Oncle Vania

Oncle Vania d’Anton Tchekov, mise en scène de Serge Lipszyc.

  p924504.jpg Oncle Vania, comme le rappelle justement le metteur en scène se situe dans l’œuvre théâtrale de Tchekov à un moment de transition entre les pièces de jeunesse comme Platonov et Ivanov, et les grandes pièces que sont Les Trois sœurs  et La Cerisaie. Oncle Vania, c’est, par le biais du personnage, de  Vania, la peinture de la désillusion, de la fatigue de vivre au quotidien, quand tous les jours se ressemblent dans cette campagne isolée de tout.
Le professeur Sérébriakov, âgé et retraité, est venu  se  reposer dans le domaine familial  avec sa deuxième femme, la jeune et séduisante Eléna( vingt sept ans). C’est  Vania( le frère de l’épouse décédée de Sérébriakov) qui tient la propriété , grâce à un travail acharné, avec sa nièce Sonia, fille de Sérébriakov , lequel  est sans doute incapable de l’aimer vraiment ; Vania a sans doute trimé dur, et ne supporte pas que Sérébriakov , petit intellectuel sans envergure ni talent,veuille vendre le domaine; bien entendu, comme dans toutes les pièces de Tchekov, la question de l’argent est omniprésente et constitue un polluant très efficace dans les relations familiales, puisque Vania reproche à son beau-frère d’avoir vécu grâce aux bénéfices que rapportaient les moissons, alors que lui n’en  voyait guère la couleur. Sonia, elle, aime depuis bien longtemps Astrov  le médecin, qui ne veut même pas s’en apercevoir,  et qui noie dans la vodka sa fatigue quotidienne et son désarroi quand des patients  incurables meurent dans ses bras . Quant à  Maria, la mère de Vania, elle  admire beaucoup son gendre Sérébriakov.
Il y a aussi Téléguine, un propriétaire foncier ruiné qui vit aux crochets de la famille. Et Marina, la vieille nounou. Héléna n’est pas indifférente aux charmes de Vania, et c’est sans doute réciproque. Et  Vania à bout de nerfs fera semblant de tuer  Sérébriakov à coups de revolver; c’en est  trop  et, finalement, sa jeune épouse et lui  repartiront, et  sans doute à jamais. Il y a  encore  un peu de L’Homme des Bois, la pièce qui a préfiguré Oncle Vania, et   certains thèmes de La Cerisaie sont déjà dans l’air: l’attachement profond à la  propriété familiale, enjeu et source de conflits, le désir amoureux, très fort mais voué à l’échec, le sentiment très fortement enraciné que la terre appartient davantage à nos enfants qu’à nous-mêmes, et qu’il faut  la préserver des crimes que l’ homme lui fait subir sans en avoir la moindre idée. Il y a des phrases prophétiques chez Tchekov tout à fait étonnantes, alors que la planète n’était pas menacée comme elle l’est aujourd’hui.
Oncle Vania a été souvent montée ces dernières années, notamment par Lev Dodine, et par Jacques Livchine en plein air dans une mise en scène qui avait  fait l’unanimité. et qui doit surfer sur les vagues de la 80 ème représentation! Celle de Serge Lipszyc est juste correcte, c’est à dire qu’il nous en donne une lecture  honnête mais pas plus et encore;  même avec Robin Renucci dans le rôle titre, qui, lui, ne  semble ne pas être très à l’aise et s’ennuyer un peu..    Il est là ,sans être vraiment là, comme s’il n’avait pas envie de jouer le personnage..Comme s’il n’avait pas réussi à quitter sa livrée de domestique de Désiré de Guitry qu’il avait superbement interprété l’an passé dans la mise en scène de Lipsczyc.
Le reste de la distribution, à part René Loyon/ Sérébriakov et Lipzscyc/ Astrov, tous deux très justes, manque un peu de souffle, et c’est un euphémisme; par moments, cela frise même l’amateurisme distingué. Et il y a des erreurs que l’on  n’arrive pas à comprendre: pourquoi Lipzsyc a-t-il fait réaliser ce plancher en contre-plaqué qui résonne à chaque pas? Pourquoi les lumières sont-elle aussi parcimonieuses? Pourquoi ces changements de dispositifs scéniques avec ces noirs qui paraissent bien longs? Pourquoi ce manque de direction d’acteurs?
Cela dit, il y a  quelques belles-mais courtes-scènes sur la fin, en particulier entre Vania et son beau-frère, entre Astrov et Héléna… A ces seuls moments-là, passe une réelle émotion, surtout quand Sonia  évoque l’avenir avec Vania. Mais c’est trop tard… Alors ? Encore une fois, c’est une mise en scène que l’on peut voir avec un petit plaisir, si l’on n’est vraiment pas trop exigeant… Le spectacle qui s’est déjà joué en tournée, ne pourra guère se bonifier. Mais si un jour l’été prochain, vous croisez sur votre chemin le Vania à la campagne du Théâtre de l’Unité, alors, ne le ratez surtout pas.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet jusqu’au 30 octobre.


