Spleenorama

 Spleenorama, texte, mise en scène de Marc Lainé, musique et paroles des chansons de Bertrand Belin

 

--«JeanLouisFernanandez147Après le  succès en 2012, de Memories from the Missing Room avec le groupe Moriarty, le metteur en scène Marc Lainé, qui en est aussi le scénographe et costumier, lance Spleenorama, un nouveau  spectacle de théâtre musical et fantastique.
Après quinze ans d’absence, un jeune musicien qui a quitté sa province pour faire des  créations ailleurs, et avec un certain succès, revient pour assister à l’enterrement de son ami d’enfance et partenaire. Musicien solitaire et  rêvant de gloire, rivé obstinément à ses chansons, il avait fini, entre défonce et reprise de soi, par se suicider après la séparation de son  groupe.

Le mort d’aujourd’hui reste la figure tutélaire de ce quatuor de rock, dont les deux autre membres forment aujourd’hui un couple avec enfants, un peu instable,  car la junkie est restée amoureuse de ses partenaires. On pense à nombre de groupes qui accompagnèrent de leurs musiques, les générations des années soixante-dix comme le Velvet Underground, Lou Reed ou Nico...
  Malgré quelques excès, Odja Llorca reste convaincante dans le rôle de la jeune femme, comme Matthieu Cruciani et Guillaume Durieux dans celui de musiciens « habités ». Marc Lainé a été fasciné entre autres, par la figure de Sid Barrett, leader des Pink Floyd qui, éjecté du groupe, s’était reclus dans son appartement londonien pendant des années, ou encore par le destin des Joy Division qui, après le suicide de Ian Curtis, ont su  créer New Order, un nouveau groupe.
Dans ce même esprit, Spleenorama pourrait être l’histoire merveilleuse mais tragique d’un groupe de rock dont la vitalité désespérée – entre Eros et Thanatos, désir de créer, alcool et drogues dures – est une métaphore de l’existence. L’aventure passée et la jeunesse enfuie recèlent à jamais les rêves brisés, « la rage et l’utopie, la naïveté et l’engagement.»

  Le spectacle, fondé sur des thèmes comme  la fraternité, la culpabilité, le renoncement, l’échec et les amertumes, est porté par la musique de Bertrand Belin, comédien et musicien  sur scène, figure incarnée de la mythologie contemporaine des « guitar heroes ». Mais ici la musique et ses artistes n’ont pas la gloire en majesté que le spectateur attendait : la dimension de l’entreprise, sa poésie, et l’évidence de son désir n’ont pas rendez-vous sur un plateau décidément à l’abandon.
  Les paroles des chansons de Bertrand Belin ont la gravité, la mélancolie et la délicatesse requises et illustrent en profondeur les états intérieurs des personnages. Mais, même si le leader charismatique du groupe s’incruste dans le récit et commente la vie des protagonistes, en faisant retour sur scène, alors qu’il est mort, vivant à nouveau des scènes douloureuses du passé, égrainant les flash-backs d’un film de bons et mauvais souvenirs, on reste déçu! Théâtre et musique: la synthèse ne se fait pas et le public suit le scénario de ce mauvais rêve avec ennui, et y cherche, en vain, rythme et cadence, malgré des chansons attachantes…

 Véronique Hotte

 Théâtre de la Bastille, jusqu’ au 4 octobre à 20h. T : 01 43 57 42 14


Archive de l'auteur

adieu michèle Guigon

Adieu Michèle Guigon

 

Michèle Guigon-thumb-500x375-54956Elle est partie au  petit matin du 4 septembre (son dernier clin d’œil, comme le nom de sa compagnie!), à 55 ans seulement mais un cancer du sein l’avait attaqué il y a quelques années, et ne l’avait jamais lâchée. On la savait pas au mieux depuis quelque temps mais elle continuait à se battre avec courage.
  Nous l’avions connu il y a plus de trente ans, quand Macha Makeieff et Jérôme Deschamps avaient créé leur compagnie,  avec  de petits spectacles déjantés qui n’attiraient à l’époque pas grand-monde, comme Les Oubliettes, Les Précipitations, un des plus remarquables de la compagnie joué dans la vieille salle même de l’Idéal-Ciné de Tourcoing, avant sa démolition. Puis il y eut Les Petites chemises de nuit, En avant, puis  Les Blouses, et La Veillée créé au T.N.P. de Villeurbanne qui consacra les Deschiens.
Elle a joué avec eux  des années 78 à 85, une jeune gourde, en blouse à fleurs, fagotée comme il n’est pas permis sauf chez les Deschamps. Elle était là présente, les bras ballants, totalement idiote, incapable de rien faire, quasi-muette, et il y fallait, à n’en pas douter,  une  intelligence supérieure du corps et de l’esprit chez cette toute jeune femme, pour arriver à une telle présence scénique…Tout en mettant au point une légère distance par rapport à son personnage. Sans doute sous l’influence d’Antoine Vitez, dont elle avait suivi les cours au Théâtres des Quartiers d’Ivry.

