3 Little affaires


3 Little affaires
: Nous y voilà de Dorothy Parker, Tout ce que tu voudras de Cathy Celesia, L’homme qui ne savait pas danser de Jason Katims.

affaires.jpgCes trois courtes pièces sont montées en épisodes: c’est à dire que chaque texte est interrompu pour faire place au suivant, et pour reprendre ensuite… Ce qui,  sur le plan dramaturgique, est loin d’être évident! .
C’est d’abord l’évocation d’un  voyage de noces en train d’un jeune couple  dans les  années 30,  pas très à l’aise dans cette nouvelle intimité, et qui, très vite se met à se disputer; le texte a été écrit par une des scénaristes d’Alfred Hitchcock qui fut aussi poète et journaliste, et qui mourut dans l’oubli en 67. Le  dialogue est acide mais la tendresse affleure parfois;  il faut être honnête: c’est sans grand génie.
La seconde petite pièce est de  Cathy Celesia, dramaturge américaine qui met en scène  les retrouvailles de deux jeunes femmes pour un déjeuner,  où Lynette avoue à Rachel qu’elle a vraiment besoin d’une aventure extraconjugale;  Rachel joue les effarouchées jusqu’à avouer à son amie qu’elle est amoureuse d’elle… Là aussi,  ce gentil bavardage un peu  léger  ne semble avoir été écrite que pour la chute.
Quant à L’Homme qui ne savait pas danser, c’est l’histoire d’ une jeune femme qui  présente son bébé qui dort dans sa chambre,  à  Eric,  son ex-amant venu dîner,  qui  lui explique les raisons pour lesquelles il l’a quittée. Jason Katims travaille beaucoup comme scénariste  pour des séries télé. Et c’est sans doute la mieux ficelée de ces trois piécettes: il y a même une scène émouvante entre les deux jeunes gens , et très  bien jouée par  la comédienne américaine Kristina Sherwood.
Mais  comme  l’ensemble- déjà pas fabuleux- n’est pas vraiment mis en scène par ce collectif , que  la direction  est des plus flottantes, et que les textes sont   interprétés à la louche,  on n’arrive guère à se passionner pour ces trois petites histoires de couple…
Alors à voir? Non pas vraiment, c’est un peu  léger pour cette soirée d’une heure dix , même si l’endroit est  agréable. Question sans réponse: pourquoi y avait-il , dans les quelque quarante  spectateurs,  seulement sept hommes?  

 

Philippe du Vignal

 

La Folie Théâtre, 6 rue de la Folie Méricourt, jeudi, vendredi, samedi à 20 h 30 et dimanche à 16 h 30. T: 01-43-55-14-80


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Mon cœur caresse un espoir

 Mon cœur caresse un espoir, création et mise en scène de Valérie Antonijevich, d’après les archives de l’Occupation et Déposition, Journal de guerre 1940-1944 de Léon Werth.

    moncoeur70.jpg Le beau titre du spectacle » Mon cœur caresse un espoir et nous partons pleins d’ivresse » est l’un des messages codés envoyé par Radio-Londres annonçant le débarquement en Normandie, et le commencement de la fin d’un cauchemar de plus de quatre ans pour de millions de Français, et c’est en lisant le Journal de guerre de Léon Werth, (1878-1955) , qui fit la guerre de 14 et devint un pacifiste convaincu,  que la metteuse en scène eut l’idée de ce spectacle qui est une comme une sorte de chronique  au quotidien,  de la vie de  ceux qui entraient secrètement dans la Résistance, mais aussi ceux qui n’hésitaient pas à collaborer avec l’occupant, sous l’influence du maréchal Pétain, et tous les autres qui, surtout dans la France rurale de l’époque avaient peu d’informations et attendaient que les choses se calment, sans vouloir prendre parti.
  « La mise en scène, écrit Valérie Antonijevich , met à distance la reconstitution d’une vérité historique, exclut tout naturalisme et s’appuie sur une métaphore de la mémoire ». Donc un plateau nu, dans le bel espace du Théâtre de l’Epée de Bois avec ce grand mur de fond aux pierres apparentes, et, avec de chaque côté , des portants pour les costumes, quelques chaises et tables. La metteuse en scène pense que « ce plateau dépouillé exhausse l’éphémère et la fragilité tangible  d’existences disparues ».On veut bien mais cela ne fonctionne pas du tout.
Sur le mur du fond apparaissent des textes, notamment de Pétain… où il y a un savant mélange de flatterie, mais aussi de naïveté douceâtre chez ce vieil homme ( né en 1854!  ))qui ne voulait -pouvait?  pas voir ce qui allait se passer. Et,  en contre-point, ceux de Ribbentrop, Goebbels, qui sont précis et menaçants. 

