La Star des oublis

La Star des oublis d‘Ivane Daoudi mise en scène de Jean-Damien Barbin

 

.Ivane Daoudi est un auteur dont le nom ne dit rien aux jeunes générations. Elle avait écrit une dizaine de pièces,  (qui ne furent pas beaucoup jouées mais dont l’une pourtant Le Chant du départ  fut montée au Théâtre de la Ville par Jean-Pierre Vincent),  avant de disparaître en 1994 à 48 ans.  Elle écrivit aussi pour le cinéma et la télévision.Jean-Damien Barbin met en scène cette Star des oublis autrefois mise en scène  aussi par Hélène Vincent. Il s’agit de deux jeunes femmes assises dans un cinéma après la projection de Shangai Express de Joseph Von Sternberg; elle sont seules dans le noir. Il semble qu’elles ne se connaissent pas mais elles sont très vite comme aimantées l’une par l’autre. Elles sont profondément seules, c’est sans doute ce qui les réunit  aussitôt, et  rêvent de partir pour un ailleurs, pour un voyage de rêve- lequel elles ne le savent pas trop- mais un ailleurs qui passe aussi par la séduction immédiate  des corps.
Ada est violente
photostardesoublis1.jpg et dure,  profondément séductrice jusqu’à la perversion, et Cherry affiche le désir infini de se laisser séduire, même si elle sait probablement qu’elle en sera la victime consentante. Cela se passe dans une chambre d’ hôtel juste figurée par un praticable où l’on accède par un escalier de quelques marches qui se déploient et par un grand éventail de plastique rouge dans le fond. Juste ce qu’il faut pour évoquer cet univers glauque où elle sont plongées toutes les deux. dans ce cas, plus la passion se développe, plus règne l’envie irrésistible de tuer l’autre comme suprême accomplissement du destin. Aucune autre issue, on le pressent,  une fois leur passion amoureuse portée au zéntih et consommée. Ce qui évidemment ne tardera pas…
Jean-Damien Barbin-par ailleurs professeur au Conservatoire a dirigé ses deux comédiennes à leur demande  avec une maîtrise et une précision remarquable, jusque dans les silences..En évacuant tout réalisme, et c’est bien ainsi. Daphné Barbin et Alexandra Cahen ont une présence scénique indéniable et sont parvenues à rendre crédible cette rencontre amoureuse qui tournera au meurtre qui tient presque d’ un rituel. Il faut évidemment être sensible à l’univers d’Ivane Daoudi, ce que nous ne sommes pas beaucoup.  Reste un travail d’interprétation et de mise en scène de grande qualité assez rare dans le off pour être signalé.

Philippe du Vignal

Théâtre La Luna à 12h 35,  1 rue Séverine jusqu’au 31 juillet.


Archive de l'auteur

Le Suicidé


Le Suicidé
de Nicolaï Erdmann, mise en scène de Patrick Pineau.

