Passion Théâtre de Micheline Boudet

Passion Théâtre de Micheline Boudet

     34262.jpgCe ne sont pas à proprement parler des souvenirs mais plutôt le parcours d’un petit rat de l’Opéra qui y rencontre un autre petit rat, nommée Marie Bellon qui deviendra par la suite Marie Bell dont elle retrace la vie, en même temps que la sienne. Comme les temps de sa jeunesse furent, disons, troublés: la guerre,la débâcle de 40 et l’occupation allemande avec les premier bruits de botte de l’armée du Reich sur les Champs-Elysées, l’antisémitisme avec le départ contraint vers l’étranger de Vera Korène , d’Henri Bernstein et de combien d’autres,  et enfin l’épuration , avec ses règlements de compte pas toujours très propres. Micheline Boudet raconte leur entrée dans le petit univers du théâtre où elle firent une longue et brillante carrière, notamment à la Comédie-Française où elle furent toutes deux sociétaires: Micheline Boudet y joua beaucoup, entre autres : Feydeau , Musset, Molière et Marivaux. Marie Bell, décédée en 85,  y créera le rôle de Dona Prouhèze dans Le Soulier de satin, jouera magnifiquement Phèdre et accueillera Peter Brook avec Le Balcon de Genet dans son Théâtre du Gymnase qui porte aussi maintenant son nom. On croise au fil des pages nombre d’acteurs célèbres et reconnus comme Raimu, Jouvet, Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault, Gérard Philipe, Pierre Dux, Arletty, Robert Hirsch, Jeanne Moreau mais aussi des écrivains comme Céline.

  Micheline Boudet rappelle que c’est grâce à Marie Bell qui intervint auprès de Nordling, consul général de Suède, que Céline put rentrer d’un exil de sept ans, lequel Raoul Nordling avait aussi agi auprès de Von Choltilz pour qu’il ne mette pas à exécution l’ordre d’ Hitler de détruire Paris. Elle évoque  aussi les hommes politiques de l’époque qui, ne dédaignaient pas  de choisir une amoureuse parmi les actrices de théâtre, comme Georges Mandel avec Béatrice Bretty, Mandel qui sera  assassiné par la milice , ou Edouard Herriot. Micheline Boudet dit les choses simplement, ne parle que de ce qu’elle a vécu, avec beaucoup de fraîcheur et d’humilité, ce qui n’est pas si fréquent chez les comédiens , et, comme comme cette petite chronique du théâtre français des années 50, plutôt bien écrite, est aussi un peu celle de la vie politique française de ces années-là, ces deux cent pages se lisent très vite, et l’ on en redemanderait bien une petite louche…

  Même si les noms évoqués, si familiers à Micheline Boudet et à ceux de la génération qui suivit, sont maintenant presque tous inscrits sur des pierres tombales, et risquent de ne rien évoquer aux jeunes gens d’aujourd’hui, ce livre contribue très utilement à la mémoire du théâtre français.

Philippe du Vignal

Editions Robert Laffont; prix : 18 euros


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Le Cerceau

capturedcran20091112220435.jpgLe Cerceau de Victor Slavkine, mise en scène de Laurent Gutman.

   Les présentations: Slavkine, qui a 74 ans, ci-devant ingénieur des transports, puis journaliste dans l’ex URSS a été propulsé sur le devant de la scène théâtrale avec La fille adulte du jeune homme montée par le grand Vassiliev il y a trente ans puis, en 82, écrivit Le Cerceau que monta aussi Vassiliev dans une mise en scène exemplaire et que nous avions pu voir à Bobigny. Depuis, c’est devenu une sorte de pièce culte en Russie qui est aussi souvent jouée en Europe.

  L’histoire est simple: Petouchok, un ingénieur, célibataire d’une quarantaine d’années, a hérité de sa grand-mère d’une belle maison de campagne, et il y a emmené pour un week-end, cinq amis qui ont à peu près le même âge que lui: une femme qui, autrefois, a été son amante passionnée, et trois hommes, et une autre jeune femme de 26 ans. Petouchok a envie de transformer cette maison dont il ne sait finalement pas trop quoi faire en un lieu où pourrait se rassembler une communauté d’amis, vieux rêve utopique qu’il doit porter depuis des années sans se l’avouer à lui-même, dans le but de ne plus être en proie à la solitude, même si les choses ne sont pas aussi évidentes à réaliser. Après tout, qu ‘ont-ils en commun sinon un même regard sur le passé? Pour le moment, ils sont là , autour d’une grande table ovale, et tout est paisible dans cette maison, il y a de beaux chandeliers qui dispensent une lumière douce, et ils s’amusent à lire des paquets de lettres de la grand-mère de Petouchok à son amoureux qui est devenu un vieux monsieur et qui, justement, comme si c’était dans l’ordre naturel des choses, arrive dans cette maison où il vécut autrefois. Et tous l’écoutent , avec beaucoup d’attention, raconter des pans de sa vie.  

  Quant à Petouckok qui retrouve son amante, il semble réaliser que leur amour commun avait sans doute besoin d’une rupture initiale, pour prendre vraiment vie , et que cette attente leur a été plutôt bénéfique à tous deux. Mais, en même temps, comme si aucun d’eux n’avait rien à cacher, elle lui confie publiquement qu’elle trouve leur vie si vide et si odieuse qu’elle éprouve un profond besoin d’être aimée.

