Je suis Juliette Gréco de Mazarine Pingeot et Léonie Pingeot, mise en scène de Léonie Pingeot

Je suis Juliette Gréco de Mazarine et Léonie Pingeot, mise en scène de Léonie Pingeot

L’icône de la chanson française des années cinquante à Saint-Germain des Prés, la muse de l’existentialisme qui chanta Jacques Prévert, Boris Vian, Serge Gainsbourg, Raymond Queneau, Jean-Paul Sartre, Jacques Brel… est ici incarnée par deux actrices, interrogées par un présentateur style paillettes des show télévisés. « Je me suis demandé comment, avec une enfance aussi difficile, dans un contexte aussi violent que la seconde guerre mondiale, dit Léonie Pingeot, on devient Juliette Gréco?»  Pour y répondre, elle a fait appel à sa cousine Mazarine.

© Rodolphe Auestreate

© Rodolphe Auestreate


Elles ont imaginé un spectacle façon cabaret décalé, en partant de l’interview par Jacques Chancel de Juliette Gréco dans l’émission Radioscopie en 1973 et la pièce se présente comme un interrogatoire.

«Qui êtes-vous Juliette Gréco?»: cette question insistante de l’animateur ponctue le spectacle. Avec un jeu de cache-cache entre lui, et les deux Gréco: Elsa Canovas, frêle et aux grands yeux éberlués, est le vilain petit canard que sa mère dédaigna et que son père faillit noyer.

Geoffroy Rondeau, lui, s’affirme en diva sensuelle gainée de noir, à talons hauts.  Raphaël Bancou, omniprésent au piano, guitare électrique, basse et trompette, intervient en complicité.

Une petite scène centrale accueille quelques chansons émaillant le spectacle mais il ne faut pas s’attendre à un tour de chant car : l’essentiel se passe autour. Un jeu de tissu tendu avec portes, est propice aux dérobades de la star. Rien non plus d’un biopic dans cette pièce en forme de puzzle qui  révèle une femme multi-facettes, à la fois secrète et impertinente, voire impudique. On y rencontre sans ordre chronologique, l’enfant blessée, la militante, l’amie, l’amoureuse, l’artiste… Une femme en somme.
Gaël Stall est un maître de cérémonie tape-à-l’œil, agaçant de suffisance, parodie d’un Jacques Martin ou Nagui . Elsa Canovas ressemble à un petit chat écorché et Geoffroy Rondeau, très convaincant dans un mélange ambigu de féminité et virilité, incarne parfaitement cette femme aussi ténébreuse que fragile sous ses vêtements noirs et vamp à ses heures.

«Pourquoi évoquer aujourd’hui Juliette Gréco ? se demandent les autrices. (…) Elle nous parle d’elle et s’adresse à ce qui, en chacun de nous, est blessé. (…) Et c’est le courage qui l’emporte, parce qu’elle fait le choix d’une vie contre les préjugés; en guerrière discrète et amusée, elle ne lâche rien.  Elle devient une véritable profession de foi, un projet humaniste, notre guide, à la fois discrète et populaire.»

La mise en scène, un peu brouillonne, hésite entre cabaret et rêverie poétique avec masques et bulles de savon mais les spectateurs qui ne connaissent pas ou mal, Juliette Gréco, comme ses fans reconnaîtront dans ce portrait chinois, une grande dame qui a traversé le siècle et repartiront avec, en tête, les chansons qu’elle a popularisées.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 10 février Théâtre du rond point 2bis avenue Fraklin D Roosevelt Paris 8e T. 01 44 95 98 00

15 et 16 février Espace Bernard-Marie Koltès Metz

 


Archive de l'auteur

Sauve qui peut (la révolution)d’après le roman de Thierry Froger,adaptation et mise en scène de Laëtitia Pitz

Sauve qui peut (la révolution) d’après le roman de Thierry Froger, adaptation et mise en scène de Laëtitia Pitz

Difficile à attraper une révolution? Faut-il la sauver, ou s’en sauver ? Point de départ de ce roman: un film sur la Révolution française dont la commande aurait été passée à Jean-Luc Godard (ici J.L.G.) par la Mission du bicentenaire de la Révolution de 1789, par Jacques Lang, à l’époque, ministre de la Culture. L’auteur de cette œuvre curieuse mêle par un effet de montage à la Godard, les recherches formelles et saillies du cinéaste, sa rencontre avec les personnages révolutionnaires et ses amours avec la jeune Rose, fille de Jacques Pierre, un  soi disant ex-camarade maoïste.

Recycler, couper, coller: un credo que Thierry Froger prête à son J.L.G. Comme dans ce roman imprimé en plusieurs typographies et où il procède par courtes séquences juxtaposées, Laëtitia Pitz a mis en scène une adaptation en quatre épisodes d’une heure chacun, en entrecroisant les thématiques, à la manière d’une série: «La mise en lien de Jean-Luc Godard-le cinéaste d’une vie-et Georges Danton, mais aussi les XX ème et XVIII ème siècles et un thème brûlant: la Révolution… Tout cela m’a immédiatement séduite chez Thierry Froger.»
Un même lieu rassemble les personnages: une île sur la Loire où Robespierre a exilé le tribun et où Jean-Luc Godard retrouvera son ami historien, par ailleurs biographe de Danton. On regarde la fin des années 1790, depuis le début des années 1990, elles-mêmes dans le rétroviseur de mai 1968! Mais l’utopie ne saurait survivre, comme toute révolution.

© Jean Valès

© Jean Valès

Sur le plateau, quelques tables et chaises d’école, un fauteuil, des écrans de toute taille et, au lointain, une forêt de micros : un décor simple conçu par Anaïs Pélaquier qu’elle manipule au gré des épisodes… Une présence quasi silencieuse aux côtés des acteurs Didier Menin et Camille Perrin qui est aussi, lui, à la console musique. Chacun se présente et annonce la couleur : «Les acteurs doivent citer, disait le père Brecht. » Lesquels joueront avec une juste distance les nombreux personnages. Et défilent en contrepoint sur les écrans, des extraits de films de J.L.G, interviews, photos, images d’actualité, archives… Le roman convoque aussi Jules Michelet avec, d’abord, le massacre de la princesse de Lamballe.

