La monnaie du Centre d’Art et de plaisanterie, le « sponeck »

Petite histoire du théâtre: le « sponeck », monnaie du Centre d’Art et de plaisanterie

 J’écoute une émission de France-Culture: pour qui faisons-nous du théâtre? Sommes-nous vraiment un service public? Quand nous étions, Hervée de Lafond et moi, à la direction de la Scène Nationale de Montbéliard-Centre d’art et de Plaisanterie, son président, un chirurgien assez conservateur avait craqué et s’était plaint quand il avait aperçu dans le public quelques jeunes de type méditerranéen. Et là, j’ai fait une colère comme jamais : “Dehors, vous n’avez rien à faire ici! »
Alors, il est allé voir le Maire:  » La programmation de ces trublions va me forcer à devoir aller au théâtre à Paris. Nous, bourgeoisie éclairée de Montbéliard, nous sommes les nouveaux exclus de la Culture. » Fort heureusement, Alain Chaneaux, adjoint R.P.R. à la Culture de 89 à 98, nous a soutenu et s’est même réjoui même de ce remue-ménage.

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Nous étions ravageurs. J’avais refusé que le contrôle à l’entrée de la salle commence par la déchirure d’un billet. Il y avait donc un passeport avec de jolis timbres, chacun correspondant aux spectacles choisi et il  fallait le faire tamponner, comme si on partait en voyage à l’étranger… Et nous avions une monnaie: le « sponeck »; au gré des spectacles vides ou pleins, on faisait varier le taux. C’était ludique et il y avait des spéculateurs qui en guettaient la baisse… Avec l’approbation du Maire, nous avions nommé la Scène nationale que nous avons dirigée pendant neuf ans: Centre d’art et de plaisanterie. Les services de Jack Lang, alors ministre de la Culture, avaient aussitôt dit: non. Alors, nous nous sommes adressés directement à lui et il  nous a répondu : « Pourquoi pas? »

Nous étions fous: nous avions invité Christian Zaccharias, célèbre pianiste et chef d’orchestre allemand à condition qu’il porte en scène un blouson en cuir et nous avions exigé qu’il parle des morceaux qu’il allait interpréter. Les ouvreuses et ouvreurs étaient habillés en « hells angels’ ». Cela nous  semblait important de casser le rituel moisi des concerts de musique classique.

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Après chaque spectacle, le public se retrouvait dans les salons de l’Hôtel de Sponeck- notre lieu de travail et d’accueil-  pour un « placotage »: une discussion avec l’artiste qui choisissait le menu du dîner, aussi ouvert au public… Nous tenions à « dépiédestaliser » la Culture. 
Petite anecdote: nous voulions offrir un verre de champagne mais, bien sûr, c’était trop cher! Alors, j’avais demandé à un œnologue de goûter un vin mousseux correct que j’avais préparé très glacé avec une pointe de cassis. Et il n’avait rien remarqué de suspect. Normal: si  la boisson est glacée, on ne se doute de rien. J’en étais resté assez fier!

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Et des inventions,  nous n’arrêtions jamais d’en faire; nous avions affiché un panneau : “Invente ou je te dévore”, la maxime de Claude-Nicolas Ledoux (1736-1806) , grand architecte et urbaniste des Salines d’Arc-et-Senans (Doubs) mais aussi des barrières d’octroi à Paris qui existent encore: celle  à la Villette, celle dite  d’Enfer, place… Denfert-Rochereau, une rotonde au parc Monceau  et la barrière du Trône, près de la Nation. Le plus important pour nous: arriver à remplir le Théâtre de Montbéliard qui ne répondait pas à notre appétit d’ogre, puisque nous voulions remplir Montbéliard… de théâtre. C’était sur ce point-là que notre différence avec les établissements culturels habituels, devenait magistrale. Nous voulions agrandir notre audience et nous adresser à la ville toute entière. Nous avons donc mis sur pied Le Réveillon des boulons,  pour le 31 décembre.

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Ce n’était pas une  simple théâtre de rue: nous avions partout dans la ville des ateliers où on préparait ce moment festif et organisait des bandes. Un immense rendez-vous, toutes catégories de population confondues. Commencé avec dix mille personnes et terminé au changement de siècle, avec quarante mille! Je me revois encore au sommet d’une tour de Babel, à environ trente mètres de hauteur, déclamant des poèmes….

Louis Souvet, maire de Montbéliard et président de la Communauté d’agglomération du pays de Montbéliard de 89 à 2008 était trop fier! Il recevait des appels téléphoniques le 1 er janvier, du genre: « Mais dis-donc, à la télé, ils ont parlé du réveillon à Londres, Los Angeles, Berlin, Paris, mais aussi  à Montbéliard!  Et tous les  hôtels affichaient complet. Nous étions trois à mener à bien ce grand chantier : Hervée de Lafond, Claude Acquart et moi-même, Jacques Livchine.
Bien sûr,  en France, les établissements culturels prêtent le flanc à la critique et on les accuse même de wokisme, même s’ils ont de bonnes programmations. Mais à qui s’adressent-ils? Suis-je populiste, quand je me réjouis que le réparateur de chaudière me dit:  « J’y étais, aux Boulons.  » Et le garagiste, les mains pleines de cambouis, m’explique que, pour ce Réveillon, il recevait sa famille de partout.
Il y a eu quatre éditions…
 Puis la municipalité et l’agglomération ont changé de bord...et en 2013,   n’ont pas reconduit Le Réveillon des Boulons qui avait lieu le 31 décembre une année sur deux. Motif : l’évènement coûtait trop cher aux collectivités et avait été créé sous la Droite! Sans commentaires. Vingt-cinq ans plus tard, personne, à Montbéliard comme dans la région, n’a oublié “Les Boulons”.
Jacques Livchine, ex-codirecteur avec Hervée de Lafond du Théâtre de l’Unité qu’ils ont quitté le 31 décembre dernier.
 