  Le passé à jamais disparu, le présent sans intérêt, la nostalgie toujours aux aguets, la société soviétique qui a été emportée dans le grand vent de l’histoire et le besoin qu’ils ont tous de se rapprocher, même s’ils ne semblent pas se faire trop d’illusions sur les chances réelles de voir se créer une communauté, sont les thèmes essentiels de cette pièce où il y a finalement peu d’action mais  dont on écoute pourtant chaque dialogue avec gourmandise pendant trois heures … Sans doute, comme on l’a dit souvent, parce que son univers rappelle encore et toujours, celui des personnages de Tchekov. Mais, trente ans plus tard après qu’elle ait été écrite, la pièce sonne toujours aussi juste et semble même s’être encore bonifiée…

   Il faut dire que la mise en scène et la direction d’acteurs de Laurent Gutman , qui a choisi de ne plus assurer la direction du Centre Dramatique de Thionville, sont d’une rare efficacité, si bien que l’on entre tout de suite en connivence avec les personnages de Victor Slavkine. D’autant plus qu’il a su créer des images et d’une grande beauté qui font parfois penser à celles qu’imaginait le grand Klaus-Michael Gruber disparu l’an passé. Aucun pathos, aucune déclamation mais une grande proximité de la parole que l’on perçoit parfois comme dans un murmure, toujours en osmose avec une remarquable gestuelle, et toujours aussi en accord avec les silences qui prennent ici une importance capitale , surtout quand ils sont soulignés de lointains échos musicaux.

  Et la bande d’acteurs que Laurent Gutman a fait travailler ( Jade Colinet, qui joue magnifiquement la jeune naïve de 26 ans, Bruno Forget, Daniel Laloux qui possède une présence imposante dans le rôle du vieux monsieur, Marie-Christine Orry, avec son humour corrosif, Eric Petitjean, François Raffenaud et Richard Sammut, ) possède une unité de jeu tout à fait rare et chaque personnage est toujours à l’écoute de l’autre. Et  ce genre de performance est vraiment exceptionnel dans le paysage théâtral contemporain

   On ne voudrait pas dire ( mais on le dira quand même) : les distributions de théâtre importants comme par exemple, la Comédie-Française, avec des acteurs qui passent trop souvent d’une pièce à l’autre, n’ont pas toujours cette qualité de jeu scénique.Au chapitre des inévitables réserves: quelques longueurs, notamment dans les longs monologues de Lars, et  la mauvaise répartition du spectacle: 40 minutes/ entracte/ 100 minutes / entracte/ 40 minutes, rendue nécessaire (?) par un changement de décor, qui aurait pu nous être épargnée,  tout comme cette stupide invasion de fumigène dans la dernière partie dont on peine à voir la raison. Mais ce sont des défauts mineurs et facilement réparables.

 Le spectacle est actuellement présenté au Studio-Théâtre que Daniel Jeanneteau a bien eu raison d’accueillir; c’est donc à Vitry encore pour quelques jours mais le RER C, lui, fonctionne bien, et le Studio-Théâtre est à six minutes de la gare; oui, cela dure trois heures mais qui passent vraiment très vite; oui, c’est jusqu’au 15 novembre seulement; oui, il n’y a qu’une cinquantaine de places mais si vous pouvez y aller, vous ne serez pas déçus…

 

Philippe du Vignal

 

Le 14 novembre à 19 heures et le 15 à 16 heures, seulement au Studio-Théâtre de Vitry-sur-Seine ; puis le 27 janvier au Théâtre Anne de Bretagne de Vannes; le 11 février à la Passerelle de Saint-Brieux; le 26 mars à la Scène nationale de Chateauroux et le 30 mars au Théâtre Gallia de Saintes.

 

Le Cerceau est publié dans la traduction de Simone Sentz-Michel aux Editions Actes-Sud Papiers.

Les petits cadeaux de départ de Madame Albanel.

Les petits cadeaux de départ de Madame Albanel.

   Le Bulletin officiel des Décorations,  Médailles et Récompenses daté du 30 octobre 2009 nous apprend que Monsieur Christophe Tardieu, ancien directeur adjoint  du cabinet de madame Albanel a eu le privilège  de se voir promu Chevalier dans l’Ordre  des Arts et Lettres… Le nom ne vous dit rien? Allez,  un petit  effort de mémoire: c’est ce monsieur qui, avec beaucoup d’élégance  avait, au printemps dernier,  retransmis un courriel de Jérôme Bourreau Guggenheim, employé de TF1,  adressé à sa députée Françoise de Panafieu  qu’il prévenait des méfaits de la loi Hadopi, laquelle l’avait envoyé à la Ministre. Et Tardieu, n’écoutant que son bon coeur, l’avait fait très gentiment suivre à  son ami J. M. Cournillon, secrétaire général et directeur des affaires juridiques  de TF1… en accusant au passage Jérôme Bourreau Guggenheim de tirer contre son propre camp » ( sic)
  La sanction n’avait pas traîné: le gêneur avait été viré sur le champ. Devant les protestations et les injures qui fleurissaient dans la presse et  sur Internet, l’Albanel de service, un peu  embêtée par la tournure que prenait l’affaire, avait essayé de camoufler le truc, en précisant:  » que l’e-mail avait été envoyé sans aucune demande de sanction mais pour information », dixit Le canard enchaîné généralement très bien informé…
   On croit rêver: le Ministère de la Culture  aurait pu  demander une sanction! En vertu de quel texte  juridique ? Jusqu’à nouvel ordre,  TF1 n’ a pas encore  été intégré au Ministère de la Culture; ( il existe en revanche une  loi qui protège la correspondance privée, ce que M. Tardieu n’ a sans doute pas appris à l’E.N.A.) . Madame Albanel avait alors reculé et avait  fini par mettre à pied pour un mois seulement ( avec maintien de son salaire, rassurez-vous) ce délicat personnage, par ailleurs Inspecteur des Finances.
  Pour se faire sans doute  pardonner de ne pas avoir été gentille avec l’un de ses collaborateurs les plus proches,  Madame Albanel (qui n’a quand même pas fait une conférence de presse pour annoncer l’événement ) vient donc de lui offrir ce petit hochet. Et , pour faire bonne mesure, ( quand on aime,  on ne compte pas! ),  elle a aussi décoré Thomas Tanzi, son maître d’hôtel et Dominique Bédier, son « conducteur d’automobile « (sic) !
   On avait connu Madame Albanel moins généreuse, quand elle avait, sans aucun état d’âme, rayé d’un trait de plume la nomination de Guy Freixes, metteur en scène- à qui les services de son Ministère avaient déjà annoncé la bonne nouvelle -à la tête du  Centre dramatique de Vire en Normandie, en méprisant complètement l’avis du jury, pour nommer quelqu’ un d’autre… Mais c’est vrai que le Ministère n’en est pas à son coup d’essai en la matière,  puisque  Dominique Pitoiset, dont l’arrêté de nomination à la tête du Théâtre national de Chaillot n’avait pas encore paru au Journal Officiel , avait aussi été débarqué sans ménagement pour faire place aussi à un personnage  qui n’a pas fait tellement de merveilles, c’est même le moins que l’on puisse dire, puisqu’il a  fini par être lui aussi débarqué..
   Pathétique et scandaleux… Vous avez dit pathétique et scandaleux ? Que les gens à qui on a remis ce genre de grelot, et qui ne souhaitent pas faire partie de la même tribu que ce merveilleux Inspecteur des Finances à qui l’E.N.A. n’a pas du prodiguer beaucoup de cours de morale, n’ hésitent pas à  renvoyer le dit grelot, ou du moins le beau papier qui vous donne le droit de le porter, à  Madame Albanel qui fera suivre… Liberté, Egalité et Fraternité! Et vive la France

