Exodus, No longer Silent, Revelations par l’Alvin Ailey American Dance Theater.

 

Exodus, No longer Silent, Revelations par l’Alvin Ailey American Dance Theater.

La troupe américaine occupe la nouvelle scène de  l’île Seguin dans le cadre des Étés de la Danse. Pour son cinquième passage dans la capitale, et dans ce festival, la compagnie propose cinq programmes différents ; pleine de vitalité, elle rencontre un succès public qui ne se tarit pas, malgré un lieu peu adapté à la danse à cause de l’éloignement  de nombreux spectateurs. Difficile en effet de capter et de partager la folle énergie de ces danseurs sans une vraie proximité.

Après une première pièce inégale, Exodus, nous découvrons  l’impressionnante  chorégraphie de Robert Battle, directeur de la compagnie depuis 2011. Il a succédé à son mythique créateur, Alvin Ailey, mort du sida en 1989, puis à Judith Jamison une danseuse emblématique de la troupe, qui avait mis en place la Junior Company, Ailey 2. D’abord formée exclusivement de danseurs noirs, l’Alvin Ailey Dance Company, qui va fêter l’année prochaine ses soixante ans, offre aujourd’hui davantage de mixité.

Avec No longer Silent,  Robert Battle mobilise  l’ensemble des danseurs sur une musique d’Erwin Schulhoff, un compositeur juif traqué par les nazis et mort en camp de concentration. Ce ballet, très rythmé et d’une grande violence, met en jeu quatre groupes qui se croisent, se séparent  et se reforment sans jamais quitter le plateau.

Gestes précis et mouvements complexes se succèdent dans une grande dureté, rappelant parfois Le Sacre du Printemps d’Igor Stravinski et exigeant un engagement physique total des artistes.
Revelations qui termine presque toujours la représentation, quel qu’en soit le programme, a été créée en 1960, sur une musique de gospels et de blues. La succession de tableaux festifs dans l’esprit des comédies musicales, et la virtuosité des danseurs, qu’il soient en solo, en duo, en trio ou en groupe nous éblouit, malgré des costumes un peu kitch nous transportant à l’époque du film, Autant en emporte le vent.

Jean Couturier

Seine Musicale jusqu’au 22 juillet, 53 cours de l’île Seguin, 92100 Boulogne-Billancourt  (Hauts-de-Seine)

www.lesetesdeladanse.com


Archive de l'auteur

The Hole, chorégraphie de Hsiao-Tzu Tien

Festival d’Avignon

(C)Jean Couturier

(C)Jean Couturier

The Hole, chorégraphie de Hsiao-Tzu Tien.

Ce spectacle, soutenu par le Centre culturel de Taïwan à Paris, et le ministère de la Culture de ce pays fait partie d’une riche programmation qu’il nous offre… pour la onzième  année dans le off ! Certaines de ses créations ont fait après Avignon,  de belles tournées internationales. Comme, l’année dernière, Floating Flowers,  par la compagnie B.Dance, (voir Le Théâtre du Blog).

 Hsiao-Tzu Tien, qui a obtenu l’an passé une bourse de résidence à la Cité Internationale des Arts de Paris, s’inspire de ses expériences personnelles et de ses sensations au quotidien. Elle cherche à traduire «ce sentiment de flottement entre l’homme et son environnement, entre l’intérieur et l’extérieur, propre, selon elle, à notre époque. «Les jours passent et je reste immobile, je n’arrive pas à entrer dans mon rêve », dit-elle, en voix off, au début du spectacle.

Cinq danseuses dont  elle, vont, pendant  cinquante minutes, tenter de nous faire partager cette état-frontière entre réel et imaginaire. Plusieurs tableaux se succèdent ainsi sur un mode répétitif: chutes des danseuses, piétinement des corps qui s’empilent les uns sur les autres, puis qui se séparent du groupe.

Libre à chacun d’interpréter ces images selon sa propre sensibilité, mais  il n’y a pas de véritable cohérence entre les scènes. Une paire de chaussures, un micro ou un téléphone font parfois  irruption sur le plateau et ajoutent à la confusion de la lecture : on entre difficilement dans cet univers, malgré certains tableaux d’une grande beauté sensuelle, comme la diagonale des corps dans un rayon de lumière, ou les courses folles de danseuses qui se croisent, en soulevant une poussière terreuse. Avec un engagement et une énergie sincères. Elles forment  un groupe cohérent  et ont une vraie écoute entre elles…

Dans cet espace nu, les sons et la musique de Li Yu-De accentuent la sensation d’étrangeté d’un monde un peu autiste où la chorégraphe essaye de nous faire entrer. Mais elle a du moins le courage de nous présenter une pièce qui ne manque pas d’ambition, parmi les dizaines de spectacles de danse souvent racoleuses dans le Off. Impression donc mitigée !

