Adieu Jean-Pierre Vincent

Adieu Jean-Pierre Vincent

 

© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez


Il avait soixante-dix sept ans.  Il avait été atteint comme tant d’autres par le covid mais des complications l’ont hier emporté. Excellent metteur en scène et directeur de théâtre, même s’il était moins connu du grand public, il était l’honneur de la profession du spectacle. Il rencontra dans le groupe théâtral au lycée Louis-Le-Grand en 1958, Jérôme Deschamps, Patrice Chéreau mort il y a déjà sept ans, mais aussi Michel Bataillon, grand germaniste et collaborateur de Roger Planchon. Peu croyable mais pourtant vrai…


Jean-Pierre Vincent avait commencé par monter en 1963 Scènes populaires d’Henri Monnier. Ce qui était révélateur d’un choix de textes puis il créa une troupe avec Patrice Chéreau qui s’établit à Gennevilliers puis à Sartrouville. Et avec le dramaturge Jean Jourdheuil, il mit en scène La Noce chez les petits bourgeois de Bertolt Brecht au Théâtre de Bourgogne (1968). Une réalisation qui reste impressionnante de vérité et de justesse malgré le temps passé..  Sans doute le premier de ses très nombreux spectacles que nous avons vus de lui et de ce même auteur, Tambours et trompettes au Théâtre de la Ville. Puis Le Marquis de Montefosco d’après Le Feudataire de Carlo Goldoni au Grenier de Toulouse (1970), Les Acteurs de bonne foi  d’après Marivaux (1970), La Cagnotte d’après Eugène Labiche l’année suivante, au Théâtre National de Strasbourg et Capitaine Schelle, Capitaine Eçço de Serge Rezvani au T.N.P.  encore en place au Palais de Chaillot avant de partir pour Villeurbanne. La compagnie monta nombre d’auteurs alors encore peu connus du grand public français comme Büchner, Grabbe, ce qui nous apparaissait et qui était comme un grand bonheur…

Puis il fut nommé directeur du Théâtre National de Strasbourg où il se mit au service d’œuvres pas toujours  théâtrales comme Germinal d’après Emile Zola. Puis il mit en scène de façon tout à fait remarquable Le Misanthrope (1977), Vichy Fictions (1980) et surtout Le Palais de Justice (1981) de Bernard Chartreux, Dominique Muller et lui-même, une brillante évocation d’un tribunal correctionnel avec Evelyne Didi.  Côtés classiques, il monta aussi bien tout un cycle Musset, un auteur qu’il aimait beaucoup… que Peines d’amour perdues de Shakespeare au festival d’Avignon où il fit de nombreuses mises en en scène dont une remarquable des Fourberies de Scapin dans la Cour d’honneur avec Daniel Auteuil. Nus y avions emmené une élève de Chaillot, cadeau d’anniversaire de ses vingt ans.. Mais aussi Lorenzaccio, Le Silence des communistes et l’an dernier L’Orestie d’après Eschyle avec les élèves de l’Ecole d’acteurs de Cannes et Marseille qu’il accompagna pendant treize ans. Il était administrateur du festival depuis 2003.

Jean-Pierre Vincent fut ensuite nommé administrateur de la Comédie-Française de 83 à 86 mais il en démissionna. Sans doute peu à l’aise et c’est un euphémisme dans ce genre de poste et redevint metteur en scène à plein temps;  il enseigna aussi  au Conservatoire National. Puis il prit la suite de Patrice Chéreau au Théâtre des Amandiers à Nanterre où il mit notamment l’accent sur la création d’auteurs contemporains, comme entre autres, Valère Novarina… C’était un homme curieux et attiré des types de théâtre tout à fait différents mais qui savait prendre les textes à bras-le corps, avec respect et distance à la fois. Et d’une grande culture, ce qui ne l’empêchait pas d’être modeste et de rester disponible, alors qu’il fut le seul à diriger trois théâtres nationaux et à recevoir autant de prix… Avec quelque cent spectacles, il contribua fortement à élargir l’accès à des œuvres théâtrales parfois peu connues, que ce soit Les Suppliantes d’Eschyle, dont il monta aussi l’an dernier L’Orestie avec les élèves de l’Ecole d’acteurs de Cannes et Marseille, des classiques modernes étrangers comme Le Suicidé de Nicolaï Erdmann ou des auteurs contemporains comme Jean-Luc Lagarce, Jean Audureau, Michel Deutsch… Dans des mises en scène ciselées, pétries d’intelligence et une direction d’acteurs exemplaire qui marquèrent le paysage théâtral français. Grand pédagogue, Jean-Pierre Vincent restera aussi un exemple pour les nombreux acteurs qu’il aura formés comme entre autres, Denis Podalydès, Emmanuelle Béart, Stanislas Nordey…

