Les enfants de Saturne

Les enfants de Saturne, texte et mise en scène d’Olivier Py, décors et costumes de Pierre-André Weitz.

image21.jpgOlivier Py,  à la fois comédien, metteur en scène des ses propres pièces et du Soulier de satin comme de l’Orestie; il est aussi depuis presque trois ans directeur du Théâtre de l’Odéon. Il s’était fait surtout connaître en Avignon  en 95 pour son grand cycle de 24 heures La Servante. Il nous présente maintenant son dernier opus Les Enfants de Saturne, une sorte de grande saga familiale qui a pour cadre une scénographie imposante. On entre directement sur la scène soit un bureau de patron de presse avec bureau bas et fauteuil noir capitonné. Il y a des tas de journaux un peu partout, une cheminée avec une pendule en marbre un buste et un tourniquet à cachets en caoutchouc. Un peu plus loin , quelques plantes vertes en plastique ou desséchées sur l’appui d’une des deux  hautes fenêtres à 102 petits carreaux chacune répandant une lumière blafarde, un porte-manteau perroquet, un ancien poste de télévision installé sur une table roulante en stratifié et un drapeau français assez sale, deux chaises copie Louis XVI .
  Tout est chez Weitz précis et extrêmement réaliste, et d’une grande poésie: il sait parfaitement rendre l’écriture d’Olivier Py. Nous sommes installés sur un plateau de gradins tournant à 360 degrés à l ‘inverse des aiguilles d’une montre et les trois autres côtés  de la salle comportent aussi chacun un décor: d’abord une chambre d’hôtel assez pauvre et sale avec un couvre lit à chenilles, et une douche, puis  un quart de tour plus loin, une sorte de grand vestibule de château avec les mêmes deux hautes fenêtres. Encore un quart de tour , une boutique de pompes funèbres sordide et  sale , tenue par un vieil homme avec quelques plaques funéraires, des urnes et statues de la Vierge Marie en vitrine, et tout autour des toiles peintes gris et noir de tombes .
  Il est important de situer les choses ainsi ; en effet, Olivier Py doit une fière chandelle à Pierre-André Weitz qui a, sans doute conçu un des plus beaux dispositifs scéniques que l’on ait pu voir depuis dix ans. C’est à la fois sensible, intelligent et efficace, et les jeunes gens qui sont ses élèves aux Arts Déco de Strasbourg ont bien de la chance de l’avoir comme enseignant.
  Reste le texte : c’est l’histoire d’un quotidien qui va sans doute disparaître parce que son fondateur âgé n’a pas su, pas voulu sans doute non plus,  assurer sa succession. Comme Kronos, le Saturne des Romains, il  semble finalement tirer une certaine   satisfaction  d’amour-propre de n’avoir pu trouver de repreneur à sa hauteur et donc il doit bien constater  l’impossibilité de confier le journal à l’un de ses deux fils Paul ou Simon, ou à sa fille Ans. Paul fait l’amour avec sa sœur qui va bientôt être enceinte. Quant à Simon, il éprouve une sorte de passion pour son fils Virgile , qu’il va essayer d’assouvir en achetant les services de Nour ( en arabe: lumière), un jeune émigré qui a besoin d’argent pour offrir une sépulture digne de ce nom à son père récemment décédé, et qui apparaît comme une sorte d’ange à la fois damné  et merveilleux à la fois .Il y aussi Ré, une sorte de fils illégitime qui veut prendre la place du patriarche chef d’entreprise qui finira par lui confier son héritage. Mais il va se retrouver paralysé sur un fauteuil roulant, ne pouvant plus communiquer que par des battements de paupière… que traduit Ré, en interprétant évidemment les volontés paternelles….A la fin, Ré impose au vieillard de manger en pâté sa main gauche qu’il lui sacrifie ( il a déjà perdu l’usage de la droite dans un accident ).
  Soyons honnêtes: cela commence plutôt bien avec une espèce de discours patriotique revanchard  et assez drôle sur la violence de l’histoire qui se permet de prendre aux pauvres même ce qu’ils n’ont pas, que vocifère le vieux patriarche. « Mitterrand,  ajoute-t-il, son génie venait de la mort et nous ne le savions pas. Et c’est joué par un Bruno Sermonnne absolument magnifique,  comme le sont tous les autres interprètes, en particulier, Pierre Vial, très impressionnant dans le rôle de l’entrepreneur dune boutique de Pompes funèbres appelée Repos éternel -, à fois cynique et goguenard qui donne une grande profondeur à ce personnage secondaire, Michel Fau ( Ré) qui réussit à imposer à l’arrache ce personnage assez glauque, et Philippe Girard dans le rôle de Simon le fils. Il y a au fil du temps quelques belles scènes mais qui restent noyées dans une espèce de torrent qui charrie toutes les obsessions d’Olivier Py et qui paraissait ennuyer souverainement Lionel Jospin… Il faut dire qu’il y avait de quoi!
  En vrac: l’écriture de l’Histoire à la fois individuelle et collective, la notion d’apocalypse, l’obsession récurrente du rapport père/fils, la tyrannie de ce père mais aussi la fidélité au père, les relations homosexuelles, le sexe , le sang, la puissance de l’argent, le défi de l’Amour qui revient comme un leitmotiv, qu’il soit fondé ou non, réel ou supposé, le Temps qui nous engloutit, le suicide ,et l’avortement ( il n’y a dans la pièce qu’une seule femme: Ans, la fille du patriarche), l’idée de l’impossible transmission si chère pourtant au cœur de l’homme et que l’on retrouve à  chaque héritage, la mort qui guette en permanence, le sado-masochisme, la pitié, le meurtre, etc… tout cela sur fond de références  bibliques, catholiques surtout, claudéliennes et philosophiques (Py, on le sait est un grand lecteur),  et mouliné, repassé en boucle deux heures et demi durant. Tous aux abris…
  Ce qui en une heure vingt serait sans doute  intéressant ( mais ce n’est pas dans les habitudes d’Olivier Py) devient à la longue assez insupportable, et c’est dommage!  Malgré le petit tour de manège que nous effectuons à intervalles réguliers, le compte n’y est pas tout à fait; on se demande même finalement s’il y a un rapport au temps qu’Olivier Py n’aurait  pas réussi à maîtriser , quand on voit  la masse de thèmes qu’il traite sans pour autant épargner au public bon nombre de stéréotypes , si bien que cette pseudo saga familiale, dont les personnages sont  mal dessinés et où l’auteur prend prétexte de la pièce pour se confesser,  devient assez vite indigeste), malgré une solide mise en scène et une impeccable direction d’acteurs. Comme disait le cardinal Lustiger : qui trop embrasse mal étreint….Mais maintenant que tout est construit, c’est évidemment trop tard. Restent quelques  images d’une grande beauté qui parfois font penser à Bob Wilson, et quelques belles envolées lyriques., mais perdues dans un magma assez estoufadou.
  Alors à voir ? Oui, si vous êtes un inconditionnel de la prose d’Olivier Py, oui, si vous aimez voir d’excellent acteurs faire un travail de tout premier ordre, même s’il les fait souvent crier sans raison, mais à cette condition- là seulement…Et ne nous envoyez pas de commentaires acides en vous plaignant de vous être ennuyés: on vous aura prévenu…