Et cela la rendait encore plus attachante avec son gros accordéon qui ne la quittait vraiment jamais. Elle en jouait de façon aussi chaleureuse qu’un peu ironique, comme pour marquer une petite différence… Elle prit ensuite son envol et créa ses propres spectacles avec sa compagnie du P’tit matin avec Anne Artigau et Yves Robin, comme Marguerite Paradis en 84 ou Etats d’amour en 85, qu’Alain Crombecque, alors directeur du Festival d’Avignon avait invités.
Dernièrement, elle s’était lancée dans de remarquables  solos écrits avec sa complice et amie Suzy Firth, et mis en scène par sa fidèle Anne Artigau, comme en 2011 :  La vie va où ? ou Pieds nus, traverser mon cœur (voir Le Théâtre du Blog) où elle parlait avec lucidité et une implacable ironie, de ce qu’elle avait dû subir pendant sa maladie avec des phrases incisives, du genre:  « J’ai pas fait médecine, j’ai fait malade » ou: » Quand on vieillit, les médicaments passent de la salle de bains à la cuisine. » Des silences et des grommelots des Deschiens, elle était passée à une belle maîtrise du monologue.

  Voilà, c’est fini, nous sommes évidemment très tristes mais il nous reste pour retrouver son beau regard et son espièglerie, un livre/CD: La vie va où? (Camino éditeur 20 €). Merci Michèle, pour ce que tu auras apporté au théâtre contemporain. 

Philippe du Vignal

 

 

Festival TranscenDanse

Festival TranscenDanse, première saison

affiche-100X150-TCE-v4Le théâtre des Champs-Elysées est, historiquement, depuis l’arrivée des Ballets russes  en 1913, dédiée en partie à la danse. Sous le vocable TranscenDanse, le programme de cette saison est d’une grande  richesse: le Ballet national de Norvège, d’abord ce mois-ci, avec ses cinquante neuf danseurs, présente trois chorégraphies de Jiri Kylian,  dont le célèbre Bella Figura créé en 1995, qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie et, une première en France, Gods and Dogs, crée en 2008.
Les spectateurs de l’Opéra de Paris qui n’ont pas eu la chance d’assister à la soirée d’adieu de Nicolas Le Riche, pourront se précipiter pour le voir en novembre dans un programme avec Clairemarie Osta, Eleonora Abbagnato et Russel Maliphant qui, lui, reviendra en mai, avec sa compagnie et ses chorégraphies.
  En janvier, la très jeune et dynamique compagnie nationale de danse d’Espagne, dirigée par José Martinez, proposera trois premières pour la  Françe: une chorégraphie de  Mats Ek, Casi Casa (2009), et  deux autres, d’Itzik Galili et d’Alejandro Cerrudo. Son ancien directeur artistique,  Nacho Duato,  a été nommé en 2012, directeur de ballet du théâtre Michel  voisin du théâtre Alexandrinski, le plus ancien de  Saint-Pétersbourg,  où réside le Eifman Ballet,  reconnu dans le monde entier pour la qualité de  ses créations, va présenter ici  en février, Up and Down, une adaptation de Tendre est la nuit, de Francis Scott Fitzgerald.
C’est donc à un voyage dans l’Europe de la danse que nous invite le théâtre des Champs-Elysées.

Jean Couturier

www. theatrechampselysees.fr  

Le Capital et son singe. Sylvain Creuzevault

Le Capital et son singe, à partir du Capital de Karl Marx, mise en scène de  Sylvain Creuzevault

 

lecapitaletsonsinge  “ Le Capital et son singe que nous te donnons ici à jamais inachevé, spectateur bienveillant, a été composé par l’auteur il y a quelques jours. Il a toujours eu l’intention de le terminer, mais l’aphasie a fini par l’emporter avant qu’il ai pu le mener jusqu’au terme désiré”,  avertit le programme. Avec toute la bienveillance demandée avec humour au public par ce jeune collectif, et grâce au souvenir laissé par leur décoiffant Notre Terreur, présenté en 2009 dans ce même théâtre (voir Le Théâtre du blog),  on est peu enclin à la sévérité….   D’autant que ça commence bien: avec un brillant et désopilant échange d’idées entre Michel Foucault, Sigmund Freud et Bertold Brecht, interpété en solo par le talentueux Arthur Igual.  Le débat continue, à plusieurs, autour d’un repas de haricots pour Blanqui, et de lentilles pour les autres personnages dont Raspail, Louis Blanc, Barbès, Fourier, et même Engels, réunis, à la veille du 15 mai 1848, alors que la gauche, minoritaire après les élections, se trouve évincée du gouvernement.    Comment peser sur l’Assemblée en pleine rédaction d’une nouvelle constitution? Comment reprendre le pouvoir, après la révolution trahie par des élections?  Par la violence ou par la force des idées? Il est question du rôle de l’Etat dans l’économie, puis on en vient bientôt à une explication lumineuse et ludique de la valeur d’usage et et de la  valeur d’échange chez Marx. Puis, à une définition du capitalisme, où Blanqui le radical s’oppose à Barbès, le légaliste… Suspense. Jusque là, on suit à peu près, malgré quelques cafouillages, mais cela se gâte vite! Nous voici à Berlin, le 13 juin 1919. Dans une vague parodie de La Noce chez les petits bourgeois, les convives parlent, à bâtons rompus, du taylorisme à l’américaine, tandis que défile le cortège funèbre de Rosa Luxembourg,  assassinée par la police qui a maquillé son meurtre en noyade. Après l’agonie (et la résurrection?) de Spartacus, le spectacle  zappe de nouveau: 23 mars 1849, c’est le procès de Barbès, Blanqui et Raspail, auxquels se mêlent… Jacques Lacan et l’extravagant Daniel, dit Dada.  Au gré des séquences et des zigzags spatio-temporels, on prend un certain plaisir à voir s’incarner des personnages qui ne sont plus, pour la plupart d’entre nous, que des noms de rues; on apprécie la généreuse  démarche de vouloir faire entendre la pertinence des idées marxistes, de convoquer des débats d’hier, pour éclairer notre réflexion sur l’actualité d’aujourd’hui. Le Capital et son singe analyse le glissement progressif du prolétaire de la société préindustrielle décrit par Marx, vers le consommateur aliéné par le capitalisme mondial. Mais, au bout de deux heures et demi de cette comédie « difficile »,  L’Avertissement au spectateur  cité plus haut  semble être aussi un constat d’échec chez le metteur en scène.  Où est le “long, immense et raisonné hurlement de la pensée “ promis?  Où est la comédie “pure et dure” annoncée? Le Capital, traité ardu, se laisse ici difficilement saisir et  le théâtre n’est sans doute pas le lieu  propice à son adaptation?  Mais Karl Marx, dont  la figure tutélaire hante la scène, est bien là,  et ses idées restent vivantes, grâce aux acteurs et à leur inventivité. Ils en appellent à Georg Büchner, William Shakespeare, Walter Benjamin, Arthur  Rimbaud et à bien d’autres rebelles. Ils mélangent, dans un joyeux bric-à-brac, traité d’économie et de poésie, petit refrain caustique et chant de la Commune  (La Semaine sanglante de Jean-Baptiste Clément  fait office de conclusion).   Le spectacle, promis à une longue tournée, se présente pour l’instant comme un chantier: “L’auteur hésita à donner pour titre à cet inachèvement Des planches, du rabot et du balai … Et les acteurs ont pris la courageuse décision d’improviser ce qui, de l’écriture, est encore resté à l’état de fluidité…et à certains endroits de presque absence”, précise le programme! La pièce reste inachevée, comme Le Capital, mais va sans doute évoluer, gagner en cohérence,  et enfin peut-être trouver sa pleine forme.