 Philippe du Vignal

 

 


Archive de l'auteur

Et si, en plus, il n’y a personne…

Et si, en plus, il n’y a personne

Depuis Socrate et la naissance de la démocratie, concomitante avec celle du théâtre, les Dieux et les hommes ferraillent dur. Tragos : le bouc. Tragédie. Pharmakós : le bouc émissaire. Celui qui guérit. Origine étrange de la tragédie grecque. Remède à la maladie et mort mêlés. Alain Rey, disparu sur la pointe des pieds il y a quelques jours, savait nous en révéler les croisements.

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Aujourd’hui, la République tâche autant qu’elle le peut, de nous protéger de la fatalité de la maladie et de la mort qui surgit au hasard. Au hasard ? Quel hasard ? La République ne peut pas tout. Face à la crise du covid et au terrorisme. Et il y a des dégâts collatéraux. Les théâtres ont fermé comme les cinémas, librairies, restaurants et lieux nocturnes… Le terrorisme frappe. Obstinément. Le terrorisme, un fascisme qui avance voilé, s’attaque aux fondements de la République, et en cela, il n’est nulle fatalité mais une mortelle volonté d’anéantissement.

C’est intolérable. Mais cela ne sert à rien de dire :  intolérable. Il n’y a pas de mot pour atténuer la douleur du néant posé là au cœur de nos cités, de nos sociétés comme un trou noir sidéral pour nous engloutir, corps et pensée. Néant de la conscience que porte la main de l’homme tournée contre l’homme. Il y a quelques mois, c’était George Floyd et hier chez nous, Samuel Paty puis Nadine Devillers, Vincent Loquès, Simone Barreto Silva et aujourd’hui des habitants de  la capitale autrichienne!

Impossibilité d’ouvrir les portes des théâtres au public, au moment même où nous souhaiterions affirmer que notre art détient dans sa genèse, l’idée de liberté d’expression ici et maintenant! Mais il faut que nous parvenions à porter haut la trilogie: Liberté, Egalité, Fraternité. Il faut le faire, l’inspirer, alors que nous voilà sommés de nous taire par le fait d’un sale virus. Mais un virus ne fait pas taire le désir : la mort, oui.

Désir d’enseigner, de transmettre l’histoire, l’humanisme, ses errements, les joies du langage et de l’écriture, les utopies de la pensée, la liberté des corps qui dansent et pratiquent le sport, qui jouent et chantent, désir d’aiguiser le regard critique, la sensibilité aux arts et aux sciences. Aux enseignants, pédagogues, à ceux qui «marchent avec», nous voulons aujourd’hui dire combien nous sommes solidaires et semblables. Dans le contexte que nous connaissons tous, chères et chers amies et amis, consœurs et confrères, nous annulons notre programmation de novembre, entièrement dédiée à la jeune création mais nous la reporterons. Les artistes connaissent des moments très difficiles, en grande précarité pour la plupart.

Mais nous restons présents, nous consacrerons le temps qui se dilate pendant la crise du covid , pour répéter nos prochaines créations et essayer de transmettre à nos étudiants et compagnons. Comme sut si bien le faire Alain Rey, le goût infini des mots que l’Histoire élabore et déforme, et qui prennent le maquis, quand surgit la doxa de la propagande. Liberté, Egalité, Fraternité : notre République est responsable de notre bien commun, défendons sans conditions le champ d’expression irréductible qu’elle nous livre en partage.

Marion Coutris, co-directrice artistique du Théâtre des Calanques

35 traverse de Carthage, 13008 Marseille. T. :  04 91 75 64 59

Tout Dostoïevski, de Benoît Lambert et Emmanuel Vérité

Tout Dostoïevski de Benoît Lambert et Emmanuel Vérité

 C’est un ancien spectacle (voir Le Théâtre du Blog 2014) repris ici. Non pas une lecture exhaustive de Dostoïevski mais juste quelques lampées et lesquelles ! La conversation, commence de façon délibérément rébarbative par le début des Notes du souterrain ou Carnets du sous-sol, selon les traductions : «Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant. Un homme plutôt repoussant. Je crois que j’ai le foie malade. Soit dit en passant, je ne comprends rien de rien à ma maladie et je ne sais pas au juste ce qui me fait mal.» Et pourtant… On ne comprendra jamais vraiment le geste de Raskolnikov qui tue une rentière qu’il juge parasite et inutile sur cette terre.

