Paroles, pas de rôles

Paroles, pas de rôles de Matthias de Koning, Damian de Schrijever et Per Van de Eede.

    Les auteurs sont trois des comédiens des collectifs belges et néerlandais Tg stan, De Loe et Discordia,  que l’on avait déjà pu voir au  dernier Festival d’Automne ( My Dinner with André) et, notamment en novembre dernier au Théâtre de la Bastille ( voir l’article de Barbara Petit dans le Théâtre du Blog). Et c’est une sorte de carte blanche que Muriel Mayette  leur a donné en leur confiant un atelier de création, pendant plusieurs semaines avec cinq acteurs du français: Coraly Zahonero, Laurent Natrella, Nicolas Lormau, Julie Sicard et Léonie Simaga. Avec une proposition: relire, 20131.jpg des morceaux de textes classiques,- Molière, Diderot, Racine, Tchekov entre autres, en se lançant de temps en temps dans quelques improvisations

 Cela se passe dans la salle du Vieux-Colombier, créé par Jacques Copeau en 1913,  avec une scénographie bifrontale; peu d’éléments sur le plateau: une pannière qui fait office de baignoire où Léoni Simaga fera trempette avec  des fumigènes pour figurer la vapeur de l’eau chaude (!!!!!!!),  une porte qui bascule avec au-dessus un seau en zinc qui se renverse, quelques chaises, une table …Et des batteries de projecteurs en quantité… Et, bien sûr autant de fils qu’il est nécessaire sur le côté Jardin pour manipuler à vue les pendrillons blancs.
Les comédiens sont très à l’aise, même si on ne croit pas une seconde à ce théâtre dans le théâtre qui est une des plaies du spectacle contemporain-tous genres confondus-Les Flamands font en général  preuve de plus d’innovation! Donc , ici, l’on a donné soi-disant priorité à l’acteur,et à une volonté de faire dans la création collective… Cela nous rajeunit mais Ariane Mnouchkine et Le Théâtre du Soleil  pour 1789, 1793 ou l‘Age d’or, sans vouloir jouer les grands-pères donneurs de leçons, y mettaient une autre imagination.
Au début, ce n’est pas la peine de se le cacher, les cinq compères arrivent à nous faire rire mais, c’est un peu comme une machine qui n’arrive pas à vraiment fonctionner, on commence à s’ennuyer, alors que le spectacle ne dure que 75 minutes…  Non, cela n’a rien à voir avec le théâtre de tréteaux  comme annoncé,  que  l’immense Jacques  Copeau pratiquait à une centaine de mètres du théâtre sur la Place Saint-Sulpice…
L’insolence, le jeu fait d’immédiateté et de relation directe avec le public ne sont pas au rendez-vous, même si Nicolas Lormeau offre gentiment  des chocolats au premier rang du public. Certes les cinq acteurs ont une diction irréprochable et quand ils disent quelques vers de Racine, tout d’un coup, il se passe quelque chose: sans doute alors  se sentent-ils davantage dans leurs univers. Léonie Simaga est tout à fait charmante comme Coraly Zahonero et Julie Sicard, mais il y a, dans tout le spectacle, un côté bcbg difficilement supportable. Comme si les trois auteurs du spectacle, sans doute flattés de l’invitation qui leur avait été faite de jouer dans le plus important  des théâtres officiels français avaient eu du mal à trouver leurs repères.  Comme s’ils avaient-fait un petit copié/collé des méthodes   politiques actuelles- et confondu apparence de l’efficacité et efficacité. Et les gags ne sont pas très fameux: comme ce roulage sans fin d’une pâte à tarte qui finit en boule que les comédiens se renvoient comme un ballon.
Et, à écouter ces dialogues bien propres sur eux, on a  du mal à croire un instant qu’il s’agit  de véritables impros: surtout quand on a vu celles des fameux kapouchnik ( cabarets politiques) du Théâtre de l’Unité qui doivent en être à leur soixantième édition mensuelle, là-bas très loin à Audincourt près  de Montbéliard…
et qui se  jouent à chaque fois à bureaux fermés;
Allez, Muriel Mayette, prenez le TGV pour Montbéliard, Jacques Livchine viendra vous chercher à la gare , il vous offrira de la bonne soupe dans la grande salle à manger du théâtre  et vous ne regretterez pas votre soirée , cela vous sortira de vos ors et de vos velours rouges! Bref, le mariage était sans doute impossible entre deux univers radicalement différents; et pour reprendre la célèbre formule de Brecht, l’eau ne se mélange pas à l’huile!
Le public semble malgré tout passer quelques bons instants ( c’est le mot « instants » qui vous choque, braves amis lecteurs!) mais,  rapport qualité/prix, payer 28 euros pour une série d’impros , que bien des théâtres offrent en guise de remerciements à la fin d’une saison., c’est un peu cher. Alors à voir? A vous de juger,  mais on n’a guère envie d’y retourner: ce sera le mot de la fin.