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Enfants du siècle

Enfants du siècle, diptyque composé de Fantasio & On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset, mise en scène de Benoît Lambert. 

  enfantssiecle2010093733d.jpgCes deux pièces et Lorenzaccio ont été écrites par Musset en 1834 qui n’avait que 24 ans.! Si, si c’est vrai! Fantasio est une sorte de conte  où le jeune Fantasio cynique et révolté, alcoolique, coureur de femmes  et criblé de dettes, qui est un peu le double de l’auteur- adulé dans sa jeunesse mais, on l’oublie trop souvent, mort dans l’oubli à 46 ans -va se débrouiller pour prendre la place  de Saint-Jean , bouffon récemment décédé, du Roi de Bavière. Il a, pour éviter une guerre, destiné sa fille Elisabeth au ridicule et niais Prince de Mantoue qui  s’est déguisé en valet pour être plus près de la Princesse. Mais Fantasio, à la fois pour s’amuser et rendre service, va tout faire pour séduire Elsbeth et faire en sorte que ce mariage avec le Prince de Mantoue n’ait pas lieu…
Mais le Roi est furieux de cette initiative et Fantasio se retrouvera en prison,  mais à l’abri de  ses  créanciers… Que  la belle Princesse dédommagera, mais Fantasio restera derrière les barreaux. Comme l’écrivait Denis Podalydès qui , il y a deux ans monta cette pièce- formidablement écrite  et très séduisante pour un metteur en scène:  » C’est l’expression d’une mélancolie d’autant plus profonde en fait qu’elle semble joyeuse, ironique et farcesque ».
Oui, mais voilà, comme traduire cette expression en termes théâtraux? Podalydès n’avait pas tellement bien réussi son coup, pas plus que Julia Vidit , comme l’a relaté ce mois-ci Barbara Petit ( voir pour ces deux réalisations: Le Théâtre du Blog). Benoît Lambert a choisi d’en faire un diptyque avec On ne badine pas avec l’amour. Scénographie simplifiée: des tables rectangulaires alignées ,  un rideau de fil dans le fond et une distribution qui réunit les acteurs pour les deux pièces.
Nous avons raté le  tout début de Fantasio à cause d’un retard de train mais que dire.? A la fois, la mise en scène de Benoit Lambert a des qualités de sérieux universitaire et de rigueur; il y a de bons comédiens, en particulier: Guillaume Hinckly ( Fantasio), Pierre Ascaride ( Le Roi et le père de Perdican),  Etienne Grebot, ( Le Conseiller du Roi et Maître Bridaine Cécile Gérard ( La Gouvernante et dame Pluche) Emmanuel Vérité ( Le Prince de Mantoue et Perdican)  et, en même temps, cela ne fonctionne pas vraiment et l’on a du mal à entrer dans ce conte à la fois d’un romantisme échevelé qui a des allures de B.D. que Benoît Lambert a bien du mal à faire entrer sur un plateau…
Il y manque sans doute la folie et le charme de Musset qui faisaient aussi défaut chez Podalydès. La faute à quoi? D’abord à une scénographie, vaguement inspirée de celles de Wilson, mais  maladroite et encombrante qui n’aide guère les comédiens, à un éclairage des plus parcimonieux, comme si Benoît Lambert avait- par moment du moins- privilégié la belle image à coup de musique surlignante, ce qui est toujours inutile, au détriment de l’interprétation; la faute aussi  à un manque de rythme, et à une direction d’acteurs quelque peu flottante: pourquoi faire crier sans raison les comédiens? Tout cela n’est pas vraiment convaincant… La lettre de Musset sans doute, mais pas l’esprit. Peut-être ne sommes nous pas tombés sur le bon jour, mais, malgré des qualités, il y a quand même trop de choses approximatives dans ce spectacle.
La mise en scène d’ On ne badine pas avec l’amour- avec ces mêmes tables mais cette fois recouvertes de d’herbe verte avec une fontaine en résine brune très kitch- est un peu plus vigoureuse mais semble souvent hésiter, comme celle de Fantasio, entre le premier et le second degré. On retrouve donc les mêmes acteurs, pour nous faire vivre les amours de Camille et de Perdican, à travers quelques scènes culte que tous les apprentis comédiens français connaissent par cœur…   Difficile de résister à ce texte d’une précision et à d’une  virtuosité du langage qui sont  un peu la marque de fabrique du jeune Musset. Plus de 150 ans après, les mœurs ont sans doute bien changé mais les répliques de Badine sont toujours aussi incandescentes, et Benoît Lambert, cette fois, semble un peu plus à l’aise pour diriger ses comédiens; reste un grave problème, Morgane Hainaux, que l’on a pu voir dans plusieurs séries télé n’est pas crédible une seconde dans Camille: manque de présence, diction souvent bâclée alors que la langue de Musset demande à la fois  précision et  aisance, gestuelle imprécise: bref, rien n’est dans l’axe et c’est plutôt ennuyeux quand il s’agit de Camille: c’est un peu toute la pièce qui s’en ressent.
Alors à voir? A vous de juger! Cela dit, Il y avait beaucoup de jeunes gens à la représentation de ce diptyque qui ne semblaient pas s’ennuyer et qui paraissaient sensibles à cette histoire d’amour  et de jalousie provoquée qui tourne mal, puisque Rosette finira par se suicider mais ce Fantasio et ce Badine nous ont  laissé un peu sur notre faim…

Philippe du Vignal

Spectacle vu à la Comédie de Caen, repris au Théâtre 71 de Malakoff du 4 au 27 novembre.

Dieu, qu’ils étaient lourds!

 Dieu, qu’ils étaient lourds! ,  rencontre théâtrale et littéraire avec Louis-Ferdinand Céline, conception, adaptation et mise en scène de Ludovic Longelin.
 
  img0760.jpgLe spectacle a été construit à partir de différents entretiens de Céline pour la radio dans les années cinquante où l’auteur parle de sa vie, de son enfance où les gifles pleuvaient et où mangeait presque uniquement des pâtes pour ne pas donner d’odeur aux dentelles que sa mère réparait pour gagner sa vie dans un petit appartement du Passage Choiseul éclairé comme les autres au gaz. Et tout sentait le gaz…ajoute résigné le vieux Céline.
Son père était, lui, gratte-papier « correspondancier » comme on disait, dans une banque. Si ce n’était pas la misère profonde, cela y ressemblait et il passa son bac, tout en faisant des petits boulots, puis fit médecine… Bref, un autre monde, mais pas si finalement éloigné du nôtre!

