Innocence

Innocence de Dea Loher, mise en scène de Brigitte Barilley

       innocence.jpgDea Loher est maintenant une auteure allemande bien connue dans son pays mais aussi en France, où des pièces  comme Manhatttan Medea, Barbe-Bleue, espoir des femmes et Tatouage- fort  bien monté par Jean-Claude Durand à Théâtre Ouvert il y a cinq ans – ont été jouées depuis maintenant une dizaine d’années. Innocence est une sorte de chronique en dix neuf courtes  séquences de plusieurs destins individuels: celui de  Eliso et Patoul, deux émigrés africains, d’ Absolue, une jeune aveugle très belle qui gagne sa vie comme stripteaseuse  dans un cabaret minable, et d’un  couple: Frantz et Rosa, en proie à une mère abusive , diabétique ,  que l’on va bientôt amputer d’un pied et qui vient s’installer dans leur petit studio,  et enfin d’une autre femme qui prétend être la mère d’un meurtrier, sans que l’on sache très bien  si elle fabule ou non.

  Et il y  a comme une sorte de choeur de sept jeunes gens- le plus souvent muet -qui commente parfois l’action. Ce que nous avons pu voir hier , c’est une étape de travail, un chantier accueilli par Christian Benedetti dans son Théâtre-Studio. Aucun décor, rien que les murs nus de cet ancien  entrepôt muni de passerelles en bois seulement éclairé par quelques projecteurs, mais du vrai théâtre solide et bien foutu.

  C’est,  comme le dit justement Brigitte Barilley,  une sorte de fresque au quotidien, un état des lieux de nos vies, servi par une dialectique implacable et une écriture jubilatoire; Dea Loher peint ici un univers assez glauque où la maladie de la mère de Maria qui réagit avec un parfait cynisme à la dégradation de son corps ( cela tombe bien ,dit-elle, que son gendre ait trouvé un travail aux Pompes Funèbres! )  résonne comme un écho à l’infirmité d’Absolue et à la misère physique et morale des deux émigrés sans papiers qui survivent dans un tour amiantée. Dea Loher tisse habilement  sa fresque en faisant revenir certains personnages parmi d’autres, alors que l’on ne s’y attend pas , et avec un humour ravageur.

  La metteuse en scène a proposé à des habitants d’Alfortville de travailler avec elle sur des scènes chorales, et, ce qui était généreux mais pouvait être risqué, se justifie tout à fait et se révèle être le plus souvent d’une bonne efficacité. Certes, il y a parfois des longueurs dans le texte de Dea Loher qui a été pourtant été élagué;  le  rythme  gagnerait encore à être revu et  certaines séquences comme celles de cette philosophe à la télévision auraient pu être supprimées sans dommage. 

  A ces réserves près, cette mise en scène en chantier,  qui fait preuve d’une belle rigueur et d’une excellente direction d’acteurs, tient déjà bien la route et  devrait normalement  trouver son aboutissement quand le spectacle sera joué d’abord à Orly puis à Paris.

  C’est un bon exemple de théâtre populaire, à la fois exigeant et qui  interroge chacun de nous sur le rapport que nous pouvons avoir avec la société  qui nous entoure, y compris et surtout quand il s’agit comme ici de marginaux auxquels  nous n’avons pas tellement envie d’être confrontés au quotidien, alors qu’ils font les plus sales et/ou les plus ingrats des boulots… Sous une forme à la foi simple et facile d’accès, en réalité beaucoup moins simple quand on va y voir de plus près! Un petite leçon de philosophie dispensée avec beaucoup d’élégance et de savoir-faire par Brigitte Barilley .

 

Philippe du Vignal

Innocence a été joué au Théâtre-Studio d’Alfortville le 14 et 14 décembre, et sera repris du 23 au 29 janvier à Orly, puis au Théâtre de L’Atalante à Paris  (dates à confirmer)


Archive de l'auteur

Effroyables Jardins

Effroyables Jardins de Michel Quint, adaptation et mise en scène de Marcia de Castro.

    71707unenedjma.jpgC’est, tiré du roman paru en 90,   une sorte de conte moderne: un haut fonctionnaire de la commission européenne des finances qui n’aimait pas les clowns parce que son père , instituteur de province allait régulièrement dans la famille faire le clown mais un jour son cousin Gaston lui raconte comment leurs deux pères qui étaient entrés dans la Résistance, sont arrêtés à la suite d’un sabotage contre un transformateur électrique. Ce qui provoqua  immédiatement  leur arrestation musclée dans la cave où ils s’étaient réfugiés, et la proclamation d’otages-et leur rapide exécution, si aucun d’eux ne se dénonçait.  

  Enfermés avec deux de leurs copains dans une  fosse  qui alimentait en argile une ancienne  briquetterie, ils n’ont  aucun moyen d’arriver à remonter à la surface, d’autant plus qu’ils sont gardés en permanence par un soldat allemand. Bien entendu,  sans nourriture et les pieds baignant dans un fond d’eau froide… Mais le soldat allemand se révèle plus compatissant que prévu et fait tomber « par hasard » des tartines de pâté…Et cela pendant deux  jours, en attendant qu’un des leurs se dénonce. Il espèrent un  miracle  très peu probable qui leur permettrait enfin de sortir épuisés mais vivants de cet antichambre de la mort.

  Et impossible, ce miracle va quand même  arriver  mais de l’extérieur, grâce à une femme intelligente et bigrement solide  pour affronter ce type d’épreuves mais  nous n’en dirons évidemment rien;  souvent dans nos articles , on vous embête avec des appréciations du genre  » dramaturgie qui ne tient pas la route », « scénario mal ficelé » ou « histoire peu crédible » mais, là , c’est  vraiment du béton et les dieux savent bien que  les vieux routiers du théâtre  que nous sommes devenus , à force de voir une pièce presque chaque soir ,  ne s’en  laissent pas facilement  conter.. Mais, hier  Edith Rappoport commençait à pleurer et nous avions, nous,  les larmes aux yeux...Et ces soirs-là, du côté émotion,  il n’y en a pas tellement!

