars vendent des cafés, de la bière et de la Mehlsuppe, une espèce de soupe à la farine, ni bonne ni mauvaise ,ni chaude ni froide,  saupoudrée de fromage râpé. Les masques  fabriqués  industriellement et vendus un peu partout,parfois retouchés ne sont pas toujours d’une grande qualité esthétique  mais c’est l’ensemble  de la clique qui est impressionnant.
Les trottoirs et les rues du centre ville sont envahis de spectateurs; Les cliques avancent lentement dans la foule avec des lanternes en papier et de grandes boîtes éclairées à l’électricité de l’intérieur, couvertes de dessins et de caricatures politiques… en dialecte bâlois qui nous échappent quelque peu . Là aussi, comme à Liestal, mais, en plus urbain,  l’image de cette ville, sans lumière et livrée à cette débauche de cliques qui jouent souvent les mêmes thèmes musicaux dans un calme et un silence total, est hors norme. Il y a aussi plus tard dans cette même journée de lundi une centaine de schnitzelband, sorte de sketches poétiques et burlesques joués dans les restaurants et brasseries .

Délire total d’une ville assez sévère que l’on voit rarement en Europe, même la nuit de notre fête de la musique. Dans la vieille ville, des gens se baladent en attendant que le jour veuille bien se lever sur le Rhin… Il est temps de repasser la frontière en direction de Villars-les- Blamont…

Philippe du Vignal
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Pour Liestal et Bâle, il faut dormir la veille sur place; mais prenez vos précautions( mais vous avez le temps de vous préparer):  vêtements bien chauds,un peu d’argent suisse pour Liestal, où on ne prise guère les euros,aucun objet précieux vu la foule,pas le moindre soupçon d’agoraphobie et l’envie irrésistible de passer une nuit blanche. Mais cela vaut le coup de voir la chose au moins une fois dans sa vie, et les TGV, comme leur nom l’indique, vous emmèneront très vite à Bâle puis à Liestal par le train.

La carte postale sonore  vous écoutez est signée Sylvie Gasteau, créatrice de sons, qui avait notamment conçu et réalisé  une très belle émission sur Yvette Horner à France-Culture l’été dernier, et que nous remercions mille fois. 

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54 ème kapouchnik

54 ème kapouchnik, par le théâtre de l’Unité, à Audincourt, mise en scène d’Hervée de Lafond et Jacques Livchine.

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Jacques Livchine annonce plutôt fièrement à un public de plus de 300 personnes: c’est notre  54 ème kapouchnik.

Kapouchnik  en russe signifie soupe et désigne aussi le pot-pourri  de sketches, chansons, etc…que des comédiens concoctent pour fêter un anniversaire, un départ à la retraite,… Livchine d’origine russe  et de Lafond, grands spécialistes du théâtre d’improvisation, sont basés depuis 2.000 à Audincourt dans la banlieue de Montbéliard,  après avoir dirigé le Théâtre d’art et de Plaisanterie de ce même Montbéliard , ville aujourd’hui durement  frappée par la récession et par la mévente des voitures Peugeot . Ils se sont souvenus des petits spectacles préparés dans l’urgence, que donnaient  des comédiens professionnels américains qui ,sinon, auraient été au chômage , au moment de la grande dépression économique des années 30: The Living newspaper .En utilisant les seuls articles de  la presse courament vendue. En France, selon le même principe mais il y eut aussi  le fameux groupe Octobre avec Jacques Prévert et celle qui deviendra la grande prêtresse du « casting » Margot Capelier .Ils réalisaient  alors en quelques jours  de petits spectacles à visée politique; puis, José Valverde dans la mouvance du Parti communiste.Puis enfin le Théâtre du Soleil, avec des principes similaires dans les années 75 pour dénoncer les différenst poids et mesures de la justice de notre cher pays.