Nicolaï Erdmann est un écrivain russe  (1902-1970) qui connut un grand succès avec Le mandat mais sa seconde pièce Le Sucidé, malgré le soutien de Meyerhold et de Boulgakov fut interdite quelques jours avant la première sur ordre du pouvoir stalinien. Erdman fut condamné à l’exil et ne vit jamais sa pièce représentée; c’était une satire virulente contre le régime soviétique qui tient à la fois de la farce et de la comédie…
C’est l’histoire de Semion Semionovitch qui a, une nuit une petite fringale, et veut manger un peu de saucisson de foie et éviter une scène de ménage.Il est en effet au chômage et culpabilise que ce soit sa femme, Maria Loukaniova qui le nourrisse. Mais  Maria  et sa mère pensent qu’il est dépressif et au bord du suicide. Elles vont donc rameuter  son voisin et ses amis pour le retrouver et l’empêcher de passer à l’acte et lui, petit homme assez falot, va tout d’un coup se retrouver au centre de l’attention de son entourage. La formidable machine  s’enclenche alors et Sémione pense alors qu’il vaut mieux qu’il disparaisse de façon à pouvoir continuer à exister aux yeux des autres.
Quand tout le monde le croira mort à la suite d’une mémorable cuite à la vodka, le voilà qui surgira de son cercueil au grand effroi de ses proches. Le texte est plein de trouvailles savoureuses du genre:  » Ce qu’un vivant tait, seul un mort peut le dire » ou « Plus que jamais, nous avons besoin de défunts idéologiques ». » On s’accoutume et pan! Le socialisme arrive! « . « Je regarde Paris d’un point de vue marxiste ».
Et l’on voit Sémione appeller le Kremlin avec cette phrase que n’aurait pas désavoué Pierre Dac:  » Quand un colosse appelle un colosse » et il déclare tout de go: « Eh! Bien oui, Marx ne m’a pas plu  » Il y a aussi nombre de parodies de  discours pontifiants: aucun doute là-dessus:  Erdmann,  comme Gogol qu’il admirait beaucoup, savait observer et écrire des dialogues à la fois absurdes et du plus haut comique, où il montre la vie des humbles pris dans un tourbillon personnel et politique dont ils n’arrivent pas à sortir. Les dialogues sont d’une écriture très précise et parfois cinglante qui peuvent devenir un délice pour une bande de comédiens  comme celle que Pineau a entraînés dans ses aventures depuis une bonne dizaine d’années: entre autres Anne Alvaro, Syvie Orcier, Aline Le Berre , Hervé Briaux…
Reste à savoir comment monter ce Suicidé  aujourd’hui quelque 80 ans après qu’Erdmann ait écrit la pièce. Patrick Pineau qui joue le rôle-titre avec bonheur, l’a mise en scène un peu comme une farce délirante, ce qui semble juste.Le spectacle a du mal à démarrer et à trouver son rythme exact, sans doute à cause de la scénographie de Sylvie Orcier. Côté jardin de cette immense carrière: splendide lieu-culte du festival depuis la création du Mahabharata par Brook, un grand mur gris sinistre surmonté de lampadaires fluo blanc évoque très bien cette société dure et sans grande perspective d’avenir pour l’individu embrigadé de force dans le grand rêve socialiste.
Au milieu de la carrière, il y a  des sortes de blockhaus gris qui vont se révéler être de  toutes petites pièces: la chambre de  Sémionov au papier peint vieillot et,  juste à côté, le ridicule salon de son voisin où se jouent une bonne partie de l’action.
Mais il y a une singulière disproportion- sans doute voulue par Sylvie Orcier qui a aussi assuré la scénographie- entre l’espace de jeu possible et celui où l’on joue réellement; l’on se demande ce que le public perché en haut des gradins de l’autre côté peut bien voir… Patrick Pineau a-t-il vraiment demandé à travailler dans cette carrière? Mais, ce n’était, en tout cas, pas l’idée du siècle en ce qui concerne les scènes d’intérieur. Pour les deux derniers actes avec notamment les scènes d’enterrement, jouer dans ce grand espace prend alors tout son sens, et le cortège  derrière le cercueil avec un prêtre (excellent Louis Beyler) qui se dandine en balançant son encensoir est une belle trouvaille. Et l’on sent que les vingt comédiens et musiciens ont un réel plaisir à jouer et à faire de la musique ensemble.
Alors à voir? A vous de voir…On est un peu déçu mais c’était inévitable: la pièce n’est pas vraiment faite pour un endroit aussi magique mais terriblement contraignant, et  le spectacle ne pourra  prendre tout son sens que sur une scène de théâtre…

Philippe du Vignal

Carrière Boulbon ( avec navette devant la Poste jusqu’au 15 juillet).
Ensuite à partir du 17 novembre: à Bourges, Chambéry, Lausanne, Grenoble, Villefranche, Bobigny, Sénart, Châtenay-Malabry, Evry, Tremblay-en-France, Le Havre, Lille, Lyon, Nantes, Perpignan, Miramas et Châteauvallon.


Image de prévisualisation YouTube


La paranoïa

Festival d’Avignon

La Paranoïa de Rafael Spregelburd, traduction de  Marcial Di Fonzo Bo et Guillermo Pisani, mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo
paranoia.jpgLa pièce est le sixième volet de ce que  l’auteur nomme son Heptalogie; c’est une sorte de comédie où la science-fiction a la part belle, c’est à dire qu’on est transporté dans quelques millénaires,avec ce que cela peut comporter d’inquiétude métaphysique. Mais il y a aussi un faux vrai polar; l’action toute entière a lieu sur un plateau tournant, dont les châssis qui le ferment, servent aussi à la projection de courtes séquences filmées qui s’intègrent à l’action scénique.
C’est souvent assez drôle et Marcila Di Fonzo Bo  fait flèche de tout bois, tournant certaines de ces séquences dans le sous-foyer et le très long escalier roulant du Théâtre national de  Chaillot, le premier à avoir été installé dans un théâtre français…
Le point de départ du scénario est simple: quelques personnes sont obligées par des extra-terrestres qui les dominent complètement de leur offrir une œuvre de fiction dont ils se disent dépourvus, puisque seule la planète Terre est le seul fournisseur possible. Les pauvres terriens n’ont aucun choix possible puisque, sinon, ces méchants dominateurs détruiront leur planète.
Mais Rafael Spregelburd traite cette fable avec beaucoup d’humour: les petites scènes se succèdent à toute vitesse, sans que l’on s’y retrouve toujours bien, le délire et le non-sens étant au rendez-vous
mais qu’importe,  et il entremêle, avec une habileté et un sens de la parodie remarquables, la fiction dans la réalité, ou la fiction dans la fiction. Les phrases absurdes se succèdent et Spregelburd emmène le public vers une réflexion sur le théâtre. C’est une sorte de jeu intellectuel brillant dont Marcial Di Fonzo Bo  se régale avec gourmandise. Mais l’auteur tire un peu à la ligne  comme souvent quand il s’agit d’univers parodique, et on se dit que  le metteur en scène qui dirige superbement ses comédiens, aurait pu écourter un peu ces deux heures quinze qui pèsent un peu sur la fin.
Alors à voir? Oui,pourquoi pas, mais sans vous attendre cependant à quelque chose d’exceptionnel.