 
 
 

Archive de l'auteur

Doué.e.s texte et mise en scène de Gabrielle Chalmont-Cavache

Doué.e.s texte et mise en scène de Gabrielle Chalmont-Cavache

Cette autrice et metteuse en scène a fondé il y a dix ans, avec Louise Fafa et Sarah Coulaud, la compagnie, Les Mille Printemps.  Elles ont créé entre autres Mon Olympe, sur les inégalités de genreou Biques sur l’âgisme… Avec un théâtre engagé aux thèmes socio-politiques, elles  questionnent notre monde ultra-connecté, agité, violent mais toujours en recherche d’un horizon plus prometteur et plus créatif pour l’avenir de la condition humaine. Doué.e.s s’inscrit dans ce même objectif.
Quoi de plus captivant et plus complexe que le cerveau! Et avec la présence grandissante de l’intelligence artificielle, qu’en est-il de l’intellect, cette faculté puissante dont est doté l’homme ? La compagnie Les Mille printemps nous offre une exploration étonnante (chorégraphie de Louise Fata) et théâtrale, ciblée sur l’intelligence des femmes. 

© Hugo Lafitte

© Hugo Lafitte

Les costumes de Sarah Coulaud, tous uniques en leur genre mais dans une même tonalité : couleur chair et épousant les formes du corps, créent une unité chez les personnages dans  des situations pourtant différentes. La musique électronique (création de Jeanne Ruff) s’harmonise ou se heurte aux diverses manifestions et récits provoquées par cette multitude de cerveaux !
Angéline Croissant a imaginé une scénographie ingénieuse et poétique, sans cesse en mouvement,  avec un sol parsemé de blocs ou modules semblables à des pierres blanches et grises mais aussi suivant les formes, à des cerveaux. Ces éléments peuvent aussi se modifier en fauteuils, table… ou même devenir une colline ! Les interprètes au rythme de leurs pensées et interrogations, vont et viennent, dansent, chantent … Et ce spectacle ouvre notre esprit et bouleverse nos idées reçues sur les mécanismes de cet «organe» majeur, chef d’orchestre de notre corps humain! Véritable champ d’expériences originales où les émotions s’entrechoquent avec les sciences sociales, les fonctions cognitives et la pop-culture. Pour cette analyse et introspection, sept personnages hauts en couleur et de classes sociale différente. Leur mission : s’interroger en tant que femme, sur leur cerveau pour vivre ensemble et avec soi-même AUTREMENT ! Ne plus se sentir humilié, désemparé par l’intelligence d’autrui. Ne plus douter de soi; après tout chaque être, homme ou femme, est doté d’un cerveau unique! Nous sommes invités à prendre conscience que nous sommes tous DOUÉ.ES. Mais chacune à sa manière…
La pièce foisonnante est un peu longue mais magnifiquement interprétée  avec sincérité et légèreté, par ces comédiennes pour notre plus grand plaisir ! Dans une mise en scène, de temps à autre participative. Avec finesse et humour, ce spectacle, à l’image d’un chantier, ne cesse de construire et/ou déconstruire le rapport que nous avons avec nous-même et avec autrui. 

Elisabeth Naud 

Jusqu’au 23 janvier au Théâtre 13-Bibliothèque, 30 rue du Chevaleret, Paris (XIII ème). T: 01 45 88 62 22.

 

Le Plaisir, la Peur et le Triomphe de Joaquim Fossi

Le Plaisir, la Peur et le Triomphe  de Joaquim Fossi

© Simon Goselin

© Simon Gosselin

Un jeune homme normal, ou plutôt exceptionnellement normal, discret et l’air de rien, monte sur scène. Matériel pour la séance: un ordinateur et un écran. Le jeu est le suivant: on dirait que je serais un archéologue des années 7000 et que j’aurais trouvé un lot d’images datant des Humains. Nous les verrons à l’écran (les images pour les Humains, il faudra se fier à la parole de notre jeune archéologue).
Constat: pour se protéger de la peur, les Humains font des images. Toutes simples, quelquefois : juste la rencontre, par exemple, entre le signe : et le signe ). On va juste vous dévoiler, que placés dans un rond jaune et dans un certain sens, ils fait l’émoji du sourire. Mais après, on ne vous dira plus rien et vous irez le découvrir dans cette petite salle pentue.