Philippe du Vignal

Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 28 février.


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On purge bébé et Léonie est en avance

On purge bébé et Léonie est en avance de Georges Feydeau mise en scène de Gildas Bourdet.

  onpurgebebeleonieestenavancetheatrefichespectacleune.jpg  Feydeau a été beaucoup joué la saison passée, y compris dans les grands centres dramatiques comme celui de Nanterre avec Les Fiancés de Loches, mise en scène de Jean-Louis Martinelli et au théâtre de l’Athénée avec  La Puce à l’oreille montée par Georges Golub. Cette fois, il s’agit de deux pièces mineures de cet auteur adulé du public  décédé il y a déjà presque un siècle, dont la seconde avait été mise en scène par Didier Bezace en 84 pour le Festival d’Avignon, et plus récemment par Laurent Laffargue avec une actrice:(si, si) comme la grande Nada Stancar.
 Œuvres  mineures donc,  et loin de l’excellence des grandes pièces de Feydeau. Comme écrites assez vite sur un coin de table et-heureusement- pas très souvent jouées…. On purge Bébé est une sorte de farce: Monsieur Follavoine dirige une entreprise industrielle de porcelaine et cherche à décrocher un marché particulièrement juteux, celui de pots de chambre incassables pour l’armée française. Et il a invité son ami Chouillou , fonctionnaire important au Ministère de la Guerre, son épouse et l’amant de son épouse à dîner, pour essayer de faire avancer ses affaires.
Mais le petit garçon des Follavoine est constipé et refuse de prendre un médicament purgatoire… Comme vous l’avez tous deviné, l’intrigue est tout à fait passionnante! Bien entendu, comme vous ne vous y attendez sans doute pas , le pot de chambre réputé incassable par Follavoine ne résistera pas à deux lancers expérimentaux, et Follavoine s’en trouvera fort dépité….

 Dans  un décor de salon bourgeois maquillé de grandes marbrures  comme sur les pages de garde des livres du 19 ème siècle, les acteurs essayent de donner vie à cet ersatz de Feydeau en criant et en surjouant, ce qui est sans doute la pire des méthodes pour être un tant soit peu convaincant.
Seul Dominique Pinon, ( Chouillou) , dès qu’il arrive, réussit par sa présence et la précision de son jeu à imposer son personnage. Tout se passe comme si Gildas Bourdet  avait répondu à une commande mais ne s’était guère soucié de la qualité des textes qu’il avait à mettre en scène ni de la façon de les faire jouer;  sans doute, aurait-fallu surtout les monter avec plus de sobriété et  sur un rythme plus rapide.

 Léonie est en avance, qui  fait parfois l’affaire de jeunes compagnies dans le off d’Avignon,  n’offre guère plus d’intérêt… La jeune et belle Léonie est sur le point d’accoucher: affolement généralisé dans la famille: le mari de Léonie  désemparé , semble  dépourvu de tout sens pratique et se fait ridiculiser par son beau-père qui a  envie de régler quelques comptes avec son gendre ; il l’ accuse en effet de ternir sa réputation à lui, homme respectable;  en effet le bébé va faire son entrée dans le monde au bout de huit mois de mariage seulement… Et cela va faire jaser!
 Quant à la mère de Léonie, elle est évidemment odieuse… Arrive enfin  alors une  sage-femme autoritaire qui veut tout régenter dans la maison. Bref, les femmes sont mesquines, jalouses  et les hommes prétentieux et ridicules:  comme souvent chez Feydeau, l’humanité n’a rien de très séduisant!   Mais rassurez-vous, bonnes gens, tout va rentrer dans l’ordre quand on s’apercevra que la grossesse de Léonie n’était que nerveuse…. Vous ne riez pas ? Tant pis pour vous!
 La plaisanterie dure quand même quelque deux heures et demi avec, en plus,  vingt minutes d’entracte!  Reste maintenant à savoir pourquoi et comment un metteur en scène comme Gildas Bourdet qui, autrefois, a conçu de belles et intelligentes mises en scène peut  avoir eu envie de s’attaquer à deux pièces vraiment très faibles  comme celles-ci, dont le seul dénominateur commun semble être les à-coup du fonctionnement du corps  humain.
Reste à savoir aussi comment un théâtre comme celui du Palais-Royal peut penser trouver un public concerné par une soirée aussi pimentée. Et le public? C’est un peu rassurant; certes il saluait poliment  des comédiens connus comme Cristina Reali, Pierre Casssignard et Dominique Pinon mais les applaudissements n’avaient rien de délirant.