  Et puis il y aussi dans cet entretien avec Céline,  tout ce qui touche au domaine historique, politique et, bien entendu littéraire; sur  son profond antisémitisme. Céline semble regretter ses prises de position, mais, à vrai dire, il  semble s’en foutre un peu et pressé de passer à autre chose. Mais là où il est vraiment brillant , c’est  évidemment quand il parle boutique c’est à dire littérature, non parfois sans crier cocorico, mais quelle insolence, quelle lucidité/  » Je ne suis pas un homme à message, je ne suis pas un homme à idées… j’ai pas d’idées moi! aucune! et… heu…oui, c’est ça… je trouve rien de plus vulgaire, de plus commun, de plus dégoûtant que les idées ». Et c’est merveille que de l’entendre vitupérer sur le roman de son époque: « Le roman n’a plus la mission qu’il avait et n’est plus un organe d’information. Du temps de Balzac, on apprenait la vie d’un curé de campagne, du temps de Flaubert, la vie de l’adultère dans Madame Bovary, etc.. . Maintenant, nous sommes renseignés sur tous ces chapitres forcément renseignés. Et par la presse! Et par les tribunaux! Et par la télévision! Et par les enquêtes de niveau social!  Et bien il ne lui  reste plus grand chose ( au roman) : il lui reste le style! » Que ne dirait-il pas maintenant à l’époque d’Internet et des portables!
Le style auquel Céline aura voué toute son énergie, mais que ce soit Pour Le Voyage au bout de la nuit, ou pour Mort à Crédit, cela sent souvent l’artifice, quand il veut à tout prix recréer une langue orale. Relit-on ses romans plusieurs fois? La réponse est non. Cherchez l’erreur.. Et ces entretiens finalement nous donnent beaucoup plus à voir sur ce qu’était ce drôle de bonhomme, blessé par la vie, courageux et patriote, qui avait une envie qui le tenaillait: celle ce créer son style à lui, mais manquant singulièrement de lucidité  politique.

 Un des meilleurs moments, c’est quand il vitupère sur les philosophes qui savent manipuler la jeunesse. C’est à la fois féroce et juste, d’une formidable écriture parlée ,alors que, d’un autre côté, l’écrivain, malade et pauvre, vit isolé dans sa petite maison de Meudon, et en veut à la France entière qui le lui rend bien. Il évoque ainsi sa vie quotidienne, sans  autre revenu qu’une petite retraite, et somme toute, assez content d’être aussi haï par ses chers confrères., et croit-il, par  l’opinion française en général.
Les phrases sont incisives, souvent prophétiques, d’une clarté  fabuleuse, et on sent qu’il ne vit que pour l’écriture, sans tricher, sans être à la remorque de financements douteux: « N’oubliez pas une chose, la vraie inspiratrice, c’est la mort, n’est-ce pas. Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n’avez rien. Il faut payer. Le reste pue le gratuit. » On reste étonné par cette  langue admirable, bien éloignée de celle qu’il a voulu mettre au point dans son écriture romanesque. Bref, comme une confession d’homme à homme, à la fin de sa vie, de quelqu’un qui n’a plus rien à perdre
et qui doit savoir en médecin qu’il était, qu’il n’en a plus pour très longtemps à vivre.
  La mise en scène de Ludovic Longelin ne vaut sans doute pas son adaptation des entretiens: le début et la fin avec des voix off, la lumière sépulcrale pendant toute la durée du spectacle avec le personnage de Céline vissé sur une chaise de bureau, surmonté de deux micros  et la petite scène où officie le journaliste qui l’interviewe, loin de lui: et que le public ne voit pas bien tout cela n’est pas très fameux!
   Marc- Henri Lamelande, lui, fait un excellent travail d’acteur, profondément marqué par Céline, jusqu’à vouloir lui ressembler physiquement, et à adopter sa voix nasillarde,(ce qui n’est sans doute pas la meilleure idée du siècle) et il est très bien soutenu par Ludovic Longelin qui lui pose les questions… Mais Marc-Henri Lamelande est tellement juste, tellement vrai qu’on lui pardonne une diction parfois trop rapide, surtout dans les meilleures fulgurances du texte. Et l’heure passe sans que l’on s’en rende compte.
  Alors à voir? Oui, malgré les défauts de la mise en scène et de la direction d’acteurs, ce spectacle nous donne une autre image de Céline, celle d’un homme émouvant, empêtré qu’il est dans ses contradictions, à la fois lucide et d’un rare aveuglement, plus intéressant finalement que le romancier que l’on a sans doute un peu surévalué.
Mais chaque époque aime bien avoir ses écrivains sulfureux et maudits…

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire jusqu’au 6 novembre.