  C’est tout le pays qui ne sait plus du tout où il en est,  et les faits sont bien connus: compromissions avec l’armée allemande, marché noir, mais aussi manque de nourriture permanent dans les villes,  amours de jeunes femmes avec des officiers ennemis, qui seront tondues sans pitié après la victoire, familles dispersées,  bombardements, exécutions sommaires, graves conflits  quant à l’attitude à avoir, position des plus ambigües du gouvernement, débâcle  sur les routes vers le Sud qui voyait arriver des milliers de réfugiés, soldats faits prisonniers en Allemagne pour de longues années séparés des leurs * et,  de l’autre côté de la Manche, la revanche de de Gaulle  et le salut de la France qui se préparaient. Oui, il faut se rappeler que notre pays il y a quelque soixante ans a vécu cela… Et au moins, un  spectacle comme celui-ci  peut y contribuer.
  Oui, mais voilà! Comment dire les choses  maintenant, alors que pour nombre de spectateurs, cette époque, à part quelques grands faits, doit être synonyme de Moyen-Age ou presque, et que faire vivre ce genre d’épopée sur un plateau de théâtre n’est pas du genre facile… Il y faut évidemment une dramaturgie et une mise en scène de premier ordre, claire et efficace, des dialogues forts, et des personnages  convaincants, et une interprétation des plus solides.
   Mais, comme il n’y a rien de tout cela, le spectacle s’enlise dès les premières minutes, et il y en a pour presque deux heures de saynètes sans intérêt et bien mal jouées. D’autant plus que  l’éclairage est des plus parcimonieux… Sans doute pour faire plus tragique? Bref, que peut-on sauver de ce spectacle qui a des allures de B D mal fagotée.? Sans doute les textes qui s’affichent: là au moins, on est bien dans le concret le plus impitoyable, et non dans la petite illustration de scènes qui se succèdent donc  sans beaucoup d’unité, et si l’ on parle tout le temps de l’armée allemande, on ne voit pas le moindre uniforme et l’ on n’entend même pas les ordres qui étaient hurlés dans les rues!  Dans les villes du moins, l’armée allemande imposait une présence permanente et obsédante,  de jour comme de nuit avec couvre-feu obligatoire.
   On veut bien que le spectacle soit mis sous le haut patronage de François Marcot, historien et spécialiste de la Résistance mais Valérie Antonijevich  qui assure, avec un sérieux inimitable  » que la violence n’est pas dans l’acte mais dans la potentialité de l’acte » ne s’est pas beaucoup fatiguée pour rendre  les choses crédibles un instant, et il y a loin des intentions affichées au médiocre spectacle proposé. Et des extraits du Journal de Léon Werth dits en voix off n’ont guère plus d’efficacité!
   Quand il s’agit d’une période tragique que beaucoup de Français vivants ont connu, on ne traite pas les choses aussi légèrement. Désolé, mais mieux vaut dire les choses, on n’a pas le droit de faire n’importe quoi dès lors que l’on veut faire du théâtre et que l’on dispose d’une belle scène et de quelques moyens.
  Que Valérie Anronijevich relise Antonin Artaud et Roland Barthes. Mais de toute façon, c’était sans doute un faux bon sujet que la metteuse en scène aurait mieux fait d’éviter, au lieu de nous infliger cette épreuve; mieux vaut donc relire  Léon Werth, et son analyse lucide et désespérée d’une des époques les plus dures que la France ait jamais connues….

* Une des histoires que l’on chuchotait dans la petite ville où ma famille habitait: le mari d’une jeune  femme  avait été fait prisonnier et envoyé en Allemagne où il  travaillait dans une ferme. Mais il avait été porté disparu. Et la jeune femme s’était donc retrouvée présumée veuve. Oui, mais voilà, quelques années après la fin de la guerre, un habitant de cette petite ville avait croisé par hasard  et bien reconnu cet homme-qui avait sans doute refait sa vie avec une autre femme- dans une rue d’un village allemand…
  Il me souvient aussi de cette autre jeune femme, mère d’une amie,  dont le mari officier était mort au combat, alors que son beau-frère, lui, milicien, avait été fusillé à la Libération… Pas très belle,  la vie de l’époque…

Philippe du Vignal

 
Théâtre de l’Epée de bois. Cartoucherie de Vincennes.  

Les Oiseaux

Les Oiseaux d‘Aristophane, traduction, adaptation et mise en scène d’Alfredo Arias.