 

Mireille Davidovici

Théâtre de la Colline T. 0144 62 52 52 www.theatre.colline.fr  jusqu’au 12 octobre

 En tournée : les 5 et 6 novembre, Scène Watteau–Scène conventionnée de Nogent-sur-Marne; du 26 au 29 novembre, MC2, Grenoble ; les 4  et 5 décembre, Archipel–Scène nationale de Perpignan ; 5 et 7 février 2015, La Filature – Scène nationale de Mulhouse; Et, en 2015:  les 13-14 février  Le Cratère – Scène nationale d’Alès; 11 et 14 mars , Bonlieu – Scène nationale d’Annecy; 13 et 16 mai , Théâtre national de  Bruxelles.

 

 

la saison 14-15 du théâtre national de Chaillot

La saison danse 2014-2015 du Théâtre national de Chaillot

photoMalgré les grands travaux de rénovation  du théâtre, la saison future s’avère très prometteuse. Sur les 34 spectacles prévus  avec quelque  260 représentations, vingt spectacles de danse… Josette Baïz ouvre le bal en octobre avec vingt-deux adolescents de 14 à 18 ans qui donneront toute leur énergie pour faire vivre Roméo et Juliette.
 Au même moment, José Montalvo réalisera une proposition dansée autour de Huit et demi de Federico Fellini puis une adaptation de l’épopée de Gilgamesh.
Carolyn Carlson présente un nouveau solo, Now, musique de René Aubry.  On attend aussi une chorégraphie de Pierre Rigal, Paradis Lapsus,  avec deux danseurs et une chanteuse.
William Forsythe, honoré par le festival d’Automne, présente une dernière fois sa compagnie,  avec Study # 3. Andréa Siter dansera un solo inspiré de son parcours personnel d’artiste.
 En décembre, la Batsheva Dance company reprendra un grand succès, Décadanse Paris, et une nouvelle création.  Béatrice Massin, elle,  fera rêver le public avec sa version de La Belle au bois dormant. Philippe Decouflé, lui,  prépare, avec Contact, un hommage à Pina Bausch et aux comédies musicales! «Je vais faire un truc divertissant», promet-t-il.
Du côté international, il y aura aussi deux coproductions du festival d’Avignon avec Arkadi Zaïdes et Thomas Lebrun. En mars, deuxième Biennale d’art de flamenco, en collaboration avec la Biennale de Séville,  et,  au même moment,  Hideki Noda interpétera Egg avec  d’importantes parties dansées. Ce sera aussi  l’occasion de découvrir  la compagnie nationale norvégienne de danse, dans le cadre d’une carte blanche, avec Not Here/Not Ever.
  En avril, période de migration des oiseaux, nouvelle création de Luc Petton avec quatre grues du Japon et quatre danseurs. Philippe Jamet, qui avait enthousiasmé le public avec ses Portraits dansés va réaliser des Portraits Chantés. Enfin, pour clôre une belle saison de découvertes, la Montréalaise Danièle Desnoyers et trois spectacles de  l’australien Gary Stewart, Stephanie Lake, et un projet de Falk Richter avec Anouk van Dick.
«L’art du théâtre ne prend toute sa signification, disait Jean Vilar, que lorsqu’il parvient à assembler et à unir. » La danse aura aussi cette faculté au Théâtre National de Chaillot.