Mais on verra assez vite que le Châtiment est plus important que le Crime et plus important encore: l’articulation des deux. On suivra la démonstration: le policier traquant Raskolnikov est le modèle de l’inspecteur Colombo: «juste un petit détail »… fondamental: cela tisse un continuum entre Culture et culture populaire : à méditer… Apparaîtront, plus tard Les Frères Karamazov avec à la fin, le récit de la mort de l’enfant. Alors le silence devient dense, palpable et l’écoute du public, profonde. Aucun pathos: une brèche s’ouvre seulement dans le volcan Dostoïevski  avec un peu de lave en feu. Alors oui, on peut avoir l’illusion que tout Dostoïevski est contenu dans le microcosme qu’est cet extrait de son dernier roman. En réalité, émane de cette lave brûlante, le désir de rencontrer vraiment ce “Dosto quelque chose“, comme l’a dit un lycéen, de le lire, de se l’approprier. De fait, il appartient à qui l’aime ou veut l’aimer.

Et qui raconte, cette histoire ? Qui grimpe sur les pentes du volcan ? Charlie, un clown intermittent fou de littérature, d’où sa pudeur avec les textes. Charlie Courtois-Pasteur est né il y  quelques années de la complicité entre Benoît Lambert et le comédien Emmanuel Vérité. Une envie à deux de “petites formes“ qui font des spectacles en grande forme : Meeting Charlie ou l’art du bricolage, trousse à outils bien utile en ce monde, Charlie et Marcel  ou  Proust et le western…

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Charlie a le goût de l’élégance : sous son smoking d’occasion un peu trop grand  (avec l’aimable complicité de Marie La Rocca), il porte une chemise hawaïenne : histoire d’en rajouter dans l’élégance qui se casse la figure ! Alourdi par un gros micro sur sa poitrine mais il en use modérément, il s’accompagne de délicats bricolages démonstratifs. Il paraît plus âgé que son porteur, Emmanuel Vérité et chargé d’un passé douloureux  mais comme il est pudique, nous n’en saurons rien.
Et Dostoïevski, alors ? Il est bien là, tendu dans le verre de vodka que nous offre Charlie, derrière lui, devant nous, ouvert comme une terrible tentation. Tout Dostoïevski est à la disposition de chacun et il y a du Dostoïevski en chacun de nous, surtout si un être mystérieux comme ce Charlie vient en offrir un aperçu fulgurant sur un plateau de théâtre.

Tout cela, c’était avant de déluge : en avril de l’an passé au Théâtre de la Cité Internationale. Aujourd’hui et on croise les doigts, Charlie s’installe au Théâtre du Lucernaire. À nous la curiosité, la frustration, les chemins de traverse, la magie à deux balles, le rire et la tendresse que nous offre ce spectacle.

Christine Friedel

Le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris (VI ème) jusqu’au 29 novembre. T. : 01 45 44 57 34. Malheureusement, comme tous les autres théâtres, le Lucernaire sera fermé tout le mois de novembre mais on espère y retrouver ce spectacle en décembre…

 

 

Composition pour six corps, performance-danse, conception, mise en scène et chorégraphie d’Antonia Oikonomou

Composition pour six corps, performance-danse, conception, mise en scène et chorégraphie d’Antonia Oikonomou
 
Sur une scène vide, ce spectacle de danse explore le processus de la création artistique à partir de la fameuse «page blanche ». Au centre de cette création, la rencontre des corps et leur coexistence dans un espace clos et dans un temps vague : celui des longues répétitions où des idées naissent, s’annulent réciproquement ou s’effacent… En exploitant a priori un même matériau sensoriel, le corps humain, c’est-à-dire expressif et énonciateur, le théâtre et la danse héritent nécessairement  d’une ambivalence constitutive : forme matérielle visible et  énergie pulsionnelle mais aussi désir d’expression et pouvoir signifiant.Le corps langagier est en effet, semble-t-il, à la fois déchiré par une distorsion permanente et condamné à vouloir l’abolir  dans une quête éperdue et vaine de son unité et de son identité.
 

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Antonia Oikonomou, avec cet« essai scénique », traite le corps de l’artiste; et sa philosophie de l’espace devient celui d’une coordination interactionnelle. Cinq danseurs (et non pas six !)  pour un monde fictionnel condensant dans un tourbillon du mouvements et  de rares paroles,  les étapes d’une répétition en cours d’un spectacle. Une sorte de «rêverie» qui dévoile la frénésie de la préparation et la créativité d’un performeur… Le corps et l’esprit font un va-et-vient continuel entre l’intérieur et l’extérieur : parfois, le public se perçoit de l’intérieur, en s’identifiant à l’objet ou perçoit l’autre, de l’extérieur comme un corps étranger. Avec une dénégation de la réalité du perçu. Les danseurs accentuent le mouvement pendulaire de cette dénégation et nous promènent entre fiction éloignée et performance vécue et, à d’autres moments, l’ancrent dans une fiction où se mêle leur connaissance de la réalité.
 