Donc, des images contre la peur et de plus en plus d’images. Voyez vos/nos propres téléphones, voyez ce qu’est pour vous/nous, le tourisme : on a regardé les belles images d’un pays lointain, on prend l’avion, on va sur place, on prend son téléphone pour faire des photos moches, et voilà. Bon, cessons de « spoiler», et rions sans peur et avec plaisir  (pas jusqu’au triomphe, n’exagérons rien), du jeu fin, de la drôlerie délicate, gracieuse et pointue de Joaquim Fossi, un acteur et auteur à suivre. Nous l’avions déjà vu jouer mais au second plan. Le voici en pleine lumière -discrète- il n’y a plus qu’à aller le voir en direct.

 Christine Friedel

 Jusqu’au 30 janvier, Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette, Paris (XI ème). T. : 01 43 57 42 14.

 

 

Dis-moi sur quel pied tu danses, écriture et réalisation de Philippe Ménard

Dis-moi sur quel pied tu danses, écriture et réalisation de Philippe Ménard 

C’est (sic) le « premier long-métrage chorégraphico-documentaire-inclassable » de Philippe Ménard et cela se passe dans la grande communauté que sont ou ont été les patients, médecins, chirurgiens, prothésistes, infirmiers, kinésithérapeutes, administratifs… du service des Amputés et Appareillage, au Centre de Réadaptation de Coubert-U.G.E.C.A.M. (Seine-et-Marne). Avec vingt portraits-témoignages, danses et moments poétiques dans la nature proche, ce film a, pour fil rouge, la fabrication d’une prothèse, maintenant devenue une petite merveille de technologie. Alors que nous avons connu les anciens blessés de 14-18, pouvant tout juste compter le reste de leur vie, sur un pilon en bois, quand ils avaient perdu une jambe. Et à une manche repliée sur un moignon, quand un de leur bras avait été arraché par une grenade.

© Ph. Ménard

© Ph. Ménard

Ici, l’amputation d’une main, d’une jambe et/ou d’un bras, voire comme ce jeune Africain: des deux mains et des deux pieds est, médicalement, le seul choix possible. Une terrible épreuve pour le corps et l’esprit de ceux qui ont dû la subir, et pour leur famille. Et la réadaptation n’est pas non plus une mince affaire: il faut faire travailler cette prothèse électronique d’une jambe fabriquée avec très grand soin, et adaptée à chaque patient.
Philippe Ménard a passé plusieurs mois dans cet établissement: « De cette expérience, est né ce Dis-moi sur quel pied tu danses, un film que j’ai voulu sensible et ouvert. (…) Pour moi, ici, la perte d’un membre est une réalité tangible. Le membre manquant devient l’incarnation physique d’une absence, mais le manque, dans ce film, n’est pas ce qui ferait défaut au corps : il désigne l’espace à partir duquel le désir se met en mouvement. (…) Pour les uns, le membre manquant ouvre un horizon de projection: celui d’un appui possible, d’une autonomie à inventer, d’un élan à retrouver ou à transformer. Pour les autres -soignants et prothésistes- il engage un travail à la fois technique et humain: accompagner, fabriquer, ajuster, soutenir. (…) Le processus de fabrication d’une prothèse, que j’ai choisi comme fil rouge du film, donne une forme concrète à cette dynamique: un chemin qui traverse tout le parcours de réadaptation -de la cicatrisation à la confection de la prothèse, jusqu’à son appropriation- où l’absence est travaillée, déplacée, reconfigurée-et où chacun trouve, dans ce qui est là, des ressources pour continuer. »

© Ph. Ménard

© Ph. Ménard

Les spécialistes de cet établissement exemplaire font part de leur expérience, avec précision et générosité. Philippe Ménard nous emmène dans les ateliers où sont fabriquées ces prothèses, petits bijoux de technologie. Il nous fait aussi entendre la voix de ces femmes et hommes résignés à être handicapés à vie! Et dont on admire le courage et la ténacité! Ils ont tous une sacrée soif de vivre le plus heureux possible…
Mais ce « documentaire » intéressant, souffre -et c’est dommage- de la pollution de nombreuses images soi-disant lyriques qui n’ont rien à faire là, comme ces danses le long de couloirs vides et blancs ou dans les ateliers, ou cette femme jetant un bouquet de tulipes sur l’herbe verte ou encore cet homme en fauteuil roulant enfermé dans une bulle en plastique! Tous aux abris! Cela casse le rythme et cette heure quinze passe bien lentement…

Philippe du Vignal

A partit du 8  février, séances uniques à Paris, Toulouse, Bordeaux, Rennes… mais aussi dans de plus petites villes.

Rien plus qu’un peu de mouelle, d’après Pantagruel, Gargantua, Le Tiers Livre, Le Quart Livre et peut-être même un peu du Cinquième Livre (peut-être apocryphe) de François Rabelais (ou Alcofribas Nasier), adaptation de Malte Schwind, mise en scène d’Emilie Hériteau et Malte Schwind

Rien plus qu’un peu de mouelle, d’après Pantagruel, Gargantua, Le  Tiers Livre, Le Quart Livre et peut-être même un peu du Cinquième Livre (peut-être apocryphe) de François Rabelais (ou Alcofribas Nasier), adaptation de Malte Schwind, mise en scène d’Emilie Hériteau et Malte Schwind 

Gargantua, tout le monde (francophone) le connaît : il fait partie de ces personnages qui ont donné à la langue française un adjectif qui lui manquait, gargantuesque. Pantagruel, lui aussi, fait partie du patrimoine scolaire et solaire de tout un chacun. Et Panurge, donc, avec ses fameux moutons qui ne lui appartiennent pas et qui se jettent en troupeau à la mer pour suivre le premier jeté à l’eau par notre plaisantin rancunier. Le dit Panurge va passer le restant de la geste héroïco-comique à chercher la dive bouteille qui contient le savoir le plus précieux : doit-il se marier ou non ?