 Alors à voir? A moins d’être pervers , sûrement pas… Feydeau, oui, bien sûr mais quand il s’agit de ses grandes pièces, et correctement montées.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre du Palais-Royal.

Sur la Route

Sur la Route,  conception et mise en scène d’Antoine Rigot.

   surlaroute01.jpg Antoine Rigot avec Agathe Oliver avait créé un duo sur le fil qui lui avait valu le Grand Prix national du Cirque en 93. Mais en 2000, il fut victime d’une chute;  après l’ épreuve douloureuse qu’il a subi, et , malgré son handicap,  il a quand même décidé de continuer à remonter des spectacles-dont le dernier vient d’être joué à la Ferme du Buisson-et à en être l’interprète.
Avec ce que l’on peut imaginer , d’énergie surhumaine et de volonté physique pour s’en sortir après une difficile rééducation. Sur la Route s’inspire d’Œdipe sur la Route, roman d’Henry Bauchau. Chassé de Thèbes, Œdipe reprend la route,  comme Antoine Rigot.  » Je ne veux pas , dit-il, travailler sur la tragédie d’Œdipe ni sur son mythe moderne, je veux travailler sur ma terrible histoire et sur le chemin à parcourir pour me reconstruire. Comment continuer à vivre, artiste physique au corps blessé. Où est ma place? »

  Et il se met en scène , lui avec son corps blessé et une jeune  funambule finlandaise Sanja Kosonen: c’est comme une sorte d’étrange duo: il ne la quitte pas des yeux, très attentif , et elle le regarde comme s’ il était son père ou son frère,  présence indispensable  aux prouesses techniques qu’elle réalise sur le fil.Sur un dispositif triangulaire fait de barres d’acier inox et et de câbles tendus, imaginé par Antoine Rigot et Patrick Vindimian , et qui constitue en lui-même une belle sculpture d’art minimal.
La parenté avec le texte de Bauchau  et  le mythe d’Œdipe n’est pas évidente, et l’on ne sait pas trop bien ce que l’on vient voir pendant 50 minutes. Si l’on posait la question de façon cynique, le spectacle, avec la seule performance de Sanja Kosonen, se suffirait-il à lui-même? Chacun y répondra en fonction de sa propre sensibilité, mais restent dans la mémoire quelques belles images, surtout celles du début du spectacle où il est couché et où elle le tire en l’injuriant en finlandais et arrive à le relever, et celles  de la fin où la jeune funambule aide Antoine Rigot à se hisser sur le fil et à lui faire faire quelques pas jusqu’à une petite plate-forme, comme pour dire que rien n’est définitivement perdu…

 Les spectateurs dans leur majorité, surtout les plus jeunes, étaient  conquis,  quelques professionnels  qui étaient près de nous semblaient plus partagés devant cet ovni, dont l’auteur semble revendiquer à la fois la forme théâtrale et circassienne, ce qui est loin d’être évident à réaliser. Mais l’on sent une telle énergie et une telle volonté d’en découdre chez Antoine Rigot que l’on peut être sûr qu’il finira par trouver sa nouvelle route à lui.

Philippe du Vignal

Spectacle vu à La Ferme du Buisson à Noisiel, et actuellement en tournée ( voir le site de la Compagnie des Colporteurs):

399 secondes

399 secondes de Fabrice Melquiot mise en scène de Stanislas Nordey, collaboratrice artistique Claire-Ingrid Cottenceau.

    f56a4aeac3901dea2.jpg399 secondes, c’est, nous explique Fabrice Melquiot,  la durée de l’éclipse qui a eu lieu l’an passé mais qui n’était visible que de certains points du globe. C’est une métaphore pour nous parler de « ce que l’on nomme jeunesse qui ne dure pas longtemps, dans l’interstice entre « enfance » et  » âge d’homme » où se jouent des singularités empruntées, s’échafaudent des plans dérobés, s’esquissent des caractères modelés sur d’autres. »
Ce pourquoi, ajoute Fabrice Melquiot, la plupart des personnages  portent en eux l’écho de héros mythologiques ». Par mythologie, l’auteur désigne celle des héros grecs de l’Antiquité grecque: Orphée, Pandora, Faéton, ou Danaé. ; quant aux lieux juste nommés mais non représentés, ce sont:  un squat à Berlin, puis un musée à Oslo, un cargo en mer, un aéroport ou des rues de Shangaï.

