Oublie tout et souviens-toi

Oublie tout, et souviens-toi par la compagnie Daïrakudakan.

Une fois de plus la Oublie tout et souviens-toi image1Maison de la culture du Japon, avec cette troupe de danse Butô, invite le public curieux à des découvertes singulières. Nous avions vu ici même, ce groupe dans un spectacle plus léger, proche du cabaret, Le Kimpun Show.

Ici, c’est un disciple du maître Akaji Maro, lui-même comédien de la troupe depuis dix-neuf ans, Takuya Muramatsu qui a conçu et chorégraphié ce spectacle joué uniquement par huit hommes. «Oublie tout, et souviens-toi. Qui suis-je? … Oublie tout, et souviens-toi. De la chose la plus importante! De la chose la moins importante!», clame cet artiste qui a décidé de nous faire découvrir, ambitieux projet, la complexité des réactions cérébrales !

Plus simplement, il nous invite à un voyage intérieur, avec un scanner d’un réseau neuronal, à la dimension du plateau… Au moyen de différents tableaux-que chacun peut interpréter à sa façon- mais parfois répétitifs comme la scène des pendus, qui rallongeant inutilement le spectacle.

Ce qui marque d’emblée dans ces images, c’est la vision du corps de ces artistes (seulement vêtus d’un cache-sexe), couverts de poudre blanche, et constamment entravés par des cordes. Le shibari est un art ancestral japonais qui consiste à attacher et suspendre des personnes généralement nues à l’aide d’une ou plusieurs cordes. Un des tableaux présenté peut être considéré comme une scène de shibari: le chorégraphe est suspendu en l’air par trois cordes, au niveau d’un bras d’une jambe et du cou! Une autre scène nous rappelle que le Japon est le quatrième pays pour le taux de suicide! Trois des danseurs vont être pendus! Images des plus fortes qui traduisent aussi une remarquable entente entre les artistes subissant ces contraintes et ceux qui les contrôlent.

Il y a cependant quelques longueurs compensées par une scène finale d’une grande beauté, où Takuya Muramatsu se retrouve seul, à l’avant scène, séparé de ses danseurs par un réseau de cordes rouges. Il semble alors redécouvrir son corps et ses capacités de liberté comme celles que peut avoir un enfant, ou comme un vieillard qui se souvient d’une mobilité perdue à jamais.

Jean Couturier

Maison de la culture du Japon; premier programme joué, jusqu’au 16

novembre et deuxième programme «Symphonie M» du 21 au 23 puis du 27

au 30 novembre.

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Transe

 Transe, conception de Danielle Gabou.

Transe  g_chaillot13gaboutranse01bD’emblée, la présence physique de Danielle Gabou est impressionnante, quand elle s’avance dans la pénombre avec son filet de pêcheur comme seul partenaire. En même temps,  débute la projection du film de Jean Rouch, Mammy Water tourné en 1956.
Ce spectacle de 45 minutes se compose d’un dialogue entre le récit dit par Jean Rouch, (sans que l’on entende sa voix) et la chorégraphie créée par Julien Ficely pour la danseuse. La vidéo a été retravaillée et parfois redimensionnée en 16/9 ème, ce qui donne une autre perspective à l’espace de jeu.

Le public est transporté dans un double voyage, celui des croyances et des rituels d’un village de pêcheur ghanéen des années 50, et celui du solo de la danseuse que ces rituels inspirent.
Danielle Gabou le dit: « Le corps a sa vérité, on ne peut mentir avec le corps ». Le sien est massif, presque androgyne suivant la façon dont il est mis en lumière. Ce solo n’illustre pas ce qui se déroule sur l’écran, il a sa propre esthétique, ce qui donne au corps parfois des allures de statue grecque.

Il n’existe pas de «transe», à proprement dire mais,  comme elle le dit,  « un lâcher du mouvement », et elle  nous fait assister à une danse très libre. Il ne faudra pas hésiter à revoir le film de Jean Rouch dans son intégralité, qui nous parle d’une époque révolue, où,  pour résoudre la crise d’une micro-société, la population locale se livrait  à des offrandes en faveur de la déesse de la mer Mammy Water ou sacrifiait  des animaux, plutôt que d’égorger leurs voisins au nom de pseudo-argumentations religieuses…

Jean Couturier

Spectacle dansé au Théâtre National de Chaillot, salle Maurice Béjart du 5 au 9 novembre.    

savoir enfin qui nous buvons

Savoir enfin qui nous buvons,  de et par Sébastien Barrier.

