La Pierre

  La Pierre  de Marius von Mayenburg, mise en scène de Bernard  Sobel, en collaboration avec Michèle Raoul-Davis

   lapierre.jpg Marius von Mayenburg a déjà- à 37 ans encore pour quelque jours- une solide réputation d’auteur dramatique ( quelques douze pièces dont certaine  comme L’enfant froid montée par Christophe Perton au Rond-Point et Visage de Feu par Alain Françon à la Colline. Il est aussi dramaturge et traducteur la prestigieuse Shaubühne de Berlin.
  La Pierre, l’un des es dernières pièces, se passe après la chute du Mur de Berlin en 93. C’est l’histoire d’une grand-mère, de sa fille et de sa petite fille qui retrouvent leur maison à Berlin-Est, après l’avoir abandonnée et avoir fui à l’Ouesta. La grand-mère et le grand-père maintenant disparu l’ont racheté en 1935 à une famille juive contrainte à l’exil. Mais on ne le sait que trop: le présent colle souvent très mal avec le passé, surtout quand ce foutu passé n’est pas identique pour des personnes pourtant très proches. La grand-mère en a des cauchemars, sa fille n’est pas vraiment à l’aise et la petite-fille n’a qu’une envie: celle de s’enfuir au plus vite de cet univers qui ne la concerne en rien.
 Bref, il y a  des cadavres dans tous les placards. Et Marius von Mayenburg avec beaucoup d’intelligence nous convie à un voyage dans la mémoire de plusieurs générations du peuple berlinois de 35 à 93. sans logique apparente autre que celle du souvenir. « Lorsqu’on se remémore un événement, notre cheminement n’est pas logique, écrivait l’auteur à propos de l’Enfant froid, la mémoire ne suit pas un ordre chronologique: les événements nous reviennent entremêlés, parce que nos émotions les ont mélangés. C’est ce phénomène que j’ai tenté en tant que dramaturge de retranscrire.. »
 Et ce n’est pas pour rien que von Mayenburg a choisi comme personnages trois femmes d’une même lignée pour essayer de de dire les regrets et le sentiment de  culpabilité  qui continue sournoisement à hanter l’Allemagne un demi-siècle après la faillite de l’aventure nazie, puis le déchirement  de voir son pays coupé ,et enfin le choc qu’ a dû être la réunification tant attendue mais qui a encore souvent chassé les gens de chez eux cette fois pour des raisons économiques.
Et Bernard Sobel dit qu’il a abordé ce poème parce que d’une certaine façon, il a dû affronter le problème de ce qui reste aujourd’hui de l’héritage communiste. « J’ai travaillé, précise-t-il, cinq ans dans un pays qui n’existe plus ». Et  sa direction d’acteurs est , comme toujours, d’une grande précision ( même si Edith Scob surjoue ) mais La Pierre qui,  dit-il,   » met en scène des fantômes qui ne veulent pas être oubliés, qui interdisent d’être tranquilles »ressemble par trop à un canevas pour que l’on ait envie de s’y intéresser vraiment.
 Si l’on comprend bien les raisons qui ont conduit Sobel à choisir ce poème (sic),  on a du mal à cause de la structure répétitive de courtes scènes ,  à s’attacher à ces   personnages  trop  rapidement cernés et cette parabole familiale sur la RDA disparue , même si elle ne dure qu’une heure et quart, devient vite ennuyeuse. Sans doute le grand plateau noir de la  Colline où il n’y a que quelques meubles de salon n’était-il pas la scène idéal pour ce genre de poème, et la ponctuation permanente de dates en tubes fluo imaginée par Lucio Fanti n’arrange pas les choses, mais de toute façon, c’était mission impossible:  le texte de Marius von Mayenbourg n’a très franchement rien de très passionnant. Rien à faire: l’émotion qui devrait être tangible n’est pas au rendez-vous.
 Alors y aller ou pas? Ce n’est peut-être pas la bonne pièce pour découvrir cet auteur, malgré le travail de Sobel et de ses acteurs. Et il y  a sûrement d’autres priorités à Paris…

 

Philippe du Vignal

Théâtre de la Colline jusqu’au 17 février.


Archive de l'auteur

Le Bout de la Route

Le Bout de la Route de Jean Giono mise scène de François Rancillac.