De belles intentions ne font pas toujours mouche, mais, comme il est rare de croiser de telles œuvres, vous pouvez, si vous laissez de côté votre rationalisme, faire un voyage  atypique dans un imaginaire complexe,  issu d’une autre culture…

Jean Couturier

Hivernales, Centre de développement chorégraphique,  18 rue Guillaume Puy, Avignon, jusqu’au 19 juillet, à 21 H 45.

hivernales-avignon.com               

Une aventure théâtrale, trente ans de décentralisation, de Daniel Cling

 

Une aventure théâtrale, trente ans de décentralisation, un film documentaire de Daniel Cling
 
Nous vous avions parlé avec enthousiasme de ce remarquable film, aussi précis qu’émouvant, qui retrace, en un peu plus d’heure et demi,  toute  l’histoire du théâtre français récent en province et dont la première projection avait eu eu lieu le mois dernier à Paris.

Il y a tout du beau monde dans ce film des comédiens, metteurs en scène, hommes politiques, etc. ey bien entendu des morts mais aussi des vivants, sans lesquels la décentralisation n’aurait pas eu lieu et qui en parlent très bien… notamment Robert Abirached, Catherine et Jean Dasté, Pierre Debauche, le Général de Gaulle qui soutenu André Malraux le visionnaire, Gabriel Garran, Georges Goubert, Jean-Louis Hourdin, la grande Jeanne Laurent qui avait fait nommer Jean Vilar à la tête du T.N.P., Roger Planchon, Isabelle Sadoyan qui fut l’un de ses très bonnes comédiennes et qui vient de disparaître, Christian Schiaretti, Bernard Sobel, André Steiger, Arlette Téphany, Pierre Vial, Jack Ralite, Hélène et Jean-Pierre Vincent, Antoine Vitez…. (voir Le Théâtre du Blog).

Ce film est à nouveau projeté dans le cadre de ce 71ème festival. Si vous êtes en  Avignon et si vous êtes disponible demain, surtout ne ratez pas  ce documentaire. Une rencontre suivra avec  Daniel Cling, Jean-Pierre Vincent et d’ Arlette Théphany, de l’Union des artistes. 

 Philippe du Vignal

Cinéma Utopia-Manutention, Avignon ce mardi 19 juillet à 11h. Un DVD sortira prochainement.

Baie des Anges,de Serge Valletti, mise en scène de Hovnatan Avedikian

©Fabien Benhamou

©Fabien Benhamou

Baie des Anges, de Serge Valletti, mise en scène de Hovnatan Avedikian

Dans une atmosphère de polar américain et de film d’Orson Welles, la pièce  est toute d’angoisse nocturne, mais aussi, côté solaire, de joie de vivre, avec les musiques envoûtantes de films mythiques qui s’intensifient à mesure que s’accentue la menace énigmatique jusqu’à la catastrophe qui nous saisit. Avec aussi une montée d’adrénaline pour un suspense très fort, images fulgurantes de films-culte, tel celle avec le bruit de la chaussure du pendu qui cogne sur le battant d’un volet, la nuit dans une maison isolée. Le metteur en scène s’est amusé avec les poncifs attendus du genre noir : séduction, amour, argent,  et ses conséquences sur des êtres foncièrement solitaires.

 Dans ce récit, Serge Valetti explore ici l’étrangeté de toute existence. Gérard, un personnage inquiétant, qu’incarne avec flamboiement, David Ayala tout en rondeurs,  évoque un magnat de l’art qui s’emploie à rendre hommage à un ami volontairement suicidé à quarante ans, à l’âge exact de la mort de sa propre mère.

 Fabrication de guirlandes festives, avec virées commerciales en voiture, quête de belles amoureuses, et argent qui coule à flots, bref, la vie de Gérard résonne ici de rêves merveilleux… Et pourtant, il y a chez lui, comme un sentiment de solitude et de malheur ancré.

