Les Marchands de Joël Pommerat

Les Marchands de Joël Pommerat les_marchands-1

Les Marchands, texte et mise en scène de Joël Pommerat.

Le cadre de scène noir est le même que pour Au monde ( voir Le Théâtre du Blog); cette fois, le sol est gris. mais les accessoires sont aussi minimaux: juste une table et deux chaises en stratifié et inox comme les années 50, un poste de télévision ventru puis ensuite une sorte de comptoir de bar incolore. Il y a deux jeunes femmes assises,  et l’éclairage très limité provient d’une seule ampoule sous un abat-jour métallique.
On entend la  voix  off  d’une narratrice que l’on retrouvera tout au long de la pièce, comme une sorte de fil rouge du texte qui dit simplement: « La voix que vous entendez en ce moment, c’est ma voix. […] C’est moi que vous voyez là, voilà,  c’est moi qui me lève, c’est moi qui vais parler… […] J’étais son amie à elle, elle que vous voyez là, assise à côté de moi ».
La narratrice (Agnès Berthon) en voix off, que l’on verra ensuite parfois sur la scène,  porte un corset orthopédique, signe d’un  corps cassé par de longues années de travail à l’usine  Norsilor qui produit des armements. il y a eu une explosion et l’usine est menacée de fermeture, avec, à la clé, des centaines d’emplois  supprimés. La narratrice raconte de façon assez naïve, comme au second degré- et ce n’en est que plus fort- la vie de son amie au chômage. Comme les autres ouvriers, elle  n’a pas grand chose d’autre dans sa pauvre vie, sinon son travail. Et le chômage qui semble inévitable signifie pour eux une perte évidente d’identité.
Le spectacle est constitué d’une suite de courtes, voire de très courtes scènes où les autres personnages souvent en ombre chinoise, commentent avec quelques paroles généralement inaudibles, ce que dit la narratrice d’une voix un peu lasse et le plus souvent monocorde. Mais leur jeu, loin d’être illustratif, est en décalage avec ce qu’elle dit. Notamment quand elle nous raconte cette lamentable histoire d’une jeune femme qui a poussé une première fois son petit garçon du haut d’un balcon et qui a échappé par miracle à la mort.
C’est sans doute une façon pour elle de dire sa vérité à la société qui l’entoure, en proclamant  le scandale de cette fermeture d’usine. Et sa seconde tentative pour tuer son enfant sera la bonne: l’enfant mourra. Mais devant ce qui s’apparente à un sacrifice humain, la Direction de l’usine renoncera à son projet de fermeture.

C’est une fable sur le monde du travail et la dernière phrase du spectacle est des plus explicites: « Est-ce donc le travail qui nous lie ainsi si fortement? » C’est en effet le seul effet positif de la maltraitance imposée avec un certain cynisme par le capitalisme. Joël Pommerat sait comme personne dire cette identité commune, même quand il ne saurait être question d’investissement personnel: ici les tâches répétitives, ingrates et exigeant du corps un effort permanent, et dont on n’a guère idée quand on n’y a pas été soumis.
Il a mis en scène de façon exemplaire cette souffrance physique- mais psychique aussi puisque se produit inévitablement une certaine dépossession de soi- des ouvriers aux travail dans cette séquence qui revient plusieurs fois. On les voit sur une chaîne de montage figurée par une poutre éclairée et  par un vacarme de tôles embouties.
La mise en scène est d’une grande intelligence et surtout du début jusqu’à la fin, garde toute son unité. Avec une direction d’acteurs exceptionnelle et un vocabulaire scénique très maîtrisé, que ce soit dans la scénographie et les lumières d’Eric Soyer, les costumes d’Isabelle Deffin, et la bande-son admirablement construite de François et Grégoire Leymarie; tout ici est d’une rare virtuosité, mais jamais gratuit, que ce soit dans les bruitages ou les chansons populaires comme L’Amour est un bouquet de violettes de Francis Lopez chantée par Luis Mariano,  ou une mélodie de Georges Delerue. On retrouve les mêmes comédiens que dans Au monde, sauf Roland Monod mais avec Murielle Martinelli qui joue l’enfant.
Cela fait sept ans que le spectacle a été créé et il n’a pas une ride. Une petite réserve, du Vignal? Oui, encore une fois, comme pour Au Monde, l’autre spectacle de Joël Pommerat présenté, le Théâtre de l’Odéon ne parait pas être le cadre le plus adapté mais bon, on ne va pas faire la fine bouche et comme pour Au Monde, il faut aussi laisser le temps à une re-création de cette ampleur de s’installer.
En tout cas, ne le ratez pas.On peut parier sans difficultés que ce sera l’une des meilleures choses de cette saison.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon à Paris en alternance avec Au Monde jusqu’au 19 octobre.