  surlaroute.jpgLe théâtre de Jean Giono est sans doute moins connu que ses romans célèbres comme Colline (1929) , Regain ( 1930)  ou Le Hussard sur le toit (1947), , et pourtant si l’on connaît et l’on joue souvent La Femme du Boulanger, Le Bout de la Route- qui est sa première pièce et  qu’il écrivit en 1931, ne manque pas non plus d’attraits. L’histoire est, comme souvent chez Giono se passe en Provence dans des paysages magnifiques mais où les villages petit à petit commençaient à sombrer dans l’abandon, et, un peu par miracle, grâce à quelqu’un venu d’ailleurs, se sont mis à renaître .
Et la ferme au milieu de nulle part où Jean arrive un soir, fourbu par une longue marche et mort de faim a été ravagée par le deuil: le père de famille est mort brutalement et sa petite soeur  a été tuée par un  rocher tombée de la montagne toute proche. La grand-mère vit recluse dans sa chambre, Rosine, la veuve est devenue impitoyable et autoritaire. Quant à Mina, la plus jeune des filles, elle arrive à se tirer de ce  chaos familial quand elle rencontre Albert un jeune forestier qui vient la voir chaque mardi. Jean donc débarque un soir, parmi ces gens qui ne l’ont jamais vu: il possède un indéniable bonté et il irradie, calme et un peu triste; on devine très vite et il va le dire qu’il est lui aussi en deuil: celle qu’il aimait l’a quitté et il se retrouve seul mais solide, avide d’en découdre
Il aime raconter des histoires ; Albert, émerveillé et compatissant  offre un peu du lait qui ne lui appartient pas; quant à  Mina, elle l’écoute avec avidité; Rosine, après s’être montrée méfiante et plutôt agressive, sent bien malgré tout qu’un homme jeune comme cela, c’est un vrai cadeau tombé du ciel qu’on ne peut pas refuser. Et la grand-mère elle-même quittera la prison qu’elle s’est elle-même construite pour parler avec lui. Et Jean se lie aussi  d’amitié avec le garde-champêtre, le vieux Barnabé qu’ il aide à  pétrir puis à  cuire le pain dans le four banal  du village. Et l’on entend la musique du petit bal où Mariette et Mina essayent en vain d’entraîner Jean. Mina, bien entendu, est depuis longtemps  tombée follement amoureuse de Jean qui  s’en est bien aperçu maissemble ailleurs, perdu dans un autre monde. Et c’est lui qui la remettra dans les bras de son fiancé…. François Rancillac a bien compris qu’il était impossible de concevoir une mise  en scène naturaliste et de faire ainsi tomber la pièce dans un pittoresque à la Pagnol, avec ce que cela suppose de clichés et de bêtises. Encore aurait-il fallu ne pas  créer avec son scénographe Jacques Mollon cet espace noir  avec un sol et des murs couverts de cette pâte striée de réglisse à la Soulages. On veut bien que, chez Soulages, cette « pâte épaisse et pétrolifère donnant à son noir uniforme une dynamique et une profondeur incroyable » ait sa raison d’être  chez le peintre  aveyronnais ( et encore pas toujours, il y a un peu du système dans l’air depuis une bonne vingtaine d’années, et les vitraux de la cathédrale de Conques* sont de qualité  inégale) .
C’est quand même à un curieux syllogisme que se livre François Rancillac qui en rajoute encore une couche (excusez le mauvais jeu de mots pictural!) en de en transposant  Soulages dans l’univers de Giono et en demandant de plus à Cyrille Chabert de concevoir une lumière, disons, des plus économiques. Pas la peine de convoquer et Soulages et Le Corbusier  pour essayer de justifier un système scénique qui ne fonctionne pas, et dessert plutôt la pièce. Enfin, bon…
Encore une fois, sans tomber dans le naturalisme du genre:  vieille cheminée, rideaux en coton Vichy rouge et blanc et lampe à pétrole suspendue au dessus de la table où règne la grosse tourte de pain familiale, il y avait sans doute moyen de faire autrement. D’autant que la pièce de Giono, malgré une langue d’une richesse et d’une beauté remarquable a quand même du mal à décoller. Giono, dont c’était le premier texte théâtral n’a pas encore tout à fait pris la mesure du temps théâtral. Et les scènes d’exposition sont plutôt du genre longuet…
Mais, passée la première heure, François Rancillac maîtrise parfaitement les choses, et sa mise en scène et sa direction d’acteurs sont d’une qualité exemplaire.Chaque comédien est remarquable: et il n’y a aucune fausse note, en particulier Eric Challier ( Jean) et Tiphaine Rabaud-Fournier ( Mina) sont plus qu’émouvants . Emmanuèle Stochl est aussi formidable de vérité, même si elle a parfois tendance à surjouer un peu. mais quel régal et les scènes de la fin que l’on ne vous dévoilera pas sont des moments d’émotion très rares  au théâtre. Les comédiens, sous la houlette de Rancillac,  se sont emparés de cette langue qui fait penser parfois à du Claudel ( ce n’est sans doute pas pour rien si Alain Cuny avait créé le rôle de Jean) avec un bonheur visible. Certes la pièce est un peu longue et aurait sans doute bénéficié au début de quelques coupes… Certes la Cartoucherie n’est sans doute pas près de chez vous… mais vraiment cela vaut le coup.Et on ne vous le redira pas…

 

Philippe du Vignal

 

* Comme disait une brave touriste  sans doute peu fait de l’art contemporain en s’adressant à son hôtellière:  » Madame, savez-vous quand seront enlevés les vitraux provisoires de l’église de Conques? ( Authentique et aussi  savoureux qu’un bon aligot dans la froidure de janvier mais Soulages n’apprécierait sans doute pas!)

Théâtre de l’Aquarium jusqu’au 28 février.

La pièce est éditée aux Editions Folio/ Gallimard

Comment ai-je pu tenir là-dedans?

Comment ai-je pu tenir là-dedans? d‘après La Chèvre de M. Seguin d’Alphonse Daudet , une fable de Stéphane Blanquet et Jean Lambert-wild, direction Jean Lambert-wild.