Hervée de Lafond et Jacques Livchine  ont expérimenté leur projet, quand ils dirigeaient des stages professionnels à l’Ecole du Théâtre national de Chaillot que M. Goldenberg, ex-directeur du lieu, n’a jamais voulu reconnaître et que les pauvres  gens du Ministère de la Culture, sauf une plus lucide et plus généreuse,  ont méprisé au-delà de toute attente. Comme quoi, une Ecole de théâtre, cela peut aussi et cela devrait être surtout un lieu d’expérimentation.Enfin, passons; la bêtise est le lot universel du genre humain…

Donc , les deux compères armés d’une des plus solides expériences  de théâtre d’impro  qui soient en Europe , ont imaginé de réunir, une fois par mois, une bande de vingt comédiens venus d’horizons et de régions différents pour réaliser un spectacle d’une quinzaine de sketches à partir d’extraits d’articles de quotidiens, hebdomadaires papier et magazines ou blogs  Internet. Principe absolu: les faits rapportés, souvent étonnants, sont absolument exacts et précis, et traitent de l’actualité la plus récente, à la fois sociale, politique et économique, en France et à l’étranger; par les temps qui courent, la matière ne manque pas.
Mais Jacques Livchine tient absolument à faire remarquer que le Théâtre de l’Unité a sa  sensibilité sociale qui  n’est dictée par aucun parti. «  Nous avons nos colères, notre vision de la société, et nous frappons aussi bien à droite qu’à gauche. Contrairement ce que croyait Souvet, (ex-sénateur-maire UMP de Montbéliard , n.d.l.r ),  rien ne nous inféode à Moscovici et si ce dernier déconne, nous le clamerons haut et fort. C’est ça le contre-pouvoir des citoyens .  C’est aussi la liberté des artistes. »

Et ils ne sont jamais gênés- et  ne se gênent toujours pas – pour  faire de ces articles de véritables pamphlets, avec, quatre ou cinq  comédiens qui changent à chaque sketche. Les conditions matérielles et financières sont un peu  rustiques mais le Théâtre de l’Unité a toujours su vivre de peu : cela se passe dans un grand hall où, autrefois, étaient assemblées les fameuses petites machines à écrire Japy, et que leur a octroyé généreusement la Municipalité d’Audincourt qui a eu le nez fin. Bien entendu, les directeurs de grandes structures de la région comme celui du Théâtre national de Strasbourg  n’ont jamais daigné inviter l’Unité ni même envoyer un émissaire voir ce qui se passait  à Audincourt.

Qu’importe, à une époque où l’on parle souvent dans les dîners parisiens de lien social et autres fadaises, s’il y avait un prix, disons d’une rencontre théâtrale mensuelle du samedi soir, à des années-lumière d’un quelconque  système expérimental cache-misère, le Théâtre de l’Unité l’aurait sans discussion possible. On ne pas vous refiler encore une fois la fameuse phrase de Jean Vilar, mais à Audincourt, on n’est d’un véritable théâtre populaire.

Une petite scène frontale, pas de coulisses, une régie réduite à l’essentiel; aucun décor, pas de véritables costumes, quelques petits accessoires, juste un petit air de fanfare enregistré  entre chaque séquence mais… un public de plus en plus  nombreux et enthousiaste, et  socialement assez mélangé. Une représentation unique, jamais deux , histoire aussi de créer l’évènement.Tiens, tiens :  unique / Théâtre de l’Unité. Ce concept d’unité qu’ Aristote- le premier théoricien du théâtre- considérait  comme très important. …
Pourquoi le public d’Audincourt viendrait-il  à ce rendez-vous mensuel,   avec tant de plaisir s’il ne trouvait pas justement  une unité à ce qu’on lui  propose.?Et d’où vient cette unité ? Sans doute et d’abord, de la qualité du texte et du  jeu : même si ce vrai spectacle est  préparé  et répété une longue journée dans l’urgence, ce n’est jamais dans la médiocrité ni dans une interprétation  approximative (  derrière l’urgence, il y a, bien entendu ,comme un bon paratonnerre , quelques dizaines d’années d’expérience  et de rigueur absolue) et Hervée de Lafond n’a pas l’habitude de faire des cadeaux aux comédiens  à l’heure du bilan …