Archive de l'auteur

L’Anniversaire

L’Anniversaire d’Harold Pinter, traduction d’Eric Kahane, mise en scène de Claude Mouriéras.

L'Anniversaire pinter« - C’est toi ? -Oui c’est moi…  etc. » , histoire de parler sans avoir rien à dire. Quoi de plus banal et risible que le dialogue qui s’instaure d’entrée de jeu entre Peter et Meg, un couple qui sonne creux. Ils vivent dans une petite maison au bord de la mer où ils accueillent épisodiquement des pensionnaires.
Stanley, leur unique client, soit-disant pianiste au chômage, s’est incrusté chez eux et a  une liaison avec  Meg. Arrivent deux visiteurs aux intentions obscures, en rapport (ou non) avec le passé opaque de  Stanley.
Ils vont organiser avec Meg l’anniversaire de ce dernier; mais est-ce bien le jour de son anniversaire? La fête tourne alors à un jeu de massacre orchestré par les nouveaux venus,  sans qu’on comprenne bien pourquoi ils déchaînent leur violence contre Stanley.
Il ne faut pas compter sur  les mots pour dévoiler la psychologie des protagonistes ou motiver leur comportement. Les dialogues lapidaires n’explicitent rien, mais, au contraire,  embrouillent tout dans un flot de paroles cinglantes, de questions qui restent souvent sans réponse. Le langage se contente alors d’être une machine à jouer, à incarner
dans toute leur brutalité les personnages, lâchés dans l’arène par l’auteur qui n’a jamais voulu donner d’explications sur eux. « Le langage, en art, demeure une affaire extrêmement ambigüe, des sables mouvants », rappelait  Pinter, à la conférence qu’il prononça, à l’occasion de la remise de son prix Nobel de littérature en 2005.
Séduit par  l’énigme de l’Anniversaire, le cinéaste qu’est Claude Mouriéras*  a tout de suite pensé à Hitchcock, au point de situer ce huis-clos dans un duplex new-yorkais des années 80, avec cuisine américaine clean et chambres à hauteur des cintres (la part cachée des choses)
Dans un décor sobre , la pièce se déroule comme dans un long plan séquence, avec des actions parfois simultanées. Pas de  fioritures de mise en scène ni de  pédagogie : les comédiens adoptent un jeu dépouillé, comme au cinéma. Nicolas Lormeau campe un mari indifférent qui ne veut surtout rien savoir. Un Monsieur tout le monde aveugle aux horreurs qui se déroulent à son nez et à sa barbe, de même que son épouse, Céline Brune en femme au foyer  vieillissante.  » Vieux crouton racorni », « Vieux sac à linge succulent » , lui lance à l’occasion Jérémy Lopez en Stanley dépressif et traîne-savate. Nazim Boudjenah et Eric Génovèse interprètent un duo de « tontons flingueurs »,  cyniques et goguenards.
L’Anniversaire
est la deuxième pièce de Pinter. Ecrite en 1958, elle fut rejetée par la critique à sa création avant de connaître un succès mondial, quand elle fut reprise en 1964 après Le Gardien et Le Retour.  Elle porte déjà en germe le  » théâtre de la menace » :  comme on qualifie souvent l’œuvre de Pinter car  s’y exprime la banalité du mal, la violence latente qui mène au totalitarisme. Mais il appartient au spectateur de se frayer son propre parcours dans les méandres d’une intrigue opaque. C’est un plaisir qui le conduit insidieusement au cœur des turpitudes dont les hommes  sont capables. Du grand art dramatique !
. »Chez Pinter il vaut mieux rire au début car, à la fin en général,  ça se gâte », avait prévenu le metteur en scène.

Mireille Davidovici

Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 24 octobre.

* Des films de Claude Mouriéras seront projetés au Vieux-Colombier et à la  Salle Richelieu.  (voir programme /www.comedie-francaise.fr)

Enjambe Charles

Enjambe Charles, conception et scénographie Sophie Perez et Xavier Boussiron

 