Nous allons suivre en parallèle la Révolution française et le parcours du film Projet 1789 de J. L. G. qui deviendra au fil du temps : Projet Quatre vingt treize et demi (un clin d’œil au roman de Victor Hugo et au film Huit et demi de Federico Fellini..) Et comme la guillotine de la Terreur coupe la tête des révolutionnaires, ce projet tournera court…
Mais nous serons passés par bien des anecdotes, comme ces échanges épistolaires -fictifs- entre Isabelle Huppert et J.L.G. qui lui propose de jouer Sarah Bernhardt bégayant dans le rôle de Théroigne de Méricourt, une héroïne de la Révolution devenue folle. Refus de la star et bouderie du réalisateur.

Thierry Froger s’amuse aussi à pasticher des citations du cinéaste mais en rapporte aussi de vraies: les limites se brouillent entre fiction et réalité. Il convoque aussi dans son livre  Antoine de Baecque, historien du cinéma et spécialiste de Godard, soi-disant chargé par la Mission du Bicentenaire, de rendre compte de l’avancée de ce Quatre-vingt-treize et demi … Il y a aussi un vrai/faux de avec Jean-Luc Godard avec la psychanalyste Elisabeth Roudinesco, biographe de Théroigne de Méricourt…

© Morgane Ahrach

© Morgane Ahrach

Au millefeuille de Sauve qui peut (la révolution), Laëtitia Pitz ajoute un dialogue cocasse entre le cinéaste et Marguerite Duras (ne figurant pas dans le roman), avec un échange ping-pong entrecoupé de remarques sèchement ironiques sur les relations entre l’écrit et l’image, la représentation de l’irreprésentable comme les camps de concentration, et des réflexions sur la télévision, Moïse, Rousseau ou Sartre… Un feuilleton littéraire en trois épisodes…pas vraiment indispensable. L’idylle entre Rose et J. L. G. s’affirme puis se délite au troisième: cela va interrompre les fils narratifs tendus pour s’attarder sur la vie intime du cinéaste.

Mais la série se conclut brillamment par le procès de Danton, avec un extrait de La Mort de Danton de Georg Büchner où le tribun, dans un discours flamboyant, prédit à son ami le même sort que le sien… Enfin, après ces tours et détours et jeux de miroir entre réalité et fiction, le roman nous offre la définition du mot: révolution du Larousse: «Nom féminin, mouvement circulaire d’un objet autour d’un point central par lequel il revient à son point de départ.»

Faut-il revenir à la Révolution, comme le propose joyeusement ce spectacle et l’historienne de la Révolution, Sophie Wahnich ?  « Appeler à la Révolution est une manière de proposer, dans une conjoncture mortifère et délétère, marquée par l’abandon des lois protectrices du bien-être et la valorisation des seules lois du libéralisme, un avertisseur d’incendie. Essayer de fabriquer des passages pour transmettre une expérience inouïe qui permette d’entendre à nouveau que la politique n’est pas seulement une activité, une profession, mais, pour les êtres humains, une condition. »
Laëtitia Pitz qui dirige la compagnie Roland Furieux (tout un programme !) et dont nous avions apprécié Perfidia et Les Furtifs (voir Le Théâtre du Blog), nous entraîne ici dans une belle traversée politique, littéraire et théâtrale. Il faudra suivre cette équipe lorraine. Et lire le roman fleuve de Thierry Froger.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 10 février, Théâtre de l’Échangeur, 59 avenue du Général de Gaulle, Bagnolet (Seine-Saint-Denis). T. : 01 43 62 71 20  

Le roman est publié chez Actes Sud (2016).

 

Raza Gaza, un poème de René Gaudy

Raza Gaza, un poème de René Gaudy

Pour Gaza et les Gazaouis je n’ai que la poésie, petit outil

Contre l’effacement

L’éloignement

Je n’ai que l’encre le papier les mots

Bloque stoppe flux flot radios télés photos

 

Dans la nuit sous la pluie fusée frappe fracas feu flamme avion explosion bombe tombe

Fumée qui monte

Couvre le monde

Silence

 

 

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Approchez approchez

Visages paysages cognent à ma vitre bien fermée

Voyez la Palestine ensanglantée

Trous noirs dans les façades yeux crevés

Terre tailladée cratères ténèbres

Poussière

Blocs de béton brisés

Parpaings gravats déchets

La peau des rues est une plaie

Lits éventrés

Livres en sang sur le plancher

Où sont les oiseaux, les poissons ?

Derrière ma vitre je vous vois

Vous criez, vous bougez

Bruit char mitrailleuse missile tir tir

Eclats dans ma tête

Rien pour anesthésier désinfecter

Amputée éborgnée étouffée asphyxiée ensevelie milliers

Voyez la terre gorgée de corps martyrisés

Ombres décombres

Plus un espace pour les tombes

Fosses béantes

Silence

Vous êtes à genoux, dans une carrière, quasi nus, yeux bandés, mains ficelées. Derrière vous les soldats. Vous êtes à genoux, dans la rue, quasi nus, chaussures éparpillées. Derrière vous les soldats. En tas dans des camions, dans des sacs retour Gaza. Vous êtes debout, mains en l’air, vous agitez un chiffon blanc. Tir. Sang sur blanc. Vous courez, sur vos épaules un cercueil, à bout de bras une civière, les quatre coins d’une couverture tachée. Aïcha ta maison n’a plus de toit.  Ma poupée, coquine tu te cachais, te voilà.

Vous êtes un champ de formes blanches ficelées en haut en bas pas d’épitaphe pas de marbre

Juste un nom écrit sur le drap.