Sur scène , pour fabriquer ce moment  très fort de théâtre, un seul comédien : André Salzet, une table et une chaise. Le début est un peu trop  lent , comme une sorte de prologue au récit qui va suivre mais André Salzet qui a acquis, depuis une bonne dizaine d’années, une parfaite maîtrise de ce que l’on pourrait appeler un « conte dramatique », emmène ensuite le public là où il veut,  avec rien dans les poches  et rien dans les mains, et sans  musique. Gestuelle et diction impeccable, sens du rythme , intelligence du texte:  il donne à entendre de façon magistrale cet épisode de la Résistance exceptionnel de vérité. André Salzet sait, comme peu de comédiens,  installer des personnages, à petites touches,  avec beaucoup de sensibilité et  sans jamais tomber dans le pathos.Avec, humour et  pudeur aux moments les plus durs du récit.

  Salzet à la fin,  précise qu’en hommage à son instituteur de père  disparu,-et c’est , dit-il, authentique-le jeune garçon s’est rendu plus tard, déguisé en clown, à Bordeaux, au procès de Papon, l’ancien fonctionnaire de Vichy…La mise en scène de Marcia de Castro est sobre et efficace; elle aurait sans doute pu faire l’ économie de quelques effets lumineux sans intérêt et répétitifs , mais c’est une broutille. Le spectacle avait remporté un beau succès en Avignon et cela devrait se poursuivre.
 En tout cas, on ne vous le répétera pas, mais allez voir ce pur moment de bonheur; théâtral  c’est vraiment rare de voir un texte juste et fort ,servi par un interprète aussi discret qu’exemplaire. Si vous n’êtes pas d’accord, dites-le nous mais cela nous étonnerait , ou bien  le charme et le savoir-faire  de Salzet auraient disparu , ce qui nous étonnerait encore plus!

Philippe du Vignal


Théâtre du Lucernaire jusqu’au  24 janvier 2010.

Petites formes autour d’une table

Petites formes autour d’une table à la rencontre de Wajdi Mouawad, conception et interprétation: Mylène Bonnet, Valérie Puech, Estelle Savasta avec la complicité de Pierre Ascaride.

petitesformesd42c8.jpg    Pierre Ascaride , directeur du Théâtre 71 de Malakoff,  a eu l’excellente idée d’inviter ces trois jeunes femmes qui ont inventé ce spectacle jubilatoire que l’on pourrait qualifier de « petite forme, » pour reprendre l’expression de Vitez qui, effectivement, raffolait de ce genre de friandises théâtrales, le plus souvent comme exercice, comme une sorte de double alternatif au théâtre dit sérieux. A faire, et à consommer n’importe où, entre amis et vieux complices; comme dit Pierre Asacaride,  ces trois belles personnes en connivence avec un auteur qu’elles aiment et avec lesquelles elles ont travaillé  comme assistante, comédienne ou stagiaire ont conçu ce que Vitez appelait donc théâtre de chambre: quelques projecteurs (et encore on peut s’en passer) ,  des chaises autour d’ une rangée de tables en bois où sont dispersées les pièces de Mouawad mais aussi les livres dont il aime s’entourer pour écrire: le théâtre de Sophocle , Vie et enseignement de Tierno Bokar de l’écrivain malien Amadou Hampate Ba, dont Peter  Brook avait fait une adaptation,   l’œuvre complète de Julien Gracq dans la Pléiade… ou encore un petit carnet  où sont inscrits quelques mots:  » Chère , très chère V.  Ecris,  ne laisse personne dire après ton passage: voici qu’elle s’en va , la fille au regard grave, elle ne fut pas généreuse, son coeur est resté fermé. Ecris. je t’embrasse. Wajdi  » .

  Les trois comédiennes ont auparavant distribué un petit questionnaire à la trentaine de spectateurs- des collégiens  et lycéens de Malakoff- questionnaire que Mouawad, avait inventé et donné à des ouvriers de Montluçon où il travaillait en résidence et  qui venaient d’être licenciés  du genre: Que faisait votre père? De quoi avez-vous peur? Est-ce quelqu’un de votre famille a vécu une guerre?  Vous souvenez- vous de votre première émotion artistique? et d’autres plus courtes: Douleur, Apaisement, Promesse,  Autobus, Amitié, qu’elles ont ajoutées à la liste initiale, sorte de petit blasons significatifs de l’oeuvre de Mouawad,  soit au total 33 questions , que les spectateurs  peuvent  poser. Et les comédiennes alors répondent soit seules soit soit à deux soit en trio, en choisissant un texte tiré d’une de ses pièces  comme Incendies, le prologue de Willy Protagoras enfermé dans ses toilettes, Littoral,etc… ou bien un inédit comme la Rencontre avec Forêts ou le Programme du Théâtre de Quat’ Sous à Montréal que l’auteur dirigea il y a quelques années…. Les réponses tombent juste , comme si ou ouvrait une petite fenêtre sur l’oeuvre de l’auteur, parfois un peu moins,  mais qu’importe, les cinquante minutes passent à toute vitesse: les comédiennes sont intelligentes, attentives ,  efficaces et disent très bien ces textes .. Un vrai bonheur de théâtre. Avec comme dans un écho lointain-il y a quelque trente ans- la fameuse adaptation et mise en scène par Vitez,  toujours lui! de Catherine, d’après Les Cloches de Bâle d’Aragon, où le public entourait les comédiens autour d’une table de repas et qui lisaient à tour de rôle, des extraits du roman… En tout cas, si, par hasard, le spectacle se joue près de chez vous, ne le le ratez surtout pas.

Philippe du Vignal

Le 14 et le 15 décembre au Lycée de Draguignan et le 3 février au Festival A pas comptés de Dijon.