Philippe du Vignal

Odéon-Théâtre de l’Europe Atelier Berthier (17 ème) jusqu’au 24 octobre.


Archive de l'auteur

L’écrivain public

    L’écrivain public , texte et mise en scène de Juliet O’ Brien.

ecrivainpubliccopie.jpgIl s’agit d’une sorte de rencontre entre  Rouvesquen ,un écrivain public , qui n’a jamais réussi à être vraiment un écrivain à part entière et que l’on vient voir pour toutes sortes de textes: discours , requêtes,  lettres d’amour, etc… et  Lansko, un jeune émigré qui a laissé sa femme dans son pays d’origine , Morland, pays plombé par un régime totalitaire. Rouvesquen, d’abord très méfiant, finit par se laisser apitoyer par ce jeune homme malheureux, illettré  qui, la rage au ventre,  essaye de maîtriser les fondements du Français parlé dans un pays pas très accueillant. Rouvesquen finira par lui apprendre le Français, lui écrira ses lettres pour sa femme et lui lira les siennes quitte à tricher un peu beaucoup et  l’aidera dans ses nombreuses et obscures démarches administratives, en échange de quelques travaux de peinture. Il lui enseignera aussi à comparer la qualité des vins. On ne vous dévoilera pas pas  la fin tragique de l’histoire, même si elle est quelque peu téléphonée… Mais Rouvesquen, en écrivant à la femme de Lansko, recouvrera une sorte de virginité littéraire qui le sortira de son cynisme et des lettres banales  et des discours stéréotypés qu’il est obligé d’écrire à la place des autres, alors qu’il n’en a bien entendu aucune envie.Il  va y avoir entre eux des relations presque filiales, même si, au début,  Rouvesquen est constamment sur la réserve devant ce jeune homme dynamique qui veut mordre la vie à pleines dents , malgré l’absence de sa femme et tout ce qu’il a subi dans son pays.Et cela lui donne sans doute une force, une intelligence des choses et une volonté de s’en sortir particulièrement convaincantes
Rouvesquen a en effet d’autre clients comme ce brave homme très simple,  qui doit prononcer un petit texte en l’honneur de sa  fille qui se marie avec un jeune homme issu d’un milieu très bourgeois, ou de cette dame quelque peu hystérique en tailleur rouge, un peu  déjantée qui veut écrire une sorte de  testament pour ses enfants qui ne lui parlent plus.
Nous avions vu la première version de la pièce montée au Théâtre Romain Rolland de Villejuif quand Juliet O’Biren y était en résidence , invitée par Alain Mollot. La pièce depuis s’est bonifiée, même si les ressorts dramaturgiques  sont parfois un peu gros et s’il aurait mieux valu que la mise en scène soit confiée… à un metteur en scène qui traduise un plus efficacement cette. Juliet O’Brien ne s’en sort pas mieux qu’à Villejuif: la  scénographie , toute en éléments à roulettes, ne sert ni la pièce ni les comédiens  et il y a beaucoup de maladresses ,de naïvetés ( les apparitions de Leila, la jeune femme de Lansko à l’avant-scène,des ombres chinoises et de la lumière rouge quand cela devient tragique) et de longueurs qui auraient pu être évitées, ce qui aurait donné au texte beaucoup plus de force et de précision.
La direction d’acteurs est aussi quelque peu flottante, et Dominique Langlais/ Rouvesquen qui compose très finement ce personnage d’écrivain public, se met parfois à réciter son texte,  mais Bob Kelly / Lansko est tout à fait remarquable d’intelligence et de sensibilité. Malgré  tout cela, la pièce s’en tire et L’Ecrivain public est un théâtre  qui n’est pas sans rappeler celui de Pagnol: si l’on  veut bien accepter ou  les règles du jeu, pour ne pas dire les ficelles   de cette histoire d’amour et d’exil, un peu taillée à la tronçonneuse mais qui ne manque pas de charme.
Alors à voir? Oui, pourquoi pas; en tout cas, le public était enthousiaste…

Philippe du Vignal

Théâtre 13  100 rue de la Glacière. Métro Glacière, jusqu’au 18 octobre.

Schraapzucht

Deuxième et dernière carte postale du Festival d’Aurillac

Schraapzucht par la Compagnie Tuigconcept  conception et mise en scène de Marc van Villlet; écriture Ank Boerstra.

 image5.jpg Cela se passe sur la pelouse de l’Institution Sainte-Eugène, avec,  à l’entrée, un statue de la Vierge Marie toute blanche. L’espace scénique est constitué d’une structure en bois avec , au- dessus,  une passerelle métallique et une grande roue qu’entraînent en silence trois servants zélés habillés de blanc.
En bas, une sorte de professeur Nimbus, en pantalon beige, chemise sombre et cravate, avec un ridicule petit pull-over à losanges  sans manches, s’affaire dans un invraisemblable bric-à-brac de planches et de fils que manipule une des comédiennes de la passerelle.  Soit quatre acteurs  en tout.
Il y a aussi des petits  sacs blancs /contre-poids, et un plus gros,  qui remontent et redescendent  sans cesse à chaque tour de roue. En silence d’abord,  puis sur une musique électronique répétitive.