 Les personnages sont  quinze jeunes gens , garçons et filles qui vont dire le texte de Melquiot dans une sorte de maison aux murs blancs, eux-même tous habillés de combinaisons féminines ( ce qui va mieux aux jeunes femmes qu’aux hommes!). Ils disent à la fois le monde des vivants et celui des morts, la passion physique, le passage de la vie à la mort  soit à tour de rôle soit à deux soit tous  à la fin dans une sorte de choeur; la scène est seulement éclairée par  quinze tas de guirlandes d’ampoules  à lumière blanche mais variable posés au sol.
 Même s’il  possède souvent de belles fulgurances poétiques, le texte de Fabrice Melquiot  a parfois un peu de mal à passer,  sans doute à cause de longueurs dans la dernière partie. Et l’ on ne comprend pas très bien ce qui a poussé Nordey à le choisir ; certes, il s’agissait de présenter la sixième promotion de l’Ecole du Théâtre national de Bretagne et les textes contemporains, et  même classiques où il est possible de donner un morceau de gâteau à peu près identique à chaque  élève ,ne sont pas légion…
  C’est en effet un cas de figure un peu particulier , puisque le metteur en scène ne choisit pas ses comédiens, alors  que  le but de l’opération est  de les mettre chacun en valeur , en évitant quand même au maximum l’exercice de style: comme on le voit , la chose n’est pas des plus faciles!  Mais ne vaut-il pas mieux alors  choisir plusieurs pièces, comme l’avait  fait Jean-Claude Durand, quand il avait remarquablement monté une oeuvre  de Dea Loher et  une autre de David Gieselman avec les élèves de Chaillot sur ce même plateau de Théâtre Ouvert et sur cette même durée de deux heures environ. Mais , comme dans 399 secondes,  il y a très peu de de véritables dialogues, et l’on discerne mal les talents de chacun;  les garçons, eux semblent beaucoup moins à l’aise, sans doute à cause d’une gestuelle peu adaptée. Parmi les jeunes comédiennes, nous avons donc tout de même repéré:  Marine de Mizsolz, Emilie Quinquis  et Anne-Sophie Sterk.
Cela dit, la mise en scène  de Nordey, est absolument rigoureuse et les comédiens font preuve de professionnalisme: une spectatrice ,victime d’un malaise ayant dû être évacuée, et donc le spectacle interrompu trois minutes,  il n’y a eu aucun mouvement de panique sur  scène, même quand , après la reprise, certaines répliques du texte  faisaient penser bizarrement à un possible décès. Une des comédiennes a réussi à réfréner son fou rire et tous sont restés concentrés  et  ont repris le jeu, ce qui suppose une déjà une belle maîtrise de la scène…
 Alors à voir? Oui, si vous voulez découvrir quelques-uns des futurs comédiens de demain et une mise en scène de qualité,  mais le texte de la  version jouée  de Melquiot  qui, dit-il, a  » ajouté ou étoffé certains personnages du manuscrit original spécialement pour le spectacle » -ceci explique peut-être cela- n’ est pas franchement convaincant.

Philippe du Vignal

Théâtre Ouvert 4 bis Cité Véron 75018 Paris  jusqu’au 6 février.

Solomonde

Solomonde, spectacle écrit par Lucie Gougat et et jean Louis-Baille ,  mise en scène de  Lucie Gougat et  jeu de Jean-Louis Baille.

solom.jpgC’est un peu comme une mauvaise farce, celle  d’un clown qui voudrait bien sortir de sa pièce, mais qui ne le peut pas : le monde extérieur lui fait peur. Il n’y a pas grand chose sur scène: un fauteuil en cuir 1930, un paravent bleu foncé et une porte dans le fond. Solomonde rêve de tout et de rien , surtout de pouvoir sortir; il a peu d’accessoires avec lui juste une grande valise d’autrefois d’où il fera surgir une petite cheminée d’où il fera surgir un petit ( faux bien sûr). Il a aussi une cuirasse avec un casque, ce qui fait un curieux contraste avec son nez rouge et son chapeau en carton à ailettes. C’est un personnage aussi angoissé que comique, et qui possède une volonté farouche d’en découdre avec l’univers hostile qui l’entoure.
 Lucie Gougat a cru bon de mettre -manie de ces dernières années- une vidéo où on voit Solomonde sortir par la vraie porte. Pourquoi pas? Mais cela ne présente guère d’intérêt: il y a cinquante ans, l’on aurait crié au miracle et au tour de magie, mais comme maintenant la vidéo est partout jusque dans le métro, les bus et les bureaux de poste, cela ne fascine plus personne, même les enfants.. La gestuelle est d’excellente qualité mais le texte est souvent très faible, ce qui affaiblit le traitement poétique de l’image. La tête que s’est faite Jean-Louis Baille est surprenante et il possède un incontestable  métier: mais si l’ on ne s’ennuie pas vraiment, l’ensemble n’a tout de même rien de bien passionnant. On sourit parfois mais ce n’est pas la franche hilarité que l’on pouvait soupçonner au début du spectacle.
 Alors à voir? Pas sûr du tout. C’est sans doute un spectacle techniquement tout à fait au point mais qui manque à la fois d’un vrai texte  et d’une petite flamme délirante qui l’ ouvrirait  sur un univers poétique personnel comme celui de James Thierrée. Le public vincennois n’avait pas l’air mécontent, sans pour autant  paraître vraiment enflammé de bonheur.

