corpus eroticus, une proposition de Virginie Deville

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  Corpus eroticus est composé de deux volets: l’Opus 1 que nous n’avions pu voir mais qu’Edith Rappoport, elle a vu, ( voir son compte-rendu dans ce même blog et l’Opus de 2. Il s’agit dans les deux Opus de trois dispositifs scéniques carrés de 16 m2 qui accueille chacun une sorte de monologue/confidence de 25 minutes, pour 12 spectateurs: soit:  Aficionada de Christian Siméon, Libérez-moi de José Pliya et Par exemple de Nathalie Fillion. Comme pour les trois premiers textes, il s’agit d’une commande faite à ces auteurs par  Virginie Deville ,aidée par la SACD/ Fondation Beaumarchais, la Maison des Métallos, la ferme du Buisson, j’en passe et des meilleurs… Les spectateurs reçoivent  des mains d’une hôtesse court-vêtue d’une robe en bande de plastique rouge et perruque rousse un ticket d’alcôve dont les photos indiquent le parcours à suivre; les comédiens disant donc leur texte trois fois de suite pour chacun des groupes. Rendons d’abord à César c’est à dire à Jacques Livchine, cette idée scénographique qu’il avait utilisée autrefois pour son spectacle culte Mozart au chocolat.
  Le monologue d’ Aficionada, est interprété par Virginie Deville qui a assuré avec beaucoup de maîtrise: il s’agit d’une femme allongée sur une arène de sable fin et reliée, du moins au début, à deux goutte-à-goutte de sang ( qui n’en est pas vraiment, rassurez-vous) qui s’écoulent  dans une rigole à l’extérieur du cercle( âmes trop sensibles aux perfusions au sang, s’abstenir). Mais, hier soir, les longs tuyaux de plastique devaient être bouchés, et cela ne fonctionnait pas, dommage…
 Elle nous raconte  son désir amoureux, profond ,exclusif pour un torero  mais une vingtaine de minutes plus tard le taureau tuera son amant ou son amant supposé, on ne sait trop, sans, dit-elle , qu’elle ait rien fait pour l’empêcher de toréer ce jour-là; la jeune femme donne des pinceaux aux spectateurs pour qu’ils inscrivent des marques rouges sur  son corps.Le texte n’est pas toujours convaincant mais Virginie Deville est si proche des douze spectateurs qu’elle finit, avec beaucoup de savoir-faire, et d’intelligence,  par les emmener dans son délire. Cela tient presque autant de la performance que du simple monologue dramatique; en tout cas, il règne un curieux mélange de gêne et de sympathie entre les douze spectateurs, qui commencent à prendre conscience qu’ils vont devoir devoir passer trois fois 25 minutes ensemble dans un espace confiné.
  Le second monologue Libérez-moi de José Pliya est une sorte de confession d’un homme qui a été statufié nu avec un sexe démesuré dans le jardin d’un musée. Gravier par terre, chaises de jardin, murs tapissés de gazon en plastique et de grosses marguerites. L’homme- remarquable Pascal Renault- disserte sur les rapports homo et hétérosexuels, interpelle les spectateurs avec beaucoup d’humour et une pincée de cynisme sur les rapports entre les deux sexes. Pascal Renault aurait mérité une meilleure statue qui est franchement ratée, d’autant plus qu’elle est très bien éclairée par une douzaine de spots au sol. Mais bon…
  Quelques secondes d’attente dans le hall, pas plus- c’est impitoyablement synchronisé par Virginie Deville- et l’on pénètre ensuite dans  l’alcôve du peep-show de Par exemple: un carré toujours de  16 m2 avec douze petits compartiments sur trois des côtés, éclairés au début par une ampoule rouge. Chaque spectateur, seul dans sa case,  est assis sur une chaise haute en fer, devant un miroir sans tain mais ses jambes  sont à découvert et à portée de main de la comédienne qui, parfois, les caresse du bout du pied… Une jeune femme en guépière,  slip rouge et bas noir( un seul) nous raconte ses fantasmes de femme mariée avec enfants, qui passe du quotidien le plus banal: les courses,le menu des enfants aux jeux plus torrides et à ses fantasmes les plus personnels. Dans une sorte de quête érotique sans cesse renouvelée, où elle se caresse lentement mais sûrement, très proche, voire collée aux miroirs sans tain. Sophie Torresi ne peut voir  du public que les jambes mais elle arrive à installer une belle complicité, en jouant sur une présence physique et mentale sans défaut. Un vrai et beau travail d’actrice .
  Ce Corpus Eroticus se joue encore jusqu’au 8 novembre à la Maison des Métallos (11 ème);  ce serait dommage de le rater, si vous avez un moment, après une visite/ chrysanthèmes  chez vos morts préférés; c’est, en tout cas, un bel hommage à la vie érotique et à la vie tout court. Quant à nos amis provinciaux, il faudra qu’ils patientent… Le spectacle n’a que quatre comédiens mais il faut une semi-remorque pour transporter les alcôves. Producteurs intéressés, soyez les bienvenus…