Jean Couturier
theatre-chaillot.fr
 

          

open space

Open Space, conception et mise en scène de Mathilda May

 

p183751_2Sur la grande scène transformée en « open space »  six personnages partagent, pendant une journée, le huis-clos de ces  “bureaux ouverts”.
Sans cloison, sans véritable intimité! Ce sont les bruits qui dominent et qui ponctuent le spectacle, amplifiés et distordus, grâce à une sonorisation virtuose. Couinements des sièges, cliquetis des touches d’ordinateur, grondement de la machine à café, sonneries incessantes des téléphones, cataractes des toilettes, jusqu’au tapotement des doigts sur un bureau métallique, ou au bruit d’un avion qui rugit quand on ouvre la fenêtre, composent ici une symphonie burlesque et rythment les borborygmes des comédiens qui retrouvent ici le plaisir du grommelot.

“ Le spectacle est né des sons  » explique Mathilda May qui a composé aussi toutes les musiques du spectacle. La  comédienne que l’on connaît bien, est aussi autrice-compositrice, romancière et danseuse de formation, ce que l’on sait moins. Elle conjugue ici tous ses talents pour réaliser une comédie “burale” où elle a demandé aux interprètes, recrutés sur auditions, de savoir danser, chanter, mimer…
Chacun a composé son personnage: il y a La Femme agaçante, (Stéphanie Barreau), dont les talons  aiguilles martèlent insupportablement le sol ;  la Déjantée qui boit en cachette (Dédéine Volk Léonovitch); la Complexée ( surprenante Agathe Cémin), amoureuse transie du jeune employé dynamique Jean Loup-Denis Elion tout en grâce et souplesse). Il y a aussi le Jovial débonnaire, et enfin celui qu’on a mis au placard, devenu invisible pour ses collègues, mais pas pour les spectateurs qui ne perdent pas une miette du jeu d’Emmanuel Jeantet (alias Manu Kroupit) qu’on a pu voir  chez  Philippe Genty. Gilles Gaillot, quant à lui, interprète tous les personnages venant de l’extérieur, dont le patron,  petit chef véreux.

Le spectacle est  toujours en mouvement, avec une chorégraphie des corps au travail voués à une dérisoire répétitivité. Les gestes insignifiants, caricaturés, prennent  une ampleur grotesque, et  ouvrent ainsi des espaces plus intimes, et des parenthèses au sein du quotidien, où les protagonistes donnent libre cours à leurs fantasmes. Il y a aussi quelques échappées poétiques et  des instants ludiques. Parfois le groupe se fige : arrêt sur image  avec un gros plan sur l’un des employés...
Mathilda May ne signe pas ici une œuvre réaliste ni polémique sur le monde du travail ou sur la sociologie des bureaux dits “paysagers”. D’autres s’y sont déjà attaqués comme Alexandre des Isnards et  Thomas  Zuder avec Open space m’a tuer (Livre de poche). “On ne sait pas ce qu’ils font comme métier, dit-elle, ni quel est l’objet de leur productions (…) C’est leur intimité qui m’intéresse, confrontée aux obligations du boulot, à la hiérarchie, à la routine.” Elle nous livre ici des instants de comédie humaine, avec  de petites et grandes tragédies personnelles (il y a quand même mort d’homme dans ce spectacle!)
Tenir la scène une heure et demi à ce rythme, c’est prendre le risque de s’essouffler, et à certains moments, le spectacle patine, quand, par exemple, surgit la femme du patron, et c’est dommage. Mais une situation a à peine le temps de s’éterniser,  qu’un mini-événement surgit, et c’est reparti pour le rire, avec une nouvelle trouvaille. Et après tout,  pourquoi bouder son plaisir devant le plaisir manifeste qui circule sur le plateau ?

 Mireille Davidovici

 Théâtre du Rond-Point, 2 bis avenue Franklin Roosvelt ; T. 01 44 98 21 jusqu’au 19 octobre.

 

Sils Maria et Winter Sleep

Sils Maria et Winter Sleep.

 

A l’affiche de la rentrée, deux très beaux films qui tissent des liens intimes avec le théâtre:  Sils-Maria d’Olivier Assayas met en scène une célèbre comédienne, Maria Enders, qui doit reprendre une pièce qu’elle a jouée vingt ans auparavant. Seulement, ce n’est plus Sigrid, la jeune première conquérante qu’elle doit incarner, mais le rôle moins prestigieux de sa partenaire d’alors, Héléna, une femme mûre, celle qui perd au jeu de l’amour qui les a enflammées toutes deux.
Maria est brutalement face à la jeunesse qu’elle n’a plus, en la personne d’une bimbo du moment, made in Hollywood, jouée par la pulpeuse Chloé Grace Moretz.

