Le Repas de Valère Novarina

Le Repas de Valère Novarina, mis en scène de Thomas Quillardet.

 

Il y a Le Vrai sang de Novarina qui vient de commencer au Théâtre de l’Odéon mais aussi un autre très bon Repas créé l’an passé à La Maison de la Poésie ( voir Le Théâtre du Blog) avec de jeunes comédiens et une mise en scène  tout à fait exemplaires , et qui est repris pour trois semaines.
Voilà, ce sera tout pour ce soir. Demain, on vous parlera d’Oklaoma au Théâtre des Abbesses … mais l’on ne vous le  conseille pas trop!
Et, pour rester dans le même quartier, de Cérémonies de Dominique Paquet,  à la Manufacture des Abbesses. Bonne et douce nuit…

 

Ph. du V.

Maison de la Poésie du 19 janvier au 6 février du mercredi au samedi à 20 h, dimanche à 16 heures.


Archive de l'auteur

A mon âge, je me cache encore pour fumer

 A mon âge, je me cache encore pour fumer de Rayahna, mis en scène de Fabian Chapuis.

Le titre dit déjà bien les choses…Cela se passe dans un hammam dans l’Algérie d’aujourd’hui, que l’auteur, comédienne et metteuse en scène a fui pour émigrer à Paris. Le hammam, lieu protecteur et cocon où les femmes de tout âge peuvent s’occuper de leur corps et où l’homme est rigoureusement interdit quand ce n’est pas le jour des hommes.  C’est pour ces femmes , la, possibilité d’être en elles, et d’avoir l’occasion aussi de se livrer de violentes disputes à la fois sentimentales , politiques et religieuses sans tabou.
Malgré tout, la solidarité va jouer à fond quand une jeune fille  s’est réfugiée là; en cachette bien entendu ; pas mariée,  enceinte,  elle ne va pas tarder à accoucher. Alors qu’elle est poursuivie par son frère qui veut absolument entrer dans le hammam…
Il y a là Fatima, très bien jouée par la formidable Marie Augereau,  la patronne et masseuse du hammam, la cinquantaine, solide sur ses jambes et qui a eu huit enfants contre son gré évidemment et dont la vie n’est qu’un long esclavage. Mais elle su garder une belle lucidité et a  le verbe cru: « t’en fais pas, les hommes se branleraient pour une mouche/ je préférerais que mon mari se vide n’importe où/ Il me prend par où tu sais.  Et elle a du Dieu qui  a permis autant de crimes commis sur des femmes une bien piètre opinion… ( Rappelons que l’écrivaine a été l’an dernier en plein Paris la victime d’un attentat à l’essence,  c’est dire que sa pièce doit déranger certains de ses compatriotes même en France!)  En fait, c’est surtout par la voix de Fatima que Rayahna met subtilement en scène le rapport entre le sexe féminin et le pouvoir politique et social monopolisé par l’homme au  nom de l’Islam, ou du moins de l’Islam qu’il réinterprète à son unique avantage.Il y a aussi , d’une toute autre génération: Zaya une jeune intégriste de 30 ans que l’on sent intelligente mais absolument instrumentalisée par les frères qui font dire au Coran ce qu’il n’a jamais dit; elle raconte aux autres femmes le calvaire( viol et tortures) que son mari a subi quand, à dix ans, il a été pris dans une rafle et emmené au commissariat.   Latifa, une jeune institutrice , elle, a dû subir à douze ans un mariage avec un  ami de son père, chose courante à l’époque, avec, ce qui est pire,  la bénédiction des hommes et l’accord des femmes! Samia, elle, est la deuxième masseuse; encore jeune (29 ans), elle voudrait bien goûter aux plaisirs sexuels; (impeccablement jouée par Linda Chaïb) et rêve aussi de mariage , même  arrangé par une marieuse, du moment que son futur époux est un émigré qui pourra l’emmener en France. ..  Il y a aussi Madame Mouni qui elle a émigré en France depuis longtemps et recherche une femme pour son fils, et puis Nadia , une étudiante de 26 ans qui sent bien qu’elle a très peu d’espoirs de trouver un vrai travail. Aïcha, la femme de 65 ans, reste assez résignée comme Louisa, une femme au foyer comme on dit. Rayahana ne cache rien, à la fois de l’amour qu’elle continue à porter à son pays mais où elle ne se reconnaît plus: elle revendique haut et fort l’indépendance sexuelle et  des femmes comme celles qu’elle met en  scène, dans un pays où le corps des femmes reste aliéné et enjeu politique du pouvoir, et où le maître mot reste: obéir et subir , voire souffrir, quand on est une femme; ce , évidemment à quoi  elle se refuse absolument. Avec en filigrane dans toute la, pièce, cette fascination pour la France où elles voudraient toutes vivre, sans pour autant couper les ponts avec l’Algérie.   C’est dit avec un humour parfois glaçant  qui vire même parfois  au ton boulevardier et en même temps, avec un certaine truculence et un amour de la vie qui, malgré les circonstances,  fait penser à Goldoni. Au nom de toutes ses compagnes algériennes, Rayahana veut dire leur fait à ses compatriotes hommes et faire entendre leur parole L’avenir reste sombre mais la pièce finit sur un brin d’ espoir: un enfant est en train de naître, et c’est tout d’un coup la solidarité qui joue pleinement chez ces femmes qui, vingt minutes avant, réglaient encore leurs comptes… La toute fin parait un peu conventionnelle mais bon…    C’est quand même un homme : Fabian Chappuis qui a mis en scène cette galerie de personnages assez hauts en couleurs; c’est un travail à la fois subtil, rigoureux et discret avec une belle et simple scénographie qu’ il a aussi conçue. Soit une longue jetée couverte de mosaïque, quelques bassines de fer blanc et des  tabourets de bois.    Alors à voir?  Oui, absolument, mais réservez, la salle est bourrée mais… surtout de femmes; sur 5 rangs de 15, nous avons pu compter: 2, 5, 2, 7, 2  donc au total, 18 hommes et 57 femmes. Cherchez l’erreur…