   chevre.jpgLes contes pour enfants ont la cote auprès des jeunes metteurs en scène ;  la plupart  traitent de la transgression comme Barbe-Bleue, Le Petit chaperon rouge et combien d’autres … et il y a le plus souvent de la perversion dans l’air. Bref, de quoi plaire à la fois aux enfants et aux adolescents , comme aux adultes qui y trouvent aussi leur compte… mais sans doute pas de la même façon, puisqu’il y a toujours un arrière-plan psychanalytique :  » la chèvre blanche, à moitié  saoule, se vautrait là-dedans, les jambes en l’air et roulait le long des talus ».
Le spectacle n’a rien d’une illustration du célèbre conte de Daudet mais c’est plutôt une sorte de relecture personnelle de Jean Lambert-wild.Aucune autre personnage que la chèvre incarnée par une jeune artiste allemande: Sike Mansholt, oeuvrant à la fois dans la performance, la vidéo, la danse et l’écriture poétique qui, cette fois,  restera muette; le texte étant dit en voix off par ce comédien exemplaire qu’est André Wilms. Composante essentielle du spectacle, un environnement composé d’une table, d’un coffre , d’une chaise et d’une sorte de grande marionnette à la forme évoquant le loup, environnement installé sur un plateau tournant et que l’on va retrouver, un peu modifié , deux autres fois, puisque le plateau est divisé en trois parties séparées par une paroi de papier que la jeune femme franchira en les déchirant d’un coup de cutter. C’est, marque de fabrique de Jean-Lambert Wild,  remarquablement conçu et interprété, même si la voix d’André Wilms est un parfois peu trop monocorde. Le spectacle, on l’aura compris , est sans concession aucune,  et tient souvent plus de la  » performance », puisqu’il associe la voix de Wilms , la musique de Jean-Luc Therminarias, vieux complice du metteur en scène et l’expression gestuelle tout à fait remarquable de Sike Mansholt, privilégiant l’image de ce voyage dans la fable de Daudet. Jean Lambert-wild et ses complices veulent  dire à la fois l’enfance, la transgression comme nécessité vitale mais aussi la difficulté à intégrer le monde des adultes. Ce que peut révéler une lecture plus analytique du texte mais ce qu’il n’est pas évident à révéler sur une scène en cinquante cinq minutes… Il y a souvent  de fabuleuses images, par exemple quand la jeune femme ouvre le corps du loup et que s’échappent des milliers de pastilles de couleur.
Tout se passe, semble-t-il,  comme si l’on avait affaire à un spectacle pour enfants  qui tiendrait  davantage de la « performance » d’artiste peintre destinée à un public averti qu’à un public  d’enfants et d’adolescents. Mais , à quelques bémols près, si étonnant que cela  puisse paraître,  ce type de dramaturgie fonctionne.. Les enfants étant sans doute plus sensibles à des choses que nous sommes bien incapables  de percevoir, avec notre cerveau  déjà encombré à l’entré  de tas de  scories. Et ce genre d’approche du théâtre  n’est pas sans parenté avec celui de PIerre Blaise dont nous parlions il y  a peu  de temps dans Le Théâtre du Blog.
Même exigence, même perfection de la forme et même recherche d’un autre langage dramatique où l’on considère l’enfant encore plus susceptible de saisir la beauté du monde que n’importe que adulte. Avec sa sensibilité à lui qui n’a pas grand chose à voir avec la nôtre. En tout cas, Jean Lambert-wild aura ouvert une des pistes les plus  intelligentes à l’heure actuelle dans ce que l’on appelle le théâtre pour enfants.

Philippe du Vignal

Comédie de Caen ( maintenant en tournée: 02-31-46-27-27)  En 2013:

Nouveau Théâtre de Montreuil du 21 février au 1er mars   et Théâtre de l’Archipel à Perpignan du 17 au 20 mars  .  L’Hexagone, scène nationale de Meylan, les 28 et 29 mars  La Condition publique, Roubaix Le 21 mai . 

Pris de cours

Pris de cours, texte et réalisation de la Compagnie Gravitation, mise en scène de Jean-Charles Thomas.