savoir enfin qui nous buvons cg-savoir-site02-660x380La Ferme du Buisson propose un cycle de conférences Gonzo », soit une conférence (et plus souvent un spectacle) basée sur l’ultra-subjectivité. Sébastien Barrier, lui, n’hésite pas à s’immerger dans son sujet, le vin.
A l’entrée de la salle, chaque spectateur reçoit un verre et s’installe autour de tables rondes  où  il trouvera une cartographie  dessinée  de la Loire,  de Nantes à Blois. Sept vignerons y sont matérialisés et nous allons  faire le voyage avec eux, Et, comme le dit le proverbe que nous rappelle Sébastien Barrier : « Nul n’est censé ignorer la Loire » !
Sébastien Barrier vient du théâtre de rue: connu pour son personnage de Ronan Tablantec (voir Le Théâtre du Blog), il s’adresse au public en toute spontanéité. Il s’est intéressé à sept vignerons du Val-de-Loire qui font chacun un vin naturel, c’est à dire sans recours à la chimie,que ce soit pour la culture de la vigne ou pour  la vinification. Il les a rencontrés, pris en photo, a passé du temps avec eux, si bien que quand il boit leurs vins, il ne peut s’empêcher de se souvenir d’eux, ce qui  explique ce beau titre « Savoir enfin qui nous buvons ».
Derrière un vin, et,à plus forte raison, un vin naturel, il y a un 
vigneron qui aura passé du temps à scruter le ciel, à tailler sa vigne, à la récolter, à en suivre scrupuleusement la vinification, puis la mise en bouteille.  On goûtera donc les  sept vins, servis par le personnel du théâtre, qui  respectera les trois centilitres  autorisés pour ne pas sombrer dans l’ivresse!
Dés l’entame du spectacle, Sébastien Barrier débute avec un débit de paroles qui rappelle le théâtre de rue et son personnage de Tablantec. Pas un temps mort, pas une respiration, peut-être pour contrer son trac et sa peur du
silence. Même si c’est un spectacle très écrit et maîtrisé, cette attaque a quelque chose de désagréable, qui heureusement, ne dure pas. En arrivant aux portraits des vignerons, il se fait plus humain, moins « slameur » qu’au début,  et semble lâcher un peu son texte. Ses portraits sont toujours drôles, tendres et nous en apprennent autant sur eux que sur lui.
Il y a aussi, comme un fil rouge au spectacle,  un rapport à l’ivresse qui est un peu dérangeant, on frise l’apologie de l’excès de boisson, et on en rit comme de cette question lancée au public à peine entré dans la salle: « Les alcooliques,  levez le doigt ». Il propose à la fin un diaporama en musique sur lequel il pose un mot ou une expression à chaque photo,  un peu comme pour une rétrospective.
Et c’est toujours avec un rire pudique, qu’il parle de son
affection pour ses copains de boisson et le souvenir de « soirées habituelles » (avec encore une fois des preuves d’ivresse manifestes : photos floues, déguisements ridicules, fesses montrées, voiture dans le fossé…)
  C’est un bon moment avec de la générosité, beaucoup d’humour mais aussi des moments où  on l’on rit un peu
jaune. C’est aussi un bel hommage aux femmes et aux hommes qui ont fait le choix courageux de produire des vins de grande qualité.

Julien Barsan

La Ferme du Buisson

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Swamp club

Swamp club, conception, mise en scène et scénographie de Philippe Quesne.

 

Swamp club  05scCe Swamp club de Philippe Quesne et de son équipe est une réussite. Et, en même temps, il manque quelque chose pour que le spectacle soit excellent. Réussite de l’espace: une maison/cube de verre avec une terrasse, un jardin et une  grotte souterraine (un abri). Là,  vit une petite  communauté en autarcie, avec animaux et plantes et même une mine d’or-allusion aux sept nains ? Au dehors, c’est la menace, nucléaire, écologique?
Poésie de cet espace bio-technologique, où vivent en harmonie, humains et animaux (une taupe  joue un rôle central), plantes et ordinateurs, micros, journaux lumineux…sauna). Harmonie présent/passé : contes de fée et quotidien, Chostakovitch, Schubert et Beethoven joués par un orchestre de chambre,  Brueghel et Robin des bois…
Réussite de l’intrigue: les résidents reçoivent trois nouveaux venus de Pologne, d’Islande, de Picardie, et leur font visiter le lieu. Le public profite de la visite. A la fin, nous assistons  à un exercice d’alerte, anticipant la catastrophe, la jouant, pour l’éviter peut-être. La menace est là, tout près, mais le pire n’est pas sûr (à l’opposé de Melancolia de Lars Von Trier).
Swamp Club
est une utopie, ou mieux un programme de vie pour aujourd’hui: une coupure  avec le capitalisme et la recherche de nouveaux modes de vie. C’est le fil renoué avec le grand  souffle des années 60, le mouvement qui donna naissance aux
communautés et  qui s’est éteint  vers 1980. C’est aussi un retour vers Thomas More, Campanella et Fourier.
Le spectacle atteint là ses limites. Le cadre est inventif, mais le contenu, la matière et la chair manquent. Les personnages n’ont pas d’épaisseur, pas de singularité, pas de rêve qui s’exprime ou se devine, pas de chant ou de cri. Pas de rapports entre eux, ni de désirs ou tensions. Des silhouettes. D’où parfois une impression de mollesse et un rythme trop uniforme…
Mais si Philippe Quesne travaille davantage ses personnages, il va devenir excellent.

René Gaudy

 T2G à Gennevilliers jusqu’au 17 novembre.

 

  

 


 

Claire Lasne-Darcueil

Claire Lasne-Darcueil,  nommée directrice du Conservatoire national.