Théâtre Daniel-Sorano 16 rue Charles Pathé Métro Château de Vincennes jusqu’au 21 février.

Vienne 1913

Vienne 1913, comédie dramatique d’Alain Didier-Weill, mise en scène de Jean-Luc Paliès.

 vienne.jpg C’est l’histoire à  Vienne ,  dans les années 1913 d’un jeune homme très pauvre qui vient d’avoir vingt ans; il est  SDF ou à peu près , dort là où il peut, sur un banc de square ou dans des asiles de nuit; il suit des cours à l’ Ecole des Beaux-Arts  et il essaye de vendre. ses dessins. Parfaitement inconnu, il le deviendra assez rapidement: il s’appelait Adolf Hitler.
Vienne est une capitale brillante avec des peintres et des artistes exceptionnels,  et Hitler, même pauvre et inconnu,  va finir par fréquenter l’intelligentzia de la ville. Il y reviendra  quelques années plus tard pour proclamer l’Anschluss…
Mais  Alain Didier Weill explique qu’il n’ a pas voulu faire de ce jeune Hitler une brute raciste mais a  essayé de comprendre pourquoi le pire avait côtoyé le meilleur dans la capitale mythique de l’Autriche il y a déjà un siècle maintenant, et a enfanté la barbarie la plus violente depuis longtemps..Il y a la fois les tenants du nationalisme le plus virulent, des marxistes mais aussi des antisémites.
On voit ainsi Freud le cigare au bec et son disciple Jung avec lequel il va se brouiller, première scission dans le mouvement psychanalytique encore dans l’enfance, et un jeune homme,  Hugo , antisémite,   que Jung enverra consulter Freud.
gardien1.jpgJean-Luc Paliès a conçu son spectacle- dont c’est ici une reprise-comme une sorte d’oratorio avec deux chanteuses, un musicien :Jean-Claude Chapuis qui joue sur des verres en cristal, et plusieurs récitants qui incarnent les différents personnages; c’est rigoureusement dirigé,   le jeune acteur Miguel-Ange Sarmiento qui incarne Hitler est  remarquable, et Jean-Luc Paliès recrée un Docteur Freud tout à fait crédible.
Mais du côté dramaturgie, c’est beaucoup moins bien et les petites scènes se succèdent aux petites scènes, avec de temps en temps, une partition chantée ou jouée.Il y parfois des moments  pleins d’humour. Mais l’ensemble n’ a rien de très passionnant et a des côtés pédagogiques dont on aurait aimé être dispensé; il n’y a pas vraiment de fil rouge et  les discussions entre Freud et Jung semblent plaquées, sorties tout droit d’une pas très bonne série télé, même si l’auteur sait ce dont il il parle, puisqu’Alain Didier Weil est psychiatre et psychanalyste.
En fait,  quel que soit l’intérêt que l’on peut porter à une évocation de l’esprit qui souffla sur Vienne autrefois, la forme hybride d’un oratorio-fiction dramatique n’était  sûrement  pas la mieux adaptée…. Mais le spectacle, dit le petit  programme sans beaucoup de scrupules, bénéficie d’une écriture intelligente et d’une mise en scène très étonnante( sic). Puisqu’on vous le dit! Encore une fois même  si la mise en scène est rigoureuse,, elle aussi des côtés brouillons, ce qui n’est pas incompatible et  le spectacle hésite constamment entre la forme de l’oratorio et celle d’un comédie avec des personnages historiques.
Alors à voir?  Pas sûr du tout!

Philippe du Vignal

Théâtre du Lierre, 28 rue du Chevaleret,  jusqu’au 24 janvier.

Note à benêts: 

  Le directeur du lieu:  Farid Paya demande à l’entrée  de son  théâtre que l’on signe une pétition contre la diminution des ses moyens  par la DRAC Ile de France, ce qui est parfaitement son droit mais quand il prétend que ce sont quelques experts de la commission théâtre qui ont décidé de cette mesure, cela relève de la manipulation et/ou de la mauvaise foi. puisqu’il sait très bien que c’est la seule DRAC qui décide, et non les experts dont l’avis est seulement consultatif.