Enjambe Charles enjambecharles31La sculptrice Louise Bourgeois (1922-2010), artiste française naturalisée américaine, a eu une  longue carrière aux Etats-Unis, et elle a obtenu, presqu’à la fin de sa vie « la » reconnaissance dans les milieux de l’art contemporain.
Le recours à l’analyse-l’amour, les relations intra-familiales, la relation au père-et l’expression d’un érotisme brut ont façonné une œuvre initiatrice des chemins les plus éloquents de l’avant-garde.
Les araignées de la plasticienne  issues d’un imaginaire à la fois sombre et flamboyant, sont célèbres par leur monumentalité. Il n’en a pas fallu plus, à côté de la laideur d’un crapaud juché sur les hauteurs du plateau de scène, pour que nos deux larrons en foire, les artistes et  scénographes  Sophie Perez et Xavier Boussiron s’inspirent de la pièce psycho-emblématique de Louise Bourgeois, La Destruction du père, pour concevoir leur dernier spectacle.
Sur scène, un tour de potier avec lequel les comédiens fabriquent jarres et vide-poches de magasin de souvenirs, mais la scénographie évoque ironiquement la chambre de Louise Bourgeois visitée un dimanche à New-York. Un décor en soi, une installation, un capharnaüm, un chaos oriental et kitch de boules dorées, caverne de mauvais goût,  et cul-de-sac infernal où les déplacements s’apparentent à une course d’obstacles.
À la façon de la sculptrice – symbole de colère, de méchanceté et bon sens réunis -  qui souffrait d’avoir été démolie par son père et qui répondait tardivement à ce dernier en le « reconstruisant » plastiquement, affublant cette figure magistrale et maudite d’une paire de seins,  Sophie Lenoir et Stéphane Roger s’emparent effectivement à tour de rôle  de deux seins que le public ne saurait pas ne pas voir…
Pas de place pour les Tartuffe ici, on rit franchement, les comédiens et les spectateurs ensemble, car chacun sait qu’il faut avoir beaucoup pleuré pour pouvoir rire ainsi. « Pourquoi ai-je du mal à sortir le matin de mon lit ? Qu’est-ce qui cloche ? » Il s’agit de se reconstruire pour ne pas mourir.
Pour le fanfaron aux fesses nues, Stéphane Roger, c’est chanter à tue-tête en arménien et parodier rageusement Charles Aznavour dont l’effigie est sur le plateau. Quant à Sophie Lenoir, elle se dandine, portant avec une grâce rieuse une prothèse de ventre arrondi de femme enceinte. Elle n’en chante pas moins et danse, scandant ses quatre vérités sur l’état du monde et de nos sociétés factices, accompagnée par Françoise Klein, plus indépendante.
Le spectacle se fabrique sous nos yeux en  continu,  comme le tour de potier qui ne cesse de tourner…
Avec des masques hideux, des costumes à paillettes de music-hall et la trivialité d’émissions TV. Le rire nourrit le sens des scènes, c’est une belle capacité de salut et de survie car il y a une pudeur à aller mal.

Ce qui peut paraître parfois lourd et insistant, touche pourtant au sublime, dévoilant sur un fil fragile l’humanité des êtres. Une fresque burlesque, profondément vivante.

 

Véronique Hotte

 

Théâtre du Rond-Point 75008. T : 01 44 95 98 21 Jusqu’au 29 septembre à 20h30, dimanche à 15h30, relâche lundi.

 

au Monde

Au Monde, texte et mise en scène de Joël Pommerat.