 rock.jpg Cela se passe à Courcelles-lès-Lens ; comme son nom l’indique, c’est une petite ville proche de Lens, où l’activité minière s’arrêta en 1948.
Maisons basses en brique et anciens crassiers à l’horizon. Nous sommes précisément au collège Adulphe Delegorgue. Vous ne connaissez évidemment pas ce personnage natif de la ville qui-notre science est de fraîche date- est né en 1814 et mort en 1850; ce fut un ethnologue et botaniste amateur passionné par l’Afrique australe dont il rapporta nombre de pièces, et de témoignages sur la vie des habitants. Et  très connu dans le monde anglo-saxon, mais peu chez nous.
Le collège, comme beaucoup d’autres  collèges, n’est  pas richement doté: l’architecte ne s’est pas tué à la tâche et les peintures datent de la construction ou presque..Mais la bienveillance et le calme semblent régner dans les salles de classe, comme celle de quatrième où nous sommes, celle de madame X , enseignante de Français.  Elle accueille aujourd’hui un professeur-stagiaire M. Xérès,  qui vient faire un cours.
Le conseiller d’éducation le présente aux élèves , ainsi que l’Inspecteur chargé de…l’inspecter. Le jeune professeur se présente lui aussi  , écrit son nom au tableau, puis  dit d’un un ton sec: « Sortez de quoi noter ». Silence  dans les rangs, cela ne moufte pas!  L’inspecteur- en costume gris,  chemise blanche et  cravate,   demande que soient rangés sacs et cartables , de façon à laisser les allées libres pour qu’il  puisse se déplacer, et   vérifie que les classeurs  sont bien disposés au bord de chaque table pour qu’il  y jette un coup d’œil.  Et il demande que les élèves  fassent comme s’il n’était pas là… Exécution immédiate: l’autorité paye…
Le professeur stagiaire  écrit habilement au tableau  le nom du village où  se passe le roman: Thunder ten Tronckh  puis commence à lire un extrait du Candide de Voltaire, en le commentant et en posant quelques questions. Il s’agit des péripéties amoureuses de Candide et de Cunégonde; cela glousse dans la salle quand, assis  au bureau , il extraie de sa petite valise une poupée Barbie pour illustrer la leçon de physique expérimentale, comme dit Voltaire,  entre Cunégonde et son amoureux.
Quelques minutes plus tard, le conseiller d’éducation entre- tous les élèves se lèvent poliment- et introduit une nouvelle élève: Sonia Simon,  assez timide, pâle jeune fille au visage  fermé; on voit qu’elle attend un heureux événement, sur lequel le conseiller demande aux élèves de ne pas faire de réflexions désobligeantes.
Quand même peu éberlués, filles et garçons ne disent rien et  prennent alors une feuille de copie pour commencer la dictée: un extrait des Trois Mousquetaires  dont M.  Xérès, toujours très pédagogique, présente les noms des héros qu’il écrit au tableau, puis  donne au passage la définition du mot laquais et enfin prend l’ accent pour incarner les personnages anglais. Fou rire dans la classe: il y a bien longtemps sans doute qu’une séance de dictée n’a pas été aussi drôle mais,  très vite, le jeune stagiaire bafouille d’émotion, quand il  s’aperçoit qu’il a oublié un dossier ; il quitte alors la salle pour  aller le chercher dans sa voiture. ..
L’Inspecteur n’est pas content et critique  cette faute professionnelle:  pour meubler le temps, il  lit le célèbre poème de Rimbaud : « Par les soirs bleus d’été… en s’accompagnant  d’une  guitare qu’avait apportée , on ne sait pourquoi, M. Xérès. Ravis de ce cours de français un peu hors-normes, les élèves applaudissent . Mais la professeur, dont ce sera la seule intervention leur fait remarquer un peu sèchement qu’ils auraient pu dire quelque chose, puisque- le hasard fait bien les choses!-ils ont récemment appris le poème.
Puis l’Inspecteur demande à  la nouvelle élève s’il peut voir son classeur où il remarque,  écrites à la main, les premières pages de Je ne se suis pas un singe de Virginie  Lou, dans la collection Pockett Jeunesse. « Vous allez lire votre devoir devant les élèves, lui demande-t-il, et je vais vous accompagner à l’accordéon pour vous aider. Elle annonne un peu au début,  puis  prend vite de l »assurance, et trouve le ton juste. Ce qui ne semble pas troubler les élèves, même si l’exercice est inhabituel…
Puis,  l’Inspecteur exaspéré par l’absence de M. Xéres, décide alors de parler de Victor Hugo. né en en 1802, mort en 1885, dit-il. « Vous connaissez Victor Hugo ?  » Les réponses ne sont pas très fournies; en revanche quand il demande combien de temps l’écrivain a vécu, le calcul mental est impeccable: 83 ans , proclament aussitôt nombre de collégiens. Le calcul du nombre de pages des Misérables écrites chaque année par Hugo se révèle plus ardu, et pour cause. L’inspecteur commence alors le récit:  » Au même moment,  un homme entre.. Et le hasard faisant décidément bien les choses, Jean Valjean, la casquette sur la tête entre aussi dans la classe- c’est bien sûr, M. Xéres- et  il interprète avec l’Inspecteur  la célèbre scène de l’aubergiste qui accueille l’ancien bagnard… Les élèves, cela se voit,  sont très troublés,  et  il y a pas mal de petites  gorges qui se nouent, dans un silence absolu.
La jeune nouvelle élève propose alors de lire un passage de  De la tendresse de Robert Cormier et M. Xeres, à la suite , perruque et lunettes noirs,prend alors sa guitare électrique , en imitant un chanteur rock des années cinquante…. Les élèves se mettent à rire et  applaudissent. Fin de cette heure de cours.
Comme c’est remarquablement mis en scène par Jean-Charles Thomas, et  joué à la perfection par  Max Bouvard, Martin Lardé et Natalia Wolkowinski, le faux vrai-cours de français fonctionne à plein régime. Grande question: jusqu’à quand les élèves sont-ils dupes?
D’après ce que l’on pu entendre après coup: jusqu’au moment où l’Inspecteur prend sa guitare, et encore peut-être plus tard, puisqu’ une élève a demandé si sa nouvelle camarade allait rester avec eux… Mais l’opération est assez subtilement menée( rigueur absolue de la dramaturgie et  de la mise en scène, costumes très crédibles, interprétation hors pair), pour que le doute persiste jusqu’au bout ( c’est une quatrième),  d’autant plus que tout est dans l’axe: les textes sont très bien  choisis, puisqu’ils posent les questions que se posent eux-même les adolescents sur l’amour, le sexe, la violence, la justice, etc…  Le conseiller d’éducation fait son travail  habituel, le professeur est un vrai professeur et intervient discrètement pour calmer le jeu quand  les élèves  s’enflamment, le stagiaire parait plein de bonne volonté mais vraiment inexpérimenté, et  l’Inspecteur, malgré sa queue de cheval,  n’ a pas l’air bien commode.
Quant à leur nouvelle camarade, même si elle a 31 ans, elle en parait seize, ce qui, après tout, est logique, puisqu’elle a redoublé deux fois . Et le décor est plus vrai que nature, puisque c’est leur lieu de vie… L’opération se répète en général trois fois dans la journée, et l’on demande à la première classe de garder le silence. Nous ressortons de là assez bousculés par cette mise en abyme du théâtre qui a fortement perturbé , au meilleur sens du terme, chacun des élèves, et  par cette intelligence et ce manque total de prétention:  ce qui est la plupart du temps, la marque reconnue des moments de théâtre les plus marquants.
Attention! Les représentations vont continuer dans divers collèges du département, réalisée en partenariat avec La Ligue de l’Enseignement du Pas-de-Calais mais  ne sont évidement pas publiques. Mais bon, si vous êtes enseignant, vous pouvez peut-être vous arranger avec le collège où elles auront lieu. en tou cas, si vous avez la possibilité de voir Pris de cours, ne le ratez pas…

Philippe du Vignal

Contact de la compagnie Gravitations: gravit.org

Note à benêts: notre consoeur et néanmoins amie Barbara Petit a longtemps vécu dans la petite ville voisine de Leforest. C’éyait une raison de plus d’aller revoir ces drôles de paysagesque sont les crassiers…

Paroles, pas de rôles

Paroles, pas de rôles de Matthias de Koning, Damian de Schrijever et Per Van de Eede.