Philippe du Vignal
                                                                           


Archive de l'auteur

Bios ( quelques tentatives ) , écriture Joseph Danan et Emmanuelle Rodrigues, conception et mise en scène Neus Vila

bios1.jpg             Cela commence par une bonne dose de fumigène sur la scène nue et,  dans le silence, trois personnages face public se débarrassent lentement de l’enveloppe plastique qui les emprisonne: tout cela fait très années 70 ( au moins cela nous rajeunit…). Une console lumière côté jardin, en fond de scène, Julien Gauthier avec un synthé et une guitare dont la création sonore donne un peu de sens ces Bios.  Aucun décor , sinon un piano vu de dos , un écran noir au dessus de la scène qui s’éclairera ensuite. On baigne d’abord dans une douce pénombre, où quelques projecteurs rasant apportent un peu de lumière chaude. Les comédiens débitent  lentement  une  suite de pauvres phrases qui se voudraient poétiques et où Neus Vila trouve  » la compassion, l’espoir,  la vie, le monde malade du temps et de la mémoire, le monde malade de vivre » . ( sic!) .On veut bien … mais on l’ avait connu mieux inspirée dans le choix de ses textes quand elle avait monté Quatre femmes et le soleil  de Jordi Père Cerda, beaucoup mieux inspirée aussi dans  sa direction d’acteurs et dans sa mise en scène.
  Il y a à la fin un tout tout petit instant théâtral – mais c’est bien le seul-quand un comédien fait pivoter le piano qui se révèle être un petit bar à soupe que Neus Vila offre au public.  Mais,  mieux vaut oublier « le lent travail d’élaboration et de sédimentation des couches qui ont fait la matière de l’écriture et qui elles aussi ont disparu au bout du compte mais laissant le champ libre au souffle de la parole  » dit Emmanuelle Rodrigues. Et elle ajoute sans  hésitation aucune:  » l’oreille se prête alors à la surprise de ce jaillissement. »
Mais  les douze personnes qui constituaient le public hier soir  n’avaient pas vraiment l’air de cet avis, et dire qu’on s’ennuyait ferme relève de l’euphémisme.
 C’est triste de dresser un constat d’échec  mais mieux vaut être honnête : on a beaucoup de mal à imaginer que cette chose puisse être de vous, Neus Vila!  De grâce,  faites preuve de lucidité: oubliez  vite toute cette avant-garde de pacotille, à la fois prétentieuse et inutile; l’avant-garde et la recherche au théâtre sont aussi justifiées que dans n’importe quel domaine artistique, mais, encore faut-il y  travailler avec un texte, une dramaturgie, une recherche plastique et une mise en scène solidement étayées par une véritable démarche…. et rendez nous d’urgence la vraie Neus Vila.

Philippe du Vignal

 

Si malgré tout, le coeur vous en dit et si vous ne crachez pas sur une bonne soupe et un coup de rouge ( bien mérités), c’est au Théâtre de l’Opprimé, rue du Charolais dans le 12 ème; métro Dugommier.   Bios ( quelques tentatives ) , écriture Joseph Danan et Emmanuelle Rodrigues,
  conception et mise en scène Neus Vila

Le théâtre de rue, Un théâtre de l’échange, Textes réunis par Marcel Freydefont et Charlotte Granger