au Monde au_monde-1-199x300La pièce,  comme Les Marchands qui va aussi être sur cette même scène ce mercredi,  » ne sont ni des reprises, dit Pommerat ni des re-créations mais deux spectacles que nous réveillons ». Au monde avait  été créé au Théâtre National de Strasbourg en 2004 puis accueilli au Paris-Villette par Patrick Gufflet, brutalement remercié par la mairie de Paris au printemps dernier. Au Monde avait aussi révélé au grand public Joël Pommerat dont l’écriture scénique, le jeu très physique des acteurs et l’espace scénographique bouleversait alors la dramaturgie contemporain. Mais depuis notre regard, et c’est normal,  s’est sans doute aussi modifié.
Neuf ans plus tard, La Réunification des deux Corées a consacré Joël Pommerat ( voir Le Théâtre du Blog) comme l’auteur/metteur en scène, artiste associé au Théâtre national-Bruxelles, le plus connu et le plus respecté dans l’hexagone mais aussi à l’étranger. Avec, sans cesse, plusieurs de ses spectacles à l’affiche un peu partout.
  Pour Au Monde, le cadre de scène doré de l’Odéon a été recouvert de tissu noir comme dans la salle, les places de côté condamnées, et on retrouve cette scène au sol et aux murs noirs, avec, juste une barre  verticale de lumière blanche presque éblouissante dans la pénombre où il a juste une longue table,  perpendiculaire au bord de scène et  recouverte d’une nappe blanche. Et cinq chaises, noires aussi bien entendu comme la plupart des costumes .
Cela fait de cet ensemble scénographique une remarquable installation d’art minimal (on pense à la fois  aux volumes stricts de Don Judd et de Sol Lewit, et  aux  barres lumineuses de Dan Flavin)-et un cadre exemplaire pour une intrigue réduite à sa plus simple expression. Cela se passe dans une famille de la grande bourgeoisie dont les protagonistes sont d’abord:  le père qui va venir s’asseoir au bout de la table. Il a quelque 80 ans et a tenu d’une main sûre un ensemble de sociétés d’armement mais, âgé, il voudrait en confier maintenant la direction à Ori, son plus jeune  fils, officier supérieur comme en atteste son uniforme aux nombreuses barrettes. Il veut  quitter définitivement l’armée mais rechigne à assumer les responsabilités de son père, ce qu’il finira par accepter.
Il y a aussi dans cet espace indéterminé son fils aîné mais aussi sa fille aînée qui est enceinte, et son mari, et  sa seconde fille, présentatrice vedette à la télévision et la plus jeune. Mais aussi une curieuse personne, une jeune femme qui a été embauchée par la fille aînée sans en avoir parlé à ses frère et sœurs qui le lui reprocheront ; elle  parle une langue inconnue et n’a pas de fonction précise dans la maison.
Vivent-ils tous ensemble? On peut le supposer mais, comme chez Pommerat,les identités comme les faits sont le plus souvent  étranges et semblent appartenir au domaine du rêve. Ce qui fait la force et en même temps la faiblesse de ces personnages hors du commun qui se parlent sans vraiment entrer en relation avec l’autre. Dans Au monde, on parle, on parle même beaucoup… Et on évoque ainsi le problème du travail dans la société contemporaine: « Le travail n’existera plus ». Mais, comme le dit Pommerat, ce n’est pas une pièce sur la famille en particulier, pilier de notre système économique, social, politique et sur son rapport au monde qui l’entoure » .
Le langage est parfois très cru comme dans La Réunification des deux Corées: « J’aimerais être une pute, une grosse pute, »dit l’une des sœurs. Nombre de ces conversations/soliloques, avec des conversations/considérations sur la philosophie de l’existence ont lieu devant un écran de télévision face public suggéré par une lumière blanche et surtout par une bande-son parodique de grande qualité signée François Leymarie.Est-ce la nuit, est-ce le jour, on ne sait plus trop, emmenés que nous sommes dans un parcours onirique, chargé d’angoisses et de doutes où la position du corps de chacun des personnages en dit long sur son identité. On ne sait pas non plus toujours très bien qui parle dans cette pénombre permanente, de l’un ou l’autre de ces frères, beau-frère et  sœurs. Comme si Joël Pommerat voulait encore un peu mieux brouiller les cartes?
Et cela fonctionne? Aux meilleurs moments, oui; la mise en scène, comme toujours chez lui, est d’une rigueur absolue, les acteurs (les mêmes qu’à la création, sauf trois dont le remarquable Philippe Lehembre, disparu l’an passé, qui jouait le père et auquel sont dédiées ces représentations) Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Angelo Dello Spedale, Roland Monod, Ruth Olaizola, Marie Piemontese, David Sighicelli) sont tous impeccables, la scénographie épurée, et les lumières d’Eric Soyer son vieux complice, d’une grande sensibilité, les costumes de Marguerite Bordat, l’univers sonore de François Leymarie, en parfaite adéquation avec  cette intrigue  où le malaise des personnages est palpable. Tout le théâtre contemporain, y compris maintenant celui du théâtre de rue!-sans doute influencé par les émissions de télévision-souffre de cette utilisation de micros HF, mais, pour une fois, la légère amplification des voix, comme parfois celui des pas sur le sol, est tout à fait justifiée.
Mais on peut se demander si, à la création d’Au monde, nous n’avions  pas été d’abord et surtout bluffés et  séduits par lcet exercice de haute virutosité: lamise en scène de Pommerat, la scénographie d’Eric Soyer, et ces fameuses séquences rythmées par des noirs qui sont un peu comme sa signature; quelque neuf ans plus tard, on se dit que cette grande virtuosité de la mise en scène a pu faire oublier les faiblesses du texte.
Les personnages ne sont pas  vraiment au centre de la pièce, ce qui n’est en rien gênant, au contraire mais on a du mal à saisir ce que Pommerat voudrait mettre en valeur, à savoir l’écart entre les idéaux et leur vie au quotidien, entre  la réalité et la perception qu’ils ont du monde,  et « la contradiction entre leurs convictions et leur implication dans un système qui va à l’encontre de leurs convictions ». Mais on a l’impression toujours gênante au théâtre de n’être nullement concerné par ce qui est énoncé sur le plateau…

  Et dès le début, le spectacle, malgré encore une fois toute sa rigueur, et sa grande qualité plastique, a donc quelque mal à décoller. Dans une salle qui n’est sans doute pas vraiment faite pour ce type de spectacle! On ne dira jamais assez l’importance de la scénographie dans le théâtre contemporain et un spectacle de Pommerat a besoin de plus de proximité, de plus d’obscénité au sens, bien sûr, étymologique du mot.
Les Ateliers Berthier, où il a créé plusieurs  de ses spectacles  conviennent bien mieux à son univers. Ici, dans cette salle à l’italienne, il y a un manque évident de connivence entre les personnages et le public, et on s’ennuie un peu. Quelques rares  spectateurs déçus s’en vont- ce qui ne prouve rien mais  les applaudissements sont à la fin bien peu chaleureux.