   oiseaux.jpg La  pièce parodique fondée sur une satire sociale écrite par le dramaturge grec en 412 avant J. C. , après Les Nuées, Les Guèpes et La Paix , et avant l‘Assemblée des Femmes devait être à l’origine montée par Luca Ronconi qui avait monté avec ses acteurs italiens, dans les années 70,  un magnifique Utopia d’après plusieurs pièces d’Aristophane. dont justement Les Oiseaux. Et , malgré la barrière de la langue, on en garde un souvenir très fort. Mais qu’aurait fait Ronconi avec les acteurs de la Comédie-Française???? En tout cas, le metteur en scène italien étant malade, on a fait appel à Alfredo Arias. Le metteur en scène argentin , avec son groupe TSE, n’est pas n’importe qui,  et a réalisé de formidables spectacles  comme son célèbre Peines de coeur d’une chatte anglaise, La Bête dans la Jungle ou Mortadella,  entre autres.
Mais,  ici, c’est un peu la catastrophe: rien n’est  dans l’axe.  Il y a un magnifique ( mais peut-être justement trop beau) décor de Roberto Platé qui  a reconstitué l’entrée du Palais-Royal et ses colonnades  avec,  à côté, la Comédie-Française et une descente de métro qu’on ne se lasse pas d’admirer. Vraiment de la belle ouvrage.Et les costumes de Françoise Tournafond sont plutôt drôles et réussis…
Mais pour le reste! On veut bien qu’Alfredo Arias s’autoproclame sans trop de scrupules, auteur de la traduction mais très franchement, là il y a tromperie sur la marchandise! Il a cru bon d’ »agrémenter » le texte d’anachronismes faciles ( du genre Edith Piaf, Nicolas Poussin, Pierre Corneille..), et on vous épargnera le reste… Si i l’on peut bien sûr adapter le texte comme l’avait fait Bernard Chartreux pour la mise en scène de Jean-Pierre Vincent, autant ne pas faire n’importe quoi.
 » J’ai essayé, dit-il,  d’aborder la pensée d’Aristophane directement en donnant à voir ma propre interprétation des oiseaux. Comme Aristophane traite d’une réalité immédiate, je voulais faire de même en situant sa pièce dans la réalité d’aujourd’hui » . Sic!  » Comme je vois dans le monde des oiseaux une métaphore du théâtre  et dans leur langue une métaphore de la poésie même, j’ai eu l’idée de charger les comédiens du Théâtre-français d’incarner ces oiseaux. Quant au choix de transposer la pièce sur la Place Colette, il découle de la métaphore et des circonstances ». (Re sic)  Quel verbiage prétentieux! Tous aux abris!
Ronconi avait lui choisi de situer ces Oiseaux pendant  l’entre deux guerres et  c’était prétexte à de merveilleuses images poétiques . Mais là que voit-on?  Pas grand chose! Ce sont deux femmes au lieu de deux hommes comme dans le texte original mais peu importe! Camarade Constance et Belle espérance  en ont assez des humains et décident de rejoindre La Huppe et les oiseaux assimilés à des personnages de théâtre , pour la convaincre de fonder une cité idéale, Coucou sur scène ( ah! ah! ah!)  face à la Comédie-Française. Intermédiaires obligés entre les hommes et les dieux, les comédienzeaux ( sic)affament  et assujettissent les puissants, » XXL des stratosphères », non pas en les privant des fumets des viandes des sacrifices mais en perturbant l’importation des viandes hachées. La guerre est déclarée avec les XXL , tandis qu’afflue sur la place du Théâtre de Coucou-sur-scène, une nuée d’immigrants que les contrôleurs du ciel, en dépit de leurs ailes , ne peuvent maîtriser ». ( Sic).
Plus prétentieux et plus vide de sens, je meurs! Cela ne vole pas très haut – c’est le cas de le dire- dans la transposition…Mais surtout,  quelle vulgarité- on a même  droit à une parodie de Karl Lagersfeld-et quelle lourdeur à la fois dans la direction d’acteurs et dans la mise en scène à l’électrocéphalogramme presque plat où Arais essaye de pousser les choses vers la comédie musicale. Les acteurs crient souvent et surtout, on ne les entend  pas,  pas plus qu’ on ne comprend où Arias veut nous emmener… La fantaisie,  le délire, le grotesque d’ Aristophane sont passés à la trappe, et ce n’est même pas drôle!
Il y a bien- mais cela ne suffit pas- quelques petites chansons interprétées  par le choeur des élèves-comédiens de la Comédie-Française qui ne semblent quand même pas être très à l’aise dans la bouillie concoctée par Arias. Paradoxe pur jus de la maison et qui ne manque pas de saveur: ce sont deux sociétaires aimablement remerciées , et promues sociétaires honoraires: Catherine Salviat ( La Huppe)  en 2006 , et Catherine Hiegel ( Camarade Constance) en janvier dernier qui réussissent à tenir le spectacle. Elles font un travail irréprochable: à la fois humble et très solide.
Le comité qui a viré sans ménagement une actrice de la classe et de la personnalité de Catherine Hiegel a fait une belle connerie et commis une erreur historique;  le Ministre de la Culture avait le pouvoir de rectifier le tir, mais en tout cas, jusqu’à nouvel ordre, rien n’a été fait… Bravo!
Alors y aller ou non? Oui, si vous voulez vous ennuyer pendant une heure et demi, oui, si vous voulez dégoûter à jamais une nièce ou neveu d’âge scolaire du théâtre contemporain ( même s’il y a, les Dieux savent pourquoi,  deux chansons : Black bird  et Quelle étrange nature chantées par Emily Loizeau, avec l’aimable autorisation de Polydor , un label Universal Music France ( sic);  oui, si vous voulez faire un mauvais coup à quelqu’un que vous n’aimez pas ou plus , mais il vous faudra quand même supporter de voir avec lui  cet ersatz de spectacle…Quitte à vous excuser hypocritement après… Sinon, vous pouvez vous abstenir.
Le public qui n’est pas dupe, n’ pas beaucoup apprécié et les commentaires à la sortie étaient acides… Allez , pour vous consoler, on va essayer de vous mettre en ligne ces jours-ci  quelques photos de scènes  d’Utopia  de Luca Ronconi . Vous verrez : plus de trente ans après, elle n’ont rien perdu de leur fraîcheur et de leur efficacité.

Philippe du Vignal

 

Comédie-Française, salle Richelieu jusqu’en juillet prochain.