 

Philippe du Vignal

Salle de spectacle de Védène: encore, le 14 à 22 heures et le 13 et 15 à 14 h 30. Navette juste à gauche à l’intérieur des remparts en regardant la gare.

Le texte est publié chez L’Arche Editeur.

Au moins j’aurais laissé un beau cadavre

aumoins.jpgFestival d’Avignon

 

Au moins j’aurais laissé un beau cadavre, d’après Hamlet de Shakespeare, adaptation, mise en scène, conception visuelle et scénographique de Vincent Macaigne. 

 

Vincent Macaigne avait déjà commis un Idiot d’après Dostoievski en mars 2009 au Théâtre national de Chaillot ( voir le Théâtre du Blog); le jeune metteur en scène s’était fait remarquer par une utilisation massive de pseudo-sang, peinture et vrombissements électroniques insupportables à l’oreille humaine.
Cette fois-ci, Macaigne  a « adapté » comme il dit, la pièce culte du théâtre occidental.   Cela se passe dans le mythique Cloître des Carmes qui accueillit l’an passé la grande Angelica Liddell avec son formidable spectacle La Maison de la force, révélation du dernier Festival. « Animé, nous dit la feuille programme, par la farouche volonté de faire entendre la voix du théâtre dans un monde en crise, le comédien Vincent Macaigne est devenu metteur en scène pour s’exprimer sur un plateau transformé en champ de bataille des corps et des idées » (sic) avec « une débauche d’artifices revendiqués et magnifiés » (sic).
Pas prétentieux pour un centime d’euro, le Macaigne! Mais au fait, que voit-on sur ce plateau des Carmes? En fond de scène, quelques drapeaux  danois  et français, des distributeurs de boissons et des réfrigérateurs, des trophées de chasse accrochés aux murs, une longue table nappée de blanc avec des coupes de fruits et des bouteilles. Côté jardin, une sorte d’harmonium blanc auréolé de guirlandes lumineuses. Côté cour, une vitrine avec un squelette humain, et une autre plus basse, remplie de crucifix,petites statues de saintes vierges, tableaux religieux, etc… Sur une pelouse en mauvais état, une grande bâche blanche chiffonnée, et en bord de scène, une tombe avec une croix, pleine d’une eau boueuse rougeâtre où surnage le corps du papa d’Hamlet. Il y a aussi deux  couronnes mortuaires et de gros bouquets de fleurs artificielles. Et des vapeurs d’encens d’église. Sur le dessus du cloître, que les comédiens rejoignent par une escalier métallique en spirale,une sorte de grand préfabriqué blanc rempli de vieux cartons en vrac, doté de grandes baies vitrées avec stores coulissants. Aucun doute: quand on entre  dans le cloître, tout ce fatras kitsch , pourrait être rangé dans la catégorie « installations », et figurer dans quelque musée d’art contemporain.
Ce que l’on voit ensuite est plutôt pathétique, et dans la droite ligne d’Idiot. On invite  les spectateurs qui arrivent à monter sur scène pour danser et chanter, histoire de se les concilier? Comme dans un club de vacances! Le ton est donné, dans le style facile et racoleur:  les huit acteurs se débrouillent comme ils peuvent mais, reconnaissons-le, plutôt pas mal,  même quand Macaigne, qui doit penser naïvement que c’est tout nouveau et provocant,  les fait jouer nus, pour donner vie à ce texte, inspiré par celui de Saxo Gramaticus, le premier auteur de cette chronique danoise du 12 ème siècle, vite et mal écrit, et agrémenté  de courts extraits d’Hamlet.
Mais  ce bricolage est   d’une rare vacuité (Macaigne au moins ne se fait pas trop d’illusions sur ses qualités) et se complaît dans la parodie, l’anachronisme vulgaire , et le « théâtre dans le théâtre » le plus facile, du genre engueulade avec les techniciens auquel personne ne peut croire un instant: « Tu fermes ta gueule tout de suite, c’est mon texte », ou conseil aux comédiens: « Sois précis:ils ont payé 27 euros ». Ah! Ah! Ah!… Et il faudrait compter le nombre de fois où les personnages disent merde. Evidemment laminés, ils  ne sont plus que des avatars de ceux de la célèbre pièce.
Bien entendu, tous tombent, retombent à un moment ou à un autre dans la tombe, y pataugent et en ressortent pleins de boue, habillés ou nus. Même si Jacques Livchine ( voir commentaire) qui dit s’ennuyer à tant de spectacles de l’institution théâtrale, trouve cela génial….Il nous permettra de n’être pas du même avis.Il y a aussi pour ceux nombreux parmi nos lecteurs que cela intéresse, de nombreux jets automatiques de serpentins.
Les acteurs courent sans arrêt dans les gradins, et Macaigne a fait d’Ophélie  une  demeurée, et  d’Hamlet un  pauvre benêt: l’excellent comédien Pascal Réneric essaye de lui donner une consistance et monte aux créneaux pour remplir le vide abyssal de cette mise en scène qui n’échappe à aucun stéréotype du théâtre contemporain; bien entendu, on a  droit à de la musique d’opéra, à une découpe de métal à la tronçonneuse,  et à des jets de  bouteilles de faux sang prises dans des petites caissettes, (merci M. Brecht!), histoire de faire bien comprendre à ce demeuré de public- dont le premier rang est protégé par des plastiques bleus- que l’on est bien au théâtre, et pas dans la vie réelle.
Vous avez dit lourdingue? Le théâtre a-t-il besoin de cette débauche de moyens? Au fait, combien de fongible par soir, M. Macaigne?   Il y a quand même un beau moment, mais qui, là aussi, appartient davantage à une installation: on gonfle dans le noir, la grande bâche blanche qui se déplisse lentement et un château médiéval surgit, château dont le sol sera bientôt inondé de jets de sang…Le public applaudit comme à un tour de magie.
A la fin-encore un symbole?-les personnages couverts de sang  se tassent les uns contre les autres dans un grand aquarium, ce qui donne une belle image comme l’est aussi ce tas de détritus et de vieux cartons jetés par les baies du praticable, et couvert de brume…Le spectacle tient quand même  de la mauvaise bande dessinée pipi/caca/boudin, même si Macaigne réussit  à en maîtriser à peu près le rythme. Cela dit, après quatre heures, on sort de là mal nourri, déçu et étonné que ce  spectacle, complaisant, peu exigeant et qui, à lire Macaigne, a quand même de sérieuses prétentions, ait pu être accueilli au Festival. Saluons quand même le travail des comédiens sur le plateau (Thibault Lacroix qui faisait partie d’ Idiot a préféré partir et on le comprend) mais aussi des techniciens qui doivent refaire la mise pour le lendemain et nettoyer les costumes.
Au moins, Macaigne aura fourni du travail aux intermittents et les Assedic peuvent lui en être reconnaissantes! Pour le reste, autant en emporte le vent… Tout le monde n’est pas Angelica Liddell…   Et le public?  Une petite partie des spectateurs-et le plus souvent des jeunes gens- lasse de ces effets à répétition, a vite déserté, ce qui est rassurant, et le reste du public est resté jusqu’au bout, mais a applaudi mollement.
Logique: le petit magasin Macaigne, fondé sur l’énergie de jeunes comédiens et la provocation facile, a ses limites. Cela dit Macaigne sait faire les choses et pourrait très bien  quand il se sera un peu calmé et aura viré sa cuti, diriger une revue de music-hall mais très franchement, ce spectacle ne laissera pas une trace indélébile dans le théâtre contemporain.
Enfin, si le cœur vous en dit!