Quelque 300 pages, donc une somme retraçant à la fois l’histoire du théâtre de rue en France avec une partie d’entretiens souvent passionnants ( Michel Crespin, le fondateur du Festival d’Aurillac qui a déjà vingt deux ans), Jean-Marie Songy qui a succédé à Crespin  et retrace avec beaucoup de lucidité l’évolution de l’histoire du théâtre de rue, en particulier sous l’influence aussi discrète qu’efficace de Jean Digne. Il met notamment en garde les jeunes compagnies qui, dit-il, doivent penser à être avant tout à être pertinentes dans le fond et dans la forme, et surtout à ne pas s’empêtrer dans l’héritage. Et on le sent un peu inquiet contre  une certaine institutionnalisation…. Au risque de le décevoir, comment ne pas voir que, malgré une fraîcheur certaine, Aurillac est déjà devenu, dans un tout autre style, le cousin du Festival d’Avignon, et en a vite reproduit les structures, avec un off qui aurait accueilli cette année quelque 400 compagnies; le Festival possède maintenant des lieux fermés comme des chapiteaux et s’est développé, mais plutôt dans le bon sens; heureusement, la ville n’a pas les possibilités d’accueillir un festival plus de quelques jours, ce qui le met à l’abri de propositions culturelles plus classiques et d’une inévitable main mise de l’Etat, puisqu’il y faudrait beaucoup d’argent.   Il y a aussi un bon entretien de Freydefont avec Jean-Luc Courcoult, le metteur en scène du déjà presque légendaire Royal de Luxe qu’il a créé avec Didier Gallot-Lavallée et Véronique Loève, qui s’est baladé un partout dans le monde entier depuis les années 8O. ( Je me souviens de lui avoir donné des vêtements de 1900 pour un de leurs premiers spectacles).
  Dans une deuxième partie,Marcel Freydefont a rassemblé  nombre de témoignages  qui permettent de se faire une idée plus juste ce de ce qu’on appelle le théâtre de rue,  notamment à l’étranger avec un bon historique du Festival d’Aurillac par Charlotte Granger,  deux articles sur le théâtre de rue en Allemagne, en Belgique,  ou au Mali par Adama Traori. A retenir également , en fin de volume, une réflexion très riche, à la fois sociologique et esthétique d’Emmanuel Wallon qui rappelle avec raison que, si le monde a changé, les outils de discernement entre l’idée et ses imitations, la distinction entre des degrés de vraisemblance,des nivaux d’interprétation, des plans de représentation, tout cela n’a guère bougé depuis Platon et Aristote. Et les créateurs de théâtre de rue ne peuvent faire l’économie de ce genre de réflexion.Si le théâtre de l’Unité, dirigé par Jacques Livchine et Hervée de Lafond a eu un parcours aussi exemplaire, en particulier dans le théâtre de rue, c’est bien que toutes leurs créations ont fait l’objet d’une dramaturgie préalable très poussée.
  Bref, on l’aura compris: ce numéro de la revue Etudes Théâtrales de Louvain-la-Neuve restera pendant encore de longues années un ensemble de réflexion incontournable; c’est un peu cher: 27 euros ,mais cela vaut largement le coup.

Philippe du Vignal

 

Raté Rattrapé Raté ,mise en scène de Christian Lucas par Philippe du Vignal

rat.jpgOn connaît depuis longtemps Nikolaus  ce clown plein d’humour ,excellent jongleur et acrobate, qui a débuté au cirque Archaos. Il revient avec un spectacle sous chapiteau  avec deux comparses Pierre Déaux, funambule et Mika Kaski. Ils démontrent- scientifiquement si l’on peut dire- que le chaos est  l’aboutissement irréversible de tout acte humain.I

  Il y a d’admirables jonglages de grosses boules rouges, des échafaudages de cartons qui, grâce à une minuscule dose de dissolvant versée dans un verre en plastique,  basculent de façon magnifique là où ne s’y attendait pas, un numéro de funambule comme on en voit rarement, la construction d’une machine délirante où une bougie qui brûle une ficelle finit par déclencher une suite de catastrophes.  Les trois clowns savent comme personne dire l’absurdité et le burlesque, le logique et l’inattendu. Résultat d’un long travail technique. Ce ne serait pas correct de vous dévoiler la suite de gags mais sachez que c’est merveilleusement drôle et intelligent aux meilleurs moments ; il y a un test qui ne trompe pas:  le visage ébloui et le rire des enfants. 

  Mieux vaut oublier certains gags qui se répètent comme cette baguette de pain sec qu’ils  cassent sur la tête de l’un ou l’autre, ou les longueurs dues à une mise en scène  laborieuse qui plombe un peu le spectacle, surtout vers la fin. Mais les trois comparses de la Compagnie Pré-O-ccupé , s’il sont bien dirigés, peuvent vite rejoindre le niveau d’excellence des fameux clowns Les Cousins, eux aussi réunis en trio.