Dernière station avant le désert


Dernière station avant le désert
de Lanie Robertson, mise en scène de Georges Werler.

dernier.jpgLanie Robertson est maintenant un dramaturge bien connu aux Etats-Unis, moins en France où, pourtant Georges Werler a déjà monté plusieurs de ses pièces. Nous sommes dans une station service, comme le dit le titre : au bord du désert, au milieu de nulle part. Un hangar délabré où s’accumulent des vieux pneus et où un bar sert exclusivement  à éponger la soif de Pete, qui ne boit pas que de l’eau.. C’est un gros bonhomme, sans doute pas très futé mais suffisamment quand même  pour sentir le danger et pour se faire respecter; il vit avec Sally, une belle plante, beaucoup plus jeune que lui. Il y a aussi, rescapé de la guerre du Viet nam, un jeune homme,  très choqué encore par toutes les horreurs qu’il a pu voir qui sert un peu à tout et à rien, dans la station service, puisqu’il n’y pas beaucoup de clients, et qui est vite bien sûr ,devenu l’amant de Sally..
Ce dont n’est, pas dupe Pete., contrairement à ce que croient les deux amoureux .Chaleur insupportable du Sud , huis-clos, sinistrose permanente: le cocktail est prêt pour un soudain embrasement de violence. Sally, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi, pousse le jeune homme à abattre Pete, comme si le crime pouvait rester impuni. On ne vous racontera pas la suite, fort bien construite; en fait, l’on va apprendre que cette station service minable est en fait une sorte de centre de rééducation privé mais géré par l’armée américaine pour essayer de réinsérer ses anciens soldats paumés…. La trouvaille est astucieuse mais bon…Comme disait Sacha Guitry, les pièces de Scribe étaient bien construites mais on ne les joue plus; celles de Musset sans doute moins mais elles continuent à avoir du succès .Le trio: Vincent Grass/ Pete, Florence Muller/ Sally et Emeric Marchand/ le jeune homme, joue tout à fait bien et leurs personnages très crédibles, le décor sonne juste et le scénario habilement ficelé, trop peut-être:  l’on sent le rebondissement arriver à 130 kms à l’heure.  Et, au début du moins, on se laisse prendre un moment,  mais la mise en scène souffre d’un manque de rythme, comme si Werler s’était surtout préoccupé de mettre un climat en place sans se soucier vraiment de donner du corps et de l’énergie à la suite. Si bien que l’on reste un peu sur sa faim. Alors à voir? Oui, si vous n’êtes pas trop difficile et si vous avez envie de découvrir un auteur   américain dont la pièce n’a quand même pas les qualités de celles de Tennessee Williams…

 Philippe Duvignal

Théâtre du Petit Saint-Martin à 17 heures.

Hot Pepper, Air Conditioner and the Farewell Speech

Hot Pepper, Air Conditioner and the Farewell Speech , mise en scène de Toshiki Okada. 

 

  Ce  créateur  japonais de 37 ans s’est fait connaître il y a quelques années par une sorte de théâtre/ danse , où ce sont moins les mots qui comptent-ceux de l’argot de la jeunesse nippone d’aujourd’hui qu’ un ensemble de gestes où chaque mouvement est d’une absolue clarté, à la limite de l’artificiel, et où la gestion du corps est soigneusement décalée de la parole. Il n’y a en vérité pas vraiment de dialogue mais des phrases souvent répétées de façon obsessionnelle. Le mot engendrant le geste.
Et Toshiki Oikada sait montrer la standardisation, la rigueur impitoyable et le  vide d’un monde urbain où le travail lui-même n’a plus grande signification personnelle. Il semble suggérer, à la façon d’un Brecht contemporain ,que c’est sans doute le prix à payer pour arriver à produire toutes les petites merveilles de technologie que le Japon exporte dans le monde entier…Un téléphone portable, cela ne se paye pas seulement en euros mais aussi en discipline insupportable et en souffrance humaine !    Toshiki Oikada a choisi une scénographie exemplaire df9c74c98c0ef0f3c1.jpg‘intelligence et de raffinement:  qui a les mêmes vertus que le décor d’un nô: des châssis blancs, une grande table, quelques chaises en plastique moulé: c’est tout, pour figurer l’univers impitoyable d’une grande société japonaise où un employé stagiaire va être remercié, et où quelques employés également stagiaires préparent la fête de départ  et en choisissent le restaurant.
C’est au travail précaire et sous-payé que s’attaque Toshiki Okada. En trois courts volets: le choix du restaurant par trois employées pour fêter le départ de leur collègue Erika, puis un dialogue entre deux employés et enfin le discours d’adieu d’Erika. En 70 minutes chrono, où Oikada semble à la fois étirer le temps du quotidien et en même temps concentrer le gestuel. C’est sans doute l’aspect de son travail le plus remarquable.
Tout se passe avec une grande élégance gestuelle et vocale, alors que paradoxalement, l’on sent la  tension monter. Les voix sonorisées  et un éclairage glacial ajoutent encore à la dureté, à l’absence d’émotion et à l’insignifiance des propos où les mots sont essentiellement utilisées pour savoir quel est le degré idéal de la température de la la climatisation ou la mise en cause par les employés stagiaires du  fait que ce soient eux qui doivent préparer la fête,et non les permanents de la maison.
Le surtitrage est très bien réalisé, et c’est vraiment une occasion unique d’aller voir le travail d’un créateur japonais contemporain, à mi-chemin entre une expression dramatique et une chorégraphie superbement réglée.  Et , plus de trois siècles après se vérifie la merveilleuse phrase de son compatriote Chikamatsu Monzaemaon:  » L’art du théâtre se situe dans un espace entre une vérité qui n’est pas la vérité et un mensonge qui n’est pas un mensonge ».

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de Genevilliers jusqu’au 5 octobre; et seconde pièce de de Toshiki Okada : We Are the Undamaged Others du 7 au 10 octobre.

TOÄ

TOÄ de Sacha Guitry, mise en scène de Thomas Jolly.