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Qualité donc mais aussi  quantité  pesée pour chacun des sketches. Aucun amateurisme dans l’écriture, même si- c’est la loi du genre-ils sont  parfois inégaux. Ni trop, ni trop peu, c’est comme pour la pâtisserie… Mais aucun remords possible, puisqu’il n’y a pas de seconde représentation Et c’est d’une précision millimétrique, dans la relation établie entre chaque partenaire mais aussi entre les comédiens et le public . Le  mode de fonctionnement scénique  s’est rodé au cours des années : les faits rapportés sont exacts,  le dialogue  parfois en partie  d’origine est bien construit. Comme il  n’y a aucun miracle au théâtre , c’est dans cet espace / temps  bien défini et pesé que la sensibilité du public peut s’exercer..

Rappelons encore une fois, quitte à paraître gâteux,  la belle phrase de Chikamatsu Monzaemon ( 17 ème siècle ) : « L’art du théâtre se situe dans un espace entre une vérité qui n’est pas la vérité et un mensonge qui n’est pas un mensonge ». Au théâtre de l’Unité,  ce qui est imaginé, donc mis en images  n’est ni vrai au sens strict du terme ni mensonger  mais frappe au  plus juste.Et l’on voit rarement un public, installé tant bien que mal , suivre  un spectacle d’une heure et demi avec autant d’attention. Il y a  au premier rang du public , une  jeune femme devenue récemment aveugle qui ne perdait  pas une réplique. du spectacle…et qui a apporté en remerciement un cadeau  au  Théâtre de l’Unité : une  belle corbeille en osier à plusieurs couleurs qu’elle a tressée elle-même…Cela ne s’invente  pas!         

  Condition sine qua non: il faut s’inscrire bien à l’avance si on veut être sûr d’avoir une place  mais on ne paye « content », comme dit Livchine qu’à la sortie:on donne ce que l’on veut et  la recette varie donc en fonction du  plaisir qu’ aura pris le public. Recette  ensuite partagée à égalité entre chacun des acteurs qui dînent tous ensemble dans la maison chaleureuse du Théâtre de l’Unité qui jouxte la salle.

  Un coup de fanfare et les comédiens se présentent , les uns après les autres , en quelques phrases; Hervée de Lafond décline sans état d’âme son identité et son âge :Hervée Gervais de Lafond de Turin de Montvel , 65 ans depuis avant-hier ; Allichina Allakaye, un des trois comédiens stagiaires nigériens accueillis par l’Unité, dit qu’il est père de douze enfants,  dont quatre neveux qu’il a adoptés après le décès de son frère.Jacques Livchine avoue qu’il se remet mal du décès de quatre de ses proches en dix jours. Marjorie Heinrich nous fait part de ses  horribles ennuis de vision: en tournée, elle a oublié de prendre  avec elle ses indispensables médicaments. Aminatou Assaka, raconte avec un rire communicatif qu’elle a rapporté des boîtes d’aliment pour le chat de sa mère à Niamey mais que les enfants du voisin, entre temps , avaient tué le chat pour le manger…

Bref, la vie, la  maladie, la mort, clle des hommes et des animaux, les soucis quotidiens de tout un chacun  en France comme en Afrique: cette rapide présentation a le grand mérite de créer une cohésion presque immédiate entre le public et les  vingt acteurs.
Les thèmes des sketches varient: cela va dune scène avec Sarkozy , qui est un peu la « vedette » du spectacle, absolument furieux d’un incident technique survenu lors d’un tournage sur la 2 : il parlait à vide depuis une minute….Nonce Paolini , le directeur de la chaîne  fut obligé de se fendre d’une lettre d’excuses à notre cher Président  … Interprèté  par un comédien de grande taille qui marche  à genoux- ce qui rend le choses complètement dérisoires- hurlant  des injures et qui finit par virer tous les responsables du plateau.