Philippe du Vignal

Cloître des Carmes jusqu’au 19 juillet (sauf le 14).

Maldito sea el hombre que se confia en el hombre

angelicaliddell1.jpgFestival d’Avignon

 

Maldito sea el hombre que se confia en el hombre: un projet d’alphabétisation, texte, mise en scène, scénographie et costumes d’Angélica Liddell.

 

En vitesse parce que les spectacles longs se succèdent aux spectacles longs , et il ne reste pas beaucoup de temps pour en rendre compte mais on y reviendra la semaine prochaine. Nous vous avions parlé l’an passé de cette Maison de la force, magnifique travail de la metteuse en scène espagnole; elle revient avec Maudit soit l’homme qui se confie en l’homme: un projet d’alphabétisation. Avec un titre emprunté à la fameuse phrase du livre de Jérémie.
Il s’agit,  là encore, d’un exorcisme où chaque lettre de ce drôle d’alphabet: Loup, Violence correspond à une idée d’agression et où plane la méfiance. Angelica Liddell dénonce avec rage le mal et l’humiliation que l’homme inflige à se proches. Alors autant, dit-elle,  détruire la famille et elle se réjouit qu’un accident de voiture en tue tous ses membres, de façon à ce qu’ il n’ y ait pas de mariage et qu’enfin cette chaîne de malheur soit coupée.
Les images sont sans doute un peu moins fortes que celles de La Maison de la force qu’abritait le somptueux cloître des Carmes, encore que… mais le texte possède un style et une pensée incomparables dans tout le théâtre contemporain. Eh! Bien!  Qu’est-ce qui vous prend du Vignal, toujours à faire la fine bouche? Si, si, allez y  s’il reste encore des places et vous verrez… Quelle intelligence du dramatique, quel sens de l’espace, quelle direction d’acteurs! Et cela, malgré l’indispensable surtitrage, le texte est là: imposant, dur et cassant.  » Je n’ai pas connu un seul enfant qui soit devenu un bon adulte ». Et il y a encore des phrases plus cinglantes .
Visiblement,  Angelica Liddell a encore des comptes à régler avec la société, la famille, le sexe et en particulier avec l’homme ou les hommes qu’elle a aimés. On vous en reparle plus longuement. Mais si vous êtes en Avignon, ne ratez surtout pas ce spectacle.

 

Philippe du Vignal

 

Salle de Monfavet à 17 heures jusqu’au 13; relâche le 11. Navette contre les remparts à gauche en regardant la gare.

 En tournée: le 6 janvier 2012 si vous avez le bonheur d’habiter Pau ou ses environs.

Jan Karski

 

Festival d’Avignon

Jan Karski ( Mon nom est une fiction) d’après Jan Karski , roman de Yannick Haenel, mise en scène d’Arthur Nauziciel.