Claire Lasne-Darcueil dans actualites a-45-ans-claire-lasne-darcueil-s-offre-un-nouveau-challenge_276051_536x381pEnfin une bonne nouvelle dans les nominations à la tête de grands établissement nationaux … A 47 ans, Claire Lasne-Darceuil  sera la première femme-pas trop tôt! -à diriger le Conservatoire national.
Cela n’allait plus du tout, et depuis trop longtemps, entre l’équipe de professeurs  et le directeur du Conservatoire national.  Daniel Mesguisch avait sans doute accumulé trop d’erreurs de tir et de  réformettes inutiles, si bien que l’on ne voyait plus très bien la ligne pédagogique de cette école. Et les petites phrases assassines se succédaient donc à un rythme soutenu. Plus grave,  Mesguisch avait récemment subi les attaques  régulières et impitoyables des élèves auxquelles il avait répondu de façon plus que maladroite. Il était donc grand temps qu’Aurélie Filipetti, ministre de la Culture, règle la chose!
Nous avons tous en mémoire le Platonov de Tchekov que Claire Lasne-Darcueil-et elle n’avait pas trente ans- avait monté au Paris-Villette et qui l’avait aussitôt consacrée comme une excellente metteuse en scène.
Elle avait ensuite, de 98 à 2010, dirigé le centre dramatique de Poitou-Charentes où elle avait innové en créant des spectacles sous chapiteau puis elle fut ensuite à la tête de la Maison du comédien Maria Casarès.
Claire Lasne-Dracueil avait dirigé un stage Tchekov associé à un autre stage consacré à des exercices physiques à L’École du Théâtre national de Chaillot il y a quinze ans, et un des ex-élèves rencontré par hasard aujourd’hui, quand nous lui annoncions la bonne nouvelle, se souvenait encore de tout ce qu’elle avait,
une semaine, apporté d’énergie et d’efficacité pédagogique. C’est un signe qui ne trompe pas!
  Elle en aura bien besoin pour ramener la paix et relancer cette école au passé prestigieux qui commençait aussi à souffrir  de la concurrence des autres écoles et conservatoires français, faisant preuve de plus d’imagination… Mais on sait que diriger une école de théâtre et en particulier celle-ci-pourtant richement doté- n’est pas toujours un cadeau. Bon vent Claire Lasne-Darcueil, vous avez largement le potentiel indispensable pour réussir.

Philippe du Vignal

Montagne 42 festival ARS numerica

Festival Ars Numerica, (deuxième édition) à la  Scène nationale de Montbéliard.

 

Montagne 42, texte, film et mise en scène de Florent Trochel.

Montagne 42 festival ARS numerica 13-montagne42_hana-san-studio_audrey-liebotLe numérique est dans le vent, partout, à toute heure et chez tout le monde,  et rien ne semble  échapper à cette récente O.P.A., en particulier sur les disciplines artistiques. Dernièrement, c’était la littérature dite numérique qui était à l’honneur en septembre dernier au festival Chercher le texte au Cube d’Issy-les-Moulineaux avec deux soirées de performances réalisées par des artistes. Fondées sur  des outils numériques des plus pointus mais assez décevantes quant au résultat.
Avec entre autres, des poèmes de Philippe Bootz qui sur l’écran, avaient une  lisibilité perturbée par le son de trois instruments de musique, dont des percussions, l’écriture intuitive d’un téléphone portable (Cécile Portier),  ou encore la poésie à demi-mots de Pierre Fourny. Sur une tablette, il coupait les mots d’un trait horizontal pour associer ces des moitiés de mots à d’autres mots pour en former de nouveaux. Fourny était celui qui s’en sortait le mieux mais on ne voyait pas très bien ce que, dans son cas, le numérique donnait de plus à cette performance qu’on avait vu ailleurs avec de simples cartons.

Après une résidence à la Scène numérique Numérica, un bâtiment neuf, assez  laid mais  fonctionnel avec un  vaste et haut espace de jeu, un peu en dehors du centre de Montbéliard, Florent Trochel, jeune réalisateur et metteur en scène, passé par L’Ecole du Fresnoy-Studio national, présente une sorte de « fable-fiction introspective » où il a voulu associer théâtre et  vidéo.
Sur un thème qui pourrait être celui d’une BD et qui, dit-il, « sonde notre rapport à l’immensité: un astrophysicien qui aurait identifié la fameuse matière noire (les mots désignent « une catégorie de matière hypothétique jusqu’à présent non détectée, invoquée pour rendre compte d’observations, notamment les estimations de masse des galaxies ») a disparu il y a quarante ans, lors d’une mission spatiale. Sa fille Vera a décidé de s’en aller sur ses traces dans le cosmos…