Nektarios-Georgios Konstantinidis
 
Spectacle vu le 1 novembre au Théâtre Roes, 16 rue Iakchou, Athènes. T. : 00302103474312. Attention: en novembre tous les théâtres d’Athènes comme ceux de Paris, etc. seront fermés!

Semaine d’Art en Avignon: Traces: Discours aux Nations africaines de Felwine Sarr, mise en scène d’Etienne Minoungou

Semaine d’Art en Avignon:

Traces-Discours aux Nations africaines de Felwine Sarr, mise en scène d’Etienne Minoungou, musique de Simon Winse

Cet auteur sénégalais est aussi compositeur, éditeur, directeur de festival et professeur d’économie. Il a cofondé un laboratoire d’analyse des sociétés africaines et de la diaspora. Et il est aussi le coauteur d’un rapport sur la restitution du patrimoine artistique africain détenu par la France.

©  Véronique Vercheval

© Véronique Vercheval

Invité plusieurs fois au festival d’Avignon, Etienne Minoungou, comédien-metteur en scène et dramaturge burkinabé, est entrepreneur culturel à Ouagadougou. Le festival Les Récréâtrales qu’il y a initié, réunit une centaine d’artistes de plusieurs pays, lors de résidences de deux à trois mois d’écriture et de création théâtrale. Felwine Sarr a été conquis par son art du conteur quand il l’a entendu interpréter Cahier d’un Retour au pays natal d’Aimé Césaire, M’appelle Mohamed Ali de Dieudonné Niangouna et Si nous voulons vivre, d’après des chroniques et entretiens de Sony Labou Tansi, le grand écrivain congolais (1947-1995).

Traces-Discours aux nations africaines a été écrit pour Etienne Minoungou, un passeur à l’intense dimension poétique.  A l’écoute du monde et de l’autre, il a une parole qui produit comme de la lumière et  qui agit comme l’élucidation d’une pensée et d’un cheminement. «Traces, dit l’auteur, s’adresse à la jeunesse africaine, à la force vive de ce continent qui pense, souvent dans un rapport de défiance, que son Orient, c’est encore l’Occident. Ce texte mythologique, cette longue marche métaphorique de l’existence humaine, revient sur l’histoire de l’Afrique en la sortant du ressentiment, de la plainte pour aller vers une forme de réveil et d’engagement lumineux. »

Felwine Sarr pressent ce besoin de la jeunesse africaine d’aujourd’hui, celui de pouvoir explorer la plénitude de sa présence au monde à un moment particulier de l’histoire contemporaine pour lui permettre enfin pour se tailler un destin. Se redresser et retrouver son humanité, diminuer sa propre part d’ombre et accéder enfin à soi-même. L’histoire de l’Afrique, longue et complexe, n’est pas seulement coloniale et post-coloniale. Le conteur engage la conversation et suscite l’échange. Et le musicien Simon Winse joue de l’arc à bouche et de la flûte peule,  avec des sonorités à la fois traditionnelles et jazzy.

 Discours aux nations africaines raconte l’histoire d’un homme qui revient vivre sur son continent. Debout, ce conteur, seul, dit au monde ce qu’il a vu et voit, encore chargé des décombres de l’Histoire. Le texte participe d’une longue adresse dans un lieu de partage. Face aux défis économiques, éducationnels, sécuritaires et démocratiques, s’impose un défi culturel et artistique pour imaginer l’éveil d’un regard neuf  sur l’humanité.

Etre programmé à la Semaine d’Art en Avignon avec cette parole exigeante, montre qu’il existe maintenant en Europe des espaces prêts à accueillir un langage poétique vraiment différent… Un signe que les tendances s’inversent… Pour Etienne Minoungou, le paysage culturel africain essaye de sortir des logiques de marché, pour revenir à des singularités esthétiques. Loin de toute accusation partiale, il invite les spectateurs, sujets autonomes et porteurs d’un imaginaire instillé par l’histoire, la culture et la littérature, à réfléchir à un avenir collectif…  «J’ai conquis la Parole. Elle me fut longtemps refusée. « (…) « Je dois vous parler, vous mes semblables, car seule la parole demeure. »  Etienne Minoungou seul, debout, s’adresse  au monde, avec le récit de sa vie après qu’il ait quitté l’Afrique pour y revenir porteur d’un message d’espoir. Une vaste odyssée, un voyage métaphorique et un engagement personnel Cela donne un spectacle initié par le souffle puissant du comédien et la musique groove de Simon Winse.