Bref, (mais on ne peut pas être bref avec Rabelais), on le connaît et on ne le connaît pas. Parti de ce constat, la compagnie En Devenir 2  nous le donne à entendre, en trois heures et quart qui vont vite. Et c’est peu, pour un tel flot. Les metteurs en scène ont choisi la version originale, en ce qu’on appelle, le «moyen français»: entre l’ancien français médiéval et le français moderne, celui de la fin de la Renaissance à l’âge classique. Très difficile à lire : c’est une énigme, un code secret mais  parlé, cela va tout seul. La compagnie nous fait entendre cette «langue étrangère qu’on se découvrirait savoir d’avance», comme le disait Paul Valéry. On l’écoute avec jubilation et l’on pleure d’un œil, en riant de l’autre, comme Gargantua à la naissance de son fiston Pantagruel, concomitante avec la mort de sa femme tant chérie.
C’est juste le jour où nous apprenons la mort de Valère Novarina. On attendait depuis longtemps un dramaturge à la langue d’aussi «haute graisse», que Rabelais. D’une invention, d’une richesse, d’une densité corporelle pareille, à la fois inouïe, et immédiatement accessible.

© Compagnie En devenir

© Compagnie En devenir

Ne pleurons plus, et revenons à Panurge, à défaut de moutons. L’équipe réunie pour déguster cette mouelle: Julie Cardile, Sarah Cosset, Julien Geffroy, Eloïse Guérineau et Mayeul Victor-Pujebet, « fera de son nom, l’aventure qui y était inscrite » -comme dirait la poétesse Evelyne Pieiller-, puisqu’il signifie, en gros, « capable de tout ». La preuve: c’est une fille -et elle ne s’en cache pas- qui le joue. Du reste, c’est lui, plutôt que nos chers géants, qui va mener la danse.
Pas de moutons, donc et cela commence presque comme à l’école  -une école idéale – par une grande table et un panneau d’affichage où viennent se poser des images dont plusieurs Brueghel -bon, c’est un Flamand, mais avec Rabelais, c’est déjà un peu l’Union européenne de la truculence et celles des dissections pratiquées sur des humains…
Il ne faut pas oublier que Rabelais fut un grand médecin. Il consolida, ou peut-être même établit, la réputation médicale de Montpellier et Lyon. Des images, la langue de Rabelais, des histoires de fous, et sur la langue, un petit coup de blanc bien vif, pour les spectateurs des premiers rangs, les veinards…. On aura des récits héroïques, en souvenir des grandes épopées, une longue et dure tempête, à coup de toiles agitées sans aucun souci de vraisemblance météorologique, et la même injonction que donnera plus tard Charles Baudelaire : enivrez-vous ! »Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Mais enfin, nous sommes ici chez Rabelais. Son ivresse est gouleyante et nous la prenons au sérieux ivresse, comme le rire, le corps et ses bruits intempestifs et tempétueux… Bref, il faut vite aller voir cette belle équipe qui a du cœur au ventre, dans cet indispensable Théâtre de l’Echangeur. Oui, indispensable, et  nous y reviendrons.

Christine Friedel

Jusqu’à 24 janvier; Théâtre de l’Echangeur, 59 avenue du Général de Gaulle,  Bagnolet (Seine-Saint -Denis). T.: 01 43 62 71 20.

 

Vie et Destin, d’après Vassili Grossman, traduction d’Alexis Berelowitsch et Anne Coldefy-Foucard, mise en scène Brigitte de Jaque-Wajeman

Vie et Destin, d’après Vassili Grossman, traduction d’Alexis Berelowitsch et Anne Coldefy-Foucard, mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman

« Krymov savait maintenant comment on brisait un homme. Ceux qui s’obstinaient à revendiquer le droit d’être des hommes, étaient peu à peu ébranlés et détruits, brisés, cassés, grignotés et mis en pièces jusqu’au moment où ils atteignaient un tel degré de faiblesse, qu’ils ne pensaient plus à la justice, à la liberté, ni même à la paix, et ne désiraient qu’être débarrassés au plus vite de cette vie qu’ils haïssaient: »
Voilà un événement théâtral –au sens où toute véritable création en est un- attendu, espéré et presque redouté: mettre en scène, sur scène, ce livre central, immense de Vassili Grossman.
La metteuse en scène, ses collaborateurs François Regnault et les traducteurs, ont bâti leur adaptation sur le thème: «liberté et soumission », question tragique du désastre soviétique. Comment l’idée du Bien, de l’Homme nouveau (partagée avec l’idéologie nazie) a-t-elle produit le mal et des millions de morts de famine organisée, des milliers de prisonniers du goulag, au plus profond de la prison intérieure où un régime totalitaire enfermait la vie de chacun?