Philippe du Vignal

La Corde, Soif, L’endroit marqué d’une croix

La Corde, Soif, L’endroit marqué d’une croix  d’Eugene O ‘Neill, un triptyque mis en scène par Guy Freixe.

Eugene O ‘Neill ( 1888-1953) est maintenant bien connu en France où il a été monté mais on l’oublie souvent,  dès 1923 par Gaston Baty, puis par Gerges Pitoëff en 29…. Guy Freixes a choisi de mettre en scène en triptyque  trois courtes pièces du grand dramaturge, et,  par ailleurs arrière-grand père de l’excellent James Thierrée, lequel est aussi le petit-fils de Charlie Chaplin qui avait épousé la fille d’ O’ Neill. Bon, vous suivez toujours?

  Les présentations faites, passons à ces trois oeuvres : dans La Corde qui est une première et courte version du Désir sous les Ormes, un vieux fermier,  c’est évident pour tous et il ne cesse de le répéter, a caché sinon un trésor, du moins un bon magot.  Il  attend depuis cinq ans déjà le retour de son fils qui est parti comme marin, et qui lui a, au préalable , « emprunté » un peu de cet argent qu’il n’avait pas voulu lui donner. Et le vieux fermier lui a prédit une belle malédiction: la corde! si , par hasard, il revenait un jour, et qui pend là, bien visible comme une menace permanente.

  Bien entendu, un jour sans prévenir, le fils finit par revenir et se met en tête avec son beau-frère de récupérer le magot. Mais, comme on le sait, la vie est imprévisible, et ce n’est ni l’un ni l’autre mais la belle-fille qui le découvrira grâce à une ficelle dramaturgique de tout premier ordre que l’on ne vous révélera pas. Bien entendu, comme toujours chez O’ Neill, il y a une arrière-plan mythologique, en l’occurrence ici, la fameuse histoire d’Abraham et d’Isaac. Le début de la représentation patinait un peu le soir de la première mais cela devrait  se caler, et l’on entre très vite dans l’univers de ces êtres , à la fois simples et compliqués, comme le sont des milliards de représentants de l’humanité; O’ Neill, savait à la fois construire un scénario  mais aussi , en quelques répliques, installer, avec un métier très sûr,  des personnages  tout à fait crédibles ,  quand un metteur en scène sait  les mettre en scène, et ce type de théâtre, qui frappe toujours juste, convient bien à Guy Freixe: quel bonheur après l’interminable Cabaret Hamlet de Langhoff que cette série de trois petites pièces montées sans aucune prétention.

Soif est évidemment plus difficile à mettre en scène: cela se passe en plein océan sur un canot de sauvetage où trois naufragés: une sorte de dandy  qui, quelques heures auparavant, devait encore savourer un excellent Bourbon au bar d’un paquebot de luxe, une chanteuse de cabaret et un marin métis, trois pauvre hères qui ont peu chances d’avoir la vie sauve. . Ils ont une obsession commune: une soif impitoyable qui les détruit petit à petit; dès lors toutes les tentations, tous les rêves aussi  sont permis, puisque la chanteuse et le dandy croient ou font semblant de croire que le marin a caché de l’eau: bref, la folie est au rendez-vous. La pièce ne manque pas d’intérêt ; reste à savoir comment on peut l’installer sur un plateau, et la marge de manoeuvre est limitée, que l’on aille du côté d’un réalisme- impossible!-  ou d’un expressionnisme injustifié.

  Il faudrait sans doute  situer l’histoire ailleurs que sur cette barque incorporée à l’intelligent  décor à transformation de  Raymond Sarti à laquelle on a du  mal à croire. Et le costume de la chanteuse de cabaret est peu convaincant, surtout quand elle doit séduire le bau matelot pour avoir une chance de survivre… Les costumes dans l’ensemble sont un point faible de ce spectacle et leur créatrice devrait relire Roland Barthes qui, on  le sait, a écrit un texte  remarquable sur le sujet.