Philippe du Vignal

La Maison des Métallos , jusqu’au samedi 29 janvier à 20 heures et le samedi à 19 heures. T: 01-47-00-25-20

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Robert Plankett

Robert Plankett , écriture par le Collectif La Vie Brève, mise en scène de Jeanne Candel.

robertplanketttheatrefichespectacleune.jpgRobert Planquette , c’est peut-être un nom qui vous dit quelque chose:  celui d’un compositeur d’opérettes de la fin du 19 ème siècle ( Les Cloches de Corneville) auquel on a donné celui d’une rue  du 18 ème arrondissement ,proche de l’appartement de Jeanne Candel; le nom lui a plu, elle l’a anglicisé et  en a fait le titre de ce spectacle.
Donc ce Robert Plankett,  metteur en scène contemporain, vient de mourir brutalement d’un  AVC, comme on dit maintenant de façon pudique.  Et ses amis, sa compagne et une cousine germaine se retrouvent dans sa maison qu’il faut vider. Ils sont tous là, un peu désemparés, avec une tonne de livres et de revues à trier, un poulet congelé que certains devaient manger avec lui, et que sa compagne ne se résout ni à cuire ni à jeter et  dont l’évocation revient en boucle, comme une métaphore de Robert Plankett, lui aussi mort mais trop présent comme ce poulet dont ils ne savent que faire et qu’ ils décideront finalement de jeter.
Le début est assez étonnant: devant un rideau tendu de papier kraft, une jeune femme demande comme d’habitude de penser à éteindre les portables; en fait, ce n’est pas une ouvreuse mais un des personnages qui se lance, en guise de préambule, dans une série d’interrogations sur le fait théâtral: « Qu’est- ce qui fait qu’un spectacle commence? Est-ce que cela commence pour tout le monde en même temps? Si je vous dis que je suis née d’un père ambassadeur et d’une mère gymnaste, vous me croyez? Est-ce qu’il y a ici des gens qui n’ont jamais été au théâtre? Puis un homme découpe au cutter des fenêtres dans le papier kraft qui laisse apercevoir la tête d’une jeune femme lisant un livre d’art sur Le Titien, ou deux jeunes femmes triant des livres et les mettant en caisse. Elle est ans cette fenêtre ( voir photo)  comme encadrée; elle raconte l’histoire d’amour qu’elle a eu autrefois avec Robert en montrant-pudiquement- quelques endroit de son corps: une épaule, un cheville… Les gestes sont lents et précis, la plupart du temps en décalage avec la réalité environnante.Puis le grand rideau de papier kraft tombe d’un seul coup, pour laisser apparaître une scène vide avec quelques objets  bien réels qui ont appartenu à Robert: un vieux fauteuil en cuir, des cartons de livres , des livres alignés des rayonnages en bois, quelques chaises tubulaires, un grand tapis, bref, la vie qui continue un peu après la vie de Robert qui a cessé d’un seul coup.  Mais,  en même temps,  l’on sent une sorte de délire  s’emparer  des personnages, même quand elles boivent du thé toutes ensemble devant un garçon aux lunettes noires qui penser à Jean-Luc Godard et qui ne dira pas un mot, s’exprimant juste par quelques gestes ennuyés… . « C’ est, dit justement Jeanne Candel,  un théâtre qui circule entre concept et métaphore ». Pas mal vu comme classement,  à mi-chemin entre ce que l’on a coutume d’appeler « performance » en arts plastiques et théâtre.
Collage sans doute, d’abord d’images , de musiques,  collage de bribes de dialogues vrais  ou inventés,  de conversations décousues agrémentées  quelques disputes comme toujours au moment de l’inventaire après décès où chacun , subitement , et par pur motif sentimental ou revanchard,  revendique parfois ce dont l’autre a envie. Et cela a rarement à voir avec la valeur réelle de l’objet.