Elle raconte des faits survenus sur plusieurs époques et l’homme qui était son père, ne l’a jamais connue, puisqu’elle est née après sa mort, grâce à une insémination artificielle. Il y a aussi parmi les personnages quelqu’un d’intéressant, le Président de la République du pays qui est un enfant visiblement très précoce. Florent Trochel parle du quotidien, un peu à la façon de Joël Pommerat  dont il a  sans doute subi l’influence mais il veut aussi nous emmener dans le silence du cosmos. Blaise Pascal n’est pas loin avec son fameux:  » Le silence des espaces infinis m’effraie ».
Il y a donc aussi puisqu’il s’agit de théâtre, de personnages incarnés sur le plateau par de vrais comédiens, tous impeccables: Adèle Jayle, Hugues Dangréaux, Léna Dangréaux, Pierrre Grammont. « J’ai, dit-il,  basé  le  récit  sur   des écrits scientifiques que  j’ai  » retraduit  » dans  ma  langue. En  même  temps, j’ai voulu  développer  une  histoire qui aurait les dimensions d’un mythe, une histoire qui parlerait de la recherche  de la connaissance.
Florent Trochel a imaginé-il n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il avait déjà créé Démangeaisons de l’oracle en 2011 à Ars Numerica-et réalisé habilement un espace d’une grande  profondeur où les corps bougent dans un espace irréel.
Il y a des séquences virtuelles mais aussi nombre d’effets lumineux sur un écran au sol, et c’est d’une prodigieuse virtuosité quant aux images et aux lumières colorées. Mais, curieusement et cela manque un peu d’unité, Florent Trochel a aussi recours à des  jets de bon vieux fumigène à plusieurs reprises, ce qui est pour le moins inattendu! Les images ainsi créées doivent beaucoup à la musique-trop envahissante ce qui ne facilite pas les choses-créée par Olivier Mellano.

D’autant que les projections vidéo ont ici plusieurs fonctions: à la fois servir de base à une structure narrative mais aussi créer des espaces virtuels pour les acteurs, et ces hommes et ces femmes au corps bien réel ont parfois un statut de personnage fictif en trois dimensions. Les images numériques surlignées par  une musique  et des effets sonores permanents,  entrent inévitablement en conflit  avec un texte très bavard et au scénario compliqué. La synthèse entre toutes ces informations qui déboulent sur le spectateur ne se fait  donc pas sur le plateau.
Il faudrait d’abord et surtout que Florent Trochel arrive à beaucoup mieux maîtriser la technique du scénario. Et ce qui était déjà vrai pour, en vrac: Les Perses d’Eschyle, Peines d’amour perdues de Shakespeare, Le Mariage de Figaro de Beaumarchais,  une pièce de Labiche, ou de Fassbinder (et on peut se demander ce que l’Ecole du Fresnoy  a prévu comme enseignement de ce côté-là!), l’est resté pour une écriture contemporaine fondée sur un scénario.
Encore une fois, mixer images de synthèses, musique électronique, voix HF, effets sonores et lumineux, narration, dialogue et mouvements d’acteurs sur un plateau, relève sans doute du pari impossible. Aimer c’est choisir, et là, on ne sait pas trop où l’on va; il n’y a  pas « fusion entre vidéo et théâtre qui sonde notre rapport à l’immensité » comme l’avance  un peu vite le programme. Et  pour « le voyage sensible et la traversée onirique » proposés par Florent Trochel, désolé mais là, il faudra repasser…

Dans L’Humanité augmentée, Eric Sadin parle très justement d’un rapport totémique à la technique et cite Jacques Ellul: « Ce n’est pas la technique qui nous asservit aujourd’hui mais le sacré transféré à la  technique ». Effectivement, tout se passe ici et ailleurs, comme si le recours aux nouvelles technologies participait d’une sorte d’idolâtrie, ce qui permettrait de donner du sens à bon compte à n’importe quelle historiette racontée sur un plateau et ce qui éviterait aussi de bosser sur une véritable dramaturgie.
Mais on le sait, la divinité numérique n’a pas aucune efficacité miraculeuse dans le domaine du spectacle vivant, surtout quand il faut faire vivre ensemble des acteurs et des signaux provenant de machines, bref quand il faut concilier  au sein d’une même unité artistique, le familier et le surhumain ou le surnaturel. Et la science-fiction n’a jamais fait bon ménage avec l’acte théâtral…
Que le domaine du spectacle vivant  ne puisse échapper à cette numérisation d’autant plus sournoise qu’elle en met plein la vue, c’est devenu une lapalissade mais il restera toujours à maîtriser le fonctionnement global d’un travail artistique…

Ce spectacle, même s’il est un peu ennuyeux, mérite quand même d’être vu, ne serait-ce que pour prendre conscience que cette dynamique électronique, aussi sophistiquée soit-elle, ne résout pas tout. Les élèves de collège qui étaient là, n’en semblaient pas dupes, ce qui est plutôt bon signe…

Philippe du Vignal

Scène nationale de Montbéliard jusqu’au 6 novembre,  et ensuite au Paris-Villette du 6 au 9 février, puis en tournée.

 

Büchner 2013

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Büchner 2013, mise en scène de Jacques Albert-Canque.