Le texte est publié à l’Avant-scène théâtre (n° 1281, avril 2010)

Chroniques des bords de scène, saison 3: USA

Chroniques des bords de scène, d’après Saison 3: USA,  d’après John dos Passos , conception et réalisation de Nicolas Bigards.

    usa.jpgL’an passé, Nicolas Bigards nous avait offert une remarquable promenade à travers plusieurs polars américains; cette fois, il a choisi de nous emmener  voyager dans la célèbre trilogie de Dos Passos ( 1896-1970) : Le 42 ème parallèle, 1919 , La grosse galette qu’il écrivit de 1930 à 1936. Une scène carrée qui sert aussi de salle. Au milieu, une étendue de sable fin avec des chaises rouges de théâtre installées un peu partout, quelques autres en plastique, un lit en fer, un bureau et sur chaque côté, des sortes de mini-scènes qui se ferment avec un rideau plastique translucide blanc et des passerelles construites avec des éléments d’échafaudage métalliques où joueront aussi les acteurs.
Ce sont des sortes de tranche de vie issues de ces trois romans que donne à voir Nicolas Bigards. Des monologues, quelques chansons, et c’est à un portrait de l’Amérique à ses heures les plus sombres que nous sommes conviés. Dos Passos avait en effet un regard assez pessimiste quant à l’avenir politique de son pays, comme si ses compatriotes n’avaient pas vraiment su prendre le tournant d’une véritable modernité après la conquête.
D’un côté les riches, banquiers, hommes d’affaire ou industriels qui, à force de travail et de ruses ont pu très vite prendre le pouvoir  avoir un rôle déterminant dans l’évolution de la société, et de l’autre, un peuple d’ouvriers et de petits employés qui ont fait l’Amérique mais laissés au bord de la route. Pour eux, l’ascenseur social n’a pas  fonctionné et ils ont été jusqu’au bout de leurs désillusions.

 Mais les personnages de cette fresque sont à peine entrevus qu’ils disparaissent pour laisser place à d’ autres que l’on retrouve un peu plus loin derrière nous ou plus haut sur les passerelles. Il y a par moments  de fabuleuses images dues à la scénographe Chantal de la Coste, et  les dix comédiens font honnêtement leur travail mais il manque le souffle qui existait l’an passé.
Trop de monologues sans doute, un éclairage assez parcimonieux et pas de véritable scénario; certes, on veut bien que dans l’optique de Dos Passos, Nicols Bigards ait choisi le collage,  mais il manque une unité et un souffle dramatiques au spectacle qui, passée la première demi-heure commence à s’étirer… D’autant plus que les spectateurs étant souvent debout, on peine à à voir certaines scènes si l’on n’est pas au premier rang. Et , même s’il y a quelques beaux monologues/récits comme celui de la vie d’Isadora Duncan, l’ensemble n’est pas vraiment convaincant… Dommage.

 Alors à voir? Peut-être, si l’on est fou de dos Passos, mais on est quand même un peu loin de cette peinture géniale de la société américaine de l’entre deux guerres  qu’il avait si bien réussie dans ses trois romans cultes et dans Manhattan Transfer. Peut-être était- ce mission impossible au départ…

Philippe du Vignal

MC 93 à Bobigny jusqu’au 18 avril  à 20 h 30; le dimanche à 15 h 30 et le vendredi à 19 heures.

Kean

Kean, comédie en cinq actes par Alexandre Dumas et Due Hamletmaschine par Heiner Muller, mise en scène de Frank Castorf.

      kean.jpgAlexandre Dumas n’est pas seulement le romancier bien connu des Trois Mousquetaires, du Comte de Monte-Cristo. mais ce fut aussi-on le sait moins- le premier auteur d’un bonne vingtaine de  drames historiques à succès.Où l’action se passe aussi bien dans la Rome ancienne -Caligula- qu’au Moyen-Age- La Tour de Nesle ou au 19 ème siècle comme ce Kean qu’il écrivit en 1836 soit trois ans seulement après la mort du célèbre acteur anglais Edmund Kean qui défraye la chronique londonienne en séduisant l’épouse d’un personnage important. Jean-Paul Sartre en fit une adaptation que joua Pierre Brasseur, puis en 87 Jean-Paul Belmondo. avec Béatrice Agenin.
Quant à   Frank Castorf, l’intendant et metteur en scène du grand théâtre allemand le Volksbühne am Rosa Luxembour-Platz où officièrent jadis de  très célèbres metteurs en scène comme Max Reinhardt, Pisactor et Beno Besson, il ne fait pas à proprement parler une adaptation de la pièce mais se livre à une une sorte de chantier de démolition auquel il associe- en hommage post mortem- le grand Heiner Muller avec des extraits d’ Hamlet-Machine. Mais tout cela ait un peu brouillon et n’ guère de ligne directrice…
Il introduit aussi quelques citations de Goethe et de Kleist, une publicité pour une crème anti-rides, et un faux enregistrement d’une conversation téléphonique d’Andy Warhol avec ses copains de la factory- écrite par Castorf lui-même. Pas vraiment de décor sinon une grande bâche vert acide et trois cabines de plage en carton ondulé, quelques lits et accessoires divers. Castorf s’amuse aussi à braquer pendant de longues minutes une batterie de projecteurs sur le public, et il y a des litres de faux sang généreusement dispersés sur les comédiens.  De temps en temps, un chanteur guitariste rock accompagne une chanson de Kean..Bref, on l’aura compris, Castorf essaye de  se livrer à une provocation tous azimuts quatre heures durant, provocation- on ne voudrait pas être méchant-qui date d’une bonne quarantaine d’années ( Voir Le Living Theater avec  Julian Beck et Judtih Malina qui fut l’élève de Reinhardt, ,justement. Castorf est un incomparable directeur d’acteurs et les siens  sont tous excellents, en particulier Inka Löwendorf, Luise Berndt, Silvia Rieger et  Alexander Scheer. Ce qui frappe surtout, c’est à la fois la personnalité, l ‘humilité et en même temps la solidité du jeu en particulier gestuel, la maîtrise de l’espace,et l’unité de la troupe. Zéro défaut. Ce sont tous des comédiens de grande valeur… Et on ne voudrait pas dire mais on le dira quand même: quel est le théâtre national français qui pourrait aligner une pareille distribution? Ne répondez pas tous à la fois… Du côté de la dramaturgie -on voit mal où Castorf veut nous emmener avec cette mosaïque de textes assez sèche- comme de la mise en scène, c’est beaucoup moins moins réussi et Castorf , à vouloir trop s’amuser, est un peu trop
nombriliste et ne parait guère se soucier du public qui se met vite à somnoler. ce n’est pas pour rien si, après deux heures, la salle s’est en partie vidée. à l’entracte. Et un ex ministre de la Culture qui s’y connaît bien en matière de  théâtre,  n’ a pas résisté, et, en sortant,  avait l’air bien peu convaincu par la démonstration assez prétentieuse de Castorf.
En fait, même s’il y a quelques images très fortes comme cet entassement de corps dans une cabine de bains , ces glissades sur la grande bâche ou ce corps de Christ emmêlé dans des fils de fer barbelé, tout couvert de sang, et les deux autres heures après l’entracte, même si elle sont plus  vivantes , nous laissent quand même un peu sur notre faim.
D’autant plus que la traduction signée Pascal-Paul Harang du surtitrage est bourrée de fautes d’orthographe, et que le fonctionnement de l’engin surtitreur est assez défectueux, ce qui est inadmissible dans un théâtre national… Alors y aller ou pas? Si c’est pour un vrai plaisir théâtral, la réponse est non; si ces quatre heures bien pesées qui passent assez lentement ne vous font pas peur et si vous voulez  savourer un jeu de comédiens exceptionnel, vous pouvez tenter l’expérience. Mais Castorf avait mieux réussi son coup avec Les Mains sales de Sartre il y a quelques années… Voilà; comme dirait du Vignal, vous êtes prévenu…