Le spectacle est bourré d’idées visuelles comme  la présence tout à fait dérangeante de cette cervelle de veau ( au fait, pourquoi dit-on : cervelle pour les animaux et cerveau pour les êtres humains. curieuse pudeur! ). Une des filles commence à décrire le fonctionnement du cerveau et à expliquer comment et pourquoi s’est produit l’AVC de Robert Plankektt convoqué justement pour montrer in vivo sa chute en ramassant des pommes , et il refait les gestes avec de vraies pommes. C’est aussi juste que poignant. Il y a aussi un formidable moment dont il faut parler: un des trois garçons emporte la masse de papier kraft  qu’il essaye de faire passer par une porte: cela fait un énorme bruit qui recouvre petit à petit la parole d’une des filles. Et puis tourne un  petit jouet/ vélo lumineux qui tourne autour des pieds des acteurs, comme le fameux petit grain imaginé par Strehler pour sa fabuleuse Cerisaie, pendant qu’ils mangent tous leur pomme en silence au moment du salut final.
On l’aura compris: le spectacle doit beaucoup à la très intelligente  scénographie de Lisa Navarro; cela ne parait rien mais  il y a des idées aussi intelligentes que  soigneusement réalisées , comme cette idée géniale de  faire découper au centimètre près ces petites fenêtres pour faire apparaître des visages et des petites scènes, ou cette dispersion des cendres de Robert sur le corps d’une des filles : quand elle se relève , on voit par terre l’empreinte en négatif d’un  corps qui pourrait être aussi celui de Robert.
Cette scénographie exemplaire- ce qui est loin d’être le cas dans le théâtre contemporain! -est en parfaite adéquation avec la mise en scène de Jeanne Candel qui est, par ailleurs, une bonne directrice d’acteurs.  Pas de cris, pas d’effets gratuits ou de minauderies, mais une gestuelle  précise et une très bonne utilisation du plateau par les comédiens ou plutôt les six comédiennes, puisque les garçons ne sont que trois!
C’est aussi une idée formidable dans un monde théâtral où les acteurs comme les directeurs ,sont toujours beaucoup plus nombreux.( Saluons au passage l’arrivée de Macha Makeieff au Théâtre de la Criée à Marseille mais cela ne fait toujours que trois directrices ….  Les comédiens se déplacent tous un peu comme dans une chorégraphie sur des musiques  de Rossini,  Bach , Schubert mais aussi de The Coasters, le fameux groupe de Los Angeles fondé en 57 … Pina Bausch  mais aussi Antoine Vitez avec son idée de pouvoir faire de faire du théâtre de tout, et Tadeusz Kantor ne sont jamais très loin: ces trois phares du théâtre contemporain  auraient sûrement aimé ce spectacle qui met en abyme la notion de spectacle, sans refaire du théâtre dans le théâtre, thème usé jusqu’à la corde et que Jeanne Candel a évité de justesse. Et c’est un spectacle qui peut parler à tous.
Mais il faudrait  que cette écriture collective ( cela revient à la mode et nous rajeunit! ), fasse l’objet d’une véritable dramaturgie: il y a beaucoup trop de longueurs,de temps morts mal gérés, trop de clichés habituels aux groupes d’anciens élèves d’école  comme ces morceaux de tirades classiques, et il faudrait que ce travail en cours fasse l’objet d’une révision par endroits drastique. Ce que ,visiblement, on ne leur a pas appris au Conservatoire national! En tout cas,  Jeanne Candel prouve qu’elle a su réunir autour d’un projet  de jeunes acteurs au métier solide, une créatrice lumière comme Sylvie Mélis et une directrice de la musique comme Jeanne Sicre: quand on sait quelles difficultés il y a à construire une véritable équipe de travail, c’est assez remarquable et  Jeanne Candel doit aller  plus loin, avec plus d’audace, si elle est   financièrement aidée. Alors à voir ? Oui, malgré les défaut signalés plus haut, ce n’est pas tous les jours que l’on assiste à la naissance d’une compagnie aussi inventive et capable d’un véritable travail scénique, à mi-chemin on l’a dit, entre la performance et le théâtre-théâtre.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Cité Internationale jusqu’au 29 janvier.