 Pour mettre en scène un projet de création cinématographique et de théâtre dans le théâtre avec mise en abyme vertigineuse, ce concepteur mélancolique fait appel à un acteur, Armand, joué avec distance et humour par Nicolas Rappo, et à une actrice, La Fille, que joue la glamour Joséphine Garreau, entre passé et présent, images anciennes et vignettes tendance. Tous trois mettent en place le spectacle, entre doutes, hésitations, choix artistiques, donnant à voir la magie de toute création collective.

Coups de colère et instants de joie se suivent jusqu’à atteindre la chute finale.Et, au fil des répétitions, vies personnelles et vies fictives inventées s’entremêlent, et les comédiens ne savent plus distinguer leur personnage réel de leur  fantôme. L’enquête policière installe les morceaux du puzzle d’une vie fascinante : dialogues sur le théâtre et sur la vie, photos et musiques- souvenirs, larmes et poésie.

Un spectacle remarquablement élaboré, et très bien joué, avec verres de whisky à gogo, et costume de lin blanc et panama pour  David Ayala! Le public ne boude pas son plaisir, devant le bel engagement des comédiens…

 Véronique Hotte

 Théâtre 11. Gilgamesh Belleville, boulevard Raspail (ex-Flunch),  jusqu’au 28 juillet à 13h45.

Festival Scènes de rue à Mulhouse

 

Festival Scènes de rue à Mulhouse

hqdefaultLes Filles du renard pâle de Johanne Humblet et Violette Legrand

Une funambule Johanne Humblet, issue de l’École du cirque de Bruxelles et de l’Académie Fratellini, s’installe sur son fil pour quatre heures ! Un peu crispés sur nos chaises dans un café, nous l’observons en-dessous du fil, danser, sauter, s’allonger avec une maîtrise incroyable.

La voix de la chanteuse Violette Legrand rythme ses évolutions, et le public retient  son souffle devant cette performance, mais, bon au bout d’une heure… nous partons à la découverte des vingt-cinq autres spectacles de ce festival !

Poilu, Purée de guerre de Nicolas Moreau

Beaucoup trop de monde pour que nous puissions bien percevoir les tribulations de ce poilu de la guerre de 14 ! Debout derrière de petits gradins, nous parvenons quand même à capter quelques bribes des paroles de Nicolas Moreau. Il reconstitue un champ de bataille, explosions et chairs déchirées, avec des pommes de terre, et nous entraîne dans les tranchées avec de simples cagettes. Mais, lassés de voir si peu de ce théâtre d’objets, nous le quittons  pour les autres spectacles qui ont lieu dans les rues de Mulhouse.

Zéro Killed  par Carnage Productions, mise en scène de Stéphane Filloque

Nous sommes convoqués devant un immeuble délabré menés par un groupe de neuf comédiens. Soit  quarante cinq minutes en immersion dans un univers clos, avec dehors, le chaos social. « Imaginez-vous faire partie d’un groupe de cent personnes qui demandent l’asile, mettez-vous dans la peau de quelqu’un de vulnérable face à une porte close, regardez-vous entrer à la hâte pour être sur d’être «admis», jouant des coudes, sans solidarité, de peur que … Vous y êtes, mais rien est joué , votre sort est entre les mains d’un groupe de dix jeunes gens, ce ne sont pas des soldats, des guerriers, mais ils sont armés et qui garderont-ils ? Quels sont leurs  critères ? »

 Ici, c’est marche ou crève, et la loi du marché dans des enclaves clandestines urbaines. Ils pénètrent dans cet immeuble, en ouvrent peu à peu les fenêtres et nous admonestent : « On est vingt, on a deux toilettes ». Une jeune femme descend du toit en rappel. On nous fait entrer par petits groupes dans des pièces délabrées où on nous délivre des discours obscurs, et on nous offre des chewing-gums.

Dans la première pièce, une fille ensanglantée se lave : « Mon domaine, c’est la beauté ! ». Elle ramasse sa lingerie, et nous changeons de pièce pour voir un tableau encore plus improbable, sur la période romantique allemande. Un homme la menace d’un revolver, elle s’enfuit, nous la suivons dehors. Il y a ici une forte présence dans ces tableaux sur la vie de réfugiés, et une fois sortis dans la cour, nous respirons enfin… soulagés du poids de ces migrations douloureuses.