Le Cas Jekyll

Le Cas Jekyll , adaptation de Christine Montalbeltti de Dr Jekyll et M. Hyde de Robert Louis Stevenson, mise en scène de Denis Podalydès et d’Emmanuel Bourdieu.

     resizesmmedia1fichierjekyll2.jpgRobert Louis Stevenson, l’auteur britannique de L’Ile au Trésor fit paraître en 1886 sa fameuse nouvelle Docteur Jekyll et M. Hyde qui connut depuis plus de cent ans, nombre  d’adaptations au  théâtre , au cinéma, à la télévision, en bandes dessinées comme en chansons. A part Faust, il n’y a sans doute pas eu de  mythe plus célèbre que celui créé par cet écrivain. Et  ce médecin  obsédé par l’idée du bien et du mal , qui met au point une sorte de drogue pour l’aider à plus de clairvoyance, et qui, finalement, se laisse emporter par son double horrible et monstrueux qu’est M. Hyde,  n’a pas fini de nous hanter, chaque époque renouvelant le personnage…
  Donc, Denis Podalydès,  devenu l’acteur fétiche de la Comédie-Française et que l’on a pu voir récemment dans L’Avare,  s’est emparé à son tour du personnage dans une sorte de récit/monologue, en fait réécrit par Christine Montalbetti où l’on nous raconte l’histoire de ce  Dr Jekyll qui va se transformer en M. Hyde ,incapable de résister à ses pulsions malfaisantes  et criminelles comme disent tous les assassins devant  les tribunaux. Dans une sorte de dédoublement de la personnalité que nous avons tous ressenti à certains moments de notre vie.  Podalydès se transforme ainsi avec virtuosité, avec seulement un gant plein de poils hirsutes  et une perruque, en M. Hyde.
  Dans une chambre sordide,  éclairée d’une lumière glauque où il nous détaille d’un air complice ses tribulations,  avant de se mettre à frapper violemment un édredon, métaphore du corps qu’il est en train de saigner à mort. Et, quand il s’avance, dans une sorte de danse de mort,  le corps un peu disloqué, juste appuyé sur deux cannes, comme une marionnette, il est aussi  franchement inquiétant que fascinant. Du grand art d’acteur.
  Ce type de double personnage est évidemment du gâteau pour un comédien brillant comme Denis Podalydès, seul en scène,  qui joue constamment sur cette dualité profonde de l’être humain, et sur la lente déchéance qui va conduire le Docteur Hyde à sa perte.
Rien à dire : la prestation du comédien est brillante, un peu trop parfois,, comme si Denis Podalydès se laissait entraîner et  voulait nous prouver qu’il peut  passer facilement du vieux grigou d’ Harpagon à celui de ce double personnage.
Ce monologue a été conçu pour lui, mais disparaissent,  en même temps,  la trame réelle et  les  détails angoissants qui font le charme de la longue nouvelle… Le public est admiratif mais ne semble pas quand même vraiment convaincu par cette adaptation qui semble quand même un peu ( beaucoup?)  faite pour une démonstration d’acteur.

   Enfin, cela fait quand même du bien de voir la Salle Gémier bourrée à craquer, même par ces temps de froidure, et  rendue au théâtre, loin des mises  en scène approximatives et assez prétentieuses  de Jean-Baptiste Sastre et des ersatz de spectacles de Sophie Perez, programmés par Ariel Goldenberg, l’ancien directeur de Chaillot. Alors  à voir: oui, si vous voulez voir Denis Podalydès, plus brillant que jamais;  sinon, il y a sans doute d’autres priorités…

Philippe du Vignal

Théâtre national de Chaillot, T: 01-53-65-30-00 jusqu’au 23 janvier.
  

Reprise d’un triomphe ou Le Songe d’une nuit bastiaise

  Reprise d’un triomphe ou Le Songe d’une nuit bastiaise de Noël Casale, conception, réalisation d’Hubertus Bierman, Noël Casale et Pascal Omhovere.