 Les quelque deux cent cinquante spectateurs  sont assis de part et d’autre sur de rustiques gradins de bois, et quelques projecteurs latéraux éclairent la somptueuse machine célibataire qui ne produit rien mais dont la partie inférieure, petit à petit, comme par miracle, se construit;  petite table, lampadaire, chaise, étagère de bois, fenêtres, transatlantique, et même cheminée où vont brûler quelques planches , alors que personne n’y a mis le feu.
Il y a une espèce de belle naïveté, en même temps qu’une singulière poésie qui se dégage de ces quarante cinq minutes, dont quelques grincheux trouvent que c’est quand même trop long, alors que c’est sans doute le plus abouti et le plus malin des spectacles en plein air que l’an ait pu voir depuis longtemps. Il y à la fois du Bob Wilson et  du Phil Glass de la grande époque d’Einstein on the Beach dans cette installation hors du commun et d’une belle intelligence scénique.

 Tout est réglé avec  une précision millimétrique,  et c’est sans doute ce qui produit cet onirisme de grande qualité ; tout ,  bien entendu, va se détraquer; le savant fou  veut arrêter la roue, et plante une barre de bois qui, au contact de la roue,  va s’enflammer et la roue  s’arrête alors;  et   le savant fou ne sait plus alors très bien où  il en est et  se retrouve piégé par ses fils,  pendu! Quant aux assistants, ils vont réintégrer leurs sacs blancs/linceuls et se retrouver suspendus comme au début du spectacle.
Dans un silence complet,  la roue s’est définitivement arrêtée. En guise de salut, s’allument alors les guirlandes de petites ampoules lumineuses qui encadrent la roue et la structure de bois, mais les acteurs ne réapparaîtront pas.  Vous avez dit impressionnant de poésie et de beauté? Oui, on  confirme: impressionnant de  de poésie et de beauté.
A voir absolument en Belgique ou ailleurs…

consulter leur site:.www.fransbrood.com

Philippe du Vignal

A+ Cosa que nunca te conté

A+ Cosa que nunca te conté, de la Compagnie Senza Tempo , texte et mise en scène d’Inès Boza.

image2.jpg   Sur la scène nue, une pauvre petite caravane grise, avec à l’intérieur du papier peint des années 60; avec un mat où un homme essaye d’accrocher un antenne râteau destinée à recevoir quelques images brouillées sur un vieux poste. Il a deux jeunes femmes dont l’une joue de temps à autre de l’accordéon sur le toit de la caravane, et un autre homme tout en noir avec des ailes d’ange toutes blanches. Elle prépare une citronnade sur une petite table dehors. Une autre  jeune femme arrive par la salle en imperméable et pantalon; elle raconte comme la première une histoire assez confuse. Tous les cinq parlent en fait assez peu mais dansent assez bien leurs sentiments, seuls ou à plusieurs: il est question d’homme que l’on n’a pas et que l’on voudrait absolument avoir. Bref, toujours ces relations difficiles dans les couples….La scène où une des trois jeunes femmes gifle son compagnon d’un revers de la main latéral et non frontal, comme elle le dit, est répétée en boucle plusieurs fois. Il y a de la nostalgie mais aussi de la violence dans l’air et certains moments sont de la veine et de la qualité des spectacles de la grande Pina Bausch, récemment disparue.
  La gestuelle est impressionnante de précision et de sensibilité et, malgré quelques longueurs, le public se laisse vite gagner par ce cocktail aussi brillant qu’explosif de musique disco au second degré, d’images vidéo et de chorégraphies bien réglées. Quant aux  images vidéo d’Alfred mauve et d’Alexis Zitman, qu’elles évoquent la nature ou les rues d’une villes chinoise avec ses enseignes lumineuses, elles remplissent, une fois n’est pas coutume, parfaitement leur fonction.
  Dans une sorte de mise en abyme de l’image qui n’aurais sans doute pas déplu à Vélasquez, il ya des projections vidéo sur la façade de la petite caravane montrant les personnages à l’intérieur. il n’est pas certain que cette sorte de théâtre dansé évoque ici « le nomadisme urbain du XXI ème siècle », ni que cette caravane soit vraiment « le symbole de l’utopie, de la liberté et du transit », comme Inès Boza voudrait nous en convaincre, mais, bon, comme le spectacle est  soigné et que les comédiens danseurs: Sarah Anglada, Iva Horvat, Carlos Mallol, Vivian Calviti et Nei Le Bot sont  tout à fait crédibles, avec leurs costumes façon  Deschiens et leurs perruques insensées, le public est conquis; même si le spectacle avait ramé quand il était joué en plein air à Châlons, sur la scène du théâtre d’Aurillac, le spectacle fonctionne bien.
  Alors à voir ? Oui, sans aucun doute à Aurillac ce samedi soir encore et ailleurs.

Philippe du Vignal

Compagnie Senza Tempo Théâtre municipal 20 h 30.