Véronique Hotte

Spectacle vu à la collection Lambert, le 27 octobre.

Une Semaine d’art en Avignon: Une Cérémonie, texte et mise en scène du Raoul Collectif,

Une Semaine d’art en Avignon

Une Cérémonie, texte et mise en scène du Raoul Collectif

Romain David, Jérôme de Falloise, David Murgia, Benoît Piret et Jean-Baptiste Szézot  ont acquis autour une même sensibilité artistique et politique à l’Ecole supérieure d’acteurs du Conservatoire royal de Liège. Ils fondent un collectif qu’ils baptisent Raoul… Un clin d’œil au situationniste belge Raoul Vaneigem et ils s’engageront dans la voie utopique et lente mais parfois fertile de la création collective…

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

©: Christophe Raynaud de Lage

A la fois metteurs en scène, auteurs, musiciens et  acteurs, mais aussi scénographes, ils créent leurs spectacles. De ce dynamique laboratoire mais aussi de leurs personnalités, se dégage une énergie particulière sur le plateau… Une alternance de forme chorale et d’éruptions de singularités, une tension réjouissante dans le propos et dans la forme, entre rigueur et chaos, gravité et fantaisie.

Après Le Signal du promeneur (2012) et Rumeur et petits jours (2015), Une Cérémonie est leur troisième spectacle. «Nous sommes des Don Quichotte: nous partons nous battre avec des armes usées et poussiéreuses contre le Capital, la finance, la bêtise et les profits, contre le patriarcat et la fascination du pouvoir, contre les esprits étriqués et les discours dominants. Et ces armes sont le théâtre, la parole, les mots, les corps, les voix, la musique, l’ivresse poétique. Et l’intelligence collective. »

Scénographie de Juul Dekker : en pleine lumière, des chaises de jardin vert foncé un peu partout sur le plateau. On  tire  un  fil  pour manipuler les ailes grandiloquentes d’un drôle d’oiseau qui semble voler, mais aussi pour dire ce qu’on pense et ce qui pèse sur le moral. Et il y aussi  un piano, un  violoncelle, une guitare…dont le bois scintille sous les lumières, près d’un bar sympathique avec bouteilles entrechoquées, verres d’alcool fort servis pour les différents toasts que l’on porte à la vie et aux petits arrangements imposés.

Les interprètes investissent la scène en descendant du haut de la salle. Des hommes seulement puis Anne-Marie Loop qui restera le plus souvent observatrice de ses camarades de jeu en folie. Elle incarnera ensuite la grande figure féminine de résistance: l’insoumise Antigone. Puis ce groupe se retrouve pour une célébration : tous endimanchés, en chemise blanche et veste  foncée. Le facétieux David Murgia dialogue avec un habit de cérémonie qu’il ne mettra pas, une sorte de compagnon-effigie auquel il parle avec précaution, dansant avec lui…  Un beau théâtre d’objets que cette une image de soi et de son double dont on ne se libère pas, aliéné sans cesse par l’impossibilité à choisir. Il déclamera vaillamment mais avec pudeur, un magnifique poème de Gonzalo Arongo. Les  splendides masques en bois et végétaux des acteurs sont imposants.

Romain David est un peu le maître de cérémonie, guettant la manière dont les événements suivent leur cours, jouant de la trompette, chantant et exposant ses vues sur notre présent, entre volonté d’en découdre et prise de conscience de son impuissance à agir. Benoît Piret, soucieux d’engagement politique et social, a une réflexion sur le dérèglement du monde. Jérôme de Falloise, lui, d’abord un peu en retrait, a un regard critique subversif, avant de revenir  au centre de la scène. Il a une grande présence quand il se métamorphose en chouette onirique faite de feuilles, branches et brins de roseau. L’oiseau aux yeux éloquents regarde le public en silence et attire les regards…

Dans  un vrai moment de théâtre dans le théâtre, il interprète aussi le Centaure antique, précieux à notre imaginaire… Puissant, récalcitrant, tapant du pied, le regard têtu, incarnant avec superbe le poitrail de l’homme-animal. Jean-Baptiste Szézot lui, en est le corps, la croupe et les pattes arrière… Un spectacle réjouissant. Auparavant, il aura fait un numéro de cabotin avec brio, se mettant en colère puis insultant et agressant physiquement les autres mais retenu à temps par ses camarades compréhensifs et bons enfants. Philippe Orivel, à l’accordéon ou jouant un courtisan  du roi, avec Julien Courroye et Clément Demaria, forme un trio plein d’humour entre rock, jazz et musique acoustique. Et cette incertitude moqueuse comme sa détermination politique et conviviale… et ce flux réconfortant d’images oniriques, sont la marque du  Raoul Collectif.