Carnage Productions né en 1989, regroupe «une quinzaine d’imbéciles tous dévoués au ridicule et à l’humour cultivé, à force d’observation du monde qui les entoure». Stéphane Filloque revient à Mulhouse avec cette nouvelle création collective, inspirée des stages de survie sociale qu’il pratique depuis de nombreuses années.

 Las Vanitas par la compagnie Chris Cadillac.

Singulier, ce spectacle suisse, avec Cécile Druet, Sophie Lebrun, Mélanie Vinolo qui, d’emblée, ne s’avouent pas toutes comme faisant partie du jeu ! Une belle jeune femme en robe longue, au volant d’une voiture blanche, en ouvre la porte, fume une cigarette  et va danser avec un spectateur. Puis, elle  court sur place et s’écroule en hurlant : « Non, je suis en détresse ! ».

Une autre se détache du public,  et annonce deux thématiques, la fermeté et le cauchemar ! «Vous m’avez trouvée comment ? La féminité en tant que mère de famille ! » Et une troisième fille glousse en disant : «Le spectacle, c’est toi, c’est nous ! (…) C’est quoi ce délire, c’est le chaos (…) On me demande de venir sur scène, c’est quoi, ce routage de gueule ? (…) Je ne suis pas complètement prise au sérieux, alors que j’ai mis de la profondeur dans cette entreprise !».

D’abord déconcertés, nous nous laissons aller peu  à peu : ces Vanitas se donnent à fond dans un spectacle qui nous a souvent fait beaucoup rire. Mais  une partie du public a décroché…
 
Edith Rappoport

Le festival Scènes de rue à Mulhouse (Alsace) a eu lieu du 12 au 16 juillet.

Prison Possession, de et par François Cervantes

 

 

©Melania Avanzato

©Melania Avanzato

Prison Possession, de et par François Cervantes, à partir d’une correspondance avec Erik Ferdinand

François Cervantes témoigne ici d’une expérience épistolaire avec des détenus : soit l’écriture d’un homme seul, comme habité  par l’autre. En janvier 2012, l’auteur, metteur en scène et comédien, visite la prison du Pontet, près d’Avignon : les détenus, dit le bibliothécaire, demandent des recueils de poésie ou des autobiographies ; certains vont jusqu’à découvrir ici la fascination de la lecture et ses pouvoirs. L’un d’eux lui écrit un jour: «Je tiens un livre comme si j’avais ma vie entre mes mains, je ne peux plus le lâcher, je veux connaître la fin. »

 Ainsi, commencent des échanges de lettres avec des détenus isolés dans une société qui les exclut : ils savent qu’ils suscitent une incompréhension réelle: «La prison coupe les liens qui relient un individu aux autres et au monde. Un homme est amputé du monde, et le monde est amputé d’un homme. Et couper ces liens, ce la revient à couper ses pensées. »

 En même temps, l’acteur redécouvre le folklore du courrier postal, les enveloppes en circulation, les jolis timbres à coller, le mystère des écritures tracées  à la main.Entre l’écriture de l’émetteur et la réception de la lettre-différée-par le destinataire, s’ouvre un abîme, une attente, une possibilité d’ouverture, une espérance en travail.

 Il s’agit d’un simple lien, merveilleux (ni amitié, ni fraternité) dont l’importance est extrême, et à laquelle chacun des deux partenaires donne son plein consentement.  François Cervantes revient sur son enfance où il lui était difficile, de parler à ses proches : «J’apprenais à écrire pour apprendre à parler. »

 Erik, un détenu s’exprime à travers la parole de l’auteur qui livre ici son texte sur le plateau: même solitude et même isolement. L’un vit la situation à l’extérieur pour la transcender grâce à l’art de se dire et d’écrire, et l’autre ne peut échapper au gouffre immense qui le saisit. Toutefois, Erik, conscient de l’aventure qui le happe de façon inattendue, vit dans un néant sans fond, absent à lui-même par la force des choses. Puis il ressuscite à sa manière, dans le regard de l’auteur qui le place sur une scène pour qu’il puisse être entendu enfin comme individu.

 Le prisonnier mis à l’isolement ne se sent plus vivre, ni appartenir à la société des hommes : la peine est trop lourde d’être ainsi coupé de son prochain. La réception des lettres de François constitue pour Erik ce à quoi, seul, démuni de tout, il peut accéder en dernier recours, un partage d’humanité. François Cervantes dispense patiemment la parole réfléchie et distante d’Eric, l’expression d’une sensibilité à fleur de peau, une clarté éloquente, l’instinct de la présence de l’autre avec qui pouvoir parler, en toute liberté, gratuité et bonté.