Aurillac 2009

   image1.jpgLe Festival, toujours cornaqué par Jean-Marie Songy à la tête d’une énorme organisation, fête cette année son 24 ème anniversaire avec une programmation officielle d’une quinzaine de compagnies, dont pour la France et entre autres,  Délices Dada et Kumulus,  maintenant bien connus dans le monde du théâtre de rue et nombre de compagnies étrangères qui sont autant de découvertes souvent fort intéressantes. Les compagnies de la programmation officielle sont rémunérées et prises en charge par le Festival, et certaines bénéficient de l’aide à la création du Parapluie, organisme doté de salles et de moyens propres dépendant du Festival et situé à la périphérie d’Aurillac.   Il y a aussi les compagnies dites de passage- plus de 500- pour la plupart dûment répertoriées dans un épais catalogue- qui s’éparpillent un peu partout dans la ville et ses banlieues, sans aucun soutien financier, souvent pas trop faciles à situer géographiquement… C’est dire que le public va plutôt à la pêche dans les rues et les places de la capitale du Cantal, complètement métamorphosée pour l’occasion: centre entièrement piéton, parcs de stationnement très vite saturés avec navettes gratuites, vigiles aux portes des supermarchés, cars de C.R.S. un peu partout, grade place du Gravier envahi par des restaurants sous tente ( Tex mex, bio, cantaliens  avec faux aligot à la purée déshydratée, merguez frites, etc…) et un marché de fringues africaines et indiennes , bijoux soi disant  orientaux, etc..  Bref, la population festivalière s’est encore accrue cette année avec une arrivée massive de chiens qui n’oublient pas de laisser quelques souvenirs et des boîtes de bières vides un peu partout: la ville est  sale et la Mairie, malgré l’emploi de jeunes chargés de ramasser les déchets, semble avoir bien du mal à contrôler ce phénomène sociologique qui ressemble, en plus petit,à celui d’Avignon.

  Michel Crespin, quand il a été le premier directeur du Festival, n’avait sûrement pas imaginé un tel délire … où le théâtre de rue de qualité semble quelque peu chercher ses repaires. Il y au moins une bonne chose: de nombreux spectacles de la programmation officielle  restent gratuits… à condition évidemment d’arriver à trouver une petite, toute petite place; les marchands de tabourets pliants en toile font des affaires en or..   Pour le reste, tout se passe en fait  comme si les gens venaient se balader dans les rues pour voir comment fonctionnait ce gigantesque bazar où l’on vend même dans ma rue de petits mégaphones pour les imprudents qui auraient oublié le leur et voudraient à tout prix essayer de se faire entendre dans ce  déluge de décibels. » Il n’y aura rien à vendre, dit Jean-Marie Songy dans son édito de présentation, et pas l’ombre d’un cours d’un dieu boursier, rien que de l’humain qui décloisonne et bazarde les lois du silence ».  

  On veut bien, mais c’est oublier un peu vite que toutes les compagnies  sont aussi là  pour essayer de vendre leur spectacle, qu’il se produise  dehors ou dans une salle.Il y a un côté marché des affaires dans tout festival, et c’est normal,mais Aurillac ne pourra pas, à court terme, continuer à vivre à ce rythme s’il veut garder son âme… A quoi sert de  vouloir accueillir plus de 500 « compagnies »  qui, et on est vraiment loin du compte, n’ont peu, et même pas du tout le rôle de « cambrioleur des esprits » pour reprendre l’expression de Jean-Marie Songy, et sont souvent d’un conformisme pathétique..Mais, la marge de manoeuvre est étroite: toute la ville d’Aurillac profite de cette manne financière due à cette afflux brutal de population…

Philippe du Vignal

http://www.aurillac.net/

A tous nos lecteurs du blog

 La fréquentation du blog en juillet  a été aussi importante qu’en juin; Merci à vous de nous avoir suivis.  nous nous mettons en veilleuse pour une quinzaine de jours mais vous aurez des nouvelles en direct ou presque du festival d’Aurillac, et sans doute de celui de Bussang. Bonnes vacances à tous et à très bientôt…

Philippe du Vignal

Danses et identités

 Danses et identités
de Bombaimage.jpgy à Tokyo

  Comme le fait justement remarquer Claire Rousier qui a assuré la coordination de cet ouvrage, que sait-on en France de l’histoire de la danse en Asie et de ses évolutions? Pourtant c’est une lapalissade, il y a bien, comme en Occident, des types de danse tout à fait différents, même si nous connaissons davantage en Europe le butô, quelques danses de cour et les ballets de la Chine maoiste, ce qui est tout de même un peu court. …
  Et ce n’est pas pour rien que le premier texte de cet ouvrage collectif est signé par une danseuse pakistanaise  Sheema Kermanidont le pays a interdit aux femmes de se produire dans les spectacles de danse classique,en public, sur scène ou dans les medias, à cause de la quête d’identité culturelle voulue par le gouvernement  qui s’est méfié de l’art de la danse. Ce que soit dit en passant, n’est nullement condamné par le Coran.  Avec pour ligne idéologique, la religion islamique, et malgré l’influence des  Bhutto, père et fille,  morts assassinés, les arts du spectacle sont considérés comme hautement subversifs au Pakistan. D’autant plus que l’Etat a mis en place une série de lois  contrôlant la vie des femmes, de leur habillement jusqu’à  leur sexualité. Sheema kermani explique qu’elle essaye de remettre en cause les idéologies dominantes d’un patriarcat qui abuse de son pouvoir, l’essentiel étant pour elle de redonner  la vie à des formes anciennes aussi bien que d’en créer de nouvelles
  Il y aussi un chapitre tout à fait intéressant sur la danse contemporaine au Japon, dont on sait toute l’influence qu’elle a pu avoir en Occident et  qui, selon Uchino Tadashi, a été marquée par les années 60 d’abord puis par les années 90; la     première période  post-coloniale où,  rappelons-le, les Japonais explorèrent des territoires neufs comme l’art de la performance,  comme celles de Hijikata dès la fin des années 50. Et c’est la forme de danse dite detarame qui donna naissance au butô.La seconde période qui parait très importante et qui marque aussi un tournant fut celle de la fin des années 90 avec deux catastrophes, un terrible séisme à l’Ouest du pays et l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo, qui eurent des répercussions sur l’ensemble de la vie japonaise. C’est à cette époque que naquit la danse dite contemporaine qui n’appartenait ni au butô, ni à la danse moderne, et que se répandirent les concepts de « subjectivité mince « théorisés par Sakurai Keisuké. Et l’auteur de cet article fait remarquer que cette nouvelle danse, conçue comme exploration du mouvement et du corps, apparait dans une époque de flux , de chaos et /ou de transition sociétale.Le national  semblant totalement absent de cette nouvelle danse, ce qui ne signifie pas, ajoute-t-il, qu’elle ne soit pas nationaliste…
  Sunil Kothari étudie dans un remarquable chapitre la contribution d’Uday Shankar ( le frère du célèbre musicien de sitar)  aux nouvelles orientations de la danse indienne qu’il enseigna et montra aux Parisiens des années 30, puis aux Américains. avant son retour en Inde où il créa un centre culturel dans l’Himalaya, et où il chercha à émanciper la danse indienne, tout en se référant  aux grands maîtres des styles classiques comme le bharata natyam,( étudié dans un autre chapître par Avanthi Meduri) le kathakali, le manipuri ou la kathak. La danse contemporaine indienne se trouve actuellement influencée par les medias électroniques et traverse une phase de mutation comme dans les pays occidentaux mais  revendique son identité.
  Il y a également un article sur le ballet Chinois pendant la révolution culturelle tout à fait précis, et un autre sur l’art de la chorégraphie taïwanaise. Bref , ce livre de témoignages mais aussi de réflexions critiques, permet de mieux aborder la danse sur le continent asiatique et,de voir combien elle a pu jouer sur notre façon à nous Occidentaux de concevoir la danse , mais aussi de mieux percevoir son  évolution pendant la dernière moitié du XX ème siècle. Que l’on soit spécialiste ou non de la danse contemporaine, ce livre permet de faire le point et de réviser bien des idées reçues….