On évoque aussi la mort de Gilbert , mort seul et retrouvé quinze jours après son décès : un jeune homme s’occupa de faire une collecte auprès des voisins., pour qu’il puisse avoir un enterrement décent.Il y a  quelques belles répliques d’Hamlet quand on retrouve le crâne de Yorrick le bouffon du Roi. Qu’importe que le public ait reconnu la pièce  de Shakespeare, le silence qui se fait dans le public en dit long sur son attention.dscn1083.jpg Une fois de plus, même en Français, les répliques du grand Will sont tout à fait exemplaires: en quelques mots tout est dit sur notre grande peur à tous  de la mort.

Dramatiques aussi deux histoires : l’une relative à une excision au Niger qui prend ici tout son sens, puisqu’il y a  trois comédiens nigériens en scène.Il y aussi cette triste aventure d’une pauvre vieille japonaise de 84 ans qui  finit par poignarder quelqu’un dans la rue pour pouvoir être mise en prison, où elle trouvera enfin  gîte et couvert,  puisqu’un simple vol ne suffit plus et qu’’il n’ y aucune institution pour la recueillir.

Dans un pays riche où 48% des plus de 65 ans vivent avec l’équivalent du R.M.I…. l’avocate commise d’office lui fait remarquer qu’ils sont 30.000 dans ce cas et que cela ne peut plus durer ! Il y a, juste après , un sketch formidable avec un monstrueux lancer de chaussures et d’injures sur le pauvre Sarko  isolé sur le petit plateau, seul président sans doute à avoir été affublé par la presse d’autant de surnoms méprisants…Et puis Livchine fait, avec beaucoup de sérieux et d’humour,  sa démonstration habituelle à chaque  kapouchnik: « Les chiffres  de Jacques ». Vite fait bien fait, il donne une petite leçon d’économie politique , en comparant les deux miliards de bénéfice de la Société Générale et les trois milliards  de la B.N.P.  aux 260 ou 360 milliards( cela dépend des journaux) de prêt accordés par  Sarkozy aux banques. Ce prêt , dit-il,  rapporte 1, 4 milliard mais est fondé sur un emprunt fait aux banques… et devrait être consacré au social, ce qui ferait environ 22 euros par Français….Livchine voudrait bien comprendre- et nous aussi.

Il se demande enfin pourquoi le prix du blé a diminué de 50% , alors que celui  des pâtes a augmenté de 11%.  Il y a aussi l’inoubliable effet d’annonce de Sarkozy : la gratuité des études dans les lycées français à l’étranger, alors que l’on sait bien que le déficit serait considérable et impossible à tenir…. Toujours courageux mais pas téméraire, Kouchner élude! Livchine donne toujours des des chiffres précis  qui, à chaque fois, obligent les spectateurs à se poser quelques questions! Brecht n’aurait pas fait mieux…

Actualité oblige : pour le dernier sketch : on passe par la case Guadeloupe , où la situation sociale et politique  est crûment rappelée en quelques dialogues bien sentis : au pourquoi vous vous en prenez à l’EDF ? », se succède un «  Pourquoi vous mangez des bananes » ?  Plus loin,  un skieur  à Mégève près de sa Carlita ; il téléphone à Jégo ne hurlant: J’ai déjà acheté un forfait de remontées mécaniques ,débrouille toi tout seul. C’est énorme, mais tout est dit en quelques mots sur la lamentable gestion de cette crise.Et le public n’en finit pas de rire.
Y aller ?  Oui, si vous êtes dans le coin, absolument,et sans restriction, vous ne le regretterez pas… Cette formule a suscité une concurrence … qui  reste  très loin de ce formidable cabaret politique.Le 55  ème kapouchnik aura lieu les samedi 18 avril dans ce même lieu et à la même heure. De plus, la Franche-Comté est un région magnifique et vous pourrez franchir la frontière pour aller acheter en euros du chocolat suisse