 

La petite Catherine de Heilbronn

La petite Catherine de Heilbronn de Kleist, mise en scène d’André Engel.

catherine.jpgDe Kleist qui fut à peu près méconnu durant sa courte vie (1777-1811), on connaît souvent davantage son Essai sur le théâtre de marionnettes, tout à fait prohétique prophétique, et bien sûr,  Le Prince de Hombourg, révélé par Vilar au grand public il y a déjà plus de cinquante ans avec Gérard Philipe ( voir article récent d’Irène Sadowska dans le théâtre du Blog, et qu’avait  superbement monté Peter Stein, puis Large et Langhoff en 84,  puis plus récemment La Marquise d’O, en 2006  mise  en scène par Lucas Hemleb. La Petite Catherine de Heilbronn l’avait été autrefois par Eric Rohmer puis l’an passé déjà par André Engel dans cette même mise en scène au Théâtre de l’Odéon. 

  La pièce n’est pas du genre facile, puisqu’elle tient à la fois d’une sorte de conte fantastique et du récit fabuleux , écrite par un jeune écrivain, méprisé par Goethe, et qui ne fut reconnu qu’à la fin du XIX ème siècel  obsédé par le jugement de Dieu et par l’intervention possible d’une puissance absolue dans les affaires des pauvres humains. C’est, pour faire vite, l’histoire de Catherine, une jeune  orpheline, fille d’un pauvre armurier qui va tout quitter , sans aucune explication plausible,pour suivre sur les routes le Comte Wetter von Strahl. Son père, le vieux Théobald va alors demander à un tribunal religieux  de juger le Comte qu’il soupçonne de sorcellerie. Celui-ci déclare qu’il n’avait jamais vu le visage de Catherine, sauf par hasard en présence de son père. Mais alors pourquoi Catherine, comme doudroyée, s’est elle jetée aux pieds du Comte? Pourquoi a-t-elle sauté par la fenêtre. Comme si le Comte et Catherine s’étaient connus dans un ailleurs spatial et temporel. Comme deux êtres qui devaient un jour se retrouver , après avoir subi leur lot d’épreuves. Ce qui arrivera, puisque le Comte doit se marier à un personnage inquiétant: la très belle et  très mauvaise Cunégonde. Catherine est-elle ne fait une jeune fille possédée par le démon et la folie, ou incarne-t-elle l’innocence absolue? Catherine ne pourra confier ses secrets au Comte qu’au moment  où elle se s’endormira. Le château du Comte  sera incendié mais Catherine aura quand même réussi sur l’ordre de la méchante Cunégonde à aller chercher des documents secrets dans sa chambre… L’ordre réapparaîtra après cette série d’épreuves infligées aux jeunes gens; en effet Catherine se révèlera être la fille de l’Empereur  qui accordera sa main, avec son père adoptif au jeune comte.

   Oui, mais voilà, que fait-on avec ce genre de pièce qui pourrait vite mal …tourner . Ici, nous sommes, à condition de bien vouloir se laisser entraîner un tout petit peu dans cet univers fantastique, dans la beauté absolue. Les Dieux savent qu’en général, la scénographie dans le théâtre contemporain est essentielle. Et le travail d’Engel et celui de son vieux complice Nicky Rieti sont indissociables. Rieti a conçu, pour cette Petite  Catherine de Heilbronn des éléments d’architecture de palais qui, au gré des scènes ,tournent en silence sur eux-mêmes pour représenter le dehors ou l’intérieur: Comme dans un livre pour enfants: absolument sublime de précision mais aussid’intelligence et de beauté plastique, sans aucune erreur de proportions ni de couleurs. Une vraie leçon pour les futurs scénographes, et ce qui n’aurait eu aucun sens sur une scène à l’italienne, devient ici  évident, simple et magistralement efficace. Rieti, depuis quelque vingt ans, qu’il collabore en parfaire osmose avec Engel, nous a prouvé sa maîtrise d’une dramaturgie et d’un lieu  parfois complexe ( entre autres exemples, le sublime décor qu’il avait conçu, à Strasbourg, pour  Kafka, Hôtel moderne) mais là, Et comme la mise en scène et la direction d’acteurs d’André Engel sont des plus remarquables (Jérôme Kircher et Julie-Parmentier en tête d’une distribution de  haut niveau où rien, absolument rien n’est laissé au hasard) , on se laisse vite prendre au jeu de cette légende, même si cela dure plus de deux heures. C’est un travail qui est d’une telle précision, d’une telle rigueur – et ce n’est pas un paradoxe mais c’est  au contraire tout à fait logique- qu’il ouvre les portes au rêve éveillé, même si parfois le récit est quelque peu obscur, comme il convient  à ce type  de spectacle légendaire au meilleur sens du terme. Si vous n’aviez pas eu l’occasion d’y aller l’an passé, trouvez-vous une soirée, et emmenez-y  même de jeunes adolescents, cela vaut vraiment le coup.

Théâtre de l’Odéon- Ateliers Berthier jusqu’au 27 décembre.

L’affaire Danton

L’Affaire Danton, texte et mise en scène de Jan Klata,  Théâtre Polski de Wroclaw.