 

L’auteur décédé déjà depuis un demi-siècle, cordialement détesté par tous ses collèges écrivains ou presque , a  toujours traîné une odeur de souffre et fut même emprisonné quelques mois au moment de la Libération, accusé de connivences avec les Allemands  Trop mondain,imprudent sans doute et habile à se faire des ennemis, mais enfin on oublie trop souvent , que, grâce à ses relations avec l’occupant , il sauva des camps de la mort Tristan Bernard et sa femme, ce que bien d’autres n’auraient pas fait… Et curieusement, les meilleures des pièces de la grande centaine qu’il écrivit ne furent jamais cessés d’être jouées depuis sa mort. Mais… à peu près exclusivement dans le théâtre privé  et pas par n’importe qui( Michel Serrault,  Jean-Paul Belmondo, Claude Rich, Pierre Arditi, Fanny Ardant. Mais jamais dans le théâtre public sauf ces dernières années, avec entre autres: Daniel Benoin, et l’an passé Serge Lipszyzc- metteur en scène qui travaille davantage dans le théâtre public mais au Théâtre de la Michodière. Antoine Vitez appréciait aussi beaucoup Guitry mais ne l’a pourtant jamais monté: il semble qu’il y ait eu jusqu’à ces dernières années comme une sorte de scrupule à jouer Guitry qui vaut sans doute mieux que sa réputation d’auteur de boulevard et de cinéaste de films historiques…
Mais, le plus curieux, c’est de voir cette réapparaître Guitry cette fois monté par un tout jeune metteur en scène. de Cherbourg… avec une pièce peu connue qu’il écrivit en 39 puis remania en 49  Tôa.
C’est non pas une véritable intrigue mais une sorte de miroir théâtral que l’auteur/ acteur s’offre à lui-même, en décryptant son travail de dramaturge,  et  qu’il offre à son public chéri sans lequel il ne pourrait vivre. Théâtre dans le théâtre comme dans de nombreuses pièces de Guitry qui confondait allègrement les planches et la vie quotidienne, ses épouses et ses comédiennes, avec un plaisir certain, pas mal de cynisme et une bonne dose de misogynie. L’action se passe dans un théâtre parisien où une femme Ekaterina  a bien l’intention de tuer à coup de revolver Michel  qui, prétend-elle, s’amuse à piétiner le cœur des autres; la pièce mériterait quelques coupures vers la fin…
toa00.jpgThomas Jolly- et c’est très rare pour un aussi jeune metteur en scène-  a compris avec beaucoup d’intelligence et d’humour le parti les trouvailles que l’on pouvait faire en maniant le premier et le second degré, au besoin en faisant intervenir l’auteur en voix off ( Mais pas si sûr que le public comprenne  de qui est cette voix bien connue il y a encore trente ans. N’importe, c’est mis en scène avec une virulence et, en même temps, avec un air de ne pas y toucher qui sont tout à fait remarquables. Comme Thomas Jolly a un sens réel de la scénographie, il s’amuse à construire un mur en cartons rouges dont on devine qu’il va s’écrouler et envahir tout le plateau; il a aussi imaginé, belle métaphore, quatre cadres de scène dorées rectangulaires qui vont s’emboîter à la fin les uns dans les autres. Mais c’est tout .
Thomas Jolly a passé au karcher le plateau du théâtre de boulevard: deux praticables blancs en longueur, et une paire d’escarpins qui sert de téléphone… Pour les costumes, c’est aussi déjanté: mini-jupes pour les filles et costumes pour les deux hommes, tailleur strict pour Ekaterina.. Côté direction d’acteurs, aucun doute là-dessus, il sait diriger,  d’abord lui-même dans  le rôle de Michel le double de Guitry, mais aussi ses cinq complices: Flora Diguet, Emeline Frémont, Julie Lerat-Guersant, Charline Porrone et Alexandre Dain: diction, gestuelle, occupation du plateau: c’est réglé au millimètre, avec à la fois une précision  diabolique et une impertinence absolue. Avec quelque chose de Buster Keaton dans l’air. Pour reprendre le mot de Kantor, Thomas Jolly ne joue pas Guitry mais joue avec Guitry. D’un côté, une des dernières pièces d’un auteur prolixe, de l’autre, un des premiers mais excellent travail de mise en scène .
Thoma Jolly a fait aussi sienne la réflexion de cet homme de théâtre sur sa condition de bouffon, et qui a finalement été toute sa vie ce qu’il rêvait d’être: un personnage de théâtre. Il fascine Thomas Jolly,  c’est évident mais, en même temps, le jeune metteur en scène nous fait comprendre avec beaucoup de finesse et d’espièglerie qu’il n’est pas dupe de cette auto-critique truffée de mots d’auteur, d’arabesques et de jeu sur le langage qui  sont un peu la marque de  Guitry. Du genre:   » J’ai observé que, d’ordinaire, on se dit au revoir quand on espère bien qu’ on ne se reverra jamais-tandis qu’en général, on se revoit volontiers quand on s’est dit adieu. »
Et dans les meilleurs moments de la pièce un peu longuette, Thomas Jolly éprouve autant de plaisir à faire chanter cette langue, tout en maintenant  le petit interstice de distanciation ironique pour que l’on sente bien qu’il n’est pas dupe des facilités que s’accorde l’auteur. Du grand style. Vraiment . Et la Compagnie La Piccola Familia devrait faire un beau parcours. Au chapitre des petites réserves: des phrases débitées trop vite et donc incompréhensibles, une actrice qui joue Ekaterina mal distribuée, un certain nombre de baisses de rythme sur la fin et quelques gags inutiles mais ce jeu de massacre est d’une rare virtuosité; et le public qui , pour une fois, était très jeune, riait  sans se faire prier. Le spectacle est vraiment tout à fait remarquable; il a eu l’an passé le Prix de l’Odéon, et c’était parfaitement mérité.

Philippe du Vignal

Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis jusqu’au 17 octobre.

La Cerisaie

La Cerisaie d’Anton Tchekov, mise en scène de Julie Brochen.