 

 nauzycielkarski21024x682.jpgOn se souvient peut-être de la petite tempête médiatique qui avait suivi la parution du livre en 2010, quand Claude Lanzmann, le réalisateur de Shoah (1985) l’avait vertement critiqué. Yannick Haenel y  fait revivre ce catholique polonais, de son vrai nom : Jan Kozielewski, mort en 2010, après avoir été fait citoyen américain. » Je suis un catholique juif « , disait celui qui, mobilisé en 39-il avait 25 ans- fut fait prisonnier par les Russes, mais qui réussit à s’évader et à entrer dans la résistance polonaise; il fut ensuite torturé par les nazis, mais s’échappera encore.
Karski eut alors comme mission du gouvernement polonais en exil d’aller avertir les Anglais puis les Américains, des atrocités qui se passaient  dans son pays. Pour en témoigner, il pénétra dans  le ghetto de Varsovie  où ses habitants essayaient de survivre dans des conditions atroces: peur, froid, famine, et cadavres nus (les familles récupéraient leurs vêtements!) qui encombraient les trottoirs!
Ensuite Karski, grâce à des complicités et en soudoyant des gardiens lettoniens qui lui prêtèrent un uniforme, réussit à aller dans un camp d’extermination. Et les images d’enfer sur terre qu’il y  vit le poursuivirent à jamais. Restait à apporter son témoignage aux plus hautes instances de l’Etat américain (dont F. D. Roosevelt): politiques, religieuses, médiatiques, hauts responsables juifs compris,  qui se refusèrent à le croire, alors que, prétend Haenel, ils étaient, grâce à leurs services secrets, bien informés de la situation mais  s’intéresser vraiment au  sort de ces malheureux juifs de Pologne et des autres pays occidentaux, leur aurait singulièrement compliqué la vie…
Comme le dit Haenel, ils pouvaient remercier Hitler de  les avoir exterminés au lieu de les expulser, sinon ils auraient dû les accueillir comme réfugiés, ce qu’ils ne voulaient pas  et,  par ailleurs, ils n’avaient pas du tout l’intention de se fâcher avec Staline, le bon petit père des peuples  qui n’hésita pas, entre autres, à faire exécuter quelque 12.000 officiers polonais. Mais le roman de Haenel n’a pas eu le don de satisfaire les historiens spécialistes de la Shoah…
C’est donc cette tragédie que raconte le livre en trois parties: d’abord les paroles de Karski quand Lanzmann l’avait fait parler dans Shoah. Le second chapitre est un résumé de l’ouvrage de Jan Karski, Story of a secret state, qui fut traduit en français dès 48. Quant au dernier chapitre écrit par Haenel qui en revendique absolument l’écriture, il reprend certains éléments de la vie de Jan Karski, déjà racontés par E. Thomas Wood et Stanislaw M. Jankowski. Ce qui n’a pas du tout plus à Claude Lanzmann…
Arthur Nauziciel dit simplement et il a sans doute raison que ce roman « ne raconte pas la shoah mais apporte un témoignage ». Comme le  dit Hanna Arendt:  » Cela ne devait pas arriver. Il est arrivé quelque chose avec quoi nous ne pouvons nous réconcilier. C’est ce que Yannick Hanenel dit d’une façon qui m’a touché et que j’ai envie à mon tour de faire entendre. A mon sens, c’est dans la transgression que propose cet auteur qu’on pourra réinventer quelque chose qui permettre une nouvelle transmission ».
Arthur Nauziciel à 40 ans déjà, s’en inquiète d’autant plus qu’il  sait  de quoi il parle, puisque certains des membres de sa famille furent des victimes de la Shoah et que son grand-père fut l’un des rescapés de Birkenau… Reste à savoir comment on peut s’y prendre théâtralement parlant. Arthur Nauziciel a suivi le plan du roman et a construit sa mise en scène en trois temps: sur la scène nue, juste une photo en gros plan du visage de la statue de la Liberté, et à cour, deux fauteuils, une table basse et une caméra d’époque aux pieds de bois. C’est Nauziciel qui raconte d’abord  l’entretien entre Haenel et  Lanzmann, et c’est aussi agaçant que,quand un(e) ami(e) vous détaille en prenant son temps le dernier film qu’il/elle a adoré… Mais la vérité oblige à dire que Nauziciel est comme absent et pas du tout convaincant… ce qui mine le spectacle dès le début.
Pourquoi ne pas avoir présenté alors un extrait de Shoah? Lanzmann a-t-il refusé? La seconde partie est un récit en voix off,  dit par Marthe Keller, des atrocités commises par les nazis sur les juifs polonais. Sur fond de plan du ghetto-l’image est sans cesse déplacée-conçue par le vidéaste polonais Miroslaw Blaka. Cela fait un peu beaucoup art conceptuel et n’a pas bien sa place ici. Le récit est poignant dans sa sobriété et dans sa précision mais quand même bien long. Quant à  la dernière partie , c’est  un-trop long-monologue dit par Laurent Poitrenaux qui, dans une sorte de ressassement, reprend le récit des atrocités et de l’extermination radicale sans état d’âme, programmés et perpétrés par des officiers allemands  telles que les a imaginées Haenel. Cela se passe dans un lieu que l’on peut identifier comme un couloir de la Maison Blanche absolument sinistre, juste éclairé par un lustre et des appliques: on ne comprend pas très bien pourquoi les portes des bureaux ne sont pas verticales, sans doute à cause de le pente du plateau? Mais bon…
Il faut ici saluer l’interprétation et la performance de Laurent Poitrenaux qui incarne Jan Karski avec beaucoup de nuances. A la fin, Alexandra Gilbert arrive en peignoir; c’ est  comme une image de l’épouse juive de Karski-dont la famille avait péri dans les camps de la mort- et que Karski avait rencontré  en la  voyant dans un spectacle à Broadway; elle danse un solo presque au sol.
Mais presque trois heures,  dont la moitié aurait pu sans aucun dommage collatéral nous être épargnée,s e seront écoulées depuis le début du spectacle! qui, de plus, commence en retard. Disons que, si l’on est sensible à la démarche de Nauziciel, il a quand même eu tendance à se faire plaisir, et  sa dramaturgie, simple démarquage du roman, reste faiblarde; désolé, il aurait fallu un peu plus d’imagination… Et, dans cette troisième partie, le décor imposant de  ce couloir -de la Maison Blanche?-était-il vraiment nécessaire?
Sur un thème proche , Jacques Livchine, avec Terezin, une évocation du fameux camp d’artistes juifs, avait beaucoup mieux réussi son coup, et avec peu de moyens… Alors à voir? Faites comme vous le sentez. Pas mal de gens sont sortis de la salle pas très pleine mais les applaudissements étaient sincères. Très franchement, Arthur Nauziciel avait fait mieux avec Ordet,  ou Julius Caesar l’an passé… On comprend que le public ne se  précipite pas… alors que le spectacle a débuté déjà depuis quelques jours.