Karl Georg Büchner était né en 1813 à Godlau  près de Darmstadt et mourut d’épuisement et du  typhus  à Zurich en 1837, après avoir revu une dernière fois sa fiancée Caroline Schutz. Il avait seulement vingt-trois ans! Médecin, philosophe et chercheur scientifique, proche des  idées de la révolution française, il fut  aussi  l’auteur de trois pièces: le  célèbre Woyzeck laissé inachevé,  La Mort de Danton,Léonce et Léna, et d’une nouvelle consacré à Lenz.
C’est cette figure exceptionnelle du théâtre allemand que Jacques-Albert Canque, avec son Groupe 33, a voulu honorer à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance. Ici, dans une forme non-théâtrale,  et dans un lieu également atypique non-théâtral,  comme  il l’a souvent fait auparavant au garage Pigeon, au  dernier étage de l’entrepôt Laîné,  ou au  Hangar  14,  près des quais de la Garonne, etc… et comme  le faisait aussi le  grand Klaus Michael Grüber auquel il  se réfère… quand il réalisa un montage de textes d’Hölderlin dans le  stade berlinois où Hitler avait vitupéré.
Bordeaux, de par son étonnante  diversité architecturale, est une ville  formidable pour  ce genre d’expériences théâtrales, même si Jacques Albert-Canque réfute ce terme pour ce spectacle d’une cinquantaine de minutes…
Cela se passe dans la bibliothèque du Goethe Institut de Bordeaux. Une grande table blanche où sont projetées en permanence des vidéos de sinusoïdes dessinant les flux nerveux du cerveau (si on a bien compris!) accompagnées de musique électronique. Rappelant ainsi discrètement l’activité de chercheur de Büchner.  Avec, assis tout autour, un public d’une vingtaine de personnes. Pas plus mais c’est bien ainsi,  et de toute façon,  sécurité oblige…
   Le dispositif ressemble à celui que Vitez- qui disait souvent que l’on pouvait faire théâtre de tout- avait imaginé pour Catherine, adapté des Cloches de Bâle d’Aragon. Et le spectacle possède cette même intelligence aiguisée. Les sept acteurs non-professionnels (entre autres, les très intéressantes  Caroline Ducros et Alice Benoit)  s’emparent d’extraits de textes de Büchner, et  Jacques Albert-Canque lui, lit en voix off, quelques extraits d’articles scientifiques de Büchner:  » Quel est le rapport des nerfs cérébraux avec les nerfs spinaux, les vertèbres crâniennes et les renflements du cerveau ? Quels sont ceux d’entre eux qui se trouvent les premiers au bas de l’échelle des animaux vertébrés ? Quelles sont les lois d’après lesquelles leur nombre est augmenté ou diminué, leur distribution plus compliquée ou plus simple… »
Avec la même rigueur et la même précision, à la fois dans la diction et dans la mise en scène. On ressort de là, ébloui par la grâce et l’intelligence de ce jeune auteur,  et bien servi par des jeunes gens de son âge…
Ce que Jacques Albert-Canque a visiblement aussi recherché et a bien maîtrisé, c’est aussi la grande proximité des comédiens avec les spectateurs. Oui, on entend  Büchner comme rarement. Et,  même si le spectacle est encore brut de décoffrage (la balance entre musique et parole n’est pas tout à fait au point et  les accessoires sur la table laids et encombrants), c’est le genre de travail, trop confidentiel,  qui mériterait grandement d’être encore approfondi, et dans une scénographie plus  élaborée.
On n’a pas de conseil à leur  donner mais le Musée d’art contemporain, ou Catherine Marnas, la nouvelle directrice du Théâtre National de Bordeaux-Aquitaine pourraient y penser. Ce n’est pas une « représentation » à proprement parler, plutôt une sorte de performance, mais qu’importe… Elle-même avait ainsi réalisé une soirée poétique-dîner pour le Festival A Corte,  dans un château près de Turin (voir Le Théâtre du Blog) qui était des plus réussies.
C’est bien qu’une ville comme Bordeaux possède un atelier de recherche comme celui-ci. C’est même indispensable à la bonne santé du  spectacle vivant  en général, et c’est bien aussi que des jeunes gens aient la chance d’y faire leurs premières armes, plutôt que dans des cours privés  qui sont rarement du bois dont on fait les flûtes.
  Quant au Goethe de Paris, renseignements pris, il n’a pas encore prévu de manifestation autour de Büchner cette année. Vous avez dit curieux?
Philippe du Vignal

Philippe du Vignal

Spectacle joué du 17 au 23 octobre au Goethe Institut de Bordeaux.

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Exposition Rudolph Noureev

Exposition  Rudolf Noureev au Centre National du Costume de Scène de Moulins.

 

  Exposition Rudolph Noureev dans actualites photo-21«Je souhaite (…) voir mon nom perpétué sous la forme d’un musée ou d’une galerie d’exposition commémorant mon style de vie et ma carrière en tant qu’individu et danseur, carrière au cours de laquelle je me suis également investi dans les domaines de la chorégraphie et de la musique… ». Ces dispositions du testament  de Rudolf Noureev, qui figurent à l’entrée, deviennent  une réalité avec cette nouvelle exposition qui sera permanente au CNCS.
Vingt ans après la mort d’un des plus grands danseurs du XXème siècle, la fondation Noureev en collaboration avec le CNCS et sa directrice Delphine Pinasa, ont réalisé son souhait.
C’est son ami, le décorateur et costumier Ezio Frigerio,  aidé de Giuliano Spinelli,  qui a conçu la scénographie de ce lieu exceptionnel qui  plonge directement le public dans un décor de théâtre.

