Brita Baumann (Les Cadouins # 2),

    Brita Baumann (Les Cadouins # 2), documentaire théâtral et musical de Gaëtan Peau et Quentin Defait, mise en scène Quentin Defait.

 

  Brita Baumann est la seconde partie du cycle Les Cadouin. On est en juillet 2005 et une jeune allemande Brita Bauman a été envoyée pour un séjour  linguistique dans une famille bretonne, les Cadouin:   Roland, le père divorcé, Violaine sa compagne, Laurence et Virginie,  ses deux  filles d’une vingtaine d’années, et enfin, Jean-Jacques, le frère de son ex-femme et donc l’oncle de Laurence et Virginie. Cette famille connaît un petit  succès local avec son groupe Les Cadouin qui court les mariages, les bals et les fêtes avec des chansons qu’ils jouent et qu’ils chantent en chœur, pas très bien évidemment et leur répertoire reste  limité: cela va de Bécaud, Sheila ,Souchon en passant par les succès d’Indochine.
   Quant à Brita , elle est là, les écoutant, toujours silencieuse, parce que, nous disent les Cadouin, elle est allemande, presque prostrée et sans grande envie de partager leurs histoires de famille et leurs  tournées. Roland hurle et engueule ses musiciens de pacotille mais on a quelque mal à croire à cette famille et à cette saga musicale…
  Il y a deux tables et des chaises paillées comme on les voit dans les les intérieurs pauvres de la campagne profonde; tous les accessoires sont peints sur des cartons (assiettes, bouteille, pendule, instruments de musique et les comédiens  ont des maquillages blancs  comme des cadavres (?) , des costumes d’un goût douteux et  des perruques,ce qui, dans l’esprit des réalisateurs du spectacle, devraient donner « un esprit irréel et extravagant »; et  » que le public ressente ou non cette dimension, n’est pas indispensable mais cela instaure un décalage, un « surréalisme » qui vient s’ajouter à une histoire très quotidienne. » Mais on nous parle aussi quelques lignes plus loin « d’expressionnisme pour clowns noirs et féroces ». Il faudrait choisir!
  Avec,  comme références,  les désormais célèbres Dechiens et les non-moins célèbres documentaires de la série Strip-tease. Brita, habillée comme une jeune allemande de la campagne dans les peintures  populaires du  19 ème siècle, grande jupe crème,  et  nattes blondes, restera désespérément muette, comme un peu sotte, bref, une vraie caricature (type Bécassine d’outre-Rhin) égarée dans une autre époque,  et  qui va  recueillir  les confidences de toute la famille Cadouin.
  C’est plutôt bien joué ,en particulier par Emmanuelle Marquis ( Virginie) avec quelques moments forts: les repas en silence , certains numéros de variétés des plus ridicules et quand Brita écrit des lettres sur fond de musique de Bach.Mais, de là,  à y voir une peinture d’ êtres un peu à la dérive, et en proie à la solitude,  comme on nous y invite… Très franchement, l’on reste un peu?  beaucoup? sur sa faim.
  Ce qui manque sans doute à ce spectacle qui se voudrait proche de la caricature, c’est à la fois la vérité du quotidien, avec le  montage très serré et absolument exemplaire  des fameux Strip-Tease,  véritable condensé d’émotion et de finesse. Ce qui manque  aussi :  la cruauté des rapports entre des êtres affligés d’un handicap physique et/ou mental des Deschiens toujours en proie à la méchanceté des objets… Un cocktail inédit dans le théâtre français que Macha Makeiff et Jérôme Deschamps avaient réussi à mettre au point. Même s’il y  a des moments  drôles, on attend toujours quelque chose qui ne vient pas dans ce « documentaire » qui n’en est pas un, drôle parfois mais pas assez  « acidulé « et pas vraiment « désespéré », comme  le prétend sans complexe  la note d’intention. Bref, faute d’une solide dramaturgie , le compte n’y est pas tout à fait.
  Alors à voir? Les gens d’un certain âge paraissaient assez contents, et  il y avait très peu de jeunes, ce qui est rare au Théâtre 13. Vous pouvez tenter l’expérience à condition de ne pas être trop difficiles; au moins, on vous aura prévenus.

 


Philippe du Vignal

 


Théâtre 13 jusqu’au 10 avril; et le dimanche à 17 h 15,  reprise exceptionnelle de Monsieur Martinez (Les Cadouin # 1)

 

http://www.dailymotion.com/video/xhn0ip


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La liberté pour quoi faire

La liberté pour quoi faire? ou la proclamation aux imbéciles, d’après Georges Bernanos, un spectacle de Jacques Allaire.