©x Gilles Le Mao

© Gilles Le Mao

Il ne s’agit pas d’illustrer le livre. Pas d’images pour un texte disant l’indicible. Ce que l’on voit (scénographie et costumes de Chantal de la Coste), pourrait être le lieu de premières répétitions. Pour le travail à la table, ici rien ne manque : la grande table donc et ses sièges, toujours déplacés et replacés en fonction de l’avancée du récit, les dossiers, papiers, et surtout, présent, numéroté, manié, marqué, le Livre. Au lointain, des portants avec éléments de costumes pour les acteurs qui sont au travail.
La pièce  -on n’a pas envie de dire: le spectacle,  tant le spectaculaire n’a pas sa place ici- commence par une proclamation, un appel à la liberté de la presse: condition même de la liberté d’opinion. Après quoi, la troupe peut raconter sa gigantesque éradication  au nom du Parti unique et univoque. Le récit met en avant différents personnages qu’on voit évoluer, selon la place qu’ils prennent et qu’ils perdent, sous la contrainte d’un régime paranoïaque… et sous le portrait de Staline. Qu’on ne verra pas ici! Encore une fois, la pièce n’est jamais illustrative.
Les comédiens ont chacun un ou plusieurs rôles et prennent la responsabilité de les dire, dans la situation en jeu. Incarnent-ils des personnages? Non, mais ils leur donnent corps et surtout, ils donnent une voix responsable et claire à ces figures du communisme ou de la science, prêts à se sacrifier pour une vérité supérieure.
Ils nous montrent comment l’idéologie totalitaire entre dans la vie des individus avec la peur, porte d‘entrée de la soumission. Et la peur, elle-même, entre en chacun, par celle de l’instabilité : chaque vie, chaque destin peut se retourner à tout instant: un commissaire politique devient suspect pour une confidence intime, naïvement mise en circulation, un scientifique qui faisait la fierté du régime pouvait être privé de tout droit,de  toute liberté pour n’avoir pas donné priorité à la théorie officielle…

On s’aperçoit qu’on n’a pas raconté grand-chose des personnages, ni de leurs histoires particulières, bien que les comédiens les suggèrent avec force, à notre imagination. Comme si, à notre tour nous étions enfermés dans une sorte de collectivisme? Vie et destin répond à nombre de questions que nous devrions nous poser: est-ce fini ? Au moment où, en Iran le régime des mollahs -parmi d’autres autoritaires- extorque à ses opposants de faux aveux de complicité avec l’ennemi, une inculpation commode et invérifiable? Où le journalisme est étouffé en Russie, et le pouvoir bétonné dans la nostalgie d’une U.R.S.S. mythique, toute puissante et assiégée par une éternelle guerre froide? Stalingrad vit la victoire de «l’armée de la liberté» : vrai et faux. « Nous n’avons pas compris ce qu’est la liberté ». Les trois heures de la représentation passent à l’allure de l’Histoire: très vite…

Christine Friedel

Jusqu’au 27 janvier, Théâtre de la Ville-Les Abbesses, 31 rue des Abbesses Paris (XVIII ème), T. : 01 42 74 22 77.

 

 

 

 

 

I love suprême de Xavier Durringer, mise en scène de Dominique Pitoiset

I love suprême de Xavier Durringer, mise en scène de Dominique Pitoiset

L’auteur et cinéaste, hélas, récemment disparu à soixante-et-un ans, a écrit en 2018 ce monologue pour Nadia Fabrizio. Il nous emmène à travers un parcours existentiel et artistique, dans le monde de la nuit, à Pigalle, dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, donc juste avant et après l’arrivée du sida. Des situations extrêmes où se trouve, Bianca, une très jeune femme qui arrive à Paris, où elle veut être actrice. Souvent les marginaux, les invisibles et délaissés de la vie habitent le paysage dramatique de Xavier Durringer. Très vite, Bianca s’aperçoit qu’il n’y a plus rien à espérer et que les dés sont jetés: «C’est Dingue. J’ai rien vu. Rien senti. Rien compris. » La pièce commence par un coup de théâtre. 

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Dans une laverie automatique (scénographie réussie de Dominique Pitoiset), quelques vêtements et objets dispersés au sol. Sur l’air de Sunday Morning chanté par Nico (1938- 1988) pour le premier album du célèbre groupe The Velvet Underground(1967) et produit par Andy Warhol. Bianca, la trentaine, arrive nonchalante et s’assied sur un banc. Sexy,  perruque blonde et bouclée, elle annonce la couleur: «Ils veulent que j’arrête». C’est la dernière danse pour Bianca : «Il paraît que t’es au top dans ce métier entre dix-huit et vingt-cinq ans. Après, c’est trop tard, ils disent. T’as le cul qui ressemble à un sharpeï. »