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Odéon jusqu’au 15 avril. Attention, c’est  à 19 heures. T: 01-44-85-40-40

Richard II

Richard II de Shakespeare, traduction de Thomas Brasch, mise en scène de Claus Peymann.

 

richard.jpeg Après l‘Opéra de Quat’Sous monté par Bob Wilson pour quelques représentations, c’est une autre réalisation du très fameux Berliner Ensemble qui est jouée pour la première fois à Paris: Claus Peymann , moins connu en France qu’en Allemagne, a pourtant beaucoup fait pour le théâtre contemporain (il monta Outrage au public de Peter Handke, alors qu’il n’avais que 29 ans… Et il aida au maximum Thomas Bernhard à se faire connaître , et est maintenant à la tête du célèbre Berliner fondé par Brecht en 1954.
Mais il aussi fait la part belle aux auteurs classiques , que ce soit Lessing, Goldoni ou Shakespeare qui est régulièrement monté. Et disons tout de suite que ce Richard II, qui est finalement peu joué en France, est d’une qualité absolument exceptionnelle. D’abord un texte, que l’on avait un peu oublié, dont on retrouve la langue incisive, d’une crudité qui fait mouche mais aussi avec des nuances poétiques d’une merveilleuse intensité. Thomas Brasch -depuis découvrir un texte qui apparait comme neuf et d’une violence inouïe.
Et puis, il y a la mise en scène de Claus Peymann et la scénographie très expressionniste d’Achim Freyer, toute en noir et blanc, comme les costumes de Maria -Elena Amos qui lui donnent une rigueur et une force de tout premier ordre. Claus Peymann a axé sa mise en scène sur le caractère sacré de la monarchie et et sur le double personnalité du Roi. « Deux âmes habitent la poitrine de Richard, dit-il, son propre moi et le corps du roi d’Angleterre créé par Dieu. Ici l’individu-là l’homme politique. C’est bien un phénomène très contemporain. le politicien d’aujourd’hui fait lui aussi, la différence entre la personne et la vocation. C’est de cette schizophrénie que souffre sa crédibilité ». Me conduire en roi avant que j’ai oublié d’être roi, dit Richard que l’on sent complètement perdu,après avoir manqué à ses devoirs, et qui abdique plutôt qu’il n’est dépossédé de sa couronne par Bolingbroke. Mais qui retourne d’une certaine façon, la situation à son profit en se montrant comme victime.
Roi peu efficace, maladroit dans sa fonction , peu scrupuleux quand il s’agit de trouver l’argent nécessaire à ses guerres et lui-même meurtrier de son oncle, il retrouvera cependant une certaine dignité, que n’a pas vraiment Bolingbroke, en se dépouillant lui-même de ses attributs royaux avant d’être assassiné. Et c’est donc une toute autre image de Richard II, habituellement présenté comme une sorte d’esthète, homosexuel , que nous offre Claus Peymann, et le moment où il demande à sa femme de le quitter pour gagner la France, est à la fois simple et émouvant.
Il y a aussi cette scène formidable où Richard II essaye de s’abriter des mottes de terre et des canettes vides qui pleuvent sur lui ( photo plus haut) , celle où Bolingbroke , devant le corps ensanglanté de Richard enveloppé dans une bâche plastique, qui reconnaît que le meurtre était nécessaire mais renie l’acte du meurtrier qui pensait l’avoir délivré de sa » peur vivante »… Tout cela est joué simplement, sans effet inutile mais avec une force et un rythme exemplaire, et il faudrait tout citer de ce spectacle exceptionnel.
Et le metteur en scène sait diriger ses comédiens qui sont de grande qualité, en particulier et d’abord Michael Maertens/ Richard II, mais aussi Dorothee Hartinger/la reine Isabelle , Manfred Karge/ le duc d’York, Martin Siefert/ Jean de Gand et Veit Schubert/ Bolingbroke.
Cette galerie de personnages souvent inhumains et monstrueux s’anime devant nous de façon parfaitement crédible, et ne cesse de nous fasciner. Et l’ensemble de la distribution possède une maîtrise de l’espace et une unité de jeu comme on en voit peu; le public , y compris Lionel Jospin, ne s’y est pas trompé et , avec raison, était enthousiaste…Merci à Emmanuel Demarcy-Motta d’avoir invité le Berliner Ensemble.