Juliette Binoche Sils Maria StillJuliette Binoche qui a suggéré le thème du film à Olivier Assayas avait envie de faire se croiser trois personnages de femmes et se confronter deux générations d’actrices. Le réalisateur a donc écrit un scénario où les répétitions de la pièce tiennent une large place.
 Pour travailler, Maria Enders et Valentine,sa jeune assistante se sont retirées dans la maison du défunt auteur, à Sils-Maria, dans le village d’Engadine, au charme magique, qui fut la villégiature de Nietzsche et de bien d’autres écrivains dont Hermann Hesse, Rainer-Maria Rilke, Marcel Proust…). Un nuage, dit “Serpent de Maloja” (le titre de la pièce imaginée par Assayas), se lève et rampe dans la vallée, maléfique comme le temps qui passe.
 L’âge qui vient n’obsède pas seulement les actrices, mais tout un chacun. C’est en quoi le sujet de l’œuvre ne s’enferme pas sur des egos étriqués comme souvent dans le cinéma français. Mais la forme du film doit beaucoup au théâtre et Le Serpent de Maloja est une pièce solidement écrite, aux ambiances parfois ibseniennes.
Dans ce cadre romantique, avec la mort qui rode dans la montagne (fantôme de l’auteur et disparition de Valentine), se joue un étrange jeu entre Maria et son assistante. Leur dialogue et celui de la pièce se superposent, leurs préoccupations et celles des répliques entre Sigrid (Valentine) et Helena (Maria) se mélangent et l’on ne  distingue bientôt plus le théâtre de la situation présente.
Ce tuilage, cette confusion et  l’amitié amoureuse qui lie les deux femmes,  renvoient insidieusement à la passion funeste entre la Sigrid et l’Helena de la pièce. En épilogue, le théâtre reprend ses droits et  c’est sur une scène que se dénoue le film. Olivier Assayas réussit ici avec son équipe d’acteurs, et grâce à un montage exemplaire,  une belle performance.

 Winter Sleep de Bilge Ceylan Bilginer

 708xNx708.pagespeed.ic.fClaZYTHYkC’est également le théâtre qui est convoqué dans ce magnifique film de ce réalisateur turc, en la personne du héros, un acteur autrefois charismatique, retiré depuis en Anatolie. Devenu tenancier de l’hôtel Othello, Aydin s’enlise peu à peu dans la solitude d’un couple qui n’en est plus un, et dans le rôle de notable de village qu’il est devenu.
Niché dans d’admirables paysages  enfouis sous la neige, la petite bourgade troglodyte vidée de ses touristes, semble somnoler; la misère couve sous les braises et ses habitants qui vivent à crédit, ne peuvent que s’en remettre à la miséricorde d’Allah.
Réfugié au fond de la grotte  où se trouve son bureau et  où il a la velléité d’écrire une histoire du théâtre turc, Aidyn refuse de voir la réalité sociale en face et campe sur son bon droit de hobereau de province, aveugle à la pauvreté et méprisant les indigents. Et il se coupe aussi de ses proches :  sa sœur et sa jeune épouse avec lesquelles il s’affronte longuement (plus de vingt minutes chaque fois) dans deux scènes dignes de Tchekov : “Je m’intéresse à tout ce qui se dérobe, au monde intérieur des individus, à leur âme, à la manière dont ils se lient ou s’opposent. Les questions que se pose le grand mélancolique que je suis sont celles qui nous travaillent de toute éternité », confesse le réalisateur. Et  sa  caméra de fouiller et scruter sans trêve les visages et les paysages.
Aydin rêve de retourner à Istanboul, sans jamais y parvenir, et  on pense évidemmment aux Trois Sœurs…
Le réalisateur de Winter Sleep, s’est d’ailleurs nourri de Tchekov qu’il admire. On y reconnaît son cynisme, sa mélancolie, le sens qu’ont les personnages d’être passés à côté de leur vie. Le long hiver russe n’est pas loin et il y a aussi l’espoir d’un train… qu’on ne prendra pas. Certaines scènes sont très théâtrales par la teneur de leur dialogue, mais les jeux de lumière sur les personnages renvoient à une intimité profonde.
Pour que le film atteigne vraiment à la perfection, on eut aimé que Bilge Ceylan Bilginer maîtrise un peu mieux son montage et que, dans des séquences domestiques moralisantes qui s’éternisent, fasse plus confiance à ses remarquables images qu’aux mots, comme dans les  très belles scènes avec l’enfant ou avec le cheval qui, eux, ne parlent pas !
Trop de théâtralité nuit parfois au cinéma, mais pas assez ici,  pour regretter d’avoir vu ce film.

 Mireille Davidovici

 

 

Bernard Sobel carte blanche

Bernard Sobel carte blanche:

 Sauvée par une coquette et Le Rêve du papillon de Guan Hanqing, texte français d’ Evelyne Pieiller et Old Fashioned prostitutes et L’Idiot savant de  Richard Foreman, mise en scène de Bernard Sobel.