On dit à  Audincourt que madame Albanel viendra en personne voir ce fameux kapouchnik dont Carlita lui rebat les oreilles et pour savoir si on ne  pourrait pas créer un partenariat avec  la Comédie-Française, la Maison de la Culture de Bobigny et le Théâtre de l’Unité, sous la houlette de Jack Lang qui ,du coup vu les enjeux ,renoncerait à sa mission à Cuba, mais ce doit être une fausse rumeur. sans fondement.. Mais Hervée de Lafond n’a pas démenti… Alors, allez donc savoir!

       Pour finir, citons tous les comédiens:  comme cela, on ne fera pas de jaloux : Alichina Allakaye, Patrick Barbenoire, Nicolas Geny, Aminatou Issaka, Rahila Omar , sont venus prêter main forte à la  B.I.T. ….Brigade d’Intervention Théâtrale composée de: Zeki Aslan Amedine Bello, Audrey Donzelot, Clément Dreyfus, Youssri el Yaakoubi, Marjorie Heinrich, Magali Jacquot, Hervée de Lafond, Michèle Lautrey, Jacques Livchine, Nathalie Mielle, Gaetan Noussouglo, Marilyn Pape , Fred Goobi Patois, Eric Prevost, Fatima Seddiki, avec l’aide précieuse d’Aurélien Pergolesi et de Fabrice Bouteiller.

La plupart sont professionnels, quelques-un sont amateurs au meilleur sens du terme, mais tous ont une solide expérience des kapouchniks. Et nos trois amis nigériens? Ils n’ont eu aucune difficulté à s’insérer dans le spectacle,ils ont tous en effet l’habitude de jouer dehors, dans des conditions proches de celles du hall Japy, et ils apportent une certaine distanciation ,une autre façon de jouer , sans nuire à la cohésion de l’ensemble.Chapeau!

Le kapouchnik se déplace peu, donc si vous voulez le voir, c’est à deux heures trente de Paris par TGV. Vous aurez toutes les informations sur le site du théâtre de l’Unité.

Philippe du Vignal

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P.S. Pina, une  bonne actrice et grande amie de Jacques Livchine et d’Hervée de Lafond, après treize  ans de fidèle compagnonnage mais aussi de loyaux services dans plusieurs spectacles, est partie; c’était un magnifique et très gentil bouvierimg3464.jpg bernois que nous regrettons tous.

 

la carte postale sonore que vous écoutez est signée Sylvie Gasteau, créatrice de sons et qui avait notamment conçu et réalisé  une très belle émission sur Yvette Horner à France-Culture l’été dernier, que nous remercions mille fois

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Baby Doll


   Baby Doll de Tennesse Williams, mise en scène de Benoit Lavigne.babydollbalanoire.jpg

 

 Tennessee Williams né en 1911, mourut seul, un peu oublié dans une chambre d’hôtel à New York  en 1983 ) alors qu’il  fut à trente quatre ans l‘auteur reconnu et vite célèbre avec sa célèbre Ménagerie de verre ; se succédèrent les autres célébrissimes Un tramway nommé Désir, La Rose tatouée, La chatte sur un toit brûlant, La Descente d’Orphée, Soudain l’été dernier, La Nuit de l’Iguane  que Georges Lavaudant met en scène à la MC 93 de Bobigny, toutes pièces portées à l’écran avec les acteurs les plus prestigieux des Etats-Unis. Mais Baby Doll, le film de Kazan (1956) fut traité par Time magazine » de film le le plus obscène jamais diffusé légalement » et ce crétin de cardinal Spelmann avec ses Ligues pour la vertu ultra cathos réussit à faire interdire le film!  Williams avait écrit le scénario lui-même  pour le cinéma, à partir de deux courtes pièces: Vingt sept remorques  de coton , ( très bien montée récemment en France par Véronique Widocq ) et Le long séjour interrompu. Avec  des acteurs aussi remarquables que  Karl Malden ( La loi du Silence, Un tramway nommé Désir) , Ellie Wallach (qui jouait  Vaccaro), et la merveilleuse Caroll Baker. Tous encore en vie:  les deux premiers ont 96 et 94 ans, elle n’en a que 78 . .. Williams conserve!