De sa vie tellement rêvée d’artiste à Paris, elle n’aura connu qu’un peep-show à Pigalle, I love suprême, un nom donné en hommage à l’album du jazzman John Coltrane: l’accent circonflexe a été mis par les propriétaires de la boîte, ignares en musique! Chaque nuit, depuis trente-deux ans, Bianca y danse en jouant avec son corps: «Je fais du strip, ce que j’appelle du spectacle érotique, en un contre un, ou un contre deux. »
La force du spectacle est dans la poésie du texte, à la fois filmique et théâtral, et dans l’interprétation sublime de Nadia Fabrizio… Une véritable performance d’actrice réalisée grâce à la subtile mise en scène et à la complicité de Dominique Pitoiset. Ici, tout est axé sur la parole théâtrale du personnage. 
Dans ce monde du rêve et de grandes solitudes, à la fois impitoyable et enivrant, nous suivons le parcours artistique et intime de Bianca: «Moi, j’ai pas de rêves. Enfin, j’en ai plus. J’en avais, mais je les ai tous perdus en route. Comme on perdrait ses clefs.»
Un récit d’une grande richesse: grâce à la perception juste, sensible et pleine d’esprit de cette femme et de son corps, dans l’univers nocturne parisien où la fête battait son plein avec  extravagance, fantasmes et mélange de classes sociales. 
Le passage de la fin du XX ème, au XXI ème siècle est à travers le vécu intime de Bianca et l’écriture émouvante de Xavier Durringer, d’une véritable intelligence et d’une profonde humanité, surtout quand il parle d’une liberté disparue. Un moment théâtral riche en émotion! Et un témoignage sur la fête et le monde du spectacle d’hier. «Pourquoi sortir encore le soir, dit Dominique Pitoiset, pourquoi aller encore à Pigalle, au théâtre, ou au cinéma, puisque toutes vos demandes, tous vos fantasmes peuvent être livrés à domicile sur internet.  »

Ici, deux histoires s’entremêlent : celle intime de Bianca, une artiste en fin de parcours qui n’a jamais su, ou pu, rien construire pour elle-même, et celle d’une société qui laisse place à un monde de plus en plus virtuel. Xavier Durringer nous alerte sur la difficulté des rapports humains sociaux ou intimes. « Il fait le portrait d’une fourmi (le personnage de Bianca) dans l’immensité, remarque Dominique Pitoiset.  Gros plan avant disparition. Qui la suivra? Qu’en est-il de la vie et de l’expérience? Quelles valeurs leur assigner, si l’économie est le seul point d’insertion de l’individu dans la trame humaine ». Le metteur en scène dit bien toute la puissance politique et humaine de ce texte qu’il a remarquablement mis en scène.  Un spectacle bouleversant.

Elisabeth Naud 

Jusqu’au 24 janvier, Théâtre 14- 20 avenue Marc Sangnier, Paris ( XIV ème ) . T. : 01 45 45 49 77. 

La Fin du courage de Cynthia Fleury, lecture, mise en scène de Jacques Vincey

La Fin du courage de Cynthia Fleury, lecture mise en scène de Jacques Vincey

En 2019, la philosophe et psychanalyste avait proposé à Isabelle Adjani de porter un texte, inspiré de  son livre publié chez Fayard sur le courage. « Il n’y a pas de courage politique sans courage moral et la philosophie permet de fonder une théorie du courage qui articule l’individuel et le collectif. Car si l’homme courageux est toujours solitaire, l’éthique collective du courage est seule durable. » (…) « Entre découragement du présent et reconquête de l’avenir, ce dialogue mis en scène montre en quoi il n’y a pas de courage politique sans courage moral et démontre comment un retour à l’exemplarité politique est non seulement possible et nécessaire, mais urgent. (…)
Car si l’homme courageux est toujours solitaire, l’éthique collective du courage est seule durable. Au travers de la forme théâtrale, dans cette tradition des dialogues, j’ai voulu mettre en joute deux visions du courage, deux formes de négociation avec le monde, ses insuffisances, ses dérives et ses périls grandissants. J’ai l’espoir que ce « moment » se prolonge ailleurs et autrement, pour aller au-devant de publics qui spontanément ne lisent pas de la philosophie. »

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Il s’agit donc bien de théâtre- il y a une scénographie et des effets de lumière -avec deux actrices qui, au fil des semaines, se succèderont et « joueront » une jeune journaliste et une philosophe; cette lecture avait été expérimentée au Palais de Tokyo, puis à la Scala. Et elle est créée cette année au Théâtre de l’Atelier, pendant six semaines, avec quarante-sept représentations. Mais c’est bien d’une lecture, comme on prend bien soin de nous en avertir avec une annonce… Et les actrices de cette forme hybride, ont la brochure en mains, tout le temps que durera, et restera qu’on le veuille ou non,  ce spectacle.
Dirigé par Jacques Vincey qui a réalisé de bonnes et nombreuses mises en scène d’auteurs classiques: Marivaux, William Shakespeare, August Strindberg, Ödön von Horváth. Mais aussi contemporains, comme entre autres: Witold Gombrowicz, Heiner Müller, Arne Lygre, Marie N’Dyaie…  au Théâtre Olympia-Centre Dramatique National de Tours. Il en a été le directeur de 2014 à 2023 (voir Le Théâtre du Blog). 