Philippe du Vignal

Editions du Centre national de la Danse

(A)pollonia

  (A)pollonia, texte et mise en scène de Krzysztof Warlikowski. Production du Nowy Teatr de Varsovie.

warlik2030.jpgOn avait  pu voir en Avignon  Hamlet, Kroum, et Angels in America  du metteur en scène polonais qui avait déjà abordé  la question douloureuse des rapports entre son pays  et les Juifs. Krzysztof Warlilowski  a choisi cette fois-ci de faire un montage de fragments d’Euripide (Alceste, Iphigénie à Aulis, Héraclès furieux) et d’Eschyle (L’Orestie)  et, du côté  des textes contemporains,  une pièce inédite A)polonnia de l’auteure polonaise Hanna Krall, des extraits du  roman Les Bienveillantes de Jonathan Littel, et des fragments d‘Elizabeth Costello de John Maxwell Coetzee, qui aborde sans détours la question du meurtre officiel et programmé de millions de victimes animales réclamées par la société contemporaine pour sa nourriture quotidienne.

  Le spectacle débute par la pièce de Rabindranath Tagore, Amal et la lettre du Roi, et il y a aussi et  enfin de petits  textes issus d’improvisations réalisées au cours du travail entrepris par Krzysztof Warlilowski depuis plus d’un an. Ce qui aurait pu être une suite relativement incertaine d’extraits de pièces aussi variées, se révèle être un montage intelligent et rigoureux qui, de toute évidence, a été  longuement mûri, et où rien, dans la dramaturgie,  n’a été laissé au hasard ; Krzysztof Warlikowski avait d’abord suivi des études de philosophie et d’histoire, avant d’aborder le théâtre….Ceci explique peut-être cela. Avec,  comme fil rouge dans (A)polonia, la  longue histoire de meurtres, de sacrifices forcés ou volontaires, de vengeances mais aussi de pardons, avec des victimes par millions, et des bourreaux par milliers,  qui ont toujours cherché à justifier leurs crimes  par des ordres venus de leur hiérarchie , ou bien par la nécessité historique qui a bon dos chez les tortionnaires.

  C’est, revu, par le metteur en scène polonais, dans un mélange de textes, fragments de pièces et discours, un ensemble de crimes et d’exactions impunis parce que sans doute difficilement punissables, que l’humanité s’est offerte depuis sa naissance jusqu’à l’extermination de millions de juifs par le régime nazi… Pourquoi? Bien entendu, le metteur en scène polonais, ne prétend pas donner de réponse. Sur le plateau de la Cour d’Honneur du Palais des Papes, deux sortes de grandes  boîtes vitrées , l’une avec quelques meubles des années cinquante et une moquette mauve comme en voyait il y a a peu dans les pays de l’Est, et une autre absolument vide, juste munie de deux sièges de toilettes et de deux petits lavabos, et un peu plus loin, côté cour,  une grande table ovale de conférence,  une longue banquette-dossier noir et siège rouge- où sont assis trois mannequins de jeunes enfants, sans doute un clin d’œil  à ceux de la célèbre Classe morte de Tadeusz Kantor, le grand artiste polonais.

  Au centre de la scène, un plancher couvert de feuilles d’aluminium brillant où un petit orchestre jouera la musique originale de Pawel Mykietin accompagnant la chanteuse Renate Jennet à plusieurs reprises tout au long du spectacle; dans le fond ,un mur en bois où sont projetées les images vidéos. Le dispositif scénographique de Malgorzata Szczesniak, intelligent, sobre et efficace, contraste admirablement avec la grande façade moyenâgeuse du Palais des Papes. On vous épargnera la description détaillée de ce long spectacle.

  Cela commence par l’histoire d’Amal, contée par Tagore dans Le Bureau de poste: un enfant  confie à sa tante son désir de voyager qu’elle n’approuve pas parce qu’il est atteint d’une maladie incurable; quelques jours après avoir monté  Le Bureau de Poste , les enfants de l’orphelinat du ghetto de Varsovie et leur éducateur Janusz Korczak seront envoyés à Treblinka: ainsi commence  cette première partie du spectacle, qui donne le ton des épisodes suivants: sacrifice d’Iphigénie, consentante et fière, dont le courage tombe au moment de son exécution. Puis, c’est le retour d’expédition  d’ Agamemnon qui fait un bilan chiffré très précis, tiré du roman de Littel, des disparus  de la dernière guerre, expliquant au passage que nous avons tous vocation à être des meurtriers; puis il y a un petit film qui précède le mariage d’Admète et d’Alceste, avec des questions posées aux futurs époux: notamment la plus redoutable: serais-tu prêt à sacrifier ta vie pour moi? Il y aura aussi plus tard l’arrivée d’Oreste chez sa mère Clytemnestre qui lui lit un passage d’un roman d’Andersen La Mère qu’on a trouvé sur le corps d’Agamemnon. On passe ensuite à l’histoire d’Apollon, devenu employé domestique chez Admète et Alceste, les deux protagonistes d’Alceste, formidable tragédie d’Euripide…Héraclès ramènera Alceste des enfers et la rendra à Admète.