 

 

 

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De Beit Lahia à Rafah

De Jabalia à Al Qarya

Vous marchez droit

Derrière ma vitre je vous vois

Vous êtes maigres

Vous ne laissez rien paraître

Les pieds dans l’eau un enfant dans tes bras

Sur la charrette des enfants un matelas

Vous marchez droit

De Beit Lahia à Rafah

De Jabalia à Al Qarya

Rasez maisons écoles hôpitaux musées bibliothèques églises cimetières

Profanation exhumation expulsion exécution

Extermination

Rasez la mémoire rasez tout rasez la mosquée d’Al Aqsa rasez la Palestine

Dans la nuit fumée grise

Pas d’oiseaux des missiles

Dans la nuit pas d’étoiles des flammes

Tu voulais sortir prendre l’air une petite promenade

Par ce temps cette horreur ce carnage

J’aurais dû sortir avec toi

Par ce temps cette horreur ce carnage

J’aurais dû rester là avec toi

Je serre dans mes bras un drap

Sang des enfants

Larmes des survivants

 

 

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Regardez-nous bien dans les yeux

La mort a éteint tous les feux

Nous sommes et nous serons couchés

Sous les blocs de béton brisés

Dans les fosses que nous avons creusées

Corps calcinés cœurs écrasés

Sous les gravats

C’était Gaza


Regardez au loin y a du bleu

Je vois un couple d’amoureux

Gaza debout face à la mer

Indomptable Gaza la fière

Regardez au loin y a du vert

Vert c’est l’espoir c’est notre terre

Tu es belle et je t’imagine

Enfin libre et sortie des ruines

Plus belle encore Palestine

 

René Gaudy, le 3 février.

 

 

 

Le Malade imaginaire ou le Silence de Molière, mise en scène et adaptation d’Arthur Nauzyciel

Le Malade imaginaire ou le Silence de Molière, mise en scène et adaptation d’Arthur Nauzyciel

Cette ultime tranche de la vie d’Argan-et de Molière-commence par des comptes d’apothicaire: le personnage fait métier de sa maladie et l’exerce avec savoir-faire. En bon bourgeois mais pas dupe, il veille au grain jusqu’au moment où, en père de famille à grande perruque royale, il croit régner.  Mais… il se sent seul: «Ils n’entendent point et ma sonnette ne fait pas assez de bruit.»

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Ici, Arthur Nauzyciel revient à son spectacle inaugural et insère dans la dernière comédie de Molière, Le Silence de Molière de Giovanni Macchia, une biographie où sont réunis l’artiste, l’homme et la dernière survivante d’une famille qui s’éteint.
Accompagné par Laurent Poitrenaux et Catherine Vuillez, piliers de sa troupe et de l’école qu’il dirige au Théâtre National de Bretagne à Rennes, Arthur Nauzyciel interprète Monsieur Diafoirus. Un personnage que jouait son père à la création en 1999 (lui jouant alors le fils Diafoirus. Il a confié les autres rôles, y compris les «doubles» du Malade, à ses anciens et jeunes élèves.

Renonçant d’emblée à un spectacle total, à la comédie-ballet d’origine-il n’y a plus de roi à divertir-le metteur en scène déplie littéralement la pièce, rendant visibles dans ses interstices, la vie et la mort de Molière. Il remet aussi en mémoire d’autres pièces plus anciennes.
Et, quand il évoque la maladie d’Argan, on entend la toux d’Harpagon dans L’Avare. Et l’interrogatoire serré auquel Argan soumet la petite Louison, complice supposée des amours de sa grande sœur Angélique, rappelle celui qu’Arnolphe impose à Agnès dans L’École des femmes. Avec tout ce que ces textes portent d’inquiétant, de trouble et d’incestueux. Et il y a un constat détonnant: «Il n’y a plus d’enfants. »
Le Silence de Molière, dit par Catherine Vuillez, trouve ici sa juste place, avant qu’une Esprit-Madeleine Poquelin, devenue adulte, réponde pour la petite fille qu’elle était: une façon d’endosser et refuser en même temps, l’héritage de Molière et de sa femme Armande.
Comment signifier l’incertitude de sa naissance, la calomnie et le scandale qui l’ont suivie? Comment ne pas choisir l’obscurité? C’est tout le questionnement de Giovanni Macchia qui fait parler la seule enfant survivante du couple: elle refuse de faire du théâtre et renonce à avoir des enfants.

La pièce garde pourtant ses moments de rire et de désinvolture. Ainsi, à côté d’un parler-chanter assez drôle entre le faux maître de musique et la jeune Angélique, on passe assez vite sur les affaires des amoureux, et le piège final tendu à la mauvaise épouse.
Ce Malade imaginaire est plutôt joué à la légère et personne ne s’en plaint. Mais le spectacle a aussi des moments de pure magie, sans triche ni artifice. Comment Toinette, la fidèle servante, va-t-elle se transformer en médecin «jeune vieillard de quatre-vingt-dix ans ?» En ne se transformant pas. Une seconde pour faire basculer les perceptions et c’est dit, elle est le médecin. Cela suffit, grâce à la sidération de cette minuscule seconde qui passe, entre réalité et vérité alternative .
Un autre moment fort à la fin du spectacle: Laurent Poitrenaux reprend, à la place du divertissement chanté et dansé qu’on attend, une des premières phrases d’Argan, :« Il n’y a personne. (…) Ah! Mon Dieu, ils me laisseront mourir ! »
L’acteur réunit en un cri, l’effroi de la mort et un appétit gigantesque de vivre… Nous approchons ici du sublime ce e que le public ressent et traduit par de vifs applaudissements à la fois de gratitude et de soulagement que cette chose terrible-n’y a-t-il pas quelque danger à contrefaire la mort?-se termine.

Une mise en scène « analytique » avec une scénographie sobre : des châssis translucides et blancs comme des pages à remplir, que les acteurs manipulent. Claude Chestier a imaginé de vrais costumes de théâtre, très simples, aux tons neutres. Un choix vraiment actuel et créatif. Mais leurs lignes et leur volume fermement dessinés, évoquent aussi un style fin XVII ème siècle. Bref, ce spectacle fait passer, avec Le Malade Imaginaire ou le Silence de Molière mais non sans troubler le public, la pièce originale du célèbre dramaturge, du côté de ses grandes œuvres.

Christine Friedel

Jusqu’au 9 février, Théâtre des Amandiers-Centre Dramatique National, 1 avenue Pablo Picasso, Nanterre (Hauts-de-Seine)

Le 21 février, Maison de la Culture de Bourges (Cher).

Les 13 et 14 mars.Comédie de Caen-Centre Dramatique National (Calvados).

Du 3 au 5 avril, Points Communs,-Scène Nationale de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise).

Les 11 et 12 avril, Le Bateau-Feu, Scène Nationale de Dunkerque (Nord).