Pommerat a sans doute raison: les premières représentations d’un spectacle-on le sait depuis longtemps-ont souvent quelque chose d’assez « raide et d’appliqué » et manquent de « grâce et d’intelligence ». Cet Au monde, « réveillé »  se montre  assez décevant; il se bonifiera sans  doute mais il n’est pas si sûr que, même à coups de petits réglages et de modifications, que le texte en sorte  valorisé .
Alors à voir? Si vous n’avez jamais encore vu un spectacle de Pommerat, ce n’est peut-être pas dans les urgences et mieux vaudra attendre Les Marchands, dont on vous reparlera.

Philippe du Vignal

 En alternance avec Les Marchands au Théâtre de l’Odéon à  Paris jusqu’au19 octobreet au Théâtre National de Bruxelles  T: 32 (2) 203 53 32 du 28 janvier au 2 févrieret à la Criée, Théâtre National de Marseille, en collaboration avec le Merlan, Scène nationale  T04-91-54-70 du 18 au 21 février.

 

Adieu Valérie Benguigui

Adieu Valérie Benguigui,

Elle avait 47 ans et a succombé à un cancer du sein; elle  avait fait  partie de la toute première promotion de L’Ecole du Théâtre national de Chaillot alors sous la direction de Jérôme Savary, décédé lui aussi cette année- et dont je fus  le directeur. C’est elle qu’Andrejw Severyn, qui était l’un de ses professeurs, avait choisie pour être la Princesse de France dans Peines d’amour perdues de Shakespeare dont il avait assuré remarquablement  la mise en scène.
Dans ce rôle, elle s’était  vite imposé, encore débutante dans le métier, avec une sensibilité  et une majesté incomparable, entourée par une bande de jeunes comédiens, enthousiastes à l’idée de jouer Shakespeare. C’est cette image que nous retiendrons surtout d’elle… Et nous nous souvenons que l’émotion était palpable dans le public quand un envoyé venait lui annoncer la mort brutale de son père
Cette création, d’abord présentée en travaux d’élèves à Chaillot, avait connu un beau succès et Bernard Sobel l’avait ensuite invitée à Gennevilliers, avec l’aide de Savary,  après avoir été jouée au Festival de Blaye. Pour tous ces jeunes acteurs, cela avait été à la à la fois une belle aventure artistique et un formidable cadeau.
Ensuite Valérie Benguigui avait surtout joué au cinéma, notamment pour des séries, comme  Avocats et associés  et Kaamelot. Ellle avait mis en scène plusieurs spectacles de Valérie Lemercier et de Charlotte de Turckheim et  elle avait aussi été Babou, un des personnages du film Le Prénom où jouait aussi Patrick Bruel, et pour lequel elle avait reçu le César 2013.

Philippe du Vignal

Les obsèques de Valérie Benguigui auront lieu demain vendredi au cimetière du Père Lachaise à  15 heures.

La tribu des Carcana

La Tribu des Carcana en guerre contre quoi d’Armand Gatti, mise en scène d’Armand Gatti et Mohamed Melaa.

Créée au Festival d’Avignon en 74, à Théâtre Ouvert  (avec,  entre autres,  Olivier Perrier et Paul Allio), la  pièce  vient d’être reprise pour deux soirées à la Maison de l’Arbre par Mohamed Melaa, professeur à l’Université Marc Bloch de Strasbourg, sous l’oeil  vigilant de Gatti.
Il est là  assis, toujours aussi jeune… à plus de 90 ans, avec son éternel  foulard rouge. Sur scène,  douze jeunes acteurs/ musiciens, onze  filles et un garçon en noir; à cour et à  jardin,  deux grands portraits de Durruti et  Antich, anarchistes espagnols exécutés par les fascistes, que Carcana et sa tribu avaient tenté de sauver.
Au centre du plateau, une  tour métallique que les comédiens escaladent pour crier leurs  convictions. Les acteurs se présentent un par un. L’énergie qu’ils déploient pour retracer le parcours de cette tribu Carcana jusqu’à la colonne Durruti est salutaire, et  élude les obscurités de ce texte qui s’interroge : « Qu’est-ce qu’un militant révolutionnaire ? Pour y répondre, nous avons réuni un premier tour : Louise Michel-Antonio Gramsci-Pierre Overney-Augusto Sandino-Ulrike Meinhof-Malcom X-Raymond Carcana-Darius Dessasis-Nguyen Van Troy. » Les militants inconnus l’ont emporté sur les célèbres.
Malgré les obscurités et les incompréhensions dues à  la rapidité du fleuve de mots lancés par ces jeunes comédiens, on ne décroche pas des images et des chants révolutionnaires dont on garde la nostalgie. Gatti,  vieux chêne rajeuni,  rayonne quand il vient saluer avec les acteurs.