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    La Cerisaie, la dernière et mythique pièce de Tchekov, celle qui nous fait sans doute le plus rêver, avec des personnages d’une force incroyable, un des plus grands chefs d’œuvre de tout le théâtre occidental… Et l’une des premières pièces de théâtre , quand nous étions jeunes et beaux, que nous  avions vues ; d’abord dans la mise en scène de J.L. Barrault, puis vu et revu, dans une bonne quinzaine de mise en scène, sans jamais nous lasser, surtout  celle de Brook, de Streheler, de Braunschweigl, et l’an passé, malgré des réserves,  celle d’Alain Françon à la Colline; et l’article  qui lui a été consacré  dans Le Théâtre du Blog continue à être régulièrement consulté jusqu’ à atteindre les 6.800 visites…
Aucune illusion , ce ce n’est pour la prose de du Vignal mais pour cette Cerisaie qui n’en finit pas d’être régulièrement montée et qui aimante le public. Julie Brochen n’y a pas résisté et a donc entrepris, elle aussi, d’aller revisiter le monument;  c’est, disons-le tout de suite,  le naufrage absolu.  » Les personnages , dit-elle sont des énigmes, et il ,faut qu’ils le restent. pour cela , il faut en disséquer tous les aspects dans le travail. » ( Sic)  On ne sait de quelle dissection il s’agit- le terme  fait  déjà froid dans le dos-  mais la direction d’acteurs est inexistante, malgré une distribution  où il n’y a pas n’importe qui:  Fred Cacheux , Jeanne Balibar , Jean-Louis Coulloch’, Vincent Macaigne, Julie Péricone . Mais , visiblement, ils ne savent pas où ils vont  et n’ont pas de présence, ce qui est un comble pour des comédiens de cette envergure.  Et il ne se passe rien: le texte passe inaperçu; et s’il n’y avait pas l’affiche avec le nom de Tchekov, on aurait bien du mal à identifier cette pauvre Cerisaie .
Même si les acteurs  font leur  travail, ils  jouent chacun de leur côté,  il n’y a aucune unité dans la mise en scène . Et surtout, on ne les entend pas, à cause en partie de la scénographie aussi stupide que prétentieuse de Julie Terrazoni,  que  même  un élève de première année aux Arts Déco n’oserait jamais présenter comme travail!
Imaginez un grand plancher blanc avec au-dessus une construction  métallique avec quelques vitres brisées ( merci pour le symbole!). La fameuse armoire de la chambre des enfants devient une bibliothèque vitrée de plus de deux mètres avec quelques vieux livres . Il y a aussi une tournette / gadget qui, à quelques moments, se met en marche dans  l’un ou  l’autre sens,  avec quelques personnages et quelques accessoires….histoire de donner un peu de vie? Et , comme la plupart des scènes se jouent  dans le fond du plateau, et qu’il y a un sous-éclairage permanent, ( vous savez le genre « clair-obscur qui donne de la profondeur, » autre stéréotype du théâtre actuel), on ne voit ni n’entend le texte, et l’on ne plonge en rien mais en rien du tout,  dans l’intimité de ces personnages, pourtant fantastiques comme le prétend  Julie Brochen, qui deviennent des ombres que les seules connaisseurs de La Cerisaie peuvent identifier.
Pas de force, pas de vie, pas de nuances. Juste un texte laborieusement dit. Mais sans doute est-ce nous ni le public qui n’avons rien compris ! Et que Julie Brochen n’aille surtout pas prétendre que l’Odéon n’a pas une bonne acoustique !  Ou bien qu’à Strasbourg, c’était nettement mieux! Au bout d’un quart d’heure à peine, l’hémorragie  de spectateurs excédés  commence, avec ce que cela suppose de dérangement et de gêne pour les comédiens pris ainsi en otage.
A la presque fin, il y a un grand lustre qui descend  sur la scène, mais on ne saura jamais pourquoi. ( encore le symbole de la décadence puis de la fin de La Cerisaie qui vient d’être vendue. Sans que la scène donne naissance à la moindre émotion palpable, ce qui est quand même à peine imaginable. Du côté costumes,  ce n’est guère  plus très brillant; Julie Brochen dit s’être « inspirée des années 20 aux années 40-50 en se détachant de la Russie, de l’idée de costumes, de représentation pour retrouver des vêtements » . (????). Mais elle a tout confondu : costumes et vêtements.  Résultat: un bric-à-brac de tissus tristes sans unité et peu crédible.
Par pitié,  Miss Borchen, relisez Barthes , Brecht et compagnie! Que peut-on sauver de ce naufrage? Pas grand chose, sinon quelques beaux chants choraux ( cela fait toujours plaisir dans ce monument d’ennui), une belle mais courte scène avec Charlotte/ Cécile Péricone, et la fin où le vieux Firs se retrouve seul , et lit la didascalie: là, enfin passe un peu d’émotion. Mais ce  n’est pas beaucoup pour deux heures  d’une chose  qui n’aurait jamais dû dépasser le stade d’un chantier privé et qui n’a rien à faire sur la scène d’un Théâtre national.
En tout cas, il  y a bien longtemps qu’à l’Odéon, on n’avait pas entendu , au moment des saluts, des huées, des « lamentable » et autre noms d’oiseaux; les applaudissements furent bien maigres, et le troisième rappel s’est fait à l’arrache, alors que le public commençait déjà à sortir. Le public certe peut avoir tort mais il nous a semblé hier soir particulièrement patient et poli. C’est d’autant plus dommage pour les collégiens assez nombreux qui, à la sortie, se posaient des questions sur  ce que pouvait bien être le théâtre contemporain ou du moins qui se revendique comme tel, et joué avec des moyens tout à fait corrects…Leurs professeurs avaient l’air assez gêné, et pour cause!
Bref, une soirée perdue.   Reste à savoir comment  cette insipide avatar de La Cerisaie a pu arriver jusque là. Quelle tristesse! Enfin si vous voulez constater l’étendue des dégâts, aucune difficulté: il y a des places…

 

Philippe du Vignal

 

Odéon-Théâtre de l’Europe jusqu’au 24 octobre.