Dans la première salle, au sol  en parquet comme sur une scène  et aux  cloisons en bois découpées comme pour un décor en perspective, nous découvrons Rudolf Noureev danseur avec ses cinq pourpoints, en particulier ceux d’Ezio Frigerio ou de Nicholas Georgiadis, éclairés d’une faible lumière, afin de mieux les préserver.
De même, costumes, photos et autres documents originaux  subiront une rotation tous les trois mois, pour mieux les conserver.
Le musée dispose d’une trentaine de costumes du danseur, entre son fond propre venant de l’Opéra de Paris et celui de la fondation Noureev.  Le danseur avait un rapport étroit avec son costume, il ne portait qu’un collant surmonté d’un pourpoint qu’il avait modifié en lui enlevant les trousses.

On découvre aussi Noureev chorégraphe, qui, à 25 ans seulement, remonte les ballets de Marius Petipa,  à travers les costumes des étoiles de l’Opéra qui ont dansé pour lui: entre autres, le tutu porté par Noëlla Pontois  créé par Franca Squarciapino en 1984 pour Le Lac des Cygnes, qui a pour caractéristique d’être tombant car il n’aimait pas voir les fesses de ses danseuses…
Il  remonte ou crée quinze ballets, en particulier quand il est directeur de la danse à l’Opéra de Paris entre  83 et  89,  et dont beaucoup sont encore aujourd’hui au répertoire. Dans ce même espace,  sont aussi exposées  trois reproductions des maquettes de  décor et  sont aussi projetés des extraits de Noureev danseur.
La deuxième salle retrace quelques éléments biographiques, dont les années russes de cet homme né en 1938 en Bachkirie,  en ex-Union Soviétique. Lors d’une tournée du Kirov, il décida en 61 de choisir l’exil et la liberté en demandant l’asile politique à la France. De belles photos de sa formation à la célèbre école de danse Vaganova de Leningrad (Saint-Petersbourg aujourd’hui),  ou de ses débuts dans le ballet du Kirov.
La troisième salle-passionnante-nous fait entrer dans la vie intime de ce personnage hyperactif, multiple et mégalomane selon certains. Artiste mondain, star internationale et collectionneur, il danse partout dans le monde et devient très riche, accumule les demeures, (sept en tout!) et les œuvres d’art. Le séjour de son appartement quai Voltaire est reproduit ici en partie avec  ses meubles, ses peintures et ses objets d’art. Cet endroit traduit bien son goût du baroque et de l’opulence, que l’on retrouve encore aujourd’hui  chez certains de ses compatriotes.
  A retenir particulièrement:  son châle Kenzo de 75 que l’on voit sur de nombreuses photos,  qui le protégeait  du froid et qui traduit son goût des beaux tissus  que l’on retrouvera plus tard sur sa tombe  avec un kilim en mosaïque  conçue par Ezio Frigerio et inaugurée en 96, dont on voit ici une maquette,.
Rudolf Noureev avait souhaité être enterré à Saint-Geneviève-des-Bois mais le plus loin possible de Serge Lifar… Lifar qui lui avait offert en 61 à l’Opéra de Paris le prix Nijinsky. Dernier objet  très émouvant: sa mallette de tournée qui comporte l’étiquette UK tour 1991, deux ans avant son décès du sida en 93, et qui  témoigne du côté nomade d’ un homme qui passait d’un appartement à un autre, d’un pays à un autre et de scène en scène dans une perpétuelle turbulence .
Boulimique de la vie, Noureev  a vécu sans entraves, au maximum de ses possibilités psychiques et physiques, à une époque où la notion de risque était accessoire. Pour paraphraser le titre d’une célèbre pièce d’Alexandre Galine mise en scène par Lev Dodine,un an après la mort du danseur, il a vécu comme «une étoile dans le ciel matinal».

Jean Couturier

 CNCS de Moulins

www.cncs.fr                    

Cyrano de Bergerac

Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand,  mise en scène de Georges Lavaudant.

 

Cyrano de Bergerac cyranoUn rôle titre de plus de 1.400 vers, cinq  décors,  des  actes  de style  très différent qui vont des scènes d’amour à la grande bataille d’Arras, et un grand nombre de personnages, dont trois principaux, Cyrano, Christian et Roxane jeunes encore, puis quinze ans plus âgés.
Des  costumes d’époque  qui donnent la couleur à la pièce, et un texte qui,  pour être formidable,  est  en général très peu  apprécié des universitaires!  Ce qui est plutôt bon signe.
Notre amie, elle,  Christine Friedel  ne renie pas la pièce mais pense qu’un Cyrano tous les dix ans, cela suffit…Pas de pot, après celui de Gilles Bouillon, puis celui de Dominique Pitoiset repris en janvier  au Théâtre National de Bordeaux, qui va être dirigé par Catherine Marnas, voici celui de Georges Lavaudant
.
C’est en tout  cas  la seule pièce française qui soit encore plus que l’Avare, très populaire et  devenue comme une sorte de petit trésor collectif que les générations se refilent, et qui est sans cesse reprise depuis sa création triomphale en 1897.  Tout le monde l’a lue ou étudiée à l’école,  vue au théâtre ou du moins au cinéma.
C’est  écrit en alexandrins parfois faciles et un peu mirlitonesques, où on a parfois l’impression que  Rostand se moque de lui-même, et la pièce a quand même des longueurs, surtout au début. A la fois bourrée de fantaisie et absolument tragique: à la mort de Christian et le désespoir de Roxane, et à celle de Cyrano, il y a toujours un  grand silence rare dans la salle! 
Rostand,  encore jeune écrivain a su,  avec un sens de la dramaturgie redoutable,  mettre en scène un personnage des plus attachants, qui sait qu’il va perdre, et qui dépense beaucoup d’ énergie  à se lancer dans des rêves inaccessibles. Pour la beauté du geste,  la seule chose qu’il réussit à faire. Comme il le dit lui-même, il aura tout raté , même sa mort digne d’un fait divers et non d’un militaire.