  On ne lit plus guère  Georges Bernanos (1888-1948), et c’est dommage. Mis à part un antisémitisme à peine déguisé au début de sa carrière, il eut ensuite des visions tout à fait prémonitoires. Il insulta copieusement Franco et Pétain , et fut obligé de s’exiler au Brésil. Il  se rallia rapidement au général de Gaulle, fit preuve d’un antiracisme  absolument radical, et soutint Mendel et Zweig. Il refusa aussi  tous les honneurs: non à l’académie française, non à une entrée au gouvernement que lui avait proposée de Gaulle,  et non encore à la Légion d’Honneur.
Ce qui ne l’empêcha pas d’être reconnu, encore jeune,  comme un romancier important avec Sous le soleil de Satan et Le Journal d’un curé de campagne, (qui furent adaptées eu cinéma) et de voir jouer ses Dialogues des Carmélites . Il fut aussi un pamphlétaire de tout premier  ordre,  notamment avec deux textes peu connus  La Liberté pour quoi faire , et La France contre les robots, dont s’est  emparé  Jacques Allaire pour construire un spectacle un peu  inégal mais, aux meilleurs moments assez attachant. Nous ne l’avons pas vu dans des conditions idéales: Sortie Nord-Ouest  est un lieu culturel  dynamique situé près de Béziers au milieu des vignes et qui a une programmation exigeante mais  le chapiteau subissait ce soir-là, surtout au début,les attaques de la tramontane, ce qui provoquait un bruit désagréable pour entendre un texte  comme celui de Bernanos.
 » Il n’ y a de liberté qu’en résistance » disait celui qu’Artaud nommait « son frère en désolante lucidité » et qu’admirait Malraux. Ces deux textes, peu connus,  témoignent  d’une profonde révolte contre un système capitaliste sans scrupules, et contre  une pensée marxiste où l’homme de droite , un temps proche de l’Action française, ne trouve évidemment pas non plus son compte.
Georges Bernanos a quelque chose d’un anarchiste qui s’emporte  avec une saine colère, contre  la bêtise de l’industrialisation à outrance  qui malmène l’homme , la démocratie et ses libertés fondamentales.Et pour un retour à une vraie spiritualité.  Ce qui n’était pas si courant à entendre à  son époque…
Et plus de soixante après, les phrases de ce visionnaire restent étonnantes, surtout après les derniers soubresauts politiques et la catastrophe de Fukushima: « L’erreur commune est de se dire, à chaque nouvelle restriction : « Après tout, ce n’est qu’une liberté qu’on me demande; lorsqu’on se permettra d’exiger ma liberté tout entière, je protesterai avec indignation !  » Le mécanisme du système en impose à vos nerfs, à votre imagination comme si son développement inexorable devait tôt ou tard vous contraindre à livrer ce que vous ne lui donnez pas de plein gré. Tous les régimes au cours de l’histoire ont tenté de former un type d’hommes accordé à leur système, et présentant par conséquent la plus grande uniformité possible.  Le droit de penser devenu inutile – puisqu’il paraitra ridicule de ne pas penser comme tout le monde -  amener chacun à troquer ses libertés supérieures contre la simple garantie des libertés inférieures. » Si cette civilisation réduite à une espèce de représentation schématique de l’homme telle quelle figure dans les calculs des techniciens, était précisément trop simplifiée pour l’homme réel ?  Hein? Si la chaloupe se révélait à l’usage  incapable de supporter le poids de l’équipage ? Si les contradictions de l’homme, c’était l’homme même?
La mise en scène  comme la scénographie  de Jacques Allaire ne sont pas toujours convaincantes et l’on ne voit pas toujours  où il veut nous emmener. pourquoi, entre autres, cet éclairage avec deux lampes de poche pendant presque un quart d’ heure? Pourquoi cette centaine de  chaises entassées  sur la scène qu’il remet en ordre à la fin avec son complice Jean-Pierre  Baro? Pourquoi ces costumes vaguement 18 ème siècle, et ces maquillages sur le corps?
Il faudrait sans doute dans une seconde étape de travail rendre plus lisibles ces propositions.  Mais cela n’empêche pas de bien entendre les magnifique colères de Bernanos contre cette civilisation moderne qu’il considérait comme une conspiration universelle qui empêche  toute espèce de vie intérieure. Ce qui, après tout, dans  ce genre de théâtre sans véritable dialogue, reste l’essentiel. Et le public, jeunes comme  moins jeunes,  écoutait avec une grande  attention ces textes de grande allure  bien servis par Jacques Allaire et Jean-Pierre Baro.
Philippe du Vignal

Spectacle co-produit avec la Scène nationale de Sète, vu à Sortie Ouest le 16 mars ; en tournée,  au Périscope de Nîmes le 31 mars et le 1 er avril: au Théâtre de la mauvais Tête à Marvejols le 6 avril et au Théâtre de l’Archipel de Perpignan le 8 avril.

La liberté, pour quoi faire ? est disponible aux éditions Gallimard  et  La France contre les robots  aux éditions Castor Astral.

Le Misanthrope

Le Misanthrope de Molière, mise en scène de Serge Lipszyc.

   m5.jpg  Serge Lypszyc avait déjà monté la célèbre pièce il y a quelques années, et la reprend pour longtemps. De cette pièce largement autobiographique,le metteur en scène dit que  “Le mal-être généralisé de ces hommes et de ces femmes rend la pièce  violente, sourde et drôle et ce n’est pas un paradoxe car l’humour est omni-présent et permet la survie dans une époque policée où le “ paraître” régente les rapports humains”.
Soit, cette analyse en vaut d’autres: la maison de Célimène est en fait une sorte de mini-cour à l’image de celle du grand Louis XIV, dont on peut voir,  en fond de scène,le détail agrandi d’un tableau qui le montre tenant  une lettre. Histoire de rappeler au public qui pourrait l’ignorer que la pièce se passe sous le règne de Louis XIV. Ce qui n’est pas évident par ces temps où le Sarkozy se moque allègrement de La Princesse de Clèves...

 Le salon de Célimène c’est donc cette grande toile peinte, deux  sièges de velours rouge, un canapé (aux pieds Louis XVI!) reproduisant très mal le fameux canapé Mae West sofa de Salvadore Dali qu’il dessina d’après les lèvres de l’actrice dans les années 30.
Il y a aussi  deux miroirs montés sur pieds, et des lustres en fil de fer noir avec des petites bougies de chauffe-plat. C’est laid? Oui , c’est laid, moins toutefois que les costumes des hommes faits d’un invraisemblable mélange de pourpoints, avatars d’avatars de ceux du 17 ème siècle, de chemises/ cravate, et de pantalons et chaussures contemporaines. Les comédiennes sont un peu mieux loties mais guère…

  Quant au texte qui reste exemplaire de cette  langue magnifique qui est encore-mis à part une vingtaine de termes- largement la nôtre, il est, faute d’une véritable direction d’acteurs, le plus souvent mal dit. Personne n’est obligé de faire jouer une pièce écrite en alexandrins mais si on le fait , autant le faire bien. Quand on voit le soin extrême qu’a Brigitte Jaques quand elle s’empare d’un texte de Corneille, la façon qu’elle a de de rendre la moindre nuance de sentiment, la petite inflexion de voix  qui donnera tout son sens et toute sa musicalité aussi aux répliques des personnages!
Là, on est assez loin du compte; seule Nadine Darmon en Arsinoé sait ce que sont des  alexandrins et les dit magnifiquement, et les deux petits marquis Acaste et Clitandre ( Julien Léonelli et Sylvain Méallet) sont eux aussi impeccables, et ils donnent un souffle de jeunesse à une mise en scène qui en a bien besoin..