  Puis, sans transition autre que celle des chansons et de la musique  (batterie, basses et sinthé), Krzysztof Warlikowski nous plonge dans l’interrogatoire par les nazis d’Apollonia Machzynka , figure remarquable de la résistance polonaise, qui cacha vingt-cinq juifs et qui fut faite prisonnière puis exécutée, parce que son père n’avait pas voulu être tué à sa place..

 Puis, après l’entracte, Elisabeth Costello, seule derrière un pupitre en plastique transparent, donne une conférence sur la faute et la peine, et sur l’impunité, comparant le destin des malheureux prisonniers de Treblinka, au sort des bêtes destinées à l’alimentation. Puis c’est Héraclès qui interroge Ryfka Goldfinger , une femme sauvée par Apollonia ; son fils lit un poème d’Andrzej Czajkowski dont la mère fut une victime des chambres à gaz…Le spectacle se termine par la réapparition d’Elizabeth Costello qui déplore la disparition des petits crapauds qui périssent en saison sèche en Australie.

  Tout au long du spectacle, le passé se bouscule avec le présent, la vie avec la mort,  les humains avec leurs frères animaux dans une espèce de cataclysme  inédit.En parler en quelques pages est forcément réducteur, et ce montage de textes dans ce voyage mythique à travers le XXème  siècle avec une référence permanente au sacrifice consenti ou imposé, au désespoir, à la crainte de la mort, tels que les voyait un  écrivain et dialoguiste tout à fait remarquable comme Euripide, est d’une qualité exceptionnelle. Passé/présent et vie/mort comme  héroïsme/quotidien; guerre interminable avec son cortège d’atrocités en tout genre/paix difficilement acquise au prix de millions de morts; destin personnel/vie et horribles souffrances  du peuple polonais plongé dans le conflit de 1940…

  Quelque soixante ans après, les fantômes de l’effroyable histoire de la Pologne ne cessent de hanter  Krzysztof Warlikowski  qui essaye d’exorciser ce passé encombrant, avec un montage de textes qui se bousculent sans doute mais dont l’unité est indéniable. Musique, chant, texte, dialogues sont en harmonie absolue avec la scénographie, les costumes  et les images vidéo  de visages filmés en gros plan par un cadreur placé sur scène, qui,pour une fois et c’est bien rare, sont absolument justifiées. Et l’interprétation des comédiens du Nowy Teatr, comme la mise en scène et les éclairages de Felice Ross sont de tout premier ordre.

  Là,  Krzysztof Warlikowski, metteur en scène, a fait très fort et on peut aller chercher, il n’y  a pas le moindre défaut dans ce travail d’une exigence et d’une précision absolue.  (A)polonia est un spectacle parfois difficile certes  et sans doute inégal, qui  demande beaucoup au spectateur. Il n’y  pas de différence avec une pièce traditionnelle, prétend Krzysztof Warlikowski. Soit. Mais il  faut quand même  que le public accepte de faire un effort, d’autant qu’il ne connaît généralement pas les fragments d’œuvres qu’on lui propose, et il y a souvent  chez  le metteur en scène polonais un peu de relecture dans l’air!

  Il faut aussi accepter  de regarder  les images qui sont souvent de toute beauté mais, en même temps, essayer d’attraper le surtitrage, puisque le spectacle est joué en polonais. Un aller et retour  loin d’être  évident, mais c’est à prendre ou à laisser. Et dans ce cas, mieux vaut prendre, même si l’on est parfois un peu dérouté par cet ouragan de musique et de paroles trop souvent sous forme de monologue. Sans doute faut-il mieux avoir le petit résumé distribué à l’entrée  (et ce n’est pas le nom des personnages qui est  projeté qui peut vraiment aider à la compréhension des choses,) sinon il y a un côté spectacle pour initiés, un peu agaçant !

  Mais  (A)polonia, même avec ses longueurs,  par la force de son texte et de ses images, finit par s’imposer. Il y a bien une petite hémorragie du public ( une bonne centaine de personnes après l’entracte, ce qui n’est pas grand chose pour la Cour d’Honneur). Et en effet le spectacle est trop long sans doute (quatre heures trente)  et, avant-hier, il ne faisait pas bien chaud vers une heure du matin, ce qui a encore un peu vidé la salle. Mais tout y est tellement beau et fort, que  l’on se laisse vite entraîner par cette réappropriation de la tragédie grecque, qui atteint l’universalité.

  La seconde partie, malgré l’heure tardive, passe très vite. Et les jeunes  gens malheureusement peu nombreux et qui sont souvent réticents  à aller au théâtre au sens strict du terme, ne cachaient pas leur admiration devant un tel spectacle.Alors à voir? Oui, incontestablement mais  vous devez vous armer de patience et si vous n’aimez pas les spectacles longs, celui-ci n’est pas fait pour vous, mais il y en a peu sur la scène européenne qui aient cette dimension et cette intelligence à l’heure actuelle, et (A)polonia devrait encore gagner en force dans une salle fermée…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été créé en mai dernier à Varsovie et a été joué au Festival d’Avignon du 16 au 19 juillet; il sera repris au Nowy Teatr à Varsovie du 9 au 13 et du 14 au 18 septembre. Au Théâtre de la Place à Liège du 29 au 31 octobre puis  au Théâtre National de Chaillot à Paris, du 6 au 12 novembre,au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles du 4 au 5 décembre,  et enfin, à la Comédie de Genève-Centre dramatique du 12 au 15 janvier prochain.