    Les auteurs sont trois des comédiens des collectifs belges et néerlandais Tg stan, De Loe et Discordia,  que l’on avait déjà pu voir au  dernier Festival d’Automne ( My Dinner with André) et, notamment en novembre dernier au Théâtre de la Bastille ( voir l’article de Barbara Petit dans le Théâtre du Blog). Et c’est une sorte de carte blanche que Muriel Mayette  leur a donné en leur confiant un atelier de création, pendant plusieurs semaines avec cinq acteurs du français: Coraly Zahonero, Laurent Natrella, Nicolas Lormau, Julie Sicard et Léonie Simaga. Avec une proposition: relire, 20131.jpg des morceaux de textes classiques,- Molière, Diderot, Racine, Tchekov entre autres, en se lançant de temps en temps dans quelques improvisations

 Cela se passe dans la salle du Vieux-Colombier, créé par Jacques Copeau en 1913,  avec une scénographie bifrontale; peu d’éléments sur le plateau: une pannière qui fait office de baignoire où Léoni Simaga fera trempette avec  des fumigènes pour figurer la vapeur de l’eau chaude (!!!!!!!),  une porte qui bascule avec au-dessus un seau en zinc qui se renverse, quelques chaises, une table …Et des batteries de projecteurs en quantité… Et, bien sûr autant de fils qu’il est nécessaire sur le côté Jardin pour manipuler à vue les pendrillons blancs.
Les comédiens sont très à l’aise, même si on ne croit pas une seconde à ce théâtre dans le théâtre qui est une des plaies du spectacle contemporain-tous genres confondus-Les Flamands font en général  preuve de plus d’innovation! Donc , ici, l’on a donné soi-disant priorité à l’acteur,et à une volonté de faire dans la création collective… Cela nous rajeunit mais Ariane Mnouchkine et Le Théâtre du Soleil  pour 1789, 1793 ou l‘Age d’or, sans vouloir jouer les grands-pères donneurs de leçons, y mettaient une autre imagination.
Au début, ce n’est pas la peine de se le cacher, les cinq compères arrivent à nous faire rire mais, c’est un peu comme une machine qui n’arrive pas à vraiment fonctionner, on commence à s’ennuyer, alors que le spectacle ne dure que 75 minutes…  Non, cela n’a rien à voir avec le théâtre de tréteaux  comme annoncé,  que  l’immense Jacques  Copeau pratiquait à une centaine de mètres du théâtre sur la Place Saint-Sulpice…
L’insolence, le jeu fait d’immédiateté et de relation directe avec le public ne sont pas au rendez-vous, même si Nicolas Lormeau offre gentiment  des chocolats au premier rang du public. Certes les cinq acteurs ont une diction irréprochable et quand ils disent quelques vers de Racine, tout d’un coup, il se passe quelque chose: sans doute alors  se sentent-ils davantage dans leurs univers. Léonie Simaga est tout à fait charmante comme Coraly Zahonero et Julie Sicard, mais il y a, dans tout le spectacle, un côté bcbg difficilement supportable. Comme si les trois auteurs du spectacle, sans doute flattés de l’invitation qui leur avait été faite de jouer dans le plus important  des théâtres officiels français avaient eu du mal à trouver leurs repères.  Comme s’ils avaient-fait un petit copié/collé des méthodes   politiques actuelles- et confondu apparence de l’efficacité et efficacité. Et les gags ne sont pas très fameux: comme ce roulage sans fin d’une pâte à tarte qui finit en boule que les comédiens se renvoient comme un ballon.
Et, à écouter ces dialogues bien propres sur eux, on a  du mal à croire un instant qu’il s’agit  de véritables impros: surtout quand on a vu celles des fameux kapouchnik ( cabarets politiques) du Théâtre de l’Unité qui doivent en être à leur soixantième édition mensuelle, là-bas très loin à Audincourt près  de Montbéliard…
et qui se  jouent à chaque fois à bureaux fermés;
Allez, Muriel Mayette, prenez le TGV pour Montbéliard, Jacques Livchine viendra vous chercher à la gare , il vous offrira de la bonne soupe dans la grande salle à manger du théâtre  et vous ne regretterez pas votre soirée , cela vous sortira de vos ors et de vos velours rouges! Bref, le mariage était sans doute impossible entre deux univers radicalement différents; et pour reprendre la célèbre formule de Brecht, l’eau ne se mélange pas à l’huile!
Le public semble malgré tout passer quelques bons instants ( c’est le mot « instants » qui vous choque, braves amis lecteurs!) mais,  rapport qualité/prix, payer 28 euros pour une série d’impros , que bien des théâtres offrent en guise de remerciements à la fin d’une saison., c’est un peu cher. Alors à voir? A vous de juger,  mais on n’a guère envie d’y retourner: ce sera le mot de la fin.

Philippe du Vignal

Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 28 février.

On purge bébé et Léonie est en avance

On purge bébé et Léonie est en avance de Georges Feydeau mise en scène de Gildas Bourdet.

  onpurgebebeleonieestenavancetheatrefichespectacleune.jpg  Feydeau a été beaucoup joué la saison passée, y compris dans les grands centres dramatiques comme celui de Nanterre avec Les Fiancés de Loches, mise en scène de Jean-Louis Martinelli et au théâtre de l’Athénée avec  La Puce à l’oreille montée par Georges Golub. Cette fois, il s’agit de deux pièces mineures de cet auteur adulé du public  décédé il y a déjà presque un siècle, dont la seconde avait été mise en scène par Didier Bezace en 84 pour le Festival d’Avignon, et plus récemment par Laurent Laffargue avec une actrice:(si, si) comme la grande Nada Stancar.
 Œuvres  mineures donc,  et loin de l’excellence des grandes pièces de Feydeau. Comme écrites assez vite sur un coin de table et-heureusement- pas très souvent jouées…. On purge Bébé est une sorte de farce: Monsieur Follavoine dirige une entreprise industrielle de porcelaine et cherche à décrocher un marché particulièrement juteux, celui de pots de chambre incassables pour l’armée française. Et il a invité son ami Chouillou , fonctionnaire important au Ministère de la Guerre, son épouse et l’amant de son épouse à dîner, pour essayer de faire avancer ses affaires.
Mais le petit garçon des Follavoine est constipé et refuse de prendre un médicament purgatoire… Comme vous l’avez tous deviné, l’intrigue est tout à fait passionnante! Bien entendu, comme vous ne vous y attendez sans doute pas , le pot de chambre réputé incassable par Follavoine ne résistera pas à deux lancers expérimentaux, et Follavoine s’en trouvera fort dépité….