Véronique Hotte

Spectacle vu le 27 octobre, salle Benoît XII, Avignon (Vaucluse). Vu les circonstances, les autres représentations prévues pour novembre ont été annulées . 
Théâtre de la Bastille, Paris (XI ème), du 26 novembre au 19 décembre.
Nebia, Bienne, le 4 mars. Théâtre du Rayon Vert, Saint-Valéry-en-Caux, le 9 mars. Théâtre de Châtillon (Hauts-de-Seine) les 18 et 19 mars.Théâtre de Namur, ( Belgique) et du 24 au 27 mars.Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon, du 30 mars au 2 avril.
Le Manège, Maubeuge, le 8 avril. Centre Dramatique National d’Orléans, du 14 au 16 avril.
Mons-Arts de la Scène, du 4 au 6 mai.

Semaine d’Art en Avignon Andromaque à l’infini d’après Andromaque de Jean Racine, mise en scène de Gwenaël Morin

Semaine d’Art en Avignon

Andromaque à l’infini, d’après Andromaque de Jean Racine, mise en scène de Gwenaël Morin

Le programme Ier Acte a été initié par Stanislas Nordey en 2014 avec le soutien des fondations Edmond de Rotschild et S.N.C.F., pour promouvoir la diversité d’origine des acteurs sur les scènes. En 2020, le Théâtre National de Strasbourg prolonge ce geste et s’engage dans la création de formes personnelles itinérantes au festival d’Avignon, sous l’égide de Gwenaël Morin. Il a dirigé le Théâtre du Point du jour à Lyon et a mis en scène cette pièce mais aussi de grands classiques du répertoire, de Molière à Sophocle avec un théâtre nu,  dont la liberté dramaturgique permet aux acteurs de faire vivre au plus la parole dramatique. Pour lui, les « classiques »,qui font partie de notre culture sont un espace public immatériel ouvert librement à tous. Andromaque à l’infini reprend cette idée de travaux accumulés et sa méthode «hérétique» de travail sur les alexandrins raciniens qui prend appui sur la ponctuation, variable d’une édition à l’autre. Andromaque signifie en grec ancien: « celle qui combat les hommes »…  Un titre emblématique des luttes sociétales contemporaines.

© Ch. Raynaud de Lage

© Ch. Raynaud de Lage

Mehdi Limam, Sonia Hardoub et Emika Maruta se partagent, selon une distribution différente chaque soir, les rôles d’Andromaque, Oreste, Pyrrhus et Hermione. Barbara Jung joue, elle, les personnages secondaires et impulse le rythme et l’énergie aux protagonistes. Scénographie conçue par le metteur en scène: le texte intégral est affiché au mur, lisible par tous et cet affichage initial construit l’espace. Le texte imprimé sur des feuilles de journal est aussi distribué au public.

Andromaque est une pièce de héros dans un monde qui ne perçoit plus l’héroïsme, comme celui de  ce superbe personnage éponyme de veuve. Autour d’elle, se noue la tragédie des amours contrariées et revient à l’esprit la liste éloquente des amours impossibles qui, jamais, ne se rejoignent : «Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui aime Hector, qui est mort. » Pour Gwenaël Morin, l’œuvre de Racine est un outil d’émancipation: celui qui sait parler et écrire, qui connaît le texte, détient le pouvoir. Il faut donc s’attaquer à cette pièce, comme on s’attaque à la littérature dominante, pour s’en émanciper et prendre un pouvoir sur sa propre langue. L’aventure transforme celui qui la vit, à travers le verbe poétique des alexandrins.

Une pièce sur le regard que l’on consent à l’autre, ou pas, une source de reconnaissance ou d’exclusion. En cela, le choix de la distribution fait déjà sens, avec ces comédiens issus de la diversité sociale et ethnique. Et la mise en scène comme la direction de ces acteurs disant les alexandrins dans l’émotion rageuse et la tension de l’urgence,  laisse le public sans voix… Les hommes vivent-ils ainsi, encore et toujours, dans la non-écoute, le repli sur soi et le refus ? Ces instinctives récriminations, semonces… posent un filtre de folie sur le monde.