 Un spectacle tendu et sincère pour un échange avec cet autre qui est soi-même.

 Véronique Hotte

Gilgamesh Belleville, boulevard Raspail, Avignon (ancien Flunch) jusqu’au 28 juillet, à 12h25, relâche les 11, 18 et 25 juillet  (à partir de 13 ans). T : 04 90 89 82 63

 

Nous n’irons pas à Avignon

Nous n’irons pas à Avignon :

Depuis plus d’une dizaine d’années, Mustapha Aourar, «maraîcher ferroviaire», comme il dit, de la gare de Vitry, organise pendant le festival d’Avignon, des représentations de spectacles singuliers qu’il sait dénicher avec efficacité. Cette année, vingt-et-un, et des plus originaux, sont présentés du 9 au 23 juillet.

Crois-moi par la compagnie Wendimni, danse et chorégraphie de Jérôme Kaboré, musique de Fanny Lasfargues

Un spectacle à la fois soutenu par la mairie de Cachan et le centre de développement chorégraphique La Termitière de Ouagadougou, (Burkina Faso).
Une quinzaine de calebasses éparses sur le plateau, un homme allongé sur un cube, et une guitariste jouant des congas pour rythmer ses mouvements.  Il se renverse, se tortille lascivement puis se lance parmi les calebasses,et les brise en sautant dessus.

Il roule, il vole, agile et désespéré. Les mouvements du corps et les sons s’entremêlent puis la musique s’éteint peu à peu. Le danseur et la musicienne s’enfuient.

compagniewendinmi@gmail.com

Image de prévisualisation YouTube

Solo burlesque et gestuel de Maria Cadenas, compagnie Troisième Génération.

Une pâtissière roule sa pâte, se trémousse sur l’établi. Elle renverse un bocal qui se casse, elle ramasse les morceaux, recherche le poisson pour le remettre dans les débris. Elle balaye vaguement et prépare des patates, les met au four qui se met à fumer dangereusement. Il y a un orage, il pleut, elle déploie un parapluie qu’elle pose par terre, retourné. C’est insolite et plutôt joyeux.
www.mariacadenas.com

4be7f8_f1993070c414438099c49cb80129fc2b~mv2_d_4476_3255_s_4_2Un Steack, d’après Jack London, conception et interprétation de Gabriel de Richaud, voix et jeu de Guillaume Hincky.

Étrange ce cinéma pour l’oreille ! Nous sommes assis dans des  transatlantiques, et on nous distribue des écouteurs pour écouter le redoutable match qu’un vieux champion de boxe, affamé, doit livrer contre un jeune adversaire, pour nourrir sa famille. Il n’a mangé que du pain mais sa femme et son enfant, eux rien du tout ; et il  faire à pied les deux miles pour se rendre au match.  Nous suivons les échanges de coups, il va triompher, mais rate le coup final, et son jeune partenaire l’abat. Les yeux fermés, on peut rêver à ce terrible match, en se remémorant les lectures de notre jeunesse de Jack London.

http://www.ismenelab.com

Djeudjoah Quest-ce que tu Fela ? de Koffi Kwahule, mise en scène de Malik Rumeau et Léonce-Henri Nlend

Inspiré par la vie de Fela, ce spectacle avec Charlotte Wassy, Georges-Olivier Sosso Mondo et Léonce Henri Nlend, évoque la répétition d’un concert où l’on voit une fille chanter son lieu de naissance dans une petite ville des Etats-Unis.  Mais disent-ils : « On ne sera jamais prêts » !
Et voilà que les flics débarquent, arrêtent le musicien qui vient d’avaler sa drogue pour éviter les perquisitions. Peine perdue, ils vont faire ce qu’il faut, pour pouvoir retrouver des traces de drogue dans ses selles ! «`Je n’aspire à rien du tout, juste à chanter ! »

Les trois compères s’en donnent à cœur joie, dans l’évocation des tribulations professionnelles, amicales et amoureuses de Fela et de ses démêlés avec la police.

http://www.labandedeniaismans.worpress.com

Edith Rappoport

Spectacles vus le 12 juillet,  à Gare au Théâtre, 13 rue Pierre Semard, Vitry-sur-Seine. T: 01 55 53 22 22

 

Meet me halway chorégraphie d’Edouard Hue

 

Festival d’Avignon:

(C) Jean Couturier

(C) Jean Couturier

 Meet me halway chorégraphie d’Edouard Hue.