L’Aquoiboniste, texte et mise en scène de Jean-Benoît Patricot

L’Aquoiboniste, texte et mise en scène de Jean-Benoît Patricot 

© Cédric Gasnier

© Cédric Gasnier

A quoi bon vivre quand l’être cher a disparu ? Comment sortir de la léthargie causée par cette perte? Un solo écrit sur mesure pour Bertrand Skol: ce comédien belge avait eu envie d’adapter au théâtre La Mort d’Olivier Bécaille, une nouvelle d’Émile Zola, dont le personnage principal se réveille un matin et entend sa jeune épouse vaquer autour de lui… et qui soudain,  le croit mort. Une voisine et le médecin aussi. Enterré vivant, il continue à percevoir les voix et l’agitation de l’extérieur. Jean-Benoît Patricot a tiré de ce texte, une fable où il a fait de cet homme, un mort vivant, une âme errante en quête de l’être aimée…

Sur son lit placé à la verticale, parfaitement immobile il semble dormir puis, comme s’il pensait tout haut, il nous fait part de ses envies de promenade en ce dimanche ensoleillé. Il entend sa femme, Anaïs, préparer le petit déjeuner. Puis, des coulisses, nous parviennent sa voix fantomatique avec cris et sanglots: elle le croit mort… Comme la voisine et le médecin. Sans transition, on retrouve Olivier sur une table d’autopsie, puis errant comme une âme en peine dans les rues, allant de son bureau au restaurant, à la recherche d’Anaïs… Sa quête l’entraîne sur les lieux de son enfance, à Guérande où il a rencontré l’aimée. Tel un fantôme, il affronte à nouveau la mort en mer… On comprend qu’il a traversé un long deuil…

 Nous découvrons la soi-disant mort d’Olivier, puis le chemin qu’il a fait pour continuer à vivre. Il ne faut pas chercher ici une vraisemblance, et on se laisse porter par le jeu nuancé de Bertrand Skol. L’auteur et metteur en scène crée ici un personnage lunaire, comme frappé par une déflagration émotionnelle. Malgré le peu de cohérence du texte et quelques flottements au début, l’acteur réussit à nous emmener dans son cauchemar, de l’ombre, à la lumière. Il a reçu en Belgique le Cyrano 2022 du meilleur comédien dans un premier rôle pour cette interprétation.

Mireille Davidovici

Jusqu’au 24 mars, Théâtre Libre/la Scène libre, 4 boulevard de Strasbourg, Paris (X ème). T : 01 42 38 97 14.

Culottées, d’après la bande dessinée de Pénélope Bagieu, adaptation de Rachel Arditi et Justine Heynemann, mise en scène de Justine Heynemann

Culottées, d’après la bande dessinée de Pénélope Bagieu, adaptation de Rachel Arditi et Justine Heynemann, mise en scène de Justine Heynemann

Éric Ruf, dans sa programmation, a toujours fait confiance aux jeunes créatrices. Cette pièce est à la gloire des femmes de l’ombre qui ont pourtant marqué l’histoire de l’Humanité et ont agi selon leur volonté. Une bande dessinée parue en deux volumes (2016 et 2017) les a fait revivre.

© V. Pontet

© V. Pontet

Cinq actrices incarnent ces femmes exceptionnelles dans des numéros de cabaret, accompagnées par Manuel Peskine qui a aussi écrit la musique. «Culottées, dit Justine Heynemann, raconte leur puissance mais le mot est à prendre dans tous les sens du terme: la force, et le potentiel, dont elles doivent être assurées pour l’exploiter. Et quand je dis: les femmes, ce sont toutes les femmes. Pas uniquement les impératrices, chercheuses ou écrivaines mais aussi celles qu’on croise et qu’on ne regarde pas. »

Ce que l’on ressent pendant la chanson finale, entonnée en chœur avec jubilation: «Tu décides de ton destin…devenir une culottée (…) Vous êtes souveraines, femmes qui côtoyez la haine !» Mais il faut un certain temps pour entrer dans cette galerie de portraits au début brouillon et on s’attache avec peine à ces fragments de vie. L’adaptation et l’interprétation de cette B.D.  sont peu lisibles mais progressivement, certains portraits émergent avec de beaux moments de poésie.
Clémentine Delait, la femme à barbe, est jouée avec humour par Séphora Pondi. Claïna Clavaron chante joliment Bette Davis, autrice et compositrice, la muse de Miles Davis. Elissa Alloula interprète avec rage Sonita Alizadeh, une rappeuse afghane qui dénonce la violence faite aux femmes et Coraly Zahonero incarne Agnodice, une gynécologue qui a bravé l’interdiction pour les femmes de pratiquer la médecine. Françoise Gillard est très convaincante en Temple Grandin : diagnostiquée autiste, elle deviendra éthologue et sera une digne représentante de l’exception autistique. Une belle rencontre avec ces oubliées de l’histoire. A découvrir.

Jean Couturier

Jusqu’au 3 mars, Studio-Théâtre de la Comédie-Française, Galerie du Carrousel du Louvre, 99 rue de Rivoli, Paris (Ier). T : 01 44 58 98 54.  

Par les villages de Peter Handke, traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, mise en scène de Sébastien Kheroufi

Par les villages de Peter Handke, traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, mise en scène de Sébastien Kheroufi

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© Christophe Raynaud de Lage

Pour sa seconde réalisation, le metteur en scène au lieu du cadre rural imaginé par l’auteur, a situé l’action dans une cité de banlieue en déshérence. Ce choix fait en accord avec l’écrivain autrichien, offre un intéressant focus à cette pièce créée en 1982 par Wim Wenders au festival de Salzbourg et par Claude Régy, l’année suivante au Théâtre National de Chaillot.

Il y a ceux qui quittent leur village et ceux qui y restent. Gregor, le frère aîné, parti à la ville, est devenu écrivain. Tout le sépare socialement, culturellement de son frère Hans, ouvrier, et de sa sœur Sophie, vendeuse demeurés sur place.  Le conflit autour de la maison des parents décédés, que Hans demande à Gregor de céder à leur sœur pour y ouvrir un commerce, révèle l’abîme de défiance ouvert entre eux comme une plaie à vif.

Gregor revient sur les lieux de son enfance, accompagné de Nova, une étrange guide (ou muse?). Au prologue, elle l’incite au voyage et elle aura aussi la mot de la fin dans l’épilogue lyrique qui clôt Par les villages.