Philippe du Vignal

 Dans le cadre de la 4 ème édition du Village de Cirque, Pelouse  de Reuilly jusqu’au 2 novembre.

 

Habbat Alep de Gustave Akakpo, mise en scène de Balazs Gera

habbataleptheatrefichespectacleune.jpgHabbat Alep est l’oeuvre d’un jeune écrivain togolais, Gustave Akakpo ,qui a déjà plusieurs pièces derrière lui comme Catharsis, Tactic à la rue des pingouins ,La mère trop tôt (Lansman éditeur); la pièce racontre les tribulations d’un jeune métis togolais qui revient dans le pays de son père , originaire du Proche-Orient; Mais il est accueilli par sa cousine qui est enceinte et que son père lui destine pour sauver son honneur et celui de sa famille.
Le jeune homme qui est écrivain ,et non journaliste, comme il le répète aux contrôles de douane, fait des recherches sur une langue menacée: le mina, langue orale parlée dans la région de Lomé. C’est en fait une sorte de récit de voyage dialogué où le jeune écrivain rencontre beaucoup de gens dans le quotidien d’un  pays pauvre.
Akakpo possède une langue souvent magnifique, à la limite de la virtuosité; il reconnait avoir été influencé par Sony Labou Tansi, et cela se sent,  surtout dans l’approche très particulière qu’il a de la langue française, à la fois disons réaliste et profondément poétique, à la façon d’un conteur.Mais la mise en scène de cette pièce intéressante n’est pas tout à fait au diapason, en grande partie sans doute à une scénographie encombrante (de grands chassis noirs que l’on déplace sans cesse et à une direction d’acteurs assez hésitante qui ne semble pourtant pas due au fait que ce soit des acteurs français qui jouent des personnages africains  On vous rendra compte de  A petites pierres, l’autre pièce d’Akakpo qui se joue aussi au Tarmac.

Philippe Duvignal
Le Tarmac de la Villette, jusqu’au 1 er novembre

Le Shaga de Marguerite Duras, mise en scène de l’auteur.

La pièce avait été créée en 68 au feu Théâtre Gramont  devenu un salon de coiffure!( où Michel Simon avait joué autrefois Du Vent dans les branches de Sassafras )  après cinq mois de répétitions, ce qui était rendu nécessaire, puisque Duras partait en fait d’un canevas. On retrouve ici l’une des actrices ,Claire Deluca, accompagnée de Jean-marie Lehec et Hervine de Boodt, tous les trois exemplaires de rigueur et d’intelligence. Le Shaga est une  langue inventée par Marguerite Duras,  à partir de mots cambodgiens,siamois et malais que parle une jeune femme; les deux autre personnages, un homme et une femme ,eux parlent notre vieux bon français et tentent,avec beaucoup de mal, de dialoguer avec elle…
Et ils parlent, ils parlent  sans cesse pendant une petite heure, »impudiques et gais » disait Duras, ils fabulent  aussi beaucoup  mais les mots quotidiens et les expressions les plus usuelles employés minent le langage de l’intérieur, jusqu’à le nier dans une sorte de subversion où l’absurde et le non-sens font bon ménage avec un humour corrosif. Entre Beckett, Lewis Caroll parfois , Ionesco et Devos… Pas de décor, quelques projecteurs, pas de musique, un bidon en plastique comme seul accessoire, une petite scène.Du pur artisanat mais cousu main et luxueux dans son extrême simplicité. C’est à la fois jubilatoire et magnifiquement théâtral.
 Un bémol: cela se passe dans un tout petit théâtre:le théâtre du temps qui se trouve 9 rue Morvan, à deux pas du métro Voltaire et il ne vous reste que trois jours: aujourd’hui dimanche à 17 heures et lundi et mardi  à 20 h 30.Et comme il n’y a que cinquante places, mieux vaut réserver: 01-48-73-12-38. Voilà, vous être prévenus. Le spectacle se rejouera sans doute mais où et quand: parlez-en à Muriel Mayette, l’administratrice de la Comédie-française, elle aura peut-être une idée…

Philippe du Vignal

Le Roland, librement inspiré de La Chanson de Roland, écriture et mise en scène d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre

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   On connaît plus qu’en général on ne lit ,la fameuse Chanson de Roland  ( XI ème siècle) considéré comme l’un des premiers romans français, et peut-être une sorte de texte incitatif aux Croisades en Terre sainte, avec des épisodes majeurs dont la fameuse trahison de Ganelon, beau-frère et de Charlemagne et beau-père de Roland, qui va négocier avec Marsile le roi de Sarrazins pour s’assurer la mort de Roalnd, qu’il déteste. Roland sonnera du cor pour appeler des renforts dans une grande bataille entre Maures et français. Mais Charlemagne arrivera trop tard pour aider son neveu qui aura déjà été tué. Il se vengera en faisant condamner Ganelon à être écartelé… Le tout en quelque 4.000 vers!
  Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre a eu l’idée de transposer  les relations entre les personnages de cette Chanson de geste: Roland, le Grand Charlemagne,Ganelon le traître, Aude la Fiancée de Roland « dans l’univers fantasmé des principaux actionnaires d’une grande entreprise de couteaux: Montjoie Monde « . Avec, ajoute-t-il  » l’irruption du Moyen-Age au sein d’un couple, d’un groupe puis d’un individu ». Avec une parodie du Moyen Age au début du moins assez heureuse; certes, le filon a été largement exploité au cinéma ( Les Visiteurs, etc.. mais cela fonctionne un petit peu: après tout, s’est-il sans doute dit,  nous sommes restés de grands enfants…
  Il y a une scène  presque carrée avec de chaque côté une banquette pour une quinzaine de spectateurs, avec des tables de cuisine en inox avec dessus, tomates et poulets pour préparer un poulet basquaise dont Aude a oublié la recette, et c’est grave, puisqu’il s’agit de recevoir toute une bande  d’employés de la fameuse entreprise de couteaux. On engage David un spectateur pour aider Aude à préparer  son fameux poulet, David finalement ravi d’être pris en otage. On engage aussi trois spectateurs à venir jouer sur scène; justement, cela tombe bien; il y a , par hasard, dans la salle un pianiste, un batteur et un contre-bassiste!  Les recrutements  dans la salle, c’est un vieille ficelle que le théâtre  utilise depuis la nuit des temps…
 Plus c’est gros, mieux cela marche: Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre l’a bien compris, et il n’hésite pas: courses dans la salle, coup de vent froid avec de gros ventilateurs, anachronismes  et décalages de bon aloi: genre cotte de maille et costumes noirs contemporains, champagne versé dans la casserole de poulets  qui vont tomber par terre avec les tomates, quand on essaye de l’avaler Ah! Ah!. Ah!, et , dans la salle un peu clairsemée, quelques rires de collégiens  qui disent : beurk…(J’ai personnellement une répulsion profonde quand on joue avec de la nourriture sur scène, quelle que soit le type de nourriture, et je ne suis pas certain que les gens qui s’occupent des Restaurants du coeur apprécieraient).
 Les acteurs, bien dirigés, en font beaucoup  mais les bonne idées ne sont pas  exploitées (après tout,  s’ils faisaient vraiment cuire ce fameux poulet basquaise et en offraient aux spectateurs des banquettes, puisqu’il y a largement le temps: la chose dure deux heures  quarante sans entracte!!!  On peut imaginer avec bonheur ce que le Théâtre de l’Unité aurait fait avec un pareil texte.
Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre aurait intérêt à réfléchir sur ce qu’est une véritable dramaturgie, et un scénario bien bâti . On s’étonne au passage que  le Conservatoire national ne lui en ait pas au moins donné les quelques bases indispensables,  quand on veut affronter ce genre de métier…C’est dommage, puisqu’il disposait au départ d’une scène et d’un théâtre  neuf et tout à fait remarquables; deux heures quarante plus loin,on se demande encore bien pourquoi  il a tenu à rendre indigeste et souvent ennuyeuse un spectacle qui aurait pu être drôle s’il avait été mené sans complaisance- on a parfois l’impression gênante d’une bande de copains de promo qui s’amusent plus que le public-  et avec plus d’efficacité  en une heure vingt.