Après Transfer au Festival Sens interdits du théâtre des Célestins de Lyon, c’est la deuxième pièce que l’on peut voir en France de ce jeune et dynamique metteur en scène polonais qui a déjà monté une dizaine de spectacles joués surtout hors de la Pologne où il dispose de vrais moyens.
L’Affaire Danton parle des révolutions,  en particulier de celle de 1789  avec les personnages qui ont mis en route la Terreur ( Marat-on le voit au début dans sa baignoire où il se plonge tout habillé, sur qui la République se précipite – mais  n’en meurt pas-, Danton, Camille  et Lucile Desmoulins,  , Robespierre, Fouquier, soit  une quinzaine de conventionnels). Mais  Klata évoque aussi les révolutions perverties et récupérées par les perversions capitalistes, en Pologne et ailleurs. L’action qui suit de près la chronologie historique est campée dans un immense bidonville,  à l’image des transformations capitalistes  qui détruisent les structures sociales. Parfois le noir se fait, les structures s’illuminent et on peut y voir les lumières de Manhattan.
Jan Klata a voulu suggérer les  constructions qui se sont répandues dans les villes polonaises après 1989, avec des marchés où l’on peut acheter n’importe quoi, des DVD aux culottes…Une formidable équipe de quinze acteurs met une belle énergie au service de personnages plus vrais que nature,  et l’on peut s’amuser à repérer les personnages avec leurs prénoms ( c’est parfois un peu difficile au début) ; un merveilleux Robespierre, un fascinant Danton séduisant les foules jusqu’au bord de l’échafaud, aet un ttendrissant Camille Desmoulins avec sa Lucile… Les costumes, perruques avec quelques éléments du XVIIIe, se font contemporains à la fin . Les ruptures musicales rock rugissant parlent de la révolution. Un beau spectacle ,  à l’image de l’ homme simple et chaleureux qu’est Jan Klata…

Edith Rappoport

 Maison de la Culture de Créteil le 2 décembre

 


Merce Cunningham performs stillness ( in three movements)

Merce Cunningham performs stillness ( in three movements ) to John  Cage » with Trevor Carlson , New York City , 28 april 2007, une installation  de  Tacita Dean.

    cage.jpg Quelques mots pour dire tout l’intérêt de cette installation que nous avions vue au Musée d’Art contemporain de  Montréal mais dont, faute de temps, nous n’avions pu parler, et que l’on peut voir encore à Paris pour quelques jours au 104. Imaginez une  salle  rectangulaire , sans fenêtres, de quelque 300 mètres carrés, absolument vide, où six projecteurs de cinéma délivraient  inlassablement un film avec leur bruit de crécelle mécanique tout à fait caractéristique : une sorte de chorégraphie silencieuse  et immobile,  conçue et réalisée par Merce Cunnignham.

  Cela se passe dans le plus petit de ses studios au onzième étage de Bethune Street. Il y a , bien sûr, un parquet impeccable, de grands miroirs aux murs, des baies vitrées,  et, absolument seul, Merce Cunnignham assis sur un fauteuil pliant . Et parvenant de la rue en bas, la rumeur presque inaudible de New York , et un peu plus près de nous, le son  faible d’un piano accompagnant  la répétition de danseurs dans un  studio voisin.
   Absolument seul donc,  Merce Cunnignham assis sur un fauteuil pliant  et immobile, le regard un peu lointain. Seul avec nous. Et Trevor Carlson, un de ses proches collaborateurs muni d’ un chronomètre, signale à Merce Cunningham   les cinq dernières secondes de chacun des trois mouvements de la pièce silencieuse de John Cage intitulée 4, 33 . Et comme  l’indique Tacita Dean, Merce Cunnignham se réinstalle après ces cinq secondes dans une nouvelle position, en déplaçant un peu son fauteuil. Les six films sont légèrement différents, mais l’un des plus beaux est celui où l’on voit Cunningham regarder fixement, et  en même temps, nous pouvons voir des  des empreintes de doigts sur l’un des miroirs de la salle,  celles de ses danseurs dans cette salle mythique où le grand chorégraphe a conçu ses spectacles.
  C’est aussi bien évidemment un hommage à son compagnon John Cage décédé en 92 ; à eux deux, ils ont exploré l’idée du temps  dans leur  travail musical pour l’un, chorégraphique pour l’autre, et très souvent musical et chorégraphique quand ils concevaient une pièce ensemble. Il y a un beau  documentaire, tourné quelques années avant la mort du compositeur , où on les voit tous les deux dans leur cuisine à New York où les bruits domestiques et urbains, les gestes de Cage et de Cunnignham forment une s chorégraphie tout à fait impressionnante. Et il y a une belle phrase du compositeur qui écrivait en 1968:  » La relation entre la danse et la musique en est une de coexistence; celles-ci sont en lien parce qu’elles existent en même temps ». 

  Nous n’avons connu Cage que le temps d’un déjeuner, (c’était presque hier: en 72!) pour le tournage d’un film à lui consacré où je deavias l’interviewer  et ce fut une expérience inoubliable, parce que l’on nous  avait demandé de ne pas bouger , de manger sans faire de bruit inopportun  et  de manipuler fourchettes et couteau en silence, pour ne pas créer d’interférences dans la bande-son, ce qui avait l’air de beaucoup réjouir le compositeur…Et effectivement, chez Cunnignham, il n’y a pas de hiérarchie  entre le geste,   mouvement , la musique et le son: le seul dénominateur commun étant le temps.
  C’est peut-être ce que l’on perçoit le mieux , quand on on entre seul dans cette salle, cette perception du temps, alors que le seul mouvement perceptible est celui des bandes de film noir  qui s’enroulent dans les bobines de métal. Cela  peut paraître très conceptuel mais non, nous ne pouvons qu’être sensible à ce grand espace et à ce temps réparti en six moments qui n’en sont pas vraiment… Et, c’est encore plus impressionnant de se retrouver si proche de  l’image de Cunningham disparu cet été.
  Le 104 est un peu excentré, et il n’y a que peu de jours encore pour voir cette installation mais , surtout, si  vous le pouvez, ne ratez pas cette pièce….d’autant plus que l’entrée  est libre.

Philippe du Vignal

Le 104 , 11 bis rue Curial  75019 Paris Métro: Crimée ou Riquet, du mardi au samedi à partir de 11 heures. T: 01-40-05-51-71

L’Histoire d’une Fille qui lisait trop d’histoires

L’Histoire d’une Fille qui lisait trop d’histoires, création librement inspirée du Dictionnaire des lieux imaginaires d’Alberto Manguel et Gianni Guadalupi, mise en scène et écriture d’Anouch Paré, accompagnée de Bénédicte Bonnet.