  L‘endroit marqué d’une croix  parle aussi d’un  voyage, mais,  cette fois, immobile, celui d’un vieux capitaine, Bartlett, qui a transformé une des chambres de sa maison en cabine .  Et il passe son temps à guetter l’arrivée d’un bateau qui doit lui rapporter un trésor enterré dans une île lointaine; même si le dit bateau a depuis longtemps coulé, le capitaine Bartlett continue à croire en ses rêves. Rêves qui en quelque sorte ont déteint sur son fils Nat qui, avec son père,  voit aussi le bateau revenir, et des hommes venir et vider des coffres pleins… de poussière.Mais on ne saura jamais si  cette obsession commune au père ou au fils tient plus du délire onirique  ou  d’une réalité peu  crédible… Guy Freixe réussit  à mettre en valeur cette espèce de connivence  qui conduit à la folie le père et le fils, à la fois bien ancrés dans la réalité de la vie quotidienne mais victimes de leur obsession psychique qui va les détruire plus sûrement que n’importe quel virus grippal…

  Dans ces trois  pièces, on retrouve les thèmes chers au dramaturge américain: l’argent, toujours l’argent : l’argent des autres, l’argent dont on rêve et  qui devait être rare chez les premiers émigrants irlandais comme  le père du dramaturge,   les relations difficiles entre père et fils, ( O’ Neill en savait quelque chose !),  la part cachée que chaque être porte en lui  et  que, même ses plus proches ne peuvent apercevoir, le destin finalement tragique  qui poursuit chaque être humain dès son berceau, et le bonheur indicible qu’il éprouve à mener sa petite vie personnelle malgré les les ennuis qui pleuvent. On a souvent dit , et avec raison, qu’ O’ Neill avait été proche des tragiques grecs, lui qui a aussi écrit Le deuil sied à Electre. En voyant ce triptyque fort bien monté et dirigé par Guy Freixe,  on pense à cette phrase fameuse  des Perses de l’immense  Eschyle: «   Même dans le malheur, jouissez  des joies que la vie vous apporte,  car la richesse ne sert à rien chez les morts »….

 

Philippe du Vignal

 

Le spectacle a été créé au Pôle culturel d’Alfortville le 5 novembre et est  repris du 7 au 12 décembre à 20 h 30 au Café de la Danse à Paris. Puis en tournée: le 19 novembre à Epinal (88); le 24 novembre au Sémaphore de Sébazat ( 63); le 1 er décembre au Théâtre ATP de Poitiers (86); du 7 au 9 janvier à L’apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise (95); le 21 janvier au Théâtre Gérard Philipe à Saint-Cyr- sur-l’Ecole; (78) le 26 janvier au Théâtre de Cachan et le 13 février au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-Roses (92).

 

 

UN CABARET HAMLET

hamlet1.jpgEn manteau rouge, le matin traverse la rosée qui sur son passage paraît du sang ou HaM. AND EX BY WILLIAM SKAKESPEARE UN CABARET HAMLET de Matthias Langhoff sur une musique d’Olivier Dejours, traduction Irène Bonnaud mise en scène et décor de Matthias Langhoff (sic)

   Cela se passe au Théâtre de l’Odéon, vénérable théâtre à l’italienne aux stucs dorés et aux fauteuils en velours rouge, dont le parterre a été vidé aux trois quarts de ses sièges pour que l’on puisse y mettre des petites tables rondes avec des chaises en fer noir , où est assise une partie du public; sur le devant de la scène, de longues tables qui servent de praticables aux comédiens et autour desquelles sont assis d’autres spectateurs . A jardin, est installé sur une tournette, un petit orchestre( dont un altiste, un pianiste, un trompette, un saxo et une batterie et parfois un accordéon , devant une grande coquille Saint-Jacques comme celle du fameux tableau de Botticelli, et côté cour, une autre tournette- la manie du jour!- dont les toiles peintes représentent un salon bourgeois et autre lieux et; côté pile,  les portes de loges d’un théâtre à l’italienne. Il y a un cadre de scène en tubes fluo bleu et , au-dessus, une bande où défilent les traductions les textes de chansons en allemand ou en anglais, c’est selon.      

  Entre les deux tournettes, une petite scène surélevée où se passent quelques scènes qu’on peut deviner à travers un store à lamelles qui, refermé, donne à voir une grande affiche des années 40 vantant les mérites du fromage danois…. Je pense au décor avant de penser à la mise en scène, disait autrefois Brecht, le maître de Langhoff… Encore faudrait-il que la, mise en scène veuille bien suivre, ce qui n’est malheureusement pas le cas ici. On ne va pas vous raconter le scénario de la célébrissime pièce du théâtre occidental, d’autant plus que la traduction/ adaptation/ montage d’Heiner Muller et de Langhoff, retraduite de l’allemand par Irène Bonnaud ( cela fait peut-être un peu beaucoup de strates!) est une sorte de réinterprétation/ déconstruction , où l’on voit surtout la figure d’Hamlet magistralement incarnée par François Chattot en pantalon noir et chemise blanche ,un chausson rouge à un pied et une grande botte à l’autre qui nous fait entendre le texte. Surtout,  quand il est au balcon en train de dire à une spectatrice le fameux : « Etre ou ne pas être »… à la seule lumière d’une torche électrique . Sur le plan plastique, il y a reconnaissons-le, de très belles images) ,( c’est toujours l’un des  atouts de Langhoff qui a un œil de peintre, comme l’enterrement d’Ophélie, on voit mal la totalité du spectacle ( et pourtant nous n’étions qu’au deux tiers du parterre), à cause d’un sous-éclairage permanent et , comme la plupart des comédiens ont un diction disons assez approximative pour être poli, on ne perçoit pas grand chose de ce texte.