Devant le rideau de fer, Isabelle Adjani, en pantalon et longue veste noirs, avec de beaux cheveux longs aussi très  noirs (la Philosophe) murmure quelques phrases mais il faut tendre l’oreille pour la comprendre… Puis, à côté d’un grand escalier-bibliothèque pleine de livres entassés sur la tranche- belle scénographie imaginée par Lucie Mazières -on le retrouve avec Laure Calamy (l’animatrice d’une émission télé qui va être enregistrée. Le tournage commence. Assises dans de gros fauteuils en cuir,  elles ont micro et brochure en main. On les retrouvera dans le bureau de la philosophe, mais, comme Isabelle Adajani est plutôt en fond de scène, on l’entend aussi très mal.
Laure Calamy qui a souvent  joué au théâtre avec Olivier Py, Volodia Serre, Vincent Macaigne, Catherine Hiegel  et qui, il y a dix ans, s’était fait remarquer avec
le personnage de Noémie dans la série télévisée Dix pour cent et qui, la même année, reçut le Molière de la comédienne-théâtre privé, pour Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, mise en scène de Catherine Hiegel. Et il y a cinq ans, le César 2021 de la meilleure actrice lui a été attribué pour le rôle principal dAntoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal.
Ici, dès qu’elle est sur le plateau, elle s’impose et joue brillamment cette animatrice et journaliste télé, en jupe de cuir et chemisier, bavarde et suffisante. Concentration maximum, diction et gestuelle parfaite, caricature, insolence, drôlerie, virtuosité dans l’exercice de la parole, maîtrise absolue du second degré : Laure Calamy est exceptionnelle, même si les dialogues sont souvent très  faciles et quand  un réalisateur en coulisses essaye de faire monter le ton pour que le public en ait pour son compte, là, on frise le boulevard…
Quant à l’immense Isabelle Adjani, pourtant rompue à l’exercice de la lecture, elle semblait ce soir-là, absente et parlait très bas. On l’entendait bien… quand elle était au micro. Bref, tout se passe, comme si, fatiguée, elle regrettait de s’être lancée dans cette aventure.  Et il faudrait au moins que Jacques Vincey lui demande de parler pour toute la salle, et non pour les premiers rangs. C’est son rôle de metteur en scène. Bref, une soirée très décevante, sauvée par Laure Calamy. Mais ces quatre-vingt minutes sont bien longues et on ne peut vous conseiller cette lecture-spectacle, surtout quand les places sont à 46 et 40 € !!! au parterre. A suivre pour les autres épisodes…

Philippe du Vignal

Isabelle Adjani, Laure Calamy, et Louis Pencréach, jusqu’au 25 janvier.

Puis, Emmanuelle Béart, Sarah Succo et Louis Pencréach, du 28 janvier au 1er février.

Emmanuelle Béart, Sophie Guillemin et Louis Pencréach, du 3 au 8 février.
Isabelle Carré, Sophie Guillemin et Louis Pencréach, du 11  au 22 février.
Lubna Azabal, Sophie Guillemin et Louis Pencréach, du 25 au 27 février.

Lubna Azabal, Rosa Bursztein et Louis Pencréach, du 28 février au 8 mars.

Théâtre de l’Atelier, place Charles Dullin, Paris ( XVIII ème) . T. : 01 46 06 49 24.  billetterie@theatre-atelier.com 

 

 

 

Shakuntala par la compagnie Triwat, mise en scène et scénographie de Kamal Kant, chorégraphie de Megha Jagawat

Shakuntala par la compagnie Triwat, mise en scène et scénographie de Kamal Kant, chorégraphie de Megha Jagawat

© compagnie

© compagnie Triwat

Les représentations de ballet Bollywood sont plutôt rares en France mais il y a cinq ans, le Théâtre national de la danse de Chaillot, en avait accueilli un spectacle. Triwat, avec des artistes de plusieurs origines mais vivant en France, forme des élèves à cette danse. Tous ont une pratique régulière du kathak, souvent depuis de longues années. C’est une très ancienne danse narrative dont le grand public retient la rythmique des pieds, le langage des mains et les pirouettes.
A l’origine, les artistes itinérants de kathak utilisaient danse, musique et gestuelle pour raconter les histoires de la mythologie hindoue, en particulier Le Mahabharata et Le Ramayana.

Le texte du prologue résume bien la proposition: «Acteurs et danseurs réunis dans le studio de danse, s’échauffent, discutent et répètent leur chorégraphie, pendant que le public s’installe. Le directeur  annonce alors qu’ils vont travailler sur une nouvelle création fondée sur Shakuntala du poète indien Kâlidâsa. Il en présente brièvement la vie et plonge le public dans le contexte de la pièce à venir, puis le spectacle commence avec l’histoire de Shakuntala. »
Ses amours contrariés avec le roi Dushyanta est un des épisodes du Mahabharata. Kamal Kant, issu de huit générations de maîtres de kathak, a travaillé en France avec plusieurs compagnies de danse et de théâtre,  en particulier, le Théâtre du Soleil dirigé par Ariane Mnouchkine. Meghat Jagawat vient, lui, de la danse traditionnelle indienne et a étudié le kathak avec  le maître Girdhari Maharaj: ils en sont donc les grands spécialistes. Vingt danseuses et danseurs participent à cette création. La vie de Prachi Ghera qui interprète Shakuntala et que nous avons rencontrée, est en elle-même, une épopée! Née à New York, de parents d’origine Sindhi, elle  y a pratiqué la danse kathak depuis l’âge de sept ans.