  Le spectacle a été créé  en 2006, à la demande du Conseil général de la Marne, pour être joué dans les bibliothèques de prêt; mais il a été aussi représenté dans des établissements scolaires. Il est fait pour être joué n’importe où,  dans des conditions de proximité, sans aire de jeu  surélevée et sans régie lumière. En général donc, dans des salles polyvalentes, comme celle d’aujourd’hui, endroit improbable aux murs rose pâle, rideaux défraîchis, faux plafonds blancs munis de plafonniers à tubes fluorescents, et cloison mobile en plastique crème : le rêve……. Mais bon, il faut bien faire avec: les communes n’ont pas beaucoup d’argent et ce n’est pas M. Sarkozy  ni ses amis banquiers de tout poil qui vont  les aider.
  Les opérations sont dirigées par Act’Art/Scènes Rurales: les comédiens ont séjourné en Seine-et-Marne, pour créer  un spectacle, en général une petite forme écrite par des auteurs contemporains, et le jouent pour un courte  série de représentations dans des salles polyvalentes ou foyers ruraux, mais assurent aussi des ateliers de pratique artistique auprès d’enfants et d’adolescents.
Nous avions pu ainsi voir dernièrement Broadway-en-Brie au Châtelet-en-Brie, réalisé par Laurent Serrano, dont Anouch Paré était la coauteure avec  le metteur en scène ( voir Théâtre du Blog de novembre).

   L’Histoire d’une fille qui lisait trop d’histoires est une sorte de voyage dans les lieux qu’ont imaginé depuis toujours les romanciers et dramaturges, toute langues et tous pays confondus. Avec seulement deux personnages parodiques : Lui, un détective privé de film noir, imperméable mastic et feutre noir, cigarette au bout des lèvres,  qui mène une enquête délicate, et Elle, la  femme fatale, aux longues jambes gainées de bas résille et au regard provocant. Avec ,bien entendu, en filigrane, la silhouette des deux immenses acteurs qu’est toujours Lauren Bacall,  et qu’était Humphrey Bogart son mari,décédé en 57.
  Le détective enquête donc sur la brutale disparition de la  fille de cette femme fatale: il y a juste quelques livres, avec des marque-pages, qu’elle a laissées – maigres indices qui fournissent un prétexte à un  dialogue entre Elle et Lui, ou plutôt à une  lecture déguisée d’Alberto Manguel. Aucun décor, juste une table,  deux chaises  et un gros magnétophone qui assure quelques phrases musicales et commentaires… Le théâtre contemporain nous a habitué depuis longtemps à des spectacles  faits de peu de choses.

  Mais ce petit scénario parodique d’une heure, manque de chair et de véritables personnages et  pas des plus passionnants, sonne un peu trop comme un exercice d’acteurs, à consommer en privé et hors public. Il y a quand même bien des textes contemporains qui auraient fait  dix fois mieux l’affaire…
  Et donc, même si Cécile Leterme et Eric Malgouyres,  qu’on avait déjà pu voir dans Broadway-en-Brie, sont bien dirigés, on reste un peu sur sa faim. D’autant plus qu’Anouch Paré  n’a pas voulu se servir des deux projecteurs installés, pour respecter, dit-elle, les conditions habituelles de jeu; et ils  ne seront allumés qu’au moment où  six collégiens du village viendront entourer  Elle et Lui,  quelques minutes avant la conclusion… ce qui n’était  pas l’idée du siècle.
Là, en effet, dans la lumière douce,  il se passe vraiment  quelque chose, et les personnages prennent alors un relief et une intensité des plus remarquables. Et cette salle polyvalente un peu minable devient alors comme un vrai décor… Mais c’est évidemment trop tard.

  Et le public? Celui du village  de Nanteau-sur-Essonne, et de ses environs,  jeunes et plus âgés réunis, installés  sur un gradinage  hors normes de sécurité (le directeur d’Act’Art ferait bien d’être plus vigilant!) regarde le spectacle avec bienveillance mais sans plus de passion que cela.
Le meilleur moment de la soirée étant sans doute…le petit pot sympathique qui réunit ensuite les gens, ceux de village, les élus, les comédiens et la metteuse en scène. Question lancinante : comment amener un  spectacle théâtral vraiment fort, dans de bonnes conditions techniques, jusqu’à l’Est de l’Ile-de-France, où il n’y  a guère de véritable salle, sauf à Melun…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 29 novembre à Nanteau-sur-Essonne ; prochaines représentations le 16 janvier à Sourdun, le 12 mars à Féricy, le 13 mars  à Chamigny, le 26 mars à Verneuil -l’Etang, le 27 mars à Montarlot et le 7 mai à Villiers-sur-Seine.

Le Loup des Contes du chat perché

Le Loup des Contes du chat perché de Marcel Aymé, mise en scène de Véronique Vella.

  Quand Muriel Mayette, la maîtresse de maison a demandé à Véronique Vella de monterloup.jpg, elle a posé, dit-elle, deux exigences: que le spectacle soit tout public comme on dit maintenant un peu bêtement,  et d’autre part,  de ne pas modifier le texte, ce qui est la moindre des choses quand on porte l’étendard de la Comédie-Française… Mais c’est une véritable contrainte pour tout metteur en scène qui voudrait se lancer dans l’aventure, puisque les dialogues ici sont moins importants que les narrations du conte; mais Véronique Vella , en bonne connaisseuse du théâtre classique, sait que le récit fait partie intégrale du théâtre depuis l’Antiquité (  à commencer par le fameux récit du messager des Perses d’Eschyle, etc.. et en continuant. par celui  du Cid ou celui d’Agnès dans L’Ecole des femmes) et cela a bien des avantages: en particulier  celui de multiplier les effets sur le public, puisque la metteuse en scène a très finement fait dire  ces fragments de narration certains moments par les personnages eux-mêmes, qu’il s’agisse du père et de la mère, des deux petites filles : Delphine et Marinette, ou encore du loup.