  Pour le reste de la distribution, cela dépend des moments… On veut bien admettre qu’Alceste ait quelque cinquante ans… encore que l’on comprenne mal, à cet âge-là, ses emportements et ses colères mémorables et , sauf le respect qu’on lui doit, cette Célimène, même très jolie, n’a rien d’une jeune femme d’une vingtaine d’années.Comme de plus, on fait  jouer  Valérie Durin  joue de façon assez stéréotypée, le compte n’y est pas, alors que c’est le personnage pivot de la pièce!
   Ce manque de clarté dans la diction, le côté peu crédible de  la plupart  des personnages, et un   rythme un peu poussif finissent par plomber le spectacle, et c’est vraiment dommage. pour une pièce de cette qualité!  Même la fameuse scène des portraits de la fin, où Célimène est prise au piège de  sa duplicité, est assez terne, alors que c’est le moment le plus flamboyant de la pièce. Bref, la mise en scène a quelque chose de  peu vivant et de figé. Le public plonge petit à petit dans une sorte de torpeur, et les jeunes personnes près de moi tombaient de sommeil…
   Le spectacle est-il encore susceptible d’améliorations? Visuellement non, formes et   couleurs du décor comme des costumes, et lumières  sont vraiment trop laids; sur le plan scénique, si Lypszyc voulait bien resserrer les boulons , c’est à dire faire vraiment travailler ses comédiens pour qu’ils disent enfin les vers comme ils doivent être dits, et pas dans ce médiocre à-peu-près, sa mise en scène y gagnerait déjà. Cela dit, on se demande comment il avait pu réaliser un remarquable Désiré de Sacha Guitry,  et deux ans après, nous offrir un Misanthrope aussi approximatif. 
  Alors à voir?  Très franchement, non. Et, même si le cœur vous en disait, n’y emmenez pas vos adolescents, et leurs copains, cousins, etc… ils vous ne le pardonneraient pas et risqueraient de donner raison à notre très aimé Président de la République…   Nous avons un Molière qui reste, quatre siècles après un auteur exceptionnel à la langue admirable mais le mettre en scène est un acte qui demande , et  une direction d’acteurs,  et une mise en scène d’une exigence absolue.Ce qui n’est pas le cas ici.

 

Philippe du Vignal

 

 Théâtre du Ranelagh  jusqu’au 21 mai.

 

                                     

 

 

L’Art du rire

 L’Art du rire de et par Jos Houben.

On avait connu Jos Houben  chez Aperghis comme chez Peter Brook dans Fragments de Beckett; en fait, cet Art du rire a été peaufiné depuis longtemps sous la forme de  cette vraie/fausse conférence sur le rire et le comique. Sur la grande scène du Rond-Point, une table de bistrot avec deux chaises Thonet, avec dessus , un chapeau, une bouteille d’eau et un verre: c’est tout. Il entre par la salle, pantalon et chemise gris et annonce tout de suite  qu’il il va parler de l’art du rire.
Pourquoi rit-on? Comment rit-on?  de quoi rit-on? énonce-t-il avec un sérieux imperturbable… Quelle est la gestuelle du rire dans notre vie quotidienne de citadins ordinaires confrontés au principe absolu de la verticalité, au déséquilibre et à la chute, au peu de maîtrise que nous avons de notre propre corps?
Bergson avait déjà théoriquement répondu: nous rions quand il y a répétition, quand la mécanique prend le pas sur l’humain. Et Jos Houben  le démontre,  exemples à l’appui, avec peu de mots mais avec  une  merveilleuse gestuelle: il montre la norme et l’équilibre, même instable mais aussi le déséquilibre et le ridicule accompli de la chute, seul ou avec un complice venu du public.
Jos Houben a une façon, exemplaire et bien à lui,  de parler de la verticalité du corps. Pourquoi, dit-il aussi, la Tour Eiffel en impose-t-elle tellement , alors que la Tour de Pise  provoque une certaine pitié? Les exercices sont à la fois fins, intelligents et brillants et provoquent instantanément le rire du public dans une salle qui reste un peu éclairée: géniale trouvaille!
Le public est ainsi davantage en confiance et l’ancien élève du grand Lecoq,devenu enseignant dans cette même école, et aussi membre du fameux Théâtre de complicité londonien,  a une gestuelle irréprochable  et un sens du burlesque qui fait souvent penser à celui de Buster Keaton,  dans la façon qu’il a de mouvoir son corps. Jos Houben est à la fois magnifique dans sa générosité et dans l’intelligence qu’il a du plateau. Avec, pour finir quelques citations, dont une du grand  Wittgenstein. C’est d’une rare élégance de céder ainsi la place aux mots!
En une heure, on a ri  comme rarement-que demande le peuple? -avec, en plus l’impression de sortir de là,  un peu moins bête qu’en y entrant… Vraiment exceptionnel.

Philippe du Vignal

Théâtre du Rond-Point jusqu’au 10 avril à 18 h 30.

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Casteljaloux

Casteljaloux , texte et mise en scène de Laurent Laffargue, en collaboration avec Sonia Millot.