 

Philippe du Vignal

 

 Opéra-Théâtre, jusqu’au 16 juillet. A 18 heures ; le 14 juillet à 15 heures. Tél. : 04-90-14-14-14.

 

Le roman  de Yannick
Haenel est publié che Gallimard « Folio », 192 p., 5,70 €

 24 heures pour Jean Vilar

Courtes

Festival d’Avignon

 

Courtes de Jean-Claude Grumberg ,mise en scène d’Antoine Chalard.

 

courtes3.jpgC’est aussi Antoine Chalard qui a mis en scène cet ensemble de courtes scènes extraites  de Les Courtes où Grumberg, avec un humour féroce, s’en prend à la bêtise humaine, excellent terreau pour la  xénophobie et l’antisémitisme. C’est d’abord Une Vie de On, largement autobiographique, où l’on voit un homme qui reste obsédé par la tragédie qui a cruellement frappé tant de familles dont la famille de l’auteur. Dans Michu, un petit homme gris et inoffensif n’en finit pas de se plaindre des humiliations que lui fait subir son collègue de bureau. Grumberg frappe avec justesse là où cela  fait mal: le jugement souvent expéditif que nous portons sur autrui à partir de quelques apparences… jusqu’à culpabiliser la victime.
Les Rouquins met en scène un homme et une femme, tout comme il faut, couleur passe-muraille qui vivent dans un monde qui ne supporte pas les roux. Et le couple, pris dans le même engrenage social que dans la scène précédente, va commencer, l’un subissant l’influence de l’autre, à craindre de sentir fort … comme, disent-ils, les roux !La parabole est là aussi bien claire: c’est ainsi que naît par bêtise, la haine de l’autre et la peur de lui ressembler.
Et le spectacle se termine par la meilleure de  ces Courtes: Pied de lampe où un un homme se rend dans une boutique de lampadaires et d’abat-jours ; il formule aussitôt sa demande au commerçant abasourdi. Il voudrait en effet voir transformée son épouse en lampe avec abat-jour rose. Refus poli du commerçant qui finira devant la ténacité du client par se laisser convaincre, et l’on verra la pauvre épouse emportée comme un objet dans l’arrière-boutique pour en ressortir, comme une sculpture,  à genoux sur un praticable à roulettes, coiffée d’un abat-jour rose. C’est d’un burlesque plus que grinçant quand on se souvient de l’utilisation des corps humains, une fois gazés dans les camps d’extermination.    Chacun de ces Courtes est suivie de quelques répliques de gens qui sortent d’un spectacle qui brillent d’un antisémitisme aussi sournois que virulent.La mise en scène d’Antoine Chalard est précise, peut-être un peu trop et évite de justesse le côté parfois démonstratif de  ces Courtes qui ne sont pas toutes aussi fortes que la dernière.
Le spectacle est donc inégal, sans doute aussi  à cause d’un rythme un peu cahotant mais les choses devraient vite s’ améliorer, d’autant que les trois comédiens, dont le metteur en scène et Laurent Malburet qui jouent aussi dans Le Petit Violon,  et Marie-Pierre Perez font un très bon travail, notamment dans tout ce qui est gestuel.

 

Philiippe du Vignal

 

Théâtre de l’Alizé à 18 heures.