 

Philippe du Vignal

Centre dramatique de Montreuil ,mais c’était jusqu’au 17 octobre puis en tournée

Retour à Bobigny : suite -(et fin?) du feuilleton de l’automne

 

   Acte I   Il y a un bon moment que cela  devait  être dans les tuyaux, comme on dit, sans doute déjà depuis le mois d’août- le mois préféré dans les entreprises -et plus particulièrement dans les Ministères-pour les coups bas. Puis Libé, toujours bien informé, publie le 30 septembre un article qui fait boum dans le petit monde culturel: une réunion sans tambours ni trompettes, a  eu lieu  au Ministère de la Culture , qui en est donc l’initiateur,  avec ce que l’on appelle d’un pas très joli mot les  » tutelles » : soit,  les représentants de la direction des Spectacles, donc de l’Etat français, de la Région , de la Ville de Bobigny et Murielle Mayette, administratrice de la Comédie-Française ( qui  habite Bobigny) pour  voir comment le premier théâtre de France pourrait s’implanter( si, si) à la maison de la Culture de Bobigny…
Acte 2 Après tout, pourquoi pas, tout ce beau monde a bien le droit de se réunir pour parler de projets d’avenir mais il y a un  petit- oh! tout petit , bémol- Patrick Sommier le directeur de la MC 93 de Bobigny , depuis déjà huit ans,n’a pas eu l’honneur d’être invité. Ce qui est d’une élégance raffinée. et si cela ne ressemble pas à une discrète mise hors jeu, c’est en tout cas d’une grossièreté sidérante, quoi qu’en dise la Direction des Spectacles qui a essayé trop tard de rattraper le coup. Bien entendu, Sommier ne s’est pas laissé faire, et quand la Ministre organise en vitesse une conférence de presse à la mairie de Bobigny le 6 octobre, dont la maire se dit ravie d’accueillir la Comédie-française, il organise en même temps un contre-feu en réunissant ses amis  et metteurs en scène dans le hall de son théâtre…Cela ne se passe pas dans une république bananière mais dans la France sarkosienne en 2008. Zéro partout, la balle au centre; enfin pas vraiment, puisque l’affaire ne s’arrête pas là.
Acte 3  En effet, le Syndéac  s’en mêle et proclame son soutien à Sommier,  le Ministère tente maladroitement de calmer l’incendie, sur l’air bien connu de:  » mais rien n’est fait, c’est un début de réflexion »; quant aux Comédiens du Français, jusque là  silencieux,  qui , entre temps ont dû prendre leurs informations, ils désavouent  le projet.Et pan! Ce qui place Muriel Mayette dans une position quelque peu inconfortable.
Acte 4 Muriel Mayette, lors d’un entretien avec Vincent Josse mardi sur France-Inter, plaide sa cause comme elle peut, parle des difficultés liée à l’alternance de la salle Richelieu, dit qu’elle souhaite rencontrer les camarades  des autres troupes en vue d’un travail commun( c’est fou quand on tout va mal comme l’on a tendance à appeler les autres des camarades). Tout cela est assez flou et on la sent très tendue; elle fait appel aussi à la solidarité professionnelle ( on sait ce qu’elle vaut!), lance quelques fleurs à Patrick Sommier « qui fait un travail remarquable » , et appelle tout le monde à l’apaisement, en ajoutant  qu’elle va le rencontrer dans l’après-midi pour examiner les possibilités d’une collaboration. Et, pour finir, Muriel Mayette reconnait à Patrick Sommier le pouvoir de dire non..
Bref, le projet concocté, mal ficelé et  préparé sans aucune concertation, a du plomb dans l’aile.( Au fait, qu’en pensait Bercy, puisque le projet avait , et non des moindres, des incidences financières ? Ou bien il aurait sans doute  fallu dégraisser comme on dit élégamment…
Acte 5 La suite de l’histoire reste à écrire; l’affaire , comme souvent, n’est pas aussi simple:  la MC 93 a plutôt un public parisien, on pourrait dire un peu branché, que ne répugne pas le sous-titrage, quand il s’agit de spectacles étrangers , parfois difficiles; quant au public local ,il ne doit guère dépasser 10 %. Ce qui n’est pas normal,et pose problème, puisque la Région en est le principal financier Cela dit, le public de Bobigny accourrait-il en  masse voir, par exemple,  le dernier  et pas très bon Fantasio de la Comédie-Française: sûrement  pas. En tout cas, à l’heure des inévitables restrictions budgétaires dans les années à venir, personne ne pourra faire l’économie d’une réflexion à mener en profondeur sur ce que doit être la programmation des centres dramatiques de banlieue, mais aussi d’un théâtre richement doté disposant de trois salles et d’une troupe importante. Il y faudra sans doute une bonne dose d’imagination Jusque là, on n’a pas vu grand chose. A moins que l’Elysée, une fois de plus, n’ait une petite idée sur la question…Mais Sarkosy a d’autres chats à fouetter, et puis la banlieue, il a déjà donné…
Tiens: une idée pour apaiser les choses, pourquoi Muriel Mayette n’inviterait-elle pas à Patrick Sommier à remplir quelques créneaux de sa programmation? Madame la maire de Bobigny, qui sait, serait peut-être tout aussi flattée….
Le bilan, en tout cas, n’est pas glorieux: le Ministère, c’est à dire le Cabinet  de la Ministre et la Direction des Spectacles , Madame Albanel elle-même, dont on ne peut croire un instant qu’elle n’ait pas suivi le dossier, même par conseillers interposés, Muriel Mayette, dont on a parfois l’impression qu’elle s’est laissée embarquer dans un bateau qui prenait l’eau, quelles que soient les tentatives de justification des uns et des autres,aussi maladroites que tardives: tout le monde  a pris des coups dans cette opération menée avec un cynisme , une désinvolture et un manque de transparence qui ne donnent pas une image très flatteuse de l’Etat français. La question que tout le monde se pose, sans qu’il y ait eu le moindre début de réponse: qui a eu cette idée aussi sotte que grenue, comme disait le philosophe Oliver Revault d’Allonnes?