Et les quatre  amoureux:  Christian mourant,  Cyrano mourant aussi mais plus tard,  comme  de Guiche  et Roxane, comme devenue deux fois veuve, sans enfant, retirée dans un couvent, seront eux aussi  tristes et déçus par une  vie qu’ils n’auront pas réussi à maîtriser!
Il ne restera donc personne pour témoigner  de leur  combat et de leur grand amour sans issue. L’échec et la mort sont  au bout du chemin de ces quatre  personnages don Quichottesques. Rostand connaît les bonnes et vieilles grosses ficelles  qui faisaient autrefois pleurer Margot,  et maintenant des petites filles qui s’appellent Mélanie ou Léontine…
Georges Lavaudant, qui a une sacré parcours-il aura  monté Shakespeare mais aussi Pirandello, Brecht, Labiche et Feydeau mais aussi des écrivains contemporains comme Jean-Christophe Bailly ou Michel Deutsch- a créé ce Cyrano pour Les Nuits de Fourvière donc pour le plein air, dans une version moins classique. Avec une scénographie des plus légères. Il lui aurait été impossible évidemment d’y installer des décors imposants qui n’auraient pas fonctionné  dehors et  il a demandé à Vergier son scénographe, de lui recréer juste un  bosquet d’arbustes  verts qui servira à tout et en particulier à la fameuse scène du balcon, et quelques bancs, et aussi quelques vidéos en surimpression. Ce qui fait quand même un peu pauvret…C’est comme un curieux cas d’école: comment monter Cyrano dehors avec des moyens, somme toute,  limités?Bon exercice pour les élèves scénographes des Arts Déco.
Lavaudant a  coupé tout le début du texte et il a sans doute bien fait; il a aussi  raccourci un peu certaines scènes, de façon à gagner du temps et à pouvoir supprimer l’entracte. Mazis de temps en emps, cela sent quand même les coupes. Et il a introduit une sorte de rupture radicale en choisissant des costumes dits d’époque et d’autres tout à fait contemporains, ce qui n’était sans doute pas la meilleure idée du siècle mais bon…
On a donc affaire à une sorte de lecture personnelle format poche de Cyrano où tout est recentré sur l’interprétation de Cyrano par  Patrick Pineau, et de Roxane par Marie Kauffmann, comme s’il avait craint que les personnages ne soit étouffés par les autres et par les nombreux comparses.

Et cela donne quoi? Côté scénographie, passent un peu à la trappe les scènes dans la pâtisserie de Raguenau comme le siège d’Arras et l’unité donné par  ce bosquet d’arbres- pas très réussi sur le plan plastique- est un peu artificielle. Certes,  monter Cyrano est aussi une épreuve budgétaire! Ici, les cadets de Gascogne sont en nombre limité. Et le panache et  le faste, qu’on le veuille ou non,  font partie du plaisir visuel qui disparait un peu dans cette version janséniste…
On repense  aux magnifiques toiles peintes de Michel Lebois pour la mise en scène de Jérôme Savary,  et sur un plateau, on peut suggérer bien des choses sans pour autant l’encombrer de carrosses et de nombreux  accessoires.

Aux meilleurs moments, on retrouve la verve du langage de Rostand  et Lavaudant a  bien traité les scènes d’amour, et la mort de Christian comme celle de Cyrano. Mais la grande salle de Bobigny n’est pas un cadeau en matière d’acoustique,  et comme Patrick Pineau boulait souvent son texte- la fatigue en fin de semaine?-on ressort de là quelque peu frustré. D’autant qu’il n’est pas très fameux dans les grandes tirades, et celle du nez- abrégée par Lavaudant comme s’il avait craint qu’il n’y arrive pas- est carrément ratée.
La jeune personne de neuf ans assise pas très loin de moi, a déclaré à la fin:  » C’est bien, mais on ne comprend pas  tout  ce que disent  les acteurs. Ils parlent trop vite et c’est dommage ». Il faut toujours écouter les enfants, Monsieur Lavaudant…
Alors à voir? Oui, pour les scènes avec dialogue, le reste- c’est à dire les scènes de groupe est vraiment un peu juste et vous risquez d’être déçu. A vous de décider…