 

Philippe du Vignal

 

Le spectacle ne s’est joué seulement quatre fois au Théâtre de la Ville mais poursuit sa carrière au Burgtheater de Vienne. Si vous passez par là, n’hésitez pas…

 

 

Occident

Occident de Rémi de Vos, mise en scène de Dag Jeanneret.

Rémi de Vos à 37 ans, est l’auteur de pièces maintenant bien connues comme André le Magnifique, Jusque ce que la mort nous sépare . Occident (2005) que reprend aujourd’hui Dag Jeanneret est une pièce courte ( 60 minutes) qui est plutôt une tranche de vie, une sorte de dissection d’un couple de petits bourgeois aux rapports assez troubles. Un homme et une femme la quarantaine avancée: lui est à la fois ultra-nationaliste, alcoolique et n’est pas seulement impuissant d’en bas , mais a aussi la cervelle morte comme le le lui fait remarquer sa compagne… Il en a contre les Yougoslaves, et les Arabes, et fréquente deux cafés Le Palace et le Flandre où il passe plus de temps qu’à la maison.
Quant à elle, elle a de plus en plus de mal à le supporter, c’est bien clair et elle-fantasme ou vérité-finira par lui avouer qu’elle fait boutique-mon-cul justement avec les Arabes. Et elle en rajoute une louche en lui indiquant bien que cela lui fait plaisir.Et c’est comme si elle lui avait porté un énorme coup de poing. Elle ne bouge pas,attendant qu’il répète en sanglots une bonne vingtaine de fois: « Je t’aime ».
Cette petite pièce vaut surtout pour la précision et la violence des dialogues où chacun essaye d’abattre l’autre. Sans aucune concession. Sans jamais rien céder , puisqu’ils n’ont rien à perdre dans un monde que l’on devine sans espoir et qui ne veut pas d’eux, eux qui ne savent même plus si ils ont vraiment envie de continuer à vivre ensemble.
On est ici au bout du bout de la misère humaine, et si l’on rit parfois de cette échange violent fondé sur une sorte de machine implacable, on rit évidemment jaune., et autant dire tout de suite que le dialogue, jamais vulgaire, est des plus crus, et interprété par Stéphanie Marc et Philippe Hottier , qui sont bien dirigés par Dag Jeanneret, et tout à fait remarquables.
Reste à savoir ce que peut nous dire la pièce? Que la violence , la bêtise et le racisme font excellent ménage avec l’alcool? Cela n’est pas très nouveau… Que cela a à voir avec la France sarkosienne? Sans doute, mais c’était déjà au programme sous Chirac, et bien avant! N ième dénonciation du racisme,  c’est sans aucun doute un texte bien écrit mais assez bon chic bon genre  et  l’on ressort un peu déçu. Même si De Vos a au moins le mérite de faire court…
Alors à voir? A la rigueur, si vous habitez à côté , mais sinon vous pouvez sans doute oublier d’y aller..

Philippe du Vignal

Festival Villes jusqu’au 18 avril.
Théâtre Gérard Philipe à Saint-Denis T: 01- 48 -13 -70 – 00

Terre océane

Terre océane de Daniel Danis mise en scène de Véronique Bellegarde.