Edith Rappoport

 Maison de l’Arbre de Montreuil, 30 août

Closer de Patrick Marber.

Festival d’Avignon: Closer de Patrick Marber, traduction de Pierre Laville, mise en scène de Françoise Courvoisier.

Closer de Patrick Marber. r.bowring.closerCloser,  créée au National Theatre de Londres en en 97, a obtenu le  Laurence Award et fait l’objet d’une adaptation au cinéma de Mike Nicols, avec un scénario de l’auteur. Avec, entre autres  Julia Roberts et  Natalie Portman. Cette mise en scène de la rentrée 2012 nous vient de Théâtre de Poche de Genève.
  La pièce est un chassé-croisé amoureux à quatre personnages: une photographe reconnue, un écrivain qui voudrait bien l’être, une jeune personne un peu foldingue et un dermatologue. Tous en quête d’amour ou  de sexe, ou les deux à la fois.
Dan est amoureux d’Alice mais rencontre Anna, qui va rencontrer Larry. Comme on est dans une société post soixante-huitarde, aucun ne veut provoquer de jalousie chez l’autre ni lui faire de mal  Non, ce n’est pas  du Pinter- ou si  peu- qui reste  le modèle incontesté outre-Manche de tous les dramaturges contemporains, ni du  Martin Crimp- ou si peu- souvent joué en France.

Les  scènes de rupture  succèdent aux retrouvailles, sur fond d’honnêteté, de franchise et de transparence. Bien entendu, cela ne marche pas plus que les relations hypocrites des mari, femme et amant qui ont fondé le théâtre de boulevard. Cela rappelle aussi les relations compliquées entre les personnages  de Rohmer ou ceux de Truffault: du genre:  Jamais avec toi, jamais sans  toi.
Patrick Marber sait construire un dialogue,même si c’est souvent bavard,  pour dire à la fois le plaisir de la convoitise, puis la découverte d’un nouvel amour mais aussi la douleur pour une  femme d’apprendre que son homme, comme il le  lui dit en toute franchise, a eu un vrai plaisir à coucher avec une pute. Il ya quelques belles scènes,  entre autres,  celle, à la fin,  entre  et l’écrivain et le dermato, qui fait preuve, très calmement,  d’un cynisme absolu: ‘T’as perdu, accepte-le »,  ou celle ou l’écrivain retrouve, par hasard dans un boîte, la jeune donzelle, très provoc en jarretelles et bas noirs .
Mais cette comédie avec ses victimes qui vont vite devenir les bourreaux, et réciproquement, a ses limites, et cette série de rencontres,  tourne souvent à l’exercice de style. D’autant plus que les personnages ne sont guère fouillés et que leurs répliques pourraient être interchangeables. Et une centaine de minutes,  c’est bien long!
Lla mise en scène de Françoise Courvoisier, assez conventionnelle, n’est pas du bois dont on fait les flûtes et accumule les stéréotypes du théâtre contemporain: noirs incessants pour passer d’une scène à l’autre, images vidéos aussi inutiles qu’encombrantes, passages de la salle au plateau… Et, comme le scénographie qui veut faire intérieur contemporain, est du genre aussi laid que prétentieux…
Heureusement, il y a quatre très bons acteurs: Vincent Bonillo, Juan Antonio Crespillo, Sophie Lukasik, Patricia Mollet-Mercier,  à la diction impeccable,  très crédibles et qui jouent bien ensemble. Cela suffit-il à faire une bonne soirée? La réponse est non, comme disent nos hommes et femmes politiques…

Philippe du Vignal

Théâtre des Halles à 11h30 jusqu’au 28 juillet.

 

Image de prévisualisation YouTube

 

 

Festival d’Avignon: L’Ile de Vénus.

Festival d’Avignon: L’Ile de Vénus, comédie si l’on veut, de Gilles Costaz, mise en scène de Thierry Harcourt.