Le spectacle démarre dans le hall du théâtre, avec un long exposé de l’ainé sur son village natal: il a sentiment de trahison de l’avoir quitté et de culpabilité d’avoir abandonné Hans et Sophie à leur triste sort de prolétaires. Peter Handke décortique son vécu, donnant sa tonalité et son rythme à la pièce, faite de dialogues qui prennent le temps d’approfondir les points de vue de chaque personnage.   »Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton droit, dit Nova, et que le bruit des feuilles devienne doux. Passe par les villages, je te suis. »

Et nous suivons Gregor jusque dans la petite salle du théâtre. Y est installée la baraque du chantier où travaille Hans. Mais les retrouvailles sont amères. «Figé, raidi de dignité et de culpabilité» selon Hans, l’aîné (impeccable Lyes Salem) affronte les reproches du cadet (Amine Adjina, tout en rage). Les mots qu’il lui lance, en arabe ou en français, par longues salves bien senties, blessent comme des flèches.
Le silence gêné de l’écrivain provoque la colère de l’ouvrier humilié qui clame sa différence de classe et lui présente ses camarades: Ignaz, l’ivrogne coriace (Ulysse Dutilloy-Liégeois) et Albin, l’imbécile heureux (Benjamin Grangier). «Nous les exploités, les offensés, les humiliés, peut-être sommes-nous le sel de la terre. » (…) « Nous sommes mutuellement parrains de nos enfants et porteurs de nos cercueils mais nous ne sommes pas amis.», crie Hans. Mais il lui fait remarquer que, malgré leur condition d’esclaves, ils appartiennent au «peuple des charpentiers », fiers de leur travail et attentifs à la beauté.

L’intendante du chantier (Gwenaëlle Martin), elle, ressent la poésie de cette vallée où «les cloches n’appellent plus personne, et où rien n’est plus transmis». Et dont seul, un artiste peut traduire les vibrations. Elle demande à Gregor de le faire : «Nous voulons qu’on fasse notre éloge. Mieux encore : notre endroit doit être magnifié, avec ses couleurs et ses formes. (…) Qu’il s’appelle lieu sauvage, ou pays sans nom, maintenant, vous pouvez de nouveau nommer ce lieu: terre.»

©Christophe Raynaud de Lage

©Christophe Raynaud de Lage

Le conflit familial s’aggrave quand Sophie (Hayet Darwich) fait part à Gregor de son rêve : ouvrir, avec l’argent de l’héritage, un commerce bien à elle. Son frère est hostile à ce projet continue de la considérer comme une employée subalterne et l’accable de son mépris. Mais elle l’enverra au diable!

En prenant longuement la parole, chacun des dix personnages raconte son histoire dans ce territoire oublié. Tous, jusqu’à la vieille femme du cimetière et dernière rencontre de Gregor (Anne Alvaro à l’ironie tragique), disent leur sentiment d’abandon. Elle regrette beaucoup la perte du monde d’avant et de tous ses repères. «Comme tout est devenu étranger ici. Comme cette cité est sans valeur. »

 Trois heures et demi ne sont pas de trop ici, pour entendre les mots simples mais amples de ce poème épique. Peter Handke qui a trempé sa plume dans la tragédie grecque, se défend d’écrire par monologues : «Cette pièce est faite de longs dialogues où l’un des partenaires répond profondément à l’autre. » Il cite Friedrich Nietzsche dès la première page : “Une tendre lenteur est le tempo de ce discours autre, de là d’où je viens .»

Artiste associé du Théâtre des Quartiers d’Ivry, Sébastien Kheroubi a voulu ancrer ce poème dramatique dans le contexte de cette ville et il a inclut dans le spectacle un chœur d’habitants: «Je veux explorer les différentes zones de la société. »
P
eter Handke donne ici la parole à celles et ceux qui ne parlent jamais et le metteur en scène talentueux prend le relais avec d’excellents  artistes issus de la diversité. Ils incarnent des hommes et des femmes, porteurs de mondes inépuisables et toujours inattendus. Des mots en arabe ou en d’autres langues, émaillent le spectacle… « Il y est parlé de ce qu’on néglige, de cet essentiel que l’on élude et qui fonde tout ce qui a lieu, écrivait le (remarquable) traducteur Georges-Arthur Goldschmidt. (…) Une épopée du quotidien où chacun des personnages parle, par, et pour les autres. »

La mise en scène vigoureuse, sans aucun temps mort et loin de toute sophistication, nous transporte dans ces territoires perdus de la République que sont aujourd’hui certaines banlieues. Le décor simple, fait de matériaux de récupération et conçu pour tenir dans un camion, se transforme à vue. Une paroi vient masquer la baraque de chantier style dortoir Algéco et la sœur y peint à grands traits son futur magasin. Quelques mottes de terre répandues et nous voici au cimetière, avec la vieille dame et une petite fille.

© Christophe Raynaud de Lage

© Christophe Raynaud de Lage

Loin de tout naturalisme, les mots transcendent les personnages. Et, aux cinglantes prophéties de malheur dont Grego (Lyes Salem) accable les habitants de la cité. rassemblés autour de lui comme un noir tribunal, Nova  répond : magistrale, la rappeuse antillaise Casey fait un éloge lumineux de la vie réelle, peut-être insignifiante   mais qui se révèle dans toute sa puissance.
Ses incantations chamaniques débouchent sur un vaste chant poétique : «On ne peut pas renoncer ; ne jouez donc pas les solitaires intempestifs (…) Bougez un peu, pour savoir être lents : la lenteur est le secret et la terre est parfois très légère : une image sans pesanteur, accueillez en vous cette image pour continuer votre chemin: elle montre le chemin, et sans l’image d’un chemin, on ne peut pas continuer à penser (…) Laissez s’épanouir les couleurs. Suivez ce poème dramatique. Allez éternellement à la rencontre. Passez par les villages.»
Un magnifique message de foi. Ne manquez pas de passer par ces villages, ici présentés sous un jour nouveau.

 Mireille Davidovici

Jusqu’au 11 février, Théâtre des Quartiers d’Ivry-Centre dramatique national du Val-de-Marne, Manufacture des Oeillets, 1 place Pierre Gosnat, Ivry-sur-Seine. T. : 01 43 90 11 11.

Les 16 et 18 février, Centre Georges Pompidou, Paris (III ème). Le 27 février, L’Azimut-Antony, Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine).