  Et pour les plus connaisseurs des spectateurs , cela a un petit parfum de distanciation brechtienne tout à fait intelligente et drôle et,  petite framboise des bois sur le gâteau, les enfants semblent aussi beaucoup apprécier ce jeu  magistral de dédoublement. D’autant plus que Véronique Vella a demandé à Lucette-Marie Sagnières des couplets additionnels sur  une musique Vincent Leterme, ce qui fait toujours du bien par où cela passe. Et que les costumes  de Virginie Merlin sont absolument réussis, e qui est rare dans le théâtre contemporain…

  L’on ne va pas vous raconter l’histoire du grand méchant loup que Marcel Aymé a revu à sa manière: le loup  qui a tout de même très faim, s’abstient d’attaquer les deux fillettes  et devient au cours de ses visites leur meilleur ami, alors que les deux parents paraissent assez peu sympathiques: un peu butés, ils poussent leurs deux filles vers le mensonge à coups d’interdits , alors que le loup apparaît lui , avec toute sa gentillesse, comme un espace de liberté qu’il est bien tentant d’aller découvrir. Au début, on entend surtout les sons de la maison conçue par Eric Ruff: le grincement des meubles, le tic -tac  de la grande horloge, un peu angoissants vont laisser petit à petit la place aux merveilleux chants d’oiseaux . Toutes les portes et fenêtres de la demeure vont s’ouvrir aux feuillages et aux sons de la forêt. cette libération psychologique est sans doute quelque peu surlignée mais les enfants sont ravis. Mais la maison n’est pas  sinistre,  comme le pense Véronique Vella mais plutôt sympathique, avec tous ses murs de bois et des volets intérieurs, et son lit clos où rêvent de dormir bien au chaud toutes les petites filles.

  Du côté où cela fait plutôt souvent mal à la Comédie-Française, l’interprétation est ici de premier ordre: aucun côté bébête  pour faire langage d’enfant comme on le voit à peu près toujours dans les spectacles  dits pour enfants. La solution est simple: Véronique Vella refuse de tricher, et comme elle sait diriger des comédiens, cela frise la perfection: Florence Viala et Elsa Lepoivre qui jouent Delphine et Marinette n’imitent pas les petites filles, et comme Sylvia Bergé et Jérôme Pouly ( la mère et le père) elles  fouillent  le texte pour en faire surgir la substantifique moelle: c’est un travail aussi intelligent que sensible, comme l’est celui de Michel Vuillermoz qui joue le loup, avec , humour , élégance et séduction  dont il il faut évidement se méfier, puisque c’est au moment où les deux petites filles lui demandent de jouer le loup qu’il va se mettre à les dévorer.

  Le message n’est pas simple à faire passer mais mais qu’importe,  le spectacle peut être regardé à plusieurs niveaux , et le fait que des enfants de cinq ans ne soient pas dupes  et se mettent à rire aux éclats , quand le loup mange en même temps la  main de Delphine et le  pied de Marinette, fait dire que Véronique Vella a bien réussi son coup. La fin est à la fois atroce et drôle, puisque les parents découperont le ventre du loup pour récupérer les petites filles avalées, puis le recoudront  pour qu’il puisse continuer à vivre. mais cela n’a pas l’air du tout de faire peur aux enfants, d’autant plus qu’il s’agit là aussi d’un récit…      

  Comme le disait le grand Schiller  cité par V. Vella:  » Je trouvais plus de sens profond dans les contes de fées qu’on me racontait dans mon enfance que dans les vérités enseignées dans la vie ». En tout cas, la Comédie-Française et Muriel Mayette peuvent se flatter d’avoir offert un beau spectacle : et le public du Studio a ovationné les comédiens qui le méritaient bien. A voir, mais attention, le Studio  a une petite jauge…alors il faut absolument réserver!

Philippe du Vignal

Studio-Théâtre, tout public à partir de sept ans, ( nous dirions même à partir de cinq ans) jusqu’au 17 janvier, relâche les 25 décembre et 1 er janvier.

Observer

 Observer, conception, scénographie et réalisation , Bruno Meyssat.

observer.jpgBruno Meyssat qui connaît bien le Japon a entrepris  de nous montrer une sorte de parabole sur l’ un des épisodes les plus horribles et les plus douloureux de la guerre, après l’attaque par le Japonais de Pearl-Harbour, l’extermination cyniquement  programmée, en l’espace de quelques secondes  d’une population civile de quelques 250.000 habitants d’Hiroshima pour l’exemple, le 6 août 1945, et renouvelée, pour faire bonne mesure, trois jours après,  sur Nagazaki! Une grande première, fondée sur une technologie inédite et sophistiquée , et redoutablement efficace,  dans l’histoire de l’humanité….
Soixante après, les quelques objets , vêtements ou jouets d’enfant retrouvés, les ombres sur des murs seules vestiges  des individus qui vivaient là sont visibles dans un petit musée que Bruno Meyssat a vu.

  Il cite Kenzaburo Oé  qui , en 1963, visitait l’hôpital de l’ABCC où les Américains étudiaient les effets  de radiations sur les survivants: et l’on comprend l’horreur  que ressentait l’écrivain japonais pris de vertige quand on lui montrait sur des lamelles quelques gouttes de sang contenant  90.000 leucocytes après l’explosion de la bomba atomique, alors que le taux moyen est de 6.000! Et dans la pièce voisine étaient conservés les corps conservés dans la paraffine et découpés en lamelles !