Le Vrai sang

Le Vrai sang de & mise en scène de Valère Novarina.

 

vraisang.jpgDans le Prologue de son livre, Valère Novarina nous livre quelques pistes: « Quelque chose de l’action à vif du langage pouvant être saisi: le langage capturé vivant. Gestes des logoclastes. dans la forêt des rébus: un geste est exécuté, l’autre est dit. Aucune scène, mais seulement des faits et figures du drame. Sans lieu, sans récit, car c’est le vide qui raconte. Ecartèlement du langage dans l’espace, semé. Répétition libre de volutes libératrices (…) Le lancer du langage dans l’espace a lieu à l’aide de tous nos couteaux. Tout exécuter. Utilisation divinatoire d’une machine. jouer les maximes d’entrer-sortir. (…) La pensée respire. chanter beaucoup. Même chanter bref… Et des danses pour bien voir la chair à chacun. »
Ces quelques phrases  de  Novarina ne peuvent, bien entendu, rendre tout le foisonnement et toute la richesse d’une pièce tirée par lui du texte intégral mais donnent bien le ton du spectacle qui oscille constamment entre le comique, le délire total et la réflexion philosophique. D’autant plus que l’ensemble de châssis picturaux fonctionne bien , comme en rythme avec le langage, comme chez Kantor, ce qui n’a pas toujours été le cas dans ses spectacles précédents mais, sur un grand plateau comme celui de l’Odéon, Philippe Marioge, en vieux complice, a su lui donner une scénographie exemplaire qui constitue un véritable espace de jeu avec des accessoires, aussi loufoques qu’imprévisibles, qui savent traduire l’écriture  de Novarina.
Comme il le dit finement, la perception des couleurs change la perception du langage. Et les costumes rouges,  comme le sang justement, imaginés par Renato Bianci sont tout à fait justes, et provoquent une sorte de fascination dès qu’un comédien entre en scène. On retrouve Le Vrai sang toutes les déclinaisons poétiques de l’auteur: entre autres: ces listes  de quelque 60 noms  comme ceux  de bestioles appartenant au monde animal et dont la plupart nous sont inconnues, comme la tipule-sorte de moustique , ou l’ophiure, voisin des étoiles de mer qui a la très aimable  particularité de ne pas avoir d’anus et qui rejette ses excréments par  la bouche.Visiblement, Novarina s’est renseigné! Délicieux, non? Merci, mon Dieu, de nous avoir fait à votre image… comme il le dit aussi.
On retrouve dans Le Vrai sang les thèmes qui lui sont chers: la naissance, le corps humain, le sang, l’animalité sous toutes ses formes, l’écriture et l’espace scénique, L’Ancien comme le Nouveau testament, mais aussi les informations à la radio, la fascination pour l’accumulation de noms et de titres: Monsieur du Chiffre, L’Ange numérique, la Femme à l’Etalage, L’Enfant d’Outre-Bref, L’Animal d’Autrui, etc… mais aussi, et de façon récurrente, cette passion qu’a Novarina pour tout ce que le langage peut nous apporter, « hormone et substance chimique », dit-il; et il précise:  » si Dieu nous l’a laissé, c’est simplement pour régler nos comportements animaux ». On a beau connaître depuis  longtemps mais c’est une langue dont on ne s’en lasse pas…
Pour lui,  » la langage vient ici nous ouvrir, opérer devant nous le théâtre de la cruauté comique. Entrons dans le mélodrome ». Novarina adore les noms de famille qui ont quelque similitude comme  » Jean-François Charpin qui habite rue Jean-Charle-Potain au Vésinet ». Ou bien les énumérations par dizaines de termes techniques comme ceux de la danse classique: « pirouettes sautillées à la grande seconde, sissonne fermée, etc… que Manuel Le Lièvre ( le danseur en perdition ) tente de réaliser avec une étonnante drôlerie, un peu Chaplin, un peu Buster Keaton, avec une précision gestuelle tout à fait remarquable.
Il y a aussi, dans ce texte aussi brillant que merveilleusement poétique, des phrases absurdes que n’auraient  renié ni les surréalistes ni Pierre Dac, du genre: « L’Age légal de la mort vient d’être reculé de trois ans. Croissance: la zone euro doit faire face à un manque de visibilité inédit ».Ou « La France osera-t-elle menacer ses voisins de se retirer de l’Hexagone?  se demande ce matin dans Pensée-Magazine le philosophe Régis Gallibert ». Quant à la mise en scène, que Novarina ne maîtrisait pas toujours très bien comme beaucoup d’auteurs, il a, cette fois, bien réussi son coup avec  des  comédiens exceptionnels comme Agnès Sourdillon que l’on avait déjà vue dans ses spectacles, Nora Krief ou Nicolas Struve qui sont tout à fait à l’aise dans cet univers si particulier où Novarina s’empare du langage  mais aussi de la peinture qui sert aussi fortement le  spectacle, grâce encore une fois à Philippe Marioge.
Et les parties chantées bien maîtrisées, conçues par Christian Paccoud, un autre vieux complice à l’accordéon, sont un véritable délice. Petit bémol: Novarina aurait sans doute encore pu aller plus loin dans la folie de ses personnages qui n’en sont pas vraiment. Cela peut encore venir quand le spectacle évoluera. La version scénique ne comprend qu’une partie seulement du Vrai sang; malgré tout, le spectacle qui dure quand même deux heures vingt! Et c’est beaucoup trop long,au bout d’une heure et demi, l’on commence à décrocher. C’est un peu dommage, d’autant plus que le spectacle reste d’une fantaisie et d’une poésie exceptionnelle. Nous n’avons  en France qu’un seul Novarina…
Alors à voir? Oui, trois fois oui quand même! Mais mieux vaut y aller de bon cœur si l’on veut se laisser entraîner par ce torrent poétique, même si l’on sait qu’il y a bien, disons, cinquante minutes de trop !
Voilà, ne venez pas râler, vous êtes prévenus… Et comme l’on imagine assez mal Novarina pratiquant maintenant des coupes dans un spectacle aussi construit, il faudra faire avec…

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 30 janvier.
Puis à Valenciennes le 8 février, du 15 au 18 février à Villeneuve-d’Asq; à Cherbourg, les 22 et 23 fév; à Evreux le 17 mars et à Louviers les 24 et 25 mars: à Reims ; au Forum Meyrin ( Suisse) les 29 et 30 mars: à Villeurbanne du 12 au 16 avril ; à Clermont-Ferrand du 19 au 21 avril et enfin à Saint-Denis de la réunion du 19 au 21 mai.

 

Le Vrai sang est publié aux éditions P.O.L. 301 pages, 18, 50 euros.