guan-hanqing-218Pour cette carte blanche, Bernard Sobel fait le choix d’associer l’auteur du XIII ème siècle chinois Guan Hanqing, et  l’écrivain et metteur en scène américain contemporain Richard Foreman.
En fait, le rapprochement entre Sauvée par une coquette et Le Rêve du papillon,  et Old-Fashioned Prostitutes, A True Romance et Idiot Savant,  n’est pas fortuit. Les deux textes  de Guan Hnaquing parfois proches des fables didactiques brechtiennes relèvent d’un théâtre politique, quand on le  replace dans leur contexte socio-historique. Quant aux pièces de Foreman, elles s’inscrivent dans la réalité insaisissable d’une jeunesse contemporaine égarée entre crise économique et recherche vaine de sens.
  Mais nous préférons les textes de Guan Hanqing: Sauvée par une coquette met en scène une fille-fleur du quartier des courtisanes de Bianlang, désireuse de se marier pour échapper à une condition infâmante. L’imprudente épouse un fils arrogant de sous-préfet, alors qu’elle était promise à un jeune lettré désargenté. Mais la jeune mariée  est bien vite en proie aux mépris et aux  coups de son mari, et ne trouve son salut que grâce à sa sœur plus sage et astucieuse.
Au-delà des siècles et des milliers de kilomètres, perdure le désir des hommes dont l’argent passe dans le vin, les femmes et les maisons de passe. Mais l’aînée préfère dormir seule ; elle sait que pour se marier, il faut être deux : « Est-il possible ? Nous nous gâchons pour des mufles et des pourceaux. »
Pour cette féministe avant l’heure, les filles-fleurs sont légères et frivoles quand, pauvres, elles préfèrent le statut d’épouse à celui de courtisane. Innocentes, elle sont destinées à être trompées par des goujats qui, abordant leur plus beau plumage, font peut-être de bons amants mais pas de bons maris.
L’aînée se déguise en coquette :  elle charmera le mari de sa sœur qui sera débarrassé de son épouse mais elle-même qui le séduisait pour mieux le tromper. A la cour impériale, le préfet  rendra la justice au bénéfice des deux femmes. La pièce  dit à la fois, à travers simplicité et art de la métaphore, ce qu’il en est en vérité des relations atemporelles entre  hommes et  femmes.
  Mais l’œil du spectateur est aussi happé par le décor de Jean-François Besnard et les costumes, coiffures et maquillages de Mina Ly,  dont l’esthétique soignée et stylisée, à la fois légère et géométrique, joue sur le blanc et le noir, comme sur le yin et le yang. Avec aussi,  pour ce tableau naïf, une touche ludique beckettienne pour le garçon de courses, parapluie noir ouvert et  nez rouge de clown, ou pour son alter ego, le fieffé et coquin garçon d’auberge.
  La pièce est jouée avec de jeunes comédiens enjoués et pleins de fraîcheur: Jérôme Cochet, Daniel Léocadie, Clémence Longy, Frédéric Losseroy, Manon Payelleville, Zelda Perez, Noémie Rimbert, Théophile Sclavis et Sylvain Martin.     
Quant au Rêve du papillon, la fable suit l’éblouissement envoûtant d’une pensée dialectique, passant aussi par un rêve prémonitoire, qui anticipe  la psychanalyse. Issus aussi d’une famille pauvre, trois jeunes étudiants lettrés, destinés à devenir de grands fonctionnaires, sont jugés pour avoir vengé la mort de leur père, dont le meurtre a été perpétré par un seigneur apparenté à la maison impériale.
La mère avoue : « Mieux vaut de bons garçons que positions et possessions ». Elle et ses fils sont traînés au tribunal du comté pour y être jugés par le grand juge Bao qui,  pris par le souci des affaires de l’État, a voulu dormir un instant. Le haut fonctionnaire voit en rêve un papillon, puis un autre se prendre dans une toile d’araignée qu’un plus grand papillon va sauver de l’emprisonnement. Mais la vue d’un petit papillon en suspens retient l’attention du dormeur quand il voit qu’il n’est pas sauvé par un plus grand. Le sage même porte secours à la victime qui  se réveille de ce drôle de songe.
Le Rêve du papillon annonce les personnages de cette mère et de ses trois jeunes fils, tous jugés face au fonctionnaire impérial, et amorcent un mouvement méditatif actif qui n’en finit pas de s’élever vers la lumière de la liberté, passant les obstacles. Une jolie et ludique leçon vivante d’écriture et de sagesse universelle.
Idiot Savant de Foreman, a été créée à New-York en 2009, avec Willem Dafoe dans le rôle-titre.
et Old-Fashioned Prostitutes, A True Romance est sa dernière pièce.
Old-Fashioned Prostitutes est un jeune homme d’aujourd’hui un peu désœuvré,  entouré d’un garçon et de deux filles facétieuses, qui a perdu ses repères. La fête est finie, la soirée s’étire, les bouteilles sont bues et la fatigue avouée. Face à ses convives épuisés et désenchantés,  il s’interroge,  encore et en vain, sur le sens de sa vie qui touche au néant...
Idiot Savant dénonce,  avec moqueries et gags appuyés  celui qui se croit savant et n’est qu’idiot, à moins qu’il ne conjugue les deux rôles. A priori, les quatre spectacles devraient  s’enchaîner dans un éloge d’une jeunesse houleuse, entre filles-fleurs et femmes-sirènes,  mais ici … l’enchantement initial des pièces chinoises  s’est bien envolé!

Véronique Hotte

Théâtre des Déchargeurs, jusqu’au 27 septembre, à partir de 18h30 du mardi au samedi.
T: 01 42 36 00 50

Two cigarettes in the dark Pina Bausch

Two Cigarettes in the Dark, chorégraphie de Pina Bausch par le Tanztheater Wuppertal