La pièce est publiée aux éditions Gallimard.

 

La Mouette d’Anton Tchekhov, traduction de Gérard Wacjman, mise en scène de Brigitte Jaques-Wajman

La Mouette d’Anton Tchekhov, traduction de Gérard Wacjman, mise en scène de Brigitte Jaques-Wajman

Notre amie Christine Friedel avait rendu compte de cette création il y a juste un an ( voir Le Théâtre du Blog). C’est donc une reprise sur ce même plateau des Abbesses avec, p
riorité au texte dans une «traduction au langage plus actuel». «En vérité, dit la metteuse en scène, j’adore la traduction d’Antoine Vitez, mais elle a quarante ans et, en travaillant avec Gérard Wajcman, nous avons cherché la pus grande fluidité possible.»

 

© Gilles Le Mao

© Gilles Le Mao

La Mouette, c’est en quatre actes et selon les riches didascalies d’Anton Tchekhov, autant de lieux: d’abord le parc, au soleil couchant de la grande exploitation rurale des Sorine, avec une estrade. Puis au II ème acte, un terrain de croquet sous le soleil avec un banc. Au III ème, la grande salle à manger. Et enfin au IV ème acte, deux ans après, un salon-cabinet de travail à la nuit tombée, avec une seule lampe à abat-jour. Mais ces didascalies ne sont jamais respectées à la lettre…
Avec une dizaine de personnages, Anton Tchekhov a tissé plusieurs histoires d’amour sur fond de nostalgie, d’à quoi bon, de trop tard… et à partir de sa vie personelle… Lika Misinova, une jeune professeur au lycée, collègue de sa sœur,  du dramaturge qu’elle aima en vain, essaya de faire du théâtre et du chant, mais sans beaucoup de résultat. Elle eut comme amant l’écrivain Potapenko dont elle eut un enfant. Bref, c’est déjà l’histoire de Nina, une mouette, qui sera sacrifiée, comme celle que Treplev, son amoureux, tuera et lui apportera en cadeau. Mais bon, le grand acteur polonais Andrezj Seweryn nous avait dit que la traduction par : « mouette » en français, n’était pas bonne : le mot, employé par le grand dramaturge, désigne en fait un petit oiseau… Ce qui change évidemment le sens de la scène.

Arkadina, une actrice très connue et Trigorine, son amant, écrivain, sont venus passer quelques jours à la campagne chez le frère de celle-ci. Mais Trigorine va tomber amoureux de la jeune et belle Nina et réciproquement.  Konstantin Treplev, le fils d’Arkadina a écrit une courte pièce que va jouer Nina, son amoureuse, devant la famille. C’est le thème de l’art et du théâtre chers à Tchekhov: parmi les personnages, il y a un écrivain et un futur dramaturge, une actrice et une jeune femme qui le deviendra. Enfin, Chamraiev le régisseur du domaine, aime raconter des anecdotes sur les grands acteurs.
Brigitte Jaques a voulu que « cette question du théâtre, aussi bien pour les auteurs que pour le jeu des acteurs, se pose tout au cours de la pièce. » Dans la pièce,
il y a l’influence de Skakespeare qu’Anton Tchekhov admirait tant.  Avec du théâtre dans le théâtre: des extraits de l’œuvre de Treplev sont joués trois fois : il cherche à créer une autre dramaturgie, avec, dit-il, «des formes nouvelles» à tendance symboliste. Sa mère Arkadina, sans doute habituée à jouer un théâtre plus conventionnel, se moquera maladroitement de ce texte qu’elle n’aime pas du tout : ce qui blessera gravement son fils
Nina veut être actrice et admire beaucoup Arkadina mais qui aime-t-elle vraiment?  Cet homme plus âgé qu’elle et pas très intéressant, ou bien l’image d’un grand écrivain à succès qui la fascine, elle, la jeune provinciale rêvant d’être actrice à Moscou? Elle le le rejoindra mais payera cher ce rêve de jeunesse… Leur enfant mourra, puis Trigorine l’abandonnera pour revenir auprès d’Arkadina et elle ne jouera qu’en province.  Un tiercé gagnant!

Treplev, lui, désespéré, essaye mais en vain, de se suicider. Accablé, quand Nina revient le voir après deux ans mais lui dit ne pas vouloir vivre avec lui et s’en va, il réussira cette fois à se tuer d’un coup de revolver. Le ton est donné dès les premières répliques: «Je porte le deuil de ma vie, dit la jeune Macha, je suis malheureuse. » Elle aime Treplev sans espoir. Medvedienko, une jeune instituteur, lui, l’aime passionnément et elle se laissera épouser… Ils auront un enfant.
Sorine, le frère d’Arkadina supporte mal de vieillir. Chamraiev, l’intendant du domaine, lui, bouscule sa femme, Paulina, amoureuse de Dorn,  un médecin comme lui, Anton Tchekhov. Il reste assez cynique. Bref, et en résumé, Medviedenko aime Macha qui aime Konstantin qui aime Nina qui aime Trigorine qu’aime Arkadina qui fascine Dorn qu’aime Paulina… Une chaîne qui rappelle celle d’Andromaque, trop compliquée pour rester dans l’axe avec, en fin de partie de loto, le suicide de Treplev … Ces personnages pessimistes mais intelligents et lucides, se laissent comme étouffer par une vie à laquelle ils peinent à donner un sens. Mais tous très attachants…

Comment Brigitte Jaques-Wajeman a-t-elle monté La Mouette (une pièce de Tchekhov pour la première fois) texte simple mais pas si facile à appréhender… On entend très bien le texte et les acteurs, crédibles, ont tous une très bonne diction. Ici, et heureusement, pas de micros H.F! En fond de scène, un grand ciel peint qui évoluera. Le petit théâtre, une estrade  où joue Nina, est faite d’un carré de centaine de parallélépipèdes en bois. Dont les acteurs feront écrouler une partie…
Mais ce carré plastiquement assez beau et qui fait penser aux sculptures de Sol Lewitt avec  uns structure  géométrique simple, encombre le plateau et ne fait pas vraiment sens quand il ne sert pas. Et nous n’avons guère ressenti d’émotion, sauf dans la scène entre Arkadina jalouse de Nina et son amant. Même à la fin, le suicide de Treplev aurait pu être mieux traité.
Cette Mouette parmi la dizaine que nous avons vue, restera pour nous un spectacle honnête mais sans beaucoup de rythme, et finalement assez décevant. Est-ce dû en partie à cette reprise? Mais nous avions nettement préféré les somptueuses mises en scène des pièces de Corneille par Brigitte Jaques-Wajeman où elle semblait plus à l’aise. Enfin, reste le plaisir de retrouver le texte de cette pièce créée en 1896 à Moscou et d’une étonnante fraîcheur…

Philippe du Vignal

Jusqu’au 11 février, Théâtre des Abbesses, 17 rue des Abbesses, Paris (XVIII ème). T. : 01 42 74 22 77.