 Dans  un décor de salon bourgeois maquillé de grandes marbrures  comme sur les pages de garde des livres du 19 ème siècle, les acteurs essayent de donner vie à cet ersatz de Feydeau en criant et en surjouant, ce qui est sans doute la pire des méthodes pour être un tant soit peu convaincant.
Seul Dominique Pinon, ( Chouillou) , dès qu’il arrive, réussit par sa présence et la précision de son jeu à imposer son personnage. Tout se passe comme si Gildas Bourdet  avait répondu à une commande mais ne s’était guère soucié de la qualité des textes qu’il avait à mettre en scène ni de la façon de les faire jouer;  sans doute, aurait-fallu surtout les monter avec plus de sobriété et  sur un rythme plus rapide.

 Léonie est en avance, qui  fait parfois l’affaire de jeunes compagnies dans le off d’Avignon,  n’offre guère plus d’intérêt… La jeune et belle Léonie est sur le point d’accoucher: affolement généralisé dans la famille: le mari de Léonie  désemparé , semble  dépourvu de tout sens pratique et se fait ridiculiser par son beau-père qui a  envie de régler quelques comptes avec son gendre ; il l’ accuse en effet de ternir sa réputation à lui, homme respectable;  en effet le bébé va faire son entrée dans le monde au bout de huit mois de mariage seulement… Et cela va faire jaser!
 Quant à la mère de Léonie, elle est évidemment odieuse… Arrive enfin  alors une  sage-femme autoritaire qui veut tout régenter dans la maison. Bref, les femmes sont mesquines, jalouses  et les hommes prétentieux et ridicules:  comme souvent chez Feydeau, l’humanité n’a rien de très séduisant!   Mais rassurez-vous, bonnes gens, tout va rentrer dans l’ordre quand on s’apercevra que la grossesse de Léonie n’était que nerveuse…. Vous ne riez pas ? Tant pis pour vous!
 La plaisanterie dure quand même quelque deux heures et demi avec, en plus,  vingt minutes d’entracte!  Reste maintenant à savoir pourquoi et comment un metteur en scène comme Gildas Bourdet qui, autrefois, a conçu de belles et intelligentes mises en scène peut  avoir eu envie de s’attaquer à deux pièces vraiment très faibles  comme celles-ci, dont le seul dénominateur commun semble être les à-coup du fonctionnement du corps  humain.
Reste à savoir aussi comment un théâtre comme celui du Palais-Royal peut penser trouver un public concerné par une soirée aussi pimentée. Et le public? C’est un peu rassurant; certes il saluait poliment  des comédiens connus comme Cristina Reali, Pierre Casssignard et Dominique Pinon mais les applaudissements n’avaient rien de délirant.

 Alors à voir? A moins d’être pervers , sûrement pas… Feydeau, oui, bien sûr mais quand il s’agit de ses grandes pièces, et correctement montées.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre du Palais-Royal.

Sur la Route

Sur la Route,  conception et mise en scène d’Antoine Rigot.

   surlaroute01.jpg Antoine Rigot avec Agathe Oliver avait créé un duo sur le fil qui lui avait valu le Grand Prix national du Cirque en 93. Mais en 2000, il fut victime d’une chute;  après l’ épreuve douloureuse qu’il a subi, et , malgré son handicap,  il a quand même décidé de continuer à remonter des spectacles-dont le dernier vient d’être joué à la Ferme du Buisson-et à en être l’interprète.
Avec ce que l’on peut imaginer , d’énergie surhumaine et de volonté physique pour s’en sortir après une difficile rééducation. Sur la Route s’inspire d’Œdipe sur la Route, roman d’Henry Bauchau. Chassé de Thèbes, Œdipe reprend la route,  comme Antoine Rigot.  » Je ne veux pas , dit-il, travailler sur la tragédie d’Œdipe ni sur son mythe moderne, je veux travailler sur ma terrible histoire et sur le chemin à parcourir pour me reconstruire. Comment continuer à vivre, artiste physique au corps blessé. Où est ma place? »

  Et il se met en scène , lui avec son corps blessé et une jeune  funambule finlandaise Sanja Kosonen: c’est comme une sorte d’étrange duo: il ne la quitte pas des yeux, très attentif , et elle le regarde comme s’ il était son père ou son frère,  présence indispensable  aux prouesses techniques qu’elle réalise sur le fil.Sur un dispositif triangulaire fait de barres d’acier inox et et de câbles tendus, imaginé par Antoine Rigot et Patrick Vindimian , et qui constitue en lui-même une belle sculpture d’art minimal.
La parenté avec le texte de Bauchau  et  le mythe d’Œdipe n’est pas évidente, et l’on ne sait pas trop bien ce que l’on vient voir pendant 50 minutes. Si l’on posait la question de façon cynique, le spectacle, avec la seule performance de Sanja Kosonen, se suffirait-il à lui-même? Chacun y répondra en fonction de sa propre sensibilité, mais restent dans la mémoire quelques belles images, surtout celles du début du spectacle où il est couché et où elle le tire en l’injuriant en finlandais et arrive à le relever, et celles  de la fin où la jeune funambule aide Antoine Rigot à se hisser sur le fil et à lui faire faire quelques pas jusqu’à une petite plate-forme, comme pour dire que rien n’est définitivement perdu…

 Les spectateurs dans leur majorité, surtout les plus jeunes, étaient  conquis,  quelques professionnels  qui étaient près de nous semblaient plus partagés devant cet ovni, dont l’auteur semble revendiquer à la fois la forme théâtrale et circassienne, ce qui est loin d’être évident à réaliser. Mais l’on sent une telle énergie et une telle volonté d’en découdre chez Antoine Rigot que l’on peut être sûr qu’il finira par trouver sa nouvelle route à lui.