photoLe Tanztheater de Wuppertal découvre la scène inclinée de l’Opéra Garnier pour la troisième fois  en quarante ans d’existence.  En 1991, la troupe de Pina Bausch y avait présenté Iphigénie en Tauride et, en 1993, Orphée et Eurydice. Depuis, Le Sacre du Printemps en 1997,  et Orphée et Eurydice en 2005 sont aussi entrés au répertoire.
Two Cigarettes in the Dark (1985) est présenté pour la première fois en France. Pourtant cette pièce de deux heures quinze, en deux parties, nous donne parfois la sensation d’être connue, tant certaines images semblent avoir été déclinées différemment par la suite dans d’autres créations de Pina Bausch et… par d’autres chorégraphes!
Le sol blanc de la vaste scène est entouré de trois hauts murs tout aussi blancs, laissant apercevoir à travers de grandes fenêtres, à cour, un désert avec un palmier, à jardin, deux aquariums remplis de poissons rouges et, au fond, une serre tropicale. La pureté de la scénographie de Peter Pabst contraste avec les ors et rouges baroques de l’Opéra Garnier.
Comme dans les autres spectacles de Pina Bausch, la musique impressionne par sa beauté, tant et si bien qu’elle devient indissociable des images produites. Il faut souligner ici l’importance du travail de Mathias Burket qui, à partir de 1979, réalisa toutes les recherches et montages musicaux pour Pina Bausch. Ici Monteverdi ponctue par intermittence les mouvements des danseurs et  King Arthur d’Henry Purcell, malgré sa solennité, emporte presque joyeusement danseurs et danseuses, même si elle est vite interrompue.
C’est une des caractéristiques des morceaux musicaux de cette pièce qui ne se terminent pas, à l’exception de La Valse de Maurice Ravel qui mobilise quatre couples assis par terre en position de danse, pour une farandole traversant le plateau, avec, à la fin, l’enlacement de chacun des couples… C’est une des images fortes de cette création.

Des situations absurdes surviennent, soulignées par quelques rires du public. La lenteur de certaines scènes nous repose, nous qui vivons dans un monde de vitesse; cette lenteur nous donne le temps d’apprécier chaque geste, chaque mouvement dans sa plénitude.  Et ces Two cigarettes in the dark  montre, comme souvent chez la chorégraphe, une incommunicabilité entre femmes et hommes, .
Les onze danseurs-acteurs sont sincères et touchants, y compris dans leur solitude qui s’accompagne parfois de gestes surréalistes. Raimund Hoghe  dans Pina Bausch histoires de théâtre dansé publié aux éditions de L’Arche, cite notamment son Journal de répétition, repris en partie dans la brochure de l’Opéra de Paris : «Jan fait le phoque avec les pieds liés», «François vole», «Kuomi court à travers les pièces», «Bene se tient debout, Domi cherche ses yeux», «La course d’œufs d’Helena», «clouer des pantoufles de feutres», «Faire le poirier contre le mur», «De la fumée dans les yeux, vouloir pleurer», «La valse»… « Maintenant, le déroulement de la deuxième partie est lui aussi fixé. Cependant il y a toujours des changements, des coupures, des déplacements. Certaines images deviennent plus simples et en même temps plus chargées de sens; tout en gardant leur secret, elles gagnent en clarté. »…

Voilà ce que Pina notait le 10 mars 1985. Et ce spectacle est aussi un voyage dans le temps. Certains des danseurs ne sont plus là mais les anciens,  comme Dominique Mercy et Mechthild Grossmann sont eux,  sur scène;  Helena Pikon  et Bénédicte Billiet, dans la salle, supervisent la reprise de l’œuvre. Tous les danseurs ont gardé le même esprit et  la même énergie pour transmettre l’âme de la chorégraphe… Et une partie du public pourrait les suivre jusqu’au bout du monde.
Certains spectateurs, le soir de la première, sans doute attendaient plus des parties dansées! Pina Bausch leur aurait sans doute répondu: «Ce que je fais : je regarde. Je n’ai jamais fait que regarder les gens. Je n’ai fait que voir ou essayer de voir les rapports humains afin d’en parler. Voilà ce qui m’intéresse. Je ne connais d’ailleurs rien de plus important.»

Allez donc découvrir son regard qui perdure dans les yeux et les gestes des danseurs du Tanztheater de Wuppertal.

Jean Couturier

Opéra Garnier jusqu’au 7 septembre.

Vingt ans de mousson d’été

Les vingt  printemps de La Mousson d’été !
 