Festival d'Avignon: L'Ile de Vénus. phod6549d92-eb0c-11e2-9a13-88419670fc00-805x453Cela se passe dans une île absolument déserte où  Roger, un grand scientifique,  a pu trouver un refuge après un naufrage. Il réussit à survivre et ne se plaint pas trop  mais s’ennuie quand même un peu et,  pour s’occuper, s’est mis dans la tête d’inventer un nouvel alphabet. Quand,  miracle ou désespoir, on ne sait, arrive, elle aussi, après un naufrage, une belle jeune femme… tout à fait étonnée de ce qui lui arrive…
Après une période d’acclimatation, le couple qui n’en est pas un, va commencer à se chamailler. Lui, nouveau Robinson, s’est depuis longtemps, habitué à vivre absolument seul mais elle en est encore à se demander quelles sont les boutiques existant dans l’île. Bref le malentendu est complet!
Et Adam et Eve  vont occuper chacune une partie de l’île pour arriver à se supporter. Mais bon, comme rien n’est éternel, il y a comme un rapprochement des corps comme des esprits après cette difficile période de cohabitation qui n’interdit tout de même pas les conversations entre  les deux égarés et une certaine évolution des sentiments
Quand un jour, coup de théâtre, on entend au loin une forte voix d’homme dans un mégaphone: non, ce n’est pas un rêve mais le capitaine d’un bateau qui passait par là. Au mépris des conventions internationales dont il n’a rien à faire, il les laissera quand même à leur triste sort. En regardant le bateau s’éloigner sans eux, ils concluent de façon assez philosophique qu’il ne leur reste plus qu’à attendre le suivant..
C’est on l’aura compris, une sorte de fable,  à la Marivaux,  sur le couple placé dans une situation où l’homme et la femme, ex- »civilisés » ont quelque mal à se transformer en bons sauvages. Lui, ex-grand scientifique, ne semble pas tellement regretter sa vie d’autrefois, avec ses gloires mais aussi toutes  ses mesquineries et l’argent, moteur de toutes les guerres personnelles. Il n’ a plus aucun repère sinon ceux que lui procure la nature sur laquelle il compte pour se nourrir.
Tandis qu’elle vit, elle, encore mentalement dans un autre monde où tout  s’achète, sans aucun état d’âme,  maquillages de prix,  belles robes et bijoux, et où on a l’habitude, quoiqu’il arrive, d’avoir trois repas par jour. La pauvre jeune femme, désemparée, devra bien faire avec, sans doute à son grand étonnement personnel.

C’est plutôt intelligemment écrit, même si  Gilles Costaz, par ailleurs, notre confrère critique théâtral que vous pouvez entendre au Masque et la Plume, et déjà auteur de plusieurs pièces comme Le Crayon, où il y avait déjà ses démêlés entre un homme et une femme, a tendance, au début du moins,  à flirter avec la réplique de théâtre de boulevard un peu facile.
Mais, les deux acteurs: Julie Debazac, qui s’était  fait connaître, entre autres,  avec la série Avocats et associés et Nicolas Vaude,  sont bien dirigés par Thierry Harcourt. Comme tous les deux sont très crédibles et évitent d’en faire trop, la première demi-heure passe très vite; on sourit même souvent mais, ensuite, la pièce a tendance à s’enliser et cela tourne parfois à l’exercice de style.

En fait, comme souvent, cette fable-pochade quelque peu grinçante, ou « comédie si l’on veut » selon le sous-titre, par ailleurs assez plaisante,  gagnerait beaucoup à être resserrée. Gilles Costaz et Thierry Harcourt, encore un effort!

Philippe du Vignal

 

Théâtre du Chêne  noir à  16h 30.  Le texte de la pièce est édité à L’Oeil du Prince.

festival d’avignon: woyzeck /nadj

Woyzeck, ou L’Ebauche du vertige, conception et chorégraphie de Josef  Nadj.

 

 festival d'avignon: woyzeck /nadj joseph-woyzeckDu drame de Büchner qui raconte la triste destinée d’un soldat obligé,  faute d’argent de livrer son corps à des expérimentations médicales et qui poignardera sa femme par jalousie, Josef Nadj réalise une libre adaptation d’une grande intensité dramatique.
Le spectacle, créé en 94 en pleine guerre de Yougoslavie,  a reçu le prix du public au festival de théâtre de Belgrade en 98 et le Masque d’or du meilleur spectacle étranger à Moscou en 2002.
Il fait partie de cette mémoire théâtrale qu’Hortense Archambault et Vincent Baudriller ont voulu exhumer dans la programmation  Des artistes, un jour, un festival. Le chorégraphe né en 57 en Voïvodine (actuelle Serbie) a succédé, en 2006,  à Jan Fabre,  comme artiste associé du festival. Comme lui, il est plasticien de formation, issu des Beaux-Arts de Budapest.
Durant une heure, six hommes dont Josef Nadj et une femme, le visage et les hauts du corps recouverts d’argile grise séchée,  jouent et dansent dans une sorte de boîte encombrée d’objets divers dont un couteau qui sera utilisé par le personnage de Josef Nadj pour fendre verticalement une tête en argile rouge dans une belle cruauté.
Pas de dialogue, mais des sons émis par les comédiens et une musique
d’Aladar Racz que l’on entend faiblement donnent à ces images une tonalité nostalgique. Chaque geste est d’une grande précision, et ces fantômes de personnages semblent obéir à des rituels dont, seuls,  ils  connaissent la signification.
Josef Nadj possède l’art de faire naître des tableaux absurdes, burlesques ou tragiques qui rappellent les images de  Tadeusz Kantor, en un poème théâtral de soixante minutes qui a ravit le public.