Oh! Les beaux Jours

Oh! Les beaux Jours de Samuel Beckett, mise en scène de Robert Wilson.

ohlesbeauxjoursautheatrelouisjouvetlandscapegallery.jpg   On connaît bien ce presque monologue, que Beckett écrivit en 61, autrefois magistralement interprété par Madeleine Renaud. Le texte, ce » long ruban de paroles » comme le précise le programme, comporte autant de didascalies que de bribes de discours. Et Beckett ,sur ce point d’une précision absolue! Willie parle, parle beaucoup, des souvenirs de sa vie mais aussi de ses lectures  et l’écrivain/metteur en scène a toujours surveillé de très près l’interprétation de son texte. Beckett disparu, comment s’ est débrouillé Bob Wilson?
  Il a conçu une sorte de rocher aux lames aigües noires , dont la vue est plus satisfaisante au parterre qu’au balcon où l’on voit un peu l’envers du décor qui n’a sans doute pas été conçu à l’origine à Milan pour une salle à l’italienne. Et il y a ces lumières changeantes en fond de scène dont Wilson s’est fait une spécialité jusqu’à l’auto-académisme. C’est très bien réalisé comme d’habitude, et souvent de toute beauté, comme si Wilson s’était d’abord fait plaisir à lui-même, comme depuis déjà longtemps en faisant de la belle image soutenue par d’impeccables effets sonores et vocaux.
   Oui,  mais… L’interprétation de la grande actrice italienne Adriana Asti et de Govanni Batttisti Storti ( Willie) sur le plan de la sensibilité et de la gestuelle comme des expressions du visage est tout à fait remarquable, malgré la direction d’acteurs un peu sèche de Wilson, en partie sans doute due au micro H.F. Là où cela va moins  bien, c’est quand certaines phrases  sont marquées d’un fort accent italien, ce qui nuit à la fois à la fluidité et même à la compréhension du texte, et c’est vraiment  dommage.
  Alors à voir? Peut-être davantage pour ceux qui veulent voir comment Wilson traite Oh! Les Beaux Jours; il y a en  effet un côté exercice de style irréprochable mais un peu agaçant, un peu académique, et  l’on aurait aimé un peu plus de sensibilité beckettienne.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet , jusqu’au 9 octobre.

Chansons des jours avec et des jours sans

 
Chansons des jours avec et des jours sans, cabaret composé de chansons du répertoire de La Prochaine fois je vous le chanterai, conception et direction artistiques de Philippe Meyer.

  Les « casquettes » de Philippe Meyer sont nombreuses; à la fois professeur à Sciences Po, auteur et interprète de chansons et textes avec  Paris la Grande au Théâtre de la Ville, chroniqueur politique à France-Culture le dimanche et animateur d’une des émissions hebdomadaires les plus écoutées de France-Inter: La prochaine fois je vous le chanterai, composée de chansons sur un thème particulier. Ici, c’est une sorte de cabaret de chansons avec sept acteurs de la Comédie-Française: Florence Viala, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Marie-José Ferdane, Chrisitan Hecq et Félicien Juttner , et un petit orchestre dirigé par Pascal Sangla.
  Ce sont des chansons en général peu connues des années 20 à la dernière guerre mondiale interprétées en solo, duo ou trio, voire en chœur pour quelques unes. Les mélodies de Trenet, Villard, Damia, Fréhel… se succèdent; ce qui frappe, c’est d’abord le plaisir qu’y prennent ces comédiens et le soin qu’il apportent à chacune de leurs interprétations.
  Rares sont ceux, parmi les acteurs, qui n’ont pas été fascinés par la chanson;  surtout chez les actrices: Brigitte Bardot, Delphine Seyrig, Sandrine Kiberlain,  mais aussi bien sûr Mouloudji, Bourvil… Mais pas tellement dans les théâtres officiels comme la Comédie-Française, et c’est, en une heure chrono,  un petit bonheur, fort bien conçu et mis en place par Philippe Meyer.
   Cela se déroule sans à-coup, avec beaucoup d’humour, d’intelligence et de tendresse, comme si les sept comédiens du Français avaient tout d’un coup retrouvé le plaisir d’être sur scène, loin des querelles, des coups sinistres ( le renvoi de Catherine Hiegel) et de la lamentable histoire de la tentative d’O.P.A. sur la maison de la Culture de  Bobigny ( voir les articles du Théâtre du Blog). C’est délicieux comme un bon petit gâteau à l’heure du thé.
   A une réserve près- encore pas  content le du Vignal?- Non, pas tout à fait, on ne voit pas bien pour quoi Philippe Meyer a fait mettre ces micros , et pour les acteurs, et pour les musiciens, si bien que la balance n’est pas très bonne , et c’est un euphémisme… Cette manie contemporaine, est  particulièrement inutile dans une salle de 100 places  comme le Studio, et les voix, du coup, prennent un coup d’uniformité. Et c’est dommage parce que tous les acteurs sont excellents, en particulier, les trois jeunes femmes. Ce serait bien aussi que les titres des chansons  figure dans le programme mais bon…
  Alors à voir? Oui, aucun doute, si du moins vous avez la possibilité d’être dans le centre de Paris  pour 18 heures trente, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Reste à espérer que le spectacle puisse être programmé à un horaire habituel du soir, et pour quoi pas aussi en Province comme on disait ou en Régions si vous préférez… Sinon, vous avez toujours la possibilité d’écouter France-Inter le samedi matin.