Claire Lasne-Darcueil quitte la direction du Centre dramatique de Poitou-Charentes.

Claire Lasne-Darcueil quitte la direction du Centre dramatique de Poitou-Charentes.

   Cela fait plus de dix ans que Claire Lasne-Darcueil avait pris en main ce centre dramatique basé à Poitiers mais  elle avait réussi à étendre son action dans toute la région; elle va maintenant  diriger la Maison du comédien, maison que Maria Casarès avait léguée au petit village d’Alloue.
 Et c’est Yves Beaunesne qui lui succèdera en janvier prochain. Non sans quelques difficultés à prévoir avec l’équipe actuelle du centre dramatique, dans la mesure où, effectivement, on ne voit pas très bien Yves Beaunesne poursuivre la politique de Claire Lasne-Darcueil , attachée, elle,  à un travail de terrain. Alors que le nouveau directeur, qui est plutôt un bon metteur en scène,  a des projets artistiques un peu partout, mais pas nécessairement en Poitou-Charentes.
Reste à savoir si cette nomination, attendue  par le microcosme théâtral français , semble avoir bien avoir été décidée par le Ministre lui-même. .. Il y avait d’autre prétendants à cette succession comme Véronique Bellegarde, par exemple mais, en fin de compte, on a  l’impression une fois de plus – et cela ne date pas d’hier-que tout se fait selon un esprit de cour qui n’ a pas grand chose à voir avec les règles démocratiques.
 Les coups tordus et le manque de transparence des décisions  de la DGCA  direction générale de la création artistique( ex DMDTS), on les connaît depuis longtemps, et parmi les exemples récents:  l’éviction en dernière minute (malgré les dénégations d’un des Inspecteurs) de Guy Freixe pourtant choisi par une commission,  pour diriger le Centre Dramatique de Vire, puis la lamentable OPA de la Comédie-Française sur la MC 93 de Bobigny, sans même que son directeur Patrick Sommier en ait été averti… Les Comédiens français  s’étaient réveillés et avaient quand même trouvé un peu gros, le coup préparé par Muriel Mayette et la maire de Bobigny , en collaboration  avec le cabinet de la  Ministre. Devant  leur indignation, et celle de la profession comme du public de Bobigny, la Ministre de l’époque avait donc  rétropédalé en vitesse  avec des explications des plus confuses, et s’était empressée d’étouffer l’affaire. Depuis, bien entendu, le dossier  a  été « classé » comme on dit pudiquement.
  Il y a aussi- c’était en décembre 2009- la nomination de Jean-Marie Besset à le tête du Centre Dramatique de Montpellier qui avait  fait pas mal de vagues. Alors que la candidature de Georges Lavaudant (qui n’est quand même pas n’importe qui dans le paysage théâtral français! ) était soutenu par la Région Midi-Pyrénées. Lettres ouvertes au ministre, protestation du Syndeac qui parlait de « procédure simplifiée, précipitée et et inéquitable »,  et d’une partie des autres directeurs de centres dramatiques: rien n’y avait fait et Frédéric Mitterrand n’était pas revenu sur sa décision.
Décision d’autant plus curieuse – et c’était sûrement une coïncidence-que  le directeur adjoint de Besset n’est autre  que Gilbert Desveaux qui dirigea  à Tripoli les grandes fêtes en l’honneur des quarante ans de pouvoir de Kadhafi…Comme si la  décision  de Fredo, grand ami de la Carlita, ne ne lui avait pas complètement appartenu!
  Mais non, du Vignal, vous êtes complètement parano!
Il y a eu depuis  l’annonce discrète par la DGCA que la troupe du Puddding succèderait à celle du Théâtre de l’Unité à Audincourt. Là aussi, bien entendu sans concertation des intéressés. Petite cerise sur le pudding: on ne voit pas du tout de quoi se mêle la DGCA, puisque Audincourt est un lieu municipal! Cela n’a pas l’air de bouleverser Jacques Livchine, directeur avec Hervée de Lafond du Théâtre de l’Unité. Avec son pessimisme optimiste, il reste d’une lucidité dont le Ministère de la Culture  pourrait prendre de la graine:  » Mais rien ne se passe comme prévu, écrit-il , le 10 septembre 2001, qui aurait pu prévoir que cela allait péter le lendemain ».
En fait,  c’est tout le système des nominations qui manque singulièrement de transparence qui devrait être revu. Mais à partir du moment où l’Etat participe ua financement des centres dramatiques à hauteur de 50%, toutes les dérives sont permises En d’autres termes, faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais… Il serait bon que Frédéric Mitterrand veuille bien prendre la parole et s’explique mais il semble, de ce côté-là,  aussi  avare
de conférences de presse que notre cher Président de la République, … Bien entendu, nous vous tiendrons au courant.