 

En 1978, l’auteur  réécrit le scénario d’origine pour en faire une pièce The Tiger tail. Pierre Laville, qui a signé l’adaptation, réduit le nombre de personnages à cinq et semble avoir revu  nombre de dialogues pour en faire une oeuvre plus personnelle mais finalement assez loin du texte d’origine. Et les répliques ont parfois un ton presque boulevardier peu plaisant. Il semble , comme le souligne finement Daniel Loyaza ,le traducteur de La nuit de l’Iguane, pièce  que va mettre en scène Georges Lavaudant à Bobigny que la figure des textes de Williams apparaisse de plus en plus brouillée  par les adaptations que l’on en a fait et que son écriture, pour concrète et vivante qu’elle soit, ait quand même plus  à voir avec le symbolisme  qu’avec le théâtre de boulevard.

  Baby Doll va avoir vingt ans dans deux jours; cette magnifique et pulpeuse jeune femme  a été mariée à dix huit ans par son père mourant-qui voulait la protéger-  à Archie, un entrepreneur de coton assez à l’aise qui avait une belle maison. Avec toutefois,la promesse qu’Archie qui doit avoir la quarantaine, ne  » consommerait » pas le mariage comme on disait autrefois, avant qu’elle n’ait vingt ans. Elle y vit souvent seule, en compagnie de Rose, une vieille tante et de Moïse,un ouvrier agricole noir.
 Mais un jeune voisin d’origine sicilienne,  Silva Vaccaro,   a acheté une nouvelle machine à égrener le coton beaucoup plus performante ,  qui  ruine Archie,  dont la grande maison est déjà vide de meubles qu’il a fallu rendre au magasin. La déchéance est toute proche. Mais Archie n’oublie quand même pas la date anniversaire et  aimerait bien  pouvoir enfin faire l’amour avec sa femme enfant…. qui n’est pas du tout  séduite par cette perspective.Et il ne voit qu’une solution pour échapper à une faillite imminente: aller mettre le feu à l’égreneuse concurrente de Vaccaro.  Ce qu’il fera, mais en faisant jurer à Baby Doll de se taire et en niant les faits  devant lui.