 

Festival Les Singuliers Péplum médiéval de Valérian Guillaume, mise en scène d’Olivier Martin-Salvan

© Marc Argyroglo

© Marc Argyroglo

Festival Les Singuliers

Péplum médiéval de Valérian Guillaume, mise en scène d’Olivier Martin-Salvan

Un titre accrocheur avec une alliance de mots évoquant Antiquité romaine et Moyen-Age: pour inscrire une autre idée du Moyen-Age , le metteur en scène s’est fait aider par des historiens et se réfère entre autres au grand tableau Le Combat de Carnaval et Carême (1599) de Brueghel l’Ancien, avec, sur la place du marché d’un village flamand, une centaine d’hommes et femmes dont certains aux masques inquiétants, des aveugles ou estropiés qui mendient, et, au fond, une petite ronde de danseurs.
Le jeune Guillaume dans son sommeil, rêve d’un château fort… Ici un modèle réduit en résine ivoire avec tours crénelées, et en deux parties, que, selon les besoins des scènes, les acteurs feront glisser.. Les costumes, chaussures, bonnets, collants de couleur vive, caricaturaux avec motifs inspirés de l’héraldique comme les drapeaux, ont été imaginés avec talent par les scénographes Clédat et Petitpierre. Olivier Martin-Salvan a réussi à créer avec eux un univers avec des images particulièrement soignées.

Ici, toute une bande de femmes et d’hommes montent sans arrêt dans le château, se poursuivent, caracolent sur un faux cheval, font l’amour, chantent… C’est souvent ssez drôle. Olivier Martin-Salvan qui joue aussi dans ce spectacle, dirige avec une remarquable maîtrise, un ensemble d’acteurs: Romane Buunk, Tristan Cantin, Manon Carpentier, Victoria Chéné, Fabien Coquil, Guillaume Drouadaine, Maëlia Gentil, Lise Hamayon, Mathilde Hennegrave, Rémy Laquittant, Emilio Le Tareau, Christelle Podeur, Jean-Claude Pouliquen et Sylvain Robic. Certains souffrant d’un handicap, et issus de l’ensemble Catalyse ou du Centre National pour la création adaptée de Morlaix.
Il
n’y a ici aucune vedette ou rôles vraiment principaux. Et tous les interpètes passent d’une scène à l’autre avec fluidité, changent le château de place selon les scènes en le faisant glisser. Il y a là tout un travail gestuel, de groupe ou individuel, de premier ordre: aucun temps mort et les enchaînements sont d’une rare qualité.

Et dans ce Péplum médiéval, le metteur en scène a su créer de vraiment bons moments très  picturaux. Comme sur un arbre stylisé, une étonnante accumulation de squelettes peints sur de grands pantins et une formidable danse macabre (chorégraphie d’Ana Rita Teodoro). Le tout avec un tissage musical léger en fond sonore ou plus fort pour les chants et les danses. La composition électronique de Vivien Trelcat rappelant celles, merveilleuses, d’Hildegard von Bingen ou Perotin (XI et XII èmes siècles), ou plus tard celle de Guillaume Dufay ou Guillaume de Machaut (XIV ème siècle).

Mais le scénario n’est pas facile à suivre et Valérian Guillaume semble s’être contenté de faire des gammes sur la langue du XII ème et XII ème siècle, associée à la nôtre ( ce qu’il revendique), au lieu d’offrir aux acteurs, un instrument de travail cohérent. Ici, on passe d’un récit, à des dialogues pauvrets, et après les vingt premières minutes, l’ennui arrive même s’il se passe toujours quelque chose sur la scène… et des spectateurs se mettent vite à déserter: ce qui n’est jamais bon signe… Il faudrait que le texte soit clair, ce qui est loin d’être le cas ici… Même si, pour une fois, tous les acteurs ont une excellente diction. Mais les micros H.F., en uniformisant les voix: on ne voit pas toujours bien qui parle dans la pénombre, n’arrangent rien.
Jouer au théâtre avec l
es mots et la langue, pourquoi pas? «Mon ambition, dit Valérian Guillaume, est de tisser dans un vaste corpus poétique, une rapsodie de mots mêlée à notre contemporanéité. » On veut bien mais tout le monde n’est pas-chacun dans un style différent- Jean Tardieu, Valère Novarina, bien sûr ou encore François Cervantes avec son récent et merveilleux Repas des gens au Théâtre de la Criée à Marseille ( voir Le Théâtre du Blog).

Bref, l’ensemble ne fonctionne pas sur la durée du spectacle et c’est dommage pour les acteurs… et le public. En majorité jeune, ce qui est rare, il semblait partagé, les uns ont applaudi fortement, les autres, très peu ou pas du tout. La jeune femme qui, sur le même rang que nous, baillait sans arrêt, s’était déjà envolée depuis un bon moment… Nous avons tenu jusqu’à la fin mais sommes restés sur notre faim. Alors, à voir? Peut-être, mais à condition de ne pas être difficile. A vous de décider…

Philippe du Vignal

Spectacle vu le 1 er février au Cent-Quatre, 5 rue Curial, Paris (XIX ème). Jusqu’au 3 février.

L’Archipel, Scène nationale de Perpignan (Pyrénées-Orientales), les 8 et 9 février.

Scène nationale du Sud Aquitain, Anglet (Pyrénées-Atlantiques), les 14 et 15 mars. Le Lieu Unique-Scène nationale de Nantes/Le Grand T,  du 26 au 30 mars.

Le Théâtre, Scène nationale de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), les 4 et 5 avril. La Coursive, Scène nationale de La Rochelle (Charente-Maritime), les 10 et 11 avril. Le Grand R, Scène nationale de La Roche-sur-Yon (Vendée), les 17 et 18 avril.