Philippe du Vignal

Spectacle vu  à la Maison de la Culture de Bobigny  et actuellement en tournée.Le Grand T – Nantes7 < 16 Novembre 2013-Le Carreau, Scène nationale de Forbach et de l’Est Mosellan19 < 20 Novembre 2013-L’espace des Arts, Scène nationale de Chalon-sur-Saône.27 < 30 Novembre 2013-Les Gémeaux – Scène nationale de Sceaux.4 < 15 Décembre 2013-Scène nationale de Sénart.17 < 20 Décembre 2013-Théâtre de L’Archipel – Perpignan.9 < 11 Janvier 2014-La Criée – Théâtre National de Marseille.15 < 18 Janvier 2014-Maison de la Culture d’Amiens.22 < 24 Janvier 2014-La Comète – Scène nationale de Châlons-en-Champagne.27 < 28 Janvier 2014-Théâtres en Dracénie.31 Janvier < 1er Février-Sortie Ouest – Béziers.6 < 9 Février 2014-La Filature, Scène nationale de Mulhouse.12 < 14 Février 2014

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Le Banquet de la vie

Le Banquet de la vie, mise en scène de Léa Dant.

Le Banquet de la vie banquet  Le Théâtre du Voyage intérieur a été invité à présenter sa dernière création  à l’École Nationale Supérieure d’Architecture Paris-Val de Seine installée en partie dans la SUDAC, une  ancienne usine d’air comprimé sur les bords de Seine. Son ancienne cheminée toute de briques rouges, bien restaurée est à elle-même une belle sculpture.
Nous sommes une trentaine à patienter dans un hall,  une bouteille ou un gâteau à la main,  puisqu’il était demandé de venir au spectacle avec quelque chose à boire ou à manger.
« Ce spectacle, comme il était dit sur l’invitation, sera un banquet, pour célébrer la vie et se nourrir.Se nourrir de nos expériences de vie mutuelles. De nos regards différents portés sur l’existence. Vous êtes invités à vous attabler en cercle autour d’un banquet foisonnant et baroque ».

Dans un grande halle haute de plafond,  une table en rond, avec  une cinquantaine de couverts bien disposés  et,  au-dessus, des guirlandes lumineuses et quelques projecteurs. Aucun comédien repérable, du moins au début, mais des gens en tenue de ville. Chacun  a déposé son gâteau ou sa bouteille. C’est plutôt sympathique, même si un quart des places  reste vide, ce qui fait toujours un peu désordre…
L’idée du repas partagé, avec des interventions de comédiens assis parmi les spectateurs disant des fragments de texte ou  chantant des airs,  n’est pas neuve mais peut être efficace. Le Théâtre de l’Unité autrefois,  avec Noce et Banquet au festival d’Avignon au bord de la piscine d’une luxueuse maison provençale,  avait bien réussi son coup, comme  Catherine Marnas, entre autres,  avec un bon repas italien dans une salle de  château,  au Festival A Corte de Turin ( voir Le Théâtre du Blog).
Ici, il y a un effet de surprise bien amené de théâtre dans le théâtre. Qui est acteur, qui ne l’est pas? Les textes visiblement sortis  d’un atelier d’improvisation à partir d’histoires vécues,  sont  plutôt bien dits et,  même s’ils ne sont pas très  passionnants,  on écoute en grignotant quelques petits trucs. «  La nourriture présente sur la table, est riche du sens à transmettre et véhicule de sensations et d’actions rituelles partagées. Chacun aura accès à la poésie du vivant, et ensemble nous chercherons à vibrer de vie, de plaisir, d’émotion » dit encore le programme…
Mais, en fait,  côté nourritures   spirituelles, cela tient de l’effet d’annonce et on reste un peu beaucoup sur sa faim dans ce grand hall trop sonore…Il 
y a pourtant quelques belles idées  comme  celle d’une boîte à rêves où chaque spectateur est invité à écrire son rêve sur un petit carton  mais la lecture de  ces rêves à la fin n’est pas exploitée. Dommage! A la fin,  il y a un petit bal où les cinq comédiens essayent d’entraîner les spectateurs…
C
ôté nourritures physiques, les gâteaux ou mets apportés par le public ne passent pas vraiment  autour de la table, et le partage  ne se fait donc pas! Dommage aussi … Quand  au banquet et à la possibilité d’un voyage intérieur, annoncés, ils font  pschitt, sauf à de trop rares moments…
Il faudrait sans doute que Léa Dant  fasse  les choses plus simplement: d’abord resserrer cette table ronde trop grande où les bonnes intentions se dispersent, servir  une simple assiette de spaghettis à tout le monde,  plutôt que de faire partager  des choses sous plastique apportés par le public (ce qui créerait déjà une communauté) recentrer les choses sur quelques  histoires et aérer le tout avec quelques musiques jouées en direct.
Le spectacle devrait sans doute s’améliorer quand il sera repris mais, pour le moment, le compte n’y est pas vraiment… Léa Dant, encore un effort!

Philippe du Vignal

Spectacle présenté en avant-première à l’École Nationale Supérieure d’Architecture Paris-Val de Seine.

 

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