Le petit Violon

Festival d’Avignon


Le petit Violon de Jean-Claude Grumberg, d’après un conte de Charles Dickens, mise en scène d’Antoine Chalard. Spectacle tout public à partir de 5 ans.


201101petitviolonmeaux20.jpg    Cela y est: le in comme le off d’Avignon ont vraiment commencé; nous serons six  critiques du Théâtre du Blog :  Elise Blanc, Jean Couturier, Christine Friedel, Véronique Hotte, Edith Rappoport  et moi-même  à essayer de vous rendre compte  au maximum  de l’édition de ce festival et de vous en signaler les moments forts. Le plus tout jeune événement international ( 65 ans ) affiche une excellente santé, malgré les vieilles querelles et polémiques qui resurgissent avant l’arrivée d’Olivier Py à sa direction. Et malgré la crise économique, les réservations  d’hotel comme de spectacles vont bon train, même si le public ne rajeunit guère…
   Avec quelques têtes d’affiche: Jeanne Moreau et Etienne Daho, Angelica Liddell ( voir le Théâtre du Blog de 2011), Wajdi Mouawad, Guy Cassiers, Chéreau avec I am the Wind ( voir notre article de juin dernier) , et dans le off:  beaucoup de solos comme entre autres de Richard Bohringer, Sophia Aram , Didier Porte viré pour la deuxième fois de France Inter…
  Pour commencer un spectacle tout public . C’est  une histoire  simple empruntée à Dickens et  qui tient de la fable. Léo est un jeune et pauvre camelot;  installé dans une roulotte, il  vend des assiettes et de petits ustensiles de cuisine. Il a un ami, un géant qui travaille dans le cirque de Monsieur Univers. Ensemble, ils vont décidé d’enlever la petite Sarah, une enfant sourde et muette que martyrise Monsieur Univers qui la trouve incapable de rien faire. Léo va donc s’occuper d’elle avec beaucoup de générosité et de tendresse. Il lui apprend à jouer du violon, et avec des dessins , arrive à communiquer avec elle et à lui donner une éducation, en ne la considérant pas du tout  comme handicapée. D’autant plus qu’elle  se montre très douée pour l’acrobatie.
   Puis, Sarah grandira, deviendra une belle jeune fille, et, parce que c’est comme ça, parce que c’est la vie, elle tombera amoureuse d’un beau jeune homme et quittera Léo qui en sera évidemment bien triste. Il enlèvera alors de son enseigne de camelot la petite pancarte qui ajoutait à Léo : et Sarah et il n’aura plus de nouvelles d’elle… Jusqu’au jour où, miracle, voici Sarah qui réapparaît, avec son amoureux et  leur petite fille…
  Le spectacle créé en 2009 et qui avait eu le prix du off cette année là,  bien rôdé, est parcouru par des mélodies au violon de Paganini- parfois un peu trop envahissantes- et joué par quatre comédiens au métier solide, Alexandra Nicolaïdis, David Laborie, Antoine Chalard et Laurent Malburet qui réussissent à nous emmener très vite dans l’univers de  Dickens revu par Grumberg; Antoine Chalard a conçu une mise en scène intelligente et peine de nuances à l’opposé de tout réalisme, et c’était  la meilleure solution pour traduire toute la poésie de cette pièce qui dit beaucoup de choses auxquelles les les enfants  peuvent être tout fait sensibles,  comme la pauvreté de Léo le camelot, l’exclusion  provoquée par son handicap que subit Sarah au quotidien, l’exclusion aussi du géant qui ne sera jamais comme les autres, le droit à différence, l’ordre moral, l’amitié sans failles qui le lie à Léo, les accusations calomnieuses, la séparation avec ceux que l’on aime.
Et comme, pour une fois,  ce qui est rare dans les spectacles tout public, la scénographie d’ Emmanuel Briand est tout à fait intelligente et pleine d’idées, avec cette petite roulotte qui se transforme selon la face tournée vers le public en cirque, tribunal ou prison… dont les barreaux sont juste représentés par une projection. On ne dira jamais assez combien est important l’aspect plastique-formes, couleurss et lumières- d’un spectacle destiné en priorité aux enfants.
   Il y a aussi de beaux masques pour les personnages du géant,  de Monsieur Univers et deux gendarmes, et des marionnettes signés Galina Molotov et Vladimir Kantor  d’excellente facture.Comme souvent chez Grumberg, il y a d’excellents moments et d’autres plus …inégaux. Mais nous avons vu la générale donc sans pratiquement de public, et c’est un  test de qualité. Là,  pas de doute possible: dans les 1.400 spectacles du festival off ( si, si!  C’est du moins ce qui est indiqué !), et dont un petite proportion est tout public, ce Petit violon mérite de figurer en haut de la liste des spectacles à recommander.
   La suite à demain…


Philippe du Vignal

Théâtre de  l’Alizé,  15 rue du 58ème Régiment d’Infanterie, Avignon (à deux cent mètres de la gare contre les remparts à droite dos à la gare) t: 04-90-14-68-70

 

 

 

 

 

 

Conservatoire national supérieur d’art dramatique, Journées de juin; classe de Philippe Duclos, Traverses 1.