Philippe du Vignal

L’homme qui donnait à boire aux papillons

 L’homme qui donnait à boire aux papillons par la Compagnie Tetrocinema Jaun Carlos Zagal / Laura Pizzaro.

  lhomme.jpgCette compagnie chilienne avait présenté l’an passé dans ce même théâtre Sin Sangre, adaptation du roman d’Allesandro Baricco qui évoquait les horreurs de la dictature, et les enlèvements d’enfants qui s’ensuivirent. (Voir le Théâtre du Blog *). mais cette fois, les deux créateurs reprennent à leur compte une ancienne légende: au tout dernier instant de sa vie, Filippo ressent le besoin d’accomplir un rite ancestral qui lui a été transmis par le dernier survivant d’un peuple ancien et oublié: donner à boire aux papillons qui sortent de leurs chrysalides pour les aider dans leur migration. Ainsi le vieil homme va disparaître et le papillon est en train de naître; Filippo va aussi faire quelques rencontres comme ce réalisateur de cinéma amoureux d’une femme qui est dans un profond coma , puis Franco et Elisa, comédiens, mais aussi la statue d’un Chevalier et de sa Dame.
  Mais c’est plus, si on a bien compris le scénario volontairement  un peu obscur, une sorte de voyage aussi bien physique que mental à travers des fragments d’existences à la fois réelles et virtuelles des personnages, dont l’un parcourt plusieurs fois un long couloir, métaphore évidente du passage de la vie  à la mort. « Et les histoires surgies de son imagination, disent les metteurs en scène, sont la représentation des infinies possibilités de vie qui existent en chacun d’entre nous et que nous sommes capables ou non de pressentir ». Tours de château qui s’écroulent, milliers de guerriers qui envahissent le très grand écran, immeubles et rues modernes comme dans un jeu vidéo: Jauna Carlos Zigal et Laura Pizzaro sont virtuoses en la matière: flash-back, gros plan, plongée, contre-plongée, incrustations de personnages réels sur scène dans des paysages fantastiques d’images de synthèse.  » Nous évoluons ainsi , précisent-ils, sur un mode vertigineux, instantané, dans le temps et dans l’espace, pas à la façon du cinéma mais comme le font les magiciens. La magie de l’action en direct, avec les outils du cinéma ».
  C’est vrai , au début du moins: nous sommes éblouis par cette espèce d’aller et retour permanent et cette mise en abyme vertigineuse de mondes et de réalités qui s’emboîtent presque à l’infini: mais, très vite, cette virtuosité et ces effets remarquablement imaginés par Mirko Petrovitch finissent par lasser. Ce style narratif, qui était quand même mieux maîtrisé  dans Sin  Sangre, n’ouvre pas la porte à notre subconscient, comme semble-t-il, c’était le but de cette entreprise dramaturgique .
Même si la mise en scène de Zagal est excellente comme les comédiens qui portent un demi-masque sur scène comme à l’écran, et qui font un travail d’une étonnante précision, nous n’avons pas été conquis, et ce PACS théâtre/cinéma ne fonctionne pas vraiment.
Il aurait fallu un scénario qui s’éparpille un peu moins.
Alors à voir? Pas si sûr, sinon pour les images, mais autant vous prévenir,  on est peut-être surpris quelques minutes , mais jamais vraiment émus par une aventure qui, finalement, c’est peut-être le défaut de la cuirasse, appartient davantage au monde du cinéma qu’à celui du théâtre. Qui trop embrasse, mal étreint…

 

Philippe du Vignal

* http://theatredublog.unblog.fr/2009/12/16/sin-sangre/

Théâtre des Abbesses jusqu’au 30 décembre

Jacqueline de Romilly.

jacquelinederomilly1.jpg En guise d’hommage à Jacqueline de Romilly.

C’est sans doute la dernière de nos  profs de  Sorbonne à nous avoir quittés. Nous la remercions simplement et  du fond du cœur pour ce qu’elle nous aura apporté.
Sans elle, la pensée de la Grèce antique ne serait pas ce qu’elle est . Comme nous ne sommes pas très forts pour les hommages,  nous préférons dédier ces quelques lignes d’elle où elle parle du théâtre grec à tous nos lecteurs.

Philippe du Vignal

 

 » La liberté de s’exprimer est revendiquée par Athènes pour la vie courante. Euripide le dit: « Le faible peut répondre à l’insulte du fort ». Ceci relève, on l’a vu, de la fameuse liberté de parole, ou « parrhésia« , qui se manifeste avant tout à l’Assemblée; mais cette liberté s’étend aussi au-delà. C’est même la seule liberté particulière dont se targue la démocratie athénienne. Elle est,  en fait,  sentie comme le privilège du citoyen, et comme le premier bien que l’on perd en exil. dans les Phéniciennes du même Euripide, Jocaste demande à son fils ce qui lui semble être le plus pénible pour l’exilé; la réponse est alors donnée sans hésitation:  » De tout, le pire est qu’il n’ a pas la liberté de parole »; et Jocaste:  » C’est le fait d’un esclave, que de ne pas dire ce que l’on pense ». ( 391-392)
Dans le cas des œuvres en général et du théâtre en particulier, cette liberté de parole confine à ce qui serait pour nous la liberté de la presse. Or celle-ci existait, à un point rare, dans la comédie. car Aristophane attaque tout: la démocratie, les juges, la politique extérieure, les individus. Et le fait que l’on a là un premier incident relatif à la liberté. Aristophane, en effet, ne cessait d’attaquer le démagogue Célon, avec une extrême violence, il déclare bientôt que sa soumission n’était qu’apparente; et il recommence ses coups de griffe. Sans texte et sans règle, la liberté d’expression se marquait donc dans les faits.