Philippe du Vignal

Le Cirque invisible, un spectacle de Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée

cirque.jpg On les avait connus autrefois, autrefois…  C’est Georges Goubert , le fidèle compagnon de Vitez et Jean Vilar qui les avaient conviés au festival d’Avignon. Ils s’appelaient à l’époque le Cirque Bonjour avec des fauves , un orchestre et plein d’artistes, puis ils ont créé le Cirque imagina    ire, et deux enfants James et Aurélia que l’on a pu voir dans quelques spectacles merveilleux au Théâtre de la Ville. Le cirque invisible avait déjà été présenté il y a trois ans dans ce même théâtre du Rond-Point.
Le spectacle tient un peu du cirque, beaucoup de la magie, avec une formidable dose d’humour et de décalage visuel, le tout enveloppé dans un nuage poétique d’une rare qualité.On ne va pas vous dévoiler la suite de numéros qu’à tour de rôle ou à deux , ils accomplissent: il y a des valises/ décors, des verres qui se vident et se remplissent comme par enchantement, des foulards incroyables, des canards qui apparaissent, des boîtes à transformation,un gros lapin blanc qui surgit, etc…. C’est fait sans avoir l’air d’y toucher mais il y a bien sûr un travail d’une précision fabuleuse, et les animaux semblent  obéir comme par enchantement. Cela dure deux heures avec un petit entracte, et c’est parfait. Seul bémol, la fin n’est pas très intéressante et il y a comme des mini bis qui n’apportent pas grand chose à ce qui reste un grand spectacle que le public ovationne longuement.

Philippe du Vignal

Le voyage de Pinochio, mise en scène de Séverine Anglade au Théâtre de Cachan par Philippe du Vignal

  L’affiche indiquait spectacle musical à partir de l’œuvre de Collodi. Après tiout pourquoi pas. mais on a plutôt affaire à une sorte d’animation mal ficelée où vingt cinq enfants essayent de chanter dont sept solistes de la maîtrise de Paris, et deux comédiens «  »" »professionnels«  »" »  qui récitent leur texte, le tout dans la pénombre et une absence totale de mise en scène… et cela pendant une heure vingt ; un seul moment de grâce quand les enfants arrivent à chanter ensemble quelques minutes. Mais c’est bien tout!  Et la chose se termine plus qu’elle ne finit par une chanson d’Adamo enregistrée.Si, si… Vous avez dit pathétique? oui, pathétique… Qui avait dit avec raison: le théâtre pour enfants devrait offrir ce qu’il y a de meilleur dans la profession. Quand on pense à la qualité des spectacles pleins de grâce et de poésie de la Pomme verte dirigée par  Catherine Dasté ou à ceux d’Antoine Vitez, on se dit que, dans ce cas, l’on est en pleine régression…En tout cas, à éviter à tout prix, à moins de vouloir punir vos enfants mais, croyez-moi, ils s’en souviendront….

 

Philippe du Vignal

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