casteljalouxsite.jpgNous vous avions parlé la saison dernière de Casteljaloux première version (voir Théâtre du Bog du 4 avril 2010:http://theatredublog.unblog.fr/2010/04/08/casteljaloux/), où, seul en scène, Laurent Laffargue, avec beaucoup de passion et de savoir-faire, interprétait les personnages de son adolescence et de sa jeunesse.
Depuis, il a entrepris de réaliser avec plusieurs comédiens une sorte de saga sur ce même scénario où l’on voit vivre Casteljaloux ( 5.000 habitants )dans le Lot-et-Garonne. Pas très loin de Bordeaux, lieu de toutes les fascinations, surtout celle du Conservatoire pour un jeune homme attiré par le théâtre. Avec les mêmes histoires d’amitié et d’amours secrets…que tout le monde connaît dans cette petite ville : Jeannot, qui a fait de la taule et Chichinet le fils du boucher, excellement interprétés par Philippe Bérodot et Eric Bougnon, qui vont se battre pour l’amour de la séduisante Chantal (remarquable et très crédible Elodie Colin)… Il ya aussi Jean-François qui cache soigneusement son homosexualité, et qui aime beaucoup Romain qui lui, aime beaucoup Pascaline.
Ce n’est sûrement pas du copié-collé de ce qu’il a vécu mais Laurent Laffargue a sûrement mis beaucoup de son cœur à concevoir cette suite de scènes qui fleure bon le bonheur de vivre mais aussi parfois , et comme ailleurs, le malheur qui s’abat finalement sur des vies qui ont mal tourné. La faute à pas de chance, la faute à la solitude dans un milieu trop fermé où les gens peinent à se reconstruire…
Laurent Laffargue, après ce remarquable exercice en solo avec juste une vieille voiture et quelques accessoires, a entrepris de transformer cet essai réussi en une sorte de pièce avec les mêmes protagonistes, soit quand même dix comédiens. Avec des scènes souvent très courtes qui font penser ,bien sûr, à des séquences cinéma.
Mais c’est un euphémisme de dire que l’on ne s’y retrouve pas tout à fait. il y a au début une partie de hand-ball vraiment trop longuette, puis une série de petites scènes sans grand intérêt qui s’essouffle, faute d’une véritable dramaturgie. Comme c’est bien joué et bien dirigé, on se résigne à écouter ces histoires qui ne dépassent quand même pas celles du café du coin, puis, après quelque quarante minutes à peine, on se lasse d’attendre une fin téléphonée depuis longtemps , bref on s’ennuie vraiment.
Dommage! Moralité de l’histoire: on ne fait pas passer impunément un monologue sympathique et enlevé à quelque chose qui voudrait ressembler à une pièce. Et il n’est même pas sûr que les habitants du coin, – certains ont un accent à couper au couteau et d’autres pas! – se retrouvent dans ces personnages quand même souvent un peu trop caricaturaux, et franchement pas passionnants.
Ce qui était léger et agréable dans le solo pèse tout d’un coup très lourd dans ce long spectacle. Y compris les scène de théâtre dans le théâtre… usées jusqu’à la corde, quand deux des personnages vont passer le concours du Conservatoire… Alors à voir? Sûrement pas. Désolé, Laurent Laffargue, mais c’est trop décevant.

 

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Commune à Aubervilliers jusqu’au 25 mars. Ensuite en tournée.

Othello

Othello de Skakespeare, traduction et adaptation de Marius von Mayenburg, mise en scène de Thomas Ostermeier                                            

Après Le Songe d’une nuit d’été et Hamlet, Othello est le troisième travail shakespearien  de Thomas Ostermeier ( 42 ans) , directeur et auteur d’une vingtaine de mises en scène à la Schaubühne de Berlin. Thomas Ostermeier est devenu un habitué des Gémeaux où il est notamment  venu avec Nora et Hedda Gabler  d’après Ibsen, Ibsen dont il avait aussi présenté Jean-Gabriel Borkmann à l’Odéon.
On connaît l’histoire racontée par Shakesperare: Othello, un noble maure,qui est chargé, à la tête de la marine vénitienne de défendre la République de Venise contre les attaques ottomanes,  enlève  puis  épouse, contre l’avis de son  père, la jeune et belle Desdémone qui est  amoureuse de lui. Deux officiers se  partagent l’amitié et la confiance d’Othello.
Mais Iago, est fourbe et dissimulateur; et  Cassio, tout à fait  honnête et loyal. Iago va le dénoncer tout d’abord à Brabantio, le père  de Desdémone. Convoqué chez le Doge de Venise, Othello se défend avec succès . Victime d’une tempête, la flotte ottomane est coulée,  et les Vénitiens, sains et saufs, accostent à Chypre. Othello, nomme alors Cassio comme second. Iago,très ambitieux, et  qui convoitait cette place, en ressent une terrible  humiliation, se sent exclu et décide de se venger. Il complote alors contre Cassio et tente de séduire Desdémone.

  Comme elle refuse, il  provoque, avec beaucoup d’habileté, la jalousie morbide  d’Othello qui en devient presque paranoïaque, et Iago  va alors le persuader que sa Desdémone  est bien la maîtresse de Cassio. Grâce à une fausse preuve (un mouchoir perdu par Desdémone et placé chez Cassio) ,Othello finit par être convaincu et ira étouffer Desdémone dans son lit. Avant de comprendre qu’il a été floué et de  se poignarder. Ce qu’il ne fait pas, dans l’adaptation de Marius von Mayenburg. Cassio prendra alors  sa succession et Iago sera exécuté.e11c72024e6211e088c5518bfb963df4.jpg La pièce de Shakespeare vaut surtout pour quelques unes de ses scènes  devenues cultes.
Reste à savoir comment quatre siècles après sa création, Thomas Ostermeier, lui-même ancien élève de l’Ecole des Beau-Arts de Berlin et très attentif à la picturalité de ses mises en scène, a demandé à son scénographe Jean Pappelbaum un décor résolument contemporain. Soit un grand carré noir qui, dès l’entrée des personnages, se révèle être une pièce d’eau. Vision magnifique: c’est comme à un tableau que nous convient Jean Pappelbaum et Thomas Ostermeier. tous les comédiens sont là debout ou assis mais tous, les pieds dans l’eau, quelques fauteuils et chaises thermoformées en plastique gris où ceux qui ne jouent pas attendent poliment leur tour. Chose d’une rare nouveauté!   Dans le fond, deux baies coulissantes  et, côté cour, un praticable pour un petit orchestre ; saxo, orgue/clavier, trompette et batterie. Les personnages sont en costumes/  cravate et tenues d’officier pour les hommes, en robe ou mini-robe très collante argentée pour les femmes. L’on pense évidemment à Venise et les personnages barbottent beaucoup dans l’eau, quand ils ne s’y bagarrent pas ; l’eau, ensuite,  se retirera presque entièrement,découvrant une  plage, où les protagonistes seront plus au sec pour jouer; l’eau toujours , à la fin de ce long spectacle (2h 30 sans entracte), reviendra comme la marée montante.
  C’est, dans la grande tradition de la Schaubühne et, malgré la barrière du langage sur-titré, un  beau travail scénique, magnifiquement interprété; en particulier par Sébastien Nakajev (Othello), Stefan Stern ( Iago) et Tilman Strauss (Cassio). Tout est réglé au centimètre; le début est assez émouvant quand on voit Othello ( blanc et non noir)  et Desdémone, enlacés  complètement nus.   Mais on se demande très vite où Thomas Ostermeier veut nous emmener , et ce que viennent faire ces effets vidéo non figuratifs en fond de scène, même signés de  l’excellent Sébastien Dupouey  et les airs africains et jazzy du petit orchestre.
Il y a un côté un peu sec et démonstratif , un poil prétentieux, dans cette mise en scène souvent agaçant du genre :  » Vous allez voir moi comment je m’y prends, moi,  Thomas Ostermeier , pour monter Othello, et croyez-moi, vous n’allez pas être déçu du voyage ». Mais désolés, nous n’avons pas vraiment ressenti une  véritable émotion, comme pour Nora ou Hedda Gabler., et on a connu le metteur plus inspiré..
Même si, encore une fois, c’est, même un peu prétentieux,  un travail théâtral fondé sur un jeu et une technique de tout premier ordre…Mais bon! A une mienne consœur , un peu interloquée par ces stéréotypes enfilés comme des perles, qui lui demandait, après le spectacle, quelques précisions sur ses intentions, Thomas Ostermeier répondit sèchement, peut-être pas :  » Tout se trouve dans mon spectacle, il suffit de le regarder « . Sans commentaires…