   Comme si, quarante ans après, cet événement imaginé par le pays le plus puissant de la planète, d’une violence et d’une horreur jamais atteintes continuait à exister, même si les Etats-Unis avaient tout fait , quand ils occupaient le Japon, pour reconstruire au plus vite , pour mieux faire oublier le martyre de cette ville, dont les photos témoignent d’une horreur d’autant plus insupportable que cette opération a été délibérément conçue et exécutée pour exterminer des populations ciiviles   Mais que fait-on, sur le plan dramaturgique et scénique, avec quelques extraits de texte , un grand plateau, et cinq comédiens ?

  D’emblée Bruno Meyssat prévient aimablement: «   Ces événements sont irreprésentables. Pourtant il existe une continuité entre ce monde renversé, hors de ses gonds et le nôtre.J’aime cette idée d’un théâtre quantique.( ???).  Certes il ne comblera pas les attentes car il est la déroute de toute attente. Le temps, le théâtre, les particules, tout avance par bonds déroutants,,illogismes et ruptures de continuité. Regarder, observer le montre (…) Dans ce spectacle, nous choisissons donc d’impliquer l’Histoire contemporaine et un faisceau d’éléments de la culture japonaise. De cette culture d’une cohérence extrême, nous privilégions son rapport au fantastique, celui qui aime à souligner les aspects incertains de l’existence, qui traite aussi d’une continuité entre le monde des morts et celui des vivants, ente les domaines minéral ou végétal et celui où, humains,  nous constatons une âme ». 

  Soit; Bruno Meyssat essaye de se défendre  avant même d’avoir montré, ce qui est toujours à priori un peu inquiétant et cela valait le coup d’y aller voir.  Il y a sur le plateau nu et noir tout un bric à brac  d’objets et de meubles, conçu par ses soins et que Bruno Meyssat prétend être une scénographie: un lave-mains en tôle émaillée avec un robinet en cuivre qui laisse échapper un filet d’eau avec lequel une femme se lave les seins , le sexe , puis les fesses; quelque chaises tubulaires, dont une plus petite d’école maternelle , deux porte-manteaux avec patères en en métal chromé, six bocaux vides à canette de deux litre où une femme placera quelques uns de ses cheveux qu’elle vient de se couper, et un gant de caoutchouc.   Il y aussi, rappel de ce tricycle retrouvé dans les ruines,  une patinette des années 50 que guident avec une ficelle deux comédiens. Des tables métalliques , dont l’une munies de roulettes qui ne sont pas sans rappeler celles des spectacles de Bob Wilson, servent de praticables; plus loin dans le fond,  deux chassis de métal munis d’une vitre que l’on vient casser sans autre forme de procès; deux grandes bâches agricoles posées sur le sol sous laquelle se glisse un des hommes.

Il y a parfois des bruits de moteurs d’avion à l’atterrissage comme au décollage. Une femme qui se remplit le ventre de paille puis monte avec une échelle métallique sur un praticable où se trouve une botte de la même paille. Sur un lit , un médecin en blouse blanche dissèque un corps ou plus exactement découpe minutieusement son imperméable en plastique bleu transparent, citation probable de la Leçon d’anatomie que Tadeusz Kantor réalisa à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie. C’est plutôt le silence qui règne, seulement interrompu, par quelques pas très lents de cinq comédiens qui, parfois se mettent nus  et  disent quelques textes plutôt forts et poétiques sur l’histoire même de cette agression sans précédent, ou par les discours  -non traduits-de Truman, le président des Etats-Unis de l’époque.
Peu de lumière sinon de temps à autre, de gros projecteurs blancs répandant , depuis les cintres, une lumière zénithale  blanche et  agressive.On peut penser- de très loin- à la gestuelle si particulière du nô avec ces très lents déplacements et son rythme si particulier. Mais pas grand chose ne se dégage du spectacle lui-même: nous regardons cette installation plastique qui n’ a rien de particulièrement fort, mais qui , surtout, ne fait pas sens où les comédiens, semblent quelque peu errer à la recherche d’une tâche à exécuter. Tout est d’une lenteur extrême, comme pour montre l’état de torpeur des quelques survivants de cette ville, incapables de ragir à un pareil choc physique et mental, tous grièvement blessés.
L’on regarde au début,avec une certaine sympathie, cette tentative de réalisation qui se revendique des arts plastiques et d’un univers disons théâtral pour faire simple ,n’a pas connu une dramaturgie et un langage scénique suffisamment solides pour parvenir à ses fins, et qu’il y aura malheureusement aucune progression;Dès les premières minutes, l’on comprend bien que Meyssat nous offre quelque chose qu’Il aurait  voulu très novateur, mais qui ne nous touche guère; la plus grande erreur étant ce manque d’adéquation entre les intentions philosophiques de l’auteur et metteur en scène et cette tentative maladroite et brouillonne d’un spectacle, -heureusement court mais quand même pas très passionnant.La quinzaine d’adolescents qui étaient là s’ennuyaient  ferme mais n’avaient pas encore allumé leur portables pour s’envoyer des SMS; quand au reste du pauvre public (35 personnes environ), ils attendaient patiemment la fin de la messe; les applaudissements furent bien maigres et les comédiens pas très heureux de se retrouver là en train de saluer…Et ce n’est en aucun cas de leur fait., Mails ils semblent faire leur travail sans grand plaisir…

  Alors à voir? Non, absolument pas…Un documentaire intelligent sur Hiroshima vous en apprendra plus que ce brouet finalement assez prétentieux, où les comédiens et le public d’une salle aux trois quarts vides sont pris en otage, ce qui n’est quand même pas le but d’un spectacle! Là,  on se dit que la programmation de Pascal Rambert aurait besoin d’une urgente et sérieuse  révision. Comment compte- t-il attirer du public avec ce type de spectacle , celui des habitants de Gennnevilliers? Pourquoi, alors,  ne viennent-ils pas? Considère-t-il que son théâtre, bien vide un vendredi,  pourra-t-il continuer à vivre ainsi? Quant à la navette reconduisant les quelques  Parisiens égarés , elle ne partait que quinze minutes après l’horaire indiqué. Sympathique? Merci, M. Rambert en tout cas d’éclairer notre  lanterne?