 

La Grèce antique à la découverte de la liberté. Editions de Fallois

Bouvard et Pécuchet

  Bouvard et Pécuchet, Le livre de l’inquiétude, adaptation théâtrale d’après Bouvard et Pécuchet  de Gustave Flaubert par  Brigitte Remer.

9782296128422j.jpg  Comme le dit dans la préface Eduardo Manet, qui lit ce roman de nos jours, à part les élèves des classes secondaires et universitaires? Et il  ajoute, non sans ironie: sauf si le programme l’exige… Effectivement, le texte  reste très ancré dans une époque qui n’est plus du tout la nôtre, malgré des dialogues savoureux qu’avait si bien mis en scène en 1989, le réalisateur Jean-Daniel Verhaeghe avec  Jean-Pierre Marielle et Jean Carmet.
    Ce roman, qui n’en est pas vraiment un,  est l’histoire de Bouvard et Pécuchet qui s’étaient rencontrés un jour de plein été près du canal Saint-Martin et s’étaient vite liés d’amitié. Drôle de couple que ces deux petits employés, copistes, un peu Laurel et Hardy, pas très finauds, dont la vie terne va basculer tout d’un coup: Bouvard  fait un héritage inattendu d’un oncle qui était en fait son véritable père, ce qui va lui permettre de vivre confortablement d’une rente le restant de sa vie!
Il décide alors d’embarquer Pécuchet dans une drôle d’aventure: l’achat d’une ferme dans le Calvados qu’ils vont exploiter , un peu comme Rimbaud et  Verlaine. Comme ils ne connaissent rien à l’agriculture et sont quand même assez prétentieux, ils vont aller d’échec en échec, de désillusion en désillusion, que ce soit pour l’élevage, la culture des melons,les arbres fruitiers, la plantation d’arbres comme Le lilas des Indes ou l’Eucalyptus inadaptés au climat, ou la mise en conserve, la distillation …avec un alambic qui explose! Naïfs, ils ne connaissent aucune limite et vont être la risée des paysans du coin! Ils vont même  jouer aux médecins en prescrivant des traitements farfelus.

   Ce qui ne les empêche pas de discuter sans arrêt politique, sentiments amoureux, spiritisme, religion,éducation et même esthétique: « Le beau est le beau et le sublime est le très beau  » déclare péremptoirement Bouvard.Ils comprendront,  mais un peu tard, que leur grande bêtise continuera à leur jouer des tours, s’ils ne jettent pas l’éponge et ils  décident alors d’aller retrouver leur travail de copiste…
Brigitte Remer s’est emparée du meilleur de ces dialogues et les a installés en dix courts chapitres, à partir du moment où ils se retrouvent à Chavignolles, et elle a bien su rendre le côté baba-cool avant la lettre de ces deux  Parisiens qui se sont aventurés dans un univers  qui n’est pas le leur et qui va leur révéler leur profonde bêtise. Flaubert lui avait déjà mâché le travail en écrivant des dialogues qui demandent un auditoire pour être  perçus à leur juste mesure. Mais elle a su resserrer les boulons d’un texte parfois un peu bavard comme le remarque Eduardo Manet, et les dialogues finement ciselés, deviennent souvent très durs,  à la limite de l’absurde. Et la dernière scène semble déjà préfigurer  En attendant Godot.

  Cette adaptation, qui s’attache à rendre la personnalité de ces deux petits employés assez pathétiques, devrait intéresser plus d’un metteur en scène. Reste à trouver des comédiens , de la trempe d’un François Morel ou d’un Olivier Saladin  ( des Deschiens) par exemple,  capables d’incarner toute cette sottise humaine.
  Petite remarque au passage:les éditions de l’Harmattan devraient faire appel à un relecteur: le texte est bourré de fautes de frappe…Et c’est dommage.

Philippe du Vignal

Editions de L’Harmattan, 11 euros.
 

Le Centaure et l’animal

Le Centaure et l’animal, conception et mise en scène de Bartabas, chorégraphie de Ko Murobushi et Bartabas, musique de Jean Schwarz, texte de Lautréamont extraits des Chants de Maldoror dits par Jean-Luc Debaticce.

 bartabas4.jpg Le grand plateau de la salle Jean Vilar est couvert d’une poudre noire, avec des pendrillons tout aussi noirs, et une longue allée de tissu blanc à l’avant-scène où avance lentement Ko Murobushi, 63 ans ,le grand maître de la danse butô dite « danse des ténèbres » qu’il a fait connaître en France avec Carlotta Ikeda il y a déjà quelque trente ans. Murobushi , d’abors installé sur un piano, absolument immobile comme une statue antique, semble ensuite dérouler son beau corps nu enduit d’un maquillage argenté, rampe ,se redresse avec une précision gestuelle absolue. Sur une musique faite de voix rauques, grognements et autre chants à bouche fermée.
  Et il y aussi les chevaux , que Bartabas, habillé d’une longue cape prolongée par une sorte de grande cagoule tenue par des bâtons, sans rênes, conduit avec une impeccable maîtrise. Ces chevaux, magnifiques, ont pour nom: Horizonte, Soutine, Pollock et Le Tintoret, référence évidente à la peinture que veut être avant tout ce spectacle.
Et il y a en effet des images fabuleuses, comme ce cheval qui tombe par deux fois sur le côté avec son cavalier, ou cet autre cheval, en fond de scène, absolument immobile, comme celui d’une statue équestre. Ou encore ces chutes de sable éclairées d’un pinceau lumineux sur le corps de Murobushi . Le plus souvent dans un silence complet. Rien à dire: la prestation est de toute beauté, et a dû demander un énorme travail…