  Il y a bien quelques moments agréables de chansons en anglais et en allemand ( dont les célèbres standards Hello Dolly et Summertime , et des chansons tirées des fameux sonnets de Shakespeare de que l’on a cru bon de faire surtitrer en couleurs, ce qui parasite encore les choses, on se demande, comme dit lucidement notre consoeur Barbara Petit, ce que l’on vient voir. Et, comme la chose en question dure plus de quatre heures, très vite , malgré l’apparition ponctuelle d’un beau cheval gris qui vient montrer sa tête parmi les musiciens, une chappe d’ennnui tombe sur la salle déjà pas très pleine ; inutile de préciser qu’à l’entracte, nombre de spectateurs avaient déjà déserté…
En fait, le plus grand défaut du spectacle vient d’abord d’une inadaptation scénographique majeure: le dispositif scénique installé au Théâtre du Parvis à Dijon quand il y a été créé en décembre dernier et qui fonctionnait ans doute beaucoup mieux, arrivé dans la grande salle de l’Odéon, ne signifie plus grand chose. D’autant plus que Langhoff, qui adore se moquer du naturalisme, nous ressert ses vieilles recettes de théâtre dans le théâtre qui semble, en ce moment surtout, la dernière tarte à la crême: les toiles peintes manipulées à vue, quelques sièges de la salle sur la scène tournante elle-même pourvues de portes de loges) et l’on offre ,sans doute pour faire plus cabaret, un gobelet de bière à quelques spectateurs , avec sur un écran , bien en vue, en guise de remerciements à la marque, le logo  de la dite bière, laquelle a sans doute financé les opérations… Pourtant, vu ce qu’ a du coûter le spectacle, (19 personnes en scène) non ne devait pas en être à cela près…
Il y a aussi un véritable problème avec le temps qui n’en finit pas ( quatre heures trente! avec un petit entracte ) que Langhoff n’ a pas voulu ou pas su gérer, mais , de toute façon, sur une durée aussi longue et , dans une perspective dramaturgique aussi hybride, c’était presque mission impossible, et le rythme de cette représentation s’en ressent , et ce qui aurait pu, en une heure et demi, dans une espèce de vérité théâtrale à la Livchine, avoir une véritable force, paraissait ici de peu d’intérêt .
Pour faire bref: un texte déguisé et morcelé,  peu convaincant, un plateau que l’on peine à voir à cause d’une disposition maladroite, et en tout cas inadaptée  au lieu, des lumières trop faibles, la diction approximative de la plupart des comédiens qui ne semblaient pas croire à ce qu’ils faisaient, et le manque de rythme de l’ensemble; rien ne semblait vraiment dans l’axe ce soir-là ,même et surtout s’il y avait quelques rares bons moments , grâce au grand François Chattot, qui était bien le seul à donner une véritable dimension au texte. Mais, pour le reste, l’on restait sur sa faim.
Vouloir traduire quelques idées majeures par une scénographie singulière a toujours été un des principaux  soucis de Langhoff, qui y avait, par le passé, le plus souvent réussi et qui  nous  proposé de grands et magnifiques spectacles : avec , entre autres, Le Prince de Hombourg Le Roi Lear , ou plus maîtrisé encore un Macbeth remarquable à Chaillot ou encore Les Trois soeurs au Théâtre de la Ville ou Le Désir sous les ormes d’O’ Neill à Nanterre. Il savait nous parler de ses angoisses et de son obsession de la guerre avec beaucoup de sensibilité. Mais ici, on a l’impression que, s’il a toujours cette même maîtrise rigoureuse des moyens scéniques, la machine, cette fois,semble tourner à vide, et cet hybride d’un  cabaret et de scènes d’Hamlet était sans doute une fausse bonne idée qui ne nous concerne pas vraiment. D’autant que Langhoff , s’il n’avait pas été à l’étranger ces jours-ci, aurait  peut-être  redonné un peu d’élan et de vie à un spectacle qui, arrivé à Paris, semblait à bout de souffle…
Désolé, tout se passe comme si l’on avait  affaire à un  théâtre poussiéreux qui croit encore jouer les avant-gardes, fondé sur des recettes personnelles qui ont déjà trop servi.Et, comme le public, surtout la petite frange de jeunes gens, n’était pas dupe, les applaudissements furent bien maigres…   

  Alors à voir? Si vous êtes un fanatique de Langhoff, vous y trouverez peut-être un peu et encore  votre compte mais, conseil d’ami, évitez surtout d’y emmener votre petit(e) ami(e), votre bon et vieux copain, ou des adolescents ou de jeunes gens qui voudraient découvrir Skakespeare: ils ne vous le pardonneraient pas …
Matthias Langhoff, rendez-nous Mattthias Langhoff…

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 12 décembre.

LEONTINE en BRASSIERE

De l’impossible retour de LEONTINE en BRASSIERE, texte de Benoît Paiement-Bernard Dion, mise en scène de Robert Reid.

 

dsc0362.jpgCela se passe au deuxième étage du Théâtre d’aujourd’hui, situé au 3900 ( sic ) de la rue Saint-Denis à Montréal, bien connue pour ses centaines de restaurants en tout genre, dont le Commensal, , un libre service végétarien très fréquenté des Montréalais ,où l’on paye en fonction du poids de l’assiette que l’on a remplie… Donc, le Théâtre d’aujourd’hui programme cette saison une adaptation des Essais de Montaigne, une comédie musicale d’après la pièce culte de Michel Tremblay Les Belles soeurs mais aussi l’an passé des oeuvres de l’incontournable Wajdi Mouawad et de Normand Chaurette bien connus en France) . Le  théâtre possède une grande salle et, au sommet d’un escalier assez rude, une petite salle de quelque soixante places avec une scène toute en longueur plutôt destinée à des réalisations expérimentales.. . et qui accueille le Groupe de Poésie moderne qui reprend cet Impossible retour de Léontine en brassière( soutien-gorge en québécois).
Il s’agit des malheurs supposés d’une actrice Félixe Ross jouée par l’actrice… Félixe Ross, que l’on ne trouve plus vraiment assez jeune pour jouer cette fameuse Léontine,  mais on le comprend vite, c’est un aimable prétexte pour parler de tout et de n’importe quoi, mais aussi de la peinture de Paul-Emile Borduas, peintre québécois ( 1905-1960) qui aurait fait le portrait de Félixe Ross. Il  a peint  nombre de tableaux non figuratifs fondés sur un certain automatisme mais il est  surtout connu  pour une remarquable toile  à la fin de sa vie L’Etoile noire.