Sur le plateau nu, d’abord dans le noir, puis très lentement éclairés, deux corps apparaissent au sol. Placé au milieu du plateau, un danseur réalise un mouvement circulaire dans le sens inverse des aiguilles d’une montre et placé au milieu, il tourne sur lui-même et la danseuse, elle, frôle les spectateurs. Leurs déplacements, lents et doux, rappellent la récente entrée de la Batsheva Dance Company, en mai dernier, (voir Le Théâtre du Blog).

Bientôt, Erin O’Reilly, se rapproche d’Edouard Hue, sans jamais le toucher. Leurs corps se frôlent, se respirent l’un l’autre, dans une belle harmonie maîtrisée. Comme dans le  ballet nuptial des grues huppées de Mandchourie, la douceur animale se fait alors violence, et instinctivement, les corps semblent se reconnaître, puis après une courte fusion, se repoussent et engagent un combat cruel, une métaphore de la vie!  

 A mesure que ce couple se fait puis se défait, Félix Héaulme rejoint le duo, avec cette même lenteur. Son intervention, moins lisible, semble faire éclater ce pas-de-deux, et le vouer à l’échec. Les corps, avec des gestes remarquablement maîtrisés, redeviennent des électrons libres,

La musique de Charles Mugel accentue le coté hypnotique de cette pièce rigoureuse de cinquante minutes qui  demande une attention soutenue au spectateur. Edouard Hue, après avoir travaillé avec Olivier Dubois et la Hofesh Shechter Company, est devenu chorégraphe de la compagnie  franco-suisse Beaver Dam, et a reçu, en 2016, le prix du public, au Fukuoka Dance Fringe Festival vol.9, au Japon, pour ce spectacle. Allez découvrir parmi la riche programmation en danse du Théâtre Golovine, ce jeune artiste dont il faudra suivre le parcours.

Jean Couturier

Théâtre Golovine  1 bis rue Sainte-Catherine, Avignon, jusqu’au 30 juillet à 18h 30, relâche les 17 et 24 juillet.

www.beaverdamco.com www.theatre-golovine.com          

Le voyage de Dranreb Cholb, texte et mise en scène de Bernard Bloch

 Avignon

Le voyage de Dranreb Cholb, texte et mise en scène de Bernard Bloch

photo bernard Bloch

photo bernard Bloch

Il fallait le faire. Bernard Bloch, «seul juif (athée) d’un groupe de trente-sept catholiques progressistes», est allé en Cisjordanie et en Israël dans le cadre d’un voyage organisé par Témoignage Chrétien. Avec eux, il a passé assez facilement les innombrables  « check points » : ils n’étaient pas Palestiniens, ni « Arabes » et lui n’était pas juif, sinon clandestinement.

 De mur en mur, tous méritant des lamentations, de Ramallah à Bethléem et à Hébron, d’un lieu sacré et tragique, à un autre lieu sacré et tragique, Bernard Bloch a éprouvé ce que c’est que de «voyager (ou penser) contre soi-même». En Israël, ensuite, il a rencontré une partie de sa famille, parmi les fondateurs de l’Etat hébreu : nouveaux chocs, nouveaux étonnements. Rien n’est simple ni schématique. Écouter, parler, observer, ressentir : des vérités complexes se font jour.

De tout cela, Bernard Bloch a fait un récit, puis un spectacle. Il joue lui-même, de dos, comme un appui solide, comme une source d’émotion contenue pour Patrick Le Mauff. Les témoignages qu’il a recueillis, il nous les restitue à l’écran : dix comédiens amis ont prêté leur visage et leur voix au guide palestinien du groupe, à des curés, à un ancien militaire, à une cousine…

Aucun pathos, évidemment, aucun effet, sinon l’essentiel : donner à entendre des paroles vraies. Paradoxalement, cette distance nous les rend très proches. On rit même, quelquefois, comme toujours, quand on touche un point sensible de la vérité. Pas d’illustration non plus : la route est la route, que le bus roule en Cisjordanie ou ailleurs. Et surtout pas de sensationnel : laissons cela aux médias.