Véronique Hotte

Semaine d’Art en Avignon, spectacle en itinérance du 24 au 31 octobre à 18 h. Vu le 25 octobre au Complexe socio-culturel de la Barbière, Avignon.
Joué aussi le 26 octobre,  salle des Fêtes de Barbentane et le 27 octobre, salle polyvalente de Saze. Les autres représentations de la fin octobre et du mois de novembre ont du être ou seront malheureusement annulées vu les circonstances..

L’Empreinte à Brive-Scène Nationale de Brive-Tulle, du 3 au 8 décembre.

Un nouveau théâtre à Cosne-sur-Loire…

Un nouveau théâtre à Cosne-sur-Loire…

Comme beaucoup d’entre vous le savent, nous avons eu, l’an dernier, un projet un peu fou: transformer un ancien grand garage automobile en théâtre à  Cosne-sur-Loire (Loire). L’avancée de l’équipement du lieu au fil des mois nous a permis d’organiser un premier festival début septembre et cela a été une belle réussite! Pour continuer l’aménagement et la mise aux normes de notre GarageThéâtre, nous cherchons des aides et avons donc soumis un projet au Budget Participatif Nivernais: un dispositif permettant d’attribuer parmi les associations qui en font la demande, une subvention à celle qui aura obtenu le plus de votes.

 

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Pour soutenir notre beau projet, il vous suffit de cliquer sur le lien ci-dessous.On vous demande juste d’indiquer votre mail et votre vote. Nous avons besoin de vous pour que le Garage Théâtre puisse prendre son plein envol  dès cette saison, accueillir  des compagnies en résidence de création et présenter aussi les travaux en cours de nos compagnies : La Louve et Dorénavant Compagnie. Mais aussi  organiser un Printemps des écritures en avril en présence d’auteur(e)s  pour des lectures  et mises en espace de leurs textes. Et proposer aussi aux habitants de Cosne-sur-Loire de participer à cette occasion à un atelier d’écriture et de jeu et, bien sûr, organiser une seconde édition de notre festival  fin août/début septembre 2021. Plus nous aurons de votes, plus nous serons susceptibles de recevoir cette aide précieuse.

Merci à vous

Lou Wenzel  de la compagnie La Louve

Le Garage Théâtre, 235 rue des Frères Gambon, 58200 Cosne-Cours-sur-Loire. T: 03 86 28 21 93.

https://budgetparticipatifnivernais.fr/project/mise-aux-normes-dun-lieu-culturel/

Les libraires confinés font de la résistance !

Les libraires confinés font de la résistance !

 Deux poids, deux mesures:  les boutiques de la F.N.A.C. ont ouvert leurs portes hier vendredi 30 octobre mais les librairies ont l’obligation de rester fermées! En effet, le Premier ministre Jean Castex, considère qu’elles ne font pas partie «des commerces considérés comme essentiels.»  Indignation sur les réseaux sociaux!  Des pétitions circulent dont celle lancée par François Busnel, critique littéraire et animateur de l’émission sur France 5 La Grande Librairie. «Monsieur le Président, faisons le choix de la culture, en rouvrant les librairies ! » Selon lui, le pays se prive de son « meilleur bataillon pour nous permettre d’affronter l’obscurantisme ». «Fermer les librairies, c’est condamner tout un pan de l’économie culturelle  à vaciller, pour certains à disparaître ». *

 Des maires, comme  celui de La Roche-Migenne ( Sarthe) ont pris un arrêté pour autoriser les librairies à ouvrir. Décision aussitôt déclarée illégale par le Préfet. Au Mans, le gérant de Bulle ne digère pas le sort qui est fait aux indépendants:  »Comme lors du premier confinement, les hypermarchés vont continuer à vendre des livres. Et, coup de tonnerre, pour le second, les F.N.A.C. sont autorisées à rester ouvertes… Là, je crois que c’en est réellement trop ! » dit-il, annonçant un rassemblement dans son magasin, avec la presse et ses confrères libraires indépendants.

La librairie La Comédie Humaine à Avignon © x

La librairie La Comédie Humaine à Avignon
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A Avignon, Cyril Dewavrin est entré  en résistance en ouvrant sa librairie La Comédie Humaine, rue du Vieux-Sextier et appelle ses confrères à faire de même. Au nom de l’équité de traitement et au nom de leur survie économique. Dans sa boutique, une centaine de livres commandés par des lycéens attendent leurs destinataires. 

A Montreuil, Folie d’encre propose à ses clients, à la manière de certains restaurants, une vente à emporter. Et à Dijon, le maire  François Rebsamen se bat pour que les librairies puissent continuer à fonctionner. De nombreux auteurs et autrices s’émeuvent dans les médias sur ce mépris des livres au pays dit de l’ « exception culturelle » !