  Mais Borduas est aussi l’auteur, avec son ami Riopelle et quelques autres,  de Refus global ( paru en 48 !) ,un Manifeste visionnaire  et courageux qui dénonçait la tyrannie morale de l’Eglise catholique au Québec. Ce  dont parle  ce spectacle avec des extraits de textes authentiques assez édifiants; mais  on y discute aussi pratique artistique en  avec, en vrac: un certain Picasseur, Seurat, Gauguin, mais aussi Klee et un clin d’oeil au pop art et à Roy Lichenstein, quand les comédiens se coiffent de perruques d’un blond agressif.
Tout cela est simplement et finement évoqué par quelques coups de pinceaux lumineux sur un grand écran pivotant , seul élément scénique, avec lequel jouent les comédiens. Mais il est aussi question dans la soixantaine de petits textes juxtaposés, de Jacques Cartier qui écrit au général de Gaulle pour lui signaler un certain nombre de collines d’où il pourrait prononcer ses prochaines allocutions… et des citations de politiques importants comme René Lévesque, le grand défenseur de la minorité québécoise et de la langue française et son adversaire René Trudeau contre lequel avait eu lieu une gigantesque manifestation! Mais là, il vaut mieux être de la paroisse pour bien comprendre les choses.
Les quatre comédiens, très solides, qui ont une diction absolument parfaite, sont habillés en collants noirs, et établisssent vite une réelle connivence avec leur publicdemandent au public auquel ils demandent de se lever pour écouter l’hymne national mais oublient de les faire se rasseoir! Les phrases se bousculent , et les mots sont déchirés puis reconstruits, en tout cas, très souvent malmenés, voire passés à la moulinette de l’absurde, de la dérision et du télescopage sémantique: bref, on l’aura compris, cela tient à la fois de la poésie sonore de gens comme Bernard Heidsieck, Henri Chopin, ou François Dufrêne, mais ce délire verbal participe aussi de la poésie de Jean Tardieu, avec une petite goutte d’Eugène Ionesco.
Côté gestualité, c’est tout aussi raffiné et cela fait un peu penser aux Frères Jacques , admirable quatuor des années cinquante qui chantait notamment la fameuse Truite de Schubert sur des paroles de Francis Blanche. Il y a cette même précision du verbe et du geste, ce même décalage tout en nuances, non pour donner corps à un personnage mais pour alimenter une machine à délires verbaux et à loufoqueries qui fonctionne à merveille avec le public de Montréal qui les suit fidèlement depuis des années. Mais la dramaturgie qui avance par à-coups montre quelques faiblesses qu’il  faudrait  éliminer d’urgence : à certains moments, le spectacle part un peu dans tous les sens, et n’est sans doute pas aussi caustique qu’on lesouhaiterait. Malgré la mise en scène très rigoureuse de Robert Reid qui dirige ses quatre comédiens avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité…
A voir? Oui si vous passez par Montréal l’an prochain,car le spectacle devrait y être repris et si vous voulez vous rendre compte de ce qu’un groupe québécois de recherche peut produire d’original; en effet ,on connaît davantage en France Lepage, Mouawad, Chaurette ou Fréchette. Viendra-t-il aux Francophonies de Limoges? Ce ne serait peut-être pas un luxe…
En tout cas, c’est toujours émouvant d’entendre à des milliers de kilomètres de l’hexagone, des comédiens qui se font visiblement plaisir à jouer aussi finement avec cette langue française à laquelle ils tiennent tant, et avec juste raison..

 

Philippe du Vignal

 

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Que d’espoir, cocktail theatro-musical corrosif

Que d’espoir, cocktail theatro-musical corrosif, textes d’Hanokh Levin regroupés en recueil par Laurence Sendrowicz, mise en scène de Serge Lipszic.

 

 f8864aded587523ac.jpg On connait depuis longtemps en France l’oeuvre d’Hanokh Levin, écrivain israélien décédé en 1999 qui est l’auteur de nombreuses pièces- de chansons et de recueils de poésie. Mais  surtout de Kroum, l’ectoplasme qui avait été brillament monté par Warlikowski en 2005 puis par Guy Freixes.
  Que d’espoir avait déjà été créé par Laurence Sendrowicz au Théâtre de la Tempête en 2005; ce sont des petits sketches mis bout à bout et parfois entrecoupés de chansons  qui parlent des petits riens qui constituent l’existence de personnages qui ont du mal avec leur vie comme avec celle des autres; on peut penser souvent à Tchekov, comme à Pirandello ( celui des nouvelles surtout),  parfois aussi à Beckett.