terreoceane1.jpgOn connaît bien maintenant en France le théâtre de l’écrivain québécois Daniel Danis, et Cendres de cailloux, Le langue-à-langue, Le Chant du dire-dire. Ces textes sont écrits dans une langue à la fois puissante et charnelle  où, comme le dit Danis, les images s’imposent toutes seules, de même que les syncopes, les ellipses et les trous qui les séparent. » Ma main , dit-il, va tellement vite qu’elle saute par-dessus les mots et les associations d’images ».  « Et l’écriture aboutissante n’est que le prolongement de l’expérience vécue, rêvée imaginée… prendre racines… la bouche remplie de terres et de lacs, suis-je un rêvé de mondes habités, loin des grandes villes ».  A lire ces quelques lignes, on comprend mieux cet volonté permanente qu’ a l’écrivain de questionner le corps  dans ses pièces, et plus particulièrement dans Terre océane.
En effet, il s’agit ici d’une sorte de conte : Antoine, un homme jeune encore,  voit un jour arriver chez lui, un petit gamin de dix ans, son fils adoptif que sa mère lui envoie comme un drôle de paquet cadeau. Elle a quitté Antoine quelques mois après qu’ils aient adopté Gabriel , et Antoine ne les a jamais revus. Et  les choses se compliquent, puisque le petit Gabriel est atteint d’un cancer d’une gravité extrême  : il a encore six à neuf mois à vivre…
Antoine prend alors la décision de quitter la ville où il travaille dans le cinéma et s’en va avec Gabriel dans la campagne, chez de son oncle Dave, pour que l’enfant puisse avoir une fin d’existence paisible. Trois âges de la vie, trois personnages qui  s’interrogent sur le futur de leur existence.
Antoine débarque dans un milieu qui n’est pas le sien, Gabriel sait bien , au moins pour une part de lui-même, qu’il va  devoir bientôt s’éteindre ,comme Dave  qui a la plus grande partie de sa vie derrière lui. Et le vieil homme , comme un chaman, bien enraciné dans la nature et dans les bols, n’hésitera même pas à apaiser les souffrances de Gabriel avec de la mescaline. il y a aussi Charlotte  l’infirmière, secrètement amoureuse d’Antoine, qui renonce à ses vacances au loin pour être auprès de Gabriel.
L’histoire se passe évidemment au Québec mais, comme le souligne Danis, pourrait très bien  se passer dans une campagne neigeuse et isolée quelque part en Franche-Comté ou dans les hauteurs de l’Aveyron. Reste à mettre en scène ce huis-clos  et la lente dégradation physique du petit Gabriel , bourré de médicaments et finalement relié à un goutte-à-goutte permanent. Sans tomber dans le pathos et la noirceur permanente…
Mais la mise en scène manque singulièrement de force et de rythme.La direction de Véronique Bellegarde est pourtant impeccable et ses quatre acteurs Michel Bauman, Cécile Bournay , Gérard Watkins font ici un travail de tout premier ordre mais Géraldine Martineau qui joue Gabriel est impressionnante de vérité et d’intelligence . Mais Véronique Bellegarde a  choisi le parti pris d’une scénographie peu inventive et chichiteuse: cubes blancs sur sol blanc avec voiles  dans le fond du plateau où sont projetées par rafales des photos et des images vidéo d’une rare banalité. Et cela casse tout! On comprend bien qu’elle ait voulu rompre avec le pittoresque et le réalisme, mais  l’écriture de Danis – on a pu le voir à plusieurs reprises, notamment dans une très belle mise en scène de Muriel Sapinho pour Le Chant du dire-dire avec de jeunes comédiens-n ‘a pas besoin de toute cette imagerie facile et banale qui dessert un  langage poétique de grande qualité .
Ce recours systématique aux images fixes et à la vidéo est devenu une des plaies du théâtre contemporain.Et on n’échappe même pas ,quand Gabriel vit ses derniers instant veillé par Antoine et Dave, à la projection de son corps et de son visage, auréolé de couleurs un peu flash. Tous aux abris…
Alors à voir? Peut-être et à la rigueur , (mais on vous aura prévenu) si vous réussissez à faire abstraction de toute  cette pollution visuelle et sonore qui démolit le texte. Dommage, parce la pièce est de grande qualité et  les quatre acteurs  remarquables. Mieux vaut sans doute relire le texte de Terre océane!

Philippe du Vignal

Théâtre de la Ville/ les Abbesses, jusqu’au 10 avril.

Les pièces de Daniel Danis sont publiées chez l’Arche Editeur ( Paris).

Paradis tzigane

Paradis tzigane par le Cirque Romanès, direction Alexandre Romanès.

    3cirqueromanesov5.jpgAlexandre Romanès dédicaçait son dernier recueil de poèmes Sur l’Epaule de l’ange et c’était une bonne occasion de revoir son Paradis tzigane. Un petit chapiteau de 400 places. A l’entrée, un plateau avec plein de bougies et un orchestre formidable ( contrebasse, accordéon, clarinette,et violon) qui accueille le public et qui, avec une jeune chanteuse, va accompagner chacun des numéros.. Pas d’effets spéciaux à grands coups de rafales lumineuses mais quelques projecteurs, un grand tapis , un rideau de fond fait de grande pièces de coton et quelques chaises. Pas de musique de films racoleuses ou de numéros tape-à-l’oeil. Alexandre Romanès, né Bouglione,  a rompu depuis longtemps avec ces super-productions circassiennes.. qui ne rendent pas vraiment la monnaie  de la pièce- chère- et tous ses spectacles ont une sorte d’humilité et de savoir-faire qui les a- et ce n’est que justice- rendus  célèbres. Et puis il y cette joie contagieuse  qui illumine chacun des intervenants et cela c’est irremplaçable. Il y a toujours la famille au grand complet avec les plus jeunes des enfants aussi à l’aise dans les airs que sur terre, et quelques invités: une chanteuse russe au début et un couple d’acrobates qui, à la fin du spectacle, exécutent un numéro brillantissime et très érotique avec une grâce et une fluidité impressionnante.
Entre temps des numéros de jonglage, comme celui de jeune homme avec cinq boules blanches  ou avec trois chapeaux qui semblent obéir au doigt et à l’oeil de leur patron. Ou bien encore  cette  merveilleuse cette fil-de-ferriste. Et à la fin, un autre jongleur qui réussit à faire tourner un ballon sur un petit axe, puis en mettre un second( qui tourne aussi) sur le premier puis un troisième sur le second. Il y a là un savoir faire de tout premier ordre remarquablement orchestré par le maître de maison.
Et encore une fois, cela n’a rien à voir avec les prestations souvent très décevantes des grands cirques comme la dernière  de Pinder. Pas d’animaux, sauf une chèvre que l’on fait monter le temps de quelques secondes sur une petite boîte, comme un clin d’oeil, pour dire ce que l’on ne veut surtout pas faire. Certains numéros sont un peu longs mais les deux heures que durent le spectacle sont bien rythmées et passent t vite. sans aucune esbrouffe et avec un grand respect pour le public.
Alors y aller? Oui, bien sûr, sans aucune hésitation possible, et le bonheur des enfants faisait plaisir à voir; et , de plus, c’est  très facile à trouver.