Faisons un rêve, dit Bernard Bloch : si, de ce creuset de toutes les guerres, des néofascismes et des terrorismes, naissait la Fédération d’Isratine/Palestaël ? Commençons par le commencement : parler, écouter, ressentir, penser et « voyager contre soi-même ». Ainsi Bernard Bloch, sans la moindre complaisance ni illusion, sans crainte d’affirmer son humanisme, nous donne un spectacle lumineux.

Christine Friedel

Le Cabestan jusqu’au 30 juillet à 20 heures cinquante. T. 04 90 86 11 74
Dix jours en terre ceinte de Bernard Bloch, éditions Magellan & Cie (2017).

Cap au Pire de Samuel Beckett

 

Festival d’Avignon

Cap au Pire, de Samuel Beckett, traduction d’Edith Fournier, mise en scène de Jacques Osinski

« Encore. Dire encore. Soit dit encore. Tant mal que pis encore. Jusqu’à plus mèche encore. »Un homme tout seul, Denis Lavant, poussé dans le dos par un tulle, derrière lequel apparaissent et disparaissent insensiblement, de minuscules constellations, des lueurs… Bloqué à l’avant par le public, emprisonné dans un rectangle de lumière, il parle et  va chercher ses mots tout au fond des mots eux-mêmes, tout au fond de son corps. À la recherche de l’os des mots, à la recherche du rien. Denis Lavant est un acrobate, et son immobilité –à peine lève-t-il parfois la tête avec lenteur- est celle d’un virtuose : compacte, bourrée d’une énergie qu’il ne libère enfin qu’au salut, en une danse du bras  détendant le ressort du corps. Pas un instant, il ne perd l’ampleur, la profondeur et le poids de sa quête du mot, dit, et dé-dit.

Ce faisant, avec son metteur en scène, l’acteur fait exactement ce qu’écrit Samuel Beckett. Ce qu’il vaut mieux faire, en général. Il donne corps au texte mais est aussi le corps du texte. « Encore. Il est debout. Voir dans la pénombre vide comment enfin il est debout. Dans la pénombre obscure source pas su. Face aux yeux baissés. Yeux clos. Yeux écarquillés. Yeux clos écarquillés. Cette ombre. Autrefois gisant maintenant debout. Ça un corps ? Oui. Dire ça un corps. Tant mal que pis debout. Dans la pénombre vide. »

Fouiller dans le texte, et pour le spectateur, fouiller en lui-même, s’immerger dans le texte et le sentir se vider autour de vous comme un siphon : vivre ce spectacle avec Denis Lavant, dans la mise en scène rigoureuse de Jacques Osinski,  ressemble à une aventure.

Cap au pire est une nouvelle, Worstward Ho, dont le titre est justement emprunté au récit d’aventures Westward Ho !  Samuel Beckett, épuisé, s’aventure dans un récit qui se défait, d’ombres qui s’effacent, d’un amenuisement presque ultime. Jusqu’à l’os. On pense à l’image de l’homme qui se dévore lui-même : et qui va manger la bouche ? «Essayer encore. Rater encore. Rater mieux.»  Et, attention à la ponctuation: elle importe, elle marque chaque marche de l’escalier qui descend vers l’infini, vers le rien, et qui se dérobe.  

Voilà, une fois de plus un Samuel Beckett irrésumable (terme non homologué, mais qui peut s’appliquer à l’homme qui a écrit L’Innommable).  Le résumé est maigre en effet mais le texte, dans sa pauvreté volontaire, dans son ascétisme, d’une richesse inépuisable. Ironie du sort : aucune librairie d’Avignon, ni même de Marseille, n’était, en cette première semaine du festival, en mesure de nous procurer le texte. Beaucoup de spectateurs auraient aimé s’y replonger, y revivre ce qu’ils ont connu au théâtre…

Et ce petit livre, de soixante-deux pages  finalement trouvé à Marseille, eût remplacé avantageusement la critique. Le Théâtre des Halles, une fois de plus, a  été bien inspiré d’accueillir Cap au pire au: une soirée passionnante, poignante, digne, sidérante (et encore quelques riches adjectifs qui auraient agacé  Samuel Beckett), et à ne manquer sous aucun prétexte… si vous avez la chance d’obtenir une place.

Christine Friedel

Théâtre des Halles, à 22h jusqu’au 29 juillet. T. 33(0)4 90 85 52 57

 

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