  L’humour est cinglant et Levin n’ hésite pas à appeler un chat un chat :  c’est lui qui, en 68, un  an après la victoire de 67 sur l’Egypte, n’hésitait pas,  en bon visionnaire,  à dénoncer , avec beaucoup de provocation, le danger que représentait l’occupation des terres conquises. .. L’un des ses spectacles avait d’ailleurs pour titre:  » Toi, moi et la prochaine guerre » ! et avait été vite interdit.
   Et c’est peu de dire que cet humour ravageur ne lui procurait pas que des amis. Mais, dans ce recueil de sketches,  c’est plutôt la vie des petites gens qui l’intéresse, avec tout ce qu’elle peut avoir de dérisoire , quand ils se trouvent confrontés à des situations qu’ils ne peuvent pas assumer,  que ce soit sur le plan familial ou politique, et qui seraient vite  tentés par la pire des solutions. Bien entendu, ce qui est très ancré dans la société  israëlienne, pourrait aussi l’être à Paris , ou à Naples dans une pièce de Filippo. C’est parfois d’une rare insolence  mais ce recueil de petits  textes  n’a pas du tout les qualités d’écriture de Kroum, et l’on s’ennuie un peu…
  Serge Lipszic  fait jouer sa  bande de  dix comédiens  sur une tournette munie d’un étage que l’un d’eux entraîne grâce à la force motrice de son  petit vélo: du côté plastique, c’est plutôt bien vu, d’autant plus que tout le monde s’entasse sur quelques mètres carrés , comme si cela allait de soi,  avec une gestuelle tout à fait convaincante. Ils parlent de tout: de Dieu, de guerre et de paix mais aussi d’amour et d’amitié. Et il y a de très beaux moments, comme celui où un ministre  dérape sans arrêt dans le discours qu’il prononce à un enterrement : malgré les circonstances, c’est d’une force comique inégalable. Mais l’ensemble de ces petits sketches mis bout à bout dans une mise en scène très statique- comment faire autrement sur un espace aussi petit ?- ne forcent pas l’admiration, d’autant plus que la lumière est  mesurée, souvent noyée dans la brume de fumigènes ( est-ce pour évoquer la fumée des cabarets d’autrefois?),  même si les comédiens font adroitement leur métier…
   Lipszic adopte une scénographie qui ne peut  pas fonctionner avec ce type de dramaturgie et il aurait du s’en apercevoir avant ; même si les scènes de cabaret ont la réputation d’être plutôt  de petite dimension, il est évident que cette tournette gadget, au début assez drôle, finit vite par lasser. On sourit parfois mais « le rire noir, métaphysique ou énorme selon l’occasion » que nous promet le metteur en scène,  n’est pas vraiment au rendez-vous. Alors, à voir? Pas si sûr! Lypszic prétend que le théâtre de Levin ne fait que répondre à la crise qui nous submerge. Peut-être ,mais ici nous avons affaire à une sorte de cabaret qui n’en est pas vraiment un et qui, de toute façon, n’est pas estampillé Levin.
   Alors, vous pouvez éviter d’aller jusqu’à la rue Georgette Agutte….peintre et sculpteur qui se suicida, en 1922,  après le décès brutal  de son époux Marcel Sembat en disant cette phrase non dénuée d’humour: « Voilà douze heures qu’il est parti, je suis en retard ». C’était déjà du Levin…..

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Etoile du Nord jusqu’au 21 novembre à 21 heures et le samedi 7  à 16 heures; le 24 novembre au Théâtre du Vésinet et le 28 janvier à Saint-Germain en Laye

Du côté du Québec

  

Du côté du Québec
 Du côté du Québec, un colloque tout à fait intéressant sur les écritures francophones en Amérique, sous la directionde Gilbert David, professeur et critique dramatique à Montréal, plusieurs spectacles vus  dans le coin, une exposition au Centre contemporain des Arts avec une très belle pièce  à propos de Merce Cunningham  (on vous rendra compte de tout cela dans les jours qui viennent) ,  et la naissance de Critical Stages , une  nouvelle revue en ligne fondée par l’AICT (Association internationale des critiques de théâtre ).

  Ce périodique semestriel,  dont l’éditeur est le coréen  Yun-Cheol Kim ,  président de l’AICT et la rédactrice en chef,  Maria Helena Serôdio Professeure et critique au  Portugal,est publié en anglais et en partie en français. On peut regretter cependant une prédominance de l’angalis sur le français, jusque dans le titre: le périodique contient des critiques de spectacles, mais  aussi des entretiens et articles sur des personnalités du  théâtre: Jerzy Grotowski, Eugène Ionesco et le premier lauréat du prix Thalie de l’AICT, Eric Bentley. On peut y lire  aussi des comptes- rendus du journal de Lars Norén et de spectacles .

  Parmi les articles en français, signalons des articles  de Patrice Pavis, et d’Alvina Ruprecht,  Irène Sadowska-Guillon, deux des critiques  du Théâtre du Blog. Les collaborateurs de critical stages sont originaires  de pays très divers : Corée du Sud, Inde, Japon, Israël, France, Royaume Uni, Hongrie, Pologne, Grèce, Portugal, Finlande, États-Unis, Mexique, Canada, Cuba et Afrique du Sud. L’AICT, fondée en 1956, a surtout  comme membres les sections nationales de  critiques de spectacles d’une cinquantaine de pays.

Philippe du Vignal
www.criticalstages ( consultation gratuite)

Paroles d’acteurs: Meeting Massera

 Paroles d’acteurs: Meeting Massera de Jean-Charles Massera, mise en scène de Jean-Pierre Vincent.

  Jean-Charles Massera écrivain et critique d’art, a écrit aussi quelques textes qui ont été vite repérés par les metteurs en scène, en particulier par Myriam Marzouki qui avait brillamment  monté l’an passé  à la Maison de la Poésie United Problems of coût de la main d’oeuvre où l’auteur se délectait à dénoncer l’espèce de langue de bois de la communication politique ; l’oralité devenant  l’élément essentiel du spectacle. Cette fois, c’est Jean-Pierre Vincent qui s’y colle avec un autre texte de Massera.

  Une scène vide éclairée par des tubes fluo blanc cru, une longue rangée de tables pliantes comme on en voit dans toutes les conférences, ave ces bouteilles d’eau minérale tous les mètres et cinq acteurs et cinq actrices  tous habillés de noir. Massera imagine que l’on est en 2016 : les avions chinois et irakiens ont bombardé Paris; colère de la France qui accuse la Nouvelle Zélande et les Pays Bas d’avoir facilité l’opération mais les territoires d’Outre Mer soutiennent l’opération…. En 2017, les Corses veulent rattacher Antibes et Nice à la république corse. Et, décidément, côté politique, rien n’est plus dans l’axe, puisque plus de 250.000 faux touristes français envahissent la Suisse :  la presse cantonale du Valais a  d’ailleurs pris le relais pour exprimer le grave mécontentement des populations locales devant ces hordes de réfugiés sales et en mauvais état de santé; la Suisse est donc obligée de procéder à des contrôles renforcés à ses frontières , et d’établir des règles très  compliquées d’admission pour les véhicules qui tiennent compte des distances parcourues et du poids des véhicules , tandis que se met en place une association d’aide aux touristes d’origine française…

  Il y a également un centre d’aide aux personnes emmitouflées et chargées de sacs en plastique. Il est question aussi de jeunes femmes kosovar  qui doivent gagner 280 euros et payer  120 euros de charges sociales et des nombreux textes de loi auxquelles elles doivent se soumettre pour se prostituer légalement  dans l’esprit de la constitution.