Philippe du Vignal

Cirque Romanès, 42 boulevard de Reims 75017 Paris. A deux cent mètres du Métro Porte Champerret. Places de 10 à 20 euros. T: 01-40-09-24-20

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AU PARADIS TOUTES LES FEMMES SONT GITANES  CIRQUE ROMANÈS

Mise en piste Alexandre Romanès
Pour fêter la publication de son deuxième livre par les éditions Gallimard Sur l’épaule de l’ange, préfacé par Christian Bobin, Alexandre Romanès nous a invités à une fête superbe, qui s’ouvre bien entendu sur son spectacle de cirque, mené à un rythme endiablé par un ensemble de musiques tziganes, , avec de très beaux numéros d’acrobatie pour la plupart accomplis par ses enfants- (ô l’adorable petite Rose Reine, sa préférée-)emportés par la voix de leur mère Délia infatigable et merveilleuse chanteuse. Il y a comme d’habitude des invités, en particulier une belle chanteuse qui ouvre le spectacle, une extraordinaire danseuse de corde rousse, un jongleur de chapeaux et de balles avec une belle présence comique, un virtuose de ballons et de belles suspensions érotiques d’un couple enlacé tout en haut du chapiteau…. Le public lui fait un triomphe, et Dominique Blanc accompagnée d’un autre acteur lit quelques poèmes et nous faisons la queue pour les dédicaces avant de participer au fastueux barbecue servi généreusement par ce “peuple de promeneurs” (premier livre d’Alexandre).
Edith Rappoport

 

 

Koudip

Koudip,  mise en scène d’Evelyne Guillaume.

        img4778.jpgCe Koudip nous vient de la Guyane ( le plus grand département français  avec plus de 500 kilomètres de frontière avec le Brésil!). A peine peuplé- quelque 200.000 habitants, la Guyane a donné naissance entre autres à Christiane Taubira, Gaston Monerville autrefois président du Sénat, Henri Salvador et au très bon  comédien Edouard Montoute… Il y a là bas , à 8.000 kilomètres de Paris quelques petites compagnies théâtrales dont la Compagnie Ks and co.
Le spectacle a pour thème la rencontre entre Evelyne Guillaume, metteuse en scène et  Serge Anatucci , avec  quelques habitants Saramaka , dénommés aussi noirs marron à cause du « marronnage » du nom de la fuite dans la forêt tropicale à laquelle ils avaient été contraints  par suite des répressions sanglantes en Guyane  hollandaise toute proche; cette population forte d’environ 15.000 personnes  a pour elle  une culture orale de chants et de contes qu’Evelyne Guillaume a su habilement mettre en scène;  Carlos Rémie Seedo, Rosenal Geddeman, Michel Amiemba, Belisong Kwadjani et Marios Kwadjani habitent près de Saint-Laurent du Maroni et, évidemment, n’avaient aucune idée de ce que pouvait être la notion même de théâtre explique Evelyne Guillaume et pourtant bien dirigés, on remonte avec eux aux sources même du théâtre. Aucun décor, juste deux bancs et  une caisse pour s’asseoir, quelques percussions et comme costumes, de simples treillis militaires et des marcels en maille bleu pâle, rouge, jaune ou vert.
Deux contes contemporains: Anasi ( l’araignée) , le léopard et le chasseur et Le Handicapé qu’ils disent, chantent, et dansent, forment une sorte de trame , et même avec la barrière de la langue, le spectacle est très impressionnant, seule Serge Abatucci parle vraiment français et dit quelque phrases de ces contes, aussitôt repris en choeur. Quelle beauté quelle rigueur , quelle force chez ces acteurs… qui n’en sont pas; ils ont une gestuelle,  une présence et un sens de l’oralité que pourraient leur envier bien des acteurs confirmés de métropole. Il y a là un sens du rituel et une intelligence scénique assez rares pour être signalées. » On peut écouter une langue, la comprendre sans la parler » a dit Edouard Glissant, et effectivement, on  se laisse vite prendre, d’autant plus que le spectacle ne dure qu’une heure.
Malheureusement,  le spectacle n’a été présenté qu’une seule fois au Musée Dapper mais la Compagnie Ks and co en joue un autre spectacle Daiti,  au Théâtre de Stains vendredi et samedi prochains.

Daiti écriture et mise en scène d’Evelyne Guillaume au Théâtre de Stains,  les 1er  à 15 heures et les 2 et 3 avril à 20 heures 30.  ( Navette aller et retour les 2 et 3 avril depuis le métro Porte de la Chapelle.)

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