  Noël Casale explique dans le programme qu’il avait écrit en 2006 une comédie Forza Bastia qu’il voulait faire jouer à Bastia sa ville natale mais que, malgré mille promesses, un an après, ne fut toujours « ni acceptée ni refusée ». Ce qui, dit-il, l’a profondément blessé et qui l’a fait penser aux réalités propres de  la Corse , qu’il a dû fuir dès l’adolescence, où les abcès s’enflent pendant des années, » la Corse dont certains membres s’effondrent souvent dans des accès de brutalité inouïe-délinquance, terrorisme, mafia alors que d’autres plongent dans la dépression, l’alcool, la drogue, le suicide ». Et les trois autres pièces  de Casale comme Reprise d’un triomphe ont pour cadre Bastia de nos jours,  ce qui permet visiblement à l’auteur de régler ses comptes avec la ville et son île cependant tant aimée…
   La pièce  se donc passe à Bastia l’été prochain, comme il  dit,  dans un petit hôtel  minable de la vieille ville où, une nuit,  Marc Aurèle, qui vit dans une chambre où courent les cafards et son copain Dean Martin,  refont le monde dans le hall vieillot . Marc Aurèle rêve  d’un avenir meilleur sans trop y croire. Et Dean Martin , parle d’archéologie comme d’un vieux fantasme: il voudrait partir à la recherche du squelette de John Wayne;  à la fin, débarque,  à l’aube,  un de leurs copains, un certain Ulysse qui leur raconte une histoire de  gangsters qui ont abandonné une valise bourrée de  de billets- il y en a pour cinquante millions de dollars  qu’il leur offre pour qu’ils puissent réaliser leur rêves à tous les trois…
  Noël Casale dit qu’il lui est apparu quand il a écrit cette histoire  « que l’enjeu devait porter une nouvelle fois sur le rapport que ces hommes ont avec la parole ici un rapport continuellement ambigu ». …. On veut bien mais, passées les cinq  premières minutes où dans  une scénographie bi-frontale- hors  normes de sécurité! Régis Hébette, le directeur du lieu ferait bien de revoir les choses!- est recréé ce hall d’ hôtel minable  éclairé par quelques petites lampes, le compte n’y est pas tout à fait.
En effet, même si les acteurs font leur travail tout à fait correctement, comme le dialogue, qui a tout du bavardage,  semble être du genre écrit sur un coin de table et n’a rien à voir avec une quelconque parole proférée comme le voudrait son auteur, rien n’est très crédible et  un ennui de première qualité ne tarde pas à s’installer.
On comprend bien l’attachement de Noël Casale à sa ville de Bastia mais ces personnages qu’ il voudrait faire vivre devant nous n’existent guère scéniquement et c’est bien pourquoi ces scènes  d’atmosphère qu’il voudrait installer
ont tant de mal à surgir…
  Alors à voir? Non, pas vraiment; nous n’avons jamais  senti « la relation particulière qu’une communauté ( des gens de Bastia) peut avoir avec la parole », ce qui devrait être le fondement de la pièce,  du moins,  si l’on en croit Casale. Et ce ne sont pas les-très courts- moments de grâce où Dean Martin joue de son petit harmonica tassé dans son fauteuil qui peuvent sauver le spectacle.. Et cette semaine,  entre le Théâtre de la Madeleine et l’Echangeur, aux antipodes l’un de l’autre, -privé, tapis rouge et vedette/public, ciment et pas de vedettes, le moins que l’on puisse dire est que, de toute façon,  le texte n’était pas à l’honneur! Il y a des jours comme cela, c’est la vie du théâtre parisien…

Philippe du Vignal

L’Echangeur, jusqu’au 17 janvier du lundi au samedi à 20 h 30 et le dimanche à 17 heures, relâche le mercredi.

La Ballade de la geôle de Reading

La Ballade de la geôle de Reading d’Oscar Wilde, mise en scène de Céline Pouillon.