 

Les Dames Buissonnières

Les Dames Buissonnières  de Mariane Oestreicher-Jourdain, mis en scène de Didier Perrier.

image11.jpgCela se passe dans un espace d’accueil  du genre Bureau d’aide sociale.  Quatre femmes sont là,  Coline, Marie, Cathy et Andrée,vêtues de robes ou de pantalon grège, et toutes chaussées de Pataugas. Pauvres, atteintes au plus profond d’elles-même par des problèmes personnels ou familiaux et/ ou de logement et qui  n’ont pas réussi vraiment à remonter la pente… Elles vont vite faire connaissance, d’autant plus qu’elle ont tout leur temps pour parler, puisque, pour une raison incompréhensible, il n’y a personne pour les recevoir. L’une d’elles est enceinte, une autre a une ribambelle d’enfants, une autre encore ne voit plus le sien, qu’en fraude , sans qu’il s’en aperçoive, parce qu’il lui a dit un jour que cela sentait mauvais chez elle.

  Ce sont des « misérables « comme le dit l’auteure,   qui ont décidé de reprendre leur destin en main et de passer la nuit dans ce bureau, et au besoin, d’y faire une grève de la faim ..  Elles vont pendant une heure vingt à la fois nous parler de leur détresse et, en même temps, en ayant l’occasion peut-être unique avant longtemps  pour elles , d’ improviser une petite fête en l’honneur du futur bébé qui s’appellera Victoria.  C’est une sorte de fable contemporaine où les personnages ont une façon dérisoire mais bien à elle sde dire non au malheur et à la  profonde détresse qui continue à les imprégner. Il y a à la fois un fond de désespoir mais aussi une colère que l’on sent monter chez elles face aux puissances administratives qui les broient sans pitié. Elles réussiront quand même, sous l’autorité de la plus âgée , à reprendre conscience qu’elles aussi, même dans leur misère physique et morale,  ont droit à la parole, que c’est un bien inaliénable qu’elles doivent se réapproprier et que c’est grâce à cette parole qu’elles pourront être de nouveau inscrites dans un tissu social, aussi mince soit-il. Au moins, cette convocation  dans un service social aura  eu une utilité , celle de leur redonner espoir ensemble  et  de penser , avec l’appui de chacune d’entre elles , qu’elles ne sont pas seulement des gêneuses mais des être à part entière qui ont des droits, et qu’elles n’ont pas à être ignorées et méprisées par les énarques de tout poil qui sont aux manettes. Le  dialogue est à la fois criant de vérité,mais aussi des plus subtils, doté d’un sous-texte chargé d’émotions. Et comme c’est tout à fait bien dirigé par Didier Perrier, et que les quatre comédiennes- Dominique Bouché, Chantal Laxenaire, Catherine Pinet, Hélène Touboul- font un remarquable travail de création de personnage, le public  est ravi. Malgré une scénographie maladroite et un peu encombrante, le texte   de Mariane Oestreicher-Jourdain passe bien.  Même si les petits monologues/ chansons au micro, qui ponctuent l’action, n’apportent pas grand chose ; la pièce aurait aussi gagné à perdre quelque dix minutes mais ce n’est pas si fréquent d’entendre un texte contemporain de cette qualité; difficile en effet de ne pas être aussi simple,  aussi près des réalités les plus quotidiennes sans être jamais vulgaire, avec une certaine distance entre le propos et une langue qui dénonce  les choses sans pathos inutile mais avec efficacité. L’auteure comme le metteur en scène ont visé juste.
Certes, l’on ne peut être dupe, et Mariane Oestreicher-Jourdain ne l’est  pas : le théâtre- y compris celui d’agit-prop- n’ a jamais réussi à réformer une société mais s’il peut, à la mesure de ses moyens , aider  à éveiller les esprits, ce n’est déjà pas si mal. Et que la Région Picardie, qui, elle aussi, doit compter ses petits sous, crise oblige, ait choisi d’ aider ses compagnies  à venir en Avignon, sur le plan logistique,  comme l’ont aussi fait d’autres grandes régions françaises, cela correspond à une politique culturelle responsable et intelligente.. . Cela permet  que tout le monde puisse aller à la rencontre de ce type de spectacles dans le Festival Off qui, d’année en année, grignote des parts de marché: bien des spectacles sont sans grand intérêt, c’est incontestable mais celui- ci   fait partie  des meilleurs, disons même d’une certaine aristocratie , celle d’un in dans le off, et dans des conditions exigeantes qui n’ont rien à envier à celle d’un théâtre en ordre de marche d’une ville française: salle correcte, scène de bonnes dimensions et  bien équipée, accueil sympathique … Que demande le peuple? Qu’il soit repris à  Paris assez vite…
Alors à voir? Oui, sans aucun doute.

Philippe du Vignal

Espace Alya  31 bis rue Guillaume Puy, à 18 h 45; il y a un autre spectacle de la même auteure , Ecoute un peu chanter la neige, également mis en scène par Didier Perrier  au Ring 13 rue Louis Pasteur, que nous n’avons pas encore pu voir.

Une journée en Avignon à l’écart du bruit et de la fureur….


 Une journée en Avignon à l’écart du bruit et de la fureur....

avlgnonn007.jpgD’abord à 11 h 30, la grand messe ,disons pour faire court, des Syndicats  et organisations syndicales du Spectacle dans la Cour du Palais des Papes, avec sur la scène le décor d’Apollonia mise en scène de Warilowski que nous irons voir ce soir, et dans les gradins aux trois quarts pleins- soit un millier de personnes, des comédiens, techniciens , quelques figures poltiques dont François Parly, mais aussi de très nombreux directeurs de lieux, y compris Hortense Archambault, directrice avec Vincent Baudriller du Festival d’Avignon, tous inquiets et à juste titre pour l’avenir de la profession du spectacle vivant en France. François Le Pilouer , directeur depuis déjà longtemps du Théâtre National de Bretagne a  d’abord rappelé  avec calme mais fermeté que les trop fameux entretiens dits de Valois, du nom de la rue où officie désormais Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture,avaient été porteurs d’espoir mais qu’ils avaient  finalement  accouché d’une souris.