Philippe du Vignal

Studio-Théâtre, Galerie du Carrousel du Louvre 99 rue de Rivoli Paris 1er, jusqu’au 31 octobre.

   

I Demoni (suite)

 I Demoni de Fedor Dostoïevski,(seconde partie)  adaptation et mise en scène de Peter Stein.

 La journée s’est à peine écoulée que la représentation du spectacle a repris hier à 18 heures. Peter Stein refait sa  petite présentation en conseillant d’être vraiment à l’heure après chaque pause de façon à ce que l’on ne dépasse pas minuit… Il y a eu une certaine évaporation de spectateurs  mais ceux qui sont revenus sont toujours aussi attentifs.
Von Lembke, le nouveau gouverneur et son épouse s’adresse à la population dans un jardin public , puis il reçoit Piotr Stépanovitch qui accuse Chatov de fomenter un complot, et il persuadera ses camarades que Chatov  est en fait un espion. Mais Stavroguine  et Piotr vont se bagarrer, parce que Stavroguine ne veut pas être impliqué dans les intrigues de son camarade. Autre action en parallèle: Vavrara ne veut plus loger Stépane et luin propose de l’argent pour qu’il aille ailleurs mais il refuse. Liza aura une crise nerveuse quand elle apprend qu’il déclare avoir épousé  maria la Boiteuse il y a cinq ans. Situation sociale difficile et Voin Lembke effectue une répression sur les ouvriers. Quant à Stavroguine, très psychiquement  perturbé , il va  se confesser au Père Tikhone d’un crime odieux: le viol d’une enfant de onze ans qui se pendra ensuite;il  lui déclare qu’il veut faire imprimer cette histoire. C’est une belle scène très sobre, traitée par Stein avec  beaucoup de vérité et de sensibilité.
Réception chez von Lembke qui, la vodka aidant, tourne au désastre à cause d’une provocation politique de quelques membres du Cercle, alors qu’on apprend que des incendies ont éclaté dans la ville, ce qui fait fuir tout le monde. Liza , dans le fond, se rhabille: on voit qu’elle vient de faire l’amour avec Stravoguine auquel Piotr, le fils de Stepane  apprend que que Fedka a tué Lebidakine et Maria la boîteuse.
Liza qui a compris la situation s’enfuit pour aller voir les cadavres mais accusée par la foule, elle est tuée. Les membres du Cercle révolutionnaire discutent du sort de Chatov et Pïotr décide de l’exécuter; quant à Maria l’ex amante de Stavroguine, elle revient chez son époux Chatov… pour accoucher. Piotr lui arrive chez Kirilov pour lui faire endosser la responsabilité du meurtre politique en lui réclamant la lettre promise; ce qu’il refuse mais Kirilov finalement se suicide.
1337972252.jpgPar ailleurs Stravroguine, ravagé, revoit Dacha mais décide de la quitter  et se suicidera peu après d’un coup de revolver. Quant au pauvre Stépane, on le retrouve agonisant ou presque dans les ruines; Varvara le fait allonger; il s’avouent leur amour  mais Stépane meeur aussitôt Stépane meurt aussitôt.
II y a une grande  différence de qualité avec  la première partie, comme si Peter Stein avait mieux situé les enjeux. Et, à part le début , pendant la réunion dans le jardin public qui traîne, le reste des scènes est beaucoup plus fluide, et dramatiquement beaucoup plus intéressant. Les scènes d’amour en particulier sont très  bien traitées et il y a comme un crescendo :  liaison entre Liza et Stravoguine, accouchement brutal de Maria, assassinats politiques, mort de Stépane et enfin suicide de Stravoguine.
Certes, bien des scènes auraient mérité un élagage. Mais Peter Stein semble beaucoup plus à l’aise,  et en particulier les éclairages  sont beaucoup plus fins. Cela dit, il aurait pu nous dispenser des mètres cubes  de fumigènes éclairés de rouge sang pour figurer l’incendie, ce qui fait vraiment vieux théâtre. Mais la dernière heure quarante est vraiment de tout premier ordre. Il y a enfin! un véritable rythme dramatique qui se met en place. Et les comédiens  comme chauffés sont encore plus fabuleux , avec un côté jeu de cinéma tout à fait séduisant et singulièrement efficace. Là , on retrouve le grand Peter Stein.

Alors que faire? To go or not to go? Si vous êtes un fana inconditionnel  de Dostoïevski, pourquoi pas… Avec  de très grandes réserves sur la première partie qui ne méritent pas vraiment le déplacement. (On vous aura prévenu).
Pour la seconde, pourquoi pas, en sachant que cela dure plus de six heures: alors, mieux vaut avoir raiment envie d’y aller et ne pas être fatigué si l’on veut suivre le scénario quand même compliqué.
Ou encore, si vous n’êtes pas certain de tenir le coup, arrivez à 21 h 45 après la pause, pour la dernière partie et demandez gentiment (ou ne demandez rien) s’il ne reste pas une petite place. Vraiment les dernières scènes sont très belles… Mais on les aura  bien méritées!

Philippe du Vignal.


Odéon-Ateliers Berthier ; encore deux intégrales samedi 25 et dimanche 26 de 11 heures à 23 h 30 environ. Puis, un peu partout en octobre, dans plusieurs villes italiennes:Prato, Reggio d’Emilie, Pordenone et Turin Voir le site: www.idemoni.org

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