 

Jean Couturier

A l’Opéra-Théâtre le 21 juillet

Image de prévisualisation YouTube

 

Casimir et Caroline

 Casimir et Caroline casimir_et_caroline_alain-monot-copie

 

Casimir et Caroline d’ Ödön von Horvath, traduction de Christophe Henri, mise en scène de Bernard Lotti. 

 

Le Festival du Pont du Bonhomme  à Lanester (Morbihan) a, pour cadre, le cimetière à bateaux de Kerhervy où un théâtre de plein air est  installé à ciel ouvert sur le Blavet, qui avance et qui recule,  au rythme des marées.
C’est une anse où  se dessinent, à l’horizon, des épaves abandonnées aux flots, des carcasses rondes de fausses baleines de bois usé. Face à ce tableau de maître, véritable paysage de perspective marine, le public du Pont du Bonhomme a découvert Casimir et Caroline de l’auteur cosmopolite hongrois Ödön von Horvath (1901-1938).
La pièce, créée en 1932 à Berlin et à Leipzig, époque de crise économique et financière, sonne comme un écho, un rappel lointain et proche de notre présent immédiat. Pour Von Horvath lui-même, il ne s’agit pas d’une simple satire de la Fête de la bière mais de la ballade de Casimir, chauffeur au chômage et de sa fiancée ambitieuse, « Une ballade d’une douce tristesse, modérée par l’humour, c’est-à-dire par la plus banale des certitudes : nous devons tous mourir. »
L’auteur écrit en exergue un verset de la Bible : « Et l’amour jamais ne cessera. » Et Jacques Nichet qui avait  monté Casimir et Caroline, cette ballade « rêvée », note que la pièce est l’exposé du démenti de l’exergue,  puisque les amants vont se séparer. En fait,  les jeunes gens s’aiment, « mais  sont aveuglés par l’époque, par le chômage, par les trop petits salaires, par l’illusion de pouvoir s’en sortir seuls ».
Les protagonistes sont les victimes consentantes de leurs besoins du jour, proies faciles de fêtes foraines et d’amusements sans lendemain. Chacun veut s’en sortir individuellement, hors de toute conscience politique. Casimir fait le reproche à Caroline de frayer avec deux hommes âgés et de statut social élevé : « Ce n’est pas des fréquentations pour toi, ces gens-là ! Ils se servent de toi, pour leur plaisir ». Mais la jeune fille  rétorque : « Tes sensibleries, ça suffit ! La vie est dure. Une femme avec de l’ambition,  doit attraper un homme influent par sa vie sentimentale ».
La pièce, prémonitoire,  conserve tout son mordant, surtout quand ses personnages sont en proie au délitement de leur énergie. Aux prises avec l’Histoire, le chômage, le mal-être, la solitude, la peur d’être incompris, ces jeunes gens sont à l’épreuve de la détresse et de l’alcool qui fait rêver…

Bernard Lotti parle, à propos de Casimir et Caroline,  d’une parole pour ne pas dire, une parole qui cherche à cacher ce que l’on pense, et où le silence est vérité.Le metteur en scène a été inspiré par l’ambiance festive et estivale du cadre, lumières colorées, jeux de fête foraine, stands et buvettes, bière qui coule à flots, vols et petits arrangements de bandits en germe. 
  Denis Fruchaud et Ana Kozelka, les scénographes ont imaginé un plateau en   lattes de bois,  avec,  comme  cadre de scène, une arche couleur cuivre qui laisse voir la mer au loin. 
Autour, des marionnettes joliment articulées, des pantins de bois animés grimpent dans les hauteurs pour descendre en acrobates, ou bien assoient leur mélancolie sur un banc de fortune, entre juke-box et jeu de force, stand de glaces et bistrot de fortune. L’atmosphère, rieuse et populaire, donne d’autant mieux à voir les petites misères morales aigues qui transparaissent à travers les fanfaronnades naïves de chacun.
L’équipe enjouée et endiablée est composée de jeunes comédiens  issus de l’école du Théâtre National de Bretagne, et  élèves du Conservatoire de Brest. Se sont  engagés dans l’aventure : Nicolas Sansier (Casimir), Margot Segreto (Caroline), Yassine Harrada (Juppmann), Tristan Rosmorduc (Franzel Mark), Christian Lucas (Tapp), mais aussi Mychel Chenier (Pick), Marina Keltchewsky (Erna) et Marieke Breyne (Elli).
L’enthousiasme collectif améliorera, chemin faisant,  des enchaînements un peu lents parfois entre les scènes. La représentation tient déjà serré son pari festif de divertissement estival doux-amer.

 

Véronique Hotte

  
Festival du Pont du Bonhomme  du 20 au 26 juillet  à Lanester (Morbihan).

Crédit Photo : Alain Monot

1...270271272273274...330

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...