 Vaccaro a vite compris la situation et menacera Baby Doll qui essayera en vain de lui mentir sur l’emploi du temps de son mari le soir de l’incendie; il  lui soutirera un témoignage écrit qui peut envoyer Archie en prison, puis  il  séduira cette proie facile qui ne demande que cela.. .Mais  Archie n’est pas dupe: » Vous me croyez sourd, aveugle et tout le reste » mais Vaccaro se sait en position de force et Baby Doll devient une précieuse  monnaie d’échange. Soit il emmène Baby Doll qui ne demande que cela, soit Archie la garde mais pas pour longtemps, puisque Vaccaro a les moyens de l’envoyer en prison. Et il lui renvoie cyniquement  sa petite phrase quand Archie lui proposait de lui prêter sa machine après avoir incendié la sienne: » entre voisins,  on peut toujours s’arranger ». Fou furieux, Archie, qui a tout perdu , femme et travail, se mettra à tirer des coups de fusil dans toute la maison. Rideau.
 Benoit Lavigne qui avait réalisé  un Roméo et Juliette, et Beaucoup de bruit pour rien au Théâtre 13 , puis  trois petites pièces de Woody Allen au Théâtre de l’Atelier, déborde souvent d’imagination  mais ne dirige pas très bien ses acteurs  qui s’en donnent à coeur joie et sont aux limites du cabotinage. Cela donne quoi pour Baby Doll? Une mise en scène assez conventionnelle  avec un  décor à étage en planches , chichiteux et dangereux pour les comédiens , au réalisme appuyé mais  toc.. L’incendie de la grange , comme la scène de la fin,  quand  Archie pète les plombs, avec une débauche de musique,de coups de feux et de lumière sont vraiment trop  médiocrement traitées.
 Il y a une brutalité et une violence qui irradie  la moindre des scènes de Tennesse Williams,  de Caldwell ou de Faulkner, pour ne citer qu’eux, que l’on ne retrouve pas ici, et qu’avec trois francs six sous, Véronique Widocq avait su, elle, recréer.  Mais le Sud des Etats-Unis, si chers à ces écrivains, est bien absent. Tout est traité ici , sauf à de rares moments, de façon trop gentille, parfois à la limite du boulevard, sur l’air bien connu du mari, de la femme et du futur amant .Et c’est  surtout la direction d’acteurs qui est déficiente:  Xavier Gallais, comédien fétiche de Benoît Lavigne  surjoue les jeunes et beaux siciliens, ténébreux et machos,  sans beaucoup de nuances, et à la limite de la caricature; il y a cependant une très belle scène d’amour sur le capot d’une vieille voiture pourrie où,là, il sait rester sobre et discret.
  Mélanie Thierry ,à 27 ans, a déjà un belle expérience  au cinéma et à la télévision,notamment dans la série produite pour la 2  par Pascale Breugnot, Fête de famille. Et ,même si elle a peu joué au théâtre, elle sait se débrouiller toute seule; et elle a une telle présence et une telle intuition des choses à faire ou pas , qu’elle est toujours crédible. Elle EST Baby Doll sur le plateau avec une sensualité lumineuse , et comment dire,  un mélange de naïveté et de perversité tout à fait étonnant: elle  peut passer d’un sentiment à l’autre d’une façon que pourraient lui envier bien des comédiens plus expérimentés.
  Quant à Chick Ortega qui,lui, aussi a beaucoup tourné au cinéma (Wenders, Jeunet, Gilou), il a  une présence magnifique et fait preuve d’un très solide métier d’acteur, dans le rôle difficile de ce mari beaucoup plus âgé que Baby Doll, aimanté par elle, menteur et roublard,  violent mais pitoyable dans sa déchéance et son malheur. Monique Chaumette joue avec bonheur les vieilles tantes sourdes, tout comme comme  Théo Légitimus, aussi discret qu’efficace: son personnage rappelle que les usines à coton fonctionnaient grâce aux seuls ouvriers noirs.
 A voir? Pourquoi pas, mais seulement  si vous n’êtes vraiment  pas trop difficile et si vous voulez bien considérer qu’il s’agit là d’une adaptation ( l’affiche le précise bien) un peu réductrice, et/ou si vous voulez voir Mélany Thierry et Chick Ortega. Sinon, le DVD du film de Kazan , sorti il y a trois ans,  se trouve un partout.

Philippe du Vignal.

P.S.  1. Vous pourrez en passant  rendre son sourire  à Charles Dullin , autrefois grand metteur en directeur de ce merveilleux petit théâtre, dont la photo est accrochée derrière le contrôle et qui est mort il y a soixante  ans cette année.

P.S. 2   » Si le créateur n’avait pas tout ordonné pour le mieux, du moins avait-il accordé un don inestimable aux animaux, en les privant de la faculté inquiétante de réfléchir sur l’avenir  » Pas mal non ?  C’est signé du grand T. Williams…


Théâtre de l’Atelier,du mercredi au vendredi à 21 heures; le samedi à 17  et à 21 heures; le dimanche.

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