  En attendant, l’on voit bien qu’effectivement , l’engagement de l’Etat s’effrite  de tous les côtés.  Mais François Le Pilouer a aussi reconnu l’habileté de ce gouvernement à faire passer les pilules amères; le secrétaire adjoint de la CGT pour le personnel du Ministère a dénoncé toute la malfaisance de la RGPP , sigle devenu maudit ( Réduction  drastique des dépenses…) Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point à Paris a mis en garde contre les ouvertures rapides qui sont, a-t-il dit dans un raccourci, autant de fermetures éclair. Ce qui est loin d’être faux!

  Les intervenants ont aussi rappelé avec raison que 80% de la profession gagnait  1, 3 SMIC, qu’un tiers de la profession avait été sortie du régime des intermittents du spectacle, et qu’enfin 1% seulement des intermittents ( les mieux rémunérés évidemment) se partageaient 25 % des indemnités de chômage…. Emmanuel Wallon, professeur d’Université, dans un très court exposé aussi brillant que concis, a fait remarqué qu’il ne pouvait y avoir d’appel à l’Etat qui ne soit aussi  un appel au peuple, et que le gouvernement était   pour le moment ,  passé en force, parce qu’il avait réussi à gagner l’opinion publique., et qu’il fallait donc réfléchir d’urgence à la nature des ripostes et  à recréer un univers de mobilisation générale .

  En effet, comme l’ont rappelé plusieurs intervenants,  de nombreux lieux de spectacle vivant étaient  devenus pauvres, voire exsangues, y compris  certains des plus prestigieux… Il faut tout de même remarquer que, les centres dramatiques et chorégraphiques importants, même s’ils ont dû rogner sur leurs dépenses de personnel, ont quand même en général un niveau de vie que peuvent leur envier bien des compagnies indépendantes qui ne savent même pas de quoi leur avenir est fait.P

 Puis François Le Pilouer a demandé que la salle vote pour l’élaboration d’un loi d’orientation spécifique à la profession du spectacle vivant, ce qui fut fait à l’unanimité moins trois abstentions, pour servir à la fois à des créations d’emplois, à la mise en place de contrats plus longs, et à des augmentations de salaires, et que soit mis d’urgence aux oubliettes cette espèce de monstre mis en place par les amis de M. Sarkozy, sorte de comité d’experts nationaux qui déciderait des grands axes de la création artistique, coiffant ainsi au poteau à la fois les différents structures nationales , notamment les directions régionales des affaires culturelles mais aussi les instances ministérielles. Bref, hier dans la grande cour du palais des Papes, il y avait , enfin, comme le commencement d’une véritable prise de conscience de la situation et de la nécessité d’une  d’unité.

  Le Festival d’Avignon , on l’oublie un peu trop souvent, est aussi un formidable lieu de rencontres professionnelles, tous genres confondus et une chambre d’écho  efficace.Un appel a été lancé pour un grand rassemblement le 21 septembre. A suivre donc…Frédéric Mitterrand aura ainsi l’occasion de mesure l’ampleur du travail qui l’attend; en tout cas, une chose est certaine: la France de la Culture est, elle aussi, entrée dans l’ère de la récession. Bienvenue dans le club….

Philippe du Vignal

Hommage à André Benedetto

Sur la Place des Carmes où est situé son théâtre qui était noire de monde, a eu lieu la cérémonie d’adieu à celui qui fut le premier créateur d’un spectacle off en 1967 ;  le Corse Jean Guérini, avait envoyé un message  émouvant qu’a très bien lu un petit garçon, où il rappelait que ce poète engagé avait aussi accueilli nombre de troupes étrangères dans son théâtre, à une époque où la chose ne passait pas pour évidente.

  Greg Germain , comédien des Caraïbes et directeur de la Chapelle du Verbe incarné, a magnifiquement lu un court poème de Derek Walcott, et a évoqué ses premières rencontres avec Benedetto, ses colères magistrales et sa générosité . Beaucoup d’autres, dont son frère René qui joua aussi dans ses spectacles , ses enfants, petits enfants ont rappelé  le père et le grand-père qu’il avait été, l’homme qui n’avait rien à faire d’une quelconque carrière et  était resté ancré à Tavel comme en Avignon, et n’avait pas cherché à monter à Paris, comme on disait alors. Il y avait aussi sa famille théâtrale: ses comédiens d’abord:  Hélène Raphel et Ludivine Bizot, qui jouent  dans La Sorcière ,  son scénographe Claude Djian, Guy Lenoir, le metteur en scène bordelais qui était à ses côtés depuis tant d’années,et qui rappela qu’il avait reçu généreusement les comédiens de Tananarive et d’Afrique dans son théâtre, Philippe Caubère , comédien et ami de toujours, Clémence Massart, comédienne qui a joué à l’accordéon et à la trompette Le temps des Cerises, Ernest Pignon-Ernest, peintre maintenant renommé , qui fit le décor d’Emballage en 69, Melly Puaux, l’amie et la veuve de Paul Puaux qui succéda à Jean Vilar à la tête du Festival, Jean-Pierre Léonardini, le critique théâtral de L’Humanité, Viviane Théophilidès, comédienne. …

  Tout le monde était bien triste. Mais au moins, comme disent les paysans, le poète et metteur en scène n’est pas parti tout seul, et c’est bien que ,loin du bruit et de la fureur, les quelques centaines d’amis qui, sans doute , ne l’avaient pas tous vraiment connus de près,  aient ce vendredi , le matin devant le Palais des Papes et le soir Place des Carmes aient pris de leur temps pour aller le saluer une dernière fois. C’est en tout cas, encore une page de l’histoire de ce Festival qui se tourne, et André manquera aux siens d’abord et au paysage avignonnais. Chaque fois que nous passerons Place des Carmes, une chose est sûre, nous aurons maintenant et plus qu’avant, une pensée pour lui.

 

Philippe du Vignal

Ph. du V.

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