Pour ne pas sombrer dans le ridicule, enfin conscients du problème! Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des finances et de la relance et  Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, ont annoncé, vendredi, que « les rayons livres et culture des grandes surfaces », dont la Fnac, « [seraient] momentanément fermés ». Et ce sera dès aujourd’hui samedi 31 octobre mais cela ne résout rien.

En attendant, une plateforme a été mise en place par les libraires indépendants pour que leurs lecteurs puissent  prendre des commandes en ligne et ne pas les condamner à faire appel à Amazon. A suivre…Mais restons vigilants.

 Mireille Davidovici

 service-client@lalibrairie.com

 Folie d’encre  9 avenue de la Résistance, Montreuil (Seine-Saint-Denis) T. : 01 49 20 80 00.

 Bulle 13 rue de la Barillerie, Le Mans (Sarthe).  T. : 02 43 28 06 23.

Théâtres et confinement

Chers lecteurs,

Les choses sont enfin claires avec ce nouveau confinement pour essayer de limiter le nombre des contaminations par le coronavirus Et les salles de spectacle dans la France entière fermeront cette nuit sans exception! Cela vaut bien entendu pour tous les types de lieux: théâtres petits ou grands, cirques, chapiteaux, cabarets, music-halls et cinémas. Et comme aussi la dernière fois, les théâtre de rue…

La salle Frimin Gémier au Théâtre National de Chaillot, Paris © Yoann Fitoussi

La salle Firmin Gémier au Théâtre National de Chaillot, Paris © Yoann Fitoussi

« Merci au public qui a soutenu nos spectacles en répondant immédiatement présent dès notre réouverture en septembre, merci aux artistes de les avoir repris avec enthousiasme et ferveur malgré toutes les contraintes de ces dernières semaines, merci à l’équipe du théâtre d’être toujours aussi engagée et mobilisée quoi qu’il arrive. » (…) « Nous fermons La Scala Paris, disent leurs directeurs Mélanie et Frédéric Biessy. Alors que venait d’être inaugurée une petite salle de quatre-vingt places en gradins….


C’est un coup très dur pour toute la profession théâtrale que ce soit à Paris ou partout en France et il y aura inévitablement des dégâts collatéraux, notamment pour les petites salles déjà mises en sérieuse difficulté, quelques soient les aides apportées par le Gouvernement. Toute l’équipe du Théâtre du Blog continuera à vous tenir régulièrement au courant dans toute la mesure du possible, d’abord de la Semaine d’art à Avignon qui fermera, elle aussi ses portes ce soir et de ce qui restera de l’actualité artistique…

© Stéphanie Ruffier

La Nuit unique © Stéphanie Ruffier

Au Théâtre de l’Unité à Audincourt ( Doubs), le 29 octobre, le camion de 20 m3 était chargé pour aller jouer deux représentations de La Nuit Unique  au Fourneau de Brest. « Il y a dix heures de route!  D’autres acteurs y vont en train ou en avion. Nous préparions nos têtes pour ce spectacle de sept heures que nous avons déjà jouée un peu partout (voir Le Théâtre du Blog)… Mais cela genre de représentation ressemble à une épreuve physique. Et une annulation le jour même, c’est très dur à vivre… Vraiment très dur: comme un décès… Dernier repas à la maison Unité, le 29 octobre. On se dit au revoir et rendez-vous début décembre mais économiquement, il est impératif de payer des cachets conséquents aux acteurs pour que leur taux journalier de chômage ne s’effondre pas. En attendant et jusqu’à nouvel ordre, nous allons accueillir des artistes en résidence. Ce sont des professionnels: il faut qu’ils travaillent, qu’ils continuent à préparer l’avenir. Nous attendons en novembre Les Mange-Rouilles, la compagnie Azimut de Montiers-sur-Saulx et le collectif Fléchir le vide de Besançon ( Doubs). »

Le programme du Théâtre du Blog pour ce mois de novembre était bien sûr déjà prêt mais nous ne faisions pas beaucoup d’illusions. En tout cas et encore une fois, nous vous remercions de votre fidélité. Nous devions atteindre en novembre le chiffre de 7.000 articles publiés depuis la création du Théâtre du Blog il y a neuf ans… Mais ce sera pour décembre si tout va bien. Croisons les doigts… Les chiffres de fréquentation ce 29 octobre sont équivalents à ceux de mars dernier Cela fait toujours du bien par où cela passe comme disait Homère, Platon, Paul Ricoeur et Macron…

 Philippe du Vignal

 

 

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