L’Arc, Scène nationale du Creusot, en co-accueil avec le Théâtre-Scène nationale de Mâcon et L’Espace des Arts-Scène nationale de Chalon-sur-Saône, (Saône-et-Loire), les 17 et 18 mai.

 

 

Entretien avec la pianiste Shani Diluka

Entretien avec la pianiste Shani Diluka

Cette artiste virtuose a été la première Française de parents shri-lankais, à entrer au Conservatoire national supérieur de musique et de danse où elle a remporté le premier prix de piano.  Shani Diluka est la partenaire régulière d’ensembles de musique de chambre: les quatuors Ébène, Ysaÿe, Pražák, Modigliani, Belcea Et du violoncelliste Valentin Erben, du quatuor Alban Berg, de la mezzo-soprano Teresa Berganza, du clarinettiste Michel Portal et de la soprano Natalie Dessay. Elle collabore aussi avec les compositeurs György Kurtág, Wolfgang Rihm, Karol Beffa, Bruno Mantovani dont elle a créé  Cinq pièces en hommage à Paul Klee. Et elle a récemment participé à l’aventure de Flouz au Théâtre du Châtelet (voir Le Théâtre du Blog).

 -Dans Le Livre de nos mains initié par le neurochirurgien Damien Chauvet, vous parlez d’un accident domestique à vingt-quatre ans. Ce qui a entraîné un long arrêt dans votre carrière de soliste. Cela a nécessité une rééducation mais ensuite que s’est-il passé?

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 -Un moment capital pour moi:  je venais de signer avec une grande maison de disques et avais prévu de faire mon premier concert au festival de La Roque d’Anthéron. Mais il y a eu deux ans d’arrêt et six mois avec attelles sur les tendons sectionnés du pouce. Le chirurgien qui m’a opérée, m’a dit d’imaginer jouer tous les jours, ce que j’ai fait une heure chaque matin devant mon piano. J’ai alors beaucoup lu: des philosophes comme Emmanuel Kant, Frédéric Nietzche mais aussi des partitions. Quand je suis revenue au piano, j’ai pris conscience du son et de nouvelles harmoniques se sont développées… J’ai commencé par jouer du Jean-Sébastien Bach…

 -Il est rare qu’une artiste virtuose ne se limite pas à ses concerts. Pourquoi êtes-vous allée vers d’autres types de création artistique: un travail avec des détenus pour Flouz ( voir le Théâtre du Blog), une collaboration avec des acteurs comme François Morel, Guillaume Galliene, Denis Podalydès. Mais aussi écrire vos textes et adapter pour le piano des œuvres pour les jouer avec les Daft Punk, etc.

-J’ai grandi entre des cultures très différentes. L’occidentale : à Monaco quand j’avais dix ans, j’ai vu Laurent Terzieff mais aussi Les Ballets russes. A Milan ,j’ai découvert le Piccolo Teatro et de grands solistes comme Radu Lupu, etc.. Et la culture de mes origines au Sri Lanka.
La musique a été une des réponses et a créé chez moi une sorte d’universalité. J’ai joué du Mozart à Monaco et au Sri Lanka où j’ai vu naître l’émotion chez des gens qui ne l’avaient jamais entendu! Et au Conservatoire supérieur de musique et de danse de Paris, j’ai été prise en main par Jean Daniel et Edgard Morin que je connaissais bien. Ils m’ont ouvert à la pluralité culturelle. Jeanine Roze m’a fait découvrir Paul Claudel et m’a mise en contact avec Denis Podalydès, pour un spectacle au Théâtre des Champs-Elysées. Puis, j’ai rencontré Guillaume Galliene en élaborant un C.D. autour de Marcel Proust. Les mots sont aussi, pour moi, une rencontre avec la musique. Souvent, avant d’entrer en scène, je lis de la poésie. Au départ, je voulais faire Science-Po pour comprendre le monde et au Conservatoire, j’ai pris toutes les options : théâtre, littérature, histoire de l’art…

-Avez vous déjà collaboré avec des danseurs ?

-Pas encore, mais la Philharmonie de Paris m’a proposé une collaboration avec un danseur de hip hop. J’avais eu une expérience avec Philippe Decouflé mais cela n’a pas abouti car il y avait trop de tournées !

 -A La Tanière, un célèbre centre de protection animale, on peut lire cette phrase : «L’art et l’animal ont un point commun: ils provoquent en nous ce qu’il y a de plus profond, l’émotion.» Vous-même avez écrit : «J’attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, la fraise, la mouche. J’attache de la valeur au règneanimal, à la république des étoiles.»Êtes-vous toujours en accord avec cela?

-Oui, on ne respecte pas assez la sacralité des animaux. Je suis d’une famille bouddhiste et, dans la pensée bouddhiste, nous sommes égaux à un arbre, à une fleur, à un oiseau. Mon compagnon est chanteur et imite des centaines d’espèces d’oiseaux. Pour moi, le monde de l’animal est très présent. Au Sri Lanka, nous avons un rapport sacré avec l’éléphant, par exemple. C’est une leçon : nous devons respecter le règne animal.

 Jean Couturier

 Le 9 février, récital Beethoven/Grieg/Liszt à La Scène 55 de Mougins (Alpes-Maritimes)

Du 3 au 5 mars, Grieg/Brahms/Tchaïkovsky en musique de chambre, au SoNoRo Music Festival, Bucarest. Le 25 mars avec l’Orchestre national d’Île-de-France, à la Philharmonie de Paris et Concerto K 488 de Mozart en tournée.

Du 29 avril au 6 mai, résidence autour de Schubert à la Villa Musica en Allemagne.

Le 8 mai, Concerto n°3 de Beethoven avec l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, Monaco. Le Le 16 mai, Récital Bach et les minimalistes, Jazz à Saint-Germain-des-Prés, Paris (VI ème). Le 23 mai, Concerto pour piano de Reynaldo Hahn.

Le 23 juin, avec l’orchestre Brucknerhaus de Linz (Autriche). Le 28 juin, récital Bach et les minimalistes, Grand Piano Festival, Orléans (Loiret) et le 29 juin, au festival Sœurs jumelles de Julie Gayet, Rochefort (Charente-Maritime).

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