Philippe du Vignal

Spectacle vu à La Ferme du Buisson à Noisiel, et actuellement en tournée ( voir le site de la Compagnie des Colporteurs):

399 secondes

399 secondes de Fabrice Melquiot mise en scène de Stanislas Nordey, collaboratrice artistique Claire-Ingrid Cottenceau.

    f56a4aeac3901dea2.jpg399 secondes, c’est, nous explique Fabrice Melquiot,  la durée de l’éclipse qui a eu lieu l’an passé mais qui n’était visible que de certains points du globe. C’est une métaphore pour nous parler de « ce que l’on nomme jeunesse qui ne dure pas longtemps, dans l’interstice entre « enfance » et  » âge d’homme » où se jouent des singularités empruntées, s’échafaudent des plans dérobés, s’esquissent des caractères modelés sur d’autres. »
Ce pourquoi, ajoute Fabrice Melquiot, la plupart des personnages  portent en eux l’écho de héros mythologiques ». Par mythologie, l’auteur désigne celle des héros grecs de l’Antiquité grecque: Orphée, Pandora, Faéton, ou Danaé. ; quant aux lieux juste nommés mais non représentés, ce sont:  un squat à Berlin, puis un musée à Oslo, un cargo en mer, un aéroport ou des rues de Shangaï.

 Les personnages sont  quinze jeunes gens , garçons et filles qui vont dire le texte de Melquiot dans une sorte de maison aux murs blancs, eux-même tous habillés de combinaisons féminines ( ce qui va mieux aux jeunes femmes qu’aux hommes!). Ils disent à la fois le monde des vivants et celui des morts, la passion physique, le passage de la vie à la mort  soit à tour de rôle soit à deux soit tous  à la fin dans une sorte de choeur; la scène est seulement éclairée par  quinze tas de guirlandes d’ampoules  à lumière blanche mais variable posés au sol.
 Même s’il  possède souvent de belles fulgurances poétiques, le texte de Fabrice Melquiot  a parfois un peu de mal à passer,  sans doute à cause de longueurs dans la dernière partie. Et l’ on ne comprend pas très bien ce qui a poussé Nordey à le choisir ; certes, il s’agissait de présenter la sixième promotion de l’Ecole du Théâtre national de Bretagne et les textes contemporains, et  même classiques où il est possible de donner un morceau de gâteau à peu près identique à chaque  élève ,ne sont pas légion…
  C’est en effet un cas de figure un peu particulier , puisque le metteur en scène ne choisit pas ses comédiens, alors  que  le but de l’opération est  de les mettre chacun en valeur , en évitant quand même au maximum l’exercice de style: comme on le voit , la chose n’est pas des plus faciles!  Mais ne vaut-il pas mieux alors  choisir plusieurs pièces, comme l’avait  fait Jean-Claude Durand, quand il avait remarquablement monté une oeuvre  de Dea Loher et  une autre de David Gieselman avec les élèves de Chaillot sur ce même plateau de Théâtre Ouvert et sur cette même durée de deux heures environ. Mais , comme dans 399 secondes,  il y a très peu de de véritables dialogues, et l’on discerne mal les talents de chacun;  les garçons, eux semblent beaucoup moins à l’aise, sans doute à cause d’une gestuelle peu adaptée. Parmi les jeunes comédiennes, nous avons donc tout de même repéré:  Marine de Mizsolz, Emilie Quinquis  et Anne-Sophie Sterk.
Cela dit, la mise en scène  de Nordey, est absolument rigoureuse et les comédiens font preuve de professionnalisme: une spectatrice ,victime d’un malaise ayant dû être évacuée, et donc le spectacle interrompu trois minutes,  il n’y a eu aucun mouvement de panique sur  scène, même quand , après la reprise, certaines répliques du texte  faisaient penser bizarrement à un possible décès. Une des comédiennes a réussi à réfréner son fou rire et tous sont restés concentrés  et  ont repris le jeu, ce qui suppose une déjà une belle maîtrise de la scène…
 Alors à voir? Oui, si vous voulez découvrir quelques-uns des futurs comédiens de demain et une mise en scène de qualité,  mais le texte de la  version jouée  de Melquiot  qui, dit-il, a  » ajouté ou étoffé certains personnages du manuscrit original spécialement pour le spectacle » -ceci explique peut-être cela- n’ est pas franchement convaincant.

Philippe du Vignal

Théâtre Ouvert 4 bis Cité Véron 75018 Paris  jusqu’au 6 février.