  Alors y aller ou pas? A vous de voir. Le spectacle est d’une grande beauté plastique, et visiblement influencé par le cinéma, mais qui traîne en longueur et qui n’est sans doute pas le meilleur de Thomas Ostermeier.
Le public a applaudi  avec beaucoup de politesse les acteurs allemands qui le méritent mais n’ a pas  manifesté un enthousiasme très délirant pour la mise en scène…

Philippe du Vignal

Spectacle créé à Epidaure en 2010. Théâtre de Sceaux-Les Gémeaux jusqu’au  25 mars, puis à Saint-Quentin-les Yvelines le 12 avril.

 
 

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            

Etty

Etty d’après les écrits d’Etty Hillesum , création théâtrale  et mise en scène d’Antoine Colnot de Staël.

 

Ester  ( Etty) Elsumi était née  1914 aux Pays-Bas et décédée le 30 novembre 1943  à Auschwitz en Pologne; elle  a tenu un  journal intime (1941-1942) et écrit des lettres (1942-1943) depuis le camp de transit de Westerbork qui témoigne d’une grande recherche spirituelle et  d’une foi en l’homme, envers et contre tout, malgré ce qu’elle a eu à subir depuis la remise en question des droits des Juifs aux Pays-Bas, puis les persécutions, et enfin la mort au camp d’Auschwitz.
Elle se refuse toujours à céder à la tentation de la violence et cherche à trouver une voie vers la sagesse  » Pour humilier, il faut être deux. Celui qui humilie et celui qu’on veut humilier, mais surtout, celui qui veut bien se laisser humilier », écrivait-elle. Et son Journal comme sa Correspondance sont pleins de ces phrases à l’intelligence aiguisée .
Antoine Colnot de Staël avait déjà monté à à Créteil une première version de ce spectacle ( voir Le Théâtre du Blog de mars 2010), dont la rigueur , la densité et le jeu dans l’espace avaient  quelque chose de tout à fait prometteur; mais la deuxième version  sur le petit plateau de la Comédie-Nation a quelque mal à s’imposer. Le travail sur le texte est aussi rigoureux qu’il l’était  à Créteil  et dans Les Justes de Camus qu’il avait  montée précédemment. Les trois comédiennes: Audrey Boulanger, Anne Jeanvoine et Valérie Maryane ont une belle présence…mais il faut plus d’une demi-heure pour que l’émotion commence enfin à surgir.
Antoine Colnot de Staël  les fait monologuer, dire ou chanter en solo ou en chœur, avec une grande précision et aux tout moments de la dernière partie, on sent enfin  le parcours  qu’Etty a dû accomplir pour se réconcilier avec l’univers qui l’a fait naître. Mais il n’est pas du tout certain ,comme  de Staël le dit,  que la matière offerte par la parole et la pensée d’Etty soit le support d’une forme théâtrale qui utilise au mieux  le corps, du moins pas de cette façon-là. Sur un thème similaire,  Grotowski, qui savait ce dont il parlait puisque l’ immense camp d’Auschwitz avait été installé dans son pays, avait autrefois mieux compris les choses.
Et  les petits morceaux  d’une  chorégraphie aussi  conventionnelle qu’inutile, ne correspondent  en rien à l’hymne à la vie que  de Staël  voudrait voir surgir des textes d’Etty Elsumi, ce  qui  affaiblit singulièrement  sa proposition… En effet, des épreuves subies et du dénuement vécu,  par ces trois femmes , nous n’avons pas vu grand chose. Les comédiennes sont beaucoup plus à l’aise quand elle disent, avec un très beau phrasé, les paroles justes et sobres de l’auteur.
Restent quelques  images fortes dont celles de la fin, quand les trois jeunes femmes nues, s’en vont, calmement sans un mot,  vers leur pauvre destin. Alors à voir? Non pas vraiment: c’est encore une des formes théâtrale hybrides qui n’apportent pas grand chose à un  texte qui mérite cependant d’être lu.
Antoine Vitez disait, sans doute avec quelque ironie pédagogique,  que tout pouvait faire matière à théâtre… Sans doute, mais pas n’importe comment, et surtout pas sur une scène aussi peu adaptée!

Philippe du Vignal

 

Comédie-Nation 77 rue de Montreuil 75011, le vendredi et samedi, et dimanche à 19 heures.( Attention, c’est bien à 19 heures) jusqu’au 3 avril.