  Il y a aussi ces extraits des fameux Chants de Maldoror de Lautréamont, dits en voix off,  qui occupent aussi  dans le spectacle une place importante et que l’on aime toujours retrouver, même si on ne les a pas lus depuis longtemps.
Reste maintenant à savoir si le rapport chorégraphie/ art équestre/ musique/ lecture de poème arrive à fonctionner… Sans doute, au début, surtout pour un public qui n’a jamais vu de danse buto, ni de danse butô associée à un spectacle équestre, et qui est visiblement impressionné par ces images poétiques construites avec beaucoup de calme et de sérénité.

  Mais assez vite, on a l’impression que Bartabas ne sait pas très bien où il veut nous emmener et l’ennui s’installe, irrémédiable, à cause de ce placage d’éléments artificiellement réunis.Le public est moins attentif, toussote souvent, bref on voit que cette beauté plastique évidente ne peut  tenir lieu de dramaturgie et le temps parait long , alors que le spectacle ne dure qu’une heure vingt.
  Alors à voir? Si vous êtes un fan absolu de Bartabas, vous y trouverez peut-être votre compte, mais nous sommes ressortis de Chaillot bien déçus…

Philippe du Vignal

Théâtre national de Chaillot jusqu’au 23 décembre inclus.

La folle épopée

La folle épopée de Stan Kokovitch, acteur, écrit et interprété par Renaud Danner, direction Rémi de Voos.

    lafolleepopeedestankokovitchacteur.jpgC’est quelques pages de la vie d’un acteur contemporain qui doit jouer une bactérie dans  Le passager du Théorème, une création de Marc Lucas, metteur en scène très branchouille et adepte du non-jeu. Stan comprend très vite que cela  va le mener droit dans le mur ( on l’aurait deviné!) et il accepte une nouvelle aventure en rejoignant Le Collectif, une petite compagnie de théâtre basée dans le Tarn, où il va donc faire connaissance de  Rémy Martino, le directeur fort en gueule, de Pierre, Paul et Djack, comédiens, et de Rachida, une belle jeune femme qui s’offre à lui dès le premier jour mais qui , en fait, comme il s’en apercevra plus tard , couche aussi avec les autres garçons.
Il comprend  qu’en fait, ici, on s’occupe davantage de cultiver la terre que de faire du théâtre révolutionnaire, comme on le lui avait signifié au départ… Il quittera donc le Tarn et ses illusions, et rencontrera  deux autres metteurs en scène  tout aussi foutracs mais  et satisfaits d’eux-même: Kurt fashioned et Théo Bronx de Van, créateur belge.Et , dégoûté, il repartira dans le Tarn.
Il y a aussi au bout de leurs portables sa mère russe et volubile et son frère qui lui sert de confident. Stan doute de tout, de la vie, des autres et surtout de lui; c’est en fait une victime qui alimente lui-même, par sa naïveté pour ne pas dire sa bêtise, les guet-apens où il va se fourrer. Renaud Danner, semble surtout avoir écrit ce texte qui tient parfois d’une logorrhée pour donner matière à un jeu où il se fait plaisir à interpréter chaque personnage avec son accent, son rythme et ses mimiques. Et, comme c’est un bon comédien, d’une grande précision verbale et gestuelle, on  sourit parfois…
Mais le texte est malheureusement trop facile et fait, sans aucun scrupule d’écriture, la part belle aux facilités et aux stéréotypes! Comment croire un instant , même au second degré, à cette histoire dans le Tarn qui semble dater des années 70, et encore! Reste un bon travail d’acteur qu’on aimerait beaucoup voir, mieux costumé que dans ce collant au graphisme qu’il dit surréaliste mais  vraiment très laid, et  dans un vrai monologue théâtral.  Renaud Danner en a la carrure.
Mais il faut qu’il comprenne que l’exigence, la véritable exigence quant au texte, qu’on le choisisse ou qu’on l’écrive, cela fait partie du travail théâtral, c’en est même un « fondamental », comme on dit maintenant, que l’on apprend dans toutes les bonnes écoles de théâtre. Remi de Voos, très bon dramaturge, qui l’a dirigé, ferait bien de le lui rappeler… Et ce n’est sûrement pas un hasard si Laurence Février, excellente comédienne ,  fait, elle, un tabac chaque soir dans ce même théâtre avec La Passion corsetée* d’après La Princesse de Clèves, un des livres de prédilection, comme chacun sait , de notre cher Président…
Alors à voir? Ces soixante minutes passent vite mais ne sont pas du tout indispensables.

 

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire jusqu’au 29 janvier du mardi au samedi à 18h 30.
* Voir Le Théâtre du Blog de novembre:

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