  On détaille aussi les quelques thèmes abordés dans un questionnaire qui a pour titre: Etes-vous provençalophobe remis avec le programme  du genre:  » je me sentirais mal à l’aise si j’apprenais qu’une ou un de mes ami(e)s est provençal ou provençale ». ou  » je me sentirais nerveux ( nerveuse) dans un groupe de personnes provençales. » La charge de Jean-Charles Massera , on l’aura compris , ne fait pas dans la dentelle, et se réfère à l’actualité la plus immédiate et c’est à coups de petits phrases insidieuses qui se répètent sans  être absolument  identiques que l’auteur enfonce le clou là où cela fait mal: question identitaire, xénophobie, misère physique, repli sur soi, impossibilité de construire en Europe une politique cohérente quant à l’immigration. C’est la plupart du temps brillant parfois un peu facile et/ou systématique ,comme avec cette allusion évidente au « fils de. »…

  Enfin, si M. Hortefeux voulait bien se faire conduire par son chauffeur jusqu’à la Cité Universitaire, ( aucun risque mais sait-on jamais! ) , cela lui  éclaircirait peut-être les idées et lui éviterait (on en doute) de  continuer à prononcer des phrases aussi stupides que racistes….. Comme les comédiens sont impeccables-diction parfaite, maîtrise du plateau indéniable,-et  comme  Jean-Pierre Vincent est un formidable directeur d’acteurs et un metteur en scène rigoureux,  la satire de Massera vise juste ,  même si , sur le plan politique, cela ne vole pas toujours très haut et ne peut prêcher que des convaincus. lI est seulement dommage que le spectacle n’en finisse pas de finir et que cette heure et demi soit un peu estouffadou comme on dit justement en provençal, même si la langue de Massera  toute en arabesques est  souvent remarquable . Mais la virtuosité  de cette parodie devient vite lassante . 

  Cette piqûre de rappel sur les désordres actuels de l’Europe et sur la xénophobie n’est pas sans doute pas inutile.  Démesurée la satire? Pas tant que cela. La preuve par neuf:  j’ai rencontré  hier  au spectacle une amie qui se régalait d’entendre le texte: elle me racontait, en provençale  qui ne renie en rien ses origines, même si elle habite et enseigne dans l’Est de la France depuis trente ans , qu’on lui demandait parfois  combien de temps elle entendait encore rester….  L’hiver n’est pas encore arrivé,  mais cela fait froid dans le dos. Vive la France!

Philippe du Vignal

Théâtre de la Cité Universitaire jusqu’au 31 octobre.

La Panique

 La Panique de Rafael Spregelburd, mise en scène de Pierre Maillet et Marcial di Fonzo Bo.

128892g333851.jpgRafael Spregelburd est cet écrivain argentin dont La Estupidez (La Connerie)  avait connu un succès certain l’an passé au Théâtre national de Chaillot; le second opus : La Paranoïa, créé en octobre dernier dans ce même théâtre,  bien ficelé par Marcial di Fonzo Bo et Elise Vigier  n’était quand même pas très convaincant, en partie à cause d’un d’un scénario difficile et d’un texte disproportionné (deux  heures vingt sans entracte! ) par rapport au propos.

La Panique a été initialement écrit pour et avec les élèves du Conservatoire de Buenos Aires; cette panique est la cinquième d’une série de sept pièces indépendantes groupées sous le nom de Hepatlogie de Hieronymus Bosch qui est censée s’inspirer de La Ronde des sept péchés capitaux.. On prend soin de nous prévenir que  » fasciné par son caractère ludique et par le fait que les clés de sa compréhension ne soient pas immédiatement accessibles, Rafael Sregelburd a conçu l’idée d’une heptalogie de pièces indépendantes mais qui, comme le tableau, peuvent être parcourues dans l’ensemble. Chaque pièce est associée à un péché, mais comme dans le tableau, sa lecture n’est pas immédiate. » (Sic! ).  Nous voilà prévenus de ce qui nous attend; en fait, ce sont des petites scènes , sans beaucoup de chair ,de la vie quotidienne, assez bien jouées par de jeunes comédiens , même si cela criaille beaucoup ( sept filles et seulement quatre garçons, ce qui déséquilibre un peu les choses) issus de l’Ecole du Théâtre des Teintureries de Lausanne.

Mais on ne remarque vraiment qu’Olivier Magnenat, ses autres camarades ne semblent pas toujours convaincus du bien-fondé de cette entreprise finalement assez prétentieuse,  et on ne peut que leur donner raison, vu la pâleur des personnages imaginés par Rafael Spregelburg. . Et, comme l’auteur a une imagination débordante, on a encore droit à une bonne ration de théâtre dans le théâtre!  Avec l’apparition ponctuelle mais  maladroite d’une metteuse en scène-chorégraphe.

Pas de décor, sinon un canapé transformable vert pâle des années cinquante, pas  de costumes non plus sinon des habits courants: jeans, basket, tee-shirts, etc… Bref,  on l’aura compris, nous ne sommes pas dans la grande métaphore! Ce n’est pas franchement désagréable à regarder du moins pendant une petite demi-heure, mais cela sent un trop l’exercice de style et la présentation ennuyeuse de travaux de fin d’année où il faut bien caser tout le monde, sous l’habillage d’une création de théâtre contemporain …De ce côté là, on est un peu loin du compte!

 

Philippe du Vignal

Représentations données au Théâtre de la Bastille du 22 au 25 octobre.

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