 

Adagio, Mitterrand

Adagio, Mitterrand, le secret et la mort, un spectacle d’Olivier Py.

adagio.jpg« Ce n’est pas un traité de sagesse dont nous avons besoin mais d’une représentation. représentation est le mot juste, rendre présent à nouveau ce qui se dérobe à la conscience.  L’ au-delà des choses et du temps. La cour des angoisses et des espérances, la souffrance de l’autre, le dialogue éternel de la vie et de la mort ». C’est par ces phrases de François Mitterrand  que s’ouvre le spectacle qu’Olivier Py a écrit, en partie avec des textes ,  des dialogues et des  déclarations de l’ancien Président de la République, en partie  avec un texte de lui. Qu’il a aussi mis en scène.
Olivier Py a situé cette méditation sur la mort dans un grand escalier qui occupe tout le plateau, avec dans le fond une immense bibliothèque qui glisse pour laisser apparaître  un bois avec quelques arbres où se déroulent  certaines scènes, scénographie exemplaire de Pierre-André Weitz ; tout le personnage politique de l’époque, plus  ou moins proche du Président, est là  entre autres: son éminence grise  Anne Lauvergeon, souvent présente sur scène, Robert Badinter, Jack Lang, Bernard Kouchner, Michel Charasse, Pierre Bérégovoy, Jacques Séguéla, Pierre Bergé, François de Grossouvre, Danièle Mitterrand, etc… mais aussi Gorbatchev, Helmut Kohl, etc…. sans oublier son médecin personnle le docteur Gubler.
Mai 1981: François Mitterrand a été enfin élu, après plusieurs tentatives infructueuses, à la Présidence de la République; il apprend quelques mois après son élection qu’il est atteint d’un cancer de la prostate qui a aussi atteint les os.
Ce qui n’empêchera pas les grandes victoires: abolition de la peine de mort, semaine de 39 heures, cinquième semaine  de congés  annuels, et…
Et il avoue qu’il a la hantise de la fin de Georges Pompidou que les huissiers de l’Elysée  avaient dû soutenir pour aller jusqu’à son dernier conseil des ministres. Et, en même temps, François Mitterrand , malgré les voiles noirs qui planent sur son second septennat, refuse de quitter le pouvoir comme il  refuse aussi les dernières années de sa vie qu’on lui vole sa mort avec  l’aide de la morphine .
Mai 88:  il est réélu mais le second mandat , malgré l’inauguration de la Pyramide du Louvre, qui sonne comme un curieux présage de sa fin proche, puisqu’il passa ses presque derniers  jours en Egypte- et malgré la ratification du traité de Maastricht, est terni par trop de mauvaises nouvelles: affaire Urba qui éclabousse ses proches, prêt de Patrice Pelat à Pierre Bérégovoy qui, incapable de faire face, se serait suicidé dans des circonstances curieuses, victoire de l’opposition avec l’arrivée de Baladur, puis l’année suivante, suicide encore  pour le moins troublant de François de Grosouvre, proche du Président dans son bureau de l’Elysée, débuts des massacres au  Rwanda: tous ces événements ont affecté François Mitterrand , déjà très malade. Mais sans qu’il envisage un instant de démissionner.
En fait, ce à quoi nous convie avec beaucoup de finesse Olivier Py, c’est surtout aux dernières années du vieil homme obsédé, dit-il,  non par l’acte même de mourir mais par sa disparition. On se souvient sans doute des mots de Mazarin:  » Dire qu’il va falloir quitter tout cela! ‘ ».
Olivier Py a éludé le versant familial- et il a eu raison-  de la vie compliquée de François Mitterrand qui avait formellement interdit que l’on parle de sa fille Mazarine Pingeot, ce qui était en réalité un secret de Polichinelle dans  Paris. On ne la verra donc pas ni aucun de ses deux fils:  on ne parle , et brièvement que de Jean-Christophe, soupçonné à plusieurs  reprises, de malversations financières , et Danièle Mitterrand ne fait qu’à la fin une brève apparition.
Le spectacle entier repose surtout sur le personnage de François Mitterrand incarné par  Philippe Girard, absolument étonnant de vérité et de vraie sensibilité. Il ne copie pas l’ancien Président mais il en  a la voix, les inflexions et  son fameux débit- sans doute, savamment mis au point- avec ses bouts de phrases qui souvent restaient en l’air.
Philippe Girard pendant plus de deux heures restitue une image de ce Président qui commence à regarder la mort en face, parfois avec humour et désinvolture. C’est un travail exceptionnel d’acteur , et même s ‘il est plus grand que l’ancien Président, il en a la stature et  donne une vérité et une profondeur  de tout premier ordre à ce personnage en proie à la solitude et envahi par un orgueil démesuré.
Les autres comédiens  bien dirigés par Olivier Py; en particulier Elizabeth Mazev (Anne Lauvergeon) , comme John Arnold, Bruno Blayret, Scali Delpeyrat et Jean-Marie Winling font aussi un remarquable travail si bien qu’avec les pauses musicales (  Phil Glass, Bach, Ligeti, Barber, entre autres..) du  très bon Quatuor à cordes Léonis, ces deux heures vingt coulent très vite. Sans doute, le texte  a parfois une couleur bande dessinée, avec des mots d’auteur que n’aurait pas désavoué Guitry,  mais qui font mouche.  et mieux vaut connaître les protagonistes proches de Mitterrand qui sont ici  un peu flous, puisqu’ils n’apparaissent le plus souvent  que quelques minutes. mais bon, cette page de l’histoire de France et ce portrait -  parfois un peu long- du vieux Président  attaché par-dessus tout à ce que l’on ne lui vole pas sa mort,  vu par Olivier Py, a quelque chose de juste et de profondément vrai.
C’est, allons lâchons le mot, du théâtre « populaire », puisque c’est tout un peuple qui aura finalement assisté à la fin de François Mitterrand. La longue ovation du public était tout à fait justifiée.

Philippe du Vignal


Théâtre de l’Odéon, jusqu’au 10 avril.

http://www.dailymotion.com/video/xhl5si

39° à l’ombre et Embrassons-nous Folleville

  39° à l’ombre et Embrassons-nous Folleville d’Eugène Labiche, mise en scène de  Pierre Pradinas.