©x

©x Camille Claudel réalisant Shakuntala

Actuellement chef de projet en architecture intérieure, elle avait un rêve caché: pouvoir vivre et de son art à Paris. Arrivée ici il y a un an, elle a un français encore fragile mais très compréhensible. Se retrouver dans la capitale et y jouer le rôle de Shakuntala complète ce rêve. Elle a répété avec la compagnie Triwat chaque dimanche, pendant quatre mois…
A ce travail en groupe, s’ajoutaient ses répétitions à elle: le rôle exige en effet une grande maîtrise de la danse mais aussi du jeu avec dialogues. Sa présence est impressionnante, quand elle incarne cette héroïne mythique, comme le sont aussi les autres artistes embarqués dans cette aventure.

Chants, danses, dialogues sont accompagnés de vidéo en fond de scène. L’ensemble, avec de beaux costumes, est un kaléidoscope riche en couleurs et une invitation au voyage dans une autre culture. Le travail des ces artistes est une vraie réussite et il serait utile  que le public le découvre sur d’autres scènes. Le musée Camille Claudel avait déjà accueilli ce spectacle: l’artiste réalisa en 1887 une sculpture représentant Shakuntala…

Jean Couturier

Spectacle vu le 10 janvier à la M.P.A.A. de Saint-Germain-des-Prés, 4 rue Félibien, Paris (VI ème). 

Un pas de côté… et l’autre aussi, cabaret de Jean-Michel Ribes, musique de Reinhardt Wagner.

Un Pas de côté… et l’autre aussi, cabaret de Jean-Michel Ribes,  musique de Reinhardt Wagner

En  66, le dramaturge et metteur en scène avait fondé  la compagnie du Pallium, avec le peintre Gérard Garouste et l’acteur Philippe Khorsand. Il y a fait jouer de jeunes acteurs: Andréa Ferréol, Roland Blanche, Gérard Darmon, Jean-Pierre Bacri, Daniel Prévost, Roland Giraud… Il mit en scène des œuvres de Sham Shepard, Copi, Roland Topor, Fernando Arrabal et, en 70, il crée sa première pièce, Les Fraises musclées… Puis l’année suivante, Il faut que le sycomore coule, au petit Théâtre de Plaisance, aujourd’hui disparu, où Jérôme Savary débuta aussi.
Suivront entre autres, L’Odysée pour une tasse de thé… au Théâtre de la Ville, puis Musée haut, musée bas,  Batailles de Roland Topor et lui-même, René l’énervé, déjà avec Reinhardt Wagner, Par delà les marronniers… Jean-Michel Ribes créera aussi avec Roland Topor, Jean-Marie Gourio, François Rollin et Gébé, Merci Bernard sur FR3 et Palace sur Canal+,les fameuses séries à l’humour décapant qui eurent un grand succès.

 

©x

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Ici, il nous entraîne dans une promenade en absurdie, sous le signe de  l’humour noir et d’une fantaisie débridée, pour notre plus grand plaisir avec un montage des textes poétiques de Roland Topor, Jean Tardieu, Raymond Queneau, Jean-Louis Fournier et Georges Fourest. Mais aussi d’Alexandre Vialatte aux chroniques savoureuses, et des extraits de ses anciens spectacles: ce poète de la dérision fut aussi longtemps le directeur du Théâtre du Rond-Point.
« Il y a, dit-il,  beaucoup d’écrivains dont j’ai le sentiment d’appartenir à leur famille. Une famille un peu à part, dont les rejetons certes reconnus ne sont pas suffisamment bien élevés pour qu’on leur permette d’être entendus comme ils le méritent. Une tribu à part en quelque sorte, qui reste dans une certaine marginalité, qui comme le disait Roland Topor: «Je préfère vivre dans la marge, que de mourir au milieu ». Ce que j’aime chez Alexandre Vialatte, Roland Topor,  Jean Tardieu ou  Raymond Queneau que j’ai, par ailleurs, bien connu, c’est l’idée que le sérieux est le cholestérol de l’imaginaire.

La fantaisie est quelque chose qui résiste aux diktats, aux morales définitives et aux gens qui savent. Quand Staline disait: «un pays heureux n’a pas besoin d’humour», on comprend combien la seule chose dont il avait peur, était la fantaisie. Tout ne peut pas se réduire au seul bon sens et le non-sens est nécessaire; cela ne signifie pas: absence de sens mais volonté de regarder le monde à l’envers, pour montrer combien il est ridicule… à l’endroit. « 

Ici, avec Reinhardt Wagner, il nous entraîne, sous la coupole du Théâtre de la Ville, dans  un nouveau voyage, joué et chanté dans un scénographie dépouillée, avec juste quelques chaises… Marie-Christine Orry, Justine Garcia, Ema Haznadar, Quentin Baillot et David Migeot sont très à l’aise dans un univers  imprévisible. Bref, un cabaret joyeux, impertinent et plein d’esprit, sous le signe de l’insolite et de l’ubuesque… Une invitation à s’évader.

 Solange Barbizier
Jusqu’au 24 janvier, Théâtre de la Ville-Sarah Bernhard , 2 place du Châtelet, Paris ( IVème) . T. : 01 42 74 22 77. 
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