  Sans doute  devrait-il concevoir  d’autres propositions artistiques de bon aloi  qui concerneraient davantage les habitants de Gennevilliers – auxquels il prétend s’adresser comme il l’avait dit dans son programme d’intention? Mais  qui cet Observer peut-il concerner? Le directeur du Théâtre Malakoff 71  celui de Fontenay-aux-Roses, ou celui de Cachan, -en faisant preuve de beaucoup plus d’humilité- réussissent beaucoup mieux leur programmation, et leurs théâtres sont pleins. Alors, camarade Rambert, encore un effort!  Il y a bien, dans le hall du théâtre, quelques lycéens qui tripotent les souris devant les beaux écrans que vous leur avez offert  mais faudrait-il encore qu’ils puissent être attirés parce que vous leur proposez, et il y a là ,un sacré effort d’imagination à faire.. Enfin si Observer vous tente, c’est à vos risques et périls mais, au moins, on vous aura prévenus..

Philippe du Vignal

Theâtre de Gennevilliers. Centre dramatique national de Création contemporain, jusq’au 29 novembre.

La ménagerie de verre

 La ménagerie de verre de Tennessee Williams, mise en scène de Jacques Nichet.

 lamenageriedeverre.jpg Tennessee Williams ( 1911-1983), engagé par la MGM en 43 pour tirer un scénario d’un roman, préféra écrire le sien que la MGM refusa et qu’il transforma alors en pièce… qui fut ensuite adaptée au cinéma… C’était La Ménagerie de verre qui  fit de T. Williams à 34 ans  un auteur  à succès… La pièce  est  largement inspirée de sa vie personnelle: le père, voyageur de commerce disparut très vite et  il vécut chez ses grands parents avec sa mère et sa sœur schizophrène et, à laquelle on a fait subir une lobotomie.
  C’est une tranche de vie bien réelle d’une famille pauvre des années 30, dans le Sud des Etats-Unis, après la grande dépression économique qui fit des ravages aux Etats-Unis; le narrateur Tom  ( le véritable prénom de Williams) fait revivre cette vie faite de travail mal payé dont les personnages, en proie à une profonde solitude s’échappent par le rêve. .Il y a là la mère très possessive, qui veut se mêler de tout et en particulier de l’avenir de sa fille qu’elle voudrait à tout prix marier. Elle demande donc à Tom d’inviter son collègue de travail JIm , qui se révèle être un copain de lycée de Laura; le repas se révèle être vite une catastrophe, puisque Laura ne veut pas y assister, alors que sa mère a mis sa plus belle robe, un peu défraîchie. Malgré tout, Laura ne semble pas indifférente à JIm qui l’embrassera furtivement. Mais il avouera à Armanda,  qui le presse de revenir quand il veut ,qu’en fait il est déjà fiancé et qu’il vas se marier prochainement… Le beau rêve d’Armanda s’écroule. Tennessee Williams  a déjà, même si la pièce n’a pas encore la force de La chatte sur un toit brûlant ou d’Un tramway nommé désir, écrit déjà de superbes dialogues- très bien traduits ici  par Jean-Michel Desprats- et en quelques répliques, tout est dit: le mal-être de Laura enfermée dans une profonde solitude l’exaspération de Tom qui supporte de plus en plus mal  un  travail sans intérêt et qui se réfugie, du moins le dit-il, dans  sa passion pour le cinéma, et la vie banale au jour le jour d’Armanda qui exaspère son fils par ses bavardages et ses illusions…
  Jacques Nichet a réalisé une mise en scène qui rompt avec  tout naturalisme, un peu trop sans doute mais c’est son point de vue: un plateau noir , deux chaises en fer, deux coussins: c’est tout, et en arc de cercle au fond un rideau de fils noirs, avec, par derrière , un écran où son projetées des images de mer démontée d’abord,  puis plusieurs fois de suite le  visage du père définitivement absent, la grande maison à colonnes de l’enfance chez le grand père pasteur, une grande table avec nappe blanche et de beaux couverts  quand on invite Tom, ou encore des phrases tirées du texte que les personnages  vont dire ou sont en train de dire: comme cet  » On me trompe » prononcé par Armanda, dont chacune des lettres tombent par terre, (????),  ou des titres comme Le pain de l’humilité. Et la pièce se terminera par les images du début…
  On ne voit pas bien ce qu’a voulu faire Nichet avec ce genre de projections qui tournent vite au procédé inutile: rompre avec le  réalisme d’une scénographie et le compenser dans  sa mise en scène? Donner un plus au texte de T. Williams qui n’en a nul besoin?  Mieux mettre en valeur le texte alors que ses comédiens le font superbement, introduire une petite louche de néo-brechtisme dans sa mise en scène ?  Et cela étonne d’autant plus que sa direction d’acteurs d’une grande clarté et d’une rigueur  est l’une des plus remarquables et des plus efficaces  qu’il ait jamais faites: Luce Mouchel  surtout ( Armanda) est vraiment formidable, avec de multiples nuances de jeu,  comme Agathe Molière qui joue Laura, et Micahël Abiteboul ( Tom) et Stéphane Facco ( Jim). C’est une distribution exacte et juste, et les comédiens possèdent une unité de jeu trop rare pour ne pas être signalée.
  Alors à voir? Oui, malgré les réserves énoncées plus haut et une lumière très chiche conforme, une fois de plus,  à la mode du temps. Comme si le noir signifiait tout de suite tristesse et tragique!  Ce serait trop simple et Jacques Nichet sait cela depuis toujours….Mais une bonne occasion de voir ou de revoir la pièce  d’un auteur qui, après une vingtaine d’années où il fut peu et mal joué en France, opère un retour en force depuis quelques saisons.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers , jusqu’au  dimanche 6 décembre ; relâche exceptionnelle le 29 novembre.

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