  laballadementionobligatoirethierrycohenpourlacompagniecelinepouillon.jpg Oscar Wilde ( 1863-1900) est  l’auteur irlandais – comme Beckett et combien d’autres dramaturges de langue anglaise- de comédies pétillantes  comme L’Eventail de Lady Windermerle, Un femme sans importance ou Il importe d’être Constant mais aussi de textes esthétiques et de cette fameuse Ballade de la Geôle de Reading où il fut enfermé, entre autres prisons britanniques, pendant deux ans,   à la suite d’une condamnation pour homosexualité.. après un procès qu’il intenta au  père de son jeune amant, Sir Alfred Douglas et qui se retourna contre lui… Comme l’explique très bien Odon Vallet dans un essai  intitulé avec beaucoup d’humour  L’ Affaire Oscar Wilde ou Du danger de laisser la justice mettre le nez dans nos draps
Libéré en 97, Wilde s’en ira près de Dieppe et mourut dans la misère à Paris  d’une méningite trois ans plus tard. La Ballade  de la Geôle de Reading a comme point de départ la prochaine  pendaison d’un jeune officier, Charles Thomas Wooldridge qui , un soir d’ivresse,  a étranglé sa femme, et qui fut exécuté puis enterré dans l’enceinte même de la prison de  Reading, quelques mois après son arrestation.
C’est sous  la forme d’une ballade avec ses vers lancinants, en octosyllabes alternant avec des hexasyllabes,  que Wilde a choisi de parler de cette lamentable histoire. Mais c’est surtout le prétexte pour l’écrivain  de nous confier une  réflexion poétique sur la vie, l’amour , le crime et  la mort de ce prisonnier comme lui , qu’il trouve si peu différent des autres hommes, même s’il est passé à l’acte, dans sa folie d’aimer. Wilde, pour qui » vivre est la chose la plus rare, alors que la plupart se contente d’exister » , ne veut surtout pas juger :  » Il avait tué son amour. Pourtant chacun tue ce qu’il aime, (…) Certains le tuent quand ils sont jeunes , certains à l’âge de la mort. Le plus humain prend un couteau pour que le froid aussitôt gagne le corps ».
Wilde dit aussi avec précision et poésie à la fois, les choses du quotidien de la prison: le regard des matons dans l’oeilleton des cellules, « étonnés de voir prier des hommes qui n’avaient jamais prié »,  la « petite tente bleue qu’est le ciel pour les prisonniers », et , après l’exécution du malheureux officier, « la chaux ardente qui,  très lentement, ronge chair et os ,tour à tour pendant la nuit les os cassants ,et la chair tendre pendant le jour ».   Céline Pouillon a choisi de mettre en scène cette ballade de la façon la plus sobre possible, et elle a eu raison.

  Un plateau nu et deux comédiens: sa soeur jumelle Julie Pouillon et Stanislas Nordey; elle a réalisé un beau travail sur la langue et la métrique de cette Ballade; et cette méditation grave est remarquablement dite, avec beaucoup de précision et de rigueur, mais sans  excès ni pathos. Avec juste, quelques phrases musicales ; et c’est une bonne idée d’avoir réparti le texte entre un homme et une femme, puisqu’il s’agit finalement de la conclusion tragique d’un amour malheureux, comme toutes les époques en ont connu.
On ressort de là  assez secoué par  les images que Céline Pouillon a réussi à faire surgir du texte de  Wilde, qui,  bien connu, acquiert une véritable dimension théâtrale quand il est porté à la scène de cette façon. Au chapitre des petites réserves:  la corde qui pendouille dans le fond, éclairée par un pinceau lumineux et les deux palettes l’une sur l’autre pour figurer les murs de la  prison n’ont strictement  n’a aucun intérêt.
Comme Céline Pouillon, doit tenir à ses idées, c’est sans doute  vain ( mais on le lui dit quand même) de lui suggérer de gommer ces deux éléments et d’habiller sa soeur autrement qu’avec cette  longue robe rouge, très belle mais assez chicos: le symbole est un peu gros, d’autant que Nordey a lui, une veste et un pantalon en coton, très usagés. Un costume qui détonne un peu et même beaucoup- dans ce dépouillement, c’est dommage. Notre cher maître à tous:  Roland Barthes que nous citons souvent quand il s’agit de costumes, n’aurait sans doute pas apprécié…
Mais que ces surlignages inutiles ne vous empêchent surtout  pas d’aller voir ce spectacle qui possède la vertu, si singulière aujourd’hui,  d’être à la fois court et d’une  densité assez exceptionnelle..

Philippe du Vignal

 

Maison de la Poésie,  jusqu’au 6 février du mardi au jeudi à 20 heures et le dimanche à 16 heures.

 A signaler:

  Deux événements majeurs au centre Georges Pompidou : d’abord,  de la  chorégraphe Anna Halprin et d’Anne Collod et guests, Parade & Changes, Replays , création collective, à partir des gestes du quotidien, dirigée par  celle qui a surtout influencé la post-modern dance américaine. Ce sera  les 21, 22 et 23 janvier dans la Grande salle.( Voir l’article sur son livre dans Le Théâtre du Blog de décembre) .
 Et  au cinéma 1 de Pompidou, le film de Chantal Ackerman ( 1983) sur les meilleures des pièces de Pina Bausch décédée brutalement en juin dernier. Mais aussi   le film qu’elle réalisa elle-même à partir de sa chorégraphie de Barbe -Bleue. Pour ceux qui veulent revoir ces réalisations mémorables de la grande chorégraphe allemande et pour ceux qui n’ont jamais eu le bonheur de les voir sur scène. C’est à 20 heures le jeudi 4 février. Mais attention,  prenez vos précautions pour arriver bien avant l’heure, la salle sera sûrement très fréquentée.

Ph. du V.

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