Solomonde

Solomonde, spectacle écrit par Lucie Gougat et et jean Louis-Baille ,  mise en scène de  Lucie Gougat et  jeu de Jean-Louis Baille.

solom.jpgC’est un peu comme une mauvaise farce, celle  d’un clown qui voudrait bien sortir de sa pièce, mais qui ne le peut pas : le monde extérieur lui fait peur. Il n’y a pas grand chose sur scène: un fauteuil en cuir 1930, un paravent bleu foncé et une porte dans le fond. Solomonde rêve de tout et de rien , surtout de pouvoir sortir; il a peu d’accessoires avec lui juste une grande valise d’autrefois d’où il fera surgir une petite cheminée d’où il fera surgir un petit ( faux bien sûr). Il a aussi une cuirasse avec un casque, ce qui fait un curieux contraste avec son nez rouge et son chapeau en carton à ailettes. C’est un personnage aussi angoissé que comique, et qui possède une volonté farouche d’en découdre avec l’univers hostile qui l’entoure.
 Lucie Gougat a cru bon de mettre -manie de ces dernières années- une vidéo où on voit Solomonde sortir par la vraie porte. Pourquoi pas? Mais cela ne présente guère d’intérêt: il y a cinquante ans, l’on aurait crié au miracle et au tour de magie, mais comme maintenant la vidéo est partout jusque dans le métro, les bus et les bureaux de poste, cela ne fascine plus personne, même les enfants.. La gestuelle est d’excellente qualité mais le texte est souvent très faible, ce qui affaiblit le traitement poétique de l’image. La tête que s’est faite Jean-Louis Baille est surprenante et il possède un incontestable  métier: mais si l’ on ne s’ennuie pas vraiment, l’ensemble n’a tout de même rien de bien passionnant. On sourit parfois mais ce n’est pas la franche hilarité que l’on pouvait soupçonner au début du spectacle.
 Alors à voir? Pas sûr du tout. C’est sans doute un spectacle techniquement tout à fait au point mais qui manque à la fois d’un vrai texte  et d’une petite flamme délirante qui l’ ouvrirait  sur un univers poétique personnel comme celui de James Thierrée. Le public vincennois n’avait pas l’air mécontent, sans pour autant  paraître vraiment enflammé de bonheur.

Théâtre Daniel-Sorano 16 rue Charles Pathé Métro Château de Vincennes jusqu’au 21 février.

Vienne 1913

Vienne 1913, comédie dramatique d’Alain Didier-Weill, mise en scène de Jean-Luc Paliès.

 vienne.jpg C’est l’histoire à  Vienne ,  dans les années 1913 d’un jeune homme très pauvre qui vient d’avoir vingt ans; il est  SDF ou à peu près , dort là où il peut, sur un banc de square ou dans des asiles de nuit; il suit des cours à l’ Ecole des Beaux-Arts  et il essaye de vendre. ses dessins. Parfaitement inconnu, il le deviendra assez rapidement: il s’appelait Adolf Hitler.
Vienne est une capitale brillante avec des peintres et des artistes exceptionnels,  et Hitler, même pauvre et inconnu,  va finir par fréquenter l’intelligentzia de la ville. Il y reviendra  quelques années plus tard pour proclamer l’Anschluss…
Mais  Alain Didier Weill explique qu’il n’ a pas voulu faire de ce jeune Hitler une brute raciste mais a  essayé de comprendre pourquoi le pire avait côtoyé le meilleur dans la capitale mythique de l’Autriche il y a déjà un siècle maintenant, et a enfanté la barbarie la plus violente depuis longtemps..Il y a la fois les tenants du nationalisme le plus virulent, des marxistes mais aussi des antisémites.
On voit ainsi Freud le cigare au bec et son disciple Jung avec lequel il va se brouiller, première scission dans le mouvement psychanalytique encore dans l’enfance, et un jeune homme,  Hugo , antisémite,   que Jung enverra consulter Freud.
gardien1.jpgJean-Luc Paliès a conçu son spectacle- dont c’est ici une reprise-comme une sorte d’oratorio avec deux chanteuses, un musicien :Jean-Claude Chapuis qui joue sur des verres en cristal, et plusieurs récitants qui incarnent les différents personnages; c’est rigoureusement dirigé,   le jeune acteur Miguel-Ange Sarmiento qui incarne Hitler est  remarquable, et Jean-Luc Paliès recrée un Docteur Freud tout à fait crédible.
Mais du côté dramaturgie, c’est beaucoup moins bien et les petites scènes se succèdent aux petites scènes, avec de temps en temps, une partition chantée ou jouée.Il y parfois des moments  pleins d’humour. Mais l’ensemble n’ a rien de très passionnant et a des côtés pédagogiques dont on aurait aimé être dispensé; il n’y a pas vraiment de fil rouge et  les discussions entre Freud et Jung semblent plaquées, sorties tout droit d’une pas très bonne série télé, même si l’auteur sait ce dont il il parle, puisqu’Alain Didier Weil est psychiatre et psychanalyste.
En fait,  quel que soit l’intérêt que l’on peut porter à une évocation de l’esprit qui souffla sur Vienne autrefois, la forme hybride d’un oratorio-fiction dramatique n’était  sûrement  pas la mieux adaptée…. Mais le spectacle, dit le petit  programme sans beaucoup de scrupules, bénéficie d’une écriture intelligente et d’une mise en scène très étonnante( sic). Puisqu’on vous le dit! Encore une fois même  si la mise en scène est rigoureuse,, elle aussi des côtés brouillons, ce qui n’est pas incompatible et  le spectacle hésite constamment entre la forme de l’oratorio et celle d’un comédie avec des personnages historiques.
Alors à voir?  Pas sûr du tout!

Philippe du Vignal

Théâtre du Lierre, 28 rue du Chevaleret,  jusqu’au 24 janvier.

Note à benêts: 

  Le directeur du lieu:  Farid Paya demande à l’entrée  de son  théâtre que l’on signe une pétition contre la diminution des ses moyens  par la DRAC Ile de France, ce qui est parfaitement son droit mais quand il prétend que ce sont quelques experts de la commission théâtre qui ont décidé de cette mesure, cela relève de la manipulation et/ou de la mauvaise foi. puisqu’il sait très bien que c’est la seule DRAC qui décide, et non les experts dont l’avis est seulement consultatif.

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