Conservatoire national supérieur d’art dramatique, Journées de juin; classe de Philippe Duclos, Traverses 1. ( Première partie)

 

Les déjà nombreuses présentations de travaux d’école et les festivals de jeunes compagnies  se sont encore multipliés ces dernières années, à tel point qu’il  est évidemment difficile de rendre compte et  de tout voir, surtout quand il s’agit d’une école importante comme le Conservatoire avec quelque huit séances…. La présentation des travaux de la classe de Nada Strancar nous avait laissé sur notre faim, dans la mesure où l’on ne savait pas trop qui était responsable de cette pseudo- mise en scène de L’Impresario de Smyrne.
Mais il en va tout autrement de ces Traverses menées par  Philippe Duclos  qu’ on  connaît évidemment comme acteur mais qui  est aussi maintenant professeur,  appelé par Daniel Mesguich. Non qu’il ait auparavant mesuré et bien pesé les difficultés de l’entreprise.Enseigner  est déjà une chose pas facile et quand il s’agit du théâtre et  de l’acte dramatique, cela devient parfois un pari un peu fou et il l’a dit très lucidement:  » il y avait  chez moi  la volonté de continuer à apprendre, de s’agrandir. De se sentir plus large. J’avais un ami qui est mort qui s’appelait Gérald Robard, un très grand acteur, qui m’a demandé de le remplacer dans son cours qu’il animait avec Aurélien Recoing. Je l’ai fait pendant un ou deux mois. Mais je ne me sentais pas vraiment prêt à l’époque. Je n’ai pas eu envie de continuer. Et puis deux ou trois ans après, Madeleine Marion, qui avait animé des ateliers dans l’école d’Antoine Vitez, puis avait continué son activité pédagogique, devait se faire remplacer, car elle partait en tournée. Ce sont les élèves, entre eux, qui ont fait appel à moi.
Ce qui m’a étonné (agréablement). Je me suis dit « tiens, cela veux donc dire que je représente, en tant qu’acteur, un petit peu quelque chose pour eux ». J’ai donc remplacé Madeleine Marion pendant un mois. Cela a été dur au début, mais cela s’est bien passé. C’était il y a quinze ans et je n’ai pas arrêté ».
Mais Philippe Duclos,  a beaucoup d’humilité, s’est demandé ,comme tous ceux qui se sont décidés à franchir le pas  de l’enseignement du théâtre, quel droit il avait de de parler ainsi devant des gens :  » C’était déjà une violence, pour moi… Bien sûr, je savais beaucoup de choses, cela faisait quinze ans que j’étais acteur… Mais tant que l’on a pas commencé à parler, on ne sait pas ce qu’on sait. Et l’épreuve même qui consiste à parler devant les autres est considérable et décisive. Je dirais même que c’est une épreuve de paternité. Ce n’est pas un hasard pour moi si cela s’est fait alors que j’avais un enfant. C’est réellement se mettre à la place, symbolique, du père; c’est-à-dire accepter ce partage des rôles, accepter que l’on a quelque chose à transmettre (tout en sachant qu’on ne sait pas très bien ce que l’on transmet…), en accepter la place symbolique. Cela m’a transformé. Cela m’a donné tout simplement une parole que je n’avais pas, cela m’a obligé à faire une réflexion que je n’avais jamais menée et que je continue de mener aujourd’hui ».
La première partie de ces Traverses  qui avait lieu dans la salle Louis Jouvet – nous n’avons pu voir la seconde- était d’un niveau remarquable. Philippe Duclos est revenu au bon vieux système des scènes. Avec beaucoup d’humilité, sans fioritures, avec juste ce qu’il faut d’éléments scéniques et en prenant comme base un très solide  travail sur le texte. Ce sont des exercices,  et revendiqués comme tels, et c’est justement cela qui est formidable. Visiblement Philippe Duclos a appris à ses élèves à comprendre une pièce ( et pas seulement à  en  débiter les répliques ),  à regarder,  à être silencieux et à l’écoute de son partenaire, à prendre la mesure du plateau,  et à s’y déplacer: bref, à habiter l’espace et le temps, ce qui est sans  doute le plus fondamental dans la formation de  jeunes comédiens- que l’on a le temps de voir suffisamment dans des rôles importants- faire ce qui sera leur futur métier avec respect, grâce, sensibilité et intelligence…Et cela fait du bien! A travers quatre scènes tirées du Tramway nommé Désir de Tennesse Williams , Hot house d’Harold Pinter, La Princesse Maleine de Mateterlink , et Hamlet de Skakespeare. Nous avons ainsi pu repérer en particulier Etienne Durot et Romain Francisco dans Hot house et Charlotte Van Bervesselès dans La Princesse Maleine et dans Ophélie
.  Petite note à benêts, comme disait le philosophe Olivier Revault d’Allonnes: serait-il possible que quelqu’un au Conservatoire relise les petites feuilles-programmes et élimine fautes de frappe et d’orthographe. Cela fait un peu et même beaucoup désordre, et il n’ a là aucune excuse possible:  c’est un respect que l’on doit à tous ceux qui ont œuvré à ces journées de juin et à la langue française…

 

Philippe du Vignal

 

Présentation vue le 1 er juillet à 15 heures

1...275276277278279...323

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...