  1036652_la-mousson-dete-festival-du-futur-web-tete-0203727937419_660x352pDepuis vingt ans déjà, l’Abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson accueille à la fin août, La Mousson d’été.  Fondée en 1995 par Michel Didym, comédien, metteur en scène, et actuel directeur du  Centre dramatique national de Nancy, elle met à l’honneur les lectures de textes dramatiques contemporains et quelques spectacles. Mais c’est avant tout  par la lecture et donc l’écoute, que résident l’exigence et l’objectif  de cette manifestation théâtrale.
Au fil des étés, il y a eu  une diversité d’auteurs de plus en plus grande, venant de différents pays d’Europe et d’autres continents : Philippe Minyana, Patrick Kermann, Bernard-Marie Koltès,  Ghérasim Luca, Rémi de Vos, Xavier Durringer, Armando Llamas, Werner Schwab, Aziz Chouaki, Mahmoud Darwich, Hanoch Levin, Karin Serres, Saadallah Wannous, Giusseppe Manfridi, Nathalie Fillion, Christophe Pellet….
  Promotion et découverte des écritures actuelles: La Mousson d’été a ainsi révélé, au public  amoureux de l’écriture poétique et dramatique, de nombreux écrivains, magnifiques et novateurs, de cette fin du 20ème siècle et du début du 21ème siècle. Sans oublier les acteurs, metteurs en scène, musiciens, traducteurs, et universitaires qui participent à cette manifestation…Comme en témoigne La Mousson d’été  1995-2014. Vingt  ans d’écritures contemporaines de Maïa Bouteillet publié aux Solitaires intempestifs, c’est une période importante et emblématique dans l’évolution esthétique et éthique du théâtre.
   La Mousson d’été accueille aussi les ateliers de l’Université d’été européenne sous la direction de Jean-Pierre Ryngaert, assisté de Pauline Bouchet, animés par Mathieu Bertholet, Joseph Danan, Nathalie Fillion et Jean Pierre Ryngaert.  Conférences et débats, ont aussi permis de réfléchir, en ce vingtième anniversaire, à la mutation du spectacle à l’ère des nouvelles technologies et de l’art numérique qui font partie désormais de la création dramatique. Ce qui perturbe sans  doute ses codes esthétiques, une certaine pratique du théâtre et la réception des œuvres auprès du public  comme des professionnels. La conférence, brillante et vivante de Michel Corvin, Par quel bout un lecteur peut-il prendre les textes du théâtre d’aujourd’hui ? en  a été la savante et juste illustration.
 Mais ces changements sont loin de faire peur à l’équipe de La Mousson d’été.  « En vingt ans de Mousson, nous sommes passés par toutes les peurs, que nous avons tous ensemble travaillé à comprendre et  à dépasser. Ce dépassement, nous voulons en faire le cœur de la recherche et de la découverte dans l’écriture dramatique et l’associer à notre avenir de Théâtre » dit Michel Didym.
 La Mousson d’été  2014  a en effet invité les auteurs et le public à réfléchir sur cet étrange phénomène: la peur, et « les multiples facettes de ce sentiment irrationnel et irrésistible (…) La peur est en train de prendre une place de plus en plus importante dans notre vie. Elle envahit la politique, la vie quotidienne et la vie culturelle. » a dit aussi Michel Didym.
Sous ce signe, La Mousson d’été  nous a  proposé une riche variété de lectures,  où ont pris  place l’humour (parfois grinçant!), la cruauté, le désespoir. Et où a dominé une pensée sensible et prégnante de notre histoire socio-politique, loin des sentiers battus, toute en intelligence et délicatesse.
  Nous n’avons pu goûter à toutes les mises en espace, comme celles notamment  d’Extase et Quotidien. Un tableau moral de Rebekka Kricheldorf (Allemagne) dirigée par Frédéric Sonntag ou de Décalage vers le rouge de Yannis Mavritsakis (Grèce), dirigée par Véronique Bellegarde. On a pu voir aussi Vitrioli de cet auteur, mise en scène par Olivier Py au dernier festival d’Avignon.
 Mousson d’été 2014  fort réussie, avec quelques lectures marquantes, surtout les deux derniers jours, comme La Revanche  de Michele Santeramo (Italie), texte français de Frederica Martucci, dirigée par Laurent Vacher.  Vincenzo, un  agriculteur, suite à l’usage de pesticides, ne peut pas avoir d’enfants à moins de suivre un traitement très coûteux. Au même moment, on l’exproprie d’une terre où doit passer une ligne de train… S’ensuivent  rencontres et situations tragi-comiques. C’est une belle évocation d’une « réalité contemporaine en Italie et ailleurs ».   
  La lecture de That moment de Nicoleta Esinencu (Moldavie), texte français d’Alexandra Lazarescou, a été  dirigée par Véronique Bellegarde. La pièce est fondée sur un fait réel qui a eu lieu, de nos jours, en Moldavie : un père a coupé le doigt de son enfant, et a lui a volé l’argent de son porte-monnaie. Elle met en jeu diverses problèmes sociaux et politiques,  le mensonge et «  … de that moment quand tu es « adibas » et que tu rêves de devenir « adidas » » !
A noter également, la lecture de  J’appelle mes frères de Jonas Hassen Khemiri (Suède),  traduction de Marianne Segol-Samoy, dirigée par Michel Didym. Une voiture explose au centre de Stockholm, panique générale ! S’agit-il d’un acte terroriste ? Amor, jeune homme issu de l’immigration, arpente les rues en essayant de ne pas se faire remarquer… : « Quelle identité adopter quand tout le monde vous regarde d’un œil suspicieux et qu’on devient l’autre, à son corps défendant ? ».
Autre très belle mise en espace, avec une question sous forme de monologue: un prisonnier peut-il, de parloir en parloir, enfermer celle qui a l’art pour liberté ? la lecture dirigée par Daniel Martin de L’homme de longue peine de Jeanne Benameur (France) avec, seule en scène, Marie-Sophie Ferdane.
Le texte du pot de clôture,remarquablement lu par Florian  Antoine, Le Brognet de Rémi de Vos, était tellement drôle! et quelque peu autobiographique… Il y eut aussi de magiques Impromptus de la nuit, nouvelles du monde, écrites en résidence à l’Abbaye des Prémontrés par Yannis Mavritsakis et Rémi de Vos. A noter aussi la voix et la présence  émouvante d’Odja Liorca, au concert de fin de Mousson d’été.
Et toujours ce dernier soir,  La Gazette contemporairement temporaire des Potes-à-Mousson  par Christine Murillo et Philippe Fretun qui fut un grand moment de bonheur théâtral! Et un cadeau jubilatoire, émouvant, merveilleux d’esprit et de reconnaissance  à Michel Didym, à  sa Compagnie Boomerang, à Véronique Bellegarde et à toute l’équipe du festival! Comme pour dire rendez-vous l’année prochaine !
 
Elisabeth Naud

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