 

    Louis-Philippe a abdiqué en 1848 et la République va être proclamée après des insurrections ouvrières qui firent plus de 5.000 morts!  Et Louis-Napoléon Bonaparte sera bientôt élu Président de la république. La France des grands ,comme des petits bourgeois,  se lance dans l’industrialisation et dans la course à l’argent, sûrs de leur puissance et protégés par un gouvernement autoritaire. La France d’en bas étant, elle, priée de travailler dur avec des journées de 10 heures, voire plus. Enfin; le grand Victor Schoelcher obtient l’abolition de l’esclavage qu’avait rétabli Napoléon…
Eugène Labiche commence alors une carrière d’auteur dramatique; il a 33 ans et il écrivit quelque 174 pièces, avec une armée de collaborateurs.Les théâtres ne désemplissent pas et il faut répondre à la demande… 39° à l’ombre ( 1875) est pourtant l’une des rares avec trois autres qu’il écrivit seul et qui ne manque pas de charme..
C’est, comme toutes ses pièces, une peinture assez acidulée  de la bourgeoisie,  aux dialogues souvent très brillants, teintés parfois  d’absurde et de non-sens. 39° à l’ombre se passe à l’extérieur, ce qui est rare chez Labiche . Nous sommes dans le jardin de la propriété à la campagne que possède le riche et influent M. Pomadour. Il y a quelques invités: Courtin, Piget et le grand et bel Adolphe qui, comme tous les autres, a fait un peu trop d’honneur au bon déjeuner et surtout au petit vin blanc ( du Chablis, mon cher, répliquera, vexé,  Pomadour…).
Ils jouent au jeu dit du tonneau ou de la grenouille où il s’agit de lancer un   jeton plat en fonte  dans  des trous. Mais cela ennuie vite les invités de Pomadour qui n’osent cependant pas l’avouer. Et Adolphe, lui, profitera de la présence des autres dans le jardin  pour aller embrasser la jeune et belle Madame Pomadour qui ne semble pas du tout  en être vraiment accablée…
Et quand Pomadour s’en apercevra, il exigera évidemment réparation en duel avant de comprendre son erreur puisqu’il n’y  connaît rien en armes. Alors que son adversaire s’en vante, lui.  Cela, bien entendu,s’arrangera, puisque l’un et l’autre s’accorderont sur un dédommagement financier qui , comme le fait remarquer Pomadour,  ira à ses bonnes œuvres: la construction d’une école dans le village où enfin pourra être dispensée l’instruction au bon peuple et dont il pourra être reconnu comme un généreux et glorieux  donateur…
La seule qui soit vraiment sympathique, telle que la voit  Pierre Pradinas, est madame Pomadour qui rêve à l’évidence d’une petite aventure extra-conjugale. Comme toujours chez Pradinas, la mise en scène eet la direction d’acteurs sont extrêmement soignées, et l’on rit de bon cœur à cette pochade où le couple Romane Bohringer et Gérard Chaillou sont remarquables. On se demande seulement pourquoi Pradinas a fait mettre des costumes contemporains à ces personnages…Et pourquoi, il y a cet écran bleu en fond de scène?
  labichephotolibremarionstalens2831.jpgQuant à  Embrassons-nous Folleville qui date  du milieu du siècle, elle est plus proche d’une sorte de petite comédie musicale:  » cet art d’être bête avec des couplets « disait déjà  Labiche. La pelouse verte du jardin bascule en arrière  et l’on découvre alors le salon bourgeois un peu vulgaire de M. Manicamp, bourgeois lui aussi , très  sûr de lui qui veut absolument marier sa fille Berthe (toujours Romane Bohringer) avec le Chevalier de Folleville ( Matthieu Rozé). Petit ennui imprévu: Folleville, assez timoré ne sait pas comment  résister aux ordres  péremptoires de son futur beau-père qui commence à organiser tout le mariage… D’autant que Folleville n’éprouve aucune sympathie pour la jeune fille…
  Elle-même n’est pas insensible  au riche Vicomte de Chatenay qui commence à être follement amoureux d’elle. Après bien  des péripéties, et notamment une bagarre avec destruction de vases de fleurs et un  repas où Manicamp et Chatenaay s’envoient leur assiette  petit salé au visage, avant de se réconcilier…Et tout rentrera dans l’ordre.
Il y a quelque chose de noir , même dans le décor, et de tout à fait surréaliste dans le texte qui ont  sûrement bien plu à Pierre Pradinas  dont la mise en scène est aussi brillante, même si les chansons sont  doublées ; on rit parfois, mais la pièce-un peu longuette- n’a pas ce même degré de virulence  et cette mêm exigence dans le dialogue:  l’ennui pointe donc parfois .

  Alors à voir?  Oui, mais ce n’est pas incontournable:  on reste quand même un peu sur sa faim, surtout pour la seconde des deux pièces. Enfin si vous avez envie d’aller goûter  l’air printanier et écouter les oiseaux chanter à la Cartoucherie, pourquoi pas?
Il y a aussi à quelques dizaine de mètres, au Théâtre de l’Epée de bois,  La Cagnotte du même Labiche,  dont Elise Blanc vous parlera prochainement…

Philippe du Vignal

Théâtre de le la Tempête , Cartoucherie de Vincennes jusqu’au 10 avril.
 

Long voyage du jour à la nuit

 Long voyage du jour à la nuit d’Eugène O’ Neill, traduction de Françoise Morvan, mise en scène de Célie Pauthe.

 0613413001299667509.jpgPrès de trente ans  (1913) après sa première pièce En route vers  Cardiff, Eugène O’Neill commence en 1939 ce Long Voyage, qu’il situe en 1912 , comme pour boucler un parcours, et  dont sa dernière pièce,  Une Lune pour les déshérités ,sera comme  une  sorte de prolongement  .
Il avait  cinquante ans et souffrait déjà de la maladie de Parkinson dont il devait mourir en 53.. C’est  sans doute la pièce où Eugène O ‘Neill se raconte le plus, dans une sorte d’autobiographie douloureuse où l’on retrouve sa famille: un père qui fut un acteur qui ne fit guère d’efforts pour jouer un autre rôle que celui du Comte de Monte-Cristo qui l’avait fait connaître et qui sombra dans l’alcoolisme  comme  le frère d’Eugène; sa mère, elle se droguait à la morphine  pour échapper  à un mal-être permanent.
Le théâtre d’O'Neill n’est en fait connu en France que par quelques pièces, et nous n’avons vu, pour notre part que les plus importantes  Le Désir sous les ormes que monta brillamment Langhoff, Le marchand de glaces est passé, Le deuil sied à Electre, Vingt sept remorque pleines  de coton,  et  La Lune pour les déshérités mais Alain Ollivier, disparu il y a un an déjà,  a bien fait de recommander à Célie Pauthe ce Long voyage du jour à la nuit, pièce peu  jouée ( en 2010 quand même à Alençon!) ;  créée à Stockholm trois ans après  la mort d’O'Neill, contre ses volonté testamentaires,  elle est  longue-presque quatre heures- et pas si facile à monter.
Quatre personnages seulement et quelques répliques de la  femme de chambre: le père, Tyrone, « soixante cinq ans  mais on lui en donne dix de moins » , vieil acteur pas très intéressant, vivant plus dans ses souvenirs de vieux cabot qui n’a jamais eu la volonté de préparer de grands rôles, et toujours le verre de whisky à la main, d’une avarice maladive et incapable de générosité, Jamie le fils aîné qu’il a plus ou moins obligé à  devenir acteur,  qui gagne très mal sa vie, et donc toujours sans le sou, et son  jeune frère Edmund, maigre et atteint d’une tuberculose à un stade déjà  avancé,ce qui, en 1912, ne se soignait pas du tout, et Mary, 54 ans, et la mère, fille  d’un épicier alcoolique et elle- même droguée en permanence; et, même si elle ne veut pas se l’avouer, mère envahissante et  aimante à la fois, dure envers elle-même comme envers ses proches.
Ce quatuor improbable règle ses comptes, dans un amour doublé de haine,  où,  comme le dit Céline Pauthe, les deux parents et leurs fils  se disent tout au cours d’une seule journée. O’Neill nous  les livre ici tels qu’ils sont sans les juger ni les accabler: ils semblent flotter , loin d’une exigence par rapport à eux-mêmes, en proie à un mal-être qui ne les  quitte pas.
On ne les voit jamais rire et ils ont  pour unique consolation, l’alcool ou la morphine. A la fin seulement, il semblent plus  apaisés; la parole, l’acte même de parler les a libérés, alors même qu’il vivent tune tragédie moderne fondée sur une unité d’action, de temps et de lieu on ne peut plus classique, puisque la mort rôde et qu’Edmund  est vraiment très atteint. T
Toute l’action de ces quatre actes se passe dans le salon des Tyrone depuis  8 heures et demi du matin, puis vers 18 h et demi , et enfin à minuit. Plus encore que Tchekov, O’Neill est quelque peu maniaque des  didascalies : il indique avec une grande  précision  la disposition de ce salon de cette maison de campagne, et même les titres des livres de la bibliothèque!
Célie Pauthe a imaginé, elle, que tout pouvait se passer dans une chambre d’hôtel propre mais à décoration minable, au motif que l’écrivain a beaucoup vécu , enfant, dans des hôtels quand son père était en tournée, et que lui- même y est mort.. Ce n’est sûrement pas l’idée du siècle mais bon…
Le décor de Guillaume Delaveau restitue donc avec précision une chambre d’hôtel avec  un numéro sur la porte , assez sinistre avec un  papier  peint vulgaire à grosses fleurs et un plafond blanc, juste éclairée par deux grosses lampes de chevet et un lampadaire; au fond, on voit une salle de douche avec un grand miroir et un lavabo. On pense bien entendu à Edward Hopper mais aussi à Greg Crewdson dont avait pu voir les extraordinaires photos il y a peu à la galerie Templon.
La mise en scène et la direction d’acteurs de Célie Pauthe sont d’une rare exigence  et elle ne fait aucune concession à l’air du temps; et c’est bien ainsi. On pourrait  décrocher de ce texte fleuve mais non, on  écoute,  fasciné et 
avec attention, cet exorcisme familial mis en scène avec intelligence et sensibilité.  Mary, la mère est magnifiquement jouée avec beaucoup de nuances par Valérie Dréville, mais qui,même avec une perruque de cheveux blancs, parait  trop jeune pour le rôle. On nous rétorquera sans doute qu’elle était  chez Vitez,  Clytemnestre , à 25 ans. Mais c’est peut-être moins évident dans l’univers  et le langage réaliste d’O'Neill que, par ailleurs, Célie Pauthe à su très bien traduire, même remarque, en  sens inverse, pour Philippe Duclos, impeccable comme toujours. Même si l’on a un peu de mal  à croire qu’avec ses cheveux blancs, il puisse être le jeune Edmund…
Ou bien, il faut accepter cette convention théâtrale dès le début et se laisser porter par l’immense talent des cinq comédiens: Pierre Baux ( le fils aîné) comme Alain Libolt James Tyrone le père père) et la Anne Houdy ( la servante) sont ,eux  aussi, excellents. Il y avait, ce soir-là, comme de la magie dans l’air et  Célie Pauthe réussit à nous entraîner sans difficulté dans cette espèce de huis-clos infernal.
Cela dit, mieux vaut quand même être dans les premiers rangs… Si les lumières de Joël Hourbeigt – juste  deux lampes de chevet et un lampadaire- soutenues parfois par quelques pinceaux de projecteur sont très belles comme d’habitude, on est quand même un peu dans la pénombre. Alors y aller? Oui, trois fois oui, mais attention, le spectacle a quand même quelques longueurs vers la fin de la première partie… Mais quelle mise en scène!
Notre consœur, et néanmoins amie, Edith Rappoport n’a pu dépasser l’entracte…comme quelques spectateurs, mais le reste du public, même un peu sonné par cette drôle de ballade dans cet enfer sur terre, semblait  vraiment touché et heureux-paradoxe du théâtre- d’avoir vu vivre pendant presque quatre heures avec ces drôles de frères humains attachants, même empêtrés qu’ils sont dans cette tragédie familiale qui, sur fond d’alcoolisme et de drogue, a, soixante ans après, de singuliers accents contemporains…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Colline jusqu’ au 9 